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Trio à cordes… tissées serrées

Interview réalisé par Alain Brunet
Genres et styles : classique / période classique / romantique

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La musique sur scène commence à reprendre ses droits, les premiers signes se manifestent depuis quelques semaines, et voilà ce bel épisode de retrouvailles entre musiciens et mélomanes à la Salle Bourgie :  l’Allemand Axel Strauss, violon, le Canadien et Québécois Douglas McNabney, alto, l’Américain-Israélien Matt Haimovitz, violoncelle, ainsi que le Québécois et Canadien Stéphane Lemelin, piano, tous renommés interprètes et pédagogues, pur jus McGill Schulich School of Music.

De Beethoven, ils joueront le Trio pour violon, alto et violoncelle no 3 en sol majeur, op. 9 no 1. De Brahms, de concert avec le pianiste Stéphane Lemelin, ils exécuteront le Quatuor pour violon, alto, violoncelle et piano no 1 en sol mineur, op. 25.

Pour commenter ce programme, le porte-parole de l’équipée est Douglas McNabney, chambriste de haute volée ayant tourné partout dans le monde et ayant collaboré auprès de grands interprètes canadiens ou étrangers.

Professeur à l’École de musique Schulich, Douglas McNabney en est aussi le doyen associé, Affaires académiques et étudiantes, et coordonnateur de la musique de chambre. Directeur artistique du Domaine Forget de 2001 à 2005 et au Toronto Summer Music Festival de 2010 à 2016, il est aujourd’hui responsable de la mise en œuvre de programmes innovants pour la formation de jeunes artistes – The Chamber Music Institute et The Art of Song.

L’altiste poursuit un programme chargé de concerts en tant que soliste et artiste invité dans des festivals et avec des sociétés et des ensembles de musique de chambre en Amérique du Nord et en Europe. Il a aussi enregistré à maintes reprises, dont les albums ici proposés – voir les lecteurs.

En outre, Douglas McNabney est le conjoint de la directrice artistique d’Arte Musica, Isolde Lagacé, leurs deux enfants sont également musiciens professionnels – Raphaël est contrebassiste chez les Violons du Roy et Mélisande est claveciniste et membre de la formation Pallade Musica.

PAN M 360 : Commençons par votre instrument: l’alto joue un rôle de plus en plus important dans le monde classique, on voit de plus en plus d’altiste s’imposer comme solistes, on constate aussi une hausse de la  reconnaissance des altistes au sein des ensembles.  Quelle est votre impression ? 

DOUGLAS MCNABNEY : Il est vrai que l’alto est mieux reconnu. Les musiciens sont attirés par le son et la couleur de l’alto, c’est la qualité principale de l’instrument. Il s’agit donc pour eux de développer et enrichir ce son. Comme je le dis à mes étudiants, c’est ce qui rend le sandwich intéressant (rires), l’alto étant au milieu des formations de chambristes ! (rires) Soliste, l’instrument prend aussi sa place, les compétences et réalisations des jeunes altistes québécois sont hallucinantes. Marina Thibeault, notamment, qui enseigne désormais à UBC (Université de Colombie-Britannique, Vancouver), Rémi Pelletier et Victor Fournelle-Blain ont aussi quitté le Québec et travaillent à l’Orchestre symphonique de Toronto (TSO). 

PAN M 360 : L’alto assure un rôle de soutien dans plusieurs configurations instrumentales. Quel est ce rôle aujourd’hui?

DOUGLAS MCNABNEY : Le rôle de soutien pour le violon en est un de couleur, ce rôle est très subtil. De manière générale, en musique de chambre, tu n’hérites pas de la ligne mélodique la plus difficile. Tu n’en détermines pas la direction harmonique comme c’est le cas de la ligne du violoncelle, mais c’est incroyable comment ce rôle peut influencer le résultat d’ensemble. Pendant l’exécution, l’altiste peut suggérer au violon de petits changements dans le son et dans le sens du rythme, le violoniste peut choisir de prendre cette direction. Il peut alors se produire des changements substantiels dans le son d’ensemble de la musique de chambre, dans sa dynamique ou dans sa rythmique. Tout ça se produit très subtilement, ce sont ces moments pour lesquels tu vis. Il faut dire que ces choses ne se passent pas en répétition mais bien sur scène. Et c’est pourquoi l’alto est selon moi l’instrument de musique de chambre par excellence.

