La flûtiste Aram Mun remporte le concours 2023-2024 de concertos de McGill

par Frédéric Cardin

À l’issue d’un processus qui a débuté il y a plusieurs semaines, le concours de concertos romantiques/modernes/contemporains de l’école de musique Schulich de l’Université McGill a couronné la flûtiste Aram Mun lauréate de l’édition 2023-2024, dans sa portion consacrée aux cuivres, aux bois et aux percussions. Mun s’est démarquée avec une performance impressionnante du Concerto pour flûte et orchestre FS 119 de Carl Nielsen. Vision expansive, sonorité riche, technique aisée, fluide, la jeune artiste a obtenu la meilleure appréciation du jury constitué de Simon Aldrich, Alexis Hauser, Trevor Dix, Jacinthe Forand et Kristie Ibrahim. Personnellement j’ai également été impressionné par l’autre flûtiste de la soirée, YuLai Guo, qui jouait le concert de Jacques Ibert, et surtout par le percussionniste Charles Chiovato Rembaldo dans une spectaculaire interprétation de Speaking Drums de Peter Eötvös. Le quatrième candidat, le trompettiste Christopher Keach, a démontré de belles sonorités, mais une largement insuffisante maîtrise technique, dans un concerto d’Oskar Böhme. Notes escamotées, trop souvent, et attaques ratées laissant beaucoup de bavures, ont certainement coulé le jeune homme. Si vous êtes passionné(e) de relève musicale classique, sachez que la portion piano de ce même concours verra ses préliminaires être données le 12 février prochain, puis la finale le 14. 

Pour le calendrier, voir ici

rock / rock psychédélique / surf

Taverne Tour Jour 2 : TEKE::TEKE et le Surf Rock Demon Wave

par Stephan Boissonneault

J’ai finalement vu l’hydre psychédélique du surf rock japonais, TEKE::TEKE, en concert lors du Taverne Tour. Depuis que j’ai déménagé à Montréal il y a trois ans, toutes les têtes pensantes m’ont dit d’aller voir TEKE::TEKE. Après l’avoir manqué quelques fois et avoir écouté leur dernier album, Hagata, je savais que le spectacle à guichets fermés allait être mémorable. 

Dès l’entrée du groupe sur scène (avec un peu de retard, mais c’est ça le show business), j’ai su que nous allions en prendre plein les yeux. La première chose que j’ai remarquée, c’est qu’ils étaient tous impeccablement habillés : les guitaristes portaient ce qui ressemblait à des kimonos vintage, la flûtiste portait une robe et un bandeau argentés traditionnels, et la chanteuse principale, Maya Kuroki, portait des lunettes colossales à monture épaisse, des boucles d’oreilles orbes pendantes et une robe florale très voyante.

TEKE:TEKE a fière allure et, pendant l’heure qui suit, ils nous emmènent dans un voyage d’histoires de fantômes japonais qui sonnent comme la toile de fond d’un film de Tarantino endiablé. Comme l’équivalent sonore d’un étrange tsunami, chaque chanson prend de l’ampleur et se transforme en un tourbillon de rock n’ roll surfy. Le groupe est incroyablement soudé, échangeant des signatures temporelles bizarres comme si de rien n’était. Les projections du soleil rouge japonais en arrière-plan, des montagnes topographiques, des oiseaux de dessins animés, des oni et des kanji ajoutent au spectacle.

Je n’arrive pas à croire que ce groupe n’a que sept ans parce qu’il joue comme s’il le faisait depuis des dizaines d’années. Le rappel de Bankrobber des Clash, chanté en japonais, était également un bonus. Si vous aimez la musique live, c’est presque un mauvais service à rendre que de ne pas voir TEKE::TEKE en concert.

Un triomphe. 

garage-punk / garage-rock / rock

Taverne Tour, jour 2 : SAMWOY se met à l’heure de la réalité

par Lyle Hendriks

Il y a quelque chose dans la personnalité de SAMWOY sur scène qui me fait craquer. Il a une confiance en lui, confiance tapageuse sur scène, lançant sans arrêt des blagues loufoques comme une version emo de Jack Black.

C’est une facilité de mouvement, un signe certain de quelqu’un passé par l’essoreuse de la musique live et ayant découvert qu’il avait vraiment ce qu’il fallait pour réussir. Mais au-delà de l’humour et de l’armure de confiance, Sam Woywitka n’a aucun problème à se montrer vulnérable, à exprimer sa gratitude et son amour pour tous ceux qui viennent l’écouter et danser. 

Musicalement, le travail de Sam est empreint d’une certaine jeunesse, avec des vibrations indie alternatives, à la fois optimistes et agressives, qui vous font bouger et peut-être penser à votre ex. Au début, son set était relativement léger, avec le genre de paroles émotionnelles et d’instrumentation angoissante que nous espérions tous. Mais en un instant, je suis passé de la danse et du bon temps à l’immobilité, bouche bée et les yeux un peu embrumés alors que Sam jouait une chanson que je n’avais jamais entendue auparavant. 

