Polo & Pan: fantasmagorie au Cyclorama

Entrevue réalisée par Marius Gellner

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Quatre ans après Caravelle, le duo français Polo & Pan revient avec l’album qui rythmera l’été d’un bon nombre de fans autour du globe. Dans Cyclorama, les deux artistes proposent une aventure fantasmagorique à travers les étapes d’une vie, grâce à une palette d’influences issues de tous âges et continents. Leur signature électro-organique nous guide à travers ce paysage riche en textures, tout en communiquant un besoin crucial de danser.

C’est en 2013 que Paul Armand-Delille, alias « Polo », et Alexandre Grynszpan, dit « Pan » forment le duo. Les deux Djs parisiens ont depuis conquis un public qui déborde largement le cadre de l’hexagone, notamment au Mexique, aux États-Unis et au Canada; sorti en 2017, leur premier album a été vendu a 170 000 exemplaires dans le monde contre 80 000 en France. Leur musique s’est même exportée jusqu’au festival Coachella, en Californie, au printemps 2019, soit quelques mois après leDJ set du tandem à l’Igloofest de Montréal.

Leur succès s’explique par un son qui leur est propre, mêlant des voix angéliques à des pulsations rondes et aquatiques. À l’instar de Caravelle, Cyclorama est une invitation au voyage, à laquelle on a ajouté une quatrième dimension. On y retrouve à la fois des inspirations classiques comme Bach, Brahms ou Schubert; on y croise le rappeur Channel Tres et on part à la rencontre des musiciens marocains de culture gnawa.

Paul Armand-Delille s’est entretenu avec PAN M 360 pour nous présenter le nouveau fruit de leur travail.

PAN M 360 : Parlez-moi de Cyclorama. Quatre années après le succès de Caravelle, qu’est-ce que vous proposez au public à travers ce nouveau projet ?

Paul : On continue sur la même lancée. On a pas forcément fait un disque avec une méthode très différente. On a gardé notre style tout en changeant la couleur du disque, parce que c’est un tout petit peu moins optimiste. C’est plus équilibré entre le côté solaire et le côté lunaire. Il y a des morceaux qui vont être plus nocturnes. On continue à se faire plaisir, à choisir des thèmes et des sujets très personnels et à appliquer notre méthode de production, notre style. On a certains sons, certains grooves, certaines basses qui font que ça sonne Polo & Pan.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui a changé depuis Caravelle dans votre manière de concevoir un album ?

Paul : Je dirais que la méthode a un petit peu changé parce que pour le premier album, personne ne nous attendait, on bossait vraiment tout en studio ensemble. Tandis que là, c’est plutôt des maquettes qu’on a travaillé chacun de notre côté durant la tournée, et ensuite on a tout travaillé ensemble, cette dernière année, en studio.

PAN M 360 : Comment vous répartissez-vous les rôles dans la production ?

Paul : Il n’y a aucun rôle assigné. On a tous les deux le droit de tout faire. À la base, on avait des compétences un petit peu différentes, mais on a toujours un peu brouillé les pistes là-dessus. Tout est signé Polo & Pan, on ne divise pas les chansons comme les Beatles où tu as une chanson McCartney, une chanson John Lennon. On ne dit pas qui fait quoi. Alex et moi, on est autant capables d’écrire des paroles, que de produire, d’arranger, d’amener des collaborations… Encore plus aujourd’hui, nos rôles peuvent être intervertis.

PAN M 360 : Depuis votre dernier album, en 2017, vous avez tourné à l’international. On vous a vus à Vegas, à Coachella… Vous l’aviez anticipé, ce succès international ?

Paul : Pas du tout. On a écrit un disque où les chansons françaises se mêlaient au brésilien, à l’espagnol… C’est un projet qui était assez international dans sa thématique, sa couleur, ses références. À la base, ça a pris en France, et ensuite ça s’est développé grâce au travail du label, des tourneurs et au fait qu’on ai décidé à un moment donné d’aller aux États-Unis pour faire des petites dates avant la grosse tournée. C’est la magie d’internet aussi. Par exemple, en Géorgie, ça a vachement pris. Quand on est arrivés, il y avait la télévision nationale et des personnes qui nous attendaient alors qu’on n’y avait jamais mis les pieds. Je pense qu’on fait une musique qui parle à beaucoup de gens et c’est tant mieux ! On a de la chance pour ça.

