Silvio Palmieri est né dans ce qui est aujourd’hui l’arrondissement de Lasalle à Montréal, en 1957. Il s’est épanoui dans l’univers de la musique savante contemporaine québécoise, très sérieuse et très atonale. Pourtant, cet artiste avait une façon très personnelle d’écrire, relevant d’un jeu d’équilibriste entre lyrisme inspiré du grandiloquent opéra italien et bourrasques de sonorités brutales, entre joie de vivre publique et noirceur intime. La cheffe Véronique Lacroix est intarissable sur les qualités remarquables de la musique d’un homme qu’elle a bien connu et grandement aimé. Elle est surtout hyper convaincante sur la nécessité que l’art immense de ce souriant ténébreux soit connu du plus grand nombre.

Chez Pan M 360, nous avons la même conviction. Voilà pourquoi nous lui avons demandé de nous en parler.

Pan M 360 : Bonjour Véronique. Tu as côtoyé Silvio et travaillé étroitement avec lui à plusieurs reprises. Qu’est-ce qui te manque le plus de lui, depuis son départ trop hâtif?

Véronique Lacroix : Lui! Sa personnalité attachante, sa générosité, sa gentillesse, son humour.

Pan M 360 : Quel genre d’homme était-il?

Véronique Lacroix : Unique! Quand on le rencontrait, on l’aimait tout de suite. Il était d’une grande amabilité, très souriant, très enjoué. Pourtant, il y avait de la noirceur en lui. J’ai compris cela avec plus d’acuité dans les dernières semaines en replongeant dans ses partitions, en vue du concert donné au MNM.

Tableau de Silvio Palmieri : La Chute

Pan M 360 : Qu’as-tu compris exactement sur lui?

Véronique Lacroix : Silvio était ce que j’appelle un clown triste. Toute sa musique est parcourue de ce dilemme fondamental, de cette ontologie dissonante qui témoigne de toute son essence. J’ai pris conscience de certaines caractéristiques saillantes qui marquent sa musique et qui sont d’une foudroyante évidence une fois qu’on les remarque. 

Silvio adorait deux instruments en particulier, le piano et la voix. Or, il ne traitait jamais les deux de la même façon. 

Son piano est constamment chargé, voire brutal, poussé presque au maximum de ses capacités. Les partitions qu’il lui consacre sont touffues, très denses et implacables.

Au contraire, quand il écrit pour la voix, c’est avec des lignes claires, empreintes de lyrisme presque tonal, et assurément inspirées du chant lyrique de l’opéra italien romantique, dont il connaissait par cœur, m’a-t-on dit, tous les piliers du répertoire.

Peu importe ce qu’il écrivait, peu importe pour quel type d’ensemble, quand il y avait du piano (presque tout le temps) et/ou de la voix, il écrivait toujours de cette façon pour chacun. C’est d’une remarquable constance et cohérence!

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Pan M 360 : Qu’est-ce que ça te dit de lui?

Véronique Lacroix : Je ne prétendrai pas avoir pénétré son intimité par une sorte de télépathie, mais je pense, je sens qu’à travers ces deux instruments, ce sont deux facettes de Silvio qui s’exprimaient. 

Le piano, c’est LUI. Le lui intime, le lui que l’on ne connaissait pas. Un lui traversé d’orages et de tempêtes, un lui qui avait besoin de sortir, de s’exprimer, sinon il en aurait été consumé. Un lui ténébreux, affecté et assiégé par quelque chose.

Pan M 360 : Quoi?

Véronique Lacroix : Il est peut-être possible de répondre en notant les artistes qu’il admirait, ses idoles. Le plus haut dans sa liste, c’était Pier Paolo Pasolini, fabuleux artiste multidisciplinaire. Poète, cinéaste, écrivain, journaliste, Silvio a écrit l’un de ses chefs-d’oeuvre vocaux, Poesiole notturne, à partir de poèmes de Pasolini. Or, Pasolini était gai, dans un monde qui n’était pas encore prêt à accepter cette nature, tout comme Silvio. Italien d’origine, d’une famille catholique, serait-ce l’explication d’une déchirure intime?

Ce que je dis ici n’a aucune valeur scientifique bien sûr. Ce sont des impressions, mais elles me semblent plausibles. 

1997: Natalie Choquette chante Poesiole notturne de Palmieri. Elle est à ce jour la seule à avoir interprété cette partition très difficile. Lors du concert au MNM 2021, Sarah Albu sera la première à attaquer l’oeuvre depuis!

Pan M 360 : Il reste la voix….

Véronique Lacroix : Oui! Je disais : le piano c’est lui. Mais, la voix, c’est son esthétisme, son italianité, son besoin d’être heureux. La voix, c’est son discours, son interaction avec le monde. Je pense aussi que quand il écrivait pour la voix, à travers elle, il résolvait ses troubles, il éclairait ses ténèbres.

La voix et le piano, comme le rouge et le noir ou les deux facettes du même homme, d’un même artiste, ce sont les clés pour mieux comprendre toute sa musique.

Pan M 360 : D’autres éléments marquants dans sa façon d’écrire?

Véronique Lacroix : Oh oui! J’ai fait une liste de gestes musicaux qui reviennent très souvent dans ses partitions.

Il y a ses gammes chromatiques descendantes et très rapides, comme une dégringolade sonore. Ça c’est une farce, un geste théâtral extravagant. C’est lui dans son humour au quotidien, coloré, sans complexes.

Pan M 360 : Tu parles de théâtre, et Silvio était d’ascendance italienne… Peut-on faire référence à la commedia dell’arte?

Véronique Lacroix : Tu m’enlèves les mots de la bouche! Oui, dans le sens de la couleur, de la pétulance et de la brusquerie comique du geste. Mais la commedia n’avait pas la noirceur intérieure que Silvio avait! En ce sens, il est unique.

Et c’est pourquoi je dirai qu’un autre geste récurrent chez lui, c’est ce que j’appelle sa rythmique funèbre. Je l’ai détectée dans plusieurs de ses pièces. Il s’agit d’une formule assez simple : croche-nooooire-nooooire-nooooire-nooooire croche-nooooire-nooooire….. etc. Ça ressemble tellement à une procession funèbre! La noirceur, encore.

Versetti de Palmieri, sur une chorégraphie d’estelle Clareton

Pan M 360 : Quel héritage laisse-t-il dans la musique savante québécoise?

Véronique Lacroix : L’expression. Peu de compositeurs ont exposé autant d’expression lyrique avec aussi peu de complexes, particulièrement dans les années 80 et 90. Il a écrit un opéra en italien! Fallait être culotté! C’est un champ de mines bourrés de clichés et de stéréotypes qui sont associés à cette lignée, mais lui, qui ne parlait pas la langue mais qui en avait les origines, se disait qu’il avait le droit. Et puis de toute façon, il adorait l’opéra italien romantique. Il s’est donné le droit d’oser s’en inspirer.

Mais, encore une fois, il n’a pas pu faire autre chose que du Silvio! C’est-à-dire la juxtaposition de la lumière (lyrique) et de la noirceur (le sujet), car l’histoire de ce drame tragique (dont nous jouerons un extrait) est terrible. Une femme enceinte qui ne peut accepter l’infidélité de son mari (avec un homme) tue son enfant au moment de sa naissance. C’est d’une noirceur absolue!

Elia, opera de Silvio Palmieri

Pan M 360 : Presque démesurée…

Véronique Lacroix : Tellement! D’ailleurs, si je peux ajouter une autre caractéristique que j’associe à Silvio, c’est celle de la démesure! 

Je parlais de son lyrisme sans complexe, mais aussi de sa générosité personnelle et de sa bonne humeur rayonnante, pourtant sous-tendue par une noirceur incandescente. Tout cela sublime, et est sublimé par une démesure communicative qui s’incarne dans des gestes musicaux souvent spectaculaires, et dans des sujets d’inspiration d’une grande intensité symbolique.

Dans Vers le silence…, il y a à la fin de la partition une citation d’un poème de Fernand Ouellette, qu’il appréciait beaucoup :

Il faudra bien que le dieu parle aussi, que l’espace entier là-haut soit violé par la démesure

Fernand Ouellette

Un autre exemple : dans l’un des Poesiole notturne, le texte de Pasolini que Silvio a choisi dit ceci:

De façon gigantesque, un de mes gestes s’est propagé jusqu’où Dieu n’est plus

Pier Paolo Pasolini

Silvio était attiré par les mots, et surtout par les images et les affects véhément, incendiaires qu’ils suggèrent.

Pan M 360 : Eh bien, je ne peux que te souhaiter la plus grande merde, et le meilleur succès pour ce concert. En espérant que Silvio Palmieri reçoive la reconnaissance publique qu’il mérite!

Véronique Lacroix : Merci beaucoup pour cette opportunité! Silvio serait content.

L’Infonie est l’une des créatures les plus remarquables de la contre-culture québécoise des années 60-70. Sur la planète entière, peu d’orchestres offraient une telle proposition, mixtion de rock psychédélique, de free jazz,  de musique contemporaine, de bruitisme, d’électroacoustique, de poésie hippie, d’humour absurde. Sous la gouverne de Walter Boudreau, compositeur émérite, chef d’orchestre et directeur artistique de la Société de musique contemporaine du Québec, l’Infonie demeure peu connue des générations suivantes. Voilà pourquoi PAN M 360 jette un éclairage sur L’Ode à l’Infonie, présentée virtuellement ce samedi 20 février (et plus encore) dans le contexte du festival Montréal Musiques Nouvelles orchestré par la SMCQ.


PAN M 360 :  À la fin des années 60, dans quel contexte l’Infonie avait-elle vu le jour?

WALTER BOUDREAU :  L’Infonie on était un regroupement multi-tendanciel si je peux utiliser ce terme, on avait l’esprit aussi ouvert que l’Océan Pacifique. Avec le peu de moyens qu’on avait,  on faisait en sorte de déboucher les oreilles du monde. Il y avait eu le premier choc de la Révolution tranquille au début des années 60, notre génération de baby boomers a suivi. Puisque nous étions  moins proches du « sacerdoce » imposé à nos parents, les jeunes de ma génération ont commencé à bouger, voyager, rencontrer plein de gens. Puis l’Expo 67 fut un énorme trip d’acide que le Québec a fait pendant des mois. Y a pas un Québécois de cette époque qui n’ait pas été marqué par ça! Ce fut un électrochoc absolument incroyable et le terreau fertile pour donner naissance à quelque chose comme l’Infonie. 

PAN M 360 : Qui était alors Walter Boudreau?

WALTER BOUDREAU : J’étais un jeune musicien sérieux qui se préparait à entrer au conservatoire, poursuivre des études en analyse et en composition. Entre-temps, j’avais trempé dans le rock à Sorel avec mon petit groupe au sein duquel je jouais du sax. Mon drummer m’avait alors fait découvrir le jazz, Coltrane, Miles Davis, Monk, name it. Je me tenais avec une gang de fous à Sorel, on s’était mis à organiser des espèces de happenings. Durant cette période, je venais écouter à Montréal les frasques de Péloquin à la Casa Espagnole. Les artistes à la Casa faisaient toutes sortes de folies, il y avait là un théâtre de l’absurde, un groupe qui s’appelait l’Horloge.

PAN M 360 : L’Expo 67 fut un déclencheur pour tant d’artistes québécois, Walter Boudreau n’y faisait pas exception! Rappelle-nous cette période précise, où les conditions de la naissance de l’Infonie furent réunies.

WALTER BOUDREAU : À l’Expo 67, je suis débarqué avec mon groupe de jazz, j’ai eu la chance inouïe d’avoir les sous pour lui donner de l’expansion en embauchant des musiciens supplémentaires. Ce faisant je rencontre Raoul Duguay, ça clique entre nous. Raoul faisait déjà des happenings mais il avait besoin d’un bon chef d’orchestre pourrait lui fournir des musiciens, une structure. On a commencé à travailler ensemble. Entre-temps j’avais rencontré les musiciens du du Jazz libre du Québec avec qui javais improvisé au Black Bottom. J’ai commencé à les intégrer dans le groupe. 

Le batteur Guy Thouin, qui venait alors d’enregistrer le fameux disque Linbergh de Charlebois et Forestier, m’avait appris l’existence du studio d’André Perry à Brossard… et André est toujours un grand chum, 54 ans plus tard!  Il nous avait offert une journée gratuite d’enregistrement, j’y avais amené ma gang. On avait joué un paquet de tounes, Perry avait embarqué à la planche! Puis on avait fait un montage de tout ça pour le faire écouter à des producteurs. Hors de toute espérance, Polydor International l’achetait la bande !

On avait un disque, on avait des tounes mais on n’avait pas de nom. Micheline, la blonde de Guy Thouin,, suggéra alors L’Imphonie, mais on trouvait ça lourd graphiquement. C’est devenu rapidement L’Infonie, née d’un mélange de hasard et de volonté de ses membres. Plein de gens là-dedans voulaient faire des choses.

PAN M 360 : L’Infonie fut populaire auprès des jeunes de la contre-culture de son époqueAu milieu des années 70, le Quatuor de saxophones de l’Infonie allait se transformer en Quatuor de saxophones de Montréal, après quoi les propositions infoniaques se sont volatilisées. Pourquoi cette rupture totale?

