chant lyrique / classique occidental / opéra

Faculté de musique de l’UdeM | Une soirée à l’opéra efficace

par Alexandre Villemaire

La saison 2024-2025 de la Faculté de musique de l’Université de Montréal bat son plein actuellement. Perché sur le flanc du Mont-Royal en haut de la fameuse côte de l’avenue Vincent-d’Indy, c’est environ une centaine de personnes qui s’étaient rassemblées samedi dans la Salle Claude-Champagne pour venir entendre la cohorte actuelle des jeunes chanteurs et chanteuses. Une belle occasion de les découvrir en prévision de leur production d’Hansel und Gretel d’Engelbert Humperdinck (1854-1921) qui sera présentée fin février. Les étudiant·es étaient accompagnés par Robin Wheeler, pianiste et chef de chant, et Alona Milner.

Une soirée sobre donc, présentée sous forme de gala sans présentation extravagante et mise en espace complexe, mais qui ne manquait pas de moments de qualité. Dans cette soirée à l’opéra, ce sont plusieurs extraits d’œuvres couvrant un vaste éventail du répertoire lyrique qui ont été présentés. On passe de l’opéra romantique allemand au bel canto, à l’opérette et à l’opéra baroque sans heurts. Ce panorama permet de voir en action les différents interprètes dans des styles variés, des expressions lyriques différentes et des incarnations de personnages. En guise d’ouverture, ce sont les Sorcières de Macbeth de Verdi qui se sont présentées devant nous. Le regard perçant, les sopranos et les mezzos de ce chœur ont présenté une lecture mordante et menaçante de cette page du vérisme. Les quelques numéros de chœur qui garnissaient le programme ont par ailleurs été parmi les moments les plus appréciés de la soirée par leur force et leur précision technique. Le son d’ensemble est enveloppant, l’articulation juste et précise. Nommons l’extrait d’Idomeneo de Mozart « Placido è il mar… Soavi Zeffrini », où la balance des voix entre les nombreuses voix de femmes et les cinq voix d’hommes était planante, équilibrée et en complémentarité avec le chant de Marie France Eba Koua.

Au niveau des voix individuelles, plusieurs interprétations ont capté notre attention. Chez les voix d’hommes, le baryton Élie Lefebvre-Pellegrino se démarque par un très beau grave, résonnant, ample, rond et légèrement cuivré doublé d’une bonne présence scénique. Son interprétation de l’air de Nilakantha tiré de Lakmé de Léo Delibes était assurée et investie, de même que son intervention en tant que comte Almaviva dans le duo « Crudel! Perche s’ignora » des Noces de Figaro avec Kevisha Williams. Ses passages dans le haut de son registre demandent par contre encore à être stabilisés. Son comparse Théo Raffin a été de ceux ayant offert parmi les meilleures performances scéniques dans son Leporello de Don Giovanni (« Sola, sola in buio loco ») et son Mercutio de Roméo et Juliette (« Mab, la reine des mensonges »). Dans les deux cas, ses interventions étaient d’une justesse tant interprétative que vocale. Seule basse de la cohorte, Andrew Erasmus a livré le difficile air « O du Mein Holder Abendstern » extrait de Tannhäuser de Wagner avec finesse et sensibilité.

Pour les voix féminines, Maëlig Querré (mezzo-soprano) a fait bonne impression dans son rôle de Roméo tiré d’I Capuletti e i Montecchi de Bellini. Sa voix agile et assurée au grave sonore complétait la Giulietta de Nicole Ross qui, malgré une grande force et agilité dans les aigus, arrivait au bout de ses capacités à la fin de l’aria. Le jeu de Cloée Morisette et Clotilde Moretti était également tout à fait pétillant dans un extrait du Freischütz de Carl Maria von Weber. Autre nom à retenir, la mezzo-soprano Julie Boutrais. Elle s’est illustrée dans le duo tiré de l’opéra L’Incoronazione di Poppea de Moneverdi, interprété avec Salomé Karam. Incarnant respectivement le roi Néron et son amante Poppée, les deux chanteuses ont parfaitement su capter les sentiments passionnés et l’ivresse évoqués dans « Signor, oggi rinasco » alors que Néron annonce à Poppée qu’elle sera son épouse. C’est également Julie Boutrais qui est venue conclure la soirée avec sa voix chaude et incarnée avec l’air final de Dido and Æneas « When I am laid in Earth » suivi par le chœur final du même opéra. Un moment qui nous a donné des frissons.