Sam s’est alors livré à un monologue mi-parlé, mi-chanté, racontant comment il s’est lancé dans la musique. Je suppose que plusieurs le savent, mais c’était la première fois que j’entendais Sam raconter qu’il s’était réveillé d’un coma à 17 ans, sa vie ayant été irrémédiablement changée par un accident de voiture qui a privé son ami de la vie et Sam de sa mémoire. Il raconte qu’il a failli mourir, qu’il a vu sa mère dans une chambre d’hôtel étrange et purgatoriale et qu’il a été repoussé, ramené à la vie, au monde et à la musique qui, aujourd’hui, l’anime totalement.

C’était un moment inattendu de sensibilité et de vulnérabilité que j’espère voir plus souvent dans les prochains spectacles de SAMWOY.

rock / rock prog / rock psychédélique

Taverne Tour, jour 2: Population II est en train d’exploser

par Lyle Hendriks

J’ai eu la chance de voir Population II à plusieurs reprises, et ce groupe n’a jamais manqué d’être tout à fait exceptionnel. Le trio psych-rock montréalais est, à mes yeux, la définition même de l’art de faire beaucoup avec peu. Il démontre que la configuration classique guitare, basse et batterie est aussi restrictive que l’on veut bien le dire. En effet, Population II semble s’épanouir à l’intérieur de ces limites apparentes (avec l’aide d’une partie de synthé occasionnelle), surgissant et éclatant aux coutures comme une valise surchargée de riffs à faire fondre les visages, de lignes de basse piquantes et de percussions incroyables.

L’un des aspects les plus impressionnants de Population II est son batteur et chanteur, Pierre-Luc Gratton. Sa voix est parfaite pour le projet, avec chant au ton insistant, presque indigné, qui rappelle King Gizzard. Son jeu de batterie est également un véritable phénomène, avec une telle habileté technique et une telle sophistication qu’il commence à sembler libre et naïf, comme un train à grande vitesse sur le point de dérailler.

Mais ce qui apporte à Population II son énergie et son urgence irrésistible, c’est qu’il fait ces deux choses simultanément : son corps et son âme sont tout entiers engagés dans une saignée frénétique de ce que je ne peux que supposer être ses démons les plus profonds et les plus sombres. Et lorsque Gratton écarte le micro de son chemin et se prépare à une pause instrumentale, on sait que l’on est sur le point d’être soufflé.

Nouvelle règle pour les Montréalais : ne manquez jamais, sous aucun prétexte, un spectacle de Population II.

folk / pop / R&B / soul/R&B

Taverne Tour, jour 2: Yves Jarvis offre un set chaleureux de ballades acoustiques

par Stephan Boissonneault

Je suis arrivé au moment où Yves Jarvis avait terminé le quart de son concert Taverne Tour, soit au magasin Aux 33 Tours, endroit idéal pour le folk acoustique / R&B, étrange et chaleureux qu’il a joué. Il était intéressant de voir de nombreux passants entrer dans le magasin pour regarder les bacs de disques et être stoppés net après avoir entendu Jarvis. 

Son habileté technique à la guitare était évidente, ce à quoi on ne prête peut-être pas trop attention lorsqu’on écoute sa pop expérimentale déjantée sur l’album The Zug. Mais cette performance était brute et intime, comme si nous étions tous les amis de Jarvis en train de l’écouter jouer de nouvelles chansons dans le salon de sa famille.

Toutes ses chansons semblaient dépouillées, comme s’il était encore en train de tester quelques accords ou lignes de chant, mais Jarvis est un formidable interprète – il a fait des blagues tout au long de son concert tout en regardant sa setlist improvisée sur un petit morceau de papier.

« Je n’ai pas vraiment planifié cela. C’est en fait ma liste de courses ». Il est rare de voir un artiste comme un livre ouvert lorsqu’il essaie de nouvelles chansons, surtout dans un cadre discret comme celui d’un magasin de disques. Bravo à Taverne Tour et à Yves Jarvis

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bruitiste / expérimental / free jazz / jazz-rock / rock / surf

Taverne Tour, jour 1: Yonatan Gat, la « guitare monde »

par Alain Brunet

Pour ses fans les plus fervents venus jeudi à sa rencontre à la Sala Rossa, Yonatan Gat est une légende vivante.  Guitariste, compositeur, improvisateur, leader d’orchestre israélien transplanté à New York, il est une incarnation guitaristique de l’ouverture et de  l’éclectisme extrême, valeurs que nous soutenons sans réserve à PAN M 360. Puisque sa  musique se promène allègrement au Moyen-Orient, en Afrique ou dans les Amériques, puisque ses citations vont du surf rock façon Dick Dale au fameux thème de la samba Brazil, on tient à vous en cause.

Évidemment, cet authentique (et fort sympathique) guitar hero ne prétend pas représenter la planète entière mais ses intégrations traduisent une immense ouverture sur le monde entier. Attitude garage  punk, mais aussi free jazz, jazz rock, groove, bruitisme, haute virtuosité guitaristique, excellents accompagnateurs, on en passe! La dernière pièce au programme aura duré une quinzaine de minutes et avait la forme d’une longue improvisation jazz en mode rock, formes apparemment simples et groovy à l’intérieur desquelles des perles sont repérées sans cesse. 