WALTER BOUDREAU : On m’a régulièrement harcelé pour faire des revivals de l’Infonie, j’ai toujours refusé car je ne voulais pas revenir en arrière. Je faisais autre chose – composition de musique contemporaine, direction artistique de la SMCQ, direction d’orcehstre etc.j’.  J’étais ailleurs, mes activités étaient d’un autre acabit sans toutefois renier ce que j’avais accompli précédemment. Mais je ne me voyais pas remonter sur scène avec ma chasuble (rires), mes pantoufles en minou et mon petit cass. Je n’étais plus là et j’en ai déçu plus d’un …

PAN M 360 :  Jusqu’en 2018, c’est-à-dire un demi-siècle plus tard, cette musique ne fut jamais reprise avec la rigueur nécessaire à son exécution. Comment as-tu eu vent de cette Ode à l’Infonie?

WALTER BOUDREAU : J’entends dire qu’un certain Philippe Hode-Keyser, que je connaissais de loin et dont on me disait  beaucoup de bien, faisait une Ode à l’Infonie.  Il le faisait sans m’avoir consulté, sans avoir eu accès aux partitions. J’ai appelé Philippe Hode-Keyser et lui ai dit être honoré qu’il rende hommage à l’Infonie. Je me suis toutefois  permis d’exprimer des doutes quant à fidélité au texte. Il m’a alors invité à une répétition, et je lui ai dit : « Le pire qui puisse se produire, je vais vous  serrer la main, je vais vous féliciter et je vais m’en aller. Le mieux, c’est que je vous prendrai dans mes bras!  Je suis allé à la répétition et je suis tombé sur le cul.  Pendant toute la répète, je n’ai remarqué que trois mauvaises notes… que bien peu de gens auraient pu observer.  Hallucinant! Il avait tout transcris ça à l’oreille, génial!  Il avait fait un travail extraordinaire et il a eu ma bénédiction. Avec de vieux infoniaques, nous nous sommes rendus à la Sala Rossa (en mars 2018), on avait les larmes aux yeux. Ensuite, Philippe a repris l’Ode à l’Infonie au festival de Jonquière, puis à Victoriaville où on avait ouvert le festival avec ma musique dont l’exécution de Paix de l’Infonie en première partie.

Trois ans plus tard, Philippe Hode-Keyser présente L’Ode à l’Infonie, qui n’a été vue sur scène que par quelques centaines de personnes, d’où la pertinence de cette représentation à MNM 2021… et cette seconde conversation avec l’initiateur de cette brillante relecture.

PAN M 360 : Pourquoi avoir entrepris de reconstituer l’œuvre de l’Infonie ?

PHILIPPE HODE-KEYSER : Au sens philosophique, le point de départ de cette soi-disant reconstitution de l’œuvre de l’Infonie fut de repérer la cible de l’interprétation et à en constituer une conception nouvelle, c’est-à-dire à la « décrire de manière interprétative ». En d’autres termes, l’objectif de cette reconstitution cherche à déterminer quelles sont les caractéristiques qui justifieront et contraindront ladite démarche interprétative, et dont toute interprétation ultérieure devra tenir compte. Au point de vue historique, ladite reconstitution de l’œuvre vise fondamentalement à mettre en lumière l’auteur et son propos en présentant l’œuvre dite infoniaque selon l’ordre effectif de sa production dans le temps et à redéfinir sa cohérence systémique et sa relation intrinsèque à la tradition, voire au temps lui-même. 

PAN M 360 : Comment reproduire cet esprit jazzo-psychédélique, mâtiné de musiques classiques et contemporaines ?

PHILIPPE HODE-KEYSER :  L’intention première n’est pas de restituer un état d’esprit particulier, voire de vouer un culte à toute forme de langueur, mais bien de contextualiser la pertinence de l’œuvre qui nous préoccupe ici à même l’époque actuelle où l’éventualité d’une validité nouvelle semble plus qu’envisageable. L’Ode à l’Infonie du 333 ToutArtBel est essentiellement une esquive afin d’éviter toute constitution de sentiment de détresse, et même une occasion de noyer toute forme de manque, de nostalgie évoquant un « objet partiel » idéalisé et dénué de toute réactualisation possible.

PAN M 360 :  Comment éviter la relecture académique avec des musiciens qui n’étaient pas nés à l’époque de l’Infonie ?

PHILIPPE HODE-KEYSER : L’œuvre de l’Infonie est stylistiquement conçue et structuralement construite de manière à ce qu’elle octroie un « consentement interprétatif » à quiconque désireux de s’approprier de celle-ci (en l’occurrence, les musicien.ne.s de l’ensemble), et ce, peu importe l’époque à laquelle les interprètes et ladite relecture sont assujettis. En d’autres termes, toute tentative de relecture dite académique de l’œuvre, dans sa forme initiale, se doit d’être évitée afin d’offrir préséance à la « différence », voire à l’alternative conceptuelle, la variation interprétative. Au sein de toute œuvre musicale, comme tout langage, réside un réseau de différences d’interprétations. 

PAN M 360 : Expliquez-nous comment vous avez recruté les interprètes. 

PHILIPPE HODE-KEYSER : J’ai œuvré pendant 35 ans à titre de professeur de musique. Au fil de ces années, j’ai eu le privilège de côtoyer plusieurs musicien.ne.s avec lesquels j’ai développé une affinité certaine tant au plan humain que musical. Depuis plusieurs années (depuis une vingtaine d’années dans certains cas), bon nombre d’entre eux m’accompagnent au sein de mes multiples projets musicaux. Ceux-ci composent la première moitié de l’ensemble. Quant à la seconde moitié de l’ensemble (en partie les instrumentistes à vent), celle-ci est essentiellement formée par des musicien.ne.s de niveau universitaire, pour la plupart, référé.e.s par les instrumentistes de la première moitié de la formation. 

PAN M 360 :  Comment leur avez-vous transmis l’esprit de l’époque et les consignes de l’exécution musicale ? 

PHILIPPE HODE-KEYSER : Puisque l’idée première est de constituer un « point de départ » réactualisé pour toute œuvre interprétée, aucun état d’esprit particulier ne fut transmis dans le cadre de l’Ode à l’Infonie. Collectivement, nous avons adopté ce que l’œuvre infoniaque évoque manifestement et adapté celle-ci à notre point de vue interprétatif en tenant compte des intentions premières, voire « boudriennes ». 6. Comment cette musique a-t-elle évolué depuis vos premiers concerts il y a quelques années ? J’ai assisté moi-même à celui de la Sala Rossa, excellente soirée d’ailleurs ! Au cours des années, la musique de l’Infonie a, sans conteste, évolué de telle sorte que l’unité de l’ensemble 333 ToutArtBel se raffermit, l’interprétation se raffine, l’écoute se définit; devient plus complice et notre compréhension à l’égard de l’œuvre infoniaque se précise et se transcende à même notre interprétation en constante évolution depuis ce premier jour de juin 2017. 

PAN M 360 : Y aura-t-il de nouveaux ajouts pour le nouveau concert ? 


PHILIPPE HODE-KEYSER : La seule section assujettie à une altération est la section 31-32 de l’œuvre Paix; à même laquelle des paroles ont été ajoutées et seront chantées pour l’occasion; ce qui ne fut pas le cas originalement, en 1972. Également, je prévoyais présenter un nouvel arrangement de la pièce Paix en y incorporant une section de cuivres; question de lui consacrer une dimension plus orchestrale. Malheureusement, faute de temps de répétition, j’ai dû remettre ce projet à un moment ultérieur. En ce qui a trait aux autres pièces dudit répertoire, aucun nouvel ajout n’a été prévu dans le cadre de l’Ode à l’Infonie du 333 ToutArtBel au Festival Montréal Nouvelles Musiques.

POUR ACCÉDER AU CONCERT VIRTUEL À COMPTER DU SAMEDI 20 FÉVRIER, 19H30, ET CE POUR 6 MOIS À VENIR, C’EST ICI

Le Quatuor Bozzini est un ensemble élite de la musique contemporaine et Les Boréades de Montréal, un leader de la scène baroque. Quel lien entre les deux? Un concert gratuit et unique en son genre, présenté à l’occasion du Festival Montréal Nouvelles Musiques (MNM) 2021, le dimanche 21 février 2021 à 19h30 en captation live sur le site du Festival. Pour ceux et celles qui ne peuvent pas y être à la date en question, pas de panique! Le concert demeurera disponible pendant 6 mois! 

Lachrimae

Cela dit, on pourrait se demander ce que les deux groupes sont allés faire dans cette galère? On pourrait. Mais il suffit d’entendre Isabelle Bozzini et Francis Colpron, respectivement du Quatuor Bozzini et des Boréades, parler de cet événement haut en couleurs et en émotions pour être convaincu qu’il fallait que ça arrive!

Constatez par vous-même en lisant mon compte-rendu de l’entrevue que j’ai menée avec les deux artistes.

Pan M 360 : Salut à vous deux! C’est la première fois que vous collaborez de cette façon? 

Francis Colpron : C’est la première fois dans un contexte de concert de musique contemporaine, oui. Mais on se connaît déjà depuis quand même un bon moment! Nous nous sommes côtoyés dans des contextes liés à la musique ancienne.

Isabelle Bozzini : Oui parce que je sors parfois mon violoncelle baroque! Mais disons que ça faisait un certain temps que nous nous disions que ce serait bien de faire quelque chose ensemble en termes de musique contemporaine. 

Pan M 360 : Quel niveau d’adaptation est nécessaire pour chaque ensemble, l’un par rapport à l’autre?

Francis Colpron : Les Bozzini ont fait un chemin fabuleux en jouant au diapason baroque 415! C’est un demi-ton plus bas que d’habitude pour eux. C’est une grande adaptation (rires…). Vous n’avez pas mis vos cordes de boyaux, non?

Isabelle Bozzini : Oui, oui, on est tout équipés!

Francis Colpron : Ok, fantastique! Eh bien, ça c’est le chemin qu’ils ont fait. Pour nous, ç’a été une question de nous adapter à une écriture musicale contemporaine en termes harmoniques et d’amplitude de nos instruments.

Pan M 360 : Pour vous, venant du baroque, quelle est l’adaptation la plus difficile, à part les harmonies très différentes de votre répertoire habituel?

Francis Colpron : Disons que certaines adaptations sont plus exigeantes que d’autres, mais rien de sévèrement difficile. Par exemple, mon collègue Matthew Jennejohn joue du cornet à bouquin, un instrument qui génère une sonorité suave et tellement élégiaque que les gens tombent sur le cul quand ils entendent ça! Là, le compositeur lui a demandé de ne PAS faire ça avec son instrument. Matthew a donc dû retenir ses réflexes naturels! Ailleurs, on me demande de jouer un do, mais d’une manière complètement différente. Il y a mille et une façons de souffler dans un tube!

Mais tu sais, il n’y a pas de mur entre nos deux mondes, du moins pas tant que ça. Nous sommes tous des musiciens et musiciennes qui sommes allés au Conservatoire. Nous avons joué de la musique contemporaine. Moi j’ai toujours aimé ça. Nous sommes tous et toutes des explorateurs dans l’âme, et là, c’est ce qu’on fait.

Pan M 360 : En plus des créations contemporaines de Thierry Tidrow (Nova et Supernova) et de Trevor Grahl (Éphémérides), vous avez inscrit les Lachrimae or Seven Teares de John Dowland, grand compositeur anglais de la fin de la Renaissance. Pourquoi lui, et pourquoi cette œuvre? 

Francis Colpron : Je t’explique d’abord la genèse de tout le projet. Trevor est Canadien avec des origines neerlandaises et Thierry, Canadien aussi, travaille beaucoup en Europe, et souvent aux Pays-Bas. Il y a quelques années, j’ai été invité à jouer aux Pays-Bas pour l’anniversaire de la libération du pays à la fin de la Seconde Guerre mondiale. J’avais remarqué que Dowland a passé un certain temps à la Cour du Danemark et qu’il s’est lié d’amitié avec Tycho Brahe, un astronome doué qui a influencé les découvertes ultérieures de Kepler. 

Tidrow et Grahl sont passionnés d’astronomie, les Pays-Bas se définissent dans leur rapport à l’eau et nous Québécois et Canadiens avons colonisé le territoire grâce aux cours d’eau. Les Lachrimae (larmes) de Dowland complètent l’idée de fluidité liquide, et en plus elles se lient avec l’astronomie musicale de Thierry et Trevor telle l’amitié de Dowland et Brahe. Pour couronner le tout, ma copine est Hollandaise. Tout fonctionne à merveille!

Nous avons organisé la programmation comme un imbriquement logique. La Nova et la Supernova de Thierry débutent et terminent respectivement le concert, et au milieu, les sept Lachrimae de Dowland alternent systématiquement avec les Éphémérides de Trevor.

Thierry Tidrow présenté par l’ECM+

Pan M 360 : Comment assurez-vous la cohérence sonore entre les deux types de musique?

Francis Colpron : Trevor est très sensible au monde sonore de Dowland, de un. Mais aussi, et surtout, on ne sait plus de nos jours à quel point la musique de Dowland, écrite ici pour un type d’ensemble qu’on appelait consort, était très audacieuse et avancée pour l’époque! C’était très novateur!

Pan M 360 : En quel sens?

Francis Colpron : On pratiquait ce qu’on appelle les suspensions. Il s’agit d’accords dissonants mais que l’on résolvait de façon adéquate assez rapidement. Dowland, lui, les faisait tenir longtemps, en ajoutant des quartes, et même des neuvièmes. Aujourd’hui, un bémol 9 comme ceci, c’est du jazz! Cette dissonance était perçue comme l’expression parfaite de la ‘’douleur’’ de la mélancolie. Les Anglais adoraient ça, ils se vautraient là-dedans. En ce sens, cette musique reste très moderne, ses ‘’couleurs’’ ont une résonance avec la musique contemporaine, plus chromatique, et son côté statique a inspiré Trevor. Le tout est franchement cohérent. Nous avons très hâte que les gens l’entendent!

