Sous le thème La grande vague : Alma et La Mer, l’Orchestre métropolitain présente à la Maison symphonique ce vendredi 8 avril, 19h30, une œuvre de la compositrice italienne Paola Prestini,  que PAN M 360 s’applique ici à faire découvrir.

Sous la direction de Kensho Watanabe, l’OM joue d’elle une œuvre de jeunesse, Barcarola, suivie des Sept Lieder d’Alma Mahler (avec la soprano Karina Gauvin) et La Mer, trois esquisses symphoniques de Claude Debussy.

Considérée parmi les leaders compositionnels de sa génération sur la scène mondiale de la nouvelle musique, Paola Prestini est aussi considérée comme une activiste et organisatrice de premier plan.  

Diplômée de la prestigieuse Juilliard School of Music, la musicienne y a étudié avec Samuel Adler, Robert Beaser et Sir Peter Maxwell Davies. Plus récemment, elle a été désignée comme l’un des « 30 innovateurs de Musical America ».  

Tout au long de sa carrière, Paola Prestini a traversé les genres musicaux et les époques du répertoire. Ouverte à la multidisciplinarité, elle a collaboré avec des écrivains, des cinéastes, des scientifiques dans le contexte d’œuvres multimédias d’envergure mondiale.

Elle a été la première femme à participer à la New Works Initiative du Minnesota Opera avec Edward Tulane. Son prochain opéra de chambre Sensorium Ex, commandé par l’Atlanta Opera et Beth Morrison Projects pour le Prototype Festival, explore l’intersection de l’intelligence artificielle et du handicap, en utilisant des modèles de discours non verbaux ou atypiques pour explorer les questions fondamentales de ce que cela signifie d’avoir une voix, et de ce que cela signifie d’être pleinement et essentiellement humain. 

Dans le cadre de son engagement en faveur de l’équité pour la prochaine génération d’artistes, elle a créé la commission Hildegard pour les compositeurs féminins, transgenres et non binaires émergents, ainsi que la bourse Blueprint pour les compositeurs émergents et les mentors féminins à la Juilliard School.

Native de l’Italie, elle est cofondatrice et directrice artistique de l’institution artistique et incubateur National Sawdust, à Brooklyn. 

Quant à Barcarola, l’oeuvre dont il est question à Montréal, voici sa propre explication tirée du programme de la soirée de vendredi, 19h30, à la Maison symphonique

« D’une durée d’environ quinze minutes, l’oeuvre se déploie comme une vague, dans le balancement rythmique de la forme vénitienne de la barcarole. Elle tire son inspiration du poème Barcarole, de Pablo Neruda, qui compare le désir à l’océan et ses tempêtes. Le poème fait entendre les bruits du vent et de la corne de brume comme celui du coeur qui bat, et l’impression en est spectrale et sensuelle. Le poème joue sur des glissements structurels, puis, arrivé au plus haut sommet du désir, il se conclut sur un simple battement de coeur. »

Et puisque la mise en appétit va bon train, parlons directement à Paola Prestini! 

PAN M 360 :    On vous décrit comme une compositrice « … qui donne une voix aux sans-voix  » Pouvez-vous commenter ceci ?

PAOLA PRESTINI : Tout le monde peut faire de l’espace pour la voix, mais la voix doit d’abord venir de l’intérieur ; il faut donner de l’espace, l’entretenir, et de cette façon, les sans-voix s’expriment eux-mêmes, ce qui est la voie vers un avenir plus équitable. Je pense que l’essentiel est maintenant d’écouter : comment écouter activement, apprendre et intégrer la création d’un espace pour la voix dans notre pratique quotidienne en tant qu’humains et artistes ? En tant que femme, je pense avoir été capable de

Faire de l’espace pour d’autres femmes, sans pour autant donner la parole aux sans-voix, mais en ouvrant une voie pour que le passé ne se répète pas.

PAN M 360 : Qu’avez-vous principalement développé sur le plan sonore, en tant que compositrice contemporaine ?

PAOLA PRESTINI : J’ai développé une forte passion pour la création multimédia, qui s’étend des œuvres lyriques aux œuvres qui ont brouillé les frontières et contribué à créer un dialogue entre des domaines souvent sans rapport. D’une cantate qui a fusionné les images du télescope Hubble avec la RV, à un documentaire musical qui a exploré l’histoire du fleuve Colorado avec un écologiste, jusqu’à mon travail actuel à l’intersection de l’opéra, de la pratique communautaire et de l’activisme pour les personnes handicapées, tout mon travail est une enquête pour moi dans des mondes que j’aspire à découvrir et à apprendre.

PAN M 360 : Quelle est votre relation avec les différentes périodes de la musique classique depuis la musique ancienne ? 

PAOLA PRESTINI : J’aime la musique de la Renaissance et les chants médiévaux, j’ai même enseigné le contrepoint du XVIe siècle à Juilliard pendant ma maîtrise, ce qui apparaît souvent dans la nature directe de mon écriture vocale, je crois.

PAN M 360 : Certains ont tendance à penser qu’il existe un lien intéressant entre la musique ancienne/Renaissance/baroque et la musique contemporaine… En faites-vous partie ? Si oui, comment expliquez-vous cette observation ?

PAOLA PRESTINI : Je pense que cela peut être vrai, d’autant plus que les opéras d’aujourd’hui sont davantage racontés dans des contextes de musique de chambre, souvent dans des sites spécifiques. En ce qui concerne l’écriture vocale elle-même, c’est une évaluation difficile car les styles contemporains sont si vastes aujourd’hui. Dans ma propre musique, je vois l’influence parce que j’ai étudié profondément la musique ancienne/renaissance. Les liens avec le lyrisme, le contrepoint et la clarté sont donc présents. Je pense aussi qu’il y a un lien entre la notation et la conception du neume et la notation des partitions aujourd’hui. C’est un lien fascinant qu’il faut continuer à examiner…

PAN M 360 : Certains compositeurs ont-ils eu une influence déterminante sur votre travail – si cette question est pertinente pour vous ?

PAOLA PRESTINI : Elle est pertinente ! Je suis passionné par la musique et les écrits de John Cage : ses Sonates et Interludes et ses réflexions sur le Silence.  La musique de Palestrina et de Victoria est essentielle, et la musique de Crumb, Meredith Monk, John Zorn, et des compositeurs qui sont mes contemporains, comme Tanya Tagaq… et la musique folklorique d’Italie et du Mexique d’hier et d’aujourd’hui a joué un rôle énorme dans mon régime musical.

PAN M 360 : Comment abordez-vous la musique sacrée et comment l’injectez-vous dans votre travail vocal actuel ?

PAOLA PRESTINI : J’ai récemment écrit pour un groupe extraordinaire de Leipzig, Sjaella, et je dirais que leur expérience de la musique sacrée, leur facilité à manier des lignes complexes et le mélange particulier de leurs voix ont été une grande source d’inspiration pour les œuvres que j’ai écrites pour eux. Qu’il s’agisse d’une nouvelle œuvre intitulée Tryptich of our Time ou d’une vision féminine de la fraternité intitulée Fratres after Palestrinas Fratres Ego enim accepi, la musique sacrée constitue une base sur laquelle j’aime extrapoler.

CRÉDIT PHOTO :  Caroline Tompkins.

POUR ACHETER VOS PLACES, C’EST ICI

https://www.youtube.com/watch?v=pzRorHIhwTQ

À l’instar des Dina Gilbert, Nicolas Ellis, Guillaume Bourgogne et quelques autres, Francis Choinière est l’un des jeunes chefs québécois qui s’imposent désormais au coeur de nos orchestres symphoniques et orchestres de chambre. 

Francis Choinière est un cas exemplaire de débrouillardise, d’opiniâtreté et de talent combinés. À la barre de l’Orchestre Philharmonique et Choeur des Mélomanes (OPCM), il est aussi impliqué dans l’Orchestre FILMharmonique, dont il est ici question, de même que dans la compagnie de production GFN qu’il a fondée avec son frère.

Pour toutes ces raisons, PAN M 360 fait connaissance avec Francis Choinière, à la veille d’un concert donné par l’Orchestre FILMharmonique sous sa direction, soit le samedi 9 avril, 19 h 30, à la Maison symphonique 

La Symphonie Fantastique de Berlioz sera la pièce maîtresse de cet hommage de 78 musiciens aux compositeurs français, qui sera suivie de l’incontournable Boléro, certes l’œuvre la plus connue de Maurice Ravel. L’Orchestre FILMharmonique complétera le programme avec L’Apprenti sorcier de Dukas et des extraits de l’univers magique d’Harry Potter, composées par Alexandre Desplat. Musiques françaises, donc.

PAN M 360 : Faisons SVP la genèse de votre parcours.

FRANCIS CHOINIÈRE : J’ai commencé avec le chant choral, c’est ce qui me passionnait au début. Je suis entré graduellement dans l’orchestre en y dirigeant de grandes œuvres chorales avec orchestre (L’Homme armé, Requiem de Mozart, etc.). J’ai donc fait beaucoup de chœurs, j’ai ensuite commencé à diriger l’orchestre. 

J’ai fait ma maîtrise en direction d’orchestre à l’université McGill, soit avec Alexis Hauser, et quelques classes de maître avec des chefs réputés tels Yoav Talmi, François-Xavier Roth, etc. Au début, Jean-Sébastien Vallée était mon mentor en direction chorale, alors que je faisais mon baccalauréat en composition. Étudier la composition, d’ailleurs, m’a beaucoup aidé en tant que chef d’orchestre, c’est-à-dire apprendre à connaître tous les instruments et leurs couleurs respectives. Quand je regarde une partition, je souhaite savoir ce qu’un compositeur voulait faire avec, et ce que je pouvais conséquemment faire ressortir de l’œuvre. Par la suite, Alexis Hauser fut un très bon prof en direction d’orchestre, car nous devions exécuter des œuvres de très haut niveau.

PAN M 360 : Et donc le chant choral et la musique instrumentale se sont liés sur votre terrain de jeu?

FRANCIS CHOINIÈRE : En fait, je voulais toujours faire du chant choral et de la musique instrumentale. C’est difficile pour quiconque souhaite diriger un orchestre. Donc, l’occasion est d’abord venue côté chorale. Progressivement, j’ai présenté de grandes œuvres chorale précédées d’un concerto, je pense notamment au Lachrymae de Britten (avec Marina Thibeault), suivi du Requiem de Mozart. 

PAN M 360 : Vos qualités entrepreneuriales se sont avérées précocement, racontez-nous.

FRANCIS CHOINIÈRE : À l’âge de 17 ans, j’ai fondé l’OPCM, l’Orchestre Philharmonique et Choeur des Mélomanes, dont c’est la huitième année (j’ai 25 ans aujourd’hui). Ce fut ma première opération de promotion et de gestion d’un organisme culturel. Quelques années plus tard, nous avions l’intention de présenter un concert d’envergure pour Le Seigneur des anneaux, alors nous avons démarré une entreprise, GFN Productions, avec mon frère Nicholas et notre ami Gabriel Felcarek. J’avais déjà une certaine expérience dans la production de concerts et l’embauche de musiciens. Or, cette fois, le projet était d’un autre niveau, 250 personnes sur scènes, musiciens, chanteurs, projections etc. C’était gros. Le concert fut présenté en janvier 2019, nous avons fait nos preuves a avons eu le sentiment que nous pouvions désormais faire presque n’importe quoi.

PAN M 360 : Trois organisations, donc : OPCM, FILMharmonique et GFN productions.

FRANCIS CHOINIÈRE : Exact. GFN est une compagnie de production qui collabore étroitement avec l’Orchestre FILMharmonique, l’OPCM a une vie plus autonome. En principe, nous présentons de grandes œuvres chorales. L’objectif de cet orchestre et chœur est de mettre la voix en valeur. Dans cette optique, il est inhabituel pour nous d’offrir un concert sans chant, comme nous l’avons fait la semaine dernière avec le pianiste Alain Lefèvre, avec qui nous voulions vraiment collaborer pour le Concerto de Québec, d’André Mathieu. Généralement, le chant est impliqué systématiquement dans nos programmes.

