« Ave, maris stella, Dei mater alma » : ainsi débute l’Ave Maris Stella, hymne national des Acadiens. Restons en Acadie et remplaçons l’étoile de la mer par une étoile du firmament folk-rock indie nord-américain nommée Julie Doiron. Son rôle crucial aux côtés de Rick White chez Eric’s Trip, il y a déjà trente ans, aurait suffi à asseoir sa réputation culte. Or, Julie Doiron n’a jamais entendu en rester là, bien au contraire. Non seulement a-t-elle créé une treizaine d’albums solos, mais elle a multiplié les collaborations avec des figures imposantes du rock, notamment Michael Feuerstack et les Wooden Stars, les prolifiques indie-folkeurs français Herman Dune, les Tragically Hip et le très regretté Gordon Downie en solo, Chad VanGaalen, Daniel Romano, Phil Elverum et, plus récemment, Dany Placard. Sur I Thought of You, Julie Doiron préserve le mode opératoire qui fait son succès et nous offre un bouquet de récits intimistes que portent divers sous-genres rock (on a recensé l’album ici). Elle a très aimablement répondu aux questions de Pan M 360 au sujet de tout ça.

Pan M 360 : Bravo pour I Thought of You, un excellent album qui s’ajoute à une discographie fournie! Sur Woke Myself Up (2007), I Can Wonder What You Did With Your Day (2009) et So Many Days (2012), il y a des chansons assez rock, mais tu n’avais jamais fait d’album aussi pesant que I Thought of You, je crois.

Julie Doiron : J’avais fait l’album Julie and the Wrong Guys qui était très rock, en 2017, mais les chansons avaient été composées avec trois autres musiciens. Les autres albums, I Can Wonder et Woke Myself Up, puis et So Many Days c’était avec Rick (NDLR : Rick White, membre d’Eric’s Trip et réalisateur), on laissait plus de place à mes chansons en solo. Cette fois-ci, on était plutôt un band qui jouait ensemble, en studio. Puis il avait Daniel et Ian Romano, ça explique le ton plus rock.

Pan M 360 : Et Dany Placard.

Julie Doiron : Oui oui, Dany jouait de la basse, donc tous les quatre ensemble, nous avons produit ce son-là. Je pense que tu as raison, c’est plus rock que mes autres albums!

Pan M 360 : J’étais au concert-lancement jeudi dernier à la Sala Rossa, c’était excellent. Il y avait une belle chimie, même si c’était une mini-tournée et que ce n’était que votre troisième prestation ensemble. Y en aura-t-il d’autres?

Julie Doiron : Je ne crois pas, car les frères Romano sont tellement occupés. Mais ça reste à voir, peut-être en mai. Je n’ose pas trop planifier. C’était vraiment agréable de faire ces trois concerts avec eux, chacun de ceux-ci était assez différent. À St. Catharines c’était presque grunge. À Toronto c’était plus mollo, puis à Montréal c’était une combinaison des deux.

Pan M 360 : C’est vrai, il y avait des moments plus doux et des passages plus dynamiques! Tu as une présence attachante sur scène, il y a Dany Placard qui bouge bien et Daniel Romano qui a vraiment beaucoup de charisme, même s’il est discret.

Julie Doiron : Daniel n’ose pas parler pendant mes shows… en fait, il ne parle pas pendant ses shows non plus!

Pan M 360 : Ta chanson Ran me fait penser à Where Did You Sleep Last Night, la chanson de Leadbelly que Nirvana avait reprise. Un blues lourd, cru, viscéral. As-tu écouté des trucs comme ça durant la création de l’album? Est-ce que tu t’es inspirée de chansons comme celle-là?

Julie Doiron : Normalement, quand je suis en mode création, je n’écoute pas beaucoup de musique. J’avais composé deux chansons en 2016, une dizaine en 2017 et 2018, puis une seule en 2019. C’est sûr que j’écoutais un peu de musique ici et là, mais quand je suis en création j’évite ça; je ne veux pas composer quelque chose par accident, une musique directement influencée par une autre. Il peut toutefois y avoir des airs dans mon subconscient qui m’influencent sans que je le sache. On n’écoutait rien en studio, surtout qu’on a enregistré l’album en trois jours. Deux jours avec les Romano pour les pistes de base, puis une journée pour les overdubs. Ensuite, j’ai fait mes voix et c’était tout. Ç’a été vraiment vite. Ils ne voulaient même pas écouter mes démos avant l’enregistrement, ils voulaient que ce soit spontané.

Enfin, c’est sûr qu’on est toujours influencé par certaines musiques. Je ne pourrais dire quoi exactement, je ne me suis basée sur rien de précis pour cet album. Je préfère composer la musique que je veux faire. En plus, j’écris des chansons au sujet de mes expériences, les paroles sortent avec la mélodie. Et je ne pourrais dire ce qu’écoutaient les autres musiciens avant d’aller en studio! Probablement du Dylan ou du classic rock… ou peut-être pas.

Pan M 360 : Par la suite, les auditeurs peuvent établir des ressemblances avec d’autres œuvres, ce qui ne veut pas dire que les créateurs ont été influencés par ces œuvres durant la composition et l’enregistrement.

Julie Doiron : Dans You Gave Me the Key, la première chanson de I Thought of You, on dirait un peu du Wilco. Je ne sais pas à quel point Daniel a écouté du Wilco, et c’est lui qui a fait la partition de guitare. Ce qu’il fait, c’est très Rolling Stones aussi, et ça je sais qu’il en écoute!

Pan M 360 : Les chansons peuvent évoquer toutes sortes de choses, en définitive. Dans The Letters We Sent, j’entends Neil Young et Crazy Horse, période Everybody Knows This Is Nowhere.

Julie Doiron : J’ai composé cette pièce en songeant à un solo de ce genre, j’ai même encouragé Daniel Romano à en faire un! Il me connaît depuis longtemps, il sait que j’adore des chansons de Neil Young avec de longs solos comme Cortez the Killer.

Pan M 360 : Cancel the Party sonne slacker-rock à mes oreilles, comme Pavement disons.

Julie Doiron : Oui, c’est vrai! Cancel the Party est une vieille chanson que j’avais composée en 2003. Dany m’avait proposé de la reprendre; on en a donc fait une version slacker-indie-rock-punk!

Pan M 360 : À quoi ressemble ton modus operandi pour écrire et composer? Tu as déjà dit plus haut que quand tu crées une chanson, les paroles sortent avec la mélodie; peux-tu nous en dire plus là-dessus?

Julie Doiron : Normalement, je commence par une phrase et j’ai la mélodie en même temps. Ça part de là donc, je ne peux faire l’un sans l’autre.

Pan M 360 : Tu as une voix, un timbre et un phrasé qui sont tout de suite reconnaissables. Mais, pour la première fois depuis que je t’écoute (une bonne trentaine d’années), je trouve que ta voix ressemble à celle de l’auteure-compositrice-interprète britannique Laura Marling , surtout sur Good Reason, et parfois à celle de Chrissie Hynde, surtout sur Thought of You. On t’a déjà dit ça?

Julie Doiron : C’est cool, on ne m’a jamais dit ça, mais c’est cool pareil!

Pan M 360 : Tu as collaboré avec beaucoup de musiciens durant ta carrière. Des gens t’ont inspirée, mais tu as inspiré et inspire beaucoup de gens plus jeunes que toi. Un exemple, on a Émilie Proulx ici à Montréal, une auteure-compositrice-interprète très douée qui a sûrement écouté des albums! Est-ce que des musiciennes et musiciens plus jeunes te remercient et te disent s’être inspirés de toi?

Julie Doiron : Des fois que je reçois des courriels de gens qui disent ça; je n’ai pas d’exemples précis, mais oui, parfois je reçois de beaux messages.

Pan M 360 : La semaine dernière, au concert de Dany Placard à Ausgang Plaza, vous avez annoncé la sortie d’un album conjoint en avril 2022. Tu peux en parler, ou alors il y a embargo là-dessus?

Julie Doiron : Oui, fin avril. J’en ai parlé lors d’entrevues et je me suis dit « Oups, est-ce que je devais en parler? », mais oui, c’est correct. C’est un album qu’on a fait durant le confinement. On a repoussé sa sortie parce qu’on a décidé que mon album aurait préséance. On enregistrait tous les jours, des chansons composées par Dany, par moi ou par nous deux. Des fois il faisait la musique et moi les paroles, et ainsi de suite. On a joué de tous les instruments, dont la batterie chacun notre tour, puis la guitare lead. C’est un album très cool.

Pan M 360 : Vous avez joué ensemble en mode acoustique, il n’y a pas si longtemps; mon collègue de Pan M Louis Garneau-Pilon vous avait interviewés (à lire ici : https://panm360.com/interviews-panm360/julie-et-dany-passent-au-salon/). Ferez-vous une tournée à la suite du lancement de l’album Julie-Dany?

Julie Doiron : Oui, c’était en mai dernier aux Salons acoustiques. Pour ce qui est de la tournée, oui, sans doute. On fera sans doute d’autres concerts « Julie Doiron » aussi, peut-être pas avec les frères Romano car leur horaire est très chargé. Ou alors on fera des chansons de Julie-Dany, puis des chansons à moi et d’autres à Dany, on verra; on va essayer de trouver quelque chose qui a du sens!

Pan M 360 : On suivra ça de près, merci énormément Julie pour cette conversation!

Crédit photo : Dani Cantó

Pour son 55e anniversaire, la Société de musique contemporaine du Québec propose deux programmes en deux soirs consécutifs à la salle Pierre-Mercure, soit mardi et mercredi prochains.

D’abord, l’Orchestre philharmonique des musiciens de Montréal (OPMEM) présente une œuvre de la compositruce Keiko Devaux, une autre « monumentale » de Steven Gellman ainsi que la création d’une œuvre d’André Hamel.

Le lendemain, la Société de musique contemporaine du Québec reprend le programme intégral du tout premier concert de la SMCQ donné en décembre 1966, avec une œuvre du compositeur français Pierre Boulez, et d’autres œuvres canadiennes signées Serge Garant Bruce Mather et R. Murray Schafer, mort cette année à l’âge de 88 ans.

Walter Boudreau, qui en est à son ultime saison en tant que directeur artistique de la SMCQ après 33 ans de valeureux services, s’entretient avec PAN M 360 de ses choix pour cette commémoration.

PAN M 360 : Comment justifier ces choix commémoratifs?

Walter Boudreau : Je voulais rendre un hommage au tout premier concert de la SMCQ et c’est un concert choc, même 55 ans plus tard ça va en réveiller plus d’un! Le livre des structures de Boulez, surtout le 2e , c’est comme mettre tes doigts dans une prise électrique. C’est quelque chose! Ça n’a pas vieilli. Ce n’est pas une musique d’époque selon moi, c’est comme un manifeste. Prenons le Refus global, ça n’a pas vieilli. On peut le lire avec autant de plaisir vicieux qu’on pouvait le lire à l’époque, parce que ces gens-là avaient raison de se révolter comme ils se révoltaient.

PAN M 360 : Que fait-on d’abord pour un 55e anniversaire?

