Vincent Peirani : le souffle épique du groove

par Frédéric Cardin

L’accordéoniste niçois Vincent Peirani était sur la scène plutôt intime de la nouvelle Place Tranquille du Quartier des spectacles hier soir pour deux sets. Je ne sais pas comment était le 1er, à 20 h, mais celui de 22 h était à couper le souffle.

Le nôtre bien sûr, pas celui, épique, de l’instrument du Français. 

Accompagné de deux amis (Federico Casagrande à la guitare et Ziv Ravitz à la batterie et aux claviers) aussi inspirés que lui, Peirani nous a donné une généreuse heure d’élans musicaux hors norme où son accordéon a démontré toute sa fabuleuse polyvalence. Quelques minutes bien placées de douceur ambiante (très morriconesque ballade genre Il était une fois dans l’Ouest de Nina Nanna et envoûtant Twilight) ont suffit à équilibrer ce qui a été dans l’ensemble une chevauchée puissante et souvent endiablée de musique aux accents de groove implacables.

 La batterie musclée et les beats électros profonds de Ravitz (en même temps, chapeau!) ainsi que l’ébouriffante guitare électrique (qui servait aussi de basse!) de Casagrande ont ajouté des éléments blues-hard rock assez jouissifs au déferlement de notes spectaculaire de Vincent Peirani. Les gars trippaient sur scène, ça se voyait, et on était emportés aussi. Casagrande bougeait tellement qu’il a brisé son siège et on a dû lui en apporter un autre!

 Ce trio méritera une scène bien plus grande quand il reviendra, ce qui est certain à moins que les décideurs du Festival ne vivent dans un monde parallèle!

Masego fait la fête au Mtelus

par Jacob Langlois-Pelletier

Le chanteur et multi-instrumentiste Masego en a mis plein la vue et les oreilles lundi soir, au Mtelus, dans le cadre du FIJM. 

Devant une foule débordante d’énergie, l’as du trap-house-jazz a débuté avec une version revisitée de son titre Navajo. Le refrain de cette dernière, un échantillon sonore de la chanson Michelle de The Singers Unlimited, était chanté entièrement par la foule. Masego avait avec lui son synthétiseur, son piano et bien évidemment son instrument fétiche, le saxophone. Aussi, il était accompagné d’un batteur et d’un pianiste, conférant des intonations soul à sa prestation. À chaque pas de l’artiste vers son saxophone, la foule s’exclamait et applaudissait. Tout au long du spectacle, Masego a terminé ses titres avec quelques notes de son synthétiseur, non sans rappeler les finales du producteur hip-hop, Mike Dean. 
Durant ses morceaux, l’artiste américain se déhanchait tel Michael Jackson, effectuant même le moonwalk à un certain moment. À mi-chemin du spectacle, Masego a brandi le drapeau de son pays d’origine, la Jamaïque, et a livré deux titres aux intonations de reggae, au grand plaisir de la foule. Vocalement, le beatmaker a livré une prestation quasi identique à ses enregistrements. Pour conclure, il a offert son titre le plus populaire, Tadow. Malgré la courte durée du spectacle, les fans de l’artiste se sont régalés.

Dee Dee et Bill, savoureux comfort food

par Alain Brunet

Le Great American Songbook n’a pas de secret pour la chanteuse Dee Dee Bridgewater et le pianiste Bill Charlap, vieux routiers du jazz consensuel. L’immense bagage de ces performers les mènent tout droit au panthéon des maîtres du genre.

Lundi au Monument National, cette parfaite journée d’été était coiffée par de suaves interprétations de grands classiques du jazz: Duke Ellington, Fats Waller, Cole Porter, George Gershwin… Caravan, Mood Indigo, Lush Life, Honeysuckle Rose, Love for Sale, S Wonderful, The Man I Love, nomme-la je l’ai.

Le pianiste au service de la chanteuse, la chanteuse au service du pianiste, voilà un duo équitable à la perfection, deux artistes de même niveau, deux interprètes et improvisateurs d’une très grande maîtrise, aptes à transcender les standards en y conférant leurs propres variations, leurs ornements, leurs prolongements improvisés, leur passion ou leur humour débridé.

Bref, ces plats connus sont finement cuisinés, divertissement de grande classe.

Hubert Lenoir 101

par Alain Brunet

Pour tout vous dire, Hubert Lenoir me les cassait, et j’étais loin d’être le seul à ne pas le supporter. Sa voix de vilain petit canard et ses tubes diffusés ad nauseam sur la bande FM, sorte de bouillie réchauffée de glam rock et de jazz bancal, tout ça était pour moi un authentique turn-off. Mes jeunes collègues avaient beau le porter aux nues, rien n’y faisait. Ses sparages n’étaient qu’une série d’agacements artistiques, bien que l’assomption de son queerisme fusse réjouissant.