PAN M 360 : Vous avez choisi de vous positionner dans des répertoires relativement consensuels, n’est-ce pas?

FRANCIS CHOINIÈRE : Oui. Du côté de l’Orchestre Philharmonique, c’est plus évident : l’accessibilité de la musique symphonique est mise de l’avant. Prenons le programme Les Planètes de Holst, prévu à la fin du mois. Cette œuvre est une grande inspiration pour les compositeurs des musiques de films comme John Williams. Ces œuvres pour le cinéma ont aussi droit à la diffusion. Elles touchent un grand public et l’Orchestre FILMharmonque est là pour en faire la promotion, soit auprès d’un public plus jeune qui pourrait s’intéresser à la musique classique. Alors si on aime Holst après avoir découvert John Williams, on aimera peut-être d’autres compositeurs classiques. 

PAN M 360 : Hum, le passage de la pop symphonique au répertoire classique est loin d’être évident…

FRANCIS CHOINIÈRE : C’est vrai, mais il y a quand même une différence entre la pop symphonique, soit l’accompagnement symphonique d’un artiste pop, et la musique de film avec orchestre symphonique pour conduire le grand public à la musique classique. Si on faisait un concert symphonique avec Britney Spears, par exemple, ses fans ne retourneraient pas systématiquement au concert classique, ce qui à mon sens est différent, avec la musique symphonique destinée au cinéma. 

En mettant le répertoire du cinéma et de la musique classique au même niveau dans un programme, on observe un intérêt du côté du public. Les gens aiment les deux, ne font pas distinction spontanée. C’est un travail qui doit être mené à long terme, de toute façon. L’OPCM, de son côté, a un mandat différent. Nous sommes capables de présenter de grands programmes et mettre de l’avant les instrumentistes et les chanteurs.

PAN M 360 : Vous êtes un des chefs émergents au Québec. Yannick Nézet-Séguin, qui peut être considéré encore comme un jeune chef, a-t-il été pour vous une source d’inspiration?

FRANCIS CHOINIÈRE : Certainement. J’ai déjà chanté pour lui dans le Chœur Métropolitain, ce fut une belle expérience pour moi. Je devais faire une collaboration avec lui, soit pour Aïda de Verdi dans le contexte du festival de Lanaudière, ce qui fut malheureusement annulé à cause de la pandémie. J’espère avoir d’autres occasions de collaborer avec lui.

PAN M 360 : Pour compléter ce premier contact, parlons du programme de samedi.

FRANCIS CHOINIÈRE : Bien sûr. L’œuvre vedette est la Symphonie fantastique de Berlioz, une des premières œuvres s’inscrivant au répertoire de la musique à programme, c’est-à-dire à laquelle une histoire est reliée par un thème récurrent. Au 19e siècle, Berlioz fut l’un des premiers compositeurs ayant développé l’idée du leitmotiv, soit un même thème mélodique qui se développe à travers les mouvements de l’œuvre. Richard Wagner en avait perfectionné le concept et, un siècle plus tard, les compositeurs du cinéma choisissent régulièrement cette approche, c’est-à-dire développer un thème mélodique autour d’un personnage à travers le scénario. John Williams s’en est inspiré, comme Howard Shore et plusieurs autres. Alors la Symphonie fantastique se connecte bien à tous nos projets et à la mission du FILMharmonique. Ce samedi, donc, on mettra de l’avant un répertoire de musique française avec Berlioz, Ravel, Dukas et quelques extraits des films de Harry Potter, musiques composées par Alexandre Desplat.

PAN M 360 : Dans le contexte de cette nouvelle vague de COVID, maintenir un orchestre et attirer le public ne sont pas choses faciles. Que se passe-t-il de votre côté?

FRANCIS CHOINIÈRE : Ces temps-ci, il y a tellement de difficultés à cause de la COVID que plusieurs orchestres doivent composer avec des personnels différents. Nous essayons d’avoir une formation stable, mais nous devons composer avec l’instabilité. On veut que les gens retournent en salle… C’est actuellement très difficile à cause de la pandémie, mais on voit aussi que les gens sont excités à revenir en salle.

POUR ACHETER VOS PLACES, C’EST ICI

Le 1er avril dernier, l’auteur-compositeur-interprète Koriass a dévoilé Abri de fortune (pour fin du monde), son sixième opus en carrière.

Quatre ans après la sortie de La Nuit des Longs Couteaux, le Montréalais amène ses auditeurs au cœur de son refuge intérieur, l’abri de fortune. Du haut de ses 38 ans, le rappeur fait l’état de son cheminement personnel au cours des dernières années rocambolesques et précaires vécues par l’humanité. Comme à l’habitude, il réalise le tout avec humour et aplomb.

Abri de fortune (pour fin du monde) nous plonge dans une autre réalité de sa vie : la famille. Non seulement en parle-t-il dans ses textes, mais son amoureuse et sa fille ont aussi participé à la création du projet. Sa partenaire de cœur s’est occupée du visuel du projet alors que la petite Sacha réalise trois apparitions vocales dans l’album. Dans ce projet, Koriass collabore avec des artistes comme Jay Scøtt, Mike Clay et Sarahmée.

Réalisé par lui-même avec l’aide de Ruffsound et Philippe Brault, ce récit introspectif est composé de treize titres dont Disparaître, une chanson très sentie, et Matusalem avec Jay Scøtt. Tout au long de son album, Koriass utilise de nombreux flows variés qui se marient à merveille à ses instrumentales atypiques.

Quelques jours avant le lancement, Koriass a partagé la scène avec l’Orchestre symphonique de Montréal, dans le cadre d’un spectacle mélangeant le hip-hop à la musique classique. Dirigé par la cheffe d’orchestre Dina Gilbert, Koriass a performé en compagnie de Fouki, de Sarahmée, d’Alaclair Ensemble, de Dead Obies et de Quiet Mike. Malade, il n’a malheureusement pas pu prendre part à deux des trois représentations. Malgré tout, cette expérience fut « incroyable », indique-t-il.

Pan M 360 a discuté avec lui de son expérience symphonique et de son album.

PAN M 360 : Comment a été votre expérience symphonique?

Koriass : L’expérience était vraiment incroyable. Je suis très reconnaissant d’avoir été en mesure de faire au moins un des trois concerts. C’était un énorme privilège. Ça m’aurait fait vraiment mal de manquer les trois, car cet évènement-là est unique. Ça fait deux ans qu’on attend de le faire en raison des nombreux reports pandémiques. L’OSM, c’est grandiose et de combiner ça au rap, c’est un projet inespéré. C’est l’Orchestre symphonique qui m’a approché pour le projet. Ils ont fait un travail remarquable, ils ont été en mesure de rehausser nos chansons et d’accentuer les moments d’émotions.

Avant le premier spectacle, on ne savait pas trop à quoi s’attendre au niveau de l’ambiance. Est-ce que les gens vont bouger? Est-ce la foule va se lever? Au concert, on a rapidement compris que l’on avait affaire à une ambiance d’évènement de hip-hop. Les gens levaient les mains et chantaient. Tout de suite, le monde a été emporté par la beauté des arrangements musicaux. C’était la musique qui parlait à ce concert-là.

PAN M 360 : Quel est le concept de l’album?

Koriass : Le tout reste libre à l’interprétation. Ça tourne beaucoup autour d’un monde précaire et de la fin du monde. Il y a quelque chose de dystopique aussi. C’est certain que l’album est teinté par l’état actuel de notre monde et ma vision des choses qu’on vit. Je raconte mes états d’âme et ce que je vis dans notre monde. C’est vraiment comme ça que j’ai approché le projet. Tout au long de l’album, il y a un fil conducteur autant dans le champ lexical que dans la musique que j’ai choisie. Je visais ça plutôt que de raconter une véritable histoire dans mon projet.

Par la suite, j’ai travaillé fort pour que le visuel de l’album soit en accord avec l’ambiance des chansons. Je suis vraiment content du résultat, ça complète à merveille le projet. D’ailleurs, le titre est né d’une installation de sculptures que ma copine, Valérie Bourget, a faite. Son projet portait le nom Abri de fortune (pour fin du monde). Au début de la création de l’album, j’étais parti sur un concept différent, mais quand j’ai vu son projet, j’ai trouvé que ça fonctionnait vraiment bien avec l’ambiance que je voulais obtenir. Ainsi, elle s’est chargée de tout le visuel.

PAN M 360 : Qu’est-ce que ça vous permet, de réaliser vous-même l’album?

Koriass : Il y a quelque chose d’extrêmement satisfaisant là-dedans. C’est pour ça que j’ai commencé à faire du beat-making tôt quand j’étais jeune. J’avais un désir de me suffire musicalement. L’écriture et la composition, c’est deux choses vraiment différentes. Pour moi, la composition c’est libre et je peux faire n’importe quoi. D’un autre côté, l’écriture c’est plus difficile et ça implique davantage de travail. Même si c’est vraiment plaisant quand l’inspiration est au rendez-vous, ça reste plus ardu. Je suis assez obsessif compulsif par rapport à mes rimes, je ne me rends pas la tâche facile.

Aussi, il y a peut-être quelque chose d’égocentrique là-dedans, mais je suis content de dire que j’ai créé la majorité de mon album. Je n’enlève rien aux autres rappeurs qui se consacrent seulement au rap, c’est une question de vision artistique. J’ai beaucoup de satisfaction et de plaisir à bien choisir et créer ma musique. Pendant la pandémie, j’ai fait beaucoup de production musicale. J’ai vraiment essayé de m’améliorer à ce point de vue. Avec mon équipe, il faut dire que je suis bien entouré pour étoffer cette facette.

PAN M 360 : Comment est née Matusalem, la collaboration avec Jay Scøtt?

Koriass : C’est né comme beaucoup de collaborations, par le fruit du hasard des rencontres et des réseaux sociaux. Jay Scøtt a une bonne ascension depuis sa chanson Copilote. Je savais déjà qui il était, car il publiait des vidéos de ses chansons sur Youtube et je le trouvais bon. Aussi, il avait déjà publié une chanson sur Bandcamp qui s’appelait Koriass. On s’est parlé sur Instagram et on s’est dit que ça serait bien que l’on collabore un jour.

Quand je créais l’album et que j’ai fait l’instrumentale de Matusalem, je me suis dit que je le verrais chanter dessus. Je lui ai envoyé la production et il m’a répondu qu’il l’adorait. Il a enregistré un couplet sans qu’on ait établi un concept. Jay me l’a envoyé et j’ai aimé. J’ai débuté l’écriture de mes couplets de mon bord et je me suis déplacé chez lui, pour qu’on soit en mesure de compléter l’écriture ensemble. On a enregistré l’introduction et le reste de la chanson chez lui, dans sa chambre. C’est une personne vraiment drôle et ce n’est vraiment pas compliqué de travailler avec lui. Ce que l’on voit de lui dans les entrevues et dans les spectacles, c’est vraiment lui. Comme on dit, « What you see, is what you get »! Je suis très fier de cette collaboration.

PAN M 360 : Quelle chanson du projet chérissez-vous le plus?

Koriass : C’est vraiment dur à dire, car j’aime l’entièreté de l’album. J’ai un faible pour Jamais Jamais, car le style ressemble à mes anciennes chansons. C’est un titre un peu plus ludique que les autres. De plus, je l’ai écrit d’une traite et c’est souvent les chansons que je rédige sans me casser la tête que j’aime le plus.

PAN M 360 : Pourquoi la présence de votre fille sur l’album était-elle importante?