Walter Boudreau : Pourquoi ne pas reprendre textuellement ce qui a été fait il y a 55 ans, une sorte de « back to the future ». On ira entendre ce qu’on faisait en 1966. Alors je suis allé écouter les œuvres sauf la création de Klavac et je me suis dit wow! Ça devait être tout un choc pour le public. C’est la brochette de l’époque, c’est Serge Garant qui dirige, notamment une de ses œuvres très importantes qui est Anerca. C’est aussi le pape de la musique contemporaine, Pierre Boulez et Structure pour deux pianos, 2e livre, il y a aussi Murray Schafer qui est devenu LE compositeur canadien à avoir acquis un statut international et Bruce Mather, un des piliers de la SMCQ à l’époque pour avoir développé tout un langage microtonal.

PAN M 360 : Que vient alors faire dans ce programme la création de Yerushalayim, composée en 2017 par Petar-Kresimir Klanac?

Walter Boudreau : Nous avons un programme formidable et une commande de Klanac, qui est dans la jeune quarantaine. Dans ce concert-là, donc, on va assumer le rôle qu’on a toujours assumé : commander des œuvres et les présenter dans les meilleures conditions possibles. Alors je réitère cette phrase : j’aime mieux investir dans une pouponnière que dans un cimetière.

PAN M 360 : Pour le premier des deux programmes, la SMCQ invite le jeune Orchestre philharmonique des musiciens de Montréal (OPMEM) sous la direction de Philippe Ménard.

Walter Boudreau : C’est la jeunesse qui compte, et c’est pourquoi la SMCQ investit dans la relève et son secteur jeunesse depuis 20 ans. Et c’est pourquoi nous avons aussi un concert de la relève avec l’OPMEM, dans un contexte où nos orchestres symphoniques jouent encore trop peu de musique contemporaine… œuvre de dix minutes par-ci, 4 minutes par là, sans plus. Alors cet ensemble regroupe des musiciens qui sortent des conservatoires, ils en veulent et ils sont bons! Ainsi ils feront un programme complet dans lequel il y aura une création, soit une œuvre d’André Hamel composée pour sa maîtrise il y a 33 ans et qui n’a jamais été jouée. Le serpent se mord la queue et tout le monde rit. Ces deux concerts se résument par hier en pensant à aujourd’hui, et aujourd’hui en pensant à hier. Ça devrait occuper plein de cases qui ont besoin d’être remplies et dépoussiérées. Le concert sera diffusé sur le Web par la suite.

Premier programme

Keiko Devaux

orchestre

André Hamel

Création

orchestre

Steven Gellman

orchestre


Orchestre philharmonique des musiciens de Montréal (OPMEM)

Second programme

Pierre Boulez

2 pianos

R Murray Schafer

théâtre musical

soprano, piano (célesta), 6 percussions, contrebasse et support

Petar-Kresimir Klanac

Création

flûte, clarinette en si bémol, basson, orgue, piano (échantillonneur), piano Wurlitzer (échantillonneur), célesta (échantillonneur), guitare classique (guitare folk), harpe, 2 percussions, violon, alto et violoncelle

Bruce Mather

piano

Serge Garant

soprano, flûte, clarinette, basson, harpe, percussions, violon, alto et violoncelle

SOLISTES ET ENSEMBLES

Le  Festival Classica, l’Ensemble Caprice et l’Ensemble vocal Arts-Québec tournent actuellement dans huit villes québécoises pour y interpréter Le Messie de Haendel, œuvre phare du temps des fêtes, bien au-delà du monde judéo-chrétien. Sous la direction du chef Matthias Maute, à la barre de l’Ensemble Caprice depuis trois décennies et qui a récemment enregistré le Messie sous étiquette Leaf Music, l’exécution de la fameuse œuvre baroque met ici en lumière les solistes Myriam Leblanc, soprano, Florence Bourget, mezzo-soprano, Antonio Figueroa, ténor, et Marc Boucher, baryton.  Ce dernier étant aussi le directeur général et artistique de Classica, il est l’interlocuteur idéal pour en causer chez PAN M 360.

PAN M 360 : Voilà une ambitieuse production, à la hauteur du pouvoir attractif du festival Classica. Qu’en pensez-vous?

Marc Boucher : Huit villes sont actuellement visitées dont Québec et Montréal et plusieurs villes en Montérégie. Et donc voilà une tournée qui se déroule au-delà de nos espérances. À l’heure où l’on se parle, nos prévisions de ventes de billets s’avèrent quadruplées, nous serons presque à pleine capacité à la Maison symphonique ce dimanche. À Québec les ventes vont très très bien (pour le 17 décembre), le Palais Montcalm devrait être presque complet, Saint-Lambert et Boucherville ça va super bien, Sorel c’était complet. Bref on ne voit aucun indice qui pourrait nous dire qu’il y a une pandémie. Évidemment on doit appliquer les règles sanitaires et le port du masque et la double vaccination. Je ne saurais dire si l’œuvre elle-même, le festival Classica ou l’Ensemble Caprice est la cause de nos ventes de billets quadruplées. 

PAN M 360 : Le Messie de Haendel est l’oeuvre sans doute la plus connue du répertoire sacré dans la période baroque. C’était pour vous incontournable ? 

Marc Boucher : Oui !  C’est l’œuvre phare du temps des Fêtes en musique classique, je me souviens que l’OSM a rempli plusieurs fois la Basilique Notre-Dame par le passé. Et ça se confirme encore cette année… nous en sommes à notre troisième tournée, d’ailleurs. Nous l’avions déjà fait avec l’Harmonie des Saisons et  nous travaillons actuellement avec Caprice. 

PAN M 360 : Quelle approche avez-vous choisi pour l’exécution?

Marc Boucher : Je ne ferais pas un Messie de Haendel avec instruments modernes au diapason moderne (440Hz). Comme on l’a déjà fait avec L’Harmonie des Saisons, on le fait dans les règles de l’art avec Caprice, c’est-à-dire avec des répliques d’instruments baroques (cordes de boyau pour les violons et autres instruments à cordes, trompettes naturelles, etc.) accordés au diapason baroque (415 Hz), c’est une approche historique du festival Classica.  Plusieurs ensembles québécois interprètent désormais la musique baroque avec des instruments d’époque, on est rendu là au Québec et le festival Classica s’inscrit dans cette démarche. Les équilibres sonores sont plus fidèles et réalistes par rapport à la période baroque. Ce sera évidemment la même chose avec le Messie.

PAN M 360 : Quelle est la relation artistique du festival Classica avec l’Ensemble Caprice? 

Marc Boucher : L’Ensemble Caprice célèbre son 30e anniversaire, et Matthias a une connaissance du répertoire qui est vraiment impressionnante. Je peux en témoigner car je suis un des quatre solistes. Franchement, j’apprécie beaucoup cette collaboration, Mathias fait beaucoup de liens historiques avec cette version.  Certains mouvements sont exécutés sur des tempi plus enlevés, par exemple. Pour lui c’est l’atteinte d’une cohérence historique dans son travail et son découpage de l’oeuvre (dans le contexte de différentes présentations en salles, vu la pandémie) , moi je trouve que son approche est très intéressante pour les solistes, pour les musiciens , pour tout le monde impliqué dans cette exécution. Voilà une version très dynamique du Messie de Haendel. Oui c’est une avancée.

PAN M 360 : Quant aux solistes, que dire du quatuor invité, soit Myriam Leblanc, soprano, Florence Bourget, mezzo, Antonio Figueroa, ténor, Marc Boucher, baryton?

Marc Boucher : J’ai une relation artistique avec certains depuis des années, Antonio en particulier. Florence on la suit chez Classica, elle est régulièrement invitée au festival depuis trois ou quatre ans, elle sera de la prochaine édition et fait partie de l’intégrale des mélodies de Massenet, le plus grand projet lyrique jamais enregistré au Canada avec les plus belles voix du Québec – projet qu’on termine le printemps prochain.

 La nouvelle voix que je connaissais peu jusqu’à récemment, c’est Myriam Leblanc, extraordinaire soprano lyrique colorature, une voie très épurée dans le style baroque mais aussi propice à l’opéra. Je l’ai découverte l’été dernier avec beaucoup de bonheur  dans un concert donné l’été dernier aux Îles-de-la-Madeleine. Et puis moi je reprends du service pour assurer la partie des airs de basse pour l’occasion. Ça fait 25 ans que je chante le Messie de Haendel,  coast to coast en Amérique du Nord et aussi en Europe, notamment en Angleterre. 

En fait, je suis très content de ce quatuor de solistes et le chef aussi est très content. C’est une très belle collaboration avec Caprice, nous sommes déjà en train de travailler sur les dates de l’an prochain. Souhaitons que les conditions sanitaires puissent alors nous permettre de l’allonger un peu. C’est actuellement notre plus importante tournée du Messie au Québec et l’an prochain on fera une dizaine de villes.

PAN M 360 : En misant sur une telle tournée du Messie, le festival Classique joue une fois de plus son rôle fédérateur. N’est-ce pas un fondement de votre orientation?
Marc Boucher : D’une certaine façon, on reprend le modus operandi d’événements comme le Festival international de jazz de Montréal, qui programme des spectacles grand public et des concerts de jazz plus spécialisé. Nous avons adopté un modèle comparable, on peut présenter des programmes très pointus mais on ratisse large et on ose des pas de côté avec du rock symphonique par exemple. Et nous sommes très encouragés par cette  tournée du Messie.

La tournée Classica/Caprice du Messie de Haendel se poursuit au Palais Montcalm de Québec, le vendredi 17 décembre, puis le samedi 18 à l’Église Sainte-Thérèse-de-L’Enfant-Jésus de Cowansville, et se conclut le dimanche 19 à l’Église Sainte-Famille de Boucherville. Pour plus d’infos, c’est ICI.

Fin octobre, Franky Fade rendait public Contradictions, très bel opus solo, distinct de l’approche hip hop/jazz/groove mise de l’avant par Original Gros Bonnet (OGB), excellent groupe montréalais dont il est la figure de proue. 

Actuellement en tournée au Québec, le rappeur, chanteur et claviériste débarque chez Ausgang Plaza le jeudi 9 décembre, afin d’y offrir son spectacle-lancement avec ses proches collaborateurs de tournée et aussi des invités spéciaux. Joint sur la route, Franky Fade répond aux questions de PAN M 360, dans le contexte des deux concerts-lancements consécutifs donnés cette semaineà Ausgang Plaza, soit les jeudi 9 et vendredi 10 décembre.

PAN M 360 :  Le titre Bon Ami nous fournit un indice, ton profil biographique le confirme… Tu es de Gaspé!

Franky Fade : En effet, je suis né à Gaspé mais je n’y ai pas grandi. Ma famille est venue vivre près de Montréal quand j’étais encore tout petit et j’ai donc vécu mon enfance à Saint-Bruno, sur la Rive-Sud. C’est là que j’ai commencé mes cours de piano avec Luc Marcel,  pianiste et compositeur qui enseigne maintenant au conservatoire de Rimouski. Je retournais quand même régulièrement en Gaspésie, presque tous les étés quand j’étais plus jeune. J’ai un attachement spécial à cette région, d’où la chanson Bon Ami. 