Découvrez l’univers sonore de Trevor Grahl grâce à son Concerto pour trombone (2017)

Pan M 360 : Quoi d’autre à surveiller?

Francis Colpron : Eh bien si vous aimez voir différentes sortes de flûtes, vous serez servis! Des petites aux grandes, amenez-en. On change à tout bout de champ! En préparation pour le projet, j’ai montré la collection de flûtes disponible. Le hic, c’est que les flûtes, selon les époques, ne sont pas accordées au même diapason. Une flûte d’époque classique est accordée avec un la à 430 (une fréquence en hertz). Une flûte Renaissance à 460 et une flûte baroque à 415. Trevor a tellement aimé ça, qu’il nous les fait jouer toutes! C’est un ballet de changements d’instruments.

Isabelle Bozzini : Ça c’est la faute à la COVID. Parce que si nous avions été en atelier ‘’présentiel’’, j’aurais averti Francis de ne jamais montrer à un compositeur, surtout un jeune (!), TOUT ce que tu peux jouer. Jamais. Ils vont tout mettre. Rires….

Pan M 360 : Vous prévoyez quelque chose de spécial pour le ‘’retour’’ à la normale?

Francis Colpron : Moi je vise l’automne, en croisant les doigts. Je concocte un programme ludique et rassembleur.

Isabelle Bozzini : Pour notre part, ce n’est pas encore à l’ordre du jour. Tout me semble incertain encore. On ne sait pas quand, ni dans quelles conditions le ‘’retour’’ se fera.

Pan M 360 : Vous êtes confiant que peu importe à quel moment ça se fera, le public viendra en grand nombre?

Francis Colpron : Moi je suis confiant, oui. Les gens en ont assez et le besoin se fait sentir. Et puis, nous aurons tellement de choses à montrer!

Isabelle Bozzini : Ah ça oui! Nous avons tellement de temps que nous le passons à imaginer des projets spéciaux, des programmes thématiques, et plein d’innovations.

Francis Colpron : Oui, c’est fou. Nous sommes constamment en mode innovation, réinvention, développement, etc.

Pan M 360 : Ça fait du bien d’entendre ça. Merci!

Isabelle Bozzini : Merci!

Francis Colpron : Merci!

Dès l’enfance, ses parents lui ont inculqué l’art de bien travailler à l’école. Même si Maky Lavender n’en a fait qu’à sa tête durant ses jeunes années, il a pour autant retenu quelques leçons parentales : la réussite passe avant tout par le travail ! Le rappeur gardera cet valeur en tête et foncera tête baissée dans le rap, une passion qui lui prend aux tripes autant que le beatmaking. Maky Lavender est bien déterminé à tout produire de A à Z, considérant qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. C’est d’ailleurs ce qu’on pourra constater virtuellement dès ce vendredi: le rappeur et ses musiciens se produisent dans l’espace Ausgang Plaza de la rue Saint-Hubert, d’où cette conversation avec PAN M 360.

PAN M 360 : Comment en êtes-vous venu au rap ?

Maky Lavender : « Il faut savoir que tout a commencé avec le français. Cette langue est un Cube Rubik pour moi. C’est une langue très compliquée et prise très au sérieux en Europe, et plus particulièrement en France. L’école était très importante pour mes parents : écrire, bien s’exprimer, bien se comporter, etc. c’était primordial pour eux. Je pense que tout a commencé par l’apprentissage de la langue et la grammaire française. Moi qui suis un hyperactif, je ne comprenais pas pourquoi il fallait travailler autant à l’école, et autant faire attention aux spécificités de la langue française. »

PAN M 360 : Quel est votre rapport à l’écriture ?

Maky Lavender : « L’apprentissage de la langue est important pour apprendre à bien s’exprimer, mais actuellement je suis dans une période ingrate de ma vie. J’ai 25 ans et je suis partagé entre d’une part, comprendre et mettre en pratique ce que mes parents me disent, et de l’autre n’en faire qu’à ma tête. Il me faut donc savoir comment bien utiliser la langue, ce qui a été une étape importante dans l’écriture de mes textes.

J’essaie d’être moi-même dans les textes que j’écris. Je ne veux pas ressembler à quelqu’un d’autre. Il arrive que certain(e)s artistes prennent d’autres pour exemple. Nombre d’entre eux ont été inspirés par Tupac et on fini par faire du Tupac, ce que je ne veux pas. Je fais du Maky Lavender et je veux que l’on reconnaisse mon son. J’essaie de tirer le meilleur de la scène rap hip-hop internationale, mais en aucun cas de m’en inspirer directement. »

PAN M 360 : À quel moment avez-vous commencé à écrire vos textes ?

Maky Lavender : « Tout a commencé avec le titre Wanna Get to Know You de G-Unit et Joe sur l’album Beg For Mercy (2003). J’avais 8 ans à ce moment-là, et j’ai commencé à écrire mes premières rimes sur papier. Pour l’anecdote, ma mère a retrouvé ce texte et en a corrigé les fautes d’orthographe. C’est pour dire à quel point la langue française lui tenait à coeur. En troisième année de secondaire, notre professeur nous avait présenté le chanteur français Grand Corps Malade. Pour moi cet artiste c’était un mélange de Eminem et Blind Fury. C’est un résumé de mon approche du rap; je me suis inspiré de différentes expressions. »

PAN M 360 : Comment l’Ouest de Montréal a-t-il influencé votre carrière ?

Maky Lavender : « Tout d’abord c’est la partie anglophone de Montréal. Une grande partie du « pourquoi je rappe en anglais ». Mais aussi par l’influence et l’intérêt que je porte aux différents accents des langues. Bien souvent j’ai pensé que les gens utilisaient beaucoup d’argot dans leur langage, ce que je ne comprenais pas au premier abord. Par la suite j’ai appris que c’était de l’anglais quand j’ai fait le rapprochement avec les films que je regardais à la télévision. »

PAN M 360 : Comment l’idée d’entrepreneuriat vous est-elle venue ?

Maky Lavender : « C’est l’esprit hip-hop qui a voulu ça. Ce monde musical est tissé de beaucoup de controverses vous savez, et tout se passe dans la rue. C’est le mouvement musical qui veut ça. Par là vous pouvez vendre sous le manteau vos propres mixtape que vous avez enregistrés chez vous, ou encore les sons que vous aurez téléchargés grâce à Napster qui a démocratisé tout ça. Tout ça teinte l’esprit d’entrepreneuriat. Quand c’est signé par la rue, ça peut marcher ! Mais il faut travailler fort afin de faire perdurer le succès naissant. »

PAN M 360 : À ce sujet, comment en êtes-vous arrivé à produire vos propres sons ?

Maky Lavender : « Un ami à moi du nom de Andrew (alias Rush) jouait du piano à l’époque et enregistrait des sons. Un jour il m’a parlé de FL Studio, un logiciel de création musicale. Je l’ai alors téléchargé et à partir de là je n’ai plus jamais arrêté de créer du son. C’était fantastique, tout ce que je pouvais faire avec ce logiciel ! J’ai essayé beaucoup de choses, mais parfois quand le son ne me convenait pas, je le proposais à mes potes. Je rappe, j’écris et je compose sur le moment. À l’instinct, comme ça vient ! »

PAN M 360 : Vous produisez des beats pour d’autres artistes aussi, non ?

Maky Lavender : « Oui, j’aime beaucoup ça, mais je le fais à mon rythme. Pas de stress ni de pression. L’un des derniers titres que j’ai produits est Diamond Baby pour la chanteuse Kallitechnis. J’ai passé beaucoup de temps au studio avec mes potes à faire du son, ce qui m’a donné cette envie. J’ai grandi avec des artistes comme Jay-z, Pharell Williams, Justin Timberlake, et plus récemment Metro Boomin, ce sont pour moi des gros bosseurs qui passaient la majeure partie de leur temps à produire. Alors j’essaye de trouver un bon équilibre entre ne pas sortir trop de productions et prendre du temps pour écrire, à mon rythme. »

PAN M 360 : La pandémie a-t-elle été bénéfique en termes de production ?

Maky Lavender : « Ce que l’on vit en ce moment est difficile, tout comme on peut le voir de la plus belle façon. Ce que nos parents parfois n’arrivent pas à faire car nous ne sommes pas de la même génération. J’ai essayé de voir le bon côté des choses et j’ai travaillé à ma manière. Le monde s’est rendu compte que nous n’avions plus qu’une chose à faire : produire du contenu. Chose que j’ai faite aussi avec la production de sons. Il fallait tourner cette situation à mon avantage, et je l’ai fait. »

PAN M 360 : Vous avez sorti trois albums en 2020, peut-on dire que vous êtes avide d’écriture ?

Maky Lavender : « D’écriture et de production, oui, définitivement. Je suis marqué par cette époque de DMX et Tupac, où l’on grandissait avec cette soif de production. Il faut produire du contenu en permanence. J’ai retenu ça de mes parents aussi, eux qui n’arrêtaient jamais de me dire de travailler constamment pour réussir. Je leur en suis reconnaissant aujourd’hui. »

PAN M 360 : Quels messages voulez-vous transmettre avec votre musique ?

Maky Lavender : « Le partage, l’amour, la famille, les amis. J’essaie de le faire du mieux que je peux. Je fais beaucoup d’inside jokes dans mes chansons, j’adore faire ça ! Je vis avec ces gens tous les jours, que ce soit à la maison, au studio, dans la rue. Ce sont eux ma force, et je veux par ma musique leur rendre hommage. Y’en a beaucoup d’ailleurs ! (rires) La pandémie m’a permis de me rapprocher d’eux et me focaliser sur ce qui était important dans ma vie : le rap, la famille, les amis. »

PAN M 360 : Comment abordez-vous ce premier concert virtuel ce vendredi 19 février au Ausgang Plaza ?

Maky Lavender : « En ce qui concerne le concert virtuel, j’aborde ça avec enthousiasme. Ça va être ma première performance depuis an et je vais être accompagné de musiciens. Même sans public, juste performer sur une scène va être super ! Pour cela, je voulais que ça dépote avec une entrée à la manière des shows de WWE. À cet effet, une réédition de mon dernier album va sortir d’ici la fin du mois. »

Maky Lavender sera en spectacle virtuel ce soir, 20h, dans l’espace AUSGANG PLAZA, rue Saint-Hubert. Pour plus d’informations, c’est ici.

En collaboration avec le Club musical de Québec, la Salle Bourgie présente dès le jeudi 18 février un concert virtuel pour le moins relevé : l’exécution du Quatuor à cordes no 2 en ré majeur d’Alexandre Borodine et du  Quintette à cordes en do majeur, D. 956 de Franz Schubert.  Voilà un programme résolument romantique.  

La violoniste Yukari Cousineau, l’altiste Brian Bacon et le violoncelliste Christopher Best, musiciens de l’Orchestre Métropolitain reconvertis en chambristes dans ce contexte, se produisent aux côtés du violoniste canadien Blake Pouliot, soliste en résidence à l’OM, ainsi que de leur invité spécial, le violoncelliste Stéphane Tétreault.

Pour PAN M 360, l’occasion est belle de causer au soliste Blake Pouliot, 25 ans, originaire de Toronto  transplanté à Los Angeles pour une neuvième année consécutive, il y a étudié au Colburn School Conservatory of Music, il y a étudié avec Robert Lipsett. Il est en voie de s’installer à New York,  déménagement prévu pour le printemps dernier mais retardé par la pandémie. Blake Pouliot s’exprime sur un violon fabriqué en 1729 par Guarneri del Gesù, instrument rare prêté par la Banque d’instruments de musique du Conseil des arts du Canada.

Prêt parfaitement justifié : en 2016, il remportait  le Grand Prix du concours OSM Manuvie.  Depuis lors, sa carrière internationale a vraiment décollé, il s’est d’ores et déjà produit avec maints orchestres symphoniques et orchestres de chambre. En 2019, son premier album consacré à Debussy et Ravel fut  applaudi par la critique dont celle du prestigieux BBC Music Magazine. 

Le voilà de passage à Montréal en tant que chambriste aux côtés de musiciens de l’OM!

PAN M 360 : Vous passez donc quelques jours à Montréal avant le concert ?

BLAKE POULIOT : Oui ! Nous avons eu deux répétitions samedi et mardi pour ensuite enregistrer mercredi.

PAN M 360 : Nous avons déjà applaudi votre jeu excellent, à commencer par ce qui vous a fait connaître à Montréal en 2016, soit le concours de l’OSM Manuvie. 

BLAKE POULIOT : Eh bien merci ! J’espère être meilleur depuis la dernière fois que vous m’avez vu jouer!

PAN M 360 : Difficile d’en douter! Nous savons pertinemment que vous allez vous développer dans les années et décennies à venir.

BLAKE POULIOT : Absolument, je le souhaite ! Je pense que c’est la chose la plus importante en tant que soliste : constamment progresser. Il y a un certain niveau ou calibre que vous devez être capable d’atteindre  je pense aussi qu’un bon artiste doit constamment réévaluer son jeu, admettre et comprendre que le jeu de chacun change, tout autant que le style change au gré des expérimentations. La façon dont les violonistes jouaient il y a 50 ans et ce que font ceux d’aujourd’hui est complètement différente.

