Dengue Dengue Dengue : Terres disparues et trésors retrouvés

Entrevue réalisée par Rupert Bottenberg

Les Terres disparues, englouties par les vagues déchaînées de l’histoire et du mythe, constituent le plus récent objet de fascination du groupe Dengue Dengue Dengue de Lima, au Pérou, les mystiques masqués de la basse tropicale psychédélique. D’abord disciples de la cumbia numérique à tendance dub il y a dix ans, le duo de Rafael Pereira et Felipe Salmon a, en déployant sa créativité, rapidement couvert un territoire plus large et plus étrange, entraînant souvent d’étonnants artistes visuels dans ses sombres desseins. Ayant troqué son nom contre celui de DNGDNGDNG pour sa nouvelle parution sous étiquette On the Corner, le EP Continentes Perdidos, le tandem s’aventure en territoire le plus éloigné et le plus inexploré à ce jour.

Genres et styles : électronique / tropical bass

renseignements supplémentaires

Photo : Hendrik Kussin; masques : Carol Almeida

PAN M 360 : Votre nouvel EP porte sur les mythiques continents perdus et vous le sortez sous votre autre pseudonyme, DNGDNGDNG. Musicalement, les morceaux sont plus simples, plus dépouillés que votre travail sous votre nom tout au long. Vous avez laissé les sons nuevo-latino depuis un certain temps déjà, mais ici, on dirait que vous avez effectué une mise à jour, avec l’aide de la technologie moderne, de musiques traditionnelles d’endroits qui n’ont jamais vraiment existé… ou l’ont-ils ?

Dengue Dengue Dengue : Oui, c’est exactement l’approche. Essayer d’imaginer une musique qui vient d’un lieu disparu, faite avec une technologie ancienne. Nous essayons toujours de créer et de fusionner des rythmes, cette fois-ci nous avons essayé de pousser plus loin encore, tout en gardant un style de composition minimaliste.

PAN M 360 : Chacune des terres disparues auxquelles vous faites référence mérite qu’on qu’on s’y arrête, histoire de renseigner nos lecteurs. Commençons par Lemuria, qui se trouve soi-disant dans l’océan Indien. Ce territoire disparu est très important pour les adeptes de la théosophie de Madame Blavatsky… l’une de ces étranges doctrines ésotériques américaines qui mêle un peu de tout et qui n’a aucun sens.

DDD : Nous avons un peu lu son travail mais, comme vous le dites, à un moment donné cela n’a pas aucun sens. Les noms cependant n’ont vraiment rien à voir. Ces noms et ces concepts viennent d’archéologues, d’historiens et de philosophes anciens. À l’origine, on croyait que la Lémurie était une sorte de pont terrestre, aujourd’hui submergé, ce qui expliquerait certaines discontinuités dans la répartition des espèces et des écosystèmes. Elle a ensuite été adoptée par certains occultistes et la philosophie nouvel âge.

Ci-dessus : masques faits par Jumu

PAN M 360 : Hiperborea vient de légendes grecques d’une territoire loin au nord, une terre boréale de géants et de soleil éternel. On pourrait croire qu’il s’agit de la Suède, mais il s’agit en fait de la Transylvanie – située dans la Roumanie d’aujourd’hui – où l’on ne trouve pas le moindre géant, mais beaucoup de vampires.

DDD : En fait, je n’ai pas vu de vampires en Roumanie, mais c’est peut-être parce que nous, Péruviens, mangeons beaucoup d’ail ? Tous les auteurs qui ont écrit sur Hyperborea l’ont situé à un endroit différent. Certains pensaient qu’il se trouvait au creux des Alpes de Transylvanie, d’autres dans l’océan Arctique, d’autres encore dans les montagnes de l’Oural.

PAN M 360 : Sérieusement, les pièces Atlantida et Mu font toutes deux référence à des lieux liés aux idées racistes de bien des Européens, selon lesquelles les peuples indigènes des Amériques auraient reçu l’aide d’extra-terrestres ou « d’anciens » pour accomplir certains travaux incroyables, comme les pyramides, des réflexions à ce sujet ?

DDD : Soyons clairs, nous n’adhérons pas à ces théories marginales, ce ne sont que des concepts que nous aimons examiner avec un esprit ouvert, rien de plus. L’Atlantide a été évoquée la première fois par Platon dans Timée et Critias. Peut-être ces continents perdus sont-ils liés aux civilisations anciennes, antédiluviennes ou, plus précisément, à une civilisation humaine mondiale, technologiquement avancée, d’avant le Dryas récent. Une façon de représenter l’ère pré-cataclysmique. Après la disparition de ces terres et les dommages considérables causés au reste, les survivants de ce cataclysme ont fondé différentes civilisations qui se sont ensuite développées. Les bâtiments et les monuments qu’ils ont trouvés en ruines ont été reconvertis pour leurs propres pratiques religieuses. Cela explique peut-être l’emploi de quelques techniques d’ingénierie avancées pour la fabrication de certains artefacts et monuments dans l’Antiquité. Nous ne disons pas que ces choses ont été construites par d’autres civilisations, mais bien par les mêmes, à l’époque.

Pochettes de Dengue Dengue Dengue réalisées par Davide ‘Dartworks’ Mancini et Tania Brun

PAN M 360 : Vos pochettes et vos articles promotionnels ont été illustrés par Davide « Dartworks » Mancini, dont les dessins semblent être un croisement entre ceux du légendaire artiste métal Pushead et l’art psychédélique « visionnaire », la beauté et l’horreur à la fois ! Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec lui ?

DDD : En fait, l’album Zenit & Nadir, sorti l’année dernière, est le seul projet sur lequel nous avons eu le plaisir de travailler avec Davide. Nous étions en tournée en 2018 et dans la ville natale de Davide en Italie, nous avons joué à un très beau festival auquel il participait également qui présentait ses œuvres. Nous l’avons immédiatement approché, avons acheté quelques-uns de ses dessins et lui avons demandé son adresse courriel. Quelques semaines plus tard, nous l’avons contacté et avons commencé à travailler sur un concept pour l’album. Nous adorons ce qu’il fait et nous allons certainement travailler à nouveau avec lui sur de futurs projets.

Une autre artiste étonnante, qui a illustré nos deux premiers albums et quelques EP, est la Péruvienne Tania Brun. Il faut absolument que vous voyiez son travail.

PAN M 360 : Juste avant Continentes Perdidos, vous avez sorti les trois EP Humos en guise de rétrospective de vos dix premières années. J’imagine que fouiller dans vos archives, en particulier pour ce qui est des débuts, a dû être comme ouvrir une boîte de vieilles lettres d’amour ou revisiter de vieilles scènes de crime, comment cela s’est-il passé ?

DDD : Pour être honnête, ça s’est fait très rapidement et naturellement. Il s’agit de morceaux que nous jouons encore dans nos sets, peut-être certains plus que d’autres, mais ils font toujours partie de notre répertoire. Pour une raison ou une autre, ils ne cadraient pas avec les autres sur nos albums ou nos EP quand nous les avons faits, nous ne leur avions donc jamais trouvé de place, mais ils demeuraient importants pour nous – ils représentent bien certaines périodes – et nous n’avons eu aucun mal à les identifier.

Ci-dessus : Jahel Guerra & Daniela Carvalho; masques : Twee Muizen

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