Les Men Without Hats retrouveraient-ils leur coolitude synthpop ?

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : électro-pop / synth-pop / synthwave

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Et voilà qu’ils se repointent, on les voit surfer au loin sur une vague des années 80, soit exactement quatre décennies après la sortie de l’album Rhythm of Youth et son mégatube mondial Safety Dance. Et voilà que nos Men Without Hats reprennent  service après un hiatus discographique de 10 ans, côté matériel original : sous étiquette Sonic Envy, Again Pt.2 fait suite à Again Pt.1, mini-album de reprises ( Lou Reed, David Bowie, The Tragically Hip, etc.) à la manière distincte des frères Doroschuk et leurs complices.

Un album au titre prémonitoire, Love in the Age of War, fut lancé en 2012 par le groupe chapeauté (…) par des frangins aux origines ukrainiennes du côté paternel et qui tient à demeurer discret sur le conflit qui fait rage de l’autre côté de l’Atlantique.  Alors? Bien que ses textes les plus récents de Again pt. 2 abordent des enjeux planétaires, mais aussi ceux du sens de l’existence et de la vie créatrice. Ivan Doroschuk préfère parler musique et c’est ce que PAN M 360 fera à sa convenance.

En 2021, l’EP Again Pt.1 présentait les reprises enregistrées à la manière des Hommes sans chapeau. Mené par les frères Ivan et Colin Doruschuk, le groupe n’a jamais cessé d’exister et continue de se faire plaisir aux côtés du guitariste Sho Murray – depuis 2016. 

Fidèle à sa recette aux épices et  fines herbes technologie numérique/analogique (ceci incluant un authentique Prophet 5), Men Without Hats retrouverait sa coolitude synthpop. En fait, le processus a été amorcé au cours de la dernière décennie pendant laquelle le groupe a beaucoup tourné, mais un nouveau souffle de création confirme bel et bien ce retour en selle. 

PAN M 360 : Bonjour Ivan, je te joins à Victoria où tu habites depuis longtemps n’est-ce pas?

IVAN DOROSCHUK :  Oui ça fait une vingtaine d’années. 

PAN M 360 :  Le groupe n’avait pas fait de chansons originales depuis une dizaine d’années

IVAN DOROSCHUK : Effectivement.

PAN M 360 : Qu’avez-vous fait au cours des dix dernières années?

IVAN DOROSCHUK : On a fait de la tournée. J’ai visité plus de régions et pays avec cette nouvelle incarnation de Men Without Hats qu’à l’époque où nous tournions essentiellement en Amérique du Nord. Ces dernières années, nous avons tourné en Scandinavie, en Afrique du Sud, en Australie, au Pérou et autres contrées où nous n’étions jamais allés auparavant.

PAN M 360 : C’était à propos, car la synthwave a beaucoup d’adeptes en Europe.

IVAN DOROSCHUK : Oui ! En Scandinavie et particulièrement en Allemagne. La moitié de nos dates sont allemandes lorsque nous faisons une tournée européenne. En France, cependant, nous n’avons pas encore été invités à y jouer. Nous sommes conscients de l’intérêt français pour la synth pop, ça fait un bout qu’on essaie de se produire en France… On espère que ça se produira bientôt!

PAN M 360 : Donc pendant les dix dernières années, vous avez pu gagner votre vie avec la tournée?

IVAN DOROSCHUK :  Ben… Personne ne fait ce circuit pour gagner sa vie. C’est avant tout pour le plaisir. Je vis de mes acquis antérieurs, en fait, les droits d’auteurs des Hats et autres revenus tirés de nos succès passés. Maintenant, il n’y a pas de pression, ce n’est pas une question d’argent mais de passion musicale. Nous ne nous sentons pas en compétition comme dans le temps. À l’époque, être dans un groupe c’était un peu comme être dans une équipe de hockey. Il y avait un nombre limité de places sur le palmarès, de places à la radio, de clubs dans les villes et de pages dans les journaux. Alors c’était une compétition pour les jeunes artistes que nous étions.

PAN M 360 : Maintenant que vous êtes indépendants de fortune, c’est la passion de faire de la musique.

IVAN DOROSCHUK :  Effectivement! Nous faisons de la musique pour le plaisir dans le contexte d’une industrie en pleine mutation. De ce côté, c’est dur de rester à la page.   