PAN M 360 : Après l’école secondaire, le cégep Saint-Laurent? Quels furent tes profs d’instruments à MTL? Que voulais-tu devenir alors  

Franky Fade : J’ai fait une première année à Saint-Laurent en voyageant de la Rive-Sud tous les jours, mais les 3 heures de transport en commun étaient difficiles et je suis donc déménagé à Montréal à ma deuxième année de Cégep. J’étudiais avec Réal Ayotte principalement, mais j’ai eu des cours avec Lorraine Desmarais, Pierre François, Marianne Trudel. Dans mes autres cours, j’ai eu la chance d’avoir Jean Fréchette (La Bottine Souriante), Jean-Pierre Zanella et Lévy Bourbonnais comme professeurs, entre autres. À ce moment-là, je savais que je voulais faire de la musique toute ma vie, mais pas exactement sous quelle forme. J’ai toujours voulu faire de la scène et composer, mais je n’avais pas la discipline nécessaire pour être interprète en jazz ou classique au piano. C’est quand j’ai commencé à écrire et rapper avec OGB que j’ai trouvé une direction plus claire. 

PAN M 360 : On raconte sur ton profil biographique que l’album To Pimp A Butterfly, de Kendrick Lamar, a été un déclencheur pour toi, ce qui t’aurait mené au boom bap, à J Dilla et à tout ce qui s’ensuivit. Peux-tu nous en dire davantage?

Franky Fade : Avant 2015, je n’écoutais pas beaucoup de hip-hop. Un peu de 50 Cent, Kanye West et Eminem, mais sans connaître les dessous du genre. L’album de Kendrick Lamar m’a ouvert les yeux sur les possibilités infinies que le rap et le hip-hop offraient à un artiste, tant pour le texte que de la musique. J’ai alors voulu faire mon éducation sur le style en écoutant beaucoup de ce qui s’était fait dans les années 90 – Rakim, De La Soul, A Tribe Called Quest,  N.W.A, Snoop Dogg, Outkast, etc. C’est Sambé, un ami et collaborateur de toujours, qui m’a fait découvrir J Dilla et m’attarder aux beatmakers autant qu’aux rappeurs. Parallèlement, j’ai commencé à écouter beaucoup de ce qui sortait en hip-hop à ce temps-là (Migos, Travis Scott, Young Thug, Mick Jenkins…) et c’est devenu la musique que j’écoutais le plus. 

PAN M 360 : Quels artistes hip-hop as-tu vraiment apprécié depuis? Écoutes-tu beaucoup d’autres styles? Jazz? Classique? Musique contemporaine? Électro? Noise? Drone? Chanson d’auteur? Quoi encore?

Franky Fade : J’ai écouté des tonnes d’artistes depuis, mais voici quelques un.es qui m’ont marqué. 

Rap et R&B : Young Thug, Travis Scott, Frank Ocean, Tyler the Creator, Brockhampton, Kendrick Lamar, Mick Jenkins, Kanye West, Kendrick Lamar, Rapsody, Mobb Deep, Nas, MF DOOM, JID, Smino, Gunna, Playboi Carti, Roddy Rich, Vince Staples, Westside Gunn, Josman, Alpha Wann, Varnish La Piscine, Makala, Eman, KNLO… Je pourrais continuer haha!

Autres styles :

Badbadnotgood, The Beatles, Bill Evans, Bill Withers, Blood Orange, Brent Faiyaz, D’Angelo, Daniel Bélanger, Harmonium, Jorja Smith, Kaytranada, Les Louanges, Michael Jackson, Otis Redding, Sade, Sophie…

Comme tu vois, ça va dans tous les sens. J’écoute pas mal de tout sauf du rock et du métal. Un peu de musique classique, surtout des pièces pour piano. J’écoute régulièrement du jazz. J’ai commencé à m’intéresser à l’hyperpop, surtout la musique de AG Cook, mais je ne suis pas certain d’aimer ça encore. De plus en plus, j’essaie de me tenir au courant de ce qui sort au Québec. J’aime beaucoup Planet Giza et Klô Pelgag, par exemple. 

PAN M 360 : Ton travail de MC/rapper l’emporte-t-il définitivement sur celui de musicien, instrumentiste ? Travailles-tu en beatmaking aussi? Sinon qui sont tes beatmakers préférés?

Franky Fade : Même si je suis considéré comme un rappeur avant tout, je pense encore d’abord à l’instrumentation dans ma musique. Sur Contradictions, j’ai composé 4 des 10 pièces et j’ai participé de près ou de loin à toutes les autres, soit dans l’arrangement ou en contribuant au beatmaking. Pour moi, c’est un travail aussi important que l’écriture dans ma création.  Mes beatmakers préférés en ce moment sont Knxwledge, J Dilla, Kaytranada, Kenny Beats, Wheezy, Freakey! et bien sûr Sambé. 

PAN M 360 :  Y a-t-il des auteurs marquants en rap ou en poésie, de qui tu pourrais t’inspirer indirectement ou directement? Écoutes-tu essentiellement du rap keb lorsqu’il s’agit de rap franco? Sinon, quels sont tes prefs dans le rap français ou belge ou africain ou antillais? Et le rap/ soul anglo? Puisque tu écris, chante et rappe aussi en anglais…

Franky Fade : J’écoute encore principalement du rap américain, mais je suis beaucoup plus à l’affût de ce qui se fait au Québec et en Europe depuis quelques années. Mes paroliers de prédilection sont Kendrick Lamar, MF Doom, Andre 3000 (que je mentionne dans FFreestyle, d’ailleurs) tandis que j’aime beaucoup les flows de Biggie Small, Snoop et plus récemment JID ou Smino. J’adore l’énergie de Playboi Carti et Young Thug. Au Québec, je suis un grand fan de KNLO, Eman, 20some. J’aime aussi beaucoup Imposs, Loud et Connaisseur Ticaso, Nate Husser, Skiifall et Tony Stone, entre autres. En France, je pense que personne n’accote Alpha Wann en ce moment. J’aime aussi Josman. En Belgique, j’ai écouté du Roméo Elvis, Damso, Cabellero & Jean Jass, mais je crois que mon rappeur favori est Swing de l’ODC. Plus récemment j’ai découvert le rap suisse, d’abord avec Varnish La Piscine, puis Slimka et Makala. J’aime énormément ce qui se fait là-bas. J’écoute également un peu de drill britannique, mais ce n’est pas un son que j’utilise beaucoup dans ce que je fais. 

PAN M 360 : Parle-nous de  des collaborations sur ce premier album?  

Franky Fade : Il y en a quelques unes!  

D’abord, j’ai travaillé tout au long de la création avec Sambé, qui a coréalisé l’album avec moi. Il a fait les beats pour Cellules, La perche, FFreestyle et le premier jet de Bon ami. Il a travaillé sur tous les autres aussi à une moindre échelle. Son apport m’a permis de maintenir une certaine cohérence à travers l’album, malgré des pièces souvent très contrastées. 

Ensuite, j’ai travaillé avec Miko sur Rewind. C’est lui qui a fait l’instru à partir d’une maquette que j’avais faite. Il est très bon dans ce genre de pop alternative. 

Sur Vertige, j’ai pris un beat que DoomX de Planet Giza m’a envoyé et on l’a réarrangé avec Sam, avant d’ajouter le pont où Arnaud Castonguay (OGB) joue des flûtes. 

D’ailleurs, Arnaud joue le solo de saxophone dans Métal. Il a aussi fait l’instru de Murder My Ego avec Sam et GreenPiece, un autre membre d’OGB. 

Il y a aussi Pops & Poolboy, de Clay & Friends, qui ont repris ce que Sam et moi avions fait pour Bon Ami et on refait toute l’instru. Ils ont composé plusieurs hits dans leur carrière encore jeune et je voulais ce genre de son un peu plus radio pour cette pièce. 

Finalement, il y a les invitations sur VVM; j’ai eu la chance d’avoir des couplets de Maky Lavender et SLM, deux de mes rappeurs montréalais préféré.es. Je voulais absolument avoir d’autres voix que la mienne sur cette chanson pour transmettre cette impression d’être dans une fête. 

Je veux aussi souligner le travail de Roberto Viglione au mix, son input a été créatif sur plusieurs chansons. 

PAN M 360 : Explique-nous l’évolution de ton style en tant qu’artiste solo depuis l’EP Diamonds, sorti il y a quatre ans?

Franky Fade : J’ai énormément développé mes habiletés d’écriture, de beatmaking et d’interprétation depuis ce premier projet. Je suis plus réfléchi dans mon approche, surtout dans les thèmes abordés et dans la construction d’un projet complet. Je pense que mes refrains sont plus forts mélodiquement et qu’il y a plus de constance dans la qualité des paroles. Musicalement, j’ai incorporé un son plus organique en modifiant ma voix ou des instruments pour les ajouter à tout ce qui est plus programmé. Ça donne un son un peu hybride que j’ai envie d’explorer davantage. 

PAN M 360 : Quelles sont les différentes ambiances de Contradictions? Grosso modo, comment décrirais-tu les principaux tableaux musicaux de cet album?

Franky Fade : Côté paroles, j’oscille entre la confiance, l’indépendance et la vulnérabilité et la remise en question. Ainsi j’ai essayé d’opposer des émotions positives (Rewind, VVM, Bon ami, La perche, Vésuve)  à d’autres plus difficiles à vivre (Métal, Vertige, Cellules, Murder My Ego). FFreestyle est une espèce d’épilogue, une synthèse de tout ça. Il y a des chansons  touchantes, d’autres font danser et d’autres où le rap plus technique est mis de l’avant. Pour un premier projet, j’ai voulu inclure tout ce qui me fait vibrer dans la musique, particulièrement le hip-hop. 

PAN M 360 : Quels sont tes sujets de prédilection? Que cherchais-tu à atteindre dans Contradictions?

Franky Fade : L’amour en est un qui revient de plusieurs manières. D’abord comme un objet dangereux que j’essaie d’éviter (Vertige), que j’apprends ensuite à apprivoiser (Bon Ami) et que je célèbre finalement comme quelque chose de magnifique (Vésuve). L’indépendance est aussi abordée plusieurs fois, dans Rewind, La perche et FFreestyle, notamment. Dans Murder My Ego, je réalise que cette indépendance a des limites et que j’ai besoin des gens qui m’entourent pour avancer. Il y a donc une progression assez évidente de ma manière de penser à travers cet album. Et c’est parce qu’en l’écrivant, j’ai réalisé plusieurs choses et fait pas mal de chemin. 

PAN M 360 : As-tu des chansons préférées sur cet album? Sinon peux-tu en décrire très sommairement deux ou trois?

Franky Fade : Mes coups de cœur changent souvent! Vésuve en est une dont je suis particulièrement fier. Je crois que j’ai réussi à créer quelque chose de touchant autant dans le texte que dans la musique. J’aime beaucoup La perche, une production de Sambé. En ce moment, j’ai aussi un penchant pour FFreestyle, je trouve que j’y suis très lucide. 

PAN M 360. Quels musiciens as-tu réunis pour ta tournée? Invités spéciaux? Comment as-tu aménagé le son de ton backup pour la scène? Qui fait les arrangements de scène? Quelles sont les différences avec le son de Franky Fade en studio?