Si nous devons faire une légère critique par rapport au concert, c’est sur le manque de détails dans le programme. Le récital de chant sous la forme de gala où l’on fait se succéder différents airs, duos, trios et chœurs d’époque et de style différents permet aux chanteurs de s’exprimer dans une variété de jeux et de personnages et, par la même occasion, de faire découvrir au public des protagonistes et des opéras qu’il connaîtrait moins. Il serait judicieux d’offrir un léger contexte à ces œuvres afin de les situer pour le public. L’extrait du trio « Je vais d’un cœur aimant » de l’opéra Béatrice et Bénédict d’Hector Berlioz en est un bon exemple. Cet extrait d’un opus peu exécuté et qui a bien été mené par Maëlig Querré, Maïlys Arbaoui-Westphal et Anne-Sophie Gagnon-Metellus aurait mérité une petite note de programme pour l’apprécier encore plus.

Antilles / Caraïbes / dancehall / konpa / soul/R&B

Mundial Montréal | Magdala, le nouveau standard du konpa montréalais ?

par Alain Brunet

« Moi j’ai 5 pieds 4 et j’ai pas besoin d’escabeau », chante l’opiniâtre Magdala dans Grind Mode, un titre konpa de son cru. Une collègue me dit que la chanteuse montréalaise a déjà tenté en vain de s’imposer dans les concours de voix de la télé québécoise. Alors ?

Chacun sait que ces concours mènent rarement à une carrière singulière, une infime minorité de chanceux s’imposent à long terme dans la pop locale pour grand public, n’est pas Marie-Mai qui veut.

Encore moins nombreux s’imposent à la manière de Dominique Fils-Aimé, qui fut remarquée aussi dans les concours qui ont la force de caractère pour tracer leur chemin sans suivre les diktats de la pop FM.

Magdala, elle, ne suit aucun de ces deux chemins et pave le sien : voilà le nouveau konpa de Montréal, le nouveau standard, le sien !

Mercredi au Café Campus, dans contexte de Mundial Montréal, Magdala souhaitait convaincre les professionnels venus du monde entier pour conclure des ententes avec les artistes en vitrine, dont Magdala dans le cas qui nous occupe.

Il est temps que cette artiste émerge au-delà du circuit de la diaspora haïtienne – Haïti, Paris, Miami, New York, Montréal, etc. Depuis les années 50, chaque génération de konpa a ses champions, le style n’a cessé d’évoluer sans avoir le crédit qu’il lui revient : la cellule rythmique du konpa est la mère des beats afro-descendants aussi populaires que le zouk, le reggaeton et les afrobeats du Nigeria.

Magdala maintient le rythme et l’esprit du konpa, elle y ajoute des actualisations qui en singularisent la signature : claviers différents du Farfisa traditionnel au konpa (bien que certaines sonorités farfisiennes sont parfois ramenées au menu!) , backbeat plus lourd à la batterie et à la basse, importance accrue de la guitare, intégration de soul/R&B et de dancehall.

Magdala a une voix de mezzo-soprano qui coule de source, sa présence sur scène exhale la sensualité et le pouvoir attractif des stars, son autorité ne fait nul doute. À toutes fins utile, Magdala est prête pour les grandes ligues. Mais, comme on le sait, plusieurs prétendants légitimes aux grandes ligues ne gagnent pas à la loterie du succès de masse… Magdala est relativement proche du but, on lui souhaite d’y arriver car elle a tout pour y parvenir. Pas besoin d’escabeau !

Festival Bach | La Messe en si mineur, un épisode fondamentalement puissant

par Alexis Desrosiers-Michaud

À la Maison symphonique, le Festival Bach lançait samedi son édition de majorité avec la présentation de la Messe en si mineur du maître. Avec l’annulation de la venue de Sir John Eliot Gardiner et des Monteverdi Singers l’an passé, cette prestation par le Chœur et Orchestre du Festival sous la direction de Leonardo García Alarcón était fort attendue, au vu d’une salle comble. 

