FME 2023 | Comment debord, en pleine maîtrise de son art avec monde autour

Entrevue réalisée par Jacob Langlois-Pelletier
Genres et styles : disco / folk / funk

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Une pandémie, des ruptures, des déménagements et une multitude de spectacles plus tard, les membres de la formation montréalaise comment debord sont de retour ce vendredi pour nous raconter leur vécu des trois dernières années avec monde autour, un deuxième album aux airs folk, funk et disco. Au Café Pista dans Rosemont, PAN M 360 a rencontré trois maillons du groupe, Rémi Gauvin, Karolane Carbonneau et Étienne Dextraze-Monast afin de discuter de leur processus créatif, de leur second opus et bien plus!

En 2020, comment debord avait fait bonne impression avec la sortie de leur album homonyme. La voix douce et intrigante du parolier et chanteur principal, Rémi Gauvin, des refrains accrocheurs, une proposition sonore grandement inspirée par les années 70 ainsi qu’un univers décontracté; voici ce qui a permis au septuor de se démarquer dès ses débuts. 

Avec monde autour, les Québécois reviennent à la charge avec une offrande plus assumée et maîtrisée. À travers ce projet de douze titres, on y retrouve autant des morceaux qui donne envie de danser tel que blood pareil que des ballades plus calmes et introspectives comme c’est quoi l’affaire. Comme à l’habitude, les textes y sont soignés, poétiques et ponctués de références québécoises, aux grands plaisirs des auditeurs. Comment debord n’a certainement pas déçu avec cette sortie et continue de tracer son chemin sur la scène musicale québécoise. 

PAN M 360 : Près de trois ans (déjà) se sont écoulés depuis la sortie de votre premier album. Que s’est-il passé depuis dans vies respectives? 

KAROLANE CARBONNEAU : Comme pour tout le monde, il y a eu la pandémie. Techniquement, nous étions supposés sortir notre deuxième opus l’an dernier. Nous avons dû attendre une année de plus avec la pandémie. L’enregistrement de monde autour s’est étalé sur près d’un an. 

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : Outre l’album, il y a eu plein de choses. Pour ma part, j’ai eu un enfant. Il y a des membres du groupe qui ont vécu des ruptures tandis que d’autres sont maintenant en couple. Disons qu’il y a eu beaucoup de changements depuis le premier album. Nous avons vieilli beaucoup et sommes arrivés dans la trentaine. La réalité de la vie adulte est arrivée plus vite que nous le pensions. Nous sommes à l’âge d’avoir des enfants et de devenir propriétaires! 

RÉMI GAUVIN : Ouf, ce n’est pas tout de suite que je vais le devenir! Comme Étienne raconte, il y a un paquet de trucs qui se sont déroulés dans nos vies personnelles. Pour ce qui en est de celle du groupe, nous avons eu la chance de tourner énormément ensemble. Nous avons pu nous connaître davantage sur scène et de vivre la réception de nos morceaux par le public. C’est une dimension essentielle pour notre formation. 

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : C’est vraiment un bon point qu’apporte Rémi. Nous avons joué dans de nombreuses salles partout au Québec, ce qui nous a permis de découvrir notre public. Nous aimons parler avec les gens après les spectacles et nous avons réalisé de superbes rencontres. De savoir que nous ne faisons pas de la musique dans le vide et qu’il y ait des personnes qui nous écoutent, ça nous a donné de la confiance. 

PAN M 360 : En quoi la pandémie a-t-elle affecté la création de votre nouveau projet?  

KAROLANE CARBONNEAU : Pendant un bon bout de temps, nous ne pouvions pas nous rencontrer en personne. Cela a rendu la création assez différente. Rémi nous envoyait différentes maquettes par courriel et nous essayions tous d’y ajouter un petit quelque chose. Nous n’avions jamais fonctionné de cette manière, c’était déjà un gros changement pour nous. 

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : Il y a certaines chansons de monde autour qui ont été écrites 100% à distance tandis que d’autres ont été créées lorsque nous étions tous ensemble. Il y a un côté hybride dans la création de cet album. Nous n’avons pas eu le choix de développer de nouveaux outils de création et de faire autrement. Nous avons été davantage spontané lors de l’élaboration du projet. Par exemple, certaines pièces ont été enregistrées seulement quelques jours après que Rémi a eu terminé l’écriture. C’est assez différent du premier album, car c’étaient des chansons que nous jouions déjà depuis deux ans en spectacle. 