Franky Fade : La tournée se fait à trois: Sambé à la guitare et au DJing, Alexis Gagnon à la batterie et moi-même à la voix et aux claviers. Quand on peut, comme pour les lancements au Ausgang Plaza, j’invite Arnaud Castonguay au saxophone + Maky Lavender et SLM pour VVM. On joue les pièces presque telles quelles, avec les percus jouées en hybride acoustique/électronique (Alexis a des triggers et un pad) pour ressentir l’énergie de la batterie sur scène  tout en restant fidèle au son studio. Je joue des claviers sur quelques pièces seulement et de la guitare sur une ballade inédite, qui devait être sur l’album, mais qu’on a gardé seulement pour les shows. À part quelques harmonies en séquence, toutes les voix sont interprétées en live. 

Les quelques arrangements sont conçus par moi mais dans les faits, c’est souvent Alexis qui réarrange sa partie de batterie pour que ça sonne mieux dans un contexte de show. On travaille ensemble. 

PAN M 360. Quelles sont selon toi les différences importantes entre ton projet solo et le groupe OGB à travers lequel nous t’avons découvert?

Franky Fade : Le son d’OGB est clairement plus influencé par le jazz que ma musique solo, plus proche de la pop. L’improvisation  est plus présente dans la musique du groupe,  l’instrumentation est plus dense et plus considérable. La musique de Franky Fade est un peu plus épurée, je crois. Pour les paroles, j’ai réussi à aborder des sujets beaucoup plus proches de moi dans cet album, alors qu’avec OGB, j’essaie souvent (inconsciemment) de représenter les 7 gars du band. 

PAN M 360 : Que se passe-t-il avec OGB?

Franky Fade : OGB est encore actif ! On a sorti un album en 2020 et avec la pandémie, mais on a pu commencer à tourner l’été dernier. D’ailleurs, on a diffusé une captation de notre dernier concert, le 26 novembre dernier. On compte pousser encore ce projet, mais on a déjà composé pas mal de musique pour la suite.

Crédit photo : Lian Benoit

FRANKY FADE SE PRODUIT LE 9 DÉCEMBRE, AUSGANG PLAZA

Depuis la fin des années 90, Sébastien Dufour, Glenn Lévesque et Marc Morin forment le Montréal Guitare Trio, un ensemble local devenu international, essentiellement fondé sur la guitare à cordes de nylons. Au cours des deux dernières décennies, des centaines de concerts ont été donnés par le MG3 partout en Occident , dans ses les salles les plus prestigieuses dont le Concertgebouw d’Amsterdam, le Rundetårnet de Copenhague ou le BB King Blues Club de New York. Stoppés par la pandémie, les trois guitaristes et multi-instrumentistes virtuoses ont progressivement retrouvé leurs forces créatrices pour redémarrer de plus belle et reprendre la route… Mais d’abord célébrer le solstice d’hiver en en franchissant les portes… de la salle Bourgie, ce vendredi 10 décembre, 19h30.

PAN M 360 : Pour votre concert de Noël, vous avez choisi d’interpréter des adaptations des pièces suivantes pour la guitare :

Danny Elfman,The Nightmare Before Christmas
Vince G
uaraldi, A Charlie Brown Christmas (extrait)
Mel
Tormé, The Christmas Song 
R
odgers & Hammerstein, My Favorite Things
J. S. B
ach, Jésus, que ma joie demeure (de BWV 147)
John L
ennon, So This Is Christmas

Glenn Lévesque: Eh bien… fidèle à notre habitude nous avons changé 80% du répertoire annoncé, ça ressemble plutôt à ça maintenant:

– Los Peces en el Rio , chanson espagnole de Noël

– Aux portes de l’hiver, composition originale

– Charlie Brown Christmas, thème principal

The Christmas Song, standard de Mel Tormé

-Le Voyage, musique traditionnelle

– Casse-Noisette de Tchaïkovski, 3 extraits

– … et autres surprises

PAN M 360: Aviez-vous déjà présenté un programme de Noël ? 

Glenn Lévesque:  Nous avons commencé à présenter ce programme l’an passé.  On le sort uniquement pendant la période des fêtes et ensuite on va le ranger bien sagement dans les oubliettes pour le reprendre l’année suivante !

PAN M 360 : Que justifie ces choix pop, classiques ou jazz ?

Glenn Lévesque: C’est la façon de procéder du MG3. Nous formons un ensemble éclectique, nous ne nous arrêtons  pas à un style particulier, c’est ce qui nous caractérise depuis le tout début. Si l’un de nous a une idée adéquate et que l’on y croit tous les trois, et bien on se lance. On aime également mélanger les styles, par exemple implanter un reggae au milieu d’une ballade ou  encore jouer des mélodies et des modes arabes dans un raga indien. C’est notre signature.

PAN M 360 : Quelles sont les particularités de vos adaptations ?

Glenn Lévesque : Nous faisons nos propres arrangements. Bien sûr, la guitare se toruve au premier plan dans nos arrangements. Les cordes de nylon,  c’est le son qui nous définit le plus. Toutefois, nous pouvons intégrer d’autres instruments comme éléments de surprise, instruments tels que la mandoline, le charango, l’accordéon, la basse  ou le strumstick. Prenons par exemple le célèbre Casse-Noisette de Tchaikovsky,  on y a ajouté une mandoline avec 2 guitares et le tout s’englobe a merveille. C’est un réel plaisir de rechercher quelles pourraient être les  combinaisons adéquates et de réarranger les originaux pour que tout fonctionne au final.

PAN M 360 :  Comment MG3 s’est-il transformé au fil du temps ? 

Glenn Lévesque : Le MG3 a évolué avec beaucoup plus de liberté. Nous osons plus qu’avant et nous abordons la musique sans restrictions, sans nous demander  si nous pouvons la jouer ou non. Si ça nous tente de faire une interprétation de Rush ou de Manuel de Falla ou même des reprises de Radiohead… Eh bien on le fait tout simplement et on l’arrange dans le style MG3. Pendant  longtemps, nous nous sommes demandés si un groupe instrumental pouvait soudainement se mettre à chanter ! Au cours des premières années, on n’aurait jamais osé faire ça!  Avec le temps, nous avons décidé d’ajouter de nouveaux instruments et de chanter aussi ! Je suis chanteur mais on n’exploitait pas ce côté auparavant. Un jour, on a arrêté d’y penser et on l’a fait tout simplement. 

PAN M 360 : Selon toi, quels sont les plus beaux accomplissements du MG3 au fil des dernières années ?

Glenn Lévesque: Notre plus grand accomplissement, c’est d’exister encore après 24 ans avec les trois membres originels ! On est encore là et si la vie nous préserve, eh bien on va continuer encore longtemps. On avait commencé dans un petit salon en 1998 avec pleins de projets et de rêves dans la tête mais, honnêtement, on n’aurait jamais cru qu’on serait encore là en 2021… Ça me rend vraiment fier.

PAN M 360  : Évidemment, la pandémie vous a retenus à la maison. Qu’avez-vous fait pendant cette pause obligée de concerts ?

Glenn Lévesque: Nous sommes passés par plusieurs « moods »… l’anxiété, le découragement, l’abandon… Et on ne s’est pas vus pendant les six premiers mois de la pandémie. Ensuite on a fait un concert diffusé sur le web, un concert basé exclusivement sur nos compositions originales. Un truc sobre et intime. Après ça, on s’est cloîtrés de nouveau mais cette fois on a réfléchi et on a abouti avec l’idée de créer quatre concerts. Auparavant, on sortait un album et on en tournait les pièces pendant 3 ans, puis on recommençait avec un autre disque et ainsi de suite.

On a changé de pattern, on tourne maintenant 4 concerts:

Hommage à Ennio Morricone

– Horizons – compositions originales

– Aux portes de l’hiver – concert de Noël

– MG3/CGT Guitar Summit – en partenariat avec le California Guitar Trio

Les concerts reprennent vie maintenant et l’année 2022 commencera en force. On aura un début d’année très chargé aux USA et au Canada. Après avoir roulé pendant un bon moment, on prendra le temps de s’arrêter pour enregistrer 3 albums: Morricone, Noël et Horizons. Le disque Horizons sera le plus ambitieux et le plus exaltant à réaliser car ce sera sans conteste l’album le plus intime et le plus personnel du MG3 – 100% Compositions, aucune contrainte de style, aucune retenue, Horizons prendra une nouvelle direction. On va se payer le luxe d’écrire de la musique sans avoir l’obligation de la rejouer en concert. En espérant réussir à finaliser le tout avant 2023…

POUR PLUS D’INFOS ET SE PROCURER DES BILLETS, C’EST ICI

Chants traditionnels de Noël et pièces instrumentales baroques s’entrelardent et nous plongent dans les atmosphères des Noëls d’il y a très longtemps. Excellente interprète de ces répertoires anciens, la  soprano canadienne Meredith Hall se joint à La Nef et sa lutherie d’époque pour évoquer la Nativité, ce mardi à la salle Bourgie.  Cette matière comprend un enregistrement récent de la chanteuse et La Nef, soit Oikan Ayns Bethlehem / Celtic Christmas Songs, album paru sous étiquette Atma.

PAN M 360 : Le programme sur le site de la salle Bourgie dit  » musique vocale et instrumentale de France, d’Angleterre, d’Irlande et d’Ecosse . Peut-on être plus précis ? S’agit-il du répertoire de Oikan Ayns Bethlehem / Celtic Christmas Songs

Meredith Hall : Nous faisons certaines des chansons celtiques enregistrées précédemment sur Oikan Ayns Bethlehem, mais la plupart de ce programme (y compris tout le répertoire français) est relativement nouveau pour La Nef et moi-même. Nous l’avons enregistré l’année dernière pour une diffusion européenne, mais c’est la première fois que nous présenterons ce programme à un public en direct, en personne.

Noëls Anciens est très varié. Il comprend des chants populaires traditionnels et des airs instrumentaux de France, d’Irlande, du Pays de Galles, d’Écosse, d’Angleterre et de l’île de Man.  Certains de ces chants sont très anciens – leurs origines sont inconnues, mais la plupart d’entre eux étaient censés exister dans les années 1600.  

Le public entendra également des Noëls français tirés du riche répertoire d’orgue des compositeurs baroques français Pierre Dandrieu et Louis-Claude Daquin. Sylvain Bergeron a réarrangé ces œuvres pour clavier pour les instruments à archet et à cordes pincées de La Nef, ainsi que pour la flûte baroque. Le résultat est un son magiquement transparent et lumineux dans des pièces qui vont de la contemplation profonde à l’espièglerie douce.  Un autre ajout unique à ce programme est l’obsédant Eesus Ahatonnyah que nous avons créé dans un nouvel arrangement en trois langues, wendat, français et anglais. Les paroles ont été écrites en 1642 en wendat par Jean de Brébeuf, un prêtre jésuite qui a appris à parler le wendat dans le cadre de sa mission de conversion du peuple wendat.  Brébeuf a inclus des éléments de la spiritualité traditionnelle wendat dans sa poésie, et j’étais très soucieux de présenter cette pièce d’une manière qui soit respectueuse du peuple et de la culture wendat.  La magnifique poète et chanteuse Andrée Levesque Sioui, qui vit à Wendake et qui fait partie de la tradition solide et continue de la culture wendat, m’a généreusement enseigné la prononciation wendat de deux couplets de la chanson. Elle m’a également aidé à réécrire légèrement les versions française et anglaise, plus connues, pour qu’elles reflètent mieux la spiritualité wendat.