PAN M 360 : Votre musique est teintée d’influences des quatres coins du monde et de toutes les époques. D’où vient ce bagage-là ?

Paul : Je pense que ça vient des voyages. On est DJs, donc on a beaucoup voyagé. Moi, je suis franco-américain. Et on a une nature curieuse ! Alex a beaucoup voyagé auparavant et il a créé une radio qui s’appelle radiooooo.com. C’est une carte du monde où tu peux choisir d’écouter la musique d’un pays en choisissant la décennie qui t’intéresse. Tu peux autant écouter le Brésil dans les années 60 que l’Afghanistan dans les années 30. Donc lui, c’était déjà quelqu’un de curieux et collectionneur de musique ; et moi je suis curieux et collectionneur d’instruments de tous les pays. Il y a un côté ethnomusicologie. Ça nous intéresse de collectionner, sans nous approprier. Se rattacher à quelque chose qui vient nous toucher. On aime créer des ponts entre nous et les trésors qu’on trouve.

PAN M 360 : Vous avez notamment enregistré avec des musiciens gnawas au Maroc et des mariachis au Mexique. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce processus ?

Paul : C’est de rencontrer des gens qui ont un autre savoir que le tien. Les Gnawas, quand je les ai rencontrés, ils faisaient une musique que je ne comprenais pas, mais que je trouvais forte. Elle ne correspondait pas du tout aux codes de la musique que je connaissais. L’envie de collaborer venait aussi de l’envie de comprendre. Je voulais voir ce qu’il pouvais se passer quand les styles se rencontrent. Quand j’ai entendu leur musique, j’ai entendu le côté hypnotique. Je voyais le potentiel pour faire de la musique électronique. Je ne suis pas le seul à avoir fait cette collaboration. D’ailleurs, j’avais fait ce projet avant Polo & Pan et ensuite, Alex a aussi eu le coup de cœur pour ce projet. C’est pour cette raison qu’on a commencé le groupe et on a décidé de récupérer certaines prises de cette époque pour faire un morceaux aux couleurs de la musique Gnawa sur l’album. C’est cool pour des producteurs de ne pas être dans leur petit studio à Paris en train de faire leur musique avec leur synthé, mais vraiment d’aller à la rencontre des gens. Ça rend la musique plus riche et ça permet de ne pas faire que du sample.

PAN M 360 : Sur certains de vos titres, on ressent une approche presque cinématographique. Je pense à Requiem ou Oasis qui, pour moi, dépeignent des paysages, des scènes… On est absorbés dans un récit. C’est un aspect que vous recherchez ?

Paul : Bien sûr. Depuis longtemps, on ne se cache pas qu’on veut faire de la musique de cinéma. On n’en a pas encore eu l’occasion à part pour un petit truc d’animation française pour la chaîne Canal+. On a toujours eu envie de faire de la musique pour Disney, pour des films d’animation, ou des films épiques. Moi j’adore Lauwrence d’Arabie, j’adore les longs films en trois heures ou plus dans lesquels il y a de longs thèmes musicaux. Peut-être qu’un jour on pourra faire ça. C’est un peu un appel du pied que l’on fait, notamment dans Côme dont la production a un style classique, très cinématographique. C’est comme une petite bouteille lancée à la mer. On verra si ça plaît à un réalisateur un de ces quatre. 

PAN M 360 : Vous avez une signature sonore bien à vous, très organique. Comment cette identité musicale vous est-elle apparue ?

Paul : C’est une rencontre de nos goûts. Comme je disais, je venais de faire cette rencontre avec les Gnawas, je découvrais le plaisir de collaborer. Ça faisait longtemps que je faisais des disques, donc je savais que dans la musique électronique je voulais amener des micros, de la prise de son enregistrée, du son qui sort directement de la vie des gens. Ça crée plus de relief. Et Alex est un très bon DJ. C’est quelqu’un qui avait une certaine idée de comment tailler les morceaux, comment les construire. Il a vraiment la stratégie du silence et des espaces. Il avait toute une vision de la musique qui fait que ça a créé notre son. Moi, j’avais plus une vision de la prise, de la texture. J’essaye de créer des matières nobles, qu’il n’y ai pas que du plug-in. Le plug-in c’est super mais quand c’est lié a une prise naturelle. Dès le début, on s’est tout de suite entendus là-dessus.

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