Et elle n’a pas déçu, loin de là. Dire que la Messe en si mineur de Johann Sebastian Bach est monumentale relève de l’euphémisme, mais il y a de ces concerts qui deviennent des événements qui resteront gravés dans la mémoire de ceux qui y ont assisté. Ce samedi soir, 23 novembre 2024 était l’un de ceux-là. 

Déjà, la direction du Festival nous a annoncé une version pieuse, nous invitant à, comme Bach lui-même avec son œuvre-synthèse-testamentaire, « repenser à tout ce dont nous avons accompli de plus fier dans notre existence ». Mis à part l’intervention d’un comédien déguisé en Bach venant nous dire à quel point on est chanceux d’entendre sa musique et d’autres commentaires que le chef nous reformulera dans un contexte plus propice à l’esthétique de l’œuvre, ce fut une soirée dont tous se souviendront longtemps.

Justement, après l’allocution du chef, après nous avoir dit que cette œuvre est la jonction entre art et technique, nous annonce « bon concert » après l’accord initial de si mineur donné à l’orgue, les lumières de la Maison Symphonique s’éteignent, l’orchestre se le lève d’un bond et les choristes chantent le premier Kyrie des allées du parterre, dans une pénombre avec pour seul éclairage les lumières de lutrin, pour ensuite marcher lentement vers le devant de scène pendant l’exposition instrumentale.Toujours dans le noir, les deux sopranos sont perchées dans les loges corbeilles pour le Christe qui suit. Bien sûr, les lumières se sont rallumées aussi rapidement qu’elles se sont éteintes pour le Gloria

Des quatre solistes, Dara Savinova est celle qui performe le moins bien. Elle chante avec un gros vibrato et une voix pleine, alors que l’on recherche le contraire dans du baroque. En plus, la projection n’est pas toujours au rendez-vous. Le ténor Nicholas Scott, la basse Andreas Wolf et l’autre soprano Mariana Flores ont chacun brillé dans leurs airs. 

Leonardo García Alarcón dirige cette musique de main de maître, par et avec son cœur. En fait, il ne fait pas que diriger, il vit la musique. Levant souvent les bras au ciel, signifiant que cette musique est divine, Alarcón rend tout fluide et insuffle un côté personnel à l’œuvre. Il prend des décisions audacieuses, mais qui rapportent, comme de faire entrer et sortir les solistes au gré de leurs interventions, déplacements se faisant selon le tempo de la musique en cours, de sorte que chaque mouvement peut s’enchaîner. Notons aussi, les appuis forts sur les endroits qui font mal dans l’enchaînement Et Incarnatus estCruxifixus. C’était tellement profond qu’il fut difficile de sortir de cet esprit malgré la vivacité du Et resurrexit suivant. 

Ce fut fondamentalement puissant lorsque la soprano Savinova a chanté l’Agnus Dei à genoux devant le podium dans la pénombre, pendant que les choristes sont descendus de scène lentement, comme une procession, pour rejoindre les allées pour le Dona Nobis Pacem final.

crédit photo: Gabriel Fournier

Chanson francophone / chanson keb franco / pop orchestrale

Émile Proulx-Cloutier symphonique, lancée d’un cycle pérenne

par Alain Brunet

Tout était en place vendredi pour l’enrobage symphonique d’Émile Proulx-Cloutier dans une Maison symphonique bien remplie. L’Orchestre de l’AGORA sous la baguette de Nicolas Ellis, le Burning BRA’s Band et le Choeur du Plateau étaient sur scène pour ce triomphe de l’engagement chansonnier d’un artiste très aimé par les plus que trentenaires blancs de souche francophone d’Amérique.

Excellent acteur et auteur-compositeur talentueux, essentiellement prisé par le Québec blanc, francophone, progressiste, plus vieux que jeune, Émile Proulx-Cloutier a retrouvé son public. Il n’avait pas lancé de nouvelles chansons jusqu’à la sortie des généreux trois actes de Ma main au feu, sortis en mai dernier, et dont il était surtout question au programme, le tout assaisonné de chansons créés durant la décennie précédente. En s’imposant ainsi avec un tel arsenal orchestral, le chanteur était en selle pour un cycle propice à sa pérennité musicale, à la hauteur de ses succès mérités en tant que comédien.