PAN M 360 : Le titre de votre album précédent, Love in the Age of War, était prémonitoire, d’autant plus que tu as des origines ukrainiennes.

IVAN DOROSCHUK : Oui mais il y a toujours de la guerre là où il y a eu des humains, ce n’est pas nouveau. Alors on contribue à la paix comme on peut, et c’est ma contribution.

PAN M 360 : Côté texte, le nouvel album ne déroge pas des précédents : tu abordes des sujets planétaires, universels. Plutôt que d’explorer l’intimité, tu sembles préférer te questionner sur le sort du monde.

IVAN DOROSCHUK : Oui. Les thèmes de l’environnement, de l’écologie, des droits humains et de la liberté y sont abordés. Aujourd’hui, nous sommes encore en train de véhiculer ce même propos, ce sont des thèmes universels qui ont toujours été ceux de Men Without Hats.

PAN M 360 : Le monde intime n’est pas un territoire d’exploration, comme il ne l’a jamais été. 

IVAN DOROSCHUK :  Non non. Je ne chante pas à propos de mes ex-blondes ou de mes histoires privées. 

PAN M 360 : Parlons du son de ce nouvel album.

IVAN DOROSCHUK : Plusieurs me disent que ce nouvel album est le descendant spirituel de Pop Goes the World (1987), alors que Love in the Age of War était plutôt électro-pop et techno comme l’était Rhythm of Youth en 1982. Again Pt. 2  est plus orchestré, plus instrumentation est plus considérable. 

PAN M 360 : Mais l’identité même de Men Without Hats n’est-elle pas plus synthétique ?  

IVAN DOROSCHUK : Absolument. On a fait un léger détour avec Sideways (1991), mais encore aujourd’hui on reste fidèle à nos racines électroniques. 

PAN M 360 : Il le faut car le groupe est devenu un classique de la synth-pop.

IVAN DOROSCHUK :  Oui et je crois que nous avons été chanceux car, aujourd’hui j’ouvre la radio et j’entends de ladite pop actuelle et … complètement inondée de sons typiques des années 80.  La production actuelle est souvent comparable aux années 80, les échantillonnages, le gros drum, etc.

PAN M 360 : Parle-nous de la formation actuelle.

IVAN DOROSCHUK :   Outre moi-même, il y a mon frère Colin, sa fille Sahara (claviers, voix), et Sho Murray, guitariste et co réalisateur. Sur scène, le batteur Adrian Waite se joint à nous.  Nous sommes tous sur la Côte Ouest. Colin et moi sommes sur l’île de Vancouver (Victoria) et Sho et Adrian  vivent à Vancouver. Je vis à Victoria au bord de l’eau depuis une vingtaine d’années comme je le disais, j’ai un fils de 19 ans, j’ai été père au foyer pendant 10 ans, la maman était retournée à l’université.  Ça m’a rendu la tâche facile car la région est vraiment magique. Comme un immense parc. J’habite sur la plage, je ne pouvais imaginer meilleure cour de récréation. Mes parents s’y étaient établis avant moi, pour la nature et le climat.  Seul mon frère Stephan est resté à Montréal.  

PAN M 360 :  Qu’est-ce qui vous a motivés à refaire un nouvel album, dix ans après le précédent?

IVAN DOROSCHUK :  Ce sont surtout nos fans qui nous ont poussés à le faire. Nous n’avons pas fait tant d’albums depuis les débuts. Mais nos fans  nous écrivaient et nous demandaient quand sortirait le nouvel album. Alors j’ai commencé à faire de nouvelles chansons il y a trois ou quatre ans. Je voulais plutôt faire un album solo, voix et piano, avec des reprises de mon répertoire, des reprises chansons qui m’ont marqué. Quand on a refait la chanson Blow at High Dough des Tragically Hip, j’ai été curieux de voir comment ça sonnerait avec le groupe au complet. Lorsque j’ai enregistré le résultat je me suis dit qu’il fallait poursuivre en groupe, et faire un véritable album de Men Without Hats. Les reprises, incluant celle de Safety Dance (en forme ballade),  sont sorties en septembre dernier et les chansons originales sortent maintenant. C’était un album double au départ et on a finalement décidé de le sortir en deux parties.