Puis… vint La nuit se plaindre, une collaboration avec Robert Robert, cette création mâtinée d’électro a amorcé chez moi un total changement de perception. Vint ensuite Picture de Ipse: musique directe, 2e album studio d’Hubert Lenoir et… wow.

Le vilain petit canard s’était transformé en cygne. Cet album excellent, très original, hautement créatif, est mon album keb préféré de la dernière année. L’usage des références, les concepts studio, les brillantes transgressions stylistiques, enfin bref un des meilleurs opus avant-pop produits en Amérique francophone ces dernières années.

Je viens de compléter mon cours de Hubert Lenoir 101. À l’instar de ses fans et de ses supporters médiatiques, je me joins au consensus: en plus d’être un auteur-compositeur et beatmaker très inspiré, Hubert Lenoir s’avère un showman hors du commun, un naturel de la scène comme on en trouve peu en Amérique francophone. Tant en version pop déjantée (aux Francos il y a deux semaines) qu’en version crooner queer (dimanche au Gesù) il affirme un grand talent de performer.

En formule trio, soit aux côtés du pianiste Gabriel Desjardins et du saxophoniste et beatmaker Félix Petit, il a pu entrelarder les versions intimistes de ses succès de classiques My Funny Valentine (Rogers & Hartz) en duo, This Girls In Love With You (Burt Bacharach), Si on s’y mettait (Jean-Pierre Ferland). Ces versions quasi acoustiques on produit l’effet escompté, inutile de l’ajouter.

Tiré à quatre épingles, il s’est montré capable de faire rimer élégance et irrévérence, il s’est montré tout simplement fumant dimanche au Gesù… smoking oblige !

jazz

Le Festival international de jazz présente Vincent Peirani

par Rédaction PAN M 360

Comme toutes les musiques populaires, le jazz est une musique de fortes personnalités. La reconnaissance internationale de l’accordéoniste Vincent Peirani repose sur cette qualité essentielle, fondamentale. Son charisme musical, son imaginaire hautement singulier, la conception de son art, fruits d’un parcours sans œillères, frappent très tôt tous les esprits.

Like all popular music, jazz is associated with strong personalities. International recognition of accordionist Vincent Peirani rests on that essential, fundamental quality. His musical charisma, his very distinctive creative skills, his unique approach to his art – all of which are the fruit of a very open, unblinkered attitude – strike the listener immediately.

ENTRÉE GRATUITE!

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Ravis par Coltrane, subjugués par Holanda

par Frédéric Cardin

Un concert envoûtant, divisé en deux temps aussi contrastés que complémentaires, mais unifiés par un même sens de la transcendance musicale. Voilà ce à quoi nous ont conviés d’abord Hamilton de Holanda, véritable Paganini/McLaughlin du bandolim, petite mandoline pas plus grosse qu’un banjo, mais dont les possibilités coloristes et dynamiques semblent infinies dans les mains de cet artiste brésilien d’exception. Poète de cet instrument, aussi bien que pilote effréné, Holanda nous a proposé une cinquantaine de minutes de bonheur et de montagnes russes musicales avec son seul outil, en plein milieu de la scène chaleureusement éclairée de la Maison symphonique.

Ce chef-d’œuvre acoustique était l’écrin parfait pour rendre intelligibles toutes les notes, même 50 à la seconde, déversées par ce virtuose surnaturel. Virtuosité improbable, certes, mais entièrement dédiée à une expressivité concentrée, directe et accueillie insatiablement par un public conquis. À l’image du grand Villa-Lobos, Holanda a fait du genre traditionnel du Brésil, le choro, son véhicule préféré. En y mélangeant, tout comme Villa-Lobos aussi, des éléments de musique savante (Bach, ainsi qu’un de ses propres 24 Caprices, inspirés de Paganini), de musique populaire et de jazz très personnel, il en a fait un langage unique de notre époque. 

Ravis par Ravi

Beau contraste qui nous a préparé à l’arrivée du quintette attendu de la soirée, celui de Ravi Coltrane, avec ses compagnons David Gilmore à la guitare, Gadi Lehavi au piano et à l’orgue, Dezron Douglas à la contrebasse et Élé Howell la batterie. Le principe était celui d’un hommage à la musique ‘’cosmique, mystique, spirituelle’’ de ses parents John et Alice. On est d’abord un peu surpris de la pudeur de ce que l’on voit sur la scène, compte tenu des extravagances instrumentales utilisées par maman Alice. Il faut dire que l’hommage a été majoritairement offert à John. Déjà, dès la première pièce, le ton est donné : nous sommes dans un espace sonore qui emplit la salle, qui la cajole et s’y love comme en symbiose. On était presque dans Debussy symphonique. 

