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Parquet Courts : Parquet de danse

Interview réalisé par Patrick Baillargeon
Genres et styles : dance-punk / indie rock

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Avec Sympathy For Life, les Parquet Courts poursuivent leur virage plus groovy amorcé sur le précédent Wide Awake! sans toutefois trop s’éloigner de leurs racines punk et garage-rock. Pour ce 8e album, la formation de Brooklyn s’est inspirée de la musique de clubs, de la house, du funk, avec en tête des groupes tels que les Talking Heads et Primal Scream. Conçu juste avant la pandémie, alors que les fêtes étaient toujours permises et largement fréquentées, Sympathy For Life est composé de chansons largement nées de longs jams et d’improvisations, les quatre membres des Parquet Courts voulant créer un disque qui incarne l’expérience de la musique en direct, comme dans un club ou une fête avec des DJ. Paradoxalement, les trois premiers extraits et vidéos déjà parus sont sans doute les morceaux les plus punk de l’album…

Rejoins chez lui à Washington, le batteur de la formation Max Savage nous parle de la genèse de l’album, du processus d’enregistrement en compagnie des réalisateurs Rodaidh McDonald et John Parish, de leurs différentes influences et de leur désir de constamment évoluer sans décevoir les fans de la première heure.

PAN M 360 : Sympathy For Life est votre huitième album. En ces temps de pandémie, ce titre peut avoir une plus grande signification que ce qu’il laisse paraître.

Max Savage : Tu as vu juste. Nous avons commencé à enregistrer cet album avant la pandémie mais nous avons enregistré plusieurs des paroles durant le confinement, en plein coeur de la pandémie, et je pense qu’on était déjà nostalgique de cette époque pas si lointaine où on pouvait donner des concerts, faire des tournées et vivre nos vies de musiciens. Le titre Sympathy For Life fait donc référence à cette période pré-pandémie

PAN M 360 : Le disque a été en grande partie conçu à l’automne 2019. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de le faire paraître alors que vous n’aviez pratiquement que ça à faire ? 

Max Savage : En fait, certains d’entre-nous voulaient faire paraître le disque pas mal plus tôt. Le label insistait plus pour qu’on le sorte plus tard, alors qu’on serait en mesure de promouvoir l’album en tournée. Donc comme on ne pouvait pas trop donner de concerts un peu partout avant la période actuelle, on a donc attendu le bon moment. Ce sont des raisons purement commerciales.

PAN M 360 : Dans le communiqué accompagnant l’album, il est écrit que Sympathy For Life est un disque axé plus sur le groove que sur le rythme, un disque inspiré par la fête plutôt qu’un disque pour faire la fête, bien que plusieurs des 11 titres qu’on y retrouve pourraient aisément se tailler une place sur un plancher de danse. D’un côté Austin Brown (guitare/voix) affirme que l’album est inspiré par la musique de club, la house et le Screamadelica de Primal Scream, alors que de l’autre ton frère Andrew (guitare/voix) évoque Can, Canned Heat, This Heat et… l’acide. Et toi, tu en penses quoi ?

Max Savage : Ce sont deux personnes différentes qui ont différentes influences… Mais j’ajouterais que tous les quatre avons eu différentes influences pour ce disque. C’est surtout ce que nous avons mis sur table tous les quatre qui rendent ce disque si spécial. Oui, il y a eu des divergences, mais je crois que toutes ces influences mises ensemble furent finalement une bonne chose, je crois que ça met davantage l’album en valeur, que ça lui donne ce son très éclectique dans l’ensemble.

PAN M 360 : Il semble qu’au sein du groupe il y ait deux courants de pensées : les goûts plus funky et groovy d’Austin d’un bord et ceux plus rock d’Andrew de l’autre. Dirais-tu que cette sorte de dualité soit une force créatrice ou la source de tensions ?

Max Savage : Pour ce disque je dirais que ces différences de goûts n’ont pas été une source de tension. Ces deux types d’influences ont facilement pu coexister sur ce disque. Mais c’est tout à fait naturel que quatre personnes différentes vont quelquefois avoir des idées divergentes. On n’écoute pas tous la même musique et nous n’avons pas tous les mêmes références, mais ce mélange de dance et de punk, je trouve que c’est ce qui met en évidence le son de ce disque et à quoi ressemble Parquet Courts aujourd’hui.

PAN M 360 : Est-ce que à l’avenir le groupe va davantage tendre vers un son plus groovy ? J’ai lu que vous vouliez vous éloigner du son « Parquet Courts » car vous trouviez que trop de groupes vous ressemblaient.

Max Savage : L’idée est de progresser, de ne pas faire de surplace. Si on faisait un peu toujours le même disque, les critiques nous le reprocheraient et si on s’éloigne trop de notre son de base, on risque de perdre des personnes qui nous suivent depuis le début. Mais en tant que musiciens, c’est important pour nous de progresser, d’essayer autre chose. Donc oui, je pense qu’ on va poursuivre dans cette veine plus funky car on a eu beaucoup de plaisir à faire ce disque. Nous allons certainement continuer à changer d’un disque à l’autre car c’est comme ça qu’on évolue et qu’on progresse comme musiciens.