On raconte que son premier groupe de type garage, Monotonix, fut interdit dans presque toutes les salles d’Israël, ce qui l’aurait forcé à l’exil. Aujourd’hui, Jonathan Gat n’est peut-être pas un demi-dieu de son firmament mais son excellente réputation lui permet de rouler sa bosse dans toutes les salles petites et moyennes sur cette petite planète. Si on se fie à ce qu’on a entendu au Taverne Tour, ça n’est pas prêt de

s’arrêter.

dance-punk / Experimental / synth-punk

Taverne Tour Day 1: Slash Need – For When You Want/Need to Let Loose

par Lyle Hendriks

“Slash Need is like, my favourite band,” said a friend as we chatted between sets at Le Ministère. “It’s just fucking crazy. I love it.” When I said I had never heard them before, his excitement doubled down, a knowing look of ‘you don’t know what you’re in for’ painted upon his face. Within 30 seconds of Slash Need’s Dusty Lee and Alex Low (along with their two backup dancers) taking the stage, I completely understood the hype. The aesthetics of the group were the first to take me in. Lee, dressed in latex and with her face painted in severely fierce makeup, stood over us with the utmost confidence, like a monarch overseeing their populace. In the back, we had Alex Low, who was the embodiment of ’80s vice sleaze in his leather jacket, orange glasses, and fingerless gloves. 

As the first song started, the floor began to shake, both from the glimmering yet grimy instrumentation provided by Low, along with the rapidly escalating motion of the crowd around me. The music itself felt like the sexy, dirty, unapologetically depraved club beats of the future, turning the entire room into a red-light district of breathless bodies and breakneck beats. Equal parts glamorous pop and jagged experimentation, the energy never dipped, thanks in large part to the captivating confidence of Lee and their two balaclava-toting backup dancers.

I can honestly say that I’ve never seen a set quite like Slash Need. My friend was right—it’s just fucking crazy. I’ll see you on the floor at the next one.

photos by Stephan Boissonneault

électronique / jazz / rock alternatif / soul/R&B

Taverne Tour: Hawa B, éclosion imminente

par Alain Brunet

HAWA B, Nadia Hawa Baldé de son vrai nom, connaît une progression fulgurante qui s’accélère en 2024. À l’évidence, 5 ou 6 années passées dans l’underground montréalais lui ont été bénéfiques, nous sommes témoins de l’éclosion imminente.

PAN M 360 vous en a d’ailleurs causé l’an dernier sous la plume élogieuse de Théo Reinhardt. Rajoutons-en une couche avec cette prédiction facile : cette artiste est un diamant noir qui ne cessera de rutiler au cours des mois et années à venir. 

On sait que la scène montréalais regorge désormais d’excellentes chanteuses de couleur, on pense d’abord à Magi Merlin, mais Hawa B ne donne pas sa place parmi elles. Et  parmi les  rares artistes au réel potentiel international, notamment parce que cette artiste  ne s’en tient pas aux clichés artistiques attribués  à sa couleur de peau. La présence et la prestance sur scène, l’humour singulier, l’audace, la libre pensée, l’irrévérence bien dosée, le talent vocal, l’ouverture artistique. 

Invitée au Taverne Tour aux côtés de l’homme-orchestre Félix Petit (Les Louanges, Hubert Lenoir, Laurence Anne,  Safia Nolin, FELP, etc.), sans compter une intervention surprise de Greg Beaudin (Dead Obies, Brown Family), elle a offert jeudi un set impressionnant à la Casa del Popolo, succédant à une performance pour le moins spectaculaire de l’artiste queer Flex – excellent chanteur, au croisement de la soul et de l’électro.

La direction artistique de Hawa B n’est peut-être pas encore tout à fait précisée, il y a encore des cordes à nouer afin que ses multiples influences se trouvent dans un discours fluide et cohérent : aux fondements R&B et hip-hop, se juxtaposent  musiques mandingues, jazz contemporain, rock indé, bruitisme et aussi électro comme on pouvait le constater avec l’interprétation de Forget, premier extrait du EP Sadder but Better à paraître le 5 avril prochain sous étiquette Duprince. Pour les artistes les plus talentueux, éclectisme et cohésion ne sont aucunement contradictoires.

Et les mots ? « Forget aborde la dépendance aux émotions fortes. Quand on n’arrive plus à trouver la paix ailleurs et que l’adrénaline devient la principale source de plaisir, il peut être difficile de savoir ce qui est bon pour soi. C’est plus attrayant de vivre à fond le moment présent et plus simple d’éviter d’être confrontée à soi-même, même au détriment de sa santé mentale » , allègue-t-elle par voie de communiqué. 

Émotions fortes indeed. Hawa B est une authentique bête de scène, encline à la transe des planches. Elle n’hésite pas à grimper debout sur le bar de la Casa, traîner son tabouret au milieu du parquet et le balancer dans la foule pour ensuite reprendre ses esprits… et les nôtres. Wow!

