Nuits d’Afrique: WWSS aux racines du sound system

Entrevue réalisée par Stephan Boissonneault
Genres et styles : afro-caribéen / dub reggae / reggae

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La culture sound system est très répandue en Europe et au Royaume-Uni, mais grâce à World Wild Sound System, elle devient de plus en plus visible à Montréal et au Québec. Fondé il y a une dizaine d’années par Guillaume Alexandre et son collègue Pierre FX après leur arrivée au Québec, WWSS organise des soirées Sound System à Montréal et dans le monde entier après avoir déniché des vinyles rares (reggae, dub, Caraïbes, etc.) et s’être associé à des OGs de la culture et de la communauté jamaïcaine.

Si vous ne savez pas ce qu’est un sound system, il est composé de grands haut-parleurs, d’une table tournante et d’un préamplificateur et est destiné à être portable et à être diffusé dans les rues. Cette année, à Nuits d’Afrique, WWSS jouera avec le puissant Jah Observer, une légende qui a contribué à perpétuer la culture sound system au Royaume-Uni. Nous nous sommes entretenus avec Guillaume avant le concert de Nuits d’Afrique pour en savoir plus sur l’histoire et l’importance des sound systems et sur la façon dont la culture s’implante lentement en Amérique du Nord.

PAN M 360 : Je voulais juste en savoir plus sur World Wild Sound System et Jah Observer. C’est un monde nouveau pour moi et pour certains de nos lecteurs.

Guillaume Alexandre : Bien sûr. En fait, le World Wild Sound System est influencé par les mouvements systémiques nés en Jamaïque dans les années 50 et qui se sont développés dans les années 60 et 70. En fait, tout a commencé en Jamaïque, à cause des stations de radio. La musique diffusée là-bas par les stations de radio était basée sur la structure de la BBC, ce n’était donc pas de la musique jamaïcaine, c’était surtout du Rhythm and Blues américain, un peu de punk rock, bla, bla, bla, mais pas de Reggae ou de Calypso, même avant le Reggae. Les Jamaïcains ont donc commencé à installer des haut-parleurs dans la rue, à les empiler et à écouter de la musique jamaïcaine. Et finalement, c’est devenu une énorme fête dans le centre-ville de Kingston.

PAN M 360 : C’était donc une sorte de révolution?

Guillaume Alexandre : Là-bas, à cette époque, oui. Les militants et comme vous l’avez dit, la révolution… mais cette petite révolution culturelle a été faite là-bas. Et ce mouvement se développait à cause de toute cette revendication qu’ils avaient ; c’était surtout des pauvres qui descendaient d’esclaves et la société esclavagiste qui était là à l’époque du service et qui était en train de se terminer. Il n’y avait donc plus d’esclaves, mais ils étaient obligés de travailler à la campagne pour un salaire dérisoire et c’était très difficile. Ils ont donc commencé à se désintéresser de cette société que le gouvernement leur offrait. Et c’est alors que l’injection de musique nouvelle est devenue le lien avec tout cela.

Alors oui, évidemment, nous sommes aujourd’hui dans une configuration différente. Mais nous essayons toujours, avec nos soirées, de rassembler les gens sur un même territoire et de communiquer un message pacifique, un message de partage, d’unité et d’amour. Nous voyageons également dans différents pays du monde pour trouver ces vinyles très rares, et nous les jouons. Il est donc très rare de pouvoir les partager. C’est pourquoi les gens viennent à nos soirées parce qu’ils vont écouter de la musique très spirituelle avec un message et qu’ils vont s’amuser, tout en restant très conscients du mouvement.

World Wild Sound Systems

PAN M 360 : Et lors de ces soirées sound system, il y a toujours une sorte d’animateur qui explique d’où viennent ces chansons?

