Sonido Pesao: rap kébo-latino

Entrevue réalisée par Myriam Bercier
Genres et styles : latin rap / latin urban

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Sonido Pesao : Chele (rap), Luny (rap), Katu (chant), Ian Lettre (batterie), Javier Munoz Maldonado (guitare), Julien Senez-Gagnon (basse). Le sextuor kébo-katino fusionne les sous-genres latin urban et latin rap, tout assorti de cumbia, de musique cubaine, électro et autres rythmes latins actuels. Le même noyau fut d’abord connu sous sous l’appellation Heavy Soundz, changé en 2016 pour son équivalent espagnol, Sonido Pesao.

Dans le contexte des 35e Nuits d’Afrique, la formation montréalaise se produit au Ministère, ce samedi 10 juillet.

Todo Revuelto, (« tout mélangé » en français), plus récent album de Sonido Pesao paru en 2020, offre dix titres et explore des sonorités nouvelles pour le groupe, influences des Balkans et du Brésil, salsa et le hip hop old school. Coréalisé par Ian Lettre et Boogat, Todo Revuelto recèle des collaborations d’ici et d’ailleurs, on pense d’abord à KNLO (Alaclair Ensemble), Rebeca Lane (Guatemala), MadHi et Baby K.

Voilà autant d’éléments qui motivent PAN M 360 à s’entretenir avec le rappeur Chele.

PAN M 360 : Faites-nous la genèse de Sonido Pesao !

Chele : Le groupe s’est formé en 2006 sous le nom de Heavy Soundz. Nous étions trois MCs et un DJ. Avec le temps, ça s’est élargi, nous avons commencé à intégrer des musiciens, puis avec les années on a éliminé tous ce qui était sampling par de vrais instruments. Vers 2015, ça a pris une autre tournure, il n’y avait plus de rap en anglais, ce n’était qu’en espagnol. On s’est alors occupé à mélanger plus de musique latine. La formation a changé, on a eu moins de musiciens, certains MCs sont partis, puis on a traduit le nom de Heavy Soundz en espagnol, c’est devenu Sonido Pesao et ça a été officiel en 2016 quand on a sorti l’album Reir Para No Llorar.

PAN M 360 : Justement, qu’est-ce qui vous a poussé à changer votre nom?


Chele :
Je crois que c’est l’évolution de Heavy Soundz par tous les changements qui se sont produits. Cette identité qu’on a trouvée se trouve dans notre facilité qu’on a à mélanger la musique latine et le rap en espagnol.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous différencie des autres, selon toi?


Chele :
Je crois que c’est le parcours de chacun, car chacun reste un musicien. Le producteur du groupe, qui est aussi le batteur, Liam Lettre, a étudié la musique latine toute sa vie. Il s’est développé en tant qu’artiste ensuite ici à Montréal. Julien, le bassiste, est aussi un producteur montréalais. Javier est un Argentin-Colombien qui est venu ici à Montréal. Luny, l’autre rappeur, est du Guatemala mais il est né ici à Montréal. Moi, je viens du Salvador. Je crois qu’on a chacun notre bagage, notre expérience et notre parcours musical qui nous rend différents des autres, notamment par notre façon de voir et de composer la musique.

PAN M 360 : Comment vous êtes-vous tous rencontrés?


Chele :
La plupart des musiciens travaillaient dans un petit restaurant appelé L’Anecdote, au coin de Rachel et Saint-Hubert à Montréal. Plein de musiciens y travaillaient et ils ont commencé à jouer avec Heavy Soundz. Quelques-uns sont restés. Ian Lettre, par exemple, qui faisait aussi partie de Mademoiselle Girafe, a remplacé un de nos batteurs, tout comme Julien a remplacé le bassiste, ils ont senti the vibe et ils sont restés.

PAN M 360 : Comment avez-vous développé ce son?


Chele :
À coups d’essais et d’erreurs. On a essayé des trucs en essayant de voir si ça fonctionnait, si ça passait bien en spectacle. On est donc allés à coups d’essais et erreurs, on a travaillé et pratiqué sans relâche, on a écouté ce qui se faisait ailleurs musicalement.

PAN M 360 : Comment composez-vous? Avez-vous un processus?


Chele :
J’aime beaucoup comment nous travaillons, c’est très libre. Il va y avoir des maquettes faites par Ian, Julien ou moi par exemple, on se les envoie, on va aimer les beats et la mélodie qui va être faite en midi. Je vais écrire là-dessus, on travaille cette maquette, sa forme, puis on l’envoie aux autres membres puis on répète. En jouant, on trouve d’autres arrangements puis la chanson est prête.

PAN M 360 : Vous semblez faire beaucoup de collaborations sur vos albums, pourquoi?