Koriass : Ce n’était pas quelque chose de prévu. J’aime travailler avec des gens dont je suis proche. C’est vraiment une question de confiance envers les goûts musicaux des gens. Par exemple, Ruffsound et Philippe Brault avec qui je travaille depuis maintenant trois albums. Ainsi, la présence de ma fille sur l’album s’est faite naturellement. Ma fille suit des cours de chant et de piano depuis environ deux ans. Je n’ai pas poussé pour qu’elle fasse ça, c’est venu d’elle-même. Évidemment, je suis conscient que la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre. Vu qu’elle chante bien et que je trouve sa voix très belle, je lui ai demandé si elle voulait essayer de chanter sur mes chansons. J’avais envie d’avoir des chœurs sur certains refrains, dans le but d’étoffer ma voix. On a tenté un enregistrement à la maison, avec mon microphone. Je ne l’ai pas amenée au studio, parce que ça peut paraître assez intimidant et que je ne suis pas certain qu’elle soit prête pour ça. Le résultat était bon, donc on l’a gardé sur les chansons. Ma fille était vraiment contente du résultat, c’est vraiment une fierté pour elle.

PAN M 360 : Quelle est l’histoire derrière l’extrait d’une musique française que l’on entend à plusieurs reprises dans l’album?

Koriass : Je vais laisser le mystère planer, je ne veux pas révéler mes secrets. Je l’ai ajouté à l’album parce que ça venait contredire l’ambiance de l’album et mes propos sombres. C’était ça mon intention. Aussi, ça amène des moments d’accalmie dans l’album, tout en restant dans le thème du chaos.

PAN M 360 : À la fin de l’album, vous répétez que « si c’était la fin du monde, ce serait pas la fin du monde ». Pourquoi?

Koriass : C’est une phrase que j’ai réellement dite au début de la pandémie. C’est une manière de dire que si c’était la fin de l’humanité, ça ne serait pas nécessairement la fin de la terre. En fait, notre fin n’est pas la fin de la planète. Sans nous, elle va bien aller après. La fin de l’humanité ne signifierait pas la fin du monde, juste la fin de notre ère. Peu importe ce qui nous arrive, la vie va continuer. C’est une prise de conscience ou bien un constat existentiel de notre petitesse en tant qu’humains et de l’humilité que l’on se doit d’avoir. Je pense que je n’apprends rien à personne avec ça.

Photo : Félix Renaud

Le premier étage du Studio TD, nouveau nom donné à L’Astral pour des raisons éminemment commanditaires, a été transformé en musée : sous le titre Stranger Than Kindness, une exposition consacrée à Nick Cave y est présentée à compter du vendredi 8 avril. 

Initialement pour le Black Diamond, l’extension moderne de la Bibliothèque royale danoise à Copenhague, cette exposition a été imaginée par la commissaire Christina Back avec le principal intéressé en tant que co-commissaire et co-designer. L’exposition présente des centaines d’objets cumulés ou créés au cours de six décennies. Voilà une incursion unique dans l’univers créatif de Nick Cave, à travers cette exposition atypique. Au-delà des évocations du célébrissime personnage, on s’y penche sur ce qui façonne une existence et sur ce qui construit un être humain.

Jamais Montréal n’aura vécu une telle immersion dans l’univers de l’écrivain et avant-rockeur australien, un des plus brillants de l’époque actuelle. Puisque le Montréalais Victor Shiffman, à qui l’on doit la fameuse exposition consacrée à Leonard Cohen, a produit cette exposition, nous avons l’insigne honneur d’accueillir l’événement qui fut précédé d’une paire de concerts mémorables à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, concerts orchestrés le week-end dernier par Warren Ellis etr Nick Cave, auxquels se sont adjoints trois choristes et un multi-instrumentiste. 

L’esthétique de Carnage,  offrande discographique menée par Cave et Ellis à titre de duo, dominait  un répertoire essentiellement constitué de cet enregistrement paru en 2021 et aussi de chansons des Bad Seeds écrites au cours de la dernière décennie sous la direction musicale du même Warren Ellis, sans qui Nick Cave ne serait pas ce qu’il est musicalement aujourd’hui.

Ainsi, plusieurs journalistes montréalais issus des médias institutionnels ou indépendants (Radio-Canada, CBC, The Gazette, La Presse, PAN M 360, Sors-Tu, etc.) ont eu droit à une conversation de 49 minutes et 49 secondes avec Nick Cave, au cœur de l’exposition lui étant consacrée. En voici la plupart des citations, évidemment traduite et adaptées par PAN M 360.

Crédit photos: Jérôme Bertrand

Arrivée de Nick Cave dans cette pièce illustrant le bureau de l’artiste, les photographes font leur travail.

« Que faites-vous dans mon bureau ?  Oh, bien, prenez les photo. Bonjour tout le monde, je suis Nick Cave. Bonjour!  Et oui, c’était notre dernier spectacle de la tournée. On m’excusera si j’ai l’air un peu distrait ou épuisé… C’est juste parce que je le suis. Alors, que voulez-vous savoir ? Est-ce que porter des masques est un choix individuel ou une règle ? Une règle ?  C’est un peu bizarre… mais je ne sais pas comment ça marche ici. »

Sur le clavier de Warren Ellis au concert :

« Je pense que c’est un synthétiseur à 300$ que Warren a trouvé et qui a un très beau son, un son émotionnel, instantanément mélancolique, mais aussi édifiant. Il est donc très difficile de s’en débarrasser ! »

Corrélation possible entre le répertoire du concert donné à Montréal et cette exposition, soit un répertoire rétrospectif de la dernière décennie et la rétrospective d’une vie entière :

« Je ne sais pas… Pour un artiste qui a fait 20 albums ou écrit 250 chansons, ou peu importe, la plupart des chansons étaient celles  que nous avons jouées au cours des dernières années. C’est inhabituel, je pense. Ce que nous avons essayé de faire, c’est d’offrir un spectacle qui se concentre sur un travail proche d’aujourd’hui. Et donc, c’est à peu près les trois ou quatre derniers albums. 

« Mais il y a aussi quelque chose qui est parallèle à cette exposition, parce que c’est assez étrange pour moi de marcher à travers cette exposition, je pense qu’elle montre très clairement la vie d’une personne très absorbée par elle-même, créative, qui a eu une sorte de rupture violente dans sa vie ou même une série de ruptures violentes. Et cette pièce dans laquelle nous nous trouvons actuellement est la fin de quelque chose. 

« Je n’avais pas réalisé, même avant de la traverser, que cette pièce était représentative d’une sorte d’auto-absorption, auto-absorption artistique sans prêter attention à autre chose.

« Et puis vous passez cette porte derrière moi, et tout change, et je pense que je vis de l’autre côté de cette porte. Et m’asseoir ici maintenant, c’est, c’est comme, il y a un étrange sentiment de déconnexion envers ça. Je pense que beaucoup de gens, beaucoup de fans aiment cette période. Ils aiment toutes ces choses, ils aiment ma musique plus ancienne, ses formes plus vieilles, les associations du passé, les anciens musiciens des Bad Seeds. Tout ce genre de choses, cette exposition représente ça aussi. Mais il y a quelque chose qui se passe, hors de mon contrôle, quand tu passes cette porte. Et cela exige de moi de faire une forme différente de musique. Et je suis personnellement très fier que nous ayons continué à suivre la vérité des choses, où qu’elle puisse mener. Et je pense que cette exposition rappelle très bien que la musique devient juste plus calme et plus réfléchie. »

Sur  le concept et l’intention de tout ce travail de collection d’objets devenus un projet d’archivage : 

« J’ai dû avoir une idée à l’époque… Comme ces choses disposées dans cette pièce de Berlin, des trucs que j’ai évidemment valorisés, comme ces petits livres que j’ai faits et gardés parce que je pensais juste qu’ils étaient beaux. Mais surtout, ce sont des piles et des piles de déchets que Christina (commissaire de l’expo) a dû passer en revue, et, et radicalement triés afin de trouver les bons. Donc ce n’est pas comme si j’avais grand-chose à redire à Susie, ma femme a tout conservé. Elle a retiré tranquillement tous mes trucs et les a mis dans un entrepôt. Il y avait donc des conteneurs de stockage dont je n’étais même pas vraiment au courant, ma femme était plus intéressée que moi par la conservation. Donc ces choses proviennent des 25 dernières années, mais ces petites choses dans la chambre de Berlin sont juste de petites choses. »

Comment Nick Cave se sent dans les lieux physiques de cette exposition lui étant consacrée :

« Il y a une certaine impression de détachement, c’est un peu comme un musée. Mais en même temps, il y a eu beaucoup de travail qui a été fait dans cette pièce, et ces derniers jours, j’en ai ajouté de nouvelles. Et il y a de nouveaux trucs que j’avais dans les poches, il y a une lettre de Tom Waits sur mon lit que j’ai reçue il y a quelques semaines en tournée. Donc cette pièce ressemble à une pièce qui peut continuer à changer au fur et à mesure que l’exposition suit son cours. De ville en ville, elle peut s’agrandir, cette pièce dans laquelle nous nous trouvons peut s’agrandir.  Parce que j’ai fait plus de choses depuis, des céramiques par exemple. Et j’espère que le dernier couloir de l’expo, le couloir de la gratitude, pourra grandir et sera différent de ce qu’il était à Copenhague – la première ville où l’exposition s’est tenue. »

Sur la présence marquée de Leonard Cohen dans l’exposition, sur l’impact de l’artiste montréalais chez Nick Cave.

« Quand j’avais environ 14 ans, en Australie, dans cette petite ville de campagne où j’ai grandi (Warracknabeal) et que j’avais quittée pour y retourner en été pendant les vacances scolaires, j’avais une amie légèrement plus âgée que moi. Elle m’avait invité chez elle, elle m’avait fait écouter Songs of Love and Hate dans cette pièce très sombre, avec des cartons sur les fenêtres. Et elle m’avait dit d’écouter ce qui est là d’une certaine manière, tout au long de cette exposition, à travers ces re-créations de moments importants. On n’en fait pas tout un plat, mais c’est pour ça que Leonard Cohen est là sur la platine dans la pièce. 

« J’étais un gamin bizarre qui grandissait dans une ville de campagne australienne, j’avais l’impression de ne pas être à ma place, de ne pas comprendre les mêmes choses que les gens de cette petite ville de campagne. Puis j’ai entendu Avalanche, la première chanson de cet album. Ce fut pour moi un changement sismique. Soudain, j’ai eu le sentiment d’être compris par quelqu’un. Cette voix est devenue la voix d’un ami. Cela m’a suivi pour le reste de ma carrière. Vous mettiez Leonard Cohen plus que d’autres sur un manche de guitare, il y avait toujours le ton de sa voix, il y avait toujours cette impression d’écouter un ami sage. Et ouais, c’est pourquoi ce fut un moment énorme pour moi d’écouter cette chanson. Et de comprendre qu’il y avait quelque chose d’autre qui mettait des mots sur mes propres sentiments d’angoisse, de colère et d’amour. »

Sur les livres observés dans la place : Nabokov, Dostoïevski et autres écrivains qui ont inspiré son oeuvre.

« Je dois dire avoir été époustouflé par Crime et châtiment. J’avais étudié ce livre à l’école,  grâce à un super professeur de littérature qui m’avait incité à faire une plongée profonde dans ce bassin littéraire. Ça m’avait vraiment changé, ça avait eu une énorme influence sur cette idée de vivre sa vie hors de ce à quoi on s’attend de vous. Et je veux dire, Raskolnikov (le personnage principal de Crime et châtiment)  l’a fait à sa manière. Pour moi, en tant qu’Australien, il y avait cette idée de vivre au-delà des attentes des autres, à qui on a dit de fermer sa gueule, de garder la tête baissée et de ne pas faire d’histoires. C’était un livre très inspirant à cet égard.