KAROLANE CARBONNEAU : C’est vrai que nous avons été plus spontanés, mais ce n’était pas par paresse. Je crois qu’on voulait seulement se donner une certaine liberté en studio. Nous ne voulions pas trop penser et je crois que ça fonctionne avec notre musique. Lorsqu’on crée, il y a plusieurs choses qui viennent sur le moment et c’est ça qui est beau. 

PAN M 360 : Comment créez-vous en étant plusieurs personnes à être impliqué dans la création musicale?

RÉMI GAUVIN : Ça prend assurément une bonne communication. Il faut que tout le monde soit prêt à mettre de l’eau dans son vin et avoir une vision commune. C’est aussi important de mettre notre égo de côté et d’être au service des chansons. Nous apprenons tous à le faire de mieux en mieux. 

KAROLANE CARBONNEAU : Il y a une expression qui dit qu’il faut trust de process, et c’est vraiment ça qu’il faut faire, surtout quand on crée à plusieurs. Il faut faire confiance aux compétences des différents membres. 

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : Il y a certaines pièces qui se font tellement spontanément et tout se place, alors qu’il y en a d’autres dont l’accouchement est plus long. Il faut discuter beaucoup et être d’accord sur la vision des morceaux. Parfois, nous ne voyons pas tous les chansons de la même manière et on doit trouver un terrain d’entente pour nous permettre d’évoluer. 

PAN M 360 : Comment fonctionne l’écriture de vos morceaux? 

RÉMI GAUVIN : Les paroles, c’est vraiment moi. Disons que les autres doivent me faire confiance haha! Pour notre deuxième album, j’ai travaillé à différents moments sur les paroles. Parfois, je suis arrivé avec des pièces moins complètes, avec seulement un couplet et un refrain. Nous travaillons un peu sur la musique, je retournais œuvrer sur les paroles, et ainsi de suite. Il y a eu beaucoup de ça pour la rédaction de monde autour. J’écris de manière assez intuitive. 

PAN M 360 : Tout comme dans votre album éponyme, on retrouve dans monde autour de petits bijoux d’écriture tels que « je sais sweet fuckall pourquoi j’ai l’impression d’avoir trouvé quelle couleur crier après le « Omnikin » » dans tranquillement pas vite. D’où vous vient l’inspiration pour de telles paroles?

RÉMI GAUVIN : Honnêtement, il n’y a pas vraiment de secret. Dès que j’ai une idée intéressante ou un flash, je me le note quelque part pour m’en servir plus tard. Je note plein de choses, autant des expressions que des concepts, et je les mets dans des chansons. Pour ce qui est de la ligne sur le Kin-Ball, c’est un souvenir que j’ai eu lorsque j’ai fait une suppléance dans une école secondaire. Un jour lorsque j’étais professeur d’éducation physique, j’ai vu un ballon de Kin-Ball et ça m’a rappelé ma jeunesse. Je n’ai jamais pratiqué ce sport, mais je me souviens que ça me fascinait. Les joueurs de Kin-Ball étaient très associés à leur couleur, c’était presque une partie de leur identité.

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : Rémi utilise plein d’images et de références qui parlent à des gens qui sont présentement dans la vingtaine et le début de la trentaine. La ligne sur le Kin-Ball en est un excellent exemple. Aussi, il fait appel à beaucoup d’expressions et références québécoises, et c’est vraiment cool. Il utilise des images qui sont communes à plusieurs personnes, les sort de leur contexte et les présente sous un angle différent. C’est ça la beauté de son écriture, et c’est ce qui fait que c’est de la poésie.  

PAN M 360 : Votre premier opus nous a permis de vous découvrir et d’apprendre à connaître votre univers. Que diriez-vous que ce deuxième projet nous permet d’apprendre sur votre formation? 

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : Vous allez apprendre que nous nous connaissons mieux musicalement. Notre son est plus cohérent et confiant. Nous sommes aussi plus posés et moins énervés. Nous avons trouvé ce que nous croyons être notre identité de groupe, autant au niveau de la poésie que dans la musique et les arrangements. Aussi, nous sommes définitivement plus matures que sur notre premier projet. Nous avons développé une meilleure méthode de travail, et ça paraît sur monde autour. Par l’entremise de nos nouveaux titres, les gens vont pouvoir apprendre ce que nous sommes devenus et ce que nous avons vécu au cours des dernières années. 

PAN M 360 : Sur la pochette de votre nouveau projet, on retrouve une magnifique fresque de fleurs réalisée par Julien Cayla-Irigoyen. Les fleurs étaient aussi présentes sur celles de vos deux récents singles. Parlez-moi davantage de votre penchant floral. 