Le voyage astral prend de l’ampleur et s’épanouit, doucement, inexorablement, jusqu’à saturation des textures, mais sans jamais perdre un sentiment de plénitude bienveillante. On imagine une immense nébuleuse, somptueusement teintée de couleurs chaudes, s’étendre devant l’œil captif du télescope Hubble. Nous sommes aux premières loges. On est quelque part entre Ballads et Interstellar, deux absolus (et très différents) chefs-d’œuvre du grand John. Encore une fois, la Maison symphonique s’avère un vaisseau parfait pour cette richissime expressivité sonore. Cela dit, le résultat final est un hommage assez poli en fin de compte. Ce n’est que lors de la dernière escapade qu’on a retrouvé la ferveur pleine de fulgurance qu’on pouvait associer, également, à la musique ‘’cosmique- spirituelle’’ de Coltrane père et mère. Poli, l’hommage? Peut-être. Mais on a été totalement ravis quand même.

électro / hip-hop / house / pop

Bran Van 3000 au Festival International de Jazz

par Rédaction PAN M 360

En 1997 Bran Van 3000 étonnait la scène musicale mondiale avec son premier album GLEE. Au Canada, aux USA, en Grande-Bretagne, en Allemagne…depuis ce jour l’œuvre de Bran Van fait vibrer la planète entière.

Plus qu’un groupe, Bran Van 3000 est une famille, un club, un projet, un «soundsystem» ; c’est la rencontre d’architectes du son et du rythme.

Nomade des genres, Bran Van 3000 visite les univers pop, électro, hip hop, house, folk, soul, dance, groove, pour ne nommer que ceux-là. De nombreux artistes dont Eric-Pierre Bergen, Stephane Moraille, Sara Johnston, Jayne Hill, Jean Leloup, Steve « Liquid » Hawley, Kim Bingham et James Di Salvio, grand orchestrateur du collectif, ont su faire de Bran Van 3000 un incontournable de la musique d’ici et d’ailleurs.

GRATUIT!

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metal

Avatar au Théâtre Corona

par Rédaction PAN M 360

AVATAR revient en 2020 avec un manifeste audacieux intitulé Hunter Gatherer . Le huitième album du groupe est une étude impitoyable et inébranlable de la vitesse croissante de l’humanité vers un futur incertain, renforçant ainsi la portée des racines sombres du groupe qui ne cessent de s’étendre . Hunter Gatherer est la version la plus sombre et la plus sinistre d’Avatar, avec des études approfondies sur la cruauté, la technologie, le dédain et la privation.

AVATAR returns in 2020 with a bold manifesto called Hunter Gatherer . The band’s eighth album is an unflinchingly ruthless study of a clueless humankind’s ever-increasing velocity into an uncertain future, furthering the reach of the band’s always expanding dark roots. . Hunter Gatherer is the darkest, most sinister version of Avatar, with deep studies of cruelty, technology, disdain, and deprivation.

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jazz / pop

Jean-Michel Blais à la Place des Arts

par Rédaction PAN M 360

Le pianiste montréalais Jean-Michel Blais conjugue la sensibilité mélodique pop de Yann Tiersen et de Chilly Gonzales à la stupéfiante maîtrise technique de compositeurs minimalistes comme Philip Glass et Erik Satie. Pour faire suite à sublimes Il et Dans ma main, il présente maintenant un nouvel album intitulé aubades.

Montreal pianist Jean-Michel Blais combines the melodic pop sensibility of Yann Tiersen and Chilly Gonzales with the astonishing technical mastery of minimalist composers like Philip Glass and Erik Satie. To follow up on sublime Il and Dans ma main, he is now presenting a new album entitled aubades.

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avant-pop / électro

Substrat 2022 : Debbie Doe, Maysun et Kee Avil à la SAT

par Rédaction PAN M 360

Substrat propose une expérience d’immersion sonore dans le dôme de la Satosphère, avec le son spatialisé de ses 157 haut-parleurs. À travers des performances musicales éclectiques, Substrat invite à découvrir la démarche créative et les univers inspirants d’artistes de la scène émergente. 

Debbie Doe

Debbie Doe est artiste sonore spécialisé en musique électronique et en design de sons 3D. Poursuivant ses études en électroacoustique à l’Université Concordia, ille s’inspire du théâtre et du concept de jeu, sa musique assume différents rôles, où des percussions spacieuses côtoient des ambiances insolites. 