PAN M 360 :  Le nouvel album comporte 14 chansons originales. Vous avez été inspirés, donc!

IVAN DOROSCHUK :  Oui! Nous en avions enregistré une vingtaine et nous avons assez de matériel pour sortir un autre album bientôt!  Nous sommes en mode écriture et production. 

PAN M 360 :  Comment vois-tu la progression du son dans ce nouveau contexte?

IVAN DOROSCHUK :  Je vois encore notre son vintage. Le son n’a pas changé tant que ça.  Men Without Hats a moins à s’adapter au son d’aujourd’hui, c’est plutôt le son d’aujourd’hui qui s’adapte à celui de Men Without Hats. À part l’album Sideways comme je le disais précédemment, notre son est resté pas mal le même.

PAN M 360 :  Partez-vous en tournée bientôt? 

IVAN DOROSCHUK :  Oui, il est question d’une tournée canadienne l’automne. On a déjà des dates au Québec. 

PAN M 360 :  Au sujet de tes origines ukrainiennes, qu’en est-il dans le contexte ?

IVAN DOROSCHUK :   Mon arrière-grand-père paternel avait immigré au Manitoba, mon grand-père avait trois ans. Ça fait donc très longtemps et, aujourd’hui, nous n’avons plus de famille connue là-bas. Mon père y est retourné il y a une vingtaine d’années, dans l’espoir d’y retrouver des membres de sa famille lointaine mais sans résultats. Ma mère, elle, n’est pas ukrainienne, sa famille est originaire du pays de Galles. On ne parlait pas les langues, mais mon père parle russe et ukrainien. Par contre, la musique ukrainienne a été transmise dans notre famille. Mon père est un musicien amateur, il a joué autrefois avec mon grand-père dans les fêtes de la communauté, dans les barn dance au Manitoba. Mon père a ensuite fait sa maîtrise et son doctorat à l’université de l’Illinois après quoi il devint professeur de physiologie à l’Université de Montréal. Ma mère était aussi professeure à l’université McGill, elle y enseignait le chant classique.

PAN M 360 :  Et donc tu as pu compter sur une maman chanteuse de carrière pour devenir toi-même chanteur.

IVAN DOROSCHUK :  Oui, mais en fait, mon frère Colin a aussi une formation en chant classique, il a étudié à l’université McGill et aussi à l’Université de Victoria. Il a carrément refait ma voix il y a dix ans. Ça faisait un moment que je n’avais pas fait de musique mais je savais encore chanter, mais je ne savais pas si ma voix tiendrait le coup pendant 40 ou 50 shows.  Mon frère Colin, lui, est vraiment formé en chant classique, il a même créé des œuvres vocales, il écrit des opéras, il enseigne et donc connaît les techniques de chant. Il a alors complètement déconstruit ma voix et m’a enseigné les techniques pendant plusieurs mois, au bout desquels je chantais mieux que jamais auparavant. J’avais désormais les outils pour passer à travers. Désormais, je peux faire cinq concerts d’affilée, sans problème aucun.

PAN M 360 :  Même si votre famille est de lointaine ascendance ukrainienne, ce doit être assez bouleversant d’observer ce qui se produit, n’est-ce pas? 

IVAN DOROSCHUK : Je préfère ne pas trop faire de commentaires. J’espère simplement qu’il y aura une résolution pacifique, je souhaite que la paix revienne bientôt.

PAN M 360 :  Bien reçu. Donc vous reprenez du service bientôt sur scène et vous défendrez la matière de vos nouveaux enregistrements. 

IVAN DOROSCHUK :  Puisque c’est le 40e anniversaire de l’album Rhythm of Youth, on en présente  l’intégrale dans une première partie, la seconde est un best of de Men Without Hats et quelques nouvelles chansons au programme. On a d’ailleurs été surpris de la durée du premier album, plus ou moins 30 minutes, que des chansons pour la radio à l’époque, alors ça constitue aisément un set.

PAN M 360 :  Qu’écoutes-tu actuellement?

IVAN DOROSCHUK :  Beaucoup de choses, la première moitié des années 70, beaucoup de jazz électrique des années 70, du rock progressif…

PAN M 360 :  Et la période actuelle? 

IVAN DOROSCHUK :  Elle ne m’intéresse pas tellement. 

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