Des concerts impressionnent par leur virtuosité, d’autres bouleversent par leur intensité. Celui proposé par l’Ensemble ArtChoral, sous la direction de Matthias Maute, avait quelque chose de différent à offrir : le plaisir d’être ensemble. À travers un programme réunissant Schubert, Brahms et Strauss, les artistes ont transformé la Maison symphonique en un lieu de rencontre où musique, théâtre et danse se côtoyaient dans une atmosphère résolument festive. Une soirée qui, sans être exempte de quelques réserves musicales, a su rappeler combien le concert peut aussi être un moment de réjouissance collective.
Dès les premières pièces de Schubert, l’ensemble séduit par la transparence de sa sonorité et la clarté de ses lignes musicales. Si l’équilibre entre les différentes sections demeure généralement convaincant, les voix graves semblent d’abord faire preuve de timidité. Dans la vaste acoustique de la Maison symphonique, on aurait souhaité davantage de projection de la part des ténors et des basses, dont la présence se fait progressivement plus affirmée au fil du concert. Quelques passages plus exigeants mettent également certaines voix à l’épreuve, notamment dans le registre des altos, sans toutefois compromettre la qualité générale de l’exécution.
Les Liebeslieder de Brahms apportent une énergie nouvelle. Les ténors s’y distinguent particulièrement par leur engagement, tandis que la communication entre les différentes sections contribue à donner vie à ces pages consacrées à l’amour. Quelques légères imprécisions d’intonation se font entendre, sans véritablement perturber l’ensemble. On aurait également souhaité davantage d’assurance dans certaines conclusions musicales, dont l’une, particulièrement abrupte, laisse le public hésiter avant d’applaudir.
Au fil de la soirée, la dimension théâtrale prend une place grandissante. Les interprètes ne se contentent pas de chanter : ils habitent les œuvres, échangent entre eux et développent une complicité perceptible. Les pianistes participent également à cette dynamique, faisant preuve d’un véritable sens du jeu scénique qui capte l’attention du public. Cette volonté de communication se retrouve jusque dans les regards et les gestes échangés entre les différentes sections, donnant parfois l’impression d’assister à une conversation musicale plutôt qu’à une succession de pièces.
Cette proximité doit beaucoup à Matthias Maute, dont l’aisance devant le public constitue l’un des grands atouts de la soirée. Chaleureux, spontané et particulièrement attentif aux réactions de la salle, le chef multiplie les interventions et les échanges avec les spectateurs. Il ne se contente pas de présenter les œuvres, mais installe un véritable dialogue, encourageant une participation qui contribue au caractère accessible et convivial du concert.
Cette générosité trouve néanmoins ses limites dans le déroulement du programme. La succession de nombreuses pièces relativement courtes, séparées par des interventions parfois prolongées, ralentit occasionnellement l’élan musical. Des transitions plus resserrées auraient permis de préserver davantage la continuité de certaines séquences. Il faut toutefois reconnaître que le public, particulièrement expressif ce soir-là, semblait apprécier cette proximité.
Entre réactions spontanées et conversations parfois audibles, la salle se montrait manifestement désireuse de participer à l’événement, et Maute a su accueillir cette énergie. La qualité qui faisait le charme de cette soirée constituait ainsi, par moments, sa principale faiblesse.
Les dernières pièces consacrées à Strauss viennent couronner cette atmosphère festive. La présence scénique des artistes s’y révèle particulièrement convaincante, soutenue par une diction soignée et un engagement communicatif.
Alors que la soirée approche à son terme, Matthias Maute ouvre lui-même la porte à deux couples de danseurs, dont l’arrivée constitue une surprise aussi charmante que bienvenue. Les chanteurs se joignent à leur tour à la danse, transformant progressivement le concert en une véritable célébration. Le mouvement, jusque-là suggéré par la musique, prend alors pleinement possession de la scène.
La réussite de cette soirée ne résidait pas tant dans la redécouverte d’un répertoire familier que dans la manière de le partager. Les œuvres de Schubert, Brahms et Strauss devenant le point de rencontre entre des artistes manifestement heureux de se produire et un public tout aussi disposé à prendre part à la fête. Dans cette Maison symphonique où se succèdent des expériences musicales aussi diverses qu’exigeantes, le concert prenait des allures de rassemblement, porté par le plaisir commun d’entendre des œuvres appréciées prendre vie.
Au-delà de quelques déséquilibres vocaux et d’un rythme parfois inégal, l’Ensemble ArtChoral a ainsi proposé une expérience dont la principale qualité résidait dans sa générosité. Sans chercher à bouleverser ni à impressionner à tout prix, cette soirée a simplement su réunir artistes et spectateurs autour d’un même plaisir.
On quitte parfois un concert profondément ému, impressionné ou songeur. Ce soir, on quittait la Maison symphonique avec le sourire. Et à l’approche de novembre, cette dose de chaleur était particulièrement bienvenue.























