classique occidental / classique turc

Didem Başar : Continuum espace, temps, musique

par Frédéric Cardin

La Montréalaise d’origine turque Didem Başar (prononcé Bashar) est la Grande Dame du kanun (c’est moi qui le dit). Cet instrument de la famille des cithares est très utilisée dans la musique traditionnelle turque et dans tout le Moyen-Orient. Başar ajoute plusieurs cordes à son jeu instrumental déjà relevé en y intégrant la composition et surtout les rencontres avec d’autres genres musicaux, chose qu’elle peut faire aisément dans le riche écosystème musical de Montréal.

Mardi soir à la salle Bourgie, dans le cadre de la série Musique des cultures du monde, elle présentait son projet Continuum, dans lequel ses compositions (et quelques arrangements) pour kanun, percussions et quintette à cordes, ont offert au public attentif quelque 80 minutes de voyage délicat et ravissant, une sorte de lien tangible entre le présent et la longue histoire de la culture millénaire moyen-orientale. Un continuum à la fois spatial, temporel et bien sûr musical. L’accompagnaient sur scène : le quatuor Andara, le contrebassiste Étienne Lafrance et le percussionniste Patrick Graham.

Exception faite de quelques arrangements de pièces traditionnelles, toutes les œuvres étaient de la main de l’artiste, dont un Concerto pour kanun et cordes, écrit dans les règles de l’art. Une très belle aventure qui s’amorce sur un premier mouvement léger, tout en textures pointées (pizzicatos de cordes et pincements du kanun), traversé de temps en temps d’élans lyriques aux cordes frottées. Si cette portion initiale laisse présager une promenade en toute simplicité, le deuxième mouvement trahit ce préjugé avec un adagio plaintif aux couleurs sombres, évoquant une tristesse gonflée de puissante mélancolie. C’est comme si on avait le mal du pays avec elle. Le troisième mouvement, final, révèle plus de muscles rythmiques et un entrain volontaire et affirmatif qui satisfait visiblement le public présent. 

L’ensemble du répertoire offert dans le programme procède de cette atmosphère orientale, basée sur un univers harmonique essentiellement modal, mais auquel Didem Başar ajoute des touches de chromatisme plus occidental ici et là, un chromatisme qui invite aussi la microtonalité. Le résultat est un ensemble de constructions mélodiques attrayantes qui ne deviennent cependant jamais des recettes pour touristes auditifs. La musique de Başar est facile à aimer, mais jamais ‘’facile’’. Elle laisse aussi un peu de place à l’impro de ses compagnons, particulièrement dans la pièce Lame Pigeon (pigeon boîteux), où Étienne Lafrance s’épivarde avec brio avant de passer le flambeau au violoncelliste Dominique Beauséjour-Ostiguy, expansif mais plus contrôlé, à l’altiste Vincent Delorme, impressionnant, et au percussionniste Patrick Graham, toujours spectaculairement subtil et raffiné. 

Un très beau moment de musique et de rencontre interculturelle, typiquement montréalaise. Continuum est un concert que vous ne devriez pas manquer si vous le voyez passer dans votre région, et sera également un album lancé le 18 mai 2024. À suivre assurément. 

classique / musique contemporaine

Une soirée haute en couleurs avec Imani Winds

par Frédéric Cardin

Imani Winds est un quintette à vent étatsunien qui fait du bien. Constitué de musiciens noirs (sauf le clarinettiste), son objectif est d’actualiser la musique pour ce type de formation en jouant des arrangements inédits (leur plus récent album s’intitule A Passion for Bach and Coltrane, ça donne une idée!), des oeuvres de compositeurs noirs ou en commandant des oeuvres nouvelles, souvent inspirées du terroir afroaméricain et latino. Le groupe, détenteur de trois prix Grammy, donnait justement un concert hier soir à la salle Bourgie, à Montréal. Le deuxième seulement en 27 ans d’existence, ce qui est monstrueusement dommage. Un programme tout Noir et Latino a été offert au public qui a relativement bien garni la salle Bourgie.

Il y a de quoi admirer les musiciens sur la scène : Brandon Patrick George, flûte, Mekhi Gladden, hautbois (en remplacement de Toyin Spellman-Diaz), Mark Dover, clarinette, Kevin Newton, cor et Monica Ellis, basson. Premièrement, ils sont très très bons, chacun d’entre eux étant de toute évidence un soliste de haut niveau. Le jeu d’ensemble est impressionnant de virtuosité aisée, d’articulations chirurgicales et de cohérence fusionnelle. Deuxièmement, et surtout, ils investissent depuis 27 ans (mais pas exclusivement) un espace du répertoire qui demeure marginal, mais heureusement en expansion rapide, celui de la musique écrite par des artistes de communautés racisées et/ou minoritaires en musique classique. Bravo.