« Et oui, ces livres sont les pierres de touche pour nous tous, issus de ma génération. Des choses importantes auxquelles s’accrocher. Et voilà pour moi l’une des choses relatives à cette exposition, je sens personnellement qu’elle a le devoir de transmettre ces informations, même si elles ne sont peut-être plus appréciées de la même manière que lorsque j’étais jeune. Les temps changent et les gens recherchent autre chose. En vieillissant, je me vois comme une sorte de dépositaire de ces objets de valeur. Laisser venir ces choses que les gens oublient facilement. Il ne faut pas beaucoup de temps pour que quelqu’un soit oublié. On se dit : « Comment peut-on oublier Leonard Cohen ? » Mais il n’y a pas longtemps, je parlais des Sex Pistols à un jeune de 18 ans et il m’a dit : « Ouf ! ». Ça ne prend pas longtemps pour oublier. Et ça vaut donc la peine de s’accrocher à ces trucs. Vous avez peur de monter à bord ? Personnellement, ça ne me dérange pas vraiment à cet égard, parce que j’ai ma propre exposition. »

Sur la présence de mèches de cheveux parmi les objets de l’exposition :

« Il y a ces mèches de cheveux particulières que j’avais trouvées dans un marché aux puces à Berlin. Il y en avait trois, elles étaient de la même longueur, et cousues cousues à leur partie supérieure. Donc une, deux ou trois femmes, je n’ai jamais pu le savoir, s’étaient fait couper les cheveux simultanément. Et cela a suscité chez moi des idées sans fin sur ce qui était réellement arrivé à ces femmes. Vous savez, le personnage du livre que j’avais écrit à Berlin (And the Ass Saw the Angel) avait aussi ces mèches de cheveux, elles sont très présentes dans le livre. Parce que la vie réelle se fond dans ce livre en particulier. C’est donc assez incroyable d’avoir pu conserver ces cheveux. D’ailleurs, ma femme m’a confié un petit sac à cordon avec ses propres cheveux qu’elle a coupés, afin que je les emmène avec moi en tournée. Je ne sais pas exactement ce que ça veut dire ou à quoi s’attendait-elle ce que je fasse avec. Quoi qu’il en soit, ils sont dans ma valise. (rires) »

Sur l’ajout d’une lettre de Tom Waits qu’il a reçue récemment :

« Tout ce qui vient, tout ce que je trouve, tout ce que j’ai ou que je reçois et qui peut être d’un intérêt occasionnel peut se retrouver dans l’exposition. Dans ce couloir de la gratitude, des choses particulières ont une importance massive, comme ce mot de Leonard Cohen, par exemple, reçu après la mort de mon fils: « Je suis avec toi, mon frère ». Voilà quelque chose d’extraordinaire à recevoir, si simple ! Ça m’a parlé plus que tout ce qu’on m’a dit à l’époque. Donc tout ce qui se trouve dans cette pièce a une importance énorme, une référence à Elvis Presley (mon influence première) ou cette lettre de Tom Waits que je n’ai jamais rencontré – je vais le faire bientôt à New York, dans le contexte d’une commémoration du regretté producteur Hal Willner. »

Sur la véracité de la reproduction des lieux réels, sur sa façon de travailler en ces lieux réels :

« En fait, c’est presque identique. J’avais un bureau comme celui-ci, je venais au bureau, je travaillais au bureau, c’était séparé du reste de ma vie. C’est devenu quelque chose que je ne pouvais plus faire, parce que j’avais l’impression de ne plus pouvoir le faire. Le sacrifice artistique, s’asseoir là et travailler sur des choses,  cette vague idée de son propre génie créatif, ou peu importe ce que c’est, toutes les relations que vous avez et qui se désintègrent parce que vous êtes tellement concentré sur votre travail, et vous n’êtes jamais là. Je l’ai réalisé après coup, j’ai découvert que ce n’était plus moi. Il y avait d’autres choses de mon travail que je trouvais plus importantes. Alors désormais, je ne travaille pas de la même façon, je travaille encore tous les jours, du matin au soir, mais je ne le fais pas de la même façon, pathologiquement absorbé par moi-même. »

Sur la motivation de rassembler tous ces objets dans une exposition :

«  Je ne peux pas vraiment le dire. Ça veut dire quelque chose, non ? Ça en dit long sur quelqu’un qui a eu  le sens de l’importance de soi, c’est peut-être un peu exagéré. Je ne sais pas si c’est une blague ou si c’est pour de vrai. Qu’en pensez-vous? « 

Sur la photo de Monica Lewinsky, accroché dans l’exposition :

«  Elle a été prise par la photographe Polly Borland, qui est une très bonne amie à moi et qui a pris beaucoup de photos de moi. Elle a pris une photo de Monica Lewinsky qu’elle m’a donné, cette photo se trouvait sur un mur de mon bureau. Je ne sais pas pourquoi elle est ici mais j’aime beaucoup cette photo. Il y a ce regard… »

Sur l’état d’esprit nettement moins sombre de Nick Cave, observé au concert comme en conférence de presse :

« Vous savez, il y a beaucoup de raisons d’être heureux en ce moment, surtout pour un groupe de musiciens en tournée. Parce qu’à ce stade, nous avons réussi à tourner en Angleterre,  dans une partie de l’Europe et en Amérique du Nord sans attraper la COVID.  Au début, nous avons tourné dans une bulle, alors que plus récemment, nous n’avons vraiment suivi de protocole, Nous nous sommes ajustés au fur et à mesure. C’est assez étonnant, en fait. Personne ne va assurer votre tournée, c’est une affaire très risquée que de partir en tournée de nos jours, mais nous croyons que le moment est très spécial pour être en tournée. Le public réapprend à être un public, il y a un certain sentiment de danger au sein du public, soit être assis là dans un groupe de personnes au sein d’une pandémie. Il y a aussi un aspect joyeux dans le fait de pouvoir monter sur scène et de faire de la musique. Personnellement, cela me rend beaucoup plus heureux ces jours-ci que je ne l’ai jamais été. J’ai juste trouvé un moyen d’y parvenir.

«  Ce bonheur a été durement gagné, c’est un bonheur gagné, peut-être un suicide. Je pense que ça parle juste de la valorisation des choses, de monter sur scène, de jouer sa musique, d’être entouré d’amis et de jouer devant des gens qui sont venus pour te faire sentir que ce sont des moments spéciaux, des moments de joie. De manière générale, c’est comme ça que je vois les choses ces jours-ci. Je pense qu’en vieillissant, la chose à faire consiste à éliminer les choses inutiles. Où que je sois c’est un énorme privilège d’être sur scène et de donner un concert. C’est ce que nous ressentons lorsque, comme le week-end dernier nous avons pu donner des concerts émouvants, très personnels, très intimes, vulnérables. Et oui j’adore voir ce que Warren (Ellis) nous offre avec ces musiciens et chanteurs magnifiques C’est une sorte d’héritage, c’est vraiment quelque chose. »

Sur ce qui a aussi été extirpé de sa maison :

«  Un groupe de Vikings (rires) est venu chez moi et a tout emporté, vidé mes tiroirs, pris mes livres, décroché mes peintures des murs, roulé les tapis, et tout ça se trouve ici (dans l’exposition). Et donc, bizarrement, j’ai accumulé des livres différents ces derniers temps. Il n’y a pas autant de fiction, il y a d’autres types de livres, des livres religieux par exemple. 

Sur son intérêt pour le sacré, le mystique, le religieu, le gospel et la musique sacréedans sa musique, les objets et livres religieux dans l’exposition, sur la tension entre croyance et incroyance.

« Oui, il y a une tension. Je pense que c’est dans cette tension que le moteur spirituel de mon travail existe, c’est au cœur de cette tension qu’il se trouve. Ce que j’aime particulièrement dans le christianisme, c’est qu’il laisse beaucoup de place au doute. Et donc je me vois essentiellement comme une personne religieuse, bien que j’aie de sérieux doutes sur certains aspects. Mais je crois être arrivé à un point où j’ai réalisé que j’avais passé toute ma vie d’adulte, et même mon enfance, à me débattre avec l’idée de l’existence Dieu et autres idées connexes. Finalement, il me semble que cette lutte est l’expérience religieuse elle-même. L’idée de savoir si Dieu existe ou si Dieu a existé devient pratiquement un détail technique. L’impulsion religieuse a toujours été présente, elle est partout, ce n’est pas un phénomène occasionnel. Je pense que cela devient juste de plus en plus fort. »

Sur l’artiste absorbé par lui-même : 

« Quand on est jeune, surtout quand on fait de l’art, on part du principe que l’art est tout. C’est ce dont il s’agit. Et la vie de l’artiste est quelque chose d’exalté, l’état suprême. Et, en fait, tout le reste souffre en conséquence, vos relations avec vos enfants, avec votre femme, avec vos amis ou dans votre implication citoyenne. J’ai découvert à la dure qu’il y avait d’autres choses plus importantes pour moi que l’expérience créative.

« Cela ne signifie pas que ma vie n’explose pas dans toutes les directions à travers mon travail artistique. Sur le plan créatif, il y a tellement de choses qui se passent en ce moment. Mais je pense que lorsque vous serez sur votre lit de mort, ou quelque chose comme ça, que j’ai écrit The Mercy Seat ne sera peut-être pas la chose la plus importante que vous sachiez. Quand je m’asseois avec ma femme, je ne lui dis pas, chérie j’ai écrit The Mercy Seat (rires). Il y a autre chose, je pense. Quand vous passez la porte derrière ce bureau, il y a autre chose et c’est aussi ce que cette exposition essaie de dire.

« Pièce par pièce, cette exposition représente une série de ruptures :  l’enfance, être envoyé en ville pour aller à l’école, les années Berlin… voilà une série d’états d’être qui s’effondrent et s’étiolent, et passent aux suivants. Et cela corrobore l’idée selon laquelle rien ne semble très stable  mais…  il y a quelque chose derrière cette porte du bureau qui me semble plus stable : ma famille, ma femme, mes enfants, mes amis. »

Sur la distinction entre le travail et le moi profond.

« Le travail créatif a sa propre vie, et il a sa propre compréhension de la direction qu’il doit prendre. En ce qui me concerne personnellement, l’intention est différente. J’ai l’impression que l’intention doit consister en une certaine gradation. C’est au-delà de moi-même, au-delà d’une sorte d’agrandissement de mon propre moi au sein duquel résider

 un énorme potentiel pour améliorer les choses et faire du bien aux gens. Je comprends ça parce que je le comprends pour moi-même; je comprends à partir de l’art, de la musique et autres choses créatives. Ça m’aide énormément. Et je ne sais pas comment m’arrêter là. J’essaie de faire une chanson avant le dimanche, le dimanche semble toujours arriver si vite. » 

D’entrée de jeu, la rencontre de Richie Hawtin alias Plastikman et de Chilly Gonzales, soit deux artistes canadiens de réputation internationale, était improbable.  Les deux se connaissaient de réputation mais leurs mondes créatifs, l’un électronique et l’autre (surtout) instrumental, n’étaient pas concomitants. Or, grâce à Tiga, autre pointure d’ici connue mondialement, la rencontre eut lieu et fut parfaitement concluante. Sous étiquette Turbo, Consumed In Key s’avère une authentique synergie entre Plastikman et Gonzales, chacune des expressions s’y voit magnifiée, revivifiée, et devient un facteur de relance créative pour ces deux musiciens hautement prolifiques comme on le sait.

PAN M 360 a voulu en savoir plus long sur cette collaboration, Richie Hawtin a répondu à nos questions en toute générosité.

PAN M 360 : Entre Richie Hawtin / Plastikman et Chilly Gonzales, la rencontre s’avère  visiblement fructueuse. Quelles sont vos propres impressions du résultat? 

