Un 17 juin aux Francos: Robert Charlebois, Philippe Brach

par Théo Reinhardt

L’équipe de PAN M 360 se fait un plaisir de fourmiller un peu partout aux Francos, dans les recoins évidents et moins évidents, pour le public francophile. Suivez notre couverture!

Crédit photo: Victor Diaz Lamich

Pour la clôture  des Francofolies de Montréal, un des artistes les plus importants de l’histoire du Québec était invité. Nous attendions tous impatiemment devant la scène Bell, samedi soir. 

À 78 ans, après près de soixante ans de carrière, Robert Charlebois ne nécessite aucune introduction. La première rock star nationale, l’innovateur de la chanson et le catalyseur de la culture dans les années 60 et 70 se présenterait devant la place des festivals le temps d’une heure et demie. Une rare opportunité qu’il aurait été absurde de ne pas saisir. 

Il se présente sur scène vêtu de blanc, l’air d’un pilier de marbre, et commence le spectacle avec Le manque de confiance en soi. « On va manquer notre coup » est peut-être la phrase la plus ironique de la soirée… puisque Robert en CharleboisScope en clôture des Francos de 2023 est loin d’être un coup manqué. 

Le souffle, la puissance, la justesse, l’interprétation, l’humour… Charlebois a encore tout ce dont il a besoin pour jouer ses chansons de manière intense, ressentie, et tout simplement impressionnante. Inspirante, aussi, puisque la flamme brûle toujours brillamment chez cet homme, qui envoyait sans doute un vent d’espoir aux jeunes artistes le regardant. Il dirigeait la foule, la taquinait, dansait sur scène, levait son pied de micro et sa guitare dans les airs… rien à envier des autres stars du rock. 

Les grands succès ont été joués et reçus avec éclat, et Louise Forestier est venue agrémenter la scène pour la fameuse Lindberg, au plaisir de tout le monde, si on se fie aux acclamations. 

Spectacle sensationnel, spectacle historique, et peut-être un peu mélancolique aussi. Car qui sait combien de fois encore nous pourrons chanter Je reviendrai à Montréal, Les ailes d’un ange, J’t’aime comme un fou et tous ces autres hymnes entouré de 40 000 personnes? Qui sait si Ordinaire pourra encore nous frapper à la figure et nous serrer le cœur comme elle l’a fait lorsque jouée sous nos yeux? On ne le sait pas, mais si Charlebois nous a prouvé quelque chose samedi soir, c’est que le pilier est solide, et sa parure toujours reluisante. 

Samedi soir, le 17 juin, Montréal a donc pu vivre et chérir le temps de quelques chansons légendaires. Certains se sont souvenu du passé, d’autres ont créé des souvenirs pour le futur, mais aucun d’entre eux n’était banal. Samedi soir, les Francos se terminaient en toute beauté.

Philippe Brach avec les gens qu’on aime

Crédit photo: Frédérique Ménard-Aubin

Le dernier vrai concert des Francos était en fait celui de Philippe Brach, l’invité surprise, sur la scène Hydro-Québec à 23h30. L’esplanade de la Place des Arts était bien occupée; pas surprenant vu la sortie récente de l’acclamé Les gens qu’on aime après des années d’inactivité. 

Brach n’a pas tellement changé. Irrévérencieux, il débute le concert en clamant qu’il veut des plaintes de bruit de la part des condos environnants, sur lesquels il ne manque pas la chance de faire quelques commentaires. Il s’adoucit ensuite en communiquant sa joie de constater que Montréal est encore bien vivante, et se réactive en promettant de « finir les Francos comme du monde. » Le tout entrecoupé d’une symphonie d’acclamations, bien sûr. 

Alors, le concert commence, et Philippe Brach révèle qu’il appuie à fond son côté clownesque en dévoilant sous sa tenue rouge une-pièce le costume d’un certain Ronald McDonald. Salopette jaune et chandail ligné blanc et rouge. Mais l’accoutrement n’est pas que plaisanterie. C’est en lien avec le personnage et la performance: toujours un peu ironique et contestataire à la fois. De plus, Brach rit souvent sur la mélodie de ses chansons. Un rire forcé, parfois sardonique, un rire un peu déstabilisant qui cache un cri, un pleur, un ouragan. Alors un clown, oui, mais le genre de clown qui fait un peu trop peur aux enfants. L’artiste a donc visé juste en allant vers le Ronald.

Le concert consistait en majeure partie des plus grands succès de l’auteur-compositeur-interprète  de Chicoutimi, mais la dernière partie du spectacle était réservée au nouvel album. Last call, Tic tac et le suave « Bonjour les amis », sur la chanson Un peu de magie ont été inaugurées, et le tout était délectable. Faute d’orchestration, c’est la foule qui apportait le côté grandiose aux chansons. Les musiciens brillaient aussi, surtout avec l’allure légèrement ivre du rythme de Tic tac.

Le concert s’est terminé sur une note sobre et rassembleuse, au rythme de la voix et du claquement de doigts de Philippe Brach, seul sur la scène, pour la chanson a cappella Bonne journée. L’esplanade était soulevée d’une foule de voix. Comme si les Francos de 2023 se terminaient sur un fondu au silence. Une redescente sur Terre. Un retour à la vraie vie. C’était le concert parfait pour terminer. La musique de Brach est peut-être subversive, et parfois insaisissable, mais son honnêteté perce l’air comme une flèche et vient se loger sur un de nos murs intérieurs. Pas trop épique, ni trop humble, c’était vrai, et c’est bien du vrai qu’il fallait pour la fin de ce festival.

À l’année prochaine, les Francos!

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