Fantom… pour hanter la discrimination systémique

Entrevue réalisée par Salima Bouaraour

Comment créer ses propres espaces inclusifs dans un contexte d’exclusion? Comment occuper l’espace public lorsque le système vous invisibilise dès qu’il s’agit d’atteindre une position de leadership? Comment renverser la tendance lorsque votre image est exploitée ou que vous subissez différentes formes de violence à tous les niveaux? 

En réaction à cette réalité de discrimination systémique, consciente ou inconsciente, toujours d’actualité malheureusement, la communauté queer/bipoc/trans/allié.es a fondé une Fédération pour les Arts Nocturnes dont le but est d’assurer la sécurité, la durabilité et la solidarité d’une culture nocturne florissante à Montréal. 

Cet organisme à but non lucratif, bien que tout récemment fondé en 2022, est le signe révélateur que le vent est en train de changer de direction. À partir d’un questionnaire en ligne, l’équipe des fondateurs.trices – Lou Seltz, Olivier Philbin Briscoe et Taher Gargouri- ont évalué  les besoins de la communauté en termes de défis, de besoins et d’occasions pour pérenniser leur carrière et surtout assurer leurs prises de décision. Les résultats seront rendus publics en mai 2023.

Qui plus est, un panel de discussion a été organisé le 25 février dernier sur la problématique des espaces pour ces communautés avec des artistes et activistes en pleine ascension comme Syana Barbara ou Crissemarqueur.

FANTOM est dans une lancée de démarches de financement pour assurer la viabilité du projet afin de créer une application pour recenser les espaces sécuritaires pour cette communauté, mieux sensibiliser les politiques municipales dans la prise en compte de leurs besoins spécifiques et de trouver des espaces permanents pour l’épanouissement  de leurs activités nocturnes. Le 25 avril prochain, un événement de lancement est programmé.

Ainsi PAN M 360 s’entretient avec l’un des fondateurs du projet, Taher Gargouri,  afin de mieux saisir les tenants et aboutissants de cet organisme qui va, très certainement, révolutionner la scène montréalaise !

PAN M 360: Taher, quel est ton parcours et ton implication sur la scène musicale montréalaise?

TAHER: Taher alias Crissemarqueur, je suis DJ et organisateur de raves. J’ai commencé comme percussionniste mais j’ai aussi suivi un parcours à travers des études de cinéma, de design, de photographie. Je suis multidisciplinaire depuis une dizaine d’années et j’ai embarqué dans la scène techno avec ce bagage. Le premier organisme fut Slataprod, axé sur la création des endroits sécuritaires pour les minorités visibles. L’idée était de mettre de l’avant des artistes issus des minorités visibles: trans, de couleur, maghrébins aussi. Je suis Tunisien et cela me tient à cœur d’être solidaire. Depuis, d’autres projets ont débouché comme Tangerine ou Latex. Mon expérience de vie à Berlin m’a donné le goût de transposer cette ambiance à Montréal où la scène techno fusionne avec la scène queer et racisée dans une ambiance décomplexée. Cette série d’événements est en collaboration avec des artistes de Shibari, de pole dancer ou de swana.  

PAN M 360:  Comment est venue l’idée de créer FANTOM? Quel a été l’élément déclencheur?

TAHER: Depuis 2 ans, j’ai acquis de l’expérience en organisant plusieurs événements et j’ai été confronté à une série de situations très problématiques. Premièrement, nous manquons d’informations sur les processus liés à l’organisation comme des lieux sécuritaires. Les plus anciens ne partagent pas leur expérience car la compétition est intense dans notre milieu. Nous pourrions éviter de faire des erreurs si nous étions mieux informés. Deuxièmement, en tant que personne racisée et queer, les espaces techno sont très blancs. Le « care » n’est pas assez significatif envers la diversité. En tant que « crowd », on ne sent pas toujours à l’aise. Des collectifs manquent cruellement de diversité. Troisièmement, nous souhaiterions que la ville de Montréal offre plus d’informations pour soutenir les organisations sécuritaires. Il serait intéressant d’avoir une réglementation sur les tarifs de location des lieux, les accès pour la diversité, une charte de bonne conduite entre les parties prenantes etc…Avec Lou et Oliver, on s’est rencontré et on a discuté des solutions à mettre en place pour régler ces problèmes. C’est ainsi que nous avons créé Fantom. 

PAN M 360: Quels sont les objectifs que vous souhaitez atteindre?

TAHER: On a voulu joindre ce public pour identifier les besoins et les défis de la communauté racisée et queer face à ces problématiques et tenter de trouver des solutions. Nous avons pensé à créer une application, prochainement,  sur laquelle nous pourrions déjà échanger et partager des informations. Nous souhaitons mobiliser les politiques à notre cause pour obtenir plus de bienveillance. Il est essentiel de pallier la pénurie des lieux de diffusion criante à Montréal. On pourrait penser à des centres de formation aussi. Sur le long terme, on se verrait bien comme un syndicat avec notre propre table de concertation. 

PAN M 360: Depuis la création de FANTOM, quelles ont été les réactions par rapport à vos revendications?

TAHER: Globalement, les réactions ont été positives. Les gens sont en attente d’actions concrètes. On veut changer la « game » rapidement et avancer positivement.  

PAN M 360: Que penses-tu de la situation dans le milieu de la musique en ce qui concerne les postes décisionnels, de leadership et de programmation à Montréal? 

TAHER: Montréal regorge de promoteurs blancs et ça manque de diversité. Lorsqu’on est dans l’intersectionnalité, il est très difficile d’avancer. On doit fournir beaucoup plus d’énergie et trouver mille astuces pour accéder au même rang que les Blancs. En réaction, nous sommes dans la nécessité de créer nos propres espaces d’inclusion dans ce contexte d’exclusion. Finalement, on évolue dans des univers parallèles. Et même, si on est tout aussi performants et créatifs, on reste fantomatiques dans la société. On veut briser ce plafond de verre persistant et injuste. 

POUR EN SAVOIR DAVANTAGE SUR FANTOM, C’EST ICI

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