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Bantü Salsa : Danser sur l’Histoire

Interview réalisé par Ralph Boncy

La nouveauté montréalaise dirigée par le Camerounais Just Woân pourrait bien devenir la nouvelle sensation afro-latine dans le jazz et les musiques du monde. Si la pandémie le permet…

Genres et styles : africain / jazz / salsa

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D’abord, réglons tout de suite un malaise éventuel au sujet du chef d’orchestre et réalisateur de ce projet. L’anecdote au sujet du nom de scène est-elle véridique ?

« Mon prénom est Justin, et nous avions choisi Juste-1 comme nom de mon précédent groupe », explique avec naturel le chanteur et bassiste de Bantü Salsa. « Nous, on prononçait cette anagramme selon la phonétique francophone, question de démontrer notre unité, et ce, en toute simplicité. Mais le présentateur de notre première émission télévisée, un anglophone, a lu le chiffre 1 comme one (dans sa langue) en nous invitant sur scène. Le public a tout de suite gobé cette appellation comme une brillante idée et, fatigués de corriger chaque fois les fans, on s’est pliés à la volonté des supporters, rajoutant même un accent circonflexe sur le ô pour exagérer volontairement la prononciation anglaise.

Natif du Cameroun, Just Wôan a débarqué au Québec pour participer aux Francofolies de Montréal. Il a finalement fondé une famille et mis sur pied une cellule de promotion pour les artistes métissés incluant un studio d’enregistrement, des spécialistes en vidéo, un label et une équipe de promo : Les productions Miss-Meuré. 

« Dans la langue de ma mère cela signifie “les yeux et les oreilles”. Pour moi, cela symbolise simplement le multimédia. Nous avons signé déjà une douzaine d’artistes. J’ai travaillé avec le Conseil des Arts sur des maquettes et comme réalisateur pour des projets primés ou subventionnés. Trop d’artistes valables restent sur la touche et ne trouvent pas leur place. Il y a du pain sur la planche ! »

La date du lancement du premier album de Bantü Salsa tombait la même semaine que les restrictions imposées par la Covid-19 au mois de mars. Il n’y a plus qu’une solution : se retrousser les manches et suivre le calendrier.

Les nations unies du Québec et la kora

S’il est vrai qu’il existe ici une vraie scène musicale alternative témoignant avec force de la diversité démographique spécifiquement montréalaise, eh bien le nouveau groupe de Justin Itoko (alias Just Wôan) est à mettre en tête de liste avec ses huit nationalités différentes. Avec sa section de cuivres complète, son pianiste mexicain Ricardo Angel Soniaro formé à Cuba, dans les grandes ligues, son batteur africain Ronald Auguste Dogbo, entre autres, et, pour couronner le tout, l’authentique griot malien Diely Mori Tounkara qui assure avec bonheur la présence des 22 cordes magiques de cette harpe mandingue séculaire.

« Si la kora dans la salsa n’est pas une exception absolue ni un cas unique, c’est bien la première fois qu’elle prend autant de place, à ma connaissance, dans une orchestration afro-latine du moins », dixit le leader.

Très éloquent lorsqu’il évoque l’évolution du peuple bantou, de son Histoire pendant des siècles d’esclavage, de sa migration depuis l’Afrique sub-saharienne jusqu’en Angola, l’auteur-compositeur de ce groupe de salsa québécois propose des chansons entraînantes et ensoleillées dans lesquelles on célèbre aussi les beautés du continent noir. Et dans Kessaï, la chanson-titre de ce premier album, on chante le vivre-ensemble partout,  le droit, la légitimité pour chacun de se sentir bien n’importe où, dans n’importe quel pays, sans avoir à souffrir des préjugés locaux et du racisme systémique.

Pour tenter de définir le style musical de Bantü Salsa dans les colonnes de PAN M 360, je n’ai pas hésité, il y a quelques semaines, à citer des modèles comme Richard Bona ou Bobby McFerrin pour décrire le chant du maestro. Son orgueil passe-t-il encore dans la porte après ces compliments ?

(Il étouffe un rire gêné)

« Au contraire! Se faire comparer à des artistes aussi accomplis te donne, obligatoirement, plus d’humilité. Et ça ne peut pas t’enfler les chevilles, comme on dit, ni te donner la grosse tête. Cela te rend humble devant le talent de ces musiciens qui possèdent une immense carrière. On parle ici de McFerrin, qui peut remplir un stade entier tout seul avec juste un microphone, ou de Bona qui excelle à tout ce qu’il touche. Moi, j’ai 37 ans et il me reste tout le travail à faire. Tout est devant moi. »

Le Festival international Nuits d’Afrique propose le troisième voyage en musique de sa série En direct des Nuits d’Afrique de Montréal, avec Bantü Salsa et Ayrad, ce jeudi 22 octobre à 20 h. VOIR LE LIVESTREAM

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