Les textes d’Émile Proulx-Cloutier sont la mise en rimes de ses observations récentes d’un monde global et de ses conséquences sur un monde intime, mis a mal par moult menaces, le tout exprimé à travers le le prisme d’une langue toujours fragilisée sur ce continent. En prime, on est témoin d’un regard bienveillant sur les langues autochtones encore plus vandalisées par la colonisation, ceci incluant la nôtre avant que la conquête anglaise ne nous la fasse oublier – d’où une version anishinaabe-française de Mommy, jadis la sombre projection franco-futuriste de notre assimilation, popularisé par Pauline Julien et reprise notamment par Stephen Faulkner.

Grosso modo, ces observations lucides et progressistes de l’auteur s’inscrivent dans un sillon de l’engagement chanssonnier creusé par Pierre Flynn à l’époque d’Octobre ou à Richard Séguin ou encore Paul Piché, soit à l’époque où la chanson québécoise francophone était un puissant vecteur de changement… ce qui n’est plus exactement le cas de nos jours, sauf exceptions. Cet homme de 41 ans en est une et peut être considérée comme la suite logique au succès de masse des Cowboys Fringants, qui ont aussi labouré le même champ.

Qui plus est, les arrangements de François Vallières et Guido Del Fabbro, pour orchestre symphonique (en version relativement réduitte) choeur et fanfare, magnifient ces chansons conçues pour piano et voix. Le néoclassicisme des mélodies et harmonies mises de l’avant par son concepteur est assez riche pour qu’on en imagine d’ambitieuses orchestrations, bien exécutées par l’Orchstre de L’Agora et les deux autres ensembles sous la direction de Nicolas Ellis … et même celle du chanteur durant une sympathique parenthèse instrumentale.

Quelques apartés slam/rap en actualisent un tantinet la facture mais, de manière générale, triomphent les enveloppes consonantes de ces chansons dont les fondements sont parfaitement intégrés dans l’imaginaire collectif.

Crédit photo: Emilie Chamberland La Tribu

acadie / country-folk / punk rock

Marathon | P’tit Belliveau au MTELUS, baptême du feu

par Sami Rixhon

Premier MTELUS dans le viseur pour Jonah Guimond, alias P’tit Belliveau. Après quatre Club Soda en un an, c’était le temps de passer aux choses sérieuses. The real deal. Et comme le défi a été soulevé haut la main par la joyeuse troupe acadienne, oh ça oui.

P’tit Belliveau entre désormais dans la cour des grands, il foule enfin les planches de ce temple montréalais. Loin semble le jeune et fougueux Jonah Guimond accompagné des Grosses Coques, s’enfermant uniquement dans ce sympathique country-pop parfois un brin limité. Le natif de Baie Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse, s’est d’autant plus réaffirmé en cet artiste particulièrement audacieux, se foutant des codes de l’industrie et diablement divertissant.

P’tit Belliveau amorce son spectacle avec Depuis que la neige a fondu et Moosehorn Lake, tirés de ses deux premiers projets. Alternant tout au long du concert entre le banjo et la guitare électrique, il présente une majorité de pièces de son nouvel album, l’homonyme P’tit Belliveau, explorant autant des recoins pop-punk à la Blink-182 que des avenues métal ou rap. Audacieux, je vous dis.

« Si y’a une personne dans la salle qui chante pas, je retire ma musique de Spotify et j’arrête le show », avertit-il avant d’interpréter la grinçante Mon drapeau acadjonne viens d’Taïwan. Il y a tout ce que vous voulez dans un concert de P’tit Belliveau. Vous désirez rire? Regardez les projections derrière le groupe, qui présentent notamment des grenouilles qui font de l’exercice ou des tracteurs John Deere. Vous voulez être déconcerté? Laissez-vous surprendre par un interlude extramusical déroutant où un lutteur, sorti de nulle part, vient se battre avec le groupe sur scène pour finir terrassé par un P’tit Belliveau torse nu – « Never fuck with P’tit Belliveau. Ever », ajoutera-t-il dans la foulée -. Vous préférez bouger? Allez au-devant du parterre, au milieu de ses fidèles disciples lançant des mosh pits sur absolument n’importe quoi. Il y a de tout, vraiment.

