Virée Classique : À la rencontre de l’autre et de l’humanité avec Oktoecho

Entrevue réalisée par Rédaction PAN M 360

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Fondé en 2001, Oktoecho est un ensemble aux sonorités aussi diversifiées que ses musiciens et collaborateurs. Il est la rencontre des musiques du Moyen-Orient, de l’Occident, des peuples autochtones du Canada, et bien plus encore. Sous la direction artistique de Katia Makdissi-Warren, Oktoecho œuvre à préserver et à présenter à son public ces traditions musicales profondes et riches. À travers les ponts qu’il crée, Oktoecho nous rapproche, pas à pas de nos racines, de la Terre, et de notre humanité.

Mémoires du Monde est le rapprochement de la musique autochtone et des traditions classiques occidentales. Un hommage aux femmes qui ont préservé et entretenu les traditions musicales et culturelles inuits, malgré leur interdiction pendant de longues années, ce concert est une occasion formidable pour les rencontres, les échanges et pour reconnecter avec l’autre.

PAN M 360 a eu la chance de discuter au téléphone avec Katia Makdissi-Warren en prévision du passage d’Oktoecho à la Virée Classique ce vendredi 18 août en salle à 19h30.

PAN M 360 : Bonjour Katia. Oktoecho, c’est un éventail assez large de genres musicaux : musique du Moyen-Orient, musique arabe, autochtone, occidentale, ou, comme vous dites sur votre site, un métissage des influences. Comment définissez-vous la musique d’Oktoecho? 

KATIA MAKDISSI-WARREN : C’est une rencontre. Peu importe, même quand on connaît quelqu’un, on le rencontre. Je vois des rencontres de musiques et de porteurs de cultures. Le métissage, je ne sais pas toujours ce qu’on veut dire par métissage, mais pour moi, c’est un peu une notion qui varie avec le temps. Ce qui est métissage aujourd’hui ne l’est peut-être plus demain. Mais la rencontre, pour moi, reste toujours présente.

PAN M 360 : Donc, des rencontres entre les différentes cultures, les différents musiciens, et les musiques?

KATIA MAKDISSI-WARREN : Oui, c’est des rencontres entre différents porteurs de cultures qui ne sont pas nécessairement les mêmes. C’est beaucoup basé sur le Moyen-Orient, les musiques arabes aussi, du Maghreb aussi. Et les musiques autochtones. C’est un volet qu’on a développé un peu plus tard dans les années 2009. Évidemment, comme j’ai aussi une formation « classique », il y a aussi l’influence de la musique classique occidentale. 

PAN M 360 : Est-ce qu’il y a aussi une forme de classique, disons, au sens des musiques du monde? Parce qu’en fait, le concept de « classique » change beaucoup ailleurs dans le monde. Les classiques, ce n’est pas nécessairement la musique classique comme on le conçoit ici. 

KATIA MAKDISSI-WARREN : Oui, il y a de la musique classique arabe, il y a de la musique classique turque aussi. Ce sont des formes qui existent depuis le XVIIIe siècle et qui continuent aujourd’hui. Oui, je m’inspire de ces musiques-là. Et pas juste moi, parce qu’il y a aussi d’autres compositeurs avec moi maintenant. Mais c’est aussi une rencontre avec différents milieux musicaux. Il y a aussi dans l’ensemble des gens qui viennent de la musique jazz. Il y en a qui viennent de la musique contemporaine. Et c’est la même chose aussi du côté Moyen-Orient, parce qu’il y a autant de musiques au Moyen-Orient qu’il y a de musiques en Occident. Cela dépend des projets et des fonds. On va plus poser notre concentration sur une musique en particulier, comme dans Trancestral, c’est plus le soufisme, du côté oriental. Du côté autochtone, il y a six nations qui sont représentées. Mais on a une pièce, par exemple, qui est plus Gnaoua, qui vient du Maroc, qu’on ne considère pas nécessairement comme de la musique classique non plus. Chaque projet amène un focus sur une partie musicale particulière de chacune de ces musiques.

PAN M 360 : L’ensemble existe depuis 2001, avec un effectif et les styles qui ont changé au cours du temps. Quelles sont les choses qui ont évolué, ou quelles sont les constantes qui restent vraies depuis le début? Vous me parlez de rencontres. Est-ce qu’il y a autre chose que vous considérez comme étant au cœur de la mission d’Oktoecho depuis le début? 