Chele :
Parce qu’il y a beaucoup de très bons artistes à Montréal, qu’ils soient latinos, québécois ou d’ailleurs. Ils sont un peu dans l’ombre, mais ce sont des artistes incroyables et je les respecte beaucoup. Si nous avons la chance de les faire voir ailleurs que dans leur zone de confort et d’où ils ont l’habitude d’être, eh bien tant mieux! C’est la seule façon qu’on va créer une scène et que celle qui est déjà créée, qui est underground, va rester en vie et être mise de l’avant, car il n’y a pas de gros spotlights sur nous, sur la scène latine. Tout ce qu’on entend à la radio comme musique latine vient toujours d’ailleurs, des États-Unis, ce sont les gros noms. Il y a du gros calibre aussi, ici à la maison! On ne peut pas travailler chacun de notre côté. On va travailler ensemble pour créer la scène, ou si la scène est déjà créée, il faut la maintenir en vie et lui donner à manger. C’est notre mentalité.

PAN M 360 : Comment choisissez-vous les artistes qui vous accompagnent dans ces invitations ?


Chele :
C’est en écoutant leurs chansons. On leur envoie nos trames en leur demandant s’ils veulent écrire là-dessus. Parfois, on reçoit des réponses positives, parfois les artistes sont trop occupés, donc la chanson reste en standby. C’est vraiment au feeling.

PAN M 360 : Vous avez lancé un album pendant la pandémie en 2020, comment s’est passé la création?


Chele :
La création s’est faite avant la pandémie. La fin de la création, les derniers petits détails ont été fignolés au début de la pandémie si je ne me trompe pas. La création a été le fun! C’était la première fois qu’on travaillait en coréalisation avec quelqu’un d’autre. Je parle ici de Boogat. Ça faisait longtemps qu’il voulait travailler avec nous. On travaille avec lui depuis des années, mais jamais en coréalisation comme ça. Il a mis la main à la pâte sur toutes les chansons. Ça a été un processus long, parfois difficile, mais le résultat à la fin est incroyable. C’est un des plus beaux travaux qu’on a faits. Je suis fier de tout ce qu’on a fait jusqu’à maintenant, mais je suis content de pouvoir dire que c’est encore meilleur que celui d’avant. J’espère que ce sera comme ça tout le temps.

PAN M 360 : Comment a été la réception de l’album, considérant que vous l’avez lancé en pleine pandémie?


Chele :
Ça a été cool, ça a été bien reçu par les critiques. On l’a envoyé aux journalistes, ça a bien passé. On a réussi à faire un spectacle au Ministère devant un public assis en distanciation sociale. Ça a bien été reçu ici, et dans d’autres pays en Amérique latine, comme au Mexique si je ne me trompe pas. Une de nos chansons a été prise pour une série américaine, The Mosquito Coast.  

PAN M 360 : Vous avez très peu présenté cet album en spectacle, mais on peut vous voir samedi au Festival international Nuits d’Afrique. À quoi peuvent s’attendre vos fans ?


Chele :
Ça fait un an que nous n’avons pas joué, on est super contents! Ça va être très énergique. Je sais que les places sont limitées, avec la distanciation sociale, mais je crois que les gens vont avoir une énorme dose d’énergie de la part de Sonido Pesao. On a préparé un spectacle bien dosé!

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous attend dans la prochaine année?

Chele : Pendant la pandémie, Luny et moi avons travaillé chacun de notre côté sur des projets personnels. On s’est trouvés avec une quantité de chansons avec d’autres producteurs, donc il risque d’y avoir des projets solos qui vont sortir. Sonido Pesao est déjà en train de créer d’autres chansons. Qui sait? Peut-être un petit maxi bientôt, on verra!

PAN M 360 : Vous n’avez pas de carrière solo chacun de votre côté, c’est ça?

Chele : Exactement. J’ai beaucoup concentré mes énergies sur le groupe, ça fonctionne bien, je suis très à l’aise avec ça. Je me dis souvent que je voudrais faire quelque chose en solo, mais c’est difficile de trouver le temps. La pandémie nous a donné ça, du temps. Je ne suis pas resté les bras croisés, je me suis retrouvé avec beaucoup de chansons, il faut simplement les placer. Nous avons parti un projet avec Boogat, Norte. Chaque mois, on sort une chanson de différents artistes qui fait partie de ce label participatif. Ça se trouve sur Norte-Rec. Il y a des sessions live, des chansons… chaque semaine on se remet à un nouvel artiste.

PAN M 360 : C’était tout pour moi, aurais-tu quelque chose à rajouter?

Chele : Tout ce que je peux dire, c’est qu’avec tout ce qui vient de se passer, la plus belle chose qu’on pourrait faire pour la scène culturelle d’ici, c’est de l’appuyer plus que jamais. Écouter la musique, partager si tu aimes ça, de ne pas avoir peur de dire : « Ça, c’est nos artistes d’ici. » Il y en a plein, d’artistes d’ici. On ne va pas mettre le spotlight sur quelques artistes, il y en a plein et c’est du gros calibre. Partagez la musique locale, en masse et sans retenue!

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