Chapeau aux musiciens accompagnateurs, particulièrement doués et divertissants avec leurs chorégraphies farfelues et leurs solos de mandoline et de violon à gogo. Deux membres du délirant quatuor punk Peanut Butter Sunday (Normand Pothier et Jacques Blinn) jouent d’ailleurs depuis quelque temps avec P’tit Belliveau sur scène, ce qui peut expliquer le penchant rock qu’exploite de plus en plus Guimond dans ses compositions.

L’artiste acadien clôture la partie régulière de son spectacle avec RRSP/Grosse pièce, de son deuxième album, puis revient sur scène pour un excellent rappel mêlant chanson à répondre pour enfants (L’arbre est dans ses feuilles), nouveau matériel (L’​é​glise de St. Bernard) et anciens succès (J’aimerais d’avoir un John Deere et, bien sûr, Income Tax). Le public en veut encore et encore, ce qui force le groupe à revenir jammer quelques minutes pour un deuxième rappel apparemment impromptu.

P’tit Belliveau répétait plusieurs fois dans le spectacle à quel point il est reconnaissant de compter sur le soutien indéfectible de son public, ses chums, depuis tant d’années (chose qu’il disait déjà dans Demain). Merci à toi, P’tit Belliveau, de proposer une offre si singulière dans une industrie locale souvent trop standardisée. L’un des meilleurs artistes franco-canadiens actuels, tout simplement.

Crédits photo : Camille Gladu-Drouin

Mundial Montréal |  Zale Seck et les percussions qui chantent

par Frédéric Cardin

Que c’est réjouissant de voir à l’œuvre un musicien de la trempe de Zale Seck! Quelques décennies d’expérience au compteur (tellement que son fils, Assane, l’accompagne maintenant à la guitare, et est très bon!), le Québécois d’origine sénégalaise a appris les rudiments dans une solide école : celle de l’Étoile de Dakar 2000 et surtout de l’Orchestra Baobab. Sur scène, un maître entertainer et un musicien complet sont mariés sous les traits d’un grand mince ultra souriant. Il est partout, il dirige tout, tout en laissant beaucoup de place à ses compagnons pour s’exprimer. Un moment fort : une ‘’discussion’’ endiablée avec le joueur de talking drum qui a démontré un degré de précision rythmique et vocale carrément enlevant. Une belle leçon de musique ouest-africaine, où s’entremêlent mbalax et rumba sénégalaise avec de l’afrobeat et de la musique plus classique du répertoire griot. 


hip-hop / latino / reggae / ska / techno

Mundial Montréal | La Sra. Tomasa, dame de fête !

par Frédéric Cardin

La Sra. (diminutif de Senorita) Tomasa est un groupe de Barcelone fondé en 2012. Il se réapproprie la musique des ‘’anciennes colonies’’ espagnoles (l’Amérique latine) et la tripatouille à sa façon : électro et urbaine avec des couleurs ska, reggae, rock, techno, hip-hop. Première fois au Canada pour le septuor rodé au quart de tour, ce qui adonne plutôt bien avec la récente sortie d’un nouvel album. La machine musicale vrombit chaudement pendant une quasi demi-heure où les spectateurs sont emportés par la rondeur des basses, la dynamite verbale du chant, la force des mélodies et du groove général. On a senti que le courant passait pas mal fort dans la Sala Rossa. Le public dansait et chantait en masse (il connaissait déjà les tounes? Ou simplement, celles-ci ne sont pas difficiles à suivre, ce qui n’est pas un reproche). Les trois initiateurs de l’aventure, Santiago Longarón, Marc Soto et Pau Lobo formaient le trio Puro Vicio avant de se métamorphoser en Mademoiselle Tomasa et de prendre de l’expansion. Ainsi engraissée de quatre autres arrivages individuels, la belle n’a jamais été aussi attrayante. Le gras c’est la vie! Gageons sans trop de risques qu’on les reverra avant longtemps de notre côté de l’Atlantique.