Mesdames, messieurs, et toustes les autres qui se trouvent entre les deux, on se prosterne devant Hawa B !

dance-punk / hardcore / synth-punk

Taverne Tour Jour 1 : les Deli Girls déclenchent la machine de guerre du hardcore numérique

par Stephan Boissonneault

Après un set endiablé du duo new wave punk expérimental et bruitiste de Toronto,  @slashneed le public du Taverne Tour au Ministère n’était peut-être pas préparé à ce qui allait suivre. Les Deli Girls de Brooklyn, New York, un autre duo qui plonge dans la furie dance-punk, sont montés sur scène et ont apporté avec eux un mur de sons distordus qui ressemblait parfois à un avion qui décolle, à un mur de verre qui se brise, ou à une folie synthétisée. Tout cela grâce au DJ masqué des Deli Girls, Hatechild.

Le leader du groupe, Dan Orlowski, a amorcé le set avec des rires autotunés maniaques, arborant une peinture de guerre à la Joker et une jupe à carreaux sur laquelle on pouvait lire « Suck My Dick » (sucez ma bite). Après quelques cris bien préparés sur la douleur et l’effondrement de la société, Orlowski a regardé la foule et a dit « Do you guys mosh ? » avant de se jeter dans la foule et d’écraser son corps contre et avec la foule dans une discordance pleine de sueur. Orlowski a peut-être les cris les plus maîtrisés que je n’ai jamais entendus, une éthique purement punk rock et une dégaine numérique parfaitement exécutée, frôlant l’hyper pop, la synthwave et les breakbeats. Le set était un pur arcane, incomparable sur la carte des concerts montréalais. Qu’on se le dise, ces Deli Girls représentent une espèce rare.

27e Gala des Prix Opus : tous les résultats

par Alexandre Villemaire

Le grand rendez-vous annuel du milieu musical québécois battait son plein pour sa vingt-septième édition à la Salle Bourgie ce dimanche 4 février. Réunissant interprètes, diffuseurs et artisans de la musique de concert, c’est 30 prix, dont 8 prix spéciaux bonifiés, qui ont été remis par le Conseil québécois de la musique et différents partenaires pour saluer et honorer leur travail.

L’animation a, pour une troisième année consécutive, été confiée au comédien Jocelyn Lebeau qui a offert une présentation dynamique et rythmée reprenant la formule moins conservatrice de la précédente édition axée sur des blocs de prix et des discussions avec trois ou quatre lauréat.e.s de différentes catégories au lieu des traditionnels remerciements.

Ces discussions où les lauréat.e.s étaient invité.e.s à choisir un mot résumant leur projet, a donné lieu de beaux échanges ainsi qu’à de petits moments cocasses. L’animation musicale du gala a entre autres été assurée par l’ensemble collectif9, qui en plus du numéro d’ouverture et de clôture de la cérémonie, a ponctué de diverses interventions instrumentales l’annonce des récipiendaires.

e public a également été transporté par l’interprétation endiablée de la Fantaisie-Impromptue op. 66 de Chopin par Serhiy Salov et envoûté par la musique du Masmoudi Quartette avec leur pièce Labyrinthe où jazz, tango et musique klezmer se côtoient.  Encadrant ces interventions, les numéros d’ouverture et de clôture ont mis respectivement de l’avant les œuvres de Nicole Lizée (Another Living Soul) et du compositeur roumain Sapo Perapaskero (Tot Taraful) dans ce qui était à notre sens, une des animations musicales les plus variés diversifiés et intéressante des dernières éditions.  

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Voici donc les lauréat.e.s de la saison 2022-2023 :

Concerts

Concert de l’année – Musiques médiévale, de la Renaissance, baroque

Alcina de Handel : l’enchantement, Les Violons du Roy, Jonathan Cohen, chef, Karina Gauvin, Lucy Crowe, Rowan Pierce, sopranos, Kayleigh Decker, mezzo-soprano, Stuart Jackson, ténor, Avery Amereau, contralto, Nathan Berg, basse, 9 février 2023

Concert de l’année Musiques classique, romantique, postromantique

Les notes lumineuses, Bruce Liu, piano, Société musicale Fernand-Lindsay – Opus 130 et le Centre culturel Desjardins de Joliette, 23 avril 2023

Concert de l’année Musiques moderne, contemporaine

Le Quatuor selon Berio, Quatuor Molinari, 19 mai 2023

Concert de l’annéeMusiques actuelle, électroacoustique

Elle a son mot à dire, Ensemble SuperMusique, Joane Hétu, cheffe, Productions SuperMusique, en collaboration avec le Groupe Le Vivier, 3 mai 2023

Concert de l’année – Jazz

Marianne Trudel, piano solo: “ La musique et la vie ”, Marianne Trudel, piano, 12 février 2023