KATIA MAKDISSI-WARREN : La musique, ça sert vraiment pour une rencontre avec l’autre. C’est vraiment ça. Et le partage avec le public. On essaie d’unir sur scène les différences et c’est vraiment avec le public qu’on fait ça. Après, cela devient un échange avec lui. Au début, évidemment, c’était plus musique Moyen-Orient et Occident parce que ma mère est libanaise. C’était vraiment mes deux cultures. C’est pour ça que j’ai fondé Oktoecho à la base. Pour faire la rencontre entre les musiques du Moyen-Orient et de l’Occident. Mais j’avais à cœur des musiques autochtones depuis que j’étais toute petite. Ça a pris un certain temps avant d’aborder cet aspect. C’était d’abord une rencontre, une manière de penser qui est différente qu’entre la musique orientale et la musique occidentale. Des fois, les formes de pensées musicales, ou comment penser la musique est différent. Avec les musiciens, c’était une question de prendre le temps qu’on s’habitue, qu’on comprenne, qu’on se sente à l’aise. Une fois qu’on s’est senti à l’aise entre Moyen-Orient et Occident, on a ajouté le volet autochtone. Qui n’est pas ma culture à la base. C’est pour ça que j’ai attendu. Les collaborateurs qui sont avec nous sont là depuis le début. Il y a notamment Lydia Etok qui est la co-directrice artistique du volet autochtone, et qui est chanteuse de gorge.

PAN M 360 : Comme vous dites, l’idée est venue parce que vous avez toujours une fascination pour cette musique-là. La musique autochtone, depuis quelques temps, prend de l’ampleur. On essaie de plus la présenter, de mieux la présenter. Est-ce que, selon vous, elle mérite une plus grande place sur la scène musicale québécoise et canadienne?

KATIA MAKDISSI-WARREN : Bien, c’est déjà commencé. C’est déjà commencé, parce que quand nous on a commencé à travailler en 2009 avec les autochtones, il fallait se battre. Il n’y avait que très peu d’intérêt, malheureusement. Je dis malheureusement, mais c’était vraiment juste parce que c’était méconnu. C’est d’une richesse incroyable. Alors, je pense que c’est juste tout à fait normal que ça commence à être plus connu, et je veux dire que c’était anormal que ça ne soit pas connu. C’est une musique qui a une profondeur incroyable, même quand c’est dans le jeu. Parce que pour les chants de gorges inuits, c’est un jeu. Il y a une profondeur, il y a une simplicité, une profondeur humaine incroyable. C’est une leçon pour tout le monde, toute la planète. Parce qu’il y a une manière d’aborder la musique qui nous reconnecte avec qui on est, qui est l’autre, qui est la Terre, et ça, c’est une richesse incroyable. On le sent et on l’entend dans la musique. Pour moi, c’est une leçon à chaque fois. 

PAN M 360 : Dans les dernières années, Oktoecho a été récompensé, honoré par plusieurs nominations et prix, notamment aux Prix Opus et à l’ADISQ. Comment voyez-vous cette nouvelle popularité, cette reconnaissance du public et des institutions, comment vivez-vous cela? Est-ce que vous voyez un changement qui a amené à ça? 

KATIA MAKDISSI-WARREN : Oui, on sent vraiment l’intérêt maintenant. On voit maintenant comment les gens sont contents d’entendre ça et sont curieux. Même les artistes avec moi, comme pour le projet Saimaniq qui est autour du champ de gorge inuit, avec évidemment des composantes arabes dans les rythmes et dans tout ça. C’est un projet qu’on a commencé en 2010, et les premiers spectacles étaient en 2012. Que ce soit pour les prix, je me réjouis beaucoup pour la communauté autochtone, vraiment, je me réjouis incroyablement pour eux et pour tous les autres parce que ça apporte beaucoup. 

C’est une richesse du Canada. Un pays qui a le plus de langues parlées à cause des langues autochtones. Je pense qu’il y a 77 langues parlées au Canada. Moi j’attends juste maintenant que dans les écoles, on apprenne une langue autochtone, la langue autochtone de son territoire, aux élèves. Je rêve de ça. Que chaque école primaire apprenne au moins quelques phrases, quelques manières de penser des langues du territoire autochtone où ils sont. 

PAN M 360 : La Virée classique a une proposition musicale assez diversifiée qui met l’accent sur la musique de concert qui n’est pas nécessairement occidentale ou traditionnelle. Comment voyez-vous la relation entre la musique des ensembles comme Oktoecho et celle jouée traditionnellement dans les concerts plus « classiques »?