Mundial Montréal | Viik, bourrasque polaire !

par Frédéric Cardin

C’est un ensemble tout fraîchement formé d’artistes pan-nordiques (Norvège, Danemark, Suède) qui avait la tâche de lancer la troisième soirée de magasinage musical Mundial Montréal 2024. Le band s’appelle Viik, et déchaîne une énergie digne d’une bourrasque polaire à travers laquelle résonnent des échos très forts de chants traditionnels, magnifiés par des éclatements rock imposants. La soliste et incontestablement leader artistique du groupe s’appelle Elisabeth Viik et offre une présence scénique mémorable. Ses interventions assurées racontent souvent les origines des mélodies ou chants entendus, ou du moins ceux sur lesquels les compos du groupe sont basées. Les histoire sont souvent drôles et sans pudeur, comme celle de ce type qui ne possédait rien pour convaincre sa belle de l’épouser, hormis son, apparemment, séduisant appareil génital. Vive les Scandinaves! Le quatuor (ils sont six habituellement, mais deux n’ont pas fait le voyage) présente une technique solide. Viik, surtout, déploie une voix belle et puissante, qui maîtrise efficacement certaines techniques particulières comme le chant de gorge (pas vraiment entendu hier soir) et le ‘’call du troupeau’’ des bergères et bergers montagnards. Voici un type de vocalises qui vous débouche les oreilles comme aucun autre! Même venus du grand Nord, les membres de Viik ont parfaitement su réchauffer le public.

cumbia / latino

Mundial Montréal | Au buffet des Empanadas Ilegales… party !

par Frédéric Cardin

Comme le disait mon collègue et aussi ami Alain Brunet dans le paragraphe d’intro de l’entrevue qu’il a réalisée avec un membre des Empanadas Ilegales (visionnez l’interview ICI), la cumbia, rythme colombien à l’origine, est devenu la dégaine maîtresse de la musique latino, partout en Amérique. Bien entendu, dans les Amériques hispanophones, mais aussi solidement enracinée dans les grandes villes nord-américaines comme Montréal, et Vancouver, d’où provient le septuor Empanadas Ilegales (très cool nom!). Je ne referai pas leur historique, que vous trouverez dans l’entrevue. Je me concentrerai sur la prestation donnée hier soir à la Sala Rossa. On remarque dans cette formation étoffée un solide équilibre entre les sections rythmiques et mélodiques (comme c’est pas mal le cas dans tous les ensembles de musique latine). Batterie et percus côtoient chant, clavier et cuivre (trompette rutilante) dans un tourbillon sonore souvent enivrant. Dans le cas des Empanadas, la prestation d’environ 25 minutes (la norme dans ce genre d’événement) s’est faite d’une seule traite, dans l’esprit d’un sound system fluide et continu à la colombienne. La réussite de l’expérience démontre le solide degré de préparation et le professionnalisme des musiciens. On est ainsi passé sans effort notable de la vraie cumbia à du reggaeton, à des exclamations ska, puis retour à la cumbia, mais version 2.0. Montréal est une ville bien garnie par la communauté latino, les sonorités de la cumbia y sont très présentes. Pas surprenant alors si le band avait fait salle comble ailleurs dans la cité avant de se présenter à son showcase. On peut déduire qu’il sera de retour avant longtemps, mais que d’autres villes du Québec auraient intérêt à les inviter aussi pour un prochain festival d’été. Prenez note! ces BC people savent faire lever un party!

classique arabe / flamenco / rumba

Festival du monde arabe | Naseer Shamma ou la maturité atteinte d’un supravirtuose

par Alain Brunet

S’inspirant de grands poètes de la résistance à toutes formes d’oppression, soit le Palestinien Mahmoud Darwich, le Chilien Pablo Neruda et l’Espagnol Federico García Lorca, le supravirtuose de l’oud irakien n’a pas déçu dans un contexte de musique de chambre, le 17 novembre dernier au Théâtre Maisonneuve.

Le lien professionnel de Naseer Shamma avec le Festival du monde arabe de Montréal remonte à plusieurs années, on a pu admirer son jeu supérieur dans différents contextes, notamment avec des concerts au croisement dde la musique classique arabe, du flamenco, du jazz moderne et aussi de la musique classique occidentale.

