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4e mixtape de Moonshine : Kinshasa-Montréal et plus encore

Interview réalisé par Alain Brunet

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Assurément une force du renouveau musical montréalais depuis 2014, le collectif Moonshine lance SMS For Location Vol. 4, compilation de 19 titres parfaitement représentatifs de la très vaste mouvance afro en musique, bass-heavy, électro-funk et plus encore.

Initié par Pierre Kwenders et son impresario Hervé Kalongo, Moonshine réunit des artistes de talent, notamment  les DJ et producteurs.trices San Farafina, Odile Myrtil et AKantu, les installations visuelles de Boycott. Autour des artistes réguliers de Moonshine, d’autres se joignent au fil des événements présentés les nuits de pleine lune dans des lieux différents d’une lune à l’autre.

Kaytranada, Dâm-Funk, Le1f, Venus X, DJ Windows 98 (Win Butler d’Arcade Fire), Bambii et Branko sont au nombre des artistes ayant fréquenté les soirées Moonshine, toujours annoncées à ses abonnés via texto, d’où le titre SMS for location. Au fil des sept dernières années, les événements sous la bannière Moonshine ont débordé le cadre montréalais : New York, Los Angeles, Paris, Bruxelles, Londres, Milan, Lisbonne, Santiago, plus récemment Kinshasa.

Il est aisé d’affirmer que les sons générés par Moonshine sont à la fine pointe du renouveau  mondial d’ascendance africaine en matière de musique, et plus encore. Et ça continue : fin 2020 début 2021, le noyau dur de Moonshine s’est déplacé à Kinshasa afin d’y mettre en relief les forces vives de la mégapole congolaise, en témoigne partiellement cette quatrième mixtape mise de l’avant par le collectif. Cette compilation d’œuvres collaboratives se veut le prolongement mondialiste de ce que Moonshine offre aux mélomanes et danseurs noctambules depuis ses débuts en 2014.

Les sources de cette nouvelle mixtape ont été recueillies en  République Démocratique du Congo (RDC) et sert de trame musicale au court métrage/documentaire hybride Zaire Space Program  qui fait état de cette première incursion de Moonshine au Congo et des collaborations Montréal-Kinshasa vécues pendant ce pèlerinage visionnaire, afro-futuriste, mise en relief de la relation entre les nouvelles technologies et la culture sur le continent noir.

PAN M 360 :  C’était donc la totale à Kinshasa, musique, images, collaboration, découvertes. Résumez-nous le périple!

Pierre Kwenders :  Le voyage en république démocratique du Congo a eu lieu de décembre 2020 à la fin janvier 2021, nous y sommes restés six semaines. Nous avons beaucoup d’images recueillies là-bas, le film devrait être prêt en 2022.  

PAN M 360 : Fara, vous étiez très impliquée dans ce projet audiovisuel. Que retenez-vous de Kinshasa?

San Farafina :  La vie à Kinshasa et Matonge m’a semblé très dynamique, haute en couleurs, très différente de ce à quoi j’étais habituée. Je suis née au Canada et j’y ai grandi  – je viens de l’Alberta et je vis à Montréal depuis plus de 10 ans maintenant. Donc ce fut pour moi un choc énorme. Il m’a aussi semblé que les priorités sont différentes au Congo en termes d’arts et de culture. Ce premier voyage en Afrique fut une grande immersion, une expérience éclairante à ce titre. 

Pierre Kwenders : Fara a un parcours intéressant à nos côtés. Nous l’avons connue alors qu’elle travaillait au bar,  puis elle fut  DJ, productrice  et même documentariste. Tu as trouvé ta voie, tu t’es trouvée.  Le film documentaire sur lequel nous travaillons ensemble est l’une de nos initiatives, nous travaillons aussi sur un projet d’émission radiophonique animée par Fara et moi-même, lancée bientôt sur notre plateforme.

San Farafina :  Je m’estime très chanceuse de pouvoir travailler au sein d’un collectif, de pouvoir compter sur le soutien de ses membres et de son réseau. De toute beauté !

PAN M 360 : Y a-t-il une forte représentativité congolaise au sein de Moonshine?

Pierre Kwenders : Hervé Kalongo, coordinateur de Moonshine et mon impresario sommes d’origine congolaise. Il aussi le DJ AKantu qui, d’ailleurs, a fait partie de ce voyage au Congo, il est le dernier à se produire à notre boiler room tourné là-bas. Il vient de Lumumbashi, il a vécu à Kinshasa et est basé à Montréal depuis environ 5 ans.

PAN M 360 : Cherchiez-vous à mettre de l’avant des styles en particulier dans cette nouvelle mixtape ?

Pierre Kwenders : Pas exactement. On aime plutôt laisser à l’artiste la liberté de création. Nous choisissons l’artiste parce qu’on le connaît,  parce qu’ on sait ce qui nous plaît de sa musique. Ensuite nous travaillons ensemble. 

PAN M 360 : Donnez-nous un aperçu des premiers singles extirpés de cette mixtape.

Pierre Kwenders : On essaie de mettre de la chaleur dans le coeur des gens, sortir de cette pandémie dans la joie. Les morceaux ont des propriétés énergétiques, représentent très bien l’univers de leurs participants.

À travers la chanson Malembe, par exemple, on a voulu concrétiser cette connexion avec le Congo. J’y suis né, je viens de là, mais concrètement je n’avais jamais collaboré avec des artistes congolais basés à Kinshasa. Là on a le plaisir de travailler avec Boddhi Satva, très connu là-bas. Il a d’ailleurs inspiré l’identité musicale de Moonshine. Donc sa participation allait de soi sur cette mixtape. Boddhi nous a indiqué qu’il avait un beat enregistré pendant la pandémie, il me l’a transmis et  j’ai ensuite écrit et enregistré ma partie avec le son originel un peu modifié. Puis MC RedBull, aussi à Kinshasa, a fourni son input. J’ai repris le tout et j’ai essayé de rebâtir une forme finalement retransmise à Boddhi qui a complété le travail avec le résultat qu’on connaît aujourd’hui. Et j’en suis très content!

PAN M 360 : Cette nouvelle mixtape n’est pas exclusivement constituée de musique enregistrée à Kinshasa. D’autre part?

Pierre Kwenders : Toujours dans cette idée de collaborer avec des artistes d’ailleurs, on a  par exemple la pièce Ginseng du DJ et producteur parisien Bamao Yendé, fondateur de Boukan Records. Son label sort plein de musique faite par des jeunes Africains de la diaspora établis en France, particulièrement à Paris. Nous voulions leur offrir une autre plateforme afin de partager leur musique qu’on aime. Je lui ai signifié qu’on aimerait qu’il nous propose quelque chose, nous avons reçu Ginseng. Ce ne fut pas compliqué. C’était un coup de coeur!

Crédit photo de couverture: Alexis Belhumeur

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