RICHIE HAWTIN : Nous sommes heureux et fiers du résultat. D’une certaine manière, c’était une garantie, parce que je pense, vous savez, que vous mettez deux personnes concentrées et talentueuses ensemble qui ont leurs propres identités. La seule chose qui aurait pu se mettre en travers, ç’aurait été l’égo de chacun. Et, vous savez,  quand Tiga m’a contacté pendant la pandémie et m’a dit que Chilly avait commencé à travailler sur cette idée et avait fait trois maquettes, j’ai été rébarbatif. Comment quelqu’un d’autre pouvait penser à un projet comme Consumed in Key? Que pourrait-il y ajouter? Bien sûr,  Chilly est un musicien très connu et respecté. Mais je ne le connaissais pas, je ne savais rien de lui. Or, puisque Tiga a été un grand supporter de Plastikman depuis les premiers jours, il devait bien y avoir quelque chose dans cette idée de collaboration. Et donc j’ai écouté les maquettes et je n’étais toujours pas convaincu, probablement parce que je ne suis pas un fan authentique de musique acoustique.

PAN M 360 : On observe que les ajouts de musique acoustique dans les projets électroniques sont souvent superficiels, sans substance. La plupart du temps, quand nous voyons une inclusion d’instrumentaux du point de vue électronique, c’est souvent moyen, parce que les musiciens  conviés ne sont pas à un  haut niveau, et aussi parce que les musiciens électroniques ne connaissent pas beaucoup la musique acoustique ou instrumentale. 

RICHIE HAWTIN : Oui.  Donc j’ai pensé que oui c’était intéressant et que nous devrions faire ce projet, à la condition que je sois en mesure de contrôler le mixage final. J’avais l’impression que Chilly abordait l’album de son propre point de vue, un point de vue très distinct et je ne voulais pas m’éterniser dans une conversation sur les pour et les contre de l’impact  potentiel de ce produit. Donc je pense que l’une des meilleures décisions a été de laisser ça comme ça et de permettre à Chilly d’approcher cette œuvre comme il l’interprète, et de le laisser aller avec tout ça. Et c’est ce que nous avons fait. Et donc je pense que la collaboration réside dans la collaboration de Chilly avec mon fantôme, notre dialogue résidait à ce que  nous faisions musicalement. Donc il a appris à me connaître  en composant ses premières pièces. Quand il me les a envoyées, j’ai fait de même de mon côté, j’ai dû réfléchir à la manière d’intégrer son travail.  Et ce fut un très long voyage pour moi, il y a eu, je pense, près d’une centaine de versions de la  finale.

PAN M 360 : On comprend que Tiga était intermédiaire entre vous et Chilly Gonzales.

RICHIE HAWTIN :  Nous étions tous deux amis de TIGA. Chilly lui avait mentionné qu’il avait composé quelque chose et que je pouvais y être réceptif. Tiga a un sens aigu du timing et il devint pour Chilly le traducteur de mes pensées créatives, sachant que cette collaboration était possible et qu’elle pouvait nous mener plus loin. Il fut en quelque sorte le producteur exécutif de ce projet, au vrai sens de l’expression car il fut vraiment impliqué dans l’échange Chilly et moi-même.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous expliquer la méthode de travail?

RICHIE HAWTIN : Bien sûr. Des morceaux me parvenaient via Tiga, au fur et à mesure que Chilly terminait chaque piste. Je renvoyais alors quelques informations à Tiga, qu’il transmettait à Chilly. Et nous arrivions à un point où le travail du Chili était fait, jusqu’à ce qu’il soit entièrement satisfait de ce qu’il avait accompli. Méthodiquement, j’ai alors commencé à parcourir l’enregistrement du début à la fin, car il faut bien comprendre que cet album doit être consommé du début à la fin, dans un ordre assez proche de la première version de travail. Au fur et à mesure que je me suis investi dans ce projet, je suis devenu plus sensible à la compréhension des pièces composées par Chilly. Et les morceaux ont commencé à  se préciser, à se rapprocher les uns des autres. Pendant un moment, je me suis dit, ok, peut-être qu’à la fin, je devrais revenir en arrière maintenant et avoir une discussion avec Chilly. Et finalement, non. C’était une danse que nous avions ensemble à distance, une sorte de romance artistique entre deux approches.  La beauté de ça, en fait, c’est l’intimité d’un pianiste seul dans son studio et moi seul avec cette musique de piano dans mon studio. Ça devient alors quelque chose de vraiment unique. Cette façon de faire nous a permis de vivre chacun nos moments créatifs et nos moments d’affirmation de nos egos respectifs, pour ainsi mettre nos travaux en phase à la fin.


PAN M 360 : Il y a eu un va-et-vient, donc, dans le contexte une relation virtuelle.

RICHIE HAWTIN : Ce fut virtuel jusqu’au mixage final. Pendant des mois, je n’ai pas eu un seul appel téléphonique direct de sa part, toutes les informations transitaient par Tiga. Et je n’ai rencontré Chilly en personne qu’en décembre dernier, lorsque nous avons tourné la première vidéo de promotion et donné notre première interview. C’est aussi ce qui m’a séduit dans ce projet non conventionnel, ça fait partie de son charme. 

PAN M 360 : C’est un vrai défi que de réussir ce mélange avec le piano et l’électronique. Ça peut aisément déraper dans le new age à bon marché, alors que nous avons ici un projet substantiel au bout du compte. Ça permet à chacun d’offrir une nouvelle facette de son travail.

RICHIE HAWTIN :  Et Chilly vous dirait possiblement qu’il a entendu quelque chose dans ce projet qui l’a mis au défi, parce que ça allait à l’encontre de son éducation musicale. Nous aurions pu en parler mais nous ne l’avons pas fait. De mon côté, j’étais vraiment à la recherche d’une nouvelle inspiration, je lisais alors des biographies de musiciens jazz, tel Miles Davis. Bien que Consumed in Key ne devait pas être un album de jazz électronique, il y avait cette idée de laisser de l’espace entre les notes, comme dans la musique de Miles Davis. Chilly a aussi ressenti cela. Je pense donc que pour lui, c’était un défi qui l’a poussé à s’asseoir au piano, en se demandant comment négocier avec le silence. Une fois qu’il me faisait parvenir son travail, je devais aussi me demander comment y répondre avec cette approche ouverte.

PAN M 360 : De votre propre point de vue, qu’avez-vous accompli ? Comment cela a-t-il changé votre propre pratique ?

RICHIE HAWTIN :  Je me suis connecté à la beauté d’un flux organique, et j’ai réalisé combien il est important de faire confiance à son instinct. Vous savez, plus vous avancez dans votre carrière, plus vous utilisez la technologie et ceci et cela. Et plus vous le faites, plus  de gens savent ce que vous faites…  un bruit s’installe autour de vous, vous pouvez perdre le fil… Ce travail avec Chilly m’a permis d’être à nouveau intime avec moi-même artistiquement, tenir le miroir très, très, très proche de mon travail et l’affiner. Bien sûr, on ne se change pas soi-même fondamentalement mais,  parfois, de nouveaux flashs peuvent se produire. Et c’est ce qui s’est produit. J’ai senti ce quelque chose de vraiment spécial en faisant confiance à mon intuition, en acceptant de voir où cela me mènerait. Ainsi, après tant d’années, la musique électronique continue à me surprendre, à me défier et à m’inspirer. 

PAN M 360 : Cette matière pourrait-elle être transposée sur scène dans un avenir proche ?

RICHIE HAWTIN : Je ne pense pas. Ce n’est pas un problème de créativité, c’est un problème d’horaire, aussi banal que cela puisse paraître. Cela dit, nous sommes très, très fiers et satisfaits de la façon dont cela a tourné, et si quelque chose d’autre de stimulant surgit de cette collaboration, eh bien nous verrons bien où cela nous mènera. Pour l’instant, en tout cas je me sens vraiment bien. C’est beau quand j’écoute cet enregistrement, c’est beau quand je vois des gens l’entendre pour la première fois.

Il y a cinquante ans, à l’université Tulane de La Nouvelle-Orléans, un jeune Cadien décrocha un diplôme en histoire avec très grande distinction. Il décida ensuite d’enseigner cette matière mais à sa manière, avec pour outils ses mots, sa voix, son accordéon et sa guitare. Tout le monde connaît la suite, c’est-à-dire le parcours d’exception de Zachary Richard, de son Bayou des mystères en 1976 à aujourd’hui. Après avoir pris part à un concert de l’Acadiana Symphony Orchestra & Conservatory of Music à Lafayette, en décembre 2016, l’auteur-compositeur-interprète, activiste culturel, environnementaliste et poète s’est mis en tête d’orchestraliser ses chansons. Cinq ans et quelques mois plus tard, c’est chose accomplie. Pan M 360 a eu la chance d’en jaser avec lui.


Pan M 360 : Tout d’abord, bravo pour votre œuvre et pour Danser le ciel, ce nouvel album très réussi. Vous aimez observer les oiseaux migrateurs, comme vous l’écriviez dans votre Presqu’Haiku des outardes (NDLR : du recueil Faire récolte, Éditions Perce-Neige, 1997). Vous nous revenez au printemps, un peu comme eux!

Zachary Richard : J’avais pris un peu d’avance; j’avais le printemps dans ma valise, mais il été confisqué à la douane.

Pan M 360 : Vous aviez encore un peu de travail à faire sur l’album?

Zachary Richard : On avait fini le mixage et le matriçage l’an dernier, à distance. Donc tout va bien.

Pan M 360 : Vous avez cité Debussy, Satie, Ravel et Stravinski comme inspirateurs pour l’orchestration de vos pièces. Ils tentaient, tous les quatre, de représenter la nature dans leurs compositions. C’est beaucoup ce que vous faites, non?

Zachary Richard : Je ne suis pas un grand connaisseur de musique classique, mais j’aime ça. Surtout le début du XXe siècle, avec les compositeurs que vous venez de citer. C’est évident qu’il y a quelque chose dans cette recherche harmonique qui m’interpelle. C’est la référence que j’avais donnée à l’arrangeur, Boris Petrowski. On est allés là-dedans avec brio. Je ne voulais pas juste ajouter un peu de sucre à mon café; je voulais vraiment faire une aventure musicale, dans des terrains qui sont pour moi un peu inconnus, mais qui m’intéressent tout à fait. Je suis séduit par ces compositeurs et leur musique très soyeuse. C’est le carré de sable dans lequel on est allés jouer.

Pan M 360 : Sur Danser le ciel, on entend donc des versions orchestrales de chansons bien connues ici, mais d’autres moins, notamment Sunset on Louisianne et Côte Blanche Bay. On espère que ça fera redécouvrir au public le formidable album dont ces deux pièces proviennent, Snake Bite Love, paru en 1992. Ces chansons, vous les avez quand même faites en concert au Québec, au fil des ans?

Zachary Richard : Oui, mais ma carrière est un peu schizophrénique : j’ai un public américain qui est essentiellement louisianais. Pour lui, je chante surtout en anglais. Pour le public québécois, c’est le contraire. En faisant Danser le ciel, il fallait quand même que j’y intègre des chansons de langue anglaise, puisqu’elles représentent presque la moitié de mon répertoire. J’ai choisi ces deux pièces parce que ce sont celles qui ont résonné le plus auprès du public louisianais. L’une fait l’éloge de la nature et évoque sa perte, puis l’autre est un hymne de corsaires, de pirates, c’est une histoire très très romantique de la Louisiane.

Pan M 360 : My Louisanne est une chanson inédite, composée et écrite par vos amis Tommy Delhomme et Steve Camos, de Scott en Louisiane. On sait que Tommy est musicien, ainsi que maître charpentier. Ça pourrait devenir la chanson officielle de la Louisiane, comme Georgia on my Mind pour la Géorgie!