Cette fois, il a réuni un florilège d’excellents musiciens de souches différentes, tout en s’assurant que des solistes très solides aux cordes et aux percussions maîtrisaient à fond ce langage, et aussi en s’entourant de musiciens férus de jazz et de flamenco. Durant les tableaux plus ibériques, Audrey Gaussiran et ses danseuses ont illustré la grande connexion entre les mondes arabe et andalou, encore perceptibles depuis la lointaine Reconquista des chrétiens en Espagne et au Portugal, soit au XVe siècle. Ainsi nous avons humé les effluves du flamenco et de la rumba, styles nés en bonne partie dans Al Andalus, soit le territoire conquis à l’époque mauresque.

Et donc le répertoire du soliste était émaillé de ces sources musicales et, il va sans dire, superbement maîtrisées. On a pu aussi observer la maturité acquise par Naseer Shamma, qui ménage mieux ses effets de supravirtuosité et sert mieux la musique alors qu’autrefois il épatait la galerie de sa technique hallucinante, notamment lorsqu’il pond des solos d’une seule main, sorte de tapping comparable aux guitar heroes les plus performants du jazz ou du rock.

Le soutien harmonique des claviers était assuré par notre Marianne Trudel, le sextuor de cordes et le qanun témoignaient des cultures classiques et arabes, la section rythmique se voulait un hybride entre flamenco, jazz et pop, sans compter une guitare à cordes de nylon pas piquée des vers.

Magnifique soirée dominicale, en somme.

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art-punk / Métal / rock alternatif / rock prog

Coup de coeur francophone : zouz, La Sécurité et René Lussier au Club Soda | Lourd et angoissant

par Sami Rixhon

Électrisante performance, ce jeudi 14 novembre au Club Soda, de la part du power trio rock zouz, qui conforte sa place au rang des groupes québécois les plus prometteurs et pertinents de l’heure.

« On s’est dit que c’était pas grave si ça passe pas à la radio, que c’était pas grave si ça ne plaît pas à tout le monde. C’est pas notre but », dit David Marchand, meneur de la formation, quelques secondes avant d’interpréter la pièce-titre de Jours de cendre. Il est vrai que zouz ne semble pas destiné à donner un jour un spectacle d’envergure sur la Place des festivals pendant les Francos. Seul Karkwa, dans le même genre, a réussi cet exploit dans ces dernières années. Parce que Karkwa, c’est Karkwa.

zouz pourra toujours pourtant compter au gré des années sur une niche fidèle, une niche passionnée. Si quelques néophytes curieux de l’univers zouzien se trouvent ce soir dans la salle, sans doute rejoindront-ils les yeux fermés ce culte délirant. Impossible de ne pas se laisser prendre par les riffs mordants et techniques de Profiteur, dur de ne pas se faire charmer par l’air sinistre d’Une main lave l’autre.

Avant pratiquement chaque morceau interprété, zouz laisse l’angoisse planer en musique, il repousse sans cesse la secousse. Les lignes de guitare et de basse se font d’abord discrètes, les coups de batterie également, mais le public sait ultimement ce qui l’attend. On tourne autour du pot, et puis, enfin, ça explose. Le mosh pit prend et reprend. Ça pousse, ça saute, ça gesticule sur le plancher. La chanson se termine, le temps qu’on reprenne notre souffle, mais zouz ne nous laisse pas de répit, zouz recommence. Encore, encore et encore. Une performance particulièrement constante, donc.

Si zouz est bel et bien un trio (Marchand, Dupré & Ledoux), une quatrième membre, Shaina Hayes, parvient à faufiler sur scène sa voix au milieu de toute cette ardeur et brutalité masculine. Un bel ajout. David Marchant appelle également Charles-David Dubé, ingénieur son du groupe, le « cinquième membre de zouz ». Une reconnaissance pour ces indispensables techniciens qui se fait plutôt rare dans le milieu, et que l’on accueille avec plaisir.

Philippe Renaud, du Devoir, écrivait en octobre dernier que le rock québécois « se porte bien ». Force est de constater qu’il a raison. Avec des groupes comme zouz et Population II, on ne devrait pas trop s’en faire pour les prochaines années.