PAN M 360 : Plus précisément, que dire de ce que vous êtes aujourd’hui musicalement en comparaison à ce que vous étiez à vos débuts professionnels ?

BLAKE POULIOT :  Quand j’ai gagné le concours OSM Manuvie, j’étais encore étudiant et j’apprenais comment exécuter une œuvre. Il me fallait être capable de jouer toutes les notes correctement, maîtriser tous ces détails techniques,  que cela signifie de jouer du violon. Quand vous êtes étudiant et quand vous êtes un jeune interprète, il y a tellement d’ambivalence ou d’ambiguïté sur les façons dont vous vous intégrez dans cette carrière et ce milieu. Lorsque vous voulez poursuivre une carrière de soliste, votre objectif est essentiellement d’être mis sous contrat par une agence importante. 

Pour moi, l’objectif était alors d’exécuter les œuvres avec une grande précision technique, quelque peu stylée et individuelle. Il me fallait ainsi prouver que je méritais d’être pris en charge par une agence importante, de trouver le  tremplin idéal pour une carrière solo. Un an et demi après le concours OSM Manuvie, j’ai eu la chance de signer avec une agence à New York. 

Et je suis alors passé d’étudiant interprète à jeune professionnel. Devenir jeune professionnel impliquait aussi de renoncer à l’opinion des autres. Quand vous êtes jeune, vous vous souciez vraiment de ce que pensent les gens,  vous voulez vous assurer que tout le monde vous apprécie pour votre bon travail. Lorsque, plus tard, vous vous sentez plus à l’aise et que vous interprétez un concerto de Mendelssohn, Tchaïkovski ou Brahms, des morceaux que vous avez joués 30 ou 40 fois et encore et encore, vous arrivez à un point où vous vous souciez beaucoup plus de rendre la musique différente,  la faire sonner comme jamais auparavant, en élargir la dynamique, la rendre plus amusante et beaucoup plus singulière. Puisque vous vous sentez plus à l’aise à jouer les notes d’une œuvre, vous pouvez vous pencher davantage sur l’exploration artistique de nouvelles idées. Et vous amuser !

PAN M 360 : Si nous essayons d’être un peu plus précis, en quoi Blake Pouliot est-il différent des autres violonistes solistes ? 

BLAKE POULIOT : Wow, toute une question! Je pense que j’essaie honnêtement de trouver ces différences sur moi-même, d’identifier les aspects particuliers et personnels de mon son. Le plus important en ce qui me concerne, consiste à évoquer ou émuler la voix humaine.  Je chante chaque phrase musicale avant de la jouer. J’essaie de trouver ma sonorité afin de ne pas ressembler aux autres violonistes. Chaque phrase ressemble davantage à la respiration d’un chanteur que l’attaque d’un violoniste, je joue une mélodie comme je la chanterais, les effets de mon jeu s’inscrivent dans cette approche – vibratos, glissandos, doigtés simples, d’autres beaucoup plus difficiles.

PAN M 360 : Avez-vous des solistes préférés au violon ?

BLAKE POULIOT :  Je nommerais mes 4 violonistes préférés du moment : la Géorgienne Lisa Batiashvili, exceptionnelle et si phénoménale, et  la Hollandaise Janine Jansen bien sûr, deux musiciennes dans la quarantaine. Les deux autres sont beaucoup plus jeunes. Le premier est Coréen Américain Stephan Jackiw, pour son intonation extraordinaire, pour son sens impeccable du phrasé et pour la pureté de sa sonorité, puis la Norvégienne Vilde Frang. Grâce (notamment) à ces jeunes musiciens, le violon prend vraiment une voie différente d’il y a 20 ans. Comme aux autres violonistes, on m’avait d’abord appris à ressembler à Isaac Stern, Yehudi Menuhin, Jascha Heifetz, David Oistrakh… et puis les choses ont changé. Aujourd’hui, vous n’avez plus à jouer systématiquement comme si vous deviez projeter dans une grande salle, il importe plus de faire corps avec l’instrumentation par exemple. Je trouve que ces quatre artistes sont très enclins à cette nouvelle approche.

PAN M 360 : Quelles seraient les autres différences principales entre les musiciens classiques des générations antérieures et ceux de la vôtre?

BLAKE POULIOT : Je pense qu’elles sont tributaires  des avancées technologiques. Nous, de la nouvelle génération de musiciens classiques, sommes constamment filmés et enregistrés,  nous pouvons sans cesse observer notre propre jeu. Donc il y a toujours une réévaluation sur la façon dont vous jouez maintenant, et ça n’existait pas auparavant – ou si peu.  Si vous étiez violoniste solo entre 1900 et 1950, la musique classique était une voix complètement distincte de la culture pop, ce qui n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui. Autrefois, le son des violonistes était plein parce qu’ ils s’adressaient à une immense salle, ils leur fallait toujours vibrer très fort, exprimer leur virtuosité. Aujourd’hui, la musique classique n’a plus le même statut qu’avant et les musiciens classiques doivent s’adapter à la période actuelle. Dans ce contexte, on ne joue plus constamment pour un grand amphithéâtre, avec ce son old school. Les jeunes solistes peuvent adapter leur jeu à chacun des contextes où ils se produisent. En somme, ils tentent de faire les choses un peu différemment, comme si nous écoutions un morceau sous un autre angle. C’est comme ça que j’essaie maintenant de me produire et de changer un peu les choses.

PAN M 360 : Les conditions sonores sont différentes aujourd’hui, notamment grâce à l’amplification et les filtres associés aux prises de son. Y a-t-il donc un effet pervers? Le danger d’un déclin de la technique de jeu ?

BLAKE POULIOT : Je pense qu’il est important d’éduquer les musiciens pour qu’ils soient capables de tout.  Nous comprenons bien que ces instruments ont été conçus pour être joués dans de grandes salles. Les instruments à cordes, en particulier, sonnent tout simplement mieux sur scène. Ils n’ont pas été conçus pour l’enregistrement. Or, l’avantage que procure l’enregistrement est le repérage de vos erreurs, l’exploration de petits détails dans le jeu, un éventail plus large de l’expérimentation. Dans une salle de 2500 personnes, on ne peut pas faire les mêmes choses que lorsque nous jouons devant un microphone.  Ainsi, nous sommes désormais capables de jouer de tant de façons différentes. Les violonistes du siècle précédent, eux, n’avaient pas changé leur façon de jouer devant un micro, leur son était toujours très fort et très plein. Maintenant, nous avons appris à changer notre façon de jouer et peut-être à faire quelque chose de différent. Cela dit,  je pense que les deux approches sont importantes pour les musiciens classiques d’aujourd’hui.  

PAN M 360 : Avez-vous des territoires de prédilection dans l’histoire de la musique ?

BLAKE POULIOT : J’aime la musique moderne. J’aime l’impressionnisme français, Debussy, Ravel etc. J’aime aussi Leoš Janáček , je suis un grand fan de Dmitri Chostakovitch. La première chose que j’ai dite à mon agence à New York, c’était de souhaiter jouer le premier concerto pour violon de Chostakovitch, l’un des meilleurs du répertoire. Il n’est pas joué très souvent, je ne comprends pas pourquoi.  À l’opposé du spectre historique, je suis depuis peu fasciné par la musique vocale baroque, le point de départ étant Monteverdi.  J’aime aussi la musique de luth de cette période. 

PAN M 360 : A propos de la musique contemporaine ?

BLAKE POULIOT : Quand il s’agit de jouer de la musique contemporaine, je suis très pointilleux sur les compositeurs avec lesquels j’aime travailler. Pour être franc, je crois qu’il est très difficile de composer de la musique contemporaine sans qu’elle soit artificielle ou pompeuse. La musique a progressé jusqu’à l’époque de la musique contemporaine, moins axée sur l’émotion et plus sur l’intellect. Le processus de création est devenu très important, on en apprécie l’intelligence et… Je trouve ça cool, mais parfois je trouve ça trop cérébral. Alors que  j’ai parfois l’impression que le monde de la pop est trop émotionnel et pas assez intellectuel. Les meilleures pièces contemporaines, selon moi,  sont capables d’unir ces deux aspects. De très bons compositeurs de musique de film peuvent y parvenir, mon préféré est Michael Giacchino. Il a étudié à Juilliard, il est doué pour la musique contemporaine mais il est aussi très doué pour écrire des mélodies poignantes. Vous savez, j’ai moi-même joué dans des groupes lorsque j’étais adolescent, j’ai beaucoup aimé écrire des chansons. Si un jour j’ai un problème physique à jouer le violon, j’écrirai des chansons pop!

PAN M 360 : Concluons avec les 2 pièces jouées à la Salle Bourgie. Le Quatuor à cordes n°2 en ré majeur de Borodine?

BLAKE POULIOT : Son 3e  mouvement est le plus célèbre à cause de sa mélodie, mais je trouvais personnellement ce quatuor assez étrange au départ. Il y a des moments que je n’avais pas compris avant de le jouer, surtout dans ce 4ème mouvement un peu bizarre. En répétant la pièce, cependant, j’ai commencé à l’apprécier. Le premier mouvement porte une merveilleuse mélodie, sans prétention apparente et qui, en fait, est vraiment difficile à jouer!  C’est une pièce très unique, très accessible en somme. En tout cas, nous avons eu beaucoup de plaisir à la répéter.

PAN M 360 : Le Quintette à cordes de Schubert?

BLAKE POULIOT : Monter cette pièce en deux jours est incroyablement difficile! C’est très complexe, très allemand, toutes les émotions se trouvent derrière la vitre. C’est un paradis perdu ! C’est très expansif, ça vous emmène sur tant de montagnes russes, je pense que c’est un morceau de musique assez remarquable.

PAN M 360 : Et vos collègues ?

BLAKE POULIOT : Stéphane Tétreault et moi nous sommes rencontrés à quelques reprises, je pense qu’il est un violoncelliste exceptionnel. Brian, Chris  et Yukari, de l’Orchestre Métropolitain, si charmants, si gentils, accueillants, respectueux, chaleureux. Je les aime beaucoup, c’est très gratifiant de jouer avec eux.

INFORMATIONS SUR LE CONCERT Schubert et Borodine en tête à tête

Du 18 février, 19 h 30 au 4 mars, 23 h

Tarif : 20 $

POUR ACHETER VOTRE ACCÈS AU CONCERT VIRTUEL C’EST ICI

Du haut de ces vingt-quatre ans, la jeune Magi Merlin force le respect par sa maturité et le sens qu’elle donne à sa musique. De par son expérience et son évolution personnelle, l’artiste tend à encourager, au travers de ses paroles, toute personne dont le besoin de changement serait essentiel. Ce qui est devenu avec le temps un sujet important de sa musique, n’est en aucun cas une mauvaise chose selon elle. Magi Merlin discute avec nous de l’importance de ses origines tant dans ses compositions que dans sa carrière au début plus que prometteur.

PANM 360 : Quelles sont vos influences musicales ?

Magi Merlin : « Je suis inspirée par beaucoup de genres musicaux notamment soul, r’n’b, et hip-hop. Mais pour ce qui concerne l’écriture à proprement parler, Frank Ocean m’inspire beaucoup dans sa manière de raconter les histoires. Pour ce qui est des vocalises et du chant, le groupe australien Hiatus Kaiyote, emmené par la chanteuse Nai Palm, est une grande source d’inspiration aussi. Les beats de mes chansons sont exclusivement produits par Funkywhat, un producteur montréalais, aux influences funk, soul, jazz, à l’image de Funkadelic. »

PANM 360 : À ce sujet, pouvez-vous nous parler de Funkywhat. Qui est-il pour vous ?

Magi Merlin : « Nous nous sommes rencontrés il y’a trois ans tout juste. Je commençais à prendre la musique vraiment au sérieux, tout comme lui, et nos chemins se sont croisés au bon moment. Nous avons travaillé beaucoup ensemble, ce qui m’a permis de trouver le son qui me correspondait. Nos deux influences musicales se sont vraiment bien mélangées, ce qui a donné un résultat unique et qui me caractérise vraiment bien. »

PANM 360 : Pourquoi ne vouloir travailler qu’avec lui ?

Magi Merlin : « J’ai rencontré il y’a quelques années différents producteurs de musique, mais l’un d’entre eux m’a conseillé de ne travailler qu’avec un seul à mes débuts, afin de trouver vraiment mon genre et mon style, ce avec quoi j’étais d’accord. De plus, certains d’entre eux évoluaient davantage vers la musique pop, ce que je ne voulais pas. Je pense que c’était essentiel à mon développement de ne travailler uniquement qu’avec un producteur. Maintenant que je sais ce que je veux, et que j’ai bien pris le temps de développer ma propre musique avec Funkywhat, je vais m’ouvrir à d’autres beatmakers. »

PANM 360 : En termes d’écriture et de production, comment travaillez-vous ensemble ?

Magi Merlin : Ça dépend. Il travaille de son côté et moi du mien, puis on rassemble nos travaux ensemble. Sinon je freestyle beaucoup et j’enregistre sur mon téléphone ce qui me passe par la tête. Mais la plupart du temps, il produit les sons, je chante par dessus et on retravaille par la suite selon le résultat.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous inspire pour l’écriture de vos chansons ?

