Samedi soir, l’Orchestre FILMharmonique rendait hommage au compositeur Joe Hisaishi, fidèle partenaire du réalisateur Hayao Miyazaki, génie du film d’animation japonais. Du coup, c’était tout l’univers magique et bienfaisant des personnages de Miyazaki qui prenait vie dans l’esprit et le cœur du public qui remplissait la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts à Montréal.
Classicisme impeccable
La musique de Hisaishi est d’un classicisme romantique impeccable. Les mélodies soyeuses portées par les cordes côtoient le pépiement de couleurs agréables des bois et percussions ainsi que les élans parfois héroïques des cuivres. C’est une musique tout en tonalités caressantes, baignée dans des harmonies sécuritaires, mais qui, grâce au talent du compositeur, évitent à la musique dans son ensemble, la banalité d’une écriture sans inspiration. Hisaishi nous entraîne avec lui dans ce monde de douceur et de beauté toute simple, habité par un supplément d’âme d’émerveillement juvénile.
Cela dit, comme le mentionnait le chef Francis Choinière lors de l’une de ses interventions (courtes et efficaces, soulignons-le), le monde de Miyazaki (et en corollaire la musique de Hisaishi) porte en lui, à parts égales, la naïveté de l’enfance à travers ses mondes féériques et une dose sentie de réflexion plus avancée sur la crise environnementale, le passage à l’âge adulte, et la liberté.
De Kiki à Mononoké en passant Totoro
Kiki la petite sorcière a lancé la soirée avec son thème si délicat. Puis, l’extrait Requiem de Nausicaa de la Vallée du Vent nous a rappelé les racines classiques de Hisaishi avec cette mélodie issue de la Passacaille de Haendel, habilement détournée pour les besoins de cette trame sonore. Un extrait de la musique de Princesse Mononoké, magistrale partition curieusement peu soulignée dans ce concert, enchaînait avant de plonger dans une substantielle suite de thème de l’un des films les plus emblématiques de Miyazaki : Mon voisin Totoro. La plume de Hisaishi pour ce film d’une exquise douceur et simplicité s’épanouit avec des mélodies attachantes aux cordes et des traits fins, graciles, aux bois, avec des teintes gershwinesques qui ressortent fortement à certains endroits. Pas de grands vilains méchants dans ce film et sa partition, pas de drame larmoyant, pas de bataille rangée, juste la tendresse amicale et fascinée de la découverte d’un monde parallèle rempli de gentilles créatures. Une musique qui fait tellement de bien.
La deuxième partie du concert nous donnait deux longues suites de deux films incontournables du canon miyazakien : Le Voyage de Chihiro et le Château ambulant. Si Chihiro n’est pas démuni de passages efficaces, c’est Le Château ambulant qui se démarque. surtout avec cette valse tellement mémorable. Mais pas que, car l’histoire, bien que du classique Miyazaki, recèle néanmoins certains des moments les plus épiques dans tous les films du maître. La musique reflète cela avec beaucoup d’acuité, tout en demeurant scotchée aux leitmotivs du compositeurs : simplicité et qualité.
Deux rappels, dont une reprise du thème de Totoro avec tout le public comme chorale ad hoc. Tout le monde est sorti de la salle en fredonnant To to-ro, To tooo Ro.
Un seul bémol : l’amplification utilisée donne une coloration filtrée et moins naturelle aux cordes. On se met à souhaiter que l’Orchestre FILMharmonique se produise plutôt à la Maison symphonique. Mais bon, c’est un détail finalement peu conséquent sur la réussite de cette soirée enchanteresse qu’on serait prêts à reprendre n’importe quand.
Et ce n’importe quand pourrait être le 21 mars à Québec, car le même programme sera donné au Grand Théâtre. Gens de la capitale, ne manquez pas ça.