PAN M 360 : Jusqu’où remonte votre collaboration avec vos collègues impliqués dans ces trios à cordes?

DOUGLAS MCNABNEY : Il faut remonter à l’embauche de Matt Haimovitz et Axel Strauss , je siégeais alors sur différents comités d’embauche à l’université McGill. Ce sont des collègues fantastiques, nous travaillons ensemble depuis près d’une douzaine d’années.

Matt est un véritable modèle pour les profils de carrière alternative, les étudiants peuvent s’y identifier.  Non seulement est-il un musicien d’exception mais encore est-il incroyablement polyvalent. Il peut très très bien se trouver dans un contexte classique, comme on pu l’observer récemment avec le pianiste et claviériste Christopher O’Reilley, et ensuite proposer un projet innovant. 

Axel, je l’adore. Son sens de l’humour est extraordinaire, il est vite, drôle, très attachant.  Il n’y a rien à redire sur l’excellence de son jeu et ses accomplissements, il a gagné nombre de compétitions à l’époque où il terminait ses études à Juilliard (New York). Il a vécu aux États-Unis depuis l’adolescence avant de se joindre à McGill. Il est très organisé, tout ce qu’il fait est parfaitement à point. C’est donc un grand plaisir de jouer avec lui; on sait toujours avec qui on a affaire et cela impose le respect. Ça rend les choses si faciles de jouer avec un tel musicien. 

PAN M 360 : Avec Matt et Axel, le projet de trio à cordes semble avoir pris de l’importance au fil du temps, n’est-ce pas?

DOUGLAS MCNABNEY : Nous devions jouer ce programme en mars 2020, nous voulions d’ailleurs jouer tous les trios pour cordes de Beethoven en trois programmes différents, et partager ces programmes avec des pièces pour cordes et piano sur Beethoven.  Le niveau d’intensité du contrepoint y est élevé, c’est dense tout au long de l’exécution, ce qui peut rendre l’appréciation difficile.  C’est à la fois un défi de composition et d’exécution, car vous n’avez pas cette voix supplémentaire d’un quatuor à cordes qui ajoute à l’harmonie. Les trios de Beethoven ont été composés au début de sa carrière, il se faisait alors les dents pour ses œuvres de musique de chambre, soit avant de composer ses quatuors à cordes.  Ainsi, nous travaillons sur ce répertoire depuis environ deux ans. Nous allions l’enregistrer mais la pandémie nous a arrêtés et reporté l’enregistrement aux calendes grecques.

PAN M 360 : Comment situer les trios à cordes dans le répertoire classique?

DOUGLAS MCNABNEY : Ces trios pour cordes de Beethoven sont selon moi sous-estimés, et on compte peu de trios à cordes dans le répertoire après la période classique. J’ai d’ailleurs une collection de partitions pour trio à cordes et les compositeurs sont généralement peu connus – notamment plusieurs Français, surtout au 20e siècle. C’est un répertoire inexploré, encore à découvrir. Les ensemble sont peu nombreux, à l’instar des oeuvres; on a eu le Trio Pasquier notamment, mais il existe aujourd’hui peu de formations professionnelles. Les trios à cordes, en fait, servent surtout à constituer des quatuors avec piano.

Lorsqu’on ne fait pas de quatuor à cordes qui est devenu une forme presque sacrée dans le monde de la musique de chambre, on se retrouve dans différentes configurations, moins courues, dont le trio. Pour moi  en tant qu’altiste, je peux dire que le trio est le véhicule principal de mon expression.  Et que nous sommes très heureux de renouer avec le public. Je ne sais pas si c’est nous ou les mélomanes qui avaient le plus hâte !

Pour la suite, on ne sait pas… Quelle sera la piste à suivre?

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