Magi Merlin : Mon inspiration provient principalement de la façon dont je grandis, comment je vois et vis les choses au quotidien. Mes origines parentales m’inspirent aussi grandement : ma mère étant arménienne et mon père haïtien, même si ils ont grandi ici au Canada. Ni eux ni moi n’avons vécu dans ces pays, mais beaucoup d’évènements majeurs s’y sont déroulés (Génocide arménien par exemple) et j’ai à coeur de savoir d’où je viens pour mieux comprendre comment j’ai grandi et les idées qui font de moi ce que je suis aujourd’hui.

PAN M 360 : Quel a été le dernier évènement à vous avoir inspiré ?

Magi Merlin : Black Lives Matter ! Que tu aies un héritage ou non, tu es noir aux yeux du monde. L’été 2020 a été toute une expérience pour moi. J’ai réalisé à quel point le traitement des communautés noires était différent. J’étais assez étonnée de voir que les gens autour de moi ne parlent pas assez de ce combat important, voilà pourquoi j’ai écrit une chanson que j’ai chanté en clôture de mon live au Dômesicle de la SAT l’été dernier.

PAN M 360 : Quels messages voulez-vous transmettre à travers votre musique ?

Magi Merlin : Je veux que les gens qui marchent dans la rue se sentent confiants et puissants, comme je le suis devenue avec le temps. C’est toujours plus difficile de changer si tu ne l’acceptes pas ! Le changement n’est pas une mauvaise chose, c’est pour cela que je parle beaucoup dans ma musique d’évolution personnelle, de grandir intérieurement et d’introspection. Toujours savoir qui on est, en recherchant d’où l’on vient, comme moi et mes origines arméniennes et haïtiennes.

PAN M 360 : Est-ce qu’un album long format serait en préparation ?

Magi Merlin : « Oui je travaille actuellement sur un format d’album unique, déstructuré. Un album de neuf chansons découpé en quatre EPs. Chacun abordant les thèmes des saisons (printemps, été, automne et hiver). Le projet a commencé en octobre dernier durant l’automne et le premier single est Walkin’ To The Dep. L’hiver m’inspire, c’est dur psychologiquement et nos humeurs sont changeantes. L’état d’esprit évolue aussi à chaque saison et c’est intéressant de voir comment chaque personne vit les saisons. »

PAN M 360 : Comment voyez-vous votre premier live virtuel au festival Phoque OFF ?
Magi Merlin : « C’est une chose à laquelle je pense beaucoup trop (rires). Je suis très stressée à l’idée de performer devant une salle vide. Le fait de savoir que les gens ne seront pas en face de moi m’angoisse, car en temps normal ils absorbent vos émotions. Je me sens plus moi-même quand je peux interagir avec eux. Là ils sont comme déconnectés de moi, il n’y aura pas d’interaction et ça peut être difficile à vivre. Les internautes vont plus prêter attention à ma manière de chanter plutôt que l’énergie partagée en concert. »

Magi Merlin sera en spectacle ce soir, à 20h dans le cadre du Phoque OFF avec Pierre-Hervé Goulet, Ariane Roy, Sylvie, Baie, Kanen, et LaFièvre. Les passes donnant accès à tous les spectacles sont en vente ici au coût de 12 $.

Fondé en 2001, le VICO était le projet visionnaire… d’un Montréalais, le compositeur Moshe Denburg! Formé dans la rigueur intellectuelle et académique de la musique savante occidentale, Denburg avait également à cœur d’inclure dans sa démarche créative les autres traditions savantes du monde entier. Le résultat a été la fondation du VICO, un orchestre de chambre digne des Nations Unies, qui interprète autant de la musique de type populaire que savante. Violons, violoncelles, hautbois, flûtes, etc. côtoient tar, santur, oud, erhu, shona, et bien d’autres.

Le 18 février 2021, sur le site du festival Montréal Nouvelles Musiques (MNM), le VICO donnera un concert tout contemporain avec deux créations et un arrangement de Pulau Dewata de Vivier! Oh là là que j’ai hâte de découvrir la ‘’bibitte’’ fabuleuse que ça risque de produire! Pour ceux qui ne pourront y être le soir même, pas de panique! Tous les concerts seront disponibles six mois après leur première diffusion. Et tout cela gratuitement!

En attendant, j’ai parlé avec Mark Armanini, directeur artistique et de production de l’orchestre.

Pan M 360 : Il y a 20 ans, la création de cet orchestre unique était-elle un acte de foi ou une démarche visionnaire?

Mark Armanini : Je dirais qu’il s’agissait du résultat naturel de ce que Vancouver était alors (encore plus aujourd’hui), doublé d’une idée visionnaire du Montréalais Moshe Denburg.

Vancouver Inter-Cultural Orchestra (VICO)

Pan M 360 : Comment l’orchestre a-t-il évolué en 20 ans?

Mark Armanini : Au début, nous étions un peu plus orientés vers la musique populaire, mais avec le temps, nous avons introduit de plus en plus de musique contemporaine et de commandes. Il y a eu évolution en termes de répertoire, donc, mais aussi en termes d’interprétation et de techniques de jeu. Chaque fois que nous commandons une pièce contemporaine ou un arrangement (nous jouons encore souvent des pièces populaires adaptées pour nous), c’est une occasion d’apprendre les uns des autres, compositeur.trices et musicien.nes. Les styles d’improvisation constituent aussi une base de nouvelles connaissances car chaque culture musicale possède des techniques d’impro différentes des autres.

Et puis, les origines culturelles se sont également étoffées. Au début, nous avions principalement des artistes aux racines chinoises, mais depuis, nous avons intégré les cultures persane, moyen-orientale et japonaise.

Pan M 360 : Pourquoi avez-vous évolué vers une programmation contemporaine? Quelle était la nécessité?

Mark Armanini : L’intention est d’abord venue des compositeur.trices, qui dirigent en majorité le VICO! La plupart souhaitait pouvoir explorer de plus importantes dimensions de la création musicale et sonore. Il y avait aussi une volonté certaine de la part de la direction d’amener les instrumentistes à se perfectionner en leur offrant de la musique plus exigeante. Cela étant dit, nous ne faisons jamais de concert tout contemporain comme celui du MNM. Ce sera une première!

Vancouver Inter-Cultural Orchestra (VICO)

Pan M 360 : Plusieurs des musicien.nes provenant de traditions où l’improvisation est très présente, est-ce que cela signifie qu’un.e compositeur.trice doit nécessairement inclure cette technique dans ses partitions?

Mark Armanini : Oui. C’est une question d’adaptation et de développement de nouvelles techniques d’écriture. En plus, chaque style d’improvisation est différent et comporte des exigences particulières, en plus des limites de chaque instrument. Autant les interprètes doivent s’adapter à de nouvelles formes de musique, autant les compositeur.trices doivent aussi modifier leurs réflexes d’écriture en fonction de tous ces paramètres.

Pan M 360 : Tout le monde doit être familier avec la notation occidentale?

Mark Armanini : Pas obligatoirement. La plupart des compositeur.trices le sont, mais à des degrés différents. Nous leur offrons de l’aide dans les cas où ils en ont besoin. Les interprètes ont par contre des parcours plus disparates. Alors, oui nous devons accompagner certains d’entre eux ou elles dans le développement de cette particularité de notre musique. Mais nous devons également accompagner les musicien.nes classiques! Dans plusieurs pièces, ils sont confrontés à des principes issus de traditions non-occidentales, desquels ils ne connaissent parfois absolument rien! C’est toute la beauté de cet orchestre, un espace d’échanges qui n’est pas unidimensionnel. C’est un partage de connaissances et d’apprentissages.

Pan M 360 : Comment s’est présentée l’idée d’arranger Pulau Dewata de Vivier pour le VICO?

Mark Armanini : C’est Walter Boudreau qui m’a lancé le défi de faire l’adaptation! En tant que musicien, j’aime prendre des risques, alors j’étais heureux de me lancer dans l’aventure, mais lorsque j’ai lu la partition, je me suis dit Oh mon dieu, ça va être difficile! En fin de compte, à mesure que j’avançais dans le travail, je me suis aperçu que ça allait mieux que je pensais. C’est tellement bien écrit! Les lignes sont claires et bien définies, la logique d’ensemble est impeccable, alors il a été facile de déterminer quels types d’instruments et de couleurs je pouvais donner à chaque ligne et chaque partie. C’est du côté des musiciens que le défi à relever a été plus ardu. Mais je pense qu’ils l’ont relevé avec brio. Ce fut un apprentissage exceptionnel. Vivier était un prophète. Ce qu’il a écrit à cette époque, inspiré par Bali, était déjà parfait en termes de création de textures et de couleurs, mais dans la version que nous présenterons, c’est comme si tout se mettait en place naturellement pour exprimer une vision de l’oeuvre qui était latente, sous-entendue. Ce sera un Pulau Dewata en version 4K!

Pan M 360 : Décrivez-nous rapidement les autres pièces du concert

Mark Armanini : Gypsy Chronicles est basée sur une chanson de troubadour, et offre au tar, au santour, au oud et à plusieurs percussions comme le darbouka et le tabla de très belles lignes d’expression. La pièce a une texture plutôt rugueuse. C’est une œuvre en quatre mouvements, comme une symphonie de chambre.

À cette époque-là est une suite concertante, elle aussi en quatre mouvements. Il s’agit d’un concerto habillé de sonorités moyen-orientales, et chaque mouvement évoque un type de tapis persan traditionnel. C’est une pièce très diversifiée en termes de textures et de couleurs!

Pareidolia ressemble à une œuvre européenne contemporaine. Elle est abstraite, mais poétique et plutôt évocatrice, comme les sommets brumeux des montagnes dans des peintures chinoises.

As the first spring blossoms awaken through the snow est une très douce, très chouette petite pièce. Elle est constituée de portions assez importantes d’improvisation, mais dans un contexte contrôlé. La compositrice utilise des techniques élaborées pour mettre en évidence le setar et le oud en explorant leurs possibilités sonores insoupçonnées. Le public sera surpris car il ne reconnaîtra pas les instruments traditionnels. Cela prouve également que ces derniers ont une étendue de possibilités sonores immense, et encore mal explorée.

Pan M 360 : Ce sera le premier concert entièrement consacré à la musique contemporaine pour VICO, disiez-vous. D’après-vous ce sera un concert plus exigeant que ce que vous avez l’habitude de faire?

Mark Armanini : Oui absolument. Le secret dans ce genre de collaboration c’est de chercher à ce que les musiciens se sentent le plus confortable possible. Nous leur demandons beaucoup d’efforts, mais dans le respect de leurs traditions et de leur héritage culturel. Le résultat final est excellent parce que, justement, ils acceptent de prendre des risques qui leur permettent d’évoluer. C’est pour cela qu’ils sont si bons!

Pan M 360 : J’avoue être un peu jaloux. Il faut un ensemble comme celui-ci à Montréal!

Mark Armanini : Mais oui, j’espère que ce sera le cas un jour!

Pan M 360 : Je vous souhaite le meilleur pour le concert et pour l’avenir. Ce que vous faites est très inspirant.

Mark Armanini : Merci beaucoup pour l’invitation.

Andrew McAnerney dirige le Studio de musique ancienne de Montréal (SMAM) depuis 2015. Lui-même chanteur et choriste formé à Oxford et ex-membre des fabuleux Tallis Scholars, il vient de sortir avec sa formation montréalaise un album épatant et somptueux consacré à la musique chorale polyphonique de la fin du 15e siècle à la Cour de Bourgogne.

Lisez notre critique de l’album

L’occasion était idéale pour parler de la beauté complexe et envoûtante de la musique polyphonique de cette époque lointaine, et particulièrement du contexte unique faisant de la Bourgogne un chaudron parfait pour brasser les ingrédients de tout le développement ultérieur de la musique occidentale.

Pan M 360 : Bonjour Andrew. Expliquez-nous d’abord quelle est cette pièce, L’Homme armé, qui donne son titre à l’album. Pourquoi l’avoir choisie?

Andrew McAnerney : Cette chanson était très populaire à son époque. Tout le monde la connaissait. Nous ne sommes pas certains de son origine exacte. Peut-être a-t-elle été écrite en référence à la prise de Constantinople par les Turcs en 1453, ou parle-t-elle des nombreuses guerres entre d’innombrables petits royaumes, duchés et autres principautés qui pullulaient à l’époque? Une source très plausible est aussi la Guerre de Cent Ans, qui était terminée depuis 1453 et avait laissé de terribles souvenirs aux populations, les atrocités commises par les soldats généralement sous-payés, les ‘’hommes armés’’, ayant marqué les esprits de bien sordide façon. L’auteur et compositeur de la chanson devait savoir exactement de quoi il parlait en disant ‘’méfiez-vous de l’homme armé’’, et ses contemporains étaient certainement d’accord!

En ce qui concerne le titre, je l’ai choisi car je souhaitais quelque chose d’attrayant et qui pourrait susciter l’intérêt du public et être facile à mémoriser.

Pan M 360 : Cela dit, l’écoute sera surprenante si on présume une musique ‘’guerrière’’ et agressive. Ce n’est pas du tout le cas!

Andrew McAnerney : Non en effet! Cette musique est merveilleusement apaisante, même les pièces les plus virtuoses. La richesse des harmonies enveloppe et transporte dans un incroyable voyage dans le temps et l’espace.

Pan M 360 : Pourquoi la musique de cette région est-elle si intéressante?