PAN M 360 : Comment ces chansons ont-elles été trouvées et sélectionnées ? 

Meredith Hall : Avant l’internet, nous avons passé beaucoup de temps dans les bibliothèques musicales de McGill et de l’Université de Toronto, à chercher dans les anciennes collections de musique folklorique comme The English Dancing Master de Playford, et le Scots Musical Museum. Sylvain Bergeron est un bon détective – il a un grand instinct pour savoir quel air des années 1600 ou 1700, d’une simplicité trompeuse, frappera l’oreille d’une manière nouvelle, touchera votre cœur ou vous fera rire.  Je suis très orienté vers les mots, toujours à la recherche de l’histoire ou du lien avec les traditions.  Et j’aime jouer avec les textes, en associant parfois des mots familiers à un air moins connu, comme c’est le cas avec les paroles du XIXe siècle de What Child is this ? que j’ai associées à un vieil air irlandais, My Lagan Love (normalement chanté sur l’air de Greensleeves). Et beaucoup d’airs instrumentaux se sont suggérés pour un programme d’hiver à cause de leurs titres, comme notre « cold suite » qui contient des airs de danse traditionnels anglais avec des noms comme On the Cold Ground, Drive the Cold Winter Away et Cold and Raw

 PAN M 360 : Qu’avez-vous déjà interprété en direct de ce répertoire avec La Nef ? 

Meredith Hall : J’ai déjà interprété environ la moitié de ces chansons avec La Nef – y compris l’un de mes morceaux préférés, usheg veg ruy (petit oiseau rouge) – une douce berceuse d’hiver de l’île de Man, qui dépeint un petit oiseau froid cherchant un endroit chaud pour dormir. Nous avons enregistré le programme complet pour une diffusion sur Euro Radio en décembre dernier, mais c’est la première fois que nous interprétons le français et le wendat en direct.

PAN M 360 : Que pouvons-nous savoir de votre relation artistique et professionnelle avec La Nef ? Comment est né ce projet d’enregistrement et de performance live ?  

Meredith Hall : J’ai la joie de collaborer avec La Nef depuis plus de 20 ans.  J’ai rencontré pour la première fois le directeur artistique, Sylvain Bergeron, lorsque nous avons collaboré sur un projet Monteverdi avec le Toronto Consort à la fin des années 90 !   Après quelques autres collaborations sur des projets renaissance et baroques, nous avons découvert que nous aimions tous deux la musique celtique traditionnelle. Nous avons commencé à explorer ce répertoire avec La Nef, en utilisant un mélange unique d’instruments, allant d’instruments baroques très courtisés comme la viole de gambe, le théorbe et la flûte à bec, à des instruments plus folkloriques comme la nyckelharpa, la vielle à roue, la flûte irlandaise et la cornemuse.  Je suppose que l’on pourrait qualifier cette approche de croisement baroque/folk.  J’ai grandi en chantant de la musique folklorique à Terre-Neuve, donc pour moi, sur le plan vocal et de l’interprétation, il s’agissait simplement de revenir à mes racines, de chanter naturellement, de raconter l’histoire.

PAN M 360 : Comment aborder ces pièces vocales ? 

Meredith Hall : Il faut une sincérité totale et un ton direct, doux et chaud. Rien de l’athlétisme ou de la bravoure parfois nécessaires à l’opéra. Mes meilleurs moments de chant sont lorsque la musique me rend si heureuse que je peux sentir un sourire dans mes yeux et qu’il se propage dans ma gorge et ma poitrine.  Et quand je sens que le public partage vraiment l’histoire que je raconte en chanson.

PAN M 360 : Comment avez-vous développé vos techniques vocales, de la musique baroque à la musique d’opéra plus récente ? 

Meredith Hall : J’ai obtenu une licence et une maîtrise en interprétation vocale à l’Université de Toronto, puis j’ai étudié la technique avec Laura Sarti au Guildhall of Music de Londres, en Angleterre. Dès mes premières études, mon intérêt s’est toujours porté sur les lieder, et la musique ancienne, du Moyen Âge jusqu’à Mozart.  Le merveilleux claveciniste et pianiste forte, Colin Tilney, a été une grande source d’inspiration pour moi car j’ai eu la chance de collaborer souvent avec lui pendant mes études. Emma Kirby m’a énormément inspirée par la clarté et l’expressivité de sa voix. J’ai également appris la Renaissance et le style baroque sur le tas avec le Toronto Consort et avec de nombreux rôles importants avec Opera Atelier et l’orchestre baroque Apollo’s Fire. Le chef d’orchestre Nicholas McGegan m’a beaucoup appris, par son approche toujours dansante et vivante de Haendel.  

PAN M 360 : Vous considérez-vous principalement impliquée dans le répertoire de la musique baroque et ancienne ? Préférez-vous ce répertoire ancien/baroque/folklore ?

Meredith Hall : Je peux aimer chanter de nombreux styles de musique ( y compris le jazz !) Mais c’est dans la musique ancienne et folklorique que je suis le plus à l’aise et le plus moi-même.

PAN M 360 : Quels sont vos prochains projets d’enregistrement et de spectacle vivant ?

Meredith Hall : Je prépare un programme de musique avec la harpiste d’époque Julia Seager-Scott autour de la vie et des œuvres de l’écrivain Jane Austen.  Et je collabore avec le compositeur torontois Frank Horvat sur un très important cycle de chansons intitulé Fractures, qui explore le thème du Fracking (un mode d’extraction du pétrole et du gaz dangereux pour l’environnement) et la façon dont il affecte l’humanité.  Il s’agit d’un projet très intense et émotionnel, car la crise environnementale imminente est si terrifiante pour moi, surtout en tant que mère.

PAN M 360 :  Où êtes-vous basée au fait ? 

Meredith Hall : Toronto de corps, Terre-Neuve de cœur.

INTERPRÈTES

Invitée : Meredith Hall, soprano
La Nef :
Sylvain Bergeron, archiluth, guitare baroque, direction musicale
Robin Grenon, harpes
Grégoire Jeay, flûtes à bec et traversière baroque
Alex Kehler, violon traditionnel, nyckelharpa
Marie-Laurence Primeau, viole de gambe
Andrew Wells-Oberegger, percussions

PROGRAMME

Musique vocale et instrumentale de France, d’Angleterre, d’Irlande et d’Écosse

MEREDITH HALL ET LA NEF SE PRODUISENT CE MARDI 14 DÉCEMBRE, 19H30, À LA SALLE BOURGIE. POUR PLUS D’INFOS ET SE PROCURER UNE PLACE, C’EST ICI.

Ne craignez rien! La reine de Trinidad-et-Tobago se porte très bien : Queen Omega, artiste reggae émérite et respectée, est de retour cette saison avec un quatrième projet intitulé Stars Align, sous étiquette Productions Nuits d’Afrique.

Après quelques années de silence (son dernier projet, Together, We Aspire, Together, We Achieve a été enregistré en 2012), les étoiles se sont enfin alignées : grâce à la pandémie, elle eut enfin le temps et l’inspiration de se concentrer sur un tout nouveau projet. Respectée de ses pairs pour sa vision inspirante du reggae, Queen Omega désirait raviver la popularité de ce genre bien intéressant en le mettant au goût du jour.

« Bien sûr que tout le monde connaît le reggae, mais quand tu pousses l’affaire, tu réalises qu’on ne connaît que Bob Marley », se moque gentiment Queen Omega. Évidemment, Bob Marley a effectivement eu un impact phénoménal sur ce genre ainsi que sur le mouvement rasta, intrinsèquement lié au reggae. Mais pour l’artiste, changer et évoluer est primordial pour la survie du style : avec seulement huit chansons, Stars Align est un EP innovant et intéressant. La mixture du dancehall, de l’afrobeat et du reggae nous emporte, impossible de s’empêcher de taper du pied.

LMK et Stonebwoy font leur apparition sur le projet, respectivement sur les chansons Free et Number One. Pour Queen Omega, la présence de cette jeune relève démontre la volonté de cette dernière de remettre le reggae sur la carte, un reggae 2.0, à la saveur du jour. « Je veux aider d’autres artistes de Trinidad, les aider à se faire connaître et les aider à produire leurs projets. Je dois redonner à ma communauté », souligne-t-elle en entrevue. 

Si vous vous demandez : « Que sais-je du reggae? Je ne connais que Bob Marley… », Stars Align est une occasion de vous reconnecter avec ce genre passionnant et rempli d’histoire. Ou si vous souhaitez tout simplement écouter un projet fait par une personne noire de talent, voici une occasion d’autant plus alléchante! 

PAN M 360 : Queen Omega, bienvenue à PAN M 360! Vous êtes née à Trinidad, une petite île localisée dans le sud-ouest des Caraïbes, qu’on appelle aussi « Île aux colibris »! Quels sont vos meilleurs souvenirs de votre enfance passée là-bas? 

QUEEN OMEGA : Mes meilleurs souvenirs sont certainement ceux avec ma famille, vous savez? Je suis la plus jeune de ma famille; je ne suis que la seule fille parmi tous mes frères. On m’a donc toujours traitée comme une princesse, comme une reine, avec tous les traitements spéciaux que cela requiert. Donc, oui : mes meilleurs souvenirs sont où je chante avec ma famille, où je profite de la nature foisonnante de mon pays, les moments où ma famille se réunissait.  

PAN M 360 : À quel moment avez-vous réalisé votre talent et surtout, votre désir de faire de la musique votre carrière? 

QUEEN OMEGA : Aussi loin que je me souvienne, je savais que j’étais destinée à être une artiste, car ma mère m’avait confié qu’elle en avait eu la vision. Je suis née avec ce cadeau, car ma mère en a fait le souhait. À mon arrivée à l’école, j’ai effectivement commencé à réaliser l’ampleur de mon talent, car j’étais énormément en demande : on me demandait de chanter dans les concours de talent, dans des spectacles… 

PAN M 360 : Stars Align est votre tout dernier projet! Seriez-vous prête à dire que les astres se sont alignés pour vous afin de vous allouer le temps et l’inspiration de créer cet EP? 

QUEEN OMEGA : Oui, tout est arrivé à point nommé. C’est en grande partie grâce à la pandémie si j’ai pu travailler sur ce projet. Pour une fois que le temps ne continuait pas d’avancer, vous savez? Avec la mise en arrêt des activités et du couvre-feu dans mon pays – enfin, partout dans le monde –, j’en ai profité pour passer mon temps au studio et avant que je ne m’en rende compte, le EP était achevé! Comme je le disais, tout est arrivé à point nommé : mes fans désiraient du nouveau contenu, mon gérant me pressait de sortir quelque chose… Voilà!

PAN M 360 : Il y a-t-il une histoire au sein de Stars Align

QUEEN OMEGA : Il s’agit effectivement d’une histoire. Tout ce dont le EP raconte touche à des expériences – pas toutes personnelles, certaines sont des événements dont j’ai moi-même été témoin – dont j’en ai tiré une leçon. Nous n’apprenons pas seulement de nos erreurs, mais également de celles des autres. Mais l’histoire que je raconte est authentique et vraie, et toutes les chansons racontent quelque chose en particulier. Et je crois que cela est la force de Stars Align!