Zachary Richard : On verra bien, je n’ai pas cette prétention-là mais who knows! Quand Tommy et Steve m’ont présenté cette chanson, j’ai été vraiment touché, c’est une super belle chanson. J’espère tout simplement leur faire honneur.

Pan M 360 : Dès le début de votre carrière, vous vous êtes entourés de collaborateurs très doués, comme Michael Doucet et Sonny Landreth. Et c’est plus vrai que jamais pour Danser le ciel, qui a été créé avec les frères Boris et Nicolas Petrowski, Sheila Hannigan, Florent Vollant, votre pianiste et directeur musical David Torkanowsky, Francis Covan, Rick Haworth, Pedro Segundo, Michel Rivard, Lina Boudreau et j’en oublie. Vous vous sentez choyé?

Zachary Richard : J’ai toujours eu la chance de me faire accompagner par des musiciens comme Freddy Koella, Nicolas Fiszman, Sonny Landreth évidemment, Éric Sauviat, Denis Benaroch, Joe Hammer, Basile Leroux et j’en passe, la liste est très longue. Je suis toujours un peu étonné que ces gens-là aient envie de jouer avec moi et y prennent du plaisir. J’ai été chanceux, j’ai pu être accompagné par de très grands musiciens. Et ça continue. Peut-être qu’il y a une bonne étoile qui veille sur moi. Et ce sont non seulement des gens de grand talent, mais aussi des amis. Dans ce métier, il se trouve que les gens les plus talentueux sont souvent les plus sympathiques.

C’est Sheila Hannigan qui était responsable de l’orchestre de chambre; elle avait les contacts et a engagé tout ce beau monde-là. Encore une fois des gens très talentueux. Fallait que je me pince parfois pour savoir si je rêvais. L’orchestre a joué selon des harmonies très aventureuses, pas simplement une approche standard.

Pan M 360 : Le talent attire le talent, comme on dit. Si on prend Pleine lune en décembre, par exemple, on constate que vous la chantez différemment. Elle nous touche autant, mais d’une autre façon.

Zachary Richard : Dans Pleine lune c’est évident. Si on prend Pagayez, là encore on est très très loin de la version originale, mais ce n’était pas juste pour surprendre ou déranger, ce n’était pas gratuit, c’était pour faire quelque chose qui avait du sens. On s’est donné une liberté d’expression qui était, pour moi, le cœur du projet. Ce sont des reprises, pour la plupart, et bien que les mélodies demeurent les mêmes, les chansons deviennent nouvelles.

Pan M 360 : On peut ajouter Danser le ciel aux plus belles chansons-hommages à une mère. C’est en même temps un modèle de chanson réconfortante et inspirante. Merci.

Zachary Richard : Je ne l’ai pas faite dans cet esprit-là, mais je suis assez fier d’imaginer qu’elle peut apporter un certain réconfort. Ça fait partie de la vie, la roue qui tourne. On perd tous des proches. Ce que je dois souligner, dans mon cas, c’est que le vide laissé par les disparitions – celle de ma mère, mais aussi de mes grands-parents et de mon père – est rempli de bons souvenirs. J’ai été privilégié d’avoir une maman pleine d’amour et de vie. Je l’ai accompagnée chez elle jusqu’à la fin.  Je suis très reconnaissant de ça.

Pan M 360 : Vous êtes notre passerelle avec la Louisiane depuis longtemps. Les Acadiens des Maritimes peuvent dire la même chose. On sait qu’il y a beaucoup de musiciens cadiens dans le coin de Lafayette, des gens comme Christine Balfa et Lisa Trahan. Il y a Renée Reed, la fille de Lisa, qui a appris le français et fait paraître un très bel album l’an dernier (NDLR : on en avait parlé ici). Sinon, voyez-vous apparaître une sorte de relève?

Zachary Richard : Absolument. Comme on dit, chaque fois qu’on s’apprête à fermer son cercueil, le cadavre de la culture cadienne se lève et demande une bière. C’est assez extraordinaire, cette histoire. La mienne, d’abord, où je me suis fait kidnapper par la culture française d’Amérique. C’était imprévu. Et le reste, ça tient du miracle, cette volonté et cette culture de résistance. On est toujours menacés par la disparation, mais chaque fois quelque chose nous ramène, nous inspire. Quand moi j’ai commencé à jouer de l’accordéon, j’étais le seul de ma génération à le faire, alors qu’aujourd’hui une multitude de gens en jouent.

La question linguistique, c’est plus épineux, mais deux choses nous permettent d’espérer. D’une part, la culture française de Louisiane est valorisée, maintenant. À l’époque de mes grands-parents, elle était ridiculisée, voire méprisée. D’autre part, nous avons maintenant en Louisiane des francophones qui sont lettrés. Le problème, dans l’assimilation de mes parents et de mes grands-parents et des autres générations, c’est qu’une grande partie des Acadiens de la Louisiane étaient illettrés. C’est difficile de défendre une langue quand on ne peut pas l’écrire. Aujourd’hui, c’est tout le contraire, il y a toute une nouvelle génération de francophones lettrés.

Donc, on ne peut pas nous dire que nous sommes ignorants, de deuxième zone et inférieurs à la culture anglo-américaine. Ça ne passe plus. Comme le dit mon ami Vigneault, on a touché le creux de la vague, puis on remonte. Ce n’est pas évident, pas facile, mais il y a de quoi espérer. Même si selon le recensement de 1900, à l’époque de mes grands-parents, 85 % des habitants du sud de la Louisiane parlaient français (on disait « une langue étrangère »), et que ce pourcentage était passé à 50 % à l’époque de mes parents, puis sous la barre des 10 % aujourd’hui. Il reste une minorité, mais qui est très visible et de plus en plus confiante. On ne sait pas où ça nous mènera, mais je suis persuadé qu’il y aura toujours une présence francophone en Louisiane, si petite soit-elle. Comme le dit Antonine Maillet, on doit toujours garder de la place pour la surprise.

Pan M 360 : Et vous avez joué un bon rôle là-dedans. Vous entamerez une tournée en mai, au Québec puis en Acadie. Est-ce que vous serez accompagné d’une section de cordes sur scène?

Zachary Richard : Vingt-huit personnes, ce serait trop de monde dans le van! Je serai avec Rick Haworth, Mario Légaré, Francis Covan et Paul Picard. Comme le dit mon voisin, on va aller les embêter!

Pan M 360 : Merci énormément Zachary Richard pour vos généreuses réponses et bonne continuation!

Photo : Julien Faugère

Le plus fervent promoteur à l’échelle internationale de l’œuvre du compositeur québécois post-romantique André Mathieu est de retour  en terre québécoise. Désormais installé en Grèce, le pianiste de concert Alain Lefèvre reprend du service ce samedi à la Maison symphonique en offrant la « vraie » version du Concerto  pour piano no 3 de Mathieu, dit de « Québec », dont l’exécution s’annonce plus longue que la version à laquelle on a été habitué de l’entendre. 

Le soliste québécois revient cette fois avec un orchestre locale constitué spécialement pour l’occasion, une initiative du jeune chef Francis Choinière sous la bannière Orchestre Philharmonique et Chœur des Mélomanes (OPCM).  La Symphonie Du Nouveau Monde d’Antonin Dvořák, écrite durant le séjour américain du fameux compositeur tchèque à la fin du 19e siècle, complétera le programme. 

PAN M 360 : C’est donc un retour au Québec après deux ans de pandémie n’est-ce pas? 

ALAIN LEFÈVRE : Chaque fois que je devais revenir, il y avait des restrictions. Je suis donc resté en Grèce et je ne vais certainement pas me plaindre. J’ai beaucoup travaillé, j’ai fait du sport, c’était la vie comme je l’aime. Je vis à environ 15 minutes au sud d’Athènes. Quand j’ai terminé ma tournée en Californie en février 2020, je devais rester au Canada pour repartir en tournée et je décide de repartir en Grèce pour deux semaines pour être chez moi et faire ma natation… et en quelque jours, tout a explosé, les compagnies aériennes ont annulé les vols, jamais on ne se serait imaginé ça. C’est capoté. Je ne pense pas que ce soit fini, les dommages psychologiques sont terribles et je crois que c’est beaucoup plus qu’on le dit. Aujourd’hui les gens n’y arrivent plus financièrement… ils ont du mal avec cette inflation que les gouvernements n’arrivent pas à gérer. 

PAN M 360 : Pourquoi et comment avez-vous accepté de travailler avec Francis Choinière et cet orchestre?

ALAIN LEFÈVRE : J’ai reçu une communication de ce jeune chef, Francis Choinière.  Il m’a indiqué vouloir faire une grande soirée André Mathieu. Très sincèrement, j’ai demandé autour de moi à qui j’avais affaire, notamment à mon collègue Denis Chabot, qui a longtemps été partenaire à Lanaudière et qui connaît aussi Walter Boudreau et la SMCQ. On m’a dit que Francis Choinière était un gars super doué.  Que son orchestre était très sérieux et que l’orchestre mis sur pied pour ce concert était sélectionné rigoureusement, par Denis Chabot qui est un grand professionnel. J’ai dit oui. J’aime lorsque des projets font la promotion de la musique d’ici et font travailler des musiciens. Je trouve ça toujours émouvant,  surtout dans le contexte de la pandémie qui a eu des conséquences très graves sur la culture. Notre société ne va pas bien culturellement, les médias sociaux sont parfois devenus un rendez-vous dangereux, la montée du populisme inquiète,, il y a des gros soucis à se faire à tous les niveaux. Alors je suis très content de jouer cette musique et de faire du bien aux gens !

J’ai aussi accepté de faire Mathieu avec Francis Choinière parce que c’est un jeune chef prometteur, parce qu’il est aussi entrepreneur avec son frère Nicholas, c’est-à-dire qu’il n’attend pas les embauches pour travailler. Je trouve ça émouvant et j’ai très hâte de voir comment cela va se passer, comment l’orchestre va réagir. Je n’ai jamais vu en personne ce jeune  dont on me dit tant de bien. J’ai hâte de voir comment il dirige !

PAN M 360 : Certains pourraient faire les gorges chaudes, à savoir que vous acceptez de jouer avec un autre orchestre symphonique montréalais que l’OM ou l’OSM, soit un orchestre qui doit faire ses preuves. Qu’en dites-vous?

ALAIN LEFÈVRE : Sincèrement j’ai souvent travaillé avec des orchestres soi-disant de première division et  qui ont fait des jobs de troisième division! Alors que cet orchestre m’inspire confiance. Et Montréal, ça reste ma ville même si je vis à l’étranger, la culture de ma ville reste toujours une préoccupation et une priorité. Y encourager de jeunes musiciens talentueux est aussi une priorité en ce sens.

PAN M 360 : La version du Concerto pour piano no 3 de Mathieu, dont il est  ici question, est la fameuse version longue, version qu’on connaît ici  via un enregistrement Analaketa avec le Buffalo Philharmonic, sorti en 2017.

ALAIN LEFÈVRE : Exact, et j’ai très peu joué cette version devant public. Je l’ai fait effectivement avec l’Orchestre Philharmonique de Buffalo sous la direction de JoAnn Falletta, qui est une vraie fan d’André Mathieu et avec qui j’avais donné un grand concert au Carnegie Hall. C’est la vraie version intégrale, qui se nommait Concerto no 3 « romantique » (plutôt que le Concerto de Québec), dont la partition originale est une découverte de notre cher Georges Nicholson – on sait que le Concerto no 3 que l’on jouait auparavant avait été trafiqué pour diverses raisons. Et donc Jacques Marchand en avait retravaillé la partition retrouvée que nous allons interpréter le samedi 2 avril à la Maison symphonique. Cette version, d’ailleurs,  fait 12 ou 13 minutes de plus que la version à laquelle nous avions été habitués. C’est un concerto qui se tient beaucoup mieux ainsi!