PAN M 360 : Dirais-tu que le précédent Wide Awake!, avec certains morceaux plus groovy et funky, a pavé la voie pour Sympathy For Life ?

Max Savage : Oui absolument. On a pris ce qui fonctionnait bien sur Wide Awake! et on a fait avec. J’aime à penser que Sympathy For Life est une progression logique de ce que nous avons accompli sur Wide Awake! et que nous avons amené les choses un peu plus loin avec notre nouvel album. 

PAN M 360 : Il paraît que Sympathy For Life résulte de longs jams que vous avez enregistrés puis décortiqués.

Max Savage : Tout à fait ! Nous avons passé pas mal de temps en studio dans la même pièce à simplement improviser, et nous avons vraiment été encouragés par (le réalisateur) Rodaidh McDonald de faire sortir nos idées et de tourner autour de tout ça pendant 30 à 45 minutes. Ensuite nous retournions dans la salle de contrôle pour écouter ce que nous venions de jouer et noter les moments qui fonctionnaient le mieux et qui aussi nous plaisaient le plus, pour ensuite essayer de structurer une chanson autour de tout ça. Donc oui, ce fut un processus de création assez différent cette fois-ci. En fait, ça nous a un peu ramené à notre façon de procéder à nos débuts. On pouvait tourner longtemps autour d’un riff ou d’une mélodie pour trouver la bonne suite. Ça nous arrivait aussi en concert. C’est comme ça que plusieurs de nos premières chansons sont nées. 

PAN M 360 : Pourquoi avoir choisi cette fois-ci de travailler avec Rodaidh McDonald et, pour quelques morceaux, avec John Parish ?

Max Savage : C’est toujours intéressant d’avoir plus d’un réalisateur à bord. Nous estimions que certains morceaux, les plus dansants, gagneraient à être réalisés par quelqu’un comme Rodaidh McDonald, c’est plus sa spécialité. Rodaidh est aussi DJ, il a travaillé avec des artistes qui sont plus dans la sphère électronique tels que xx par exemple, ou encore Hot Chip. Rodaidh était aussi assez enthousiaste par rapport aux chansons plus groovy ou dansantes qu’on lui a fait parvenir. On lui a envoyé un tas de démos. Alors que pour John Parish, ça nous a semblé logique de lui faire parvenir les chansons plus rock car c’est vraiment plus son truc. Il a longtemps collaboré avec PJ Harvey, les Eels et tant d’autres. Alors oui, c’était vraiment intéressant de travailler avec ces deux réalisateurs et de trouver les éléments qui feraient que tout ça tienne ensemble.

PAN M 360 : Vous avez enregistré plusieurs chansons avec John Parish mais seulement deux se sont retrouvées sur l’album. Qu’adviendra-t-il des autres ? 

Max Savage : Je dirais qu’on en a enregistré pas loin d’une dizaine. On a passé une semaine en studio avec lui à Bath (studios Real World). C’est vraiment ce que je trouve le plus difficile quand tu fais un album : choisir les chansons que tu vas y mettre. Il y a aussi plusieurs chansons qu’on a enregistrées avec Rodaidh que nous n’avons pas utilisées. Mais au final, comme on avait passé pas loin de sept semaines avec lui et qu’une seule avec John, il nous a semblé plus juste d’incorporer plus de chansons réalisées avec Rodaidh. Donc il est fort possible que certaines des chansons qui ne se sont pas retrouvées sur ce disque le soient sur un éventuel EP. Je le souhaite car il y a franchement de très bons trucs dans le lot.  

PAN M 360 : Comment comptez-vous transposer ce nouvel album sur scène. Est-ce que ce sera plus funky ou plus rock ?

Max Savage : Définitivement plus funky. Nous allons intégrer plus d’éléments électroniques sur scène, particulièrement au niveau de la batterie. Ce ne sera pas seulement une batterie traditionnelle mais j’aurai aussi un pad, le Roland SPD pour les connaisseurs. Alors oui, nous allons assurément incorporer davantage de sonorités électroniques à nos concerts. On a fait une tentative récemment lors de notre concert de lancement à Brooklyn. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas joué devant un public et c’était, pour la plupart des morceaux, la première fois qu’on les jouait sur scène. Donc on va rectifier le tir au fur et à mesure, l’ensemble sera de plus en plus au point au fil des spectacles. Nous avons une grosse tournée nord-américaine qui va bientôt débuter; j’ai réalisé durant le confinement de ne prendre aucun de nos concerts pour acquis. Pour moi, c’est comme un rêve de pouvoir enfin recommencer à jouer sur scène. 

(crédit photo : Ebru Yildiz)

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