PAN M 360 : Quels sont les thèmes centraux?

QUEEN OMEGA : Je voulais parler de l’avenir et surtout, des générations futures. Je crois que nous avons perdu de vue ce qui est véritablement important, ce qui compte véritablement pour nos enfants. Les aîné.e.s et les adultes de cette génération ont comme responsabilité d’agir et de changer les choses afin de s’assurer que nos enfants soient prêt.e.s à affronter l’avenir. Ce thème est donc assez central. Et l’autre serait… l’importance de l’amour. Vous le savez sûrement très bien, mais l’amour n’est pas toujours chose facile. Parfois, les choses ne fonctionnent pas comme nous l’aurions voulu. Dans Stars Align, je raconte l’histoire de deux personnes en amour, mais dont la relation ne fonctionnera jamais. Il est alors temps de dire adieu mais cela est difficile. 

PAN M 360 : Stars Align est loin d’être votre premier projet : Destiny et Away from Babylon ont paru la même année, soit en 2004. En 2008, ce fut au tour de Servant of Jah Army, et Together, We Aspire, Together, We Achieve en 2012. Qu’avez-vous appris de vous-même, personnellement et musicalement, depuis tous ces projets? 

QUEEN OMEGA : Je crois que mon évolution au cours des dernières années rend Stars Align spécial : j’ai appris à ne pas m’arrêter au reggae. Je désire maintenant mélanger certains styles, car je suis une artiste polyvalente, je suis apte à faire beaucoup de choses. Stars Align s’inscrit donc dans le dancehall comme entendu à Trinidad, l’afrobeat et évidemment, le reggae. La chanson avec Stonebwoy a d’ailleurs une sonorité particulièrement africaine – il est le roi du dancehall chez nous, vous savez? –, j’en suis donc très fière. 

PAN M 360 : Pourquoi Stonebwoy a-t-il été considéré comme une bonne collaboration pour Stars Align

QUEEN OMEGA : Il sait ce qu’il fait. Il est conscient de la culture et de l’énergie entourant ce genre de musique, vous savez? Mon ancien impresario me répétait sans cesse l’importance de collaborer avec d’autres artistes issus de ma communauté, et j’ai choisi de garder ce conseil. Il m’a également dit qu’il désirait collaborer avec moi depuis quelque temps, je crois donc que c’est l’univers qu’il faut remercier!

PAN M 360 : Cette année marque la 35e édition du Festival international des Nuits d’Afrique! Pourquoi est-il important pour vous de participer à ce genre d’événements?

QUEEN OMEGA : Car je crois que cela est mon destin, ma responsabilité, vous savez? Je suis une artiste respectée et on s’attend à beaucoup de ma part. Plus les gens prendront le temps de découvrir le reggae, plus les gens seront curieux, plus ce style connaîtra la popularité qu’il a autrefois connue. J’adore prendre part à des festivals, car ils sont tellement diversifiés. Nous pouvons y voir tellement de cultures, tellement d’histoires différentes… J’adore me connecter avec la foule et leur faire voir notre univers.

PAN M 360 : Que pensez-vous de la popularité du reggae ces dernières années? Est-elle en déclin? 

QUEEN OMEGA : Oui, mais je crois que cela fait partie de son histoire. Mais je crois également à l’évolution : le reggae est en train de changer, car la musique se doit de changer, vous savez? En tant qu’artistes reggae, je dois laisser le reggae grandir, mais aussi le fusionner, l’amalgamer à autre chose. Il est également important d’apprendre des autres et de continuer à explorer. Mais je ne suis pas inquiète, grâce à Bob Marley, je doute que le reggae sombre de sitôt l’oubli!

PAN M 360 : L’année tire justement à sa fin : quels sont vos souhaits pour la suivante?

QUEEN OMEGA : Je désire simplement faire de la musique ; je travaille actuellement sur un tout nouveau projet et je souhaite le finaliser au plus vite! Je souhaite également faire des spectacles et des tournées, construire mon label afin d’aider d’autres artistes, tout spécialement ceux.celles de Trinidad. Il y a tellement de talent ici, j’ai très hâte que le monde entier puisse enfin les entendre!

En deux albums – Crave paru en 2018 et Le Cirque de Consolation tout juste lancé –, une bande-son de série télé intitulée H24 et une petite poignée de microalbums, la multi-instrumentiste, DJ et auteure-compositrice-interprète Léonie Pernet a distinctement tracé sa signature sonore. Elle se révèle comme l’une des voix les plus fortes et prometteuses du créneau électro-pop-rock élégiaque qu’occupent déjà ses compatriotes Regina Demina, Halo Maud, Arman Méliès et Malik Djoudi. Dans les onze pièces qu’elle a créées pour Le Cirque de Consolation, l’électro-rock croise brillamment la synthwave en évitant tous les écueils de la nostalgie des années 1980. Léonie Pernet maîtrise un art exigeant. Pan M 360 s’est renseigné auprès d’elle sur certains des procédés et concepts qui le caractérisent.


Pan M 360 : Merci de nous accorder cette entrevue et bravo pour Le Cirque de Consolation! Les percussions revêtent beaucoup d’importance dans vos chansons, notamment dans Les chants de Maldoror. On pourrait dire que c’est normal puisque vous jouez de la batterie, mais cet intérêt semble ancré encore plus profondément.

Léonie Pernet : Merci à vous! J’ai eu envie de plus de percussions dans cet album, c’est vrai. Qu’elles soient jouées ou écoutées, les percussions font appel à une certaine corporalité, ce sont des instruments terriens qui ont à voir avec la danse, c’est la quintessence du rythme!

Pan M 360 : Dans votre page Bandcamp on peut lire ceci : « Le Cirque de Consolation : un monde où les frontières se dissolvent et où chacun crée sa propre utopie. L’album s’interroge sur les liens entre la musique pop, les cultures africaines et la musique électronique, la musique néo-classique ou la place de la voix, qu’elle soit humaine ou synthétique. » Croyez-vous qu’il règne en ce moment un équilibre sain entre l’humain et le synthétique, en musique?

Léonie Pernet : Je ne suis pas sûre que l’idée d’un équilibre sain ait vraiment sa place en musique; j’aime les propositions radicales, franches, j’aime aussi les mélanges savamment dosés. Qu’elle soit purement électronique ou totalement acoustique, c’est la qualité de la musique qui compte et la sincérité avec laquelle elle est faite.

Pan M 360 : Certaines des pièces de l’album sont mélancoliques, notamment Dandelion. Ça me renvoie à mon adolescence, dans les années 1980, avec New Order, Ultravox, Bauhaus. Vous vous inspirez de ces ancêtres synthpop quelque peu sombres?

Léonie Pernet : J’étais gothique quand j’étais adolescente, j’étais très fan de Bauhaus en effet, de certains morceaux des Cure, Siouxsie and the Banshees, etc. Il y’a beaucoup d’artistes d’aujourd’hui qui sont dans cette veine synthwave que j’adore, comme John Maus et Martial Canterel, pour ne citer qu’eux. 

Pan M 360 : Vous composez, écrivez, jouez, chantez et réalisez vos pièces… ou les coréalisez avec le musicien et réalisateur rennais Jean-Sylvain Le Gouic. C’est collaborateur précieux pour vous?

Léonie Pernet : C’est un collaborateur très précieux oui, car il comprend ma musique, il sait où je veux aller. C’est un être humain très doux par ailleurs, et extrêmement doué.

Pan M 360 : Dans vos pièces, vous faites se côtoyer des mélodies fortes et des rythmes ou des sons propices à la transe. C’est un équilibre fragile et difficile à atteindre. Ça vient facilement ou ça exige beaucoup de travail?

Léonie Pernet : L’aspect transe de ma musique n’est pas celui qui demande le plus de travail, c’est quelque chose d’instinctif, un état dans lequel je me mets lorsque je suis au studio. Le travail c’est plutôt d’apprendre à ne pas se censurer.

Pan M 360 : Vous jouez du piano, entre autres. Vous vous servez de cet instrument pour composer, ou avez plutôt recours aux outils informatiques? Ou les deux?

Léonie Pernet : J’ai recours tantôt à l’un, tantôt à l’autre.

Pan M 360 : Merci beaucoup, Léonie Pernet, d’avoir répondu à questions!Léonie Pernet : Merci à vous! Longue vie à Pan M 360!

Photo : Jean-François Robert.

Le retour en salle du Festival Bach de Montréal se conclut à la Maison symphonique, avec l’Orchestre Métropolitain sous la direction de Nicolas Ellis, son collaborateur artistique. Ellis est aussi directeur musical et chef principal de l’Orchestre de l’Agora, qui vient de présenter les Concertos brandebourgeois au même festival. 

Au programme, on joue Johann Sebastian Bach, le génie fondateur, son plus jeune fils Johann Christian Bach, le plus célèbre Bach au 18e siècle, et le compositeur classique Felix Mendelssohn, celui-là qui avait ressuscité JSB auprès du public.

Plus précisément, on prévoit l’exécution de la musique instrumentale tirée de l’opéra français Amadis de Gaule, que Johann Christian Bach composa peu avant sa mort, pendant que Mendelssohn écrivait sa première Symphonie, op. 11, prodigieux du haut de ses 15 ans. Tout au centre du programme, une œuvre de JSB : son fameux Concerto pour deux violons en ré mineur, très aimé du public mélomane.

Auprès de Nicolas Ellis, PAN M 360 s’enquiert de cette matière en orbite autour de JSB.

PAN M 360 : L’année se termine dans le jus pour Nicolas Ellis, n’est-ce pas?

Nicolas Ellis : Oui ça n’arrête pas, mais c’est le fun. Jouer le Concerto pour deux violons, c’est vraiment trippant et ça l’est d’autant plus que les deux solistes soient les premières chaises des seconds violons de l’OM, soit Nancy Ricard et Lyne Allard… pendant que la troisième chaise de cette section assumera le rôle de premier violon, soit Dominic Guilbault qui est aussi un excellent violoniste. C’est rare qu’on a l’occasion de mettre en valeur ces musiciens. Ça sera vraiment bien, tant pour le public que pour l’orchestre, d’apprécier le talent et la qualité des musiciens de l’OM. 

PAN M 360. Il est rare, effectivement, que l’on confie des rôles de solistes aux seconds violons d’un orchestre symphonique.

Nicolas Ellis : Effectivement! Pour reprendre un langage de hockey, ça démontre toute la profondeur de cette équipe. On est vraiment choyés! Ainsi on veut faire découvrir les différents talents de l’orchestre au public, mais aussi aux musiciens de l’orchestre eux-mêmes. Normalement, ces violonistes se fondent dans l’orchestre. Particulièrement chez les cordes, c’est plus difficile de percevoir le talent individuel en isolant leur son du reste de l’orchestre. Mettre en valeur deux de nos violonistes nous permet donc d’en découvrir la richesse. Et c’est une valeur que Yannick Nézet-Séguin a à cœur. Il nous faut donc trouver un équilibre entre des solistes de la scène internationale et des solistes de chez nous ou même issus de l’orchestre.