Andrew McAnerney : La Cour de Bourgogne avait déjà un siècle de patronage des arts et de la musique de qualité à la fin du 15e siècle. La Bourgogne était l’une des plus riches et prospères régions du continent. Alors, ils avaient les moyens d’investir dans les arts, un rayonnement à ne pas négliger à l’époque (et même aujourd’hui d’ailleurs). Qui plus est, il y avait un autre avantage important : la musique sacrée est un investissement rentable pour tout monarque ou aristocrate qui souhaite s’assurer un passage profitable de l’autre côté de la vie terrestre. Quand on veut aller au Paradis, on prie, et quand on est riche, on peut même se payer un passage accéléré en commandant la plus belle musique en hommage à Dieu!

Les meilleurs musiciens étaient donc invités et payés dignement pour écrire la meilleure musique. Sur l’album il y a un Credo exceptionnel dans lequel deux rythmes se superposent en même temps, un 8 et un 9, ce qui est très difficile à maîtriser. Mais aux oreilles de la personne qui écoute, rien ne paraît, aucune aspérité ou cafouillage sonore, tout est fluide et superbement envoûtant.

Je trouve cela fascinant!

Pan M 360 : Diriez-vous qu’il s’agit de la musique la plus avancée de son époque?

Andrew McAnerney : Il est difficile de répondre définitivement, car nous n’avons que peu accès à ce qui se faisait ailleurs, du moins pas avec autant de précision. Mais en toute probabilité, oui, on peut dire que cette musique est fondamentale si l’on veut comprendre tout ce qui viendra ensuite dans la musique occidentale.

Photo : Katya Konioukhova

Pan M 360 : Avez-vous apporté des modifications significatives à l’ensemble et à son répertoire depuis que vous avez pris les renes en 2015?

Andrew McAnerney : Non, je préfère bâtir sur la riche et longue route que mon prédécesseur a tracé avec brio durant sa vie avec l’ensemble. J’ai à cœur de poursuivre dans la même direction et apporter ma modeste contribution dans une histoire déjà bien étoffée. Mais, cela dit, j’ai des préférences personnelles, qui proviennent de ma formation en chant a capella de la Renaissance. J’aime les longues lignes legato et la diction très claire, limpide.

Pan M 360 : Quels sont les atouts particuliers d’un ensemble comme le SMAM pour vous?

Andrew McAnerney : Le fait d’avoir un ensemble constitué de chanteurs qui sont individuellement aussi bons! Ils sont tous excellents et chacun mène une riche carrière. J’ajoute à cela l’incroyable bassin de talents qu’il y a dans cette ville en termes de musique ancienne instrumentale! C’est fou! Je ne vois cela nulle part ailleurs en Amérique du Nord. Dans l’album, nous avons trois sacqueboutiers et ils sont tous ici, tout près! Je ne vois pas beaucoup de villes, même en Europe, capables d’avoir accès à cette richesse. Montréal déborde de musiciens de grande qualité!

Mais tout ça ne serait pas possible sans le support, excellent, des gouvernements, ici au Québec. Imaginez, nous sommes appuyés par la ville, la province et le gouvernement fédéral. C’est une chose rare dans le monde! Je regarde ce qui se passe au sud de la frontière, et même dans mon pays d’origine, l’Angleterre, et j’ai le cœur brisé. Même dans le reste du Canada, c’est le silence en période de pandémie. En Ontario, on ne peut même pas répéter en respectant les distances. Il n’y a pas de concerts, ou presque, alors que nous avons fait plusieurs activités diffusées en ligne. Évidemment, je suis conscient que beaucoup de musicien.nes souffrent quand même beaucoup, et tout mon coeur est avec eux et elles. Mais, quand on se compare, on se console.

Photo : Katya Konioukhova

Pan M 360 : Cette musique est si belle et inspirante, mais c’est encore un défi de la faire paraître ‘’pertinente’’ pour une large partie du public, n’est-ce pas ?

Andrew McAnerney : C’est vrai, et c’est une mission que nous tentons d’accomplir de toutes sortes de manières. Vous savez, la plupart des compositeurs de cette époque sont des hommes, et la totalité sont blancs. Mais il y a des façons d’apporter un peu de diversité dans ce contexte. Nous avons par exemple créé un programme constitué uniquement de compositrices. Nous avons aussi donné un concert consacré à la musique de l’Empire ottoman, et j’ai récemment passé commande pour des arrangements de chansons Métis, que je souhaite interpréter aux côtés de pièces de Purcell. La connexion avec les racines d’ici est très importante et il y a toutes sortes de bonnes façons de le faire.

Pan M 360 : Ressentez-vous cette exigence de diversité comme une pression?

Andrew McAnerney : Non, pas une pression, juste une pratique normale et souhaitable. C’est constructif artistiquement, mais également en termes de développement de public.

Pan M 360 : Envisagez-vous un programme spécial, voire spectaculaire pour le jour où vous pourrez retrouver un public en salle?

Andrew McAnerney : En vérité, non. D’abord parce que nous ne savons pas quand ça arrivera, et je pense même que ce sera plutôt d’une façon graduelle qu’un retour festif, une journée précise.

Non parce que, de toutes manières, nous avons les yeux (et les oreilles) rivés sur le 50e anniversaire d’existence du SMAM, en 2024. pour l’occasion, j’aimerais que l’on fasse les Vêpres de Monteverdi.

Pan M 360 : Vous avez raison, c’est certainement plus sage ainsi! Merci

Andrew McAnerney : Merci à vous!

Établie par les Britanniques Yazoo (Yaz chez nous) et les Hexagonaux Elli et Jacno, la tradition quadragénaire du duo mixte synth-pop se porte très bien merci. À l’œuvre depuis déjà une décennie, les Annéciens désormais Parisiens Vickie Chérie et Leo Bear Creek, alias The Pirouettes, le prouvent indéniablement : un label à eux (Kidderminster), deux microalbums (un homonyme en 2012 et L’importance des autres en 2014), trois recueils en bonne et due forme (Carrément carrément en 2016, Monopolis en 2018, puis le double album Équilibre ces jours-ci) et, surtout, la reconnaissance unanime du public, des critiques et du Chevalier Kadosh de la pop française, Étienne Daho.

Leo a d’abord tenu le rythme chez Coming Soon, formation de son frère aîné, avant de rencontrer Vickie et de lui écrire une chanson : ainsi s’est opérée la genèse de ce duo qui, de sa plume décomplexée, secoue celles du romantisme. Et ne tentez pas de débusquer de velléités nostalgiques chez The Pirouettes : Vickie et Leo respectent leurs aïeuls, notamment Michel Berger et France Gall, tout en étant authentiquement actuels. Entrevue de Pan M 360 avec The Pirouettes, où il est question de continuité, de rupture, de présent et d’avenir.

Pan M 360 : D’entrée de jeu, sans vouloir trop vous bassiner avec ces histoires, on sait qu’Équilibre est un album de rupture, la vôtre. Mais, contrairement à la plupart des albums du genre, que ce soit Dylan et son Blood on the Tracks, Beck et son Seachange ou Dominique A et son Remué, les deux principaux intéressés – c’est-à-dire vous deux – y participent et y trouvent même un « équilibre ».

Vickie : “C’est un panorama 360, justement; on est obligés d’entendre tous les points de vue!”

Pan M 360 : Le nouvel album compte 18 pièces. Vous avez écrit tous les textes?

Leo : “ Il n’y en a qu’un seul qu’on n’a pas écrit, celui de Les morsures Monica, qui nous a été offert par Dodi El Sherbini. L’écriture de Dodi est plus abstraite, peut-être un peu moins positive que la nôtre. Ça reste, pour moi, l’un des meilleurs auteurs-compositeurs de France.”

Vickie :” Il a une écriture plus misanthrope, je crois. Oui, Les morsures Monica a été intégralement composée et écrite par Dodi et des collaborateurs à lui. Dodi a aussi composé plusieurs autres morceaux avec nous, dont Oulala.”

Leo : “ On avait invité Dodi à faire notre première partie à l’Olympia. C’était important que ce soit lui, c’est sa musique qu’on aime le plus en ce moment. Son dernier album, Fictions, est vraiment un chef-d’œuvre.” 

Pan M 360 : “ Une partie du texte de Lâcher prise a été coécrite avec Timothée Joly, qui participe aussi à la chanson. De fait, elle me fait penser à De larmes de Zed Yun Pavarotti, sortie l’automne dernier.”

Leo : “ Oui, Timothée a écrit le refrain et composé la musique. Et j’aime bien Zed Yun!”

Pan M 360 : Pour ce qui est de la composition et de la production, vous vous adjoignez des artisans costauds, comme Nino Vella, le susmentionné Dodi El Sherbini, Superparka, Boumidjal X, Sany San… Vous avez un vaste réseau! Ce sont eux qui vous approchent ou vice versa? Ce sont des artistes dont vous suivez le travail?

Leo : “ Ça dépend lesquels, il y a beaucoup d’amis parmi eux, et des gens qu’on rencontrait pour la première fois au moment de faire ces morceaux. Chaque fois, ça s’est super bien passé, aucune de ces relations n’a été déplaisante. En même temps, le défi consistait à trouver une cohérence pour tout l’album, et je crois que ce sont nos voix qui amènent cette cohérence. Nous chantons à deux et une unité se dégage du tout, malgré les producteurs d’horizons différents.”

Pan M 360 : Vous chantez moins en chœur, plutôt chacun votre tour, par rapport aux albums précédents?

Vickie : “ Oui, on peut dire ça, on chante très peu à l’unisson sur cet album. Il y a des morceaux où l’on chante ensemble, qui sont peut-être plus décalés, comme Il n’y a que toi. Sinon, sur la plupart on chante chacun notre couplet. Sur Encore un peu d’amour, il n’y a pour ainsi dire que Leo qui chante. C’est un truc tout à fait naturel, ça coule de source dans un contexte post-rupture : on n’a pas les mêmes choses à dire, on ne ressent pas les mêmes choses. Donc, les deux points de vue doivent être exprimés; c’est naturel de donner sa version à égalité avec celle de l’autre. Ça s’articule de façon équilibrée.”

Pan M 360 : Au point de vue technique, êtes-vous des tronches de studio? L’équipement, les synthés et tout le matos, comme on dit, ça importe beaucoup pour vous? Vous aimez bidouiller, ou alors vous faites davantage confiance aux producteurs?

Leo : “ Ça arrive quand même qu’on débarque en studio avec des démos, même très souvent; c’est le cas pour 50 % de l’album, ce sont des portions instrumentales qu’on compose nous-mêmes. Ensuite, c’est sur ordinateur, c’est très numérique. Il arrive, en studio, qu’on remplace les sons par de vrais synthétiseurs, du vrai matos donc. On touche un peu à la composition et aux arrangements, on arrive parfois avec des morceaux déjà arrangés.”

Vickie : “ On touche à la composition, mais après, on n’est pas de grands techniciens. On se débrouille, on sait faire de la musique sur ordinateur. On donne des idées, on amène une vraie direction, mais pour ce qui est d’étoffer les morceaux, de pousser les arrangements, on a beaucoup moins de ressources qu’un producteur.” 

Pan M 360 : À l’origine, votre projet musical s’inspirait du son des années 80, notamment de Michel Berger. Après trois albums, vous en êtes arrivés à une esthétique très contemporaine, bien en phase avec l’époque actuelle. J’entends une filiation avec vos compatriotes qui malaxent l’électro, la pop, le rap et le R & B, comme Hervé, Johan Papaconstantino, Régina Demina ou Polo et Pan, entre autres. Vous vous sentez des affinités avec ces musiciens?

Leo : “On est très fans de Johan Papaconstantino!”

Vickie : “ Pour ce qui est de Michel Berger, il s’agit d’une des influences qu’on a depuis très longtemps. Personnellement, ça m’accompagne encore, c’est de la musique que j’écoute régulièrement. Sa façon d’exprimer les sentiments, notamment, est très inspirante. Je crois que nous n’en sommes pas là, car c’est extrêmement beau et juste et tout. Ça reste une toile de fond, un auteur-compositeur qui nous touche, de façon très très contemporaine.”

Pan M 360 : Avez-vous l’impression de faire partie, avec toutes ces consœurs et tous ces confrères, d’une nouvelle « nouvelle chanson française », vingt-cinq ou trente ans après les débuts de Miossec, Dominique A ou Louise Attaque? Une cohorte au son plus synthétique, ce qui n’exclut pas le recours à l’acoustique?

Leo : “ Oui, c’est vrai, tous les groupes que tu viens de citer, on les aime bien!”

Pan M 360 : Avec le recul, en réécoutant Équilibre, constatez-vous que certaines inspirations insoupçonnées émergent? Qu’il s’agisse de musique, de cinéma ou de littérature?

Vickie : “ C’est plutôt conscient, il y a des références directes dans certaines pièces. Par exemple, la chanson Ciel radieux renvoie directement à un manga de Jirô Taniguchi qui s’appelle Un ciel radieux. Il y a dans Allo une autre référence à un manga, très brève celle-là, « Oh Kyoko », qui renvoie à un personnage de Lorsque nous vivions ensemble de Migiwa Kamimura. J’avais lu ça après notre séparation, je crois, c’est marrant parce que c’est l’histoire d’un couple, c’est très dramatique, rien à voir avec la nôtre.”

Leo : “ Il y a une référence à la légende de Romulus et Rémus, les fondateurs de Rome, dans Élevé par des loups. Et aussi à Inspecteur Gadget dans Enquête d’amour; on a repris le thème dans le refrain, puisque dans la chanson, il est question d’espionner l’autre par l’entremise de son téléphone. Voici quelques références, donc. Il y en a plein d’autres!”

Vickie : “ On fait aussi un clin d’œil à la chanteuse Cléa Vincent dans la chanson Nouveau départ.”