Après une (première) première partie de René Lussier, la formation montréalaise La Sécurité prenait place sur les planches du Club Soda, une quinzaine de minutes avant 21h. Malheureusement, comme bien souvent avec de la musique qui rapproche du spectre punk : toutes les chansons se ressemblent. Ce n’est pas forcément désagréable à l’écoute, mais ça ne vole pas très haut non plus. La chanteuse, Éliane Viens-Synnott, est énergique, on note quelques jams sympathiques, mais sans plus.

Dans le même registre de super groupe québécois, on apprécie ici d’autant plus Bon Enfant.

Crédits photo : Charles-Antoine Marcotte

folk / folk-rock / latino / rock / trip-hop

Coup de coeur francophone – Gabriella Olivo + Daria Colonna

par Michel Labrecque

La très chouette salle Bain Mathieu, un ancien bain public transformé en salle de spectacle polyvalente, accueille pour la première année des spectacles de Coup de Coeur Francophone. Le 13 novembre, se déroulait un double lancement d’album au féminin.

D’abord, place à Gabriella Olivo, pour son EP de six chansons, A Todos Mis Amores, paru le 25 octobre. 

Gabriella a grandi à Stoneham, près de Québec, de mère Mexicaine et de père « blond aux yeux bleus de St-Bruno », dit-elle sur scène. Sa mère lui a toujours parlé en espagnol. Elle a donc grandi avec deux cultures, malgré l’homogénéité ambiante de cette banlieue de Québec.

Sa jeune carrière musicale est imprégnée de ce bi-culturalisme : elle chante en français et en espagnol, souvent dans la même pièce. Ça donne un folk ambiant teinté de rock et assaisonné d’un peu de son mexicain et latin. 

En ce sens, cela rappelle Kevin Johansen, Argentin de mère Argentine et de père Américain, qui mène une carrière en espagnol et en anglais avec un solide succès en Amérique latine. 

Gabriella Olivo vit au Québec. Mais A Todos Mis Amores est son opus le plus mexicain, car il a été fait à Mexico, avec le producteur Santiago Miralles. Bien que toujours dans un son folk rock méditatif, ce mini album est davantage parsemé d’influences latines que le précédent, Sola. Car Mexico est une ville qui sait mélanger rock et latinité. 

Tout cela pour dire que cet EP s’écoute très bien et que la version sur scène, agrémentée de quelques morceaux antérieurs, l’est également. D’autant plus que Gabriella partage sur scène des anecdotes et histoires personnelles qui donnent du contexte aux chansons. « En ce moment, le monde est vraiment fucked-up », a-t-elle lancé en faisant allusion à la récente actualité politique. En guise de consolation, elle nous a offert la magnifique chanson No te Olvides De La Luz. Comment trouver la lumière dans la noirceur. 

La jeune Mexicaine de Stoneham est à suivre. Et, comme elle a dit : « Vive le Coup de Coeur Hispanophone », bien qu’elle chante également en français. Et ça va continuer comme ça, m’a-t-elle dit après sa prestation.  

Avec Daria Colonna, nous entrons dans un tout autre univers. Le requiem des sirènes saoules est le titre de son premier album, paru en mai. Tout un programme.

« C’est mon premier spectacle », nous confesse-t-elle sur la scène du Bain Mathieu. C’est que Daria Colonna, 35 ans, est connue comme poète. Son dernier recueil, La Voleuse, lui a valu des nominations à plusieurs prix de poésie. 

Nous avons donc assisté à cette première scénique, six mois après la parution du disque. Musicalement nous sommes dans un mélange de trip-hop et de rock synthétique, avec des épisodes plus acoustiques.

Daria Colonna nous ouvre son livre sur ses états d’âme multiples, avec un accent sur la femme « intense »,à laquelle elle dédie une ode. Il est question de désirs, d’anxiétés, de vie dangereuse, de soifs, dans tous les sens du terme. Il est clair que Daria Colonna ne manque pas d’intensité. Elle sait écrire des textes. Sur scène, le résultat m’a semblé moins probant que sur disque.

Mais c’est une musicienne et chanteuse en apprentissage et en gestation. On peut percevoir une trajectoire originale, indépendante, ou les mots seront toujours privilégiés. Ce qui n’est pas toujours dans l’air du temps. Et qui fait du bien. 

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