PAN M 360 : La première œuvre au programme fut composée par un des fils Bach. Que justifie ce choix?

Nicolas Ellis : Nous jouons aussi une suite tirée d’un opéra de Jean-Chrétien Bach, le Bach connu de son époque. Pas tant de gens connaissaient son père, surtout après sa mort, sauf les compositeurs et musiciens aguerris. Mozart et Beethoven l’avaient ensuite découvert et s’étaient grandement inspirés de sa musique. Mais cette connaissance n’était pas partagée par le public de l’époque. Jean-Chrétien Bach était manifestement plus célèbre que son père, il avait d’ailleurs enseigné à Mozart qui avait beaucoup d’admiration pour lui. Alors de Jean-Chrétien Bach nous jouons une suite du seul opéra français qu’il a écrit, Amadis de Gaule . Cette musique ressemble d’ailleurs beaucoup plus aux musiques de Haydn et Mozart qu’à celle de son père, on est plus proche de l’esthétique classique. Le contrepoint et la conduite des voix y sont très riches, très denses, très brillants, pleins de caractère.

PAN M 360 : Pour clore le programme, on joue Felix Mendelssohn, un grand admirateur de JSB. 

Nicolas Ellis : Oui. On joue la Première symphonie de Mendelssohn. Il en avait écrit cinq, avant lesquelles il avait écrit 12 symphonies pour cordes, soit entre 12 et 14 ans! Celle qu’on joue est sa première pour orchestre symphonique, écrite à l’âge de 15 ans, soit en 1824. C’était aussi l’année de la création de la 9e symphonie de Beethoven, alors à son apogée. Mendelssohn était lui-même considéré comme un prodige, un phénomène musical de son temps. Schumann le décrivait comme le Mozart du 19e siècle. Dans cette symphonie de jeunesse, il est impressionnant de voir comment Mendelssohn a réussi à condenser dans une seule œuvre les influences qu’il avait de Mozart, de Beethoven et de Bach. Dans le quatrième mouvement, il y a une belle fugue où on entend les influences de Bach. 

Quelques années plus tard, Mendelssohn avait lui-même fait revivre la musique de Jean-Sébastien Bach. Depuis sa mort, cette musique vivait à travers les compositeurs qui l’étudiaient, mais Mendelssohn l’avait fait redécouvrir au public européen de cette époque jusqu’à nous aujourd’hui. Il est d’ailleurs intéressant d’observer qu’au fond, la symphonie de Mendelssohn se rapproche davantage de Jean-Chrétien Bach. Comme je disais, on peut y entendre un contrepoint dans le quatrième mouvement, nous laissant deviner qu’il maîtrisait les préludes et fugues de Jean-Sébastien Bach. 

Alors tout ça fait un beau et riche programme, qui met en valeur deux excellentes musiciennes de l’orchestre.

PAN M 360 : En tant que maestro et musicien, quel est ton rapport à JSB?

Nicolas Ellis : Pour tout musicien, la musique de Jean-Sébastien Bach n’est jamais loin. Inévitablement, on la joue année après année, en orchestre, en musique de chambre, en solo. Ce sont les fondements de la musique occidentale. Il était assurément un génie. Mon fantasme serait de le voir et l’entendre improviser des fugues, car il était aussi un grand improvisateur. Tellement prolifique! Une inspiration sans fin, des techniques d’harmonies et de contrepoint d’une très grande précision. Même s’il fut oublié du public, chaque compositeur qui l’a suivi a passé à travers sa musique pour comprendre les bases du système tonal. Même ceux qui ont brisé le système tonal au 20e siècle, on pense à Berg, Webern et Schoenberg, avaient analysé tout l’héritage de Bach avant de prendre nouvelle direction. Bach est vraiment la source, le génie fondateur.

PAN M 360 : En terminant, comment Nicolas Ellis peut-il commenter l’état de sa relation artistique et professionnelle avec l’Orchestre métropolitain?

Nicolas Ellis : Depuis trois ans, je suis le collaborateur artistique de Yannick Nézet-Séguin et de l’Orchestre Métropolitain, je dirige des programmes pendant la saison de l’Orchestre : deux programme cette saison, soit celui-ci dans le cadre du Festival Bach et un autre plus tard en mars autour du Concerto pour orchestre de Bartók et du Concerto pour violon de Nielsen qui mettre en valeur le violon solo Yukari Cousineau. À travers tout ça, j’ai un rôle d’assistant auprès de Yannick Nézet-Séguin lorsque, par exemple, il doit se faire remplacer pour une répétition ou pour un projet, j’ai l’honneur d’être la première personne vers qui il se tourne afin de prendre le relais. C’est une chose que de passer d’un orchestre à l’autre comme chef invité et de dire que je suis ici et là, mais quand on bâtit vraiment une relation et une complicité avec les musiciens à travers le temps, ça sert énormément la musique. Quand on démarre une répétition, il y a déjà un rapport établi, une confiance, on plonge tout de suite dans la musique. Ça fait en sorte que tout le processus des répétitions, du travail et du concert, est mené de manière plus cohérente. C’est comme un bon vin dont les saveurs ne font que prendre de l’amplitude avec le temps. C’est vraiment très agréable d’entretenir cette relation avec l’Orchestre Métropolitain.

PROGRAMME : 

Johann Christian Bach (1735-1782)
Opéra Amadis de Gaule Ouverture + Suite

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Concerto pour deux violons, en ré mineur, BWV 1043

Felix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847)
Symphonie n°1, en do mineur, op. 11, MWV N 13

Orchestre Métropolitain
Nicolas Ellis, direction
Lyne Allard, Nancy Ricard, violons

Ce concert sera présenté sans entracte.

LE CONCERT DE CLÔTURE DU FESTIVAL BACH EST PRÉVU CE DIMANCHE 5 DÉCEMBRE, 16 H, À LA MAISON SYMPHONIQUE, 27 $ À 168 $

Québécana, comme dans americana :  c’est le type de musique que Dany Gauthier-Placard explore, invente et réinvente depuis la fin des années 1990. Que ce soit en solo, avec Plywood ¾, Hudon-Placard ou Placard-Macbeth puis en solo à nouveau, Dany manifeste sa québécitude éloquemment. Pas de fla-flas, que des paroles senties et des riffs authentiques. Parallèlement à tout ça, Dany Placard s’est forgé une réputation de réalisateur prisé, toujours dans le créneau québécana. Francis Faubert, Sara Dufour, Dans l’Shed, domlebo, Laura Sauvage et Chantal Archambault, entre autres, ont fait appel à ses services au cours des dernières années. J’connais rien à l’astronomie, paru en janvier 2020, et son complément Astronomie (suite) lancé un an plus tard nous transportent auditivement dans des montagnes hallucinées plus conviviales que celles de Lovecraft. Pan M 360 a posé quelques questions à Dany Placard, qui clôt sa tournée samedi à Montréal.

Pan M 360 : Merci, Dany Placard, de bien vouloir répondre à nos questions. J’connais rien à l’astronomie et Astronomie (suite) sont des albums qui s’ancrent dans le psychédélisme de la deuxième moitié des années 60 ou le début des années 70. Je me trompe ou on entend même du Mellotron dans Pulperie V2? C’est Nicolas Beaudoin qui s’amuse avec ça?

Dany Placard : En effet, c’est Nicolas Beaudoin qui joue les claviers, il en joue aussi sur Carrousel, mais ce n’est pas du Mellotron sur Pulperie V2; il y en a sur la première version de Pulperie, par contre. Cette fois, c’est un genre d’orgue de salon des années 70 que j’ai récupéré au Lac-Saint-Jean avec Nicolas, justement, et que je passe dans des pédales de guitares et un ampli.

Pan M 360 : Encore au sujet de Pulperie V2, cette toune me fait penser à Art’s a Happy Man, un titre du groupe canadien semi-culte The Plastic Cloud, de son seul album paru en 1968. Quand on dit « psychédélique », on pense tout de suie à Syd Barrett et aux Electric Prunes, mais il y a eu des tonnes d’autres trucs. Est-ce que tu t’es amusé à fouiller dans ce répertoire pour t’inspirer?

Dany Placard : Pour être franc, j’écoute la radio depuis deux ans et seulement trois ou quatre disques de jazz, je n’ai pas cherché vraiment loin cette fois-là!

Pan M 360 : Ce samedi, tu seras accompagné de Léandre Bourgeois (claviers), Marc-Olivier Tremblay Drapeau (basse), Charles Guay (batterie) et Nicolas Beaudoin (guitare). Julie Doiron n’y sera pas, j’imagine qu’elle est occupée par la parution de son propre album (excellent d’ailleurs, dont on parle ici : https://panm360.com/records/julie-doiron-i-thought-of-you/)? On t’entend jouer de la basse là-dessus, d’ailleurs. Tu as aimé collaborer avec Julie, Daniel et Ian Romano, et Michael Feuerstack?

Dany Placard : Oui, tous les gars seront là, Julie aussi y sera. Nous avons fait tous les spectacles de la tournée à six musiciens.

Pour l’album de Julie ce fût juste facile et trippant, on était tous là pour les mêmes raisons, faire notre travail pour que Julie soit heureuse du résultat final.

Pan M 360 : On parlait de psychédélisme et de la fin des années 60, plus haut. Ton son était déjà pas mal axé sur les guitares grasses. Sur le doublé Astronomie, tu mets le paquet, tu produis un psychédélisme plus lourd, sludge sur les bords. Comme si Neil Young et Crazy Horse avaient fait Everybody Knows This Is Nowhere en forçant plus sur le champignon et l’acide. Neil fait partie de tes inspirateurs?

Dany Placard : Neil n’est jamais bien loin. Il est une de mes influences majeures.

Pan M 360 : Vous concentrerez-vous sur le matériel de J’connais rien à l’astronomie et Astronomie (suite), samedi?

Dany Placard : Oui, on joue l’intégrale de J’connais rien à l’astronome et quelques pièces de Astronomie (suite).

Pan M 360 : Merci, Dany, et bon concert samedi!

Dany Placard sera en concert à la Ausgang Plaza le samedi 4 décembre, à 19 h.

Lorsqu’on écoute la musique de Xavier Rousseau – alias Rousso –, on entend les genres se croiser :  piano pop, nouveau piano solo, néo-classique (selon l’acception actuelle du terme, à ne pas confondre avec le mouvement qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale), classique-jazz, contemporain populaire. Rousso fait partie d’un contingent de jeunes pianistes québécois qui composent librement. Formé au Conservatoire de musique de Montréal auprès de doctes maîtres, il est au fait des musiques sérieuses ou populaires actuelles, notamment l’électronique. Il vient tout juste de publier Iceberg, un recueil de dix compositions originales. Pan M 360 a pu discuter avec Rousso de son parcours passé, présent et futur.


Pan M 360 : Tout d’abord, bravo pour Iceberg, ton album tout fraîchement lancé. Rosemont, le précédent, était paru en 2018. Est-ce que tu consacres beaucoup de temps à la composition?