Guillaume Alexandre : Oui et en l’occurrence avec les Nuits d’Afrique c’est Jah Observer. Donc, Jah Observer est l’un des artistes fondateurs du carnaval de Notting Hill à Londres, au Royaume-Uni. C’est le deuxième plus grand festival au monde célébrant la culture jamaïcaine. Dans les années 80, il y avait des émeutes en même temps, mais maintenant, si vous y allez, c’est un festival très populaire. Jah Observer est donc l’un des fondateurs de cette culture et pendant peut-être 30 ans, il a utilisé ce système de son maison avec comme tubes et valves. Il vient de la Jamaïque, mais il a immigré à Notting Hill dans la vingtaine, je pense. Il faisait donc partie de ce mouvement sound system au Royaume-Uni qui était un peu plus militant qu’en Jamaïque en fait. Quand il est arrivé, le Royaume-Uni n’aimait pas jouer de la musique jamaïcaine, donc c’était beaucoup plus underground mais conscient. Moi et mon collègue, nous sommes nés en France, et avons déménagé au Québec il y a 10 ans. Donc, à cette époque, nous étions définitivement plus influencés par le mouvement et la culture du sound system britannique. Mais maintenant, nous avons plus de liens avec la communauté jamaïcaine, nous les invitons, et nous avons un lien avec le président de l’association jamaïcaine. Alors on essaie de faire redécouvrir cette culture car, en Europe, on pourrait vendre 2000 billets facilement…


PAN M 360 : D’accord, donc le mouvement sound systems et son histoire sont encore assez récents ici

Guillaume Alexandre : Oui exactement. C’est au début, mais nous estimons qu’il deviendra plus populaire avec le temps en organisant ces soirées, en raison de la nature de ce genre de musique. C’est encore de la musique pour les pauvres.

PAN M 360 : Alors quand avez-vous rejoint Jah Observer? Avez-vous déjà fait des concerts avec lui?

Guillaume Alexandre : Non, non, non. C’est un peu une longue histoire, mais j’étais à Notting Hill en 2012 pour le voir jouer sur son propre sound system. Parce que ces artistes de sound systems voyagent pour jouer, mais quand ils jouent sur leur propre sound system, vous comprenez vraiment ce qu’ils essaient de faire. Alors je l’ai vu jouer son show mais je n’ai pas eu l’occasion de lui parler. Mais l’année dernière, nous y sommes retournés et il jouait à nouveau, mais pas sur son sound system car il est à la retraite maintenant, mais nous nous sommes liés avec lui. Il suffit de dire « Hé mec, j’adore ton travail, nous sommes basés au Canada ». Et il est en Jamaïque maintenant, donc ce n’est pas trop loin du Canada, alors nous avons commencé la conversation. Et parce que mon collègue et moi faisons cela depuis si longtemps, nous connaissons beaucoup d’acteurs des mouvements sound systems, pas personnellement, mais il pourrait vérifier les contacts et voir si nous étions pour de vrai. Si on joue sur un vrai sound system avec un vrai préampli et une vraie passion. Et c’est évidemment ce que nous faisons donc oui, ce n’est pas si loin de la Jamaïque.

PAN M 360 : Alors vous et votre collègue Pierre êtes en quelque sorte en train d’ouvrir la soirée et puis c’est Jah Observer?

Guillaume Alexandre : Oui, nous faisons un petit échauffement et nous avons une platine et un micro – comme ils le faisaient traditionnellement – ​​spécialement conçus pour notre sound system. Nous avons construit les haut-parleurs nous-mêmes ici au Québec avec du bois canadien et nous avons importé les haut-parleurs du Royaume-Uni et nous avons construit et maintenant c’est environ 12 000 watts et nous avons les moyens d’acheter les amplis pour piloter cela et ainsi de suite. Donc, en gros, nous faisons nos sets, nous jouons des disques entiers, puis Jah Observer jouera. Il est la star de la soirée et il sera le clou du spectacle. Il joue aussi des disques qui sont très rares et il parle au micro. Il va donc aider le peuple. En leur disant « De quoi parle l’histoire? Et quelle est la vision? » Du Reggae probablement, enveloppé dans la culture sound system. C’est toujours la même discussion à travers la musique sur le fait d’être ensemble, de se soutenir mutuellement, et ainsi de suite.

PAN M 360 : Et ce pourrait être son dernier spectacle avant longtemps depuis qu’il est à la retraite. Peut-être son seul spectacle au Canada?

Guillaume Alexandre : Oui. Vous savez, nous avions prévu de travailler avec Jah Shaka [Zulu Warrior] et lui, reste au pouvoir, est décédé il y a quelques mois. Mais Jah Observer a environ 70 ans et c’est la première fois qu’il vient au Québec et peut-être au Canada, alors oui, ce pourrait être la dernière fois qu’il le voit jouer.


JAH OBSERVER AVEC WORLD WILD SOUND SYSTEMS AU Le Ministère LE 15 JUILLET À 22H. BILLETS ICI

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