Leo : “ Vickie y chante « Comme dirait Cléa, j’m’y attendais pas », ça renvoie à son tube Jmy attendais pas.”

Pan M 360 : Les sirènes anglophiles charment nombre d’artistes français, non? Certains le déplorent, comme Jean-Louis Murat dans la revue « Longueur d’Ondes », il y a quelques années. C’est essentiel pour vous de chanter en français?

Vickie : “ Il y a de moins en moins d’artistes français qui chantent en anglais. Nous avions eu l’idée de chanter en anglais au début. Leo chantait déjà en anglais dans Coming Soon et moi, j’étais plus à l’aise en anglais. Plus on est jeune, plus on est pudique par rapport à ce que l’on chante, et le français c’est plus frontal. Ça prend du temps s’affirmer dans sa langue maternelle, mais une fois qu’on a passé ce cap-là, qu’on est assez décomplexé, c’est un vrai plaisir et je crois que ça touche beaucoup plus les gens. Si on chantait en anglais, ce serait peut-être plus maladroit. Pourtant, on écoute beaucoup de musique anglophone, c’est pour ça qu’on avait commencé par écrire en anglais, c’était notre inspiration. Mais de chanter en français en se sentant fidèle à ce qu’on pense, c’est le bonheur!” 

Pan M 360 : Peut-être que d’un autre côté, le rap nous ramène de grands paroliers franco comme MC Solaar ou Abd al Malik, depuis une trentaine d’années?

Leo : “ Carrément.”

Vickie : “ C’est clair.”

Pan M 360 : Côté concerts, c’est tranquille ces jours-ci, mais comptez-vous porter l’album Équilibre sur scène?

Leo : “ Oui, en fait ce qui est tragique, c’est que nous sommes déjà prêts à présenter nos nouveaux morceaux. Il y avait un concert de prévu au Trianon le 24 février, nous avons décidé de le maintenir. Nous allons le faire en ligne, ce sera retransmis en direct. C’est notre seul concert pour l’instant.”

Pan M 360 : Vous êtes déjà venus à Montréal, aux Francos?

Vickie : “ Oui, il y a deux ans, je crois.”

Leo : “ Et aussi à M pour Montréal, à la Salla Rossa, c’était chouette.”

Pan M 360 : Alors au plaisir de vous rencontrer, de vous entendre et de vous voir à Montréal! Merci énormément Vicky et Leo de The Pirouettes, longue vie à votre album Équilibre et bonne suite!

À 29 ans, la compositrice, écrivaine, chanteuse et rappeuse Emma Beko sort son premier projet solo. Après plus de dix ans en tandem avec son groupe Heartstreets, l’artiste fait le grand saut et offre avec beaucoup de pudeur ce premier essai très réussi. Sur fond de hip-hop expérimental, Emma se livre à travers des textes remplis de cynisme, de joie, d’anxiété et autres émotions contrastant avec l’espoir qu’incarne Blue, le titre de son album. 

PAN M 360 : Pour ce premier album solo, quels sont les premiers échos  ?

Emma Beko : “ À date, les échos que j’en ai sont pas mal de mon entourage immédiat (d’ailleurs son téléphone ne cesse de sonner, et s’excuse ne sachant plus comment le mettre en mode silencieux). Les compliments affluent, mais je dois dire que j’attends plus ceux de mon public et du monde de la musique. Tout le monde m’a connue il y a dix ans avec Heartstreets (son premier groupe), sauf que là c’est un projet solo dans lequel je me dévoile et je donne tout ce dont j’ai envie. Et surtout je suis abasourdie de voir à quel point on attendait ce premier projet, alors que ça ne fait qu’un an qu’il est en préparation. Il y a une grande attente et je suis super excitée à l’idée d’entendre tout ça, mais en même temps je suis hyper stressée, car je me dis que les attentes seront très élevées pour le  prochain projet sur lequel je travaille.”

PAN M 360 : Ce premier album est teinté de plusieurs influences musicales oscillant autour du rap, alors vous considérez-vous comme une rappeuse ?

Emma Beko : “ Oui je me considère rappeuse, je suis rappeuse dans l’âme. C’est naturel pour moi. Souvent pendant des soirées,  il m’arrive de prendre le micro et de chanter. Et oui, bien souvent le flow que j’ai s’apparente à du rap. Ça n’est pas du street-rap, mais je reste une chanteuse qui fait du rap, tout comme je suis la réalisatrice de mes clips (dit-elle en rigolant).”

PAN M 360 : Musicalement, comment décririez-vous Blue ?

Emma Beko : “ C’est difficile pour moi de catégoriser les choses et encore moins de coller des étiquettes. Quand tu fais une chanson, elle a un style propre, elle est unique. Oui, il y a beaucoup d’influences, et si je devais résumer ce projet, je dirais qu’il s’agit de « hip-hop alternatif ». Le hip-hop a beaucoup influencé ma carrière de chanteuse, toutes les chansons ont de près ou de loin des influences hip-hop, même le titre Alma (avec Karelle Tremblay) qui est plus une ballade. Je dirais même que c’est parfois expérimental, au sens où n’est pas ce qu’on connaît du hip-hop. Le hip-hop a évolué ces dernières années, et les branches de ce mouvement se sont multipliées, c’est pour ça que je qualifie cet album de « hip-hop expérimental ».”

PAN M 360 : Vos racines péruviennes et hongroises ont-elles influencé votre musique ?

Emma Beko : “ Inconsciemment, oui, sûrement. Ça n’a pas influencé la production, mais mes textes définitivement. En Hongrie, dans la famille, souvent les soirées finissaient en karaoké et j’avais une certaine aisance à me dévoiler et aborder certains sujets au micro. C’est en ça que ces origines ont influencé ma manière d’aborder des sujets sensibles comme les problèmes de santé mentale auxquels je fais face depuis quelques années.” 

PAN M 360 : Peut-on considérer ce premier album comme une thérapie face à vos problèmes de santé mentale dont vous parlez ouvertement ? Aussi face à votre rapport  avec l’amour ?

Emma Beko : “ Un grand oui! Quand je crée de la musique, c’est de la pure thérapie en effet. Ça me permet d’extérioriser tout ce que j’ai en moi, plutôt que d’exploser. Ça fait du bien, ça aide à mettre des mots sur mes sentiments et à comprendre un peu le parcours que j’effectue. La santé mentale est un sujet à aborder d’une manière sérieuse,  ça peut nous affecter si ça n’est pas pris au sérieux. C’est un geste important aussi la campagne « BELL cause pour la cause », malgré ce qu’on peut entendre sur ces grosses compagnies, etc… Au moins elles font campagne et elles en parlent, là est toute l’importance. On est une société de plus en plus malade.”

PAN M 360 : La musique a-t-elle été une façon de vous échapper du monde dans lequel nous vivons ? 

Emma Beko : “ Par rapport à mes craintes, oui c’est sûr. Blue était prêt au début de la pandémie l’an dernier, en février 2020. Le premier single Waves, ironiquement, parle de la fin du monde et c’est fou de voir à quel point il est en phase avec ce que nous vivons depuis un an. J’avais déjà cette peur de ce que nous vivons en ce moment. Donc quand la situation s’est empirée, j’avais déjà fait le deuil en quelque sorte. Ça n’a pas affecté plus que ça mon état d’anxiété. J’aurais voulu par contre profiter davantage de mes proches, qui sont très importants pour ma santé mentale, comme c’est le cas de plusieurs d’entre nous. Mais j’ai réussi à échapper à toute cette situation grâce à mon projet qui m’a pris beaucoup de temps.”

PAN M 360 : Comment s’est décidé ce grand plongeon dans cette carrière solo ?

Emma Beko : “ Ça mijotait dans ma tête depuis très longtemps. J’avais vraiment envie d’un projet dans lequel je serais 100% moi-même, sans compromis. Le band c’est différent, tu es deux, tu décides à deux, etc. Là je voulais être moi,  toujours pleine d’idées, et j’avais envie de pouvoir les concrétiser. Faire ce que j’ai envie de faire, tout simplement. Je me suis découverte avec Heartstreets, j’ai grandi et je voulais voir de quoi Emma Beko était capable d’elle-même. J’étais confiante dans la démarche artistique, mais plus anxieuse quant aux shows sur scène, où je serai livrée à moi-même.” 

PAN M 360 : Pouvez-vous nous parler de la pochette de l’album, que signifie-t-elle ?

Emma Beko : “ Ça semble être une image d’archive, mais c’était une mise en scène, une reconstitution. C’est mon amie photographe et directrice artistique, Carole Méthot, qui a eu l’idée. La pochette représente une jeune fille dans un party de sous-sol d’église. Je pose debout au milieu, mon regard sombre représente bien l’ambiance de l’album. Et Blue c’est aussi la couleur de l’espoir qui contraste avec le contexte, cette couleur représente beaucoup d’émotions que j’aime : la nostalgie, la pluie qui tombe, l’acceptation de mes sentiments, etc.” 

PAN M 360 : En tant qu’artiste anglophone, comment avez-vous appréhendé la sortie de l’album au Québec, là où vous vivez ?

Emma Beko : “Oui, c’est un fait, et pour cause : avec mon groupe Heartsreets,  nous n’avons jamais été acceptés comme tels pendant près de dix ans. Nous chantions en anglais et en plus dans un style hip-hop. Donc, vu cette expérience, j’ai appréhendé la sortie de cet album solo. Montréal est très diversifié et nous devrions en être fiers ! Malgré tout, les réactions  sont extraordinaires et je remercie encore toute ma communauté qui me suit depuis quelques années.”

PAN M 360 : Sur les réseaux sociaux, vous avez parlé de jamais vu pour votre spectacle  virtuel. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Emma Beko : “ The Blue Experience sera en live sur internet le 19 mars. C’est un show immersif virtuel malade, que nous allons tourner à L’Anti bar & spectacles à Québec,  durant lequel je chanterai toutes les chansons de l’album, dans un univers artistique distinct. Également, j’ai tourné un show dans le dôme de la Société des arts et technologies (SAT) pour le festival Phoque OFF. Sinon je continue à tourner des clips. Il y aura un clip pour chaque titre, et c’est moi qui réalise.” 

Une ascension rapide et solide, sans concessions. À la vie comme à la scène, la rappeuse reste authentique et avance avec assurance. Alors que son EP Règle deux sort aujourd’hui, l’étudiante en génie physique à la Polytechnique Montréal planche déjà à son prochain album. 

Marie-Gold, comme l’indique son pseudo, dégage une aura badass qui va en inspirer plus d’une. 

Chloé Pilon-Vaillancourt de son vrai nom propose un rap émancipateur, qui s’affranchit des codes habituels. Ses musiques,  ses textes, son flow donnent autant le goût de kicker des culs que de chiller dans son canapé. La force tranquille.

PANM360 : Tu as étudié au cégep du Vieux-Montréal, est-ce à l’adolescence que tu as développé ton goût et ton talent pour l’écriture ? 

MARIE-GOLD : “J’ai toujours écrit. Déjà quand j’avais six ans je disais que mon rêve c’était d’être écrivaine. Tout le long de mon primaire je participais à des concours d’art oratoire. T’écris un texte sur un sujet, tu l’apprends par cœur et tu le récites devant une foule. Mon intérêt pour la scène et l’écriture est parti de là. Quand je suis arrivée au cégep, ça a pris une tournure plus théâtrale et musicale. J’ai commencé à côtoyer des gens qui faisaient de la musique, du rap. Le cégep du Vieux-Montréal est un milieu vraiment artistique, c’est là que j’ai commencé à me plonger dans la musique.” 

PANM360 : En as-tu profité pour prendre des cours de musique ?

MARIE-GOLD : “ La première fois que j’ai pris vraiment des cours de musique parce que j’avais un intérêt c’était des cours de basse électrique pendant que j’étais dans Bad Nylon parce que je faisais tous les beats de Bad Nylon. J’ai commencé à apprendre la théorie musicale mais autrement, à part quelques cours de chant, je n’ai pas de formation musicale.”

PANM360 : Comment décrirais-tu ton parcours de rappeuse ? 

MARIE-GOLD : “ Quand j’ai fini le cégep, j’étais en communication et loisir, j’avais besoin d’avoir une passion plus précise, je suis partie en voyage faire le tour de l’Inde à vélo, ça m’a permis de réfléchir, de découvrir. Quand je suis revenue je me suis dit que j’allais commencer les sciences et le rap. Bad Nylon c’était l’occasion d’avoir un safe space dans lequel faire mes premiers pas. Y’a eu deux formations avec Bad Nylon, j’ai beaucoup appris à la création musicale, j’ai aussi appris comment fonctionnait le milieu de l’industrie musicale. Ça devenait de plus en plus clair pour moi, c’est pour cette raison que je suis partie en solo.” 

PAN M 360 : Quelles sont les rencontres qui ont changé les choses pour toi ?

MARIE-GOLD : “La deuxième mouture de Bad Nylon, rencontrer ces filles là, ça a été extraordinaire, parce que c’est la première fois que je pouvais écrire avec des filles, qui étaient super talentueuses, dans le milieu musical, c’est devenu sérieux. Je dirais que la rencontre de Frannie Holder de Random Recipe a aussi été très importante, elle m’a énormément encouragée, elle a été un mentor comme y’en a peu pour les femmes. Mon premier voyage à Bruxelles a été un game changer. Je me suis dit OK c’est ça le genre de musique que j’aime et que je veux faire. Une autre rencontre qui a été significative pour moi c’est les gars de Novengitum, un collectif de producers et d’ingénieurs du son, c’était la première fois que je faisais faire mes beats par quelqu’un d’autre, ils ont leveled up mon game ! ” 

PAN M 360 : Parmi les artistes de la scène belge, lesquel.les t’ont inspiré ?