Rousso : Oui, à chaque répétition maintenant j’essaie de développer ma connaissance de la musique et j’improvise beaucoup. Quand je compose une idée que je considère spéciale, je la garde en banque dans ma tête. J’improvise un peu chaque jour. Iceberg est prêt depuis environ un an, la COVID a retardé sa sortie.

Pan M 360 : Écris-tu des tonnes de pièces pour en sélectionner quelques-unes lorsque vient le temps d’enregistrer?

Rousso : J’ai plusieurs parties de pièce en banque, en tout temps. Lorsque j’arrive aux alentours de six ou sept pièces presque complètes, j’essaie de composer un peu plus « sous pression », pour terminer l’album. Parfois, j’utilise les mélodies que j’ai déjà composées en musique électronique/danse, et je les transforme en une pièce pour piano solo. Par exemple, la pièce Écho était à l’originale en style « électro-house ». C’était tout un défi de l’adapter pour deux mains!

Pan M 360 : Tu es entré tout jeune au conservatoire de musique de Montréal, tu y as eu des profs marquants, dont André Laplante. Tu as aussi fait des formations avec Lorraine Desmarais, notamment. Conserves-tu des conseils particuliers et précieux de ces formateurs?

Rousso : Absolument, ils ont changé ma façon de jouer et d’écouter de la musique. Grâce à eux, j’ai su quoi modifier dans mon jeu pour augmenter mon niveau. Ils m’ont appris les choses que je n’aurais pu trouver seul, c’est impressionnant. J’ai eu de la chance d’avoir de vraies légendes comme mentors.

Pan M 360 : On sait que tu aimes l’électro, entre autres. Songes-tu à créer un album axé sur ce type de musique?

Rousso : J’ai déjà deux EP électro à mon actif : like before (2014) et hybride (2018). Donc, absolument, je vais sortir un album de musique électronique dans les prochaines années en utilisant le piano comme instrument principal. Dans mes concerts avec accompagnateurs, il y a déjà une bonne partie de musique électro, ça fait partie de mon ADN. J’aime les surprises, j’aime groover avec des sons surprenants, j’aime l’effet d’un « drop ». Le contraste entre la douceur du piano et l’énergie de la musique électro fonctionne à merveille!

Pan M 360 : Tes œuvres au piano évoquent celles de créateurs d’ambiances comme George Winston (sans tomber dans le nouvel âge!). On pense aussi à Frank Mills (qui est Montréalais, d’ailleurs) et André Gagnon, de grands maîtres du piano populaire. Tu puises dans le classique romantique et impressionniste, dans le jazz – comme sur Jellybean –, dans la pop. Songes-tu parfois à faire des trucs plus expérimentaux à la Harold Budd?

Rousso : Je n’ai pas encore composé de musique aussi minimaliste, je suis encore dans une période de ma vie ou j’aime l’énergie, la virtuosité. Je peux par contre écrire une section à la Harold Budd, avant de faire monter la tension musicale et « d’exploser » la pièce, le tout dans la même compo! Je vais certainement, un jour, faire une pièce complète aussi tranquille et recherchée quant à la palette de son.

Pan M 360 : Tu fais partie d’une cohorte de talentueux jeunes pianistes-compositeurs québécois, comme Martin Lizotte, Alexandra Stréliski, Jean-Michel Blais ou Simon Leoza, qui créent des œuvres originales pour piano. Est-ce que tu te sens en fraternité avec eux?

Rousso : Oui ce sont des pianistes inspirants qui ont tous différents styles. J’aime aussi Chilly Gonzales. Ils sont talentueux et ils popularisent l’écoute de la musique pour piano solo.

Pan M 360 : Pour clore l’entrevue, quels sont tes compositeurs préférés, peu importe les genres ou les époques?

Rousso : Chopin, Rachmaninov, Led Zeppelin, Deep Purple, deadmau5, Skrillex, Savant, Anomalie…

Pan M 360 : Merci beaucoup, Xavier Rousseau, d’avoir répondu à nos questions!

Rousso : Ça m’a fait plaisir! Merci à vous pour ces bonnes questions et je salue les lecteurs de Pan M 360!

Rousso sera en concert au Centre d’art La petite église à Saint-Eustache, le 11 mars 2022.

À peine rentrée de France où elle a reçu le Prix Samuel de Champlain, décerné par l’Institut France-Canada, et participé à un programme spécial pour le trentenaire de l’Ensemble Matheus, dirigé par son ami et complice Jean-Christophe Spinosi, notre célébrissime contralto Marie-Nicole Lemieux offre aux mélomanes deux visions de l’amour aux côtés de son  proche et très apprécié collaborateur, le pianiste belge Daniel Blumenthal : Deux Lieder avec alto et  Quatre Chants sérieux de Johannes Brahms précéderont les subtiles et délicates Expressions lyriques de Jules Massenet. 

Sans conteste une des artistes québécoises les plus appréciées du chant lyrique à l’échelle internationale, la réputation de Marie-Nicole Lemieux n’est plus à faire,  c’est pourquoi PAN M 360 s’enquiert d’abord de son programme offert ce mercredi 1er décembre à la Salle Bourgie. Rieuse et enjouée, la chanteuse répond généreusement à nos questions.

PAN M 360 : Parlez-nous  d’abord de votre relation artistique avec Daniel Blumenthal, votre pianiste pour ce programme.

Marie-Nicole Lemieux : Il est à mes côtés au moment où on se parle! Si vous entendez du piano au téléphone pendant l’interview c’est lui qui qui répète!  Le hasard nous avait unis en 2000 au Concours musical international Reine Élisabeth de Belgique. Ça fait donc plus de 20 ans qu’on se connaît, c’est fou, il me semble que c’était hier!  On nous avait jumelés pour la première épreuve du concours, Daniel m’avait dit de venir répéter immédiatement. Je  m’étais présentée chez lui et nous avions répété les deux pièces choisies pour l’épreuve. 

PAN M 360 : On connaît la suite, vous aviez gagné toutes les épreuves de ce concours, ce qui qui a contribué à lancer votre carrière internationale. Daniel Blumenthal est resté un proche collaborateur depuis lors.

Marie-Nicole Lemieux : C’est ainsi que notre amitié musicale s’est développée dès le départ. Humainement c’était vraiment sincère ! Après le concours, nous avions tourné ensemble pendant trois mois et puis sa famille est devenue ma famille, la mienne est devenue la sienne. Il est un ami, un frère d’armes, c’est beau cette relation.  Nous avons d’ailleurs fait trois enregistrements ensemble, bien que  ça ait été relativement long avant qu’il vienne jouer au Québec et que le public d’ici l’a adopté avec raison! La dernière fois qu’il est venu au Québec, d’ailleurs on a présenté le projet Baudelaire avec Raymond Cloutier, qu’on va reprendre car plusieurs villes (où ça ne s’est pas produit) en ont eu vent. 

PAN M 360 : Visiblement, cette relation avec Daniel Blumenthal est durable!

Marie-Nicole Lemieux :  Je suis très fidèle car le récital est tellement exigeant. Vous savez, ce n’est pas évident (pour un pianiste) de jouer avec un chanteur, en connaître la respiration, du temps qu’il prend pour respirer, la façon dont son souffle se déploie tout en respectant les consignes de la partition. Ce que j’aime de Daniel, c’est qu’il est d’abord un grand pianiste, doublé d’un grand chambriste. Techniquement il n’y a pas de limites lorsqu’on fait de la musique avec lui. Ensemble, on a des ailes et on renouvelle chaque fois notre plaisir de la musique.  Nous avons une grande complicité et nous partageons un amour sincère de notre art. C’est ce qui nous unit.

PAN M 360 : Vous chantez Brahms et Massenet à la Salle Bourgie. Que justifie le choix des œuvres au programme?

Marie-Nicole Lemieux :  C’était au mois de juillet, je devais monter un programme pour la salle Bourgie et rien ne me venait… Je me questionnais…  Mais de quoi as-tu envie? Or, je venais de participer à l’intégrale des mélodies de Massenet, j’avais encore cette envie mais j’avais aussi un besoin de revenir à la base, à Brahms que je n’avais pas chanté depuis longtemps. Ce programme ‘est aussi venu par l ‘envie de parler d’amour, sous toutes ses formes. 

PAN M 360 : Plus précisément?

Marie-Nicole Lemieux : Le programme commence avec l’amour maternel, l’amour initial : Zwei Gesänge, l’opus 91 de Brahms qu’on fait avec l’altiste de l’OSM, Victor Fournelle-Blain, un artiste magnifique. Il y a ensuite les chants sérieux, Vier ernste Gesänge, opus 121, une œuvre magistrale dont les trois premiers textes sont tellement d’actualité aujourd’hui; on y parle de la fragilité de la vie, de la misère humaine, de la mort qui arrive de manière horrible, de cette mort qu’on peut même souhaiter en santé quand on souffre. Ces chants sérieux se concluent par un texte de Saint-Paul qui y affirme qu’on a beau avoir la fortune et la santé, on est rien si on n’a pas l’amour au fond de son cœur. 

On se retrouve ensuite avec Massenet, qui dédie ses Expressions lyriques à sa dernière muse et amante, la contralto Lucie Arbell. Avant tout c’est une déclaration d’amour, l’évocation de deux personnes qui se sont aimées de la tête aux fesses comme le dirait Jean-Pierre Ferland. C’est d’une sensualité et d’une sexualité évidentes, mais il y a aussi de l’humour, de la mélancolie, des réflexions sur le temps qui passe, sur le vieillissement… Cette façon de parler de l’amour et d’en décrire les extases sensuelles, c’est fascinant ! Plus je chante cette œuvre, plus je la porte dans mon cœur.  Ainsi, un compositeur peut comprendre exactement ce qu’on ressent, c’est ce qu’il y a de beau dans la musique. Massenet est un compositeur incroyable. Je l’aimais et maintenant je l’adore ! 

Par ailleurs, il existe deux versions possibles de ces Expressions lyriques, que j’ai faites dans l’enregistrement de intégrale Massenet  à laquelle j’ai contribué, bientôt lancée sous étiquette Atma – avec la permission de ma maison de disques, Erato, que je remercie d’ailleurs car c’est ce qui m’a stimulée artistiquement durant la pandémie. La version choisie pour le programme implique que les textes soient « parlés rythmiquement » , « parlés chantés» ou rythmiquement écrit avec des notes qui ne sont pas chantées comme ce doit l’être normalement. En fin de parcours, Massenet tendait vers ça, il explorait le son dans la déclamation.  Quelques décennies plus tard, les compositeurs viennois Shoenberg, Berg et Webern avaient poussé cette technique, c’était donc hyper novateur de la part de Massenet.

PAN M 360 : Programme consistant, en somme !

Marie-Nicole Lemieux : Oui c’est consistant, oui il y a de l’introspection. Mais il y a aussi de la bienveillance.  

PROGRAMME

BRAHMS Zwei Gesänge pour voix, alto et piano, op. 91*
BRAHMS Vier ernste Gesänge pour voix et piano, op. 121
MASSENET Les dix mélodies pour voix et piano des Expressions lyriques

Avec la participation de Victor Fournelle-Blain, alto

INTERPRÈTES

Marie-Nicole Lemieux, contralto
Daniel Blumenthal, piano

Inscrivez-vous à l'infolettre