Concert de l’annéeMusiques du monde

Transcestral – Rencontre soufie et autochtone, Oktoecho, Katia Makdissi-Warren, compositrice et cheffe d’orchestre, Anouar Barrada, chant soufi, Buffalo Hat Singers, Moe Clark, chant et tambour, Nina Segalowitz, chant de gorge inuit, Joséphine Bacon, poésie, chant et les artistes, 9 décembre 2022

Concert de l’année Répertoires multiples

Antoine Tamestit : Bach, Chostakovitch et Stradivarius, Les Violons du Roy, Antoine Tamestit, chef, 13 avril 2023

Albums

Album de l’année – Musiques médiévale, de la Renaissance, baroque

Jean Baur: Chamber Music, Accademia de’ Dissonanti, Passacaille Records

Album de l’année Musiques classique, romantique, postromantique

Massenet : Intégrale des mélodies pour voix et piano, A-S. Neher, A. Bareil, A. Bélanger, A. Figueroa, D. Jacques, E. Hasler, É. Laporte, F. Bourget, F. Antoun, H. Laporte, J. Marchand, J-F. Lapointe, J.Lampron-Dandonneau, J. Boulianne, K. Gauvin, M. Simard-Galdès, M. Boucher, M-É. Pelletier, M-N. Lemieux, M. Losier, O. Godin, S. Naubert, S. Tétreault, V. Milot, ATMA Classique

Album de l’année Musiques moderne, contemporaine

Lumières nordiques, Vincent Boilard, Quatuor Molinari, ATMA Classique

Album de l’année – Musiques actuelle, électroacoustique

Au Diable Vert, René Lussier, ReR Megacorp & Circum Disc

Album de l’annéeJazz

Walls Made of Glass, Gentiane MG, TPR Records

Album de l’annéeMusique traditionnelle québécoise

Traverse, Laura Risk, Nicholas Williams, Rachel Aucoin, Indépendant

Livre de l’année

La musique qui vient du froid. Arts, chants et danses des Inuit. Jean-Jacques Nattiez, préface de Lisa Qiluqqi Koperqualuk, Les Presses de l’Université de Montréal, 2022

Prix spéciaux

Le duo atypique Stick&Bow, réunissant la marimbiste Krystina Marcoux et le violoncelliste Juan Sebastian Delgado a réalisé un doublé en remportant le prix du Rayonnement à l’étranger remis par CINARS (2000$) et le prix Interprète de l’année, remis par le Conseil des Arts du Canada (5000$).

La pianiste saskatchewanaise Meagan Milatz s’est vu décerné le prix de Découverte de l’année qui s’accompagne d’une production de capsule vidéo offerte par La Fabrique culturelle de Télé-Québec. Pour « l’authenticité de sa démarche, remplie de curiosité et d’intérêt envers l’autre [et] ses musiques [qui] sont de fantastiques rencontres interculturelles ».

Katia Makdissi-Warren a reçu le prix Opus de la Compositrice de l’année, accompagné d’un montant de 10 000$ du Conseil des Arts et des Lettres du Québec. L’œuvre Le Fil d’Ariane de Danielle Palardy-Roger a quant à elle été récompensée du prix Opus de Création de l’année.

Le prix Opus Montréal – Inclusion et diversité offert par le Conseil des arts de Montréal 10 000$ à l’Ensemble Caprice pour leur projet ClassiqueInclusif 2022-2023. Le prix Opus Québec est allé à l’Opéra de Québec pour la 12e édition de son festival alors que l’Orchestre symphonique de Drummondville a été récompensé du prix Opus Régions pour son concert Illumine la nuit: la symphonie illustrée. Au niveau des diffuseurs, le Festival de Lanaudière remporte l’Opus du Diffuseur spécialisé de l’année et Maximum 90, basé à Carleton-sur-Mer, celui de Diffuseur spécialisé pluridisciplinaire. Olga Razenhofer, violoniste du Quatuor Molinari à quand elle remporté l’Opus de Directrice artistique de l’année. Pour leur Concert OSMose, l’Orchestre symphonique de Montréal a reçu le prix de Production de l’année – Jeune public, octroyé par le Ministère de la Culture et des Communications du Québec et s’accompagnant d’un montant de 5000$. Le Groupe Le Vivier avec La Semaine du neuf : Hommage à Claude Vivier qui mettait à l’honneur la musique de ce compositeur tragiquement disparu a reçu la distinction d’Événement musical de l’année.

Honoré conjointement avec le Conseil québécois du patrimoine vivant, le groupe Bon débarras a reçu pour Repères le prix de Concert de l’année en musique traditionnelle québécoise, qui s’accompagne d’un montant de 1000$. Nouveau partenaire au Prix Opus, Mundial Montréal, le festival-conférence renommé dans l’industrie de la musique globale a remis le prix de l’Album de l’année – Musique du monde au groupe Les Arrivants, trio innovant composé d’Amijai Shalev, Abdul Wahab Kayyali et Hamin Honari proposant « une fusion audacieuse des traditions du tango argentin, de la musique arabe et des rythmes persans » pour leur album Home. Ce prix s’accompagnait d’un forfait mentorat et d’une conférence.