RÉMI GAUVIN : Sur l’album, il y a des influences folk et québécoise.  Le concept avec le graphiste et l’illustrateur Julien était de s’inspirer des fleurs qui poussent ici. Nous avons lu différents livres de fleurs québécoises pour s’inspirer. Les différentes fleurs et couleurs représentent la diversité et la cohabitation. Dans notre formation, on retrouve différentes personnalités. En quelque sorte, c’est ce que représentent les fleurs. Julien nous a fait différentes propositions et il a été très créatif. C’était toujours très beau et notre choix s’est arrêté sur cette illustration. Nous sommes vraiment contents de la pochette d’album.

PAN M 360 : L’un de mes titres favoris de votre projet est tough luck. Que raconte ce morceau?

RÉMI GAUVIN : C’est l’un des premiers que nous avons écrit pour cet album.  C’est une chanson qui parle indirectement de l’attitude que l’on devrait avoir dans la vie. Tout peut être improvisé et il n’y a pas moyen de savoir ce qui va nous arriver. Je dis « ça va peut-être tomber en neige, ça va tomber en pluie », et c’est vraiment ça le thème de la chanson, l’incertitude de la vie. Pendant la pandémie, la vie était remplie d’incertitudes, autant au niveau professionnel que social et personnel. Ça fait aussi référence au fait de faire de la musique. Nous ne savons pas trop où cela va nous mener, mais nous savons que ça vaut la peine de le faire. Je trouve qu’il y a quelque chose de vraiment beau là-dedans. 

PAN M 360 : La chanson tranquillement pas vite est interprétée par un membre dont nous ne sommes pas habitués d’entendre la voix. De qui s’agit-il? Est-ce une volonté de mettre les différents membres de l’avant vocalement? 

RÉMI GAUVIN : C’est Willis Pride. C’est la première fois qu’il a une chanson à lui sur l’un de nos projets. Sur notre premier album, il y avait différents membres qui apparaissaient vocalement. C’est quelque chose que l’on aime faire.

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : En effet, on aime le faire quand ça sert la chanson. Rémi essaie de chanter les chansons qu’il a écrites, et quand ça ne fonctionne pas, nous trouvons des solutions comme de les faire chanter par un autre membre.  Parfois ça marche et parfois ça ne marche pas.  Lorsque Karolane chante les paroles de Rémi, ça prend un tout autre sens. C’était exactement ça avec Willis pour tranquillement pas vite. Il a pris la chanson de Rémi, il est allé chez lui et il l’a réarrangée. C’était vraiment intéressant et ça amène la chanson à son plein potentiel.  

PAN M 360 : Vous avez déjà réalisé trois vidéos pour des titres de monde autour, dont le plus récent pour veux veux pas. À une époque où les vidéoclips sont mis de côté par les artistes, pourquoi trouvez-vous important d’en faire? 

KAROLANE CARBONNEAU : Je pense que ça amène une image de plus que les gens peuvent se faire de nous. Ça donne une autre vie et une autre dimension à nos chansons

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : Pendant  la pandémie, j’ai été professeur de musique à une école primaire. Quand je disais aux enfants que j’étais dans un groupe, ils voulaient tous voir ce que je faisais. Leurs premiers réflexes étaient d’aller sur YouTube et de taper le nom de notre formation. C’est assez anecdotique, mais ça prouve que les vidéos ont encore leur place. Aussi, c’est du contenu supplémentaire et ça nous permet d’en montrer davantage à notre public. Ça permet aux gens de nous voir et de donner une atmosphère à nos chansons. Lorsqu’on fait des vidéos, on rencontre des artistes vraiment chouettes. Ainsi, nous élargissons nos horizons et ça fait du bien de collaborer avec des artistes qui ne sont pas nécessairement musiciens. Ça rend notre art multidisciplinaire. 

PAN M 360 : Vous effectuerez votre rentrée montréalaise au Club Soda le 3 novembre prochain. À quoi doit-on s’attendre de ce concert? 

KAROLANE CARBONNEAU : À un grand spectacle. Nous voulons faire quelque chose d’unique. Nous ne pouvons pas trop en dévoiler, mais il risque d’y avoir des invités. Je pense que ça va valoir la peine d’y être! 

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST: Nous travaillons sur ce spectacle-là depuis quelques mois et nous sommes encore en train d’y apporter des changements. Ce spectacle sera l’ouverture de notre tournée qui s’en vient. Ce sera notre plus grosse salle à ce jour et plusieurs de nos amis y seront. Ça va être le fun, c’est certain.

Comment debord se produit dimanche au FME, 17h

Le groupe montréalais sera au Club Soda le 3 novembre prochain dans le cadre du festival Coup de cœur francophone.  

Crédit photo : Audiogram

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