MARIE-GOLD  : “ Swing, Romeo Elvis à ses débuts, Lous and The Yakuza, Paradise de Hamza absolument, et Amnesie de Damso évidemment, ça me parle énormément. J’ai rarement autant écouté une chanson en boucle. Y’a aussi Miseducation de Lauryn Hill que j’ai beaucoup écouté quand j’ai commencé à faire du rap. Un des trucs qui m’inspire le plus, ce sont les capsules Grunt, des sessions de freestyle.”

PAN M 360 : Tu commences à avoir une belle discographie, quelles sont les sorties qui ont une importance particulière pour toi ?

MARIE-GOLD: “ Mon premier EP a une signification particulière pour moi, Pureté dessus est magnifique. La chanson Doser avec J-Kyll, c’est le seul beat que j’ai produit de mon dernier album c’est aussi spécial. Impatiente pour moi ça a été un turning point parce que je la trouvais trop pop et en fait ça m’a fait embrace une structure et un flow plus pop. Ça a été un apprentissage parce que là j’ai envie de faire des choses plus accessibles sans piler sur la qualité. Règle deux c’est un turning point, cinq chansons pop, un peu comme le premier EP de Loud, c’est pop mais c’est solide. C’est ça que j’essaie de faire.”

PAN M 360 : As-tu eu l’occasion de te produire en concert cette année ? 

MARIE-GOLD : “J’ai vraiment aimé le show que j’ai fait pour Coup de cœur francophone qui a été tourné et diffusé du Mexique. C’était une magnifique expérience car je suis retournée à la formule simple de DJ/rap et l’ambiance était très bonne, c’était plus simple comme setup, j’étais relax, j’ai vraiment eu une bonne vibe.” 

PAN M 360 : Une bonne vibe qui se traduit musicalement sur l’EP, est-ce que passer du temps au Mexique pour compléter ton stage de génie physique a influencé ton processus créatif ?

MARIE-GOLD : Quand je suis arrivée au Mexique, « Règle deux » était terminé à 50%. Je voulais vraiment que le EP soit feel good, quatre tracks efficaces. Ça a influencé la forme.” 

PANM360 : J’ai l’impression que sur cet EP tu approches ta voix différemment, plus dans les aiguës. As-tu changé quelque chose ? 

MARIE-GOLD : “ En effet, pour le premier album c’était vraiment expérimental. Je commence vraiment à trouver mon son et c’est un son moins grave, plus chanté, je trouve ma signature là-dedans.”

PAN M 360 : Tous les beats sont produits par Rhys Lopez, que peux-tu me dire sur votre collaboration ?

MARIE-GOLD : “ À la suite de l’album, j’avais besoin de présenter un produit qui était plus uniforme musicalement, de faire affaire à un seul producer pour l’ensemble de mes tracks, c’était juste une soirée, j’étais sur track train, un site pour acheter des beats en ligne. Je tombe sur un, je l’adore, j’écris tout de suite Bye-Bye BB qui se retrouve sur l’EP et je contacte le producteur. J’aime tout ce qu’il m’envoie alors je lui propose de produire ton mon EP. Il était à Vancouver, j’étais au Mexique, mon ingénieur du son est à Paris… C’était vraiment virtuel comme EP.”

PAN M 360 : Il y a un gros travail sur les typographies, autant dans tes clips que sur tes pochettes d’albums. C’est quoi l’intention artistique derrière ?

MARIE-GOLD : “J’accorde une grande importance à l’identité visuelle du projet, je travaille avec Charles Desmarais, un artiste visuel extraordinaire, depuis des années. C’est lui qui a fait la typographie de Règle d’or et Règle Deux. C’est comme un morphing, on prend la pochette de Règle d’or, on fait un zoom, l’œil s’ouvre et le règle deux est à l’intérieur. C’est comme dire que c’est la genèse/l’arrière-pensée de Règle d’or. C’est exactement un clin d’œil.”

Il y a exactement trois ans,  c’est-à-dire lorsque nous avions fait connaissance dans le contexte d’une première interview, Dominique Fils-Aimé n’aurait certes pu prédire le succès retentissant de Nameless (2018) et de Stay Tuned (2019), albums d’une trilogie dont le dernier chapitre discographique est rendu public en ce mois de l’histoire des Noirs. Three Little Words paraîtra le 12 février sous étiquette Ensoul Records, comme ce fut le cas des enregistrements précédents, et devrait mener à la chanteuse de déborder le cadre national… lorsque, bien sûr, les frontières seront déverrouillées.

La conclusion de cette trilogie,  parcours initiatique sur les traces de la culture africaine dans les Amériques, côtés blues, gospel ou jazz dans les deux opus précédents, est cette fois consacrée aux formes originelles de la soul et du  R&B.  Les nouvelles chansons écrites par Dominique Fils-Aimé se déploient  sur les thèmes de l’empathie, de la guérison, de l’amour comme arme suprême de la rédemption humaine. 

Devenue sans conteste une star du paysage culturel québécois, gracieuse, altière, charismatique, la chanteuse québécoise d’origine haïtienne, peut désormais s’affirmer  comme un illustre représentante de notre diversité, appréciée au plus haut point par un public vaste, hétérogène, transgénérationnel.

 
PAN M 360 : Comment vois-tu ton extraordinaire progression depuis trois ans, c’est-à-dire lors de notre première interview au coeur de l’hiver 2018 ?

DOMINIQUE FILS-AIMÉ :  « C’est incroyable que je sois rendue là aujourd’hui. J’ai été vraiment chanceuse que le monde ait embarqué dans mon projet. Ce qui est le fun d’autant plus, c’est de ne pas avoir touché une seule catégorie de personnes; mon public n’est pas une seule niche, il est super diversifié, constitué de différents groupes d’âge aux différents backgrounds. Au début je doutais sur mes chances de succès, aujourd’hui je sais qu’on croit en moi telle que je suis, je suis réconfortée par l’appui du public et du milieu de la musique. Je ne suis pas bonne pour feindre des choses, je suis incapable de faire semblant , alors voir que les gens m’acceptent avec mes qualités et aussi mes maladresses, je me dis que j’ai vraiment de la chance. »

PAN M 360 : Où en est le volet international de ta carrière ? 

DOMINIQUE FILS-AIMÉ : «  Avant la pandémie, nous avions commencé à tourner en Europe, ça avait bien fonctionné. Grâce à la plateforme Bandcamp, surtout avec le deuxième album, nous avons généré un certain intérêt aux États-Unis, un peu partout ailleurs – Singapour, Royaume-Uni, Japon, etc. Des labels d’ailleurs nous ont  alors contactés pour des collaborations, des ententes de licences. Ce  développement est organique en fait, c’est bien de ne pas toujours avoir à forcer les choses, et d’aller là où les gens nous aiment déjà, voir les portes s’ouvrir et suivre ce chemin. » 

PAN M 360 :  Comment situer la matière de Three Little Words, dernier volet de la trilogie ?

DOMINIQUE FILS-AIMÉ : «  Cette trilogie peut avoir l’air variée et éclectique, mais tout y découle de la même racine. J’ai suivi le filon. Nous avions commencé par le blues et des chants parfois plus sombres, puis nous sommes arrivés dans le jazz. Vint ensuite cette explosion de créativité, le jazz était le tronc duquel plusieurs branches ont poussé. Ainsi, cette liberté de création dans le jazz se retrouvait dans le R&B, la soul, le hip hop, aussi dans la percussion et autres instruments traditionnels qui vont droit au coeur. La trilogie explore donc les ramifications du jazz comme les racines de la musique noire. 

« C’était un peu une libération pour moi d’avoir parlé de mes racines,  je pouvais alors me donner le droit de parler de ce qui m’avait nourrie directement.  Le blues et le jazz avaient nourri mon subconscient, alors que le R&B, la soul, le hip-hop ont nourri mon conscient. Dans ce troisième album, mes influences  directes se retrouvent. C’est ce que j’explore, tout cet épanouissement musical et cet espoir généré chez moi. Je veux partager cet espoir et cet enthousiasme, aussi les mélanges de genres et cultures induits par ce terreau musical.  Je mets donc en relief ces musiques qui habitent mon âme et ce qui fait se joindre les âmes ensemble. La musique a ce pouvoir d’unification, car elle  touche profondément nos âmes. »

PAN M 360 : Et pourquoi pas le hip hop dans ce troisième album ?

DOMINIQUE FILS-AIMÉ : « J’ai convenu que le sujet du hip hop devait être pris seul, à part entière. C’est d’ailleurs le hip hop qui m’a le plus marquée, qui a pris le plus de place dans ma vie. C’est un bijou que je garde pour la suite, car l’impact du hip hop est plus chargé, c’est un genre aussi important que le jazz, c’est un message porté, c’est une nation pour ses artistes et ses amateurs. »

PAN M 360 : Les genres musicaux illustrés dans cette trilogie font désormais partie de l’imaginaire collectif, bien au-delà des communautés noires dans les Amériques, en Occident, en Afrique ou ailleurs dans le monde. Pourquoi n’as-tu choisi que des formes comprises de tous et toutes? 

DOMINIQUE FILS-AIMÉ : «  C’est la conclusion organique et rationnelle du chemin que j’ai entamé et où il m’a naturellement menée. J’ai choisi des musiques désormais universelles et unificatrices, qui touchent tout le monde. Je voulais que n’importe qui puisse s’y retrouver. Less is more, même pour le jazz dans notre musique. Nous n’allons pas dans la complexité mais dans le plaisir de jouer. Ma musique est une incitation à la rencontre, aussi à l’empathie entre les humains. Je veux participer à cette rencontre, je crois qu’il faille mettre un terme à ces rapports agressifs entre les gens qu’on observe sur les médias sociaux, entre autres. Je crois sincèrement que la musique a un pouvoir de guérison en ce sens. »

PAN M 360 : Côté textes (exprimés en anglais), de quoi est-il question dans ces 15 chansons nouvelles, ceci incluant une version très personnelle de Stand By Me en guise de conclusion ?

DOMINIQUE FILS-AIMÉ : « Dans les deux albums précédents, je voulais en mettre en lumière certains moments de l’histoire. Et surtout comment on pouvait se sentir face à ces moments. Dans celui-ci, plutôt  que d’exprimer l’émotion que suscite un moment historique, je suis allé chercher en moi ce que je ressentais au présent,  quel message je voulais partager à travers cette émotion exprimée.  On n’ose pas discuter de nos faiblesses, je l’ai fait. Je parle de notre guérison en tant qu’êtres humains et aussi la guérison des humains en général et de leur écosystème planétaire. Que conserver de notre système obsolète? Que faire pour l’avenir ? Je parle aussi de l’amour sous toutes ses formes, ça peut sembler naïf ou kétaine et… non ça ne l’est pas. J’ai fini par m’assumer! L’amour est quand même une valeur fondamentale de l’humanité. Ni la haine ni la peur n’arrangeront les choses, l’amour le fera. Il faut cultiver l’amour pour que ça aille mieux. »

PAN M 360 :Peux-tu nous en fournir des exemples de cette orientation prise dans Three Little Words ?

DOMINIQUE FILS-AIMÉ :  « Dans la chanson titre de l’album, il n’y a pas de mots parlés ou chantés, il y a de la voix et des percussions qui vont chercher les gens dans leur coeur et dans leurs tripes . Au fond du mix, on peut entendre un message subliminal en code morse qui signifie amour. Les sons communiquent ce message comme on le fait parfois dans les guerres ou les révolutions – en Colombie, par exemple, le gouvernement a déjà inclus dans une chanson diffusée à la radio un message de libération pour des otages.  Transmettre l’amour et l’espoir dans un message caché, à travers la musique.  

« Dans Being the Same, je rappelle que nous avons généralement tendance à souligner nos différences alors qu’au fond, il y a plus de similarités entre les humains que de différences.  C’est l’idée de retourner à l’humain en tant que tel. La chanson  We Are The Light dit qu’on est fait de lumière et que cette lumière avoir un impact sur le changement nécessaire. » 

PAN M 360 : Est-ce sensiblement la même équipe de musiciens qui a travaillé avec toi ? 

DOMINIQUE FILS-AIMÉ : « Nous avons fait de petits changements mais c’est le même noyau. De nouveau, Jacques Roy (bassiste et contrebassiste) a coréalisé l’album studio avec moi, il a travaillé aux arrangements de cordes et instruments à vent, il a même fait des prises de son. Moi, j’arrivais avec les maquettes, le concept de la chanson, les mélodies vocales, le texte. Après quoi, Jacques s’assurait que les musiciens puissent bien saisir de quoi il s’agissait. Jacques est un musicien très compétent, très sollicité, il  est aussi un très bon être humain. »

PAN M 360 : Après la trilogie?

DOMINIQUE FILS-AIMÉ : « Lorsque le dernier album a été conclu, j’ai eu le sentiment d’avoir fait mon trravail puis j’ai eu un down. J’ai ressenti le néant pour ensuite me rendre compte que je me trouvais plutôt dans la zone des possibles, des possibilités artistiques infinies. Ce plan-là est fini, c’est une chose de faite, je peux commencer à penser au projet projet. Je suis actuellement en train d’y réfléchir. Que suis-je devenue après ces années de création? De quoi aurais-je envie de parler ? 

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