chant lyrique / classique occidental

Festival d’art vocal de Montréal | Un gala où la relève prend la scène

par Alexandre Villemaire

L’aventure touche bientôt à sa fin pour la cohorte 2025 de l’Institut canadien d’art vocal (ICAV). Après quatre semaines de formation, le public a eu droit ce 24 juillet à une présentation lors d’un concert gala d’une partie du travail accompli par les différents stagiaires de l’ICAV, allant des chanteurs et chanteuses aux pianistes accompagnateurs, chefs d’orchestre, et aussi stagiaire en mise en scène, en la personne d’Hélène Rassendren, à qui incombait la tâche de la conceptualisation et de la mise en scène de ce concert.

Évènement incontournable à chaque édition, le gala est une vitrine qui met en valeur les voix dans un cadre festif de ces jeunes artistes lyriques dans différents styles de numéros vocaux. Conséquemment nous avons eu droit à plusieurs tubes du répertoire lyrique, des numéros « chouchous » des mélomanes et de ce type de concert, avec notamment le « Brindisi » extrait de La Traviata, le chœur « Brüderlein und Schwesterlein » de Die Fledermaus et « Make Our Garden Grow » tiré de Candide de Bernstein, pour ne nommer que ceux-ci.

Au niveau de la mise en scène, Rassendren demeure assez conservatrice. Chaque tableau et scène dont sont issus les extraits des arias, duos et numéros d’ensemble sont scénographiquement cohérents et contextualisés brièvement par des interventions faites par elle-même et Marc-Antoine d’Aragon, directeur général de l’institut. Les voix de cette brigade 2025 offrent un bel équilibre vocal sur tous les registres. Celles qui se sont démarquées et qui seront à surveiller sont celles des sopranos Lise Nougier et Marie-Claire Drolet, du baryton Danlie Rae Acebuque, de la mezzo-soprano Oryna Veselovska et du ténor Fletcher Davis. Leurs interventions, tant scénique que vocale, étaient juste engagées et sensibles. Dans le duo « Dunque io son », extrait du Barbier de Séville de Rossini, Acebuque offre un timbre feutré au caractère noble qui se marie avec celui de Marianne Bertrand. Un numéro plus tard, il se transforme en Papageno parfaitement trépignant. Les autres extraits de la Flûte enchantée qui ont suivi nous ont permis, entre autres, d’apprécier les voix de Natasha Henry (Pamina), Yiran Xing (Tamino) et Han Zhenji (Sarastro), Natalie Grimmett (Reine de la Nuit) et Fletcher Davis, précis dans son rôle de Monostatos. Seule basse de cette cohorte, Han Zhengji a livré un Sarastro d’une belle noblesse vocale. Ces scènes nous ont également donné un aperçu de la manière dont elles seront mises en scène dans l’espace de la salle Claude-Champagne lors de la production de l’opéra le dimanche 27 juillet.

Dans le duo entre Zerlina et Don Giovanni « La ci darem la mano » tiré de l’opéra éponyme de Mozart, le séducteur qu’incarnait Han Zhengji tenait plus de la lourdeur de son très juste Sarastro interprété précédemment que d’un. En voulant être trop mielleux – avec une prononciation italienne inégale –, il finit par être trop élastique avec le tempo, créant ainsi un débalancement avec l’orchestre et avec sa collègue Marie-Claire Drolet qui ne peut faire autrement que de s’adapter. Nous avons pu cependant apprécier à sa juste valeur le timbre éclatant et enveloppant de cette dernière dans l’air « Chi bel sogno di Doretta », extrait de La Rondine de Puccini. Seule au centre de la scène, son interprétation reste toute en retenue et en sensibilité avant de se déployer avec force et caractère. Un autre moment particulièrement touchant fut l’interprétation de l’air de Liù extrait de Turandotpar Lise Nougier, d’une grande intensité avec un timbre lumineux.

Le quintette de Carmen de Bizet est toujours un numéro un peu casse-cou à faire, notamment à cause de son rythme haletant. Il ne laisse aucune place à l’erreur tant pour le chef que pour les chanteurs.  Pas de grande déconvenue dans cet énergique ensemble qui a, entre autres, mis de l’avant la Carmen d’Oryna Veselovska.

Mentionnons également le travail du ténor irlandais Graham Cooper dans son interprétation de l’air « Lonely House » de Street Scene de Kurt Weill. Le timbre métallique de sa voix convenait parfaitement aux inflexions plus « jazzy » de cet air. Les chanteurs étaient accompagnés par un petit ensemble de musiciens aguerris composé de Nadia Monczak et Yubin Kim (violons), Brenna Hardy-Kavanagh (alto), Sonya Matoussova (violoncelle), Brandon Lewis (contrebasse), Johanna Silberman (flûte) ainsi que des pianistes stagiaires Vinicus Costa et Avis Yan. Ils étaient dirigés tour à tour par Simon Charrette, Etienne Lemieux-Després, Soojeong Kwon et Ramon Theobald.

En somme, une soirée qui ne s’éloigne pas des sentiers battus au niveau du style et du répertoire, mais qui, comme à chaque édition, permet de découvrir, parfois sous des formes encore un peu brutes, parfois sous des formes plus affinées, les nouvelles voix qui cherchent à fouler les planches des salles de concert et des maisons d’opéra. En attendant de voir lesquels de ces noms seront en haut de l’affiche, le public pourra les découvrir et les entendre une dernière fois dans la production de La Flûte enchantée. Une production qui s’annonce emballante et colorée.

crédit photo : Yifan Zing et Cynthia Turquot

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