PAN M 360 : Ce sera la deuxième fois que cette version longue sera jouée à Montréal, vous l’aviez interprétée une première fois en juin 2018, avec l’Orchestre de la francophonie. Ça reste rarissime, n’est-ce pas ?

ALAIN LEFÈVRE : À tout le moins, ce sera une nouveauté  pour les gens en très grande majorité. Après ce concert, je pars en tournée au Québec, j’y présente un récital de mes propres compositions. C’était l’entente avec Warner Classics il y a un peu plus de deux ans, soit lorsque j’ai sorti ce nouvel album de compositions (Opus 7 Preludes) ;  je devais partir en tournée et cela n’a jamais eu lieu pour les raisons que l’on sait. Alors j’espère que le public viendra, mais ça reste délicat…  

PROGRAMME

Orchestre Philharmonique et Choeur des Mélomanes (OPCM)

Chef : Francis Choinière

Pianiste : Alain Lefèvre

Œuvres : 

ANDRÉ MATHIEU, Concerto No. 3 « de Québec »
DVORAK, Symphonie No. 9 Du Nouveau Monde

CRÉDIT PHOTO: CAROLINE BERGERON

Les mélomanes ont découvert l’artiste montréalais Blair Thomson lorsqu’il a signé les arrangements du groupe Half Moon Run dans le contexte d’un programme symphonique avec l’OSM, soit en 2017. On observait alors la grande fraîcheur de son approche, distincte des autres types d’arrangements symphoniques destinés à la pop: plus contemporaine, plus audacieuse harmoniquement, mieux encline au groove essentiel aux formes populaires de l’heure.

Compositeur, arrangeur, orchestrateur et pianiste, Blair Thomson fait ainsi partie d’une nouvelle mouvance esthétique de la pop symphonique, on pense notamment au Britannique Jules Buckley qui a déjà signé des arrangements pour Patrick Watson il y a quelques années, ou encore à l’Américain Nico Muhly, un proche d’Arcade Fire, Grizzly Bear et autres formations de la génération indie.

Pour une première fois à Montréal, le travail de Blair Thomson consiste à marier l’Orchestre symphonique de Montréal aux incontournables du rap keb, soit Koriass, Sarahmée, FouKi, Alaclair Ensemble et Dead Obies.  Rappelons que Blair Thomson a également signé les arrangements pour le programme du groupe marseillais I AM, malheureusement reporté à quelques reprises pour les raisons pandémiques que l’on sait.

Mardi soir à la Maison symphonique, force était de constater que son travail était on ne peut plus concluant. Les arrangements symphonique n’étaient pas un simple tapis harmonique tissé par les cordes; l’usage des cuivres, bois, percussions et claviers ont été effectivement au cœur du groove, contribuant ainsi au punch du rap et du chant soul/R&B.

Et c’est pourquoi PAN M 360 veut en savoir davantage sur le travail d’un arrangeur de cette envergure, cette fois au service du hip-hop. 

PAN M 360 : Comment se passe la première approche avec les artistes, avant que le travail à faire se précise?

BLAIR THOMSON :  Chaque fois, je rencontre d’abord, les artistes, j’essaie de savoir qui ils sont. J’écoute leur matériel, j’étudie leurs paroles et j’essaie de trouver la porte d’entrée.  Avec le hip hop, la différence est de ne pas écrire d’une manière through-composed (intraduisible), c’est à dire avec une nouvelle musique fournie par la partition pour chaque strophe d’une chanson, sans reprise. La plupart de mes arrangements sont faits sans reprise alors que c’est différent avec le hip-hop. C’est un peu contre mon instinct d’arrangeur, car normalement je ne fais aucune répétition, à la manière d’une partition de musique classique. C’est ainsi que j’ai travaillé, par exemple, pour Half Moon Run. Dans une partition écrite dans la tradition classique, tu tournes à gauche, tu tournes à droite mais il n’y a pas de reprise d’une séquence déjà jouée.

PAN M 360 : Quelles sont les conséquences dans l’écriture des arrangements d’une manière hip-hop ?

BLAIR THOMSON : Normalement, la  partition continue de défiler sans répétition, alors que dans le hip-hop, on doit procéder à des reprises de ce qui a été joué. C’est  d’ailleurs ce concept de reprise qui propulse le hip-hop.  Ça fait partie de l’esthétique de cette forme… et c’est contre tous mes instincts d’arrangeur!  Mais il faut accepter cette esthétique lorsqu’on porte le chapeau d’arrangeur. Il faut se mettre dans les chaussures de la forme pour laquelle on travaille. Ce genre de contrainte est somme toute très intéressante pour moi. Dans le contexte de ce programme, je dois répéter en boucle des séquences de 2, 4 ou 8, comme la forme hip hop le suggère. Mais j’ai quand même assez d’espace pour trouver des sonorités intéressantes.  Ce fut fascinant de travailler sur le rap keb, comme ce fut le cas des arrangements pour I Am, écrits il y a trois ans même si le concert n’a pas encore eu lieu à Montréal.

PAN M 360 : Y a-t-il d’autres particularités dans la façon d’arranger le hip-hop dans un contexte symphonique?

BLAIR THOMSON : Un autre élément unique dans le rap : plusieurs échantillons du beatmaking ne sont pas accordés à la justesse d’un orchestre, soit la note la à 442 hz. C’est très spécial. Parfois c’est plus haut que 442 et c’est souvent c’est plus bas… ça peut descendre jusqu’à 415 hz !  Alors je ne peux avoir de sons trop proches des échantillonnages dans certains contextes.   Je dois plutôt écrire autrement et faire en sorte que l’orchestre ne se « frotte » pas aux échantillons. Les cordes peuvent s’adapter, mais pas le clavier ou la harpe, par exemple. Il peut aussi arriver que les cuivres doivent jouer faux intentionnellement, afin de respecter les fréquences des échantillonnages (rires)! Par exemple, pour l’album  L’école du micro d’argent de I Am, les modifications de hauteur de fréquences ont été plus extrêmes car cet enregistrement remonte à 1997.  Aujourd’hui, les décalages sont moins pronncés car la technologie a changé depuis. 

PAN M 360 : Comment maximiser le groove hip-hop dans un contexte symphonique où les interprètes n’ont pas cette culture ou cette éducation musicale ?

BLAIR THOMSON : Les rythmes sont générés à la fois par l’orchestre et par les pistes rythmiques de chaque beatmaker.  La plupart du temps, il y a un beat électronique derrière mais, de leur côté, les percussionnistes de l’OSM ne chôment pas je vous l’assure ! Comme dans les concerts classiques, tous les musiciens doivent suivre le chef qui a un click-track à l’oreille. 

PAN M 360 : C’est une somme importante de travail, somme toute! Et aussi une exigence de collaboration avec la cheffe Dina Gilbert.

BLAIR THOMSON : Oui!  Il y a 24 arrangements au total, les partitions existent désormais, on ne sait pas ce qui peut se produire par la suite. Dina Gilbert et moi-même voulions travailler ensemble depuis  longtemps et voilà, ça arrive enfin. La complicité est superbe, je suis vraiment heureux de travailler enfin avec Dina. Comme moi, elle aime le hip-hop, elle est la cheffe idéale pour ce genre de concert. C’est toujours un plaisir d’écrire pour l’OSM, peu importe la complexité des musiques mises en cause. Je suis gâté!

CRÉDIT PHOTOS: ANTOINE SAITO

Trois soirs consécutifs à la Maison symphonique, Dead Obies, Alaclair Ensemble,  Koriass, Sarahmée, FouKi et son beatmaker Quiet Mike partagent la scène avec l’OSM sous la direction de Dina Gilbert. PAN M 360 s’interroge sur ce qu’est le hip-hop symphonique; l’expérimenté Koriass y voit « un moment historique ». À 38 ans, il ne cesse de nourrir son intérêt pour la musique classique, soit depuis qu’il a atteint l’âge adulte. Son prochain album, Abri de fortune (pour fin du monde), sortira le 1er avril. 

Pan M 360 : Qu’est-ce qu’un orchestre symphonique apporte à votre prestation?

Koriass : Ça permet de mettre l’accent sur des moments musicaux clés dans les chansons. L’OSM essaye d’accentuer des parties de mes pièces, comme le refrain et l’outro. De ce que j’ai entendu à date, c’est vraiment bien arrangé et ils n’en ont pas trop mis. L’orchestre symphonique est vraiment un bel ajout à mes chansons. 

Pan M 360 : Était-ce compliqué d’harmoniser les musiques de votre répertoire avec les musiciens de l’OSM?

Koriass : Ça s’est super bien déroulé. Au début, j’ai rencontré la direction de l’OSM par Zoom pour discuter du choix des chansons. Je leur ai donné mes suggestions et l’orchestre m’a fait une proposition de quatre de mes chansons pour le spectacle. L’adaptation avec l’orchestre symphonique était bien. Ç’a été assez facile, car les titres qu’on avait choisis étaient déjà très mélodiques. L’OSM n’a pas juste pris les lignes mélodiques de mes chansons, il les a modifiées et a rajouté des éléments musicaux. Par exemple, ils ont greffé des transitions entre mes chansons spécialement pour le spectacle.

Pan M 360 : Est-ce intimidant de monter sur scène avec l’OSM?

Koriass : Ça ne m’intimide pas de faire un spectacle de ce genre. Au contraire, ça va m’apporter énormément d’énergie. En tant que rappeur, je me sentais un peu moins important en étant entouré de tous ces musiciens. Par contre, j’ai compris assez vite que l’orchestre et moi nous parlions le même langage et que étions réunis pour notre amour pour la musique.  

Pan M 360 : Qu’est-ce qu’un spectacle de cette envergure va amener au rap keb?

Koriass : C’est certain que ça vient ajouter une certaine crédibilité à ce milieu. La réputation de l’OSM vient prouver la pertinence des artistes qui font partie du spectacle. C’est un moment historique pour la scène du rap au Québec.  

Crédit photo : Félix Renaud

L’OSM AU RYTHME DU HIP-HOP EST PRÉSENTÉ LES 29, 30 ET 31 MARS, 20 H À LA MAISON SYMPHONIQUE.

POUR INFOS ET BILLETS, C’EST ICI

PROGRAMME

ARTISTES ET OEUVRES

Orchestre symphonique de Montréal

Dina Gilbert, cheffe d’orchestre

Alaclair Ensemble 

Dead Obies

FouKi 

QuietMike

Koriass 

Sarahmée

Blair Thomson, orchestrateur

Hugo Bégin, orchestrateur

Marcella Grimaux, conception scénique et conception des éclairages

Mathieu Poirier, concepteur des éclairages

Arthur Bourdon-Durocher, opérateur – séquences sonores

Julie Abran, régisseure de plateau

Trois soirs consécutifs à la Maison symphonique, Dead Obies, Alaclair Ensemble,  Koriass, Sarahmée,  FouKi et son beatmaker Quiet Mike partagent la scène avec l’OSM sous la direction de Dina Gilbert. PAN M 360 s’interroge sur ce qu’est le hip hop symphonique, le très connu rappeur FouKi esquisse quelques réponses.

PAN M 360 : À quoi peut-on s’attendre de ta performance?

FOUKI : Je vais interpréter cinq chansons. Ça va être des hits, comme Gayé et Copilote, mais aussi des chansons de mon dernier album, Grignotines de Luxe. La différence de ces chansons avant et après leur arrangement orchestral, c’est flabbergastant ! Pour ce qui est de l’ambiance, c’est sûr qu’interpréter seulement cinq chansons et être avec d’autres rappeurs de la scène hip-hop ça apporte un aspect plus relax. On va avoir du fun!

PAN M 360 : L’OSM réunit des musiciens virtuoses. Cela ajoute-t-il un stress?

FOUKI : Oui et non. Oui parce qu’on ne fait pas ce genre de shows souvent. Non parce que nous aussi on est virtuose dans notre domaine, le rap. Et ça n’est pas comme si c’était un spectacle solo d’une heure et demie, dans ce cas-là il y aurait un stress supplémentaire.