L’ensemble de l’affiche était occupée, sauf une seule pièce, par des œuvres fortement colorées par le jazz, le blues ou la musique latine. Syncopes accentuées, déhanche fluide un peu féline et coloris chromatiques tournant autour d’harmonies ‘’bleues’’, on était dans un univers accrocheur, mais pas racoleur. Non, car les partitions offertes (de Damien Geter, Carlos Simon, Paquito D’Rivera, Valerie Coleman, Andy Akiho et Billy Taylor, un arrangement dans ce dernier cas) sont raffinées, virevoltantes et remplies d’effets vivifiants, souvent distrayants, parfois surprenants. Mais ce qui satisfait tout mélomane passionné et investi dans ce genre de programme, c’est le supplément d’âme ajouté dans les œuvres, en raison de leurs références extra musicales. C’est le profilage racial dans I Said What I Said de Damien Geter (le thème principal est tributaire de la rythmique locutive typiquement Black de la phrase-titre..), la célébration de grandes personnalités noires dans Giants de Carlos Simon (Bessie Smith, Cornel West, Herbie Hancock), des quartiers new yorkais dans Rubispheres no 1 de Valerie Coleman, la liberté dans I Wish I Knew How It Would Feel To Be Free de Billy Taylor ou la dénonciation de l’emprisonnement des nouveaux arrivants dans BeLoud, BeLoved, BeLonging de Andy Akiho.

Cette dernière pièce constitue, cela dit, l’exception stylistique dans le lot car c’est une envolée post-minimaliste en trois mouvements, nerveuse et diablement excitante, moins connectée que les autres à l’héritage afroaméricain ou latin. Ironiquement, c’est la pièce de Paquito D’Rivera, Aires tropicales, de loin l’artiste le plus connu sur le programme, qui est la plus ‘’facile’’. Pas mauvaise, non. Elle donne du beau fil à retordre aux instrumentistes et constitue certainement un excellent défi musical pour toute formation professionnelle. Mais la jonction de l’écriture et du propos sous-jacent est plus superficiel que ses concurrents.

La soirée, fortement appréciée par le public, s‘est terminée avec l’arrangement de la célèbre chanson I Wish I Knew How It Would Feel To Be Free de Billy Taylor, et consacrée par Nina Simone. Un vrai de vrai jazz, mais adapté tout sauf de façon linéaire. Fabuleux exercice signé par le clarinettiste Mark Dover, qui s’amuse à en faire un Thème et variations fébrile et débordant de dynamite expressive. 

Les applaudissements ont été longs et soutenus. Tout le monde, manifestement, souhaitait les revoir le plus vite possible. 

expérimental / contemporain

SMCQ, Série Hommage| « Amitiés et étrangetés », 1er programme de Sandeep Bhagwati

par Rédaction PAN M 360

Un concert qui émerge des flots musicaux de notre monde présenté dans le cadre de la Série Hommage à Sandeep Bhagwati et en collaboration avec le Centre culturel vietnamien du Canada

«écoute: étrange que / trop proches les choses nous assourdissent… et pourtant, de loin, elles resonnent si clairement…»

Inspiré par ce couplet librement adapté de l’éminent poète vietnamien Nguyễn Duy, qu’il a écrit en pensant à ses compatriotes à l’étranger, la pièce unique de ce concert, Exercices d’étrangeté I de Sandeep Bhagwati, tourne autour des notions de proximité et de distance, de rapprochement et d’éloignement, de familiarité et d’étrangeté, qui s’exprime à travers la musique, mais aussi à travers des mots et des images.

Les solistes d’horizons musicaux et géographiques différents, chacun avec sa propre tradition (populaire, baroque, jazz, expérimentale, interdisciplinaire) et son contexte (Vietnam, Suède, Canada, Québec), redécouvrent et réimaginent leurs instruments et leurs traditions en se plongeant dans diverses situations musicales conçues par le compositeur. De courts segments sont alignés et superposés pour former un parcours musical riche qui permet à chaque interprète de se familiariser avec les univers artistiques «étranges» de ses amis et compagnons de voyage à travers cette aventure musicale.

Événement présenté dans le cadre de Série Hommage / Sandeep Bhagwati (Saison 2023-24).

Participant·es

Concepteur·trices

  • Frédéric Le Bel, sonorisation
  • Béatrice Germain, éclairage
  • Vitalyi Bulychev, vidéographie
  • Philippe Bouvrette, enregistrement

Programme

Production SMCQ avec la collaboration du Centre culturel vietnamien du Canada

musique contemporaine

Le Vivier en coulisse:

par Rédaction PAN M 360

Pour cette cinquième édition du Vivier en coulisseDominique Lafortune s’entretiendra avec Symon HenryDanielle Palardy-Roger et Émilie Girard-Charest sur le spectacle transdisciplinaire Je suis calme et enragé·e présenté les 27 et 28 février prochain (qui affiche COMPLET) dans la saison du Vivier. 

Des extraits de ce spectacle feront ensuite l’objet d’une écoute attentive inspirée de la sonologie auditive. Une belle occasion d’être en coulisse et de découvrir les dessous de ce spectacle transdisciplinaire porté par la poésie de Roxane Desjardins et les partitions graphiques de Symon Henry. Bienvenue !

PARTICIPANTS

DOMINIQUE LAFORTUNE –

SYMON HENRY –

DANIELLE PALARDY ROGER –

ÉMILIE GIRARD-CHAREST

Ce contenu est fourni par Le Vivier et adapté par PAN M 360

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