Maysun

MAYSUN propose une musique instrumentale immersive qui évoque la mélancolie, l’acceptation et l’espoir. Ce projet combine batterie, synthétiseurs et conception sonore afin de créer un univers où le numérique et l’organique se confondent. 

Kee Avil

Mené par Vicky Mettler, Kee Avil combine guitare, chant, productions électroacoustiques et électroniques afin de créer des chansons composites déstabilisantes. Depuis ses débuts en 2018, le profil sonique de Kee Avil a évolué de la guitare, accompagnée par des cymbales fracassées, à des tempos désaxés et des structures amalgamées; son exploration d’architectures musicales distinctes la mène à des palettes sonores détaillées, où des chansons d’influences électro-industrielles, avant-pop et post-punk sont méticuleusement assemblées.

POUR ACHETER VOTRE BILLET, C’EST ICI!

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Kamasi superstar !

par Alain Brunet

Depuis des années, rarissimes sont les artistes purement jazz qui attirent les publics de masse. Qui d’autre que Kamasi Washington est capable d’y parvenir? Poser la question, c’est y répondre.

Ainsi, ce à quoi ont eu droit samedi les dizaines de milliers de festivaliers et autres curieux massés au pied de la scène TD, Place des Festivals, était purement jazz.

Certes, la prestation impériale de l’imposant ténorman californien et sa bande était relativement similaire à celles données à deux reprises au MTelus avant la pandémie, mais ce passage d’un auditoire important à un public de masse demeure un exploit en soi. Qui se formalisera de cette redondance ? Bien peu d’observateurs.

Personnel comparable, deux batteurs d’enfer (Mike Mitchell, notamment ), le paternel à la flûte et au sax soprano (papa Washington est très chanceux de tourner avec fiston), un tromboniste, une choriste bien en voix, un pianiste hors du commun (Cameron Graves, wow ! ), et bien sûr n leader à la stature monumentale.

Ambiance paroxystique du début à la fin, esthétique totalement black américaine, approche parfois équarrie à la hache mais toujours fervente, esthétique jazz 1955-1965 sans actualisations tangibles mais une ferveur des plus contagieuses pour galvaniser les foules venues enfin à la rencontre du jazz.

Oui, il a fallu que le génial MC Kendrick Lamar propulse ces musiciens dans l’espace, mais ils sont toujours là depuis des années ! Kamasi Washington et sa tribu patrouillent le firmament de leurs prédécesseurs pour ainsi faire exploser les nuages de notes bleues.

Cécile McLorin Salvant, la plus inspirée du chant jazz au féminin

par Alain Brunet

Le chant jazz au féminin n’a pas changé fondamentalement depuis les années 40 ou 50, mais il se trouve à l’occasion des solistes qui tirent leur épingle du jeu… d’un jeu apparemment classique voire redondant.

Cécile McLorin Salvant est de ces rarissimes chanteuse de jazz « classique » à imposer une facture parfaitement singulière. Origines françaises et antillaises, son éducation américaine, maîtrise parfaite de l’anglais et du français, humour subtil profondeur intellectuelle, connaissance profonde du jazz, théâtralité, sensualité, grande autorité sur scène, voilà autant de caractéristiques d’une artiste d’exception.

La plus douée du chant jazz d’aujourd’hui, en 2022 ? La plus intéressante sur le circuit ? Osons l’affirmer.

Non seulement notre Cécile préférée incarne-t-elle la tradition, mais encore s’autoriste-t-elle de la prolonger par un chant audacieux et subtil, mais aussi par les incursions beaucoup plus contemporaines de son accompagnement (piano, guitare, contrebasse, batterie).

Trios de première partie

En première partie de Wynton Marsalis en ouverture de festival à la Salle Wilfrid-Pelletier, nous avions eu droit jeudi au trio acoustique d’Ariane Racicot , nouvelle élue du piano jazz québécois. Très bonne technique au clavier, main droite aguerrie, bonne main gauche , coefficient de difficulté parfois élevé, bon esprit, sens de la pesanteur. Cette étudiante modèle peut compter sur très bons accompagnateurs dont le bassiste virtuose Carl Mayotte.

Samedi soir au Monument National, c’était au tour de la pianiste Gentiane MG de présenter son trio acoustique . Moins axé sur la performance technique, et plus sur une belle exploration harmonique moderne ou contemporaine. Une autre affaire du côté de cette autre jazzwoman québécoise. Jazz de chambre de bonne tenue, en somme.

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