PAN M 360 : Qu’est-ce que ces concerts avec l’OSM te procurent artistiquement ?

FOUKI : C’est sûr que ça me donne des idées. C’est tellement une approche différente des chansons que je fais. Je ne me vois pas faire un album orchestral, mais incorporer des éléments orchestraux à des fins de chansons ou même à des chansons complètes ça peut être très cool.

PAN M 360 : Qu’est-ce que ça apporte au hip-hop québécois?

FOUKI : Plein de choses je pense. L’ouverture de faire ça c’est vraiment super. Ça ne serait jamais arrivé il y a 10 ans disons. C’est un pas dans la bonne direction pour le hip-hop, et en plus ça va être un très bon show.

L’OSM AU RYTHME DU HIP-HOP EST PRÉSENTÉ LES 29, 30 ET 31 MARS, 20H À LA MAISON SYMPHONIQUE.

POUR INFOS ET BILLETS, C’EST ICI

PROGRAMME

ARTISTES ET OEUVRES

Orchestre symphonique de Montréal

Dina Gilbert, cheffe d’orchestre

Alaclair Ensemble 

Dead Obies

FouKi 

QuietMike

Koriass 

Sarahmée

Blair Thomson, orchestrateur

Hugo Bégin, orchestrateur

Marcella Grimaux, Conception scénique et conception des éclairages

Mathieu Poirier, concepteur des éclairages

Arthur Bourdon-Durocher, opérateur – séquences sonores

Julie Abran, régisseure de plateau

Trois soirs consécutifs à la Maison symphonique, Dead Obies, Alaclair Ensemble,  Koriass, Sarahmée,  FouKi et son beatmaker Quiet Mike partagent la scène avec l’OSM sous la direction éclairée de Dina Gilbert, et pour cause : ces dernières années, la maestra québécoise a dirigé l’Orchestre Philharmonique de Radio France et l’Orchestre national de Lyon dans le contexte de programmes symphoniques mettant en scène les célébrissimes artistes hip-hop MC Solaar, I AM, Youssoupha, Arsenik, Bigflo & Oli.  Au tour du rap keb de fréquenter l’univers symphonique !

Au cours des dernières années, Dina Gilbert a dirigé de nombreux orchestres au Canada tels que l’Orchestre symphonique de Montréal (dont elle fut cheffe assistante de 2013 à 2016), l’Orchestre métropolitain, l’Orchestre symphonique de Québec, le Toronto Symphony Orchestra et le Hamilton Philharmonic Orchestra. La musicienne originaire de la Beauce est aujourd’hui  directrice musicale de deux orchestres au Canada, soit l’Orchestre symphonique de l’Estuaire (Québec) et le Kamloops Symphony Orchestra (Colombie-Britannique). Qui plus est, elle est régulièrement invitée à diriger à l’étranger, en Europe comme aux États-Unis.

La revoilà au pays du rap et c’est pourquoi PAN M 360 l’a rencontrée.

PAN M 360 : Vous avez déjà vécu une expérience symphonique avec le hip-hop. Comment voyez-vous celle-ci à Montréal, comparativement à ce que vous avez vécu précédemment?

DINA GILBERT : En effet, j’ai eu la chance de participer à de tels concerts symphoniques avec artistes hip hop en France il y a quelques années, et c’est d’ailleurs à la lumière de ces expériences que j’avais particulièrement hâte à une première rencontre de ce genre avec l’Orchestre symphonique de Montréal. C’est toujours rafraîchissant de trouver un point de rencontre entre deux styles musicaux qui partagent beaucoup plus de points communs qu’on ne le pense. 

PAN M 360 : Comment dirige-t-on des artistes hip-hop dans un contexte symphonique?

DINA GILBERT : Dès le début, j’ai été épaté de la distribution d’artistes québécois incroyables de même que par la qualité des arrangements signés par Blair Thomson (qui sera d’ailleurs au piano pour l’occasion). J’ai bien apprécié aussi le fait qu’en plus de l’orchestre « acoustique » nous avons aussi conservé le son des « instrus » créés par les DJ/beatmakers. C’était vraiment intéressant de découvrir la façon de travailler de chaque artiste/de chaque groupe afin de comprendre comment nous allions pouvoir recréer l’expérience avec cette fois-ci, un « méga gros band » d’une soixantaine de musiciens. Lorsque je dirige une symphonie de Beethoven, je n’ai pas d’un « clic » à l’oreille (référence métronomique), mais c’est le cas ici en raison de la superposition des « instrus » des DJ diffusé en même temps que l’interprétation des arrangements symphoniques. Je dois donc constamment assurer une précision millimétrée de ma gestuelle, afin que tout s’imbrique parfaitement avec les repères de chacun afin que le « flow » (ou les paroles) des artistes puissent se poser naturellement sur la musique.

PAN M 360 : Comment conserver le groove tout en mettant en relief toutes les sections et les interprètes de l’orchestre?

DINA GILBERT : Dans certains cas, le mimétisme reste la meilleure façon de comprendre et recréer un groove faisant partie de l’accompagnement (instru) original. J’ai en tête quelques passages où l’incroyable organiste Jean-Willy Kunz doit jouer de façon un peu décalé « dans le fond du beat » et c’est grâce à ce genre de passage que d’un seul coup, tout l’orchestre se met à groover. Blair Thomson a vraiment donné des heures de gloire à chacune des sections grâce à sa relecture qui souligne encore davantage toute l’inventivité de la musique rap. Il faudra y être pour le découvrir…

PAN M 360 : Croyez-vous que les artistes hip-hop peuvent être transformés par une telle immersion?

DINA GILBERT : Certainement, et c’est tellement agréable de travailler avec eux. J’ai vu leur curiosité et leur étonnement au fil des répétitions. Certains me disent déjà qu’ils aimeraient bien avoir l’OSM pour leur petit band de tournée  Et déjà, si on fait une reprise, ils voudront certainement qu’on rajoute l’octobasse…

PAN M 360 : Quelles sont selon vous les valeurs ajoutées au rap par une telle expérience symphonique?

DINA GILBERT : Une telle immersion symphonique met en lumière à quel point nos deux univers (orchestre symphonique – musique rap), ont beaucoup plus de similitudes que de différences. Nous sommes tous en quête du bon son, de la bonne couleur, de la précision rythmique, et surtout de vibrer avec le public ce que nous savons faire de mieux : la musique.

L’OSM AU RYTHME DU HIP-HOP EST PRÉSENTÉ LES 29, 30 ET 31 MARS, 20H À LA MAISON SYMPHONIQUE.

POUR INFOS ET BILLETS, C’EST ICI

PROGRAMME

ARTISTES ET OEUVRES

Orchestre symphonique de Montréal

Dina Gilbert, cheffe d’orchestre

Alaclair Ensemble 

Dead Obies

FouKi 

QuietMike

Koriass 

Sarahmée

Blair Thomson, orchestrateur

Hugo Bégin, orchestrateur

Marcella Grimaux, Conception scénique et conception des éclairages

Mathieu Poirier, concepteur des éclairages

Arthur Bourdon-Durocher, opérateur – séquences sonores

Julie Abran, régisseure de plateau

CRÉDIT PHOTO: ANTOINE SAITO

Les jeudi 31 mars et vendredi 1er avril à 20h au Théâtre Outremont, Jazz En Rafale, petit festival de jazz montréalais tenu à l’orée du printemps depuis la fin des années 90, revient devant public. Ainsi, les Bourdonnements Jazz à l’Outremont fêtent leur 5e anniversaire en s’associant avec la série Jazz En Rafale pour présenter ces deux programmes doubles en collaboration avec le collectif YEY, soit un regroupement de trois organismes majeurs du Jazz au Québec : les productions Yari,  les Productions Yves Léveillé et le label Effendi qui célèbre son 25e anniversaire.

Ce vendredi, l’initiateur de la série de concerts Bourdonnements Jazz au Théâtre Outremont, qui fait ici alliance avec Jazz en rafale,  présente essentiellement la matière de son album Phare. Yves Léveillé se produira de concert avec le saxophoniste Yannick Rieu, la trompettiste Rachel Therrien, le contrebassiste Guy Boisvert et le batteur Kevin Warren. 

Rappelons que le musicien québécois œuvre depuis des décennies à ériger son édifice, nous n’avons qu’à en franchir le seuil de la porte pour ainsi s’immerger d’un jazz acoustique très riche harmoniquement, typique de l’esthétique jazz de chambre initié depuis les années 70.

PAN M 360 : Comment se transpose Phare en concert?  Sauf Jacques Kuba Séguin, c’est la même formation que celle de l’enregistrement.

YVES LÉVEILLÉ : L’album est paru en 2019, nous avons pu jouer quelques fois avant de mettre sur pause les concerts à cause de la pandémie. À l’exception d’une prestation web fin 2020, j’ai ici la possibilité d’explorer à nouveau ce projet qui gagne en maturité chacune des fois que nous avons l’occasion de jouer la musique. Ma proposition musicale se veut une recherche entre écriture et improvisation et tendre vers un certain équilibre. Ce concert offre un contrepoint entre les deux dimensions ce qui rend le défi intéressant à mon avis. Avec Rachel ce sera une première, elle apportera sûrement une couleur différente, si ce n’est de par sa personnalité à la trompette qui diffère passablement du jeu de Jacques. 

PAN M 360 : Ton approche coloriste est récompensée avec de tels acolytes. Que penses-tu avoir atteint avec eux?

YVES LÉVEILLÉ : Ce sont tous des musiciens avec un solide bagage, une expertise variée. Pour être capable d’aborder avec créativité la musique d’un collègue, il faut avoir son univers propre et savoir où on se situe finalement. De cette façon on peut apporter sa couleur et plus particulièrement dans les moments où l’improvisation domine. Donc la musique y gagne dans le phrasé, les nuances et plus.

PAN M 360 : « Avec ce concert, vous plongerez dans un monde de musiques originales gracieuseté du pianiste. Dans un univers multicolore dynamique et audacieux, les compositions finement ciselées trouvent un juste point d’équilibre entre écriture et improvisation tel un navire vers sa destination. »

Peux-tu nous faire quelques liens entre cette intention poétique et les formes elles-mêmes présentées?  Comment cela se manifeste?

YVES LÉVEILLÉ : Avec le projet Phare, c’est une proposition à voyager d’une certaine façon, j’aime bien que la musique ouvre sur un imaginaire que l’auditeur s’approprie. Phare, la pièce titre de l’album, évoque pour moi la présence du fleuve (très présent ou j’ai grandi à Lévis) les navires, les voyages, il y a place pour un certain lyrisme. Tout ça reste un peu abstrait, car musicalement ça demeure des impressions, des états d’âmes d’une certaine façon. 

Autre exemple d’une pièce au programme, Sang-Froid; ici on est dans l’énergie, presque à l’opposé de la pièce Phare.  La façon dont c’est construit, tout peut arriver, c’est une question d’écoute entre les musiciens  et de direction à prendre …pouvant aller jusqu’au free momentanément, l’art c’est de revenir pour terminer ensemble la pièce dans une écriture précise. 

PAN M 360: Pourrais-tu nous donner quelques indications sur ta récente progression en tant qu’artiste ? 

YVES LÉVEILLÉ : Je sortirai un album en avril pour quintette à cordes et piano. Ça fait un bon moment que je veux faire un album de la sorte. Je voulais le projet sans compromis qui évoquerait mon goût d’écriture pour les instruments acoustiques et mes inspirations venu du classique, du jazz, des chansons et autres courants, tout ça dans un esprit de musique de chambre. 

PAN M 360 : Autres projets de composition ou de concerts?

YVES LÉVEILLÉ : Je vais pour le moment faire vivre ce futur projet, il y aura