KATIA MAKDISSI-WARREN : Je me réjouis de l’ouverture de tous les ensembles de musique classique à tout ce qui est diversité au sens large. Je parle de diversité autant occidentale qu’ethnique. À l’intérieur de la diversité, même ici au Québec, il y a des gens de partout, de différentes cultures, même dans les cultures occidentales, que ce soit le jazz, la musique contemporaine, etc. Moi, je me réjouis quand les organismes s’ouvrent à la diversité, parce que ça fait un décloisonnement qui crée une richesse. 

Pour moi, c’est important. C’est aussi très important qu’il y ait encore des programmes très classiques. Très, très, très important parce que c’est des gardiens de la tradition. C’est nécessaire. Plus on fait du métissage, plus les gardiens de tradition sont importants pour moi. C’est deux pôles qui sont cruciaux. Je ne veux pas que tout devienne diversité parce que je trouve que ça ne serait pas nécessairement la bonne chose non plus, parce qu’il faut savoir d’où on vient. Il faut garder notre tradition. Par contre, je pense, à côté justement de garder sa tradition comme un pilier fondamental, qu’il est important de connaître toutes les formes d’art que l’être humain peut créer, ça nous ouvre les portes à toutes les émotions qu’on a à l’intérieur et qu’on ne connaîtrait peut-être pas. Pour moi, c’est comme une biodiversité émotionnelle importante.

PAN M 360 : Mémoires du monde est le titre du concert joué vendredi soir. Que pouvez-vous nous dire sur le concert et sur quoi s’attendre? Quelle est la ligne directrice ou bien l’idée derrière le projet?

KATIA MAKDISSI-WARREN : Le monde classique nous ouvre ses portes. Nous, de notre côté aussi, on fait un pas vers eux. C’est avec un orchestre à cordes. Donc, des musiciens classiques, auxquels s’ajoutent des artistes d’Oktoecho et des solistes. Dans les solistes, il y a Binnaz Celik qui joue le kamanche, qui est de Turquie, mais de passage ici à Montréal, Didem Başar, qui va jouer avec nous, le kanun. Il y a même un double concerto qui est écrit pour les deux instruments. J’ai écrit un premier mouvement, et Didem a écrit le deuxième. C’est vraiment spécialement pour eux. Dans l’ensemble, il y a aussi deux percussionnistes du Moyen-Orient. Il y a un pianiste aussi. Et il y a les deux chanteuses de gorge. Elles vont avoir leur pièce avec l’orchestre à cordes. Il y a aussi deux autres pièces où tout le monde joue ensemble. C’est vraiment comme des ponts à créer avec un monde plus classique, plus écrit, plus proche de ce qu’on peut avoir d’habitude dans un concert classique occidental. 

On avait fait un projet comme ça en 2008 ou 2009 qui s’appelait Éponyme. On va rechercher aussi deux compositions de cette période-là. C’est vraiment plus un métissage. Comme je disais, à chaque projet, il y a une partie mise en évidence. On met la loupe sur une particularité des cultures. Mais là, c’est vraiment la musique classique occidentale. On va chercher la loupe là-dessus. Avec la musique turque également. Il y a une pièce aussi qui est aussi inspirée des musiques andalouses. C’est Anthony Rozankovic qui a écrit la pièce Andalous Shoes.

PAN M 360 : Les différentes cultures ont souvent des moyens très différents d’entretenir la mémoire du passé et de l’origine du monde. De quelles mémoires parle-t-on dans ce concert? 

KATIA MAKDISSI-WARREN : Les mémoires du monde. Le titre vient d’une pièce qui s’appelle Mémoires, dans laquelle on rend hommage aux chanteuses inuites qui ont gardé la tradition malgré son interdiction. Cette pièce-là, elle fait partie des œuvres présentées. On m’a dit que c’était un beau titre. C’est évocateur de garder les mémoires vivantes. Peu importe la diversité. Peu importe quoi. C’est garder la mémoire de tous nos ancêtres qui ont transmis si bien des musiques différentes. J’espère que c’est comme la biodiversité. J’espère qu’on va conserver toutes ces musiques-là, les partager et les transmettre. 

Oktoecho présentera son concert Mémoires du monde le vendredi 18 août à 19h30 au Théâtre Maisonneuve. INFOS ET BILLETS ICI.

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