C’était un moment particulièrement touchant et symbolique qui s’est produit lorsqu’est venu le moment d’honorer en la Salle Bourgie, Isolde Lagacé. Celle qui était depuis 2008 la directrice artistique de la Fondation Arte Musica et de la Salle Bourgie, inaugurée en 2011 sous son mandat, a reçu de chaleureux applaudissements des membres du milieu pour sa contribution et son grand dévouement à la promotion de la musique de concert au Québec. Des remerciements et touchants témoignages vidéo ont été livrés par Pierre Bourgie, mécène, Geneviève Soly, sœur de la lauréate, Caroline Louis et Olivier Godin, respectivement directrice générale et directeur artistique actuel de la salle ainsi que par le pianiste français Alexandre Tharaud. Ce dernier l’a remercié de son amitié et a souligné l’accueil toujours bienveillant qu’elle et son équipe mettait en place pour recevoir des musiciens étrangers – éléments contributif à la reconnaissance de la Salle Bourgie comme une des plus importantes salles de concert au Canada et à l’international. Pleine de reconnaissance, Isolde Lagacé a salué la diversité et la créativité du milieu musical au Québec. Une capsule vidéo permettant de mieux connaître la lauréate a été réalisée par La Fabrique culturelle de Télé-Québec et sera accessible sur son site.

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classique / classique moderne / période romantique

Émouvantes ténèbres et transcendante lumière avec Yannick et l’OM

par Frédéric Cardin

Un samedi après-midi à la Maison symphonique de Montréal : la salle est remplie et constituée d’un public à la moyenne d’âge bien plus jeune que ce qu’on nous laisse souvent entendre à propos de la musique classique. Qui plus est, ce public est enthousiaste et attentif pour un programme fait de trois œuvres assez peu connues du grand public. Il n’y a pas à dire, la musique classique se porte bien à Montréal.

C’est peut-être Yannick Nézet-Séguin, à la barre de son Orchestre métropolitain, qui stimule cet intérêt. Mais ne boudons pas notre plaisir de constater cet état de fait qui doit faire pâlir d’envie plusieurs autres villes du continent.

Un programme d’œuvres méconnues, disais-je, exception faite du Gloria de Poulenc, et encore. Le concept de l’affiche s’intitulait De l’abîme aux étoiles, ou si vous voulez, des ténèbres à la lumière. C’est essentiellement dans la deuxième partie du concert que l’on a bien ressenti ce cheminement à la fois musical et symbolique, avec le Psaume 130 « Du fond de l’abîme » de Lili Boulanger, oeuvre sombre et angoissée où une petite flamme d’espoir réussit malgré tout à s’imposer, suivi du scintillant Gloria de Francis Poulenc, dans lequel le rapport des forces essentielles est inversé : un parcours lumineux à travers lequel quelques nuages passent mais ne s’amoncellent jamais. J’y reviens plus loin.

La première partie était occupée par un bijou insoupçonné : la Symphonie gaélique de l’étatsunienne Amy Beach, créée en 1896 à Boston, et devenant par le fait même la toute première symphonie écrite et publiée par une femme, et jouée par un orchestre majeur aux États-Unis. 

C’est une pièce relativement solaire, mais dont le premier mouvement contient des références à un air traditionnel celtique, Dark Is The Night. S’agit-il là de ce qui sert de lien au concept du programme? Quoi qu’il en soit, cela demeure assez ténu, musicalement parlant. L’ensemble de la symphonie ne trempe pas vraiment dans les ténèbres. On est loin de l’abîme initial suggéré par le titre du concert. Comme j’ai dit, c’est en deuxième partie que ça se concrétise vraiment.

Mais peu importe, ça ne gâche rien, sinon les obsessions puristes de docteurs en sémantique. La Symphonie gaélique est portée par un orchestre qui a du tonus, mais qui ne devient jamais excessivement lourd. Celui-ci est finement détaillé et souvent transparent. Beach y intègre de nombreux éléments provenant de la musique traditionnelle celtique, celle de ses ancêtres venus d’Irlande et d’Écosse. Elle n’en fait jamais de caricatures ‘’folklorisantes’’, cela dit. Les mélodies, franches et attrayantes, sont savamment développées et, dans le contexte d’une orchestration bellement colorée, rappellent le monde sonore de la musique russe et surtout est-européenne. Dvořák est un modèle avoué. On pourrait même ajouter que la Symphonie gaélique est ce que le Tchèque aurait pu écrire s’il avait fait un voyage dans les îles britanniques plutôt qu’aux États-Unis. 

Des impressions de danses ici et d’élans dramatiques sur fond de panorama inspirant ailleurs, ont fait de cette symphonie une très belle découverte pour le public visiblement satisfait. Je souligne à traits forts le superbe solo réalisé par Yukari Cousineau, premier violon de l’orchestre, dans le troisième mouvement. Une sonorité puissamment expressive et richement enveloppée, donnant presque l’impression d’être sortie d’un alto. Magnifique!

Tel que mentionné, c’est en deuxième partie que le périple ascendant vers la lumière a eu lieu. Les personnes qui ne savaient pas que le Psaume 130, pour contralto, ténor, chœur et orchestre de Lili Boulanger est un chef-d’œuvre, peut-être l’une des grandes œuvres de la modernité classique (hier chanté uniquement par la mezzo Karen Cargill), sont assurément repartis du concert en ayant définitivement balayé tout doute de leur esprit. 

Du fonds de l’abîme (c’est le titre) est tiré du De profundis latin traduit en français, et dessine avec probablement une fine acuité l’état d’esprit dans lequel se trouvait Lili Boulanger lors de l’écriture, terminée en 1916. La jeune femme est morte en 1918 à l’âge de 24 ans, de la maladie de Crohn (ce que l’on ignorait à l’époque). Pendant toute sa courte vie, elle a subi les affres de sa maladie et combattu tant qu’elle pouvait. Ce Psaume dans lequel elle a jeté sur papier sa détresse, mais aussi la faible mais résiliente lueur d’espoir qui l’habitait, est un création remarquable, où les techniques d’écriture s’entremêlent génialement pour créer un discours dramatique poignant. Mode phrygien, échelle octotonique, gammes par tons, chromatisme et enharmonie s’entremêlent dans un canevas visionnaire. Si cela semble hermétique, rassurez-vous : c’est merveilleusement beau et touchant, malgré les ténèbres ambiantes. Là est le grand génie de cette compositrice qui aurait pu révolutionner la musique moderne plus profondément si le destin l’avait laissée vivre. Cargill, malgré une belle voix, semblait un peu discrète. C’est le chœur et l’orchestre qui ont marqué les sens, dans de merveilleuses nuances en clair-obscur subtilement tissées par Yannick. Quelques attaques d’une précision hésitante dans les premières mesures m’empêchent de parler de moment divin. Mais c’est très peu et la puissance émotionnelle générée par cette exceptionnelle pièce demeure intacte. Bravo!

Le contraste pouvait être difficilement plus perceptible avec le Gloria de Poulenc. On reconnaît tout de suite la patte du Français avec sa bonne humeur un brin irrévérencieuse, même dans un contexte de musique sacrée. Ceux qui aiment son opéra Dialogues des carmélites se retrouveront en terrain familier, mélodiquement et harmoniquement, à l’arrivée de l’Agnus dei. Sourires de plaisirs mais avec quelques doux frissons de spleen, c’est le Gloria de ce compositeur si atypique et original.

Yannick Nézet-Séguin, sans surprise, était imprégné de la musique et en a transporté l’essence émotionnelle à ses musiciens avec brio. La soprano Janai Brugger, installée non pas sur scène mais à côté du chœur, a fait très bel effet, avec une voix projetant fluidement une belle lumière, particulièrement appropriée, et ce sans emphase opératique exagérée. 

Un programme et un concert que l’on peut qualifier sans hésitation de grande réussite. 

électro / électronique / hyperpop

Lest We Forgecs: un rave 100 gecs à Igloofest 

par Stephan Boissonneault

Étrange dance électro, un remix de quelques-uns des plus grands morceaux de dance music des 10-15 dernières années retentit sur les énormes haut-parleurs extérieurs, et je suis pris au piège dans une fosse de milliers de corps, se balançant ensemble à l’unisson, comme une sorte d’entité malformée. Sur l’écran derrière les artistes et de chaque côté de la scène est projetée une créature velue qui ressemble au Oogie Boogie Man mélangé aux Thumbs Thumbs du film Spy Kids. Je trouve cela inquiétant, d’autant plus qu’elle ne bouge que toutes les quelques secondes, comme une sorte d’expérience kafkaïenne. 

Je sens une dizaine de chaussures piétiner les miennes et un homme commence à tourner en rond, essayant d’ouvrir la fosse. Il réussit et le moshing commence – c’est amical pour la plupart, à l’exception d’un gars avec des lunettes steampunk à pointes qui essaie délibérément de percuter les gens. Une fille, qui fait partie de mon groupe qui s’est perdu dans la fosse, crie un « I don’t like that » (je n’aime pas ça). C’est son anniversaire.

Le sol est recouvert d’une couche d’eau boueuse due à la pluie de tout à l’heure. Mes ondes cérébrales commencent à se manifester : « Au moins, je ne suis pas claustrophobe », « Je pourrais partir, me frayer un chemin hors de cette folie moite », « Je ne suis pas claustrophobe ». Je pourrais partir, me sortir de cette folie moite à coups d’épaule. Mais après réflexion, je n’en ai pas envie. Je suis dans la fosse des gecs et j’y resterai.

Ce n’est pas un show 100 gecs particulièrement « normal », car les deux gecs sont derrière les platines, et nous n’entendons que deux ou peut-être trois de leurs morceaux originaux. Le spectacle est annoncé comme un 100 gecs (DJ SET), mais je trouve intéressant qu’un spectateur chahuteur demande « quand les gecs seront là », au milieu de leur set.

Il y a des moments musicaux marquants comme l’hommage des gecs à SOPHIE avec un remix de Immaterial Girls ou un remix hyperpop de « Scary Monsters and Nice Sprites » de Skrillex et d’autres hits dubstep sinistres. I Can’t Stop est une réverbération de Flux Pavillion dans l’air hivernal, mais avec un flair plus industriel. Nous avons du hardcore digital joyeux, du disco trap britannique et un peu de musique house, comme un remix de Heads Will Roll des Yeah Yeah Yeahs. La plupart du temps, le set est un peu calme, ce qui a pu décevoir ceux qui voulaient se lâcher et devenir interplanétaires avec le catalogue de gecs. Pourtant, tout le monde s’amuse, sans doute au même titre que le spationaute transpirant du premier rang, roulant comme un pneu sur une longue route sinueuse. Les fans de Gecs aiment s’amuser et aiment leurs drogues.

Un peu avant les 100 gecs, nous avons été soumis à Surf Gang, et j’ai pu, avec quelques autres VIP (ça paye d’être média parfois), serrer la main de quelques membres de l’équipe de Surf Gang. La plaisanterie prend vite de l’ampleur quand six types au hasard disent tous  » On est de Surf Gang « , alors que Surf Gang est effectivement en train de jouer sur la scène principale. Il semble que Surf Gang soit un collectif, une rotation de neuf ou douze DJs. Cependant, la musique n’était pas très convaincante. On avait l’impression d’entendre des rythmes génériques de dance et de trap, avec quelques moments où l’on demandait à un rappeur de soutenir le mix. À la fin de chaque chanson, les membres demandaient à la foule de scander « Surf Gang, Bitch, Surf Gang, Bitch » pendant l’outro. T’sé veux dire ?

Mais je dois reconnaître à Surf Gang qu’ils ont laissé un peu d’espace sonore à 100 gecs aka Laura Les – arborant son emblématique rouge à lèvres noir et un fard à paupières nerveux – et Dylan Brady – arborant une touque Sonic the Hedgehog – pour se fondre dans leur morceau Dumbest Girl Alive. Il n’y a pas eu d’introduction à l’arrivée des gecs, de sorte que la forte vague THX a été le seul indicateur que 100 gecs étaient effectivement en marche.

Je me rends compte que j’ai un travail à faire, comme l’indique l’appareil photo qui pend délicatement autour de mon cou. On m’invite en coulisses pour prendre quelques photos des gecs en action. Je suis l’attaché de presse jusqu’au fond de la scène et j’aperçois quelques membres du Surf Gang qui forment leur propre piste de danse derrière la scène. Il n’y a que cinq personnes environ qui regardent les gecs sur la scène et six grandes lampes chauffantes. C’est à ce moment-là que le tableau complet apparaît : des milliers de personnes vêtues de rose vif, de vert tie-dye et de bleu pervenche, en train de perdre la tête. Laura et Dylan s’amusent sur la scène, avec un DJ plutôt cool, qui alterne entre les différents morceaux. La créature au pouce est toujours à l’écran et je crains qu’elle ne le quitte jamais.

On me dit que je peux m’approcher le plus possible, alors je me dirige vers le côté droit de la scène et je prends quelques photos de la foule. Dylan me repère et me fait un signe de la main pour que je m’approche un peu plus. Le syndrome de l’imposteur n’est plus vraiment quelque chose que je ressens, après avoir fait ce travail pendant près de dix ans, mais ce soir-là, j’ai été durement touché. C’était peut-être à cause du petit aliment que j’avais grignoté quelques heures auparavant ou tout simplement à cause des nerfs, mais cette petite vague m’a fait craquer. Merci donc aux 100 gecs. En m’approchant, je vois que Laura et Dylan se parlent constamment entre les morceaux, se signalant lorsqu’il faut sortir le prochain remix dance mémorable, comme le futur beat rave de « Satisfaction » de Benny Benassi ; vous le connaissez tous.  ;

Je quitte les coulisses et trouve un employé du festival en train de faire sa propre fête dans une fosse de boue. Il cherche du feu pour allumer sa cigarette pré-roulée. Je sors une allumette de mon manteau et l’allume pour lui. « Ces gars-là sont géniaux. Comment ils s’appellent ? » Ce n’est qu’un jeudi soir pour ce type. Une fois le concert terminé, je retrouve lentement le groupe de 20 personnes avec lequel je suis venu et je décide que c’est le bon moment pour une photo. Je les rassemble en un groupe et d’autres personnes se joignent à eux. En m’inspirant de Dylan, je fais signe à de plus en plus de monde jusqu’à ce que le groupe ressemble à une photo de fin d’études d’une cinquantaine de personnes. 

Au début du set de 100 gecs à la Boiler Room, il y a près d’un an, Laura avait déclaré : « Nous ne sommes pas de très bons DJs ». Vous auriez pu me tromper, ainsi que les milliers de personnes présentes qui sont restées 15 ou 20 minutes après le concert pour réclamer un rappel. Mais que l’heure du couvre-feu soit respectée, nous n’en avons pas eu. Malgré tout, 100 gecs ont rassasié tout le monde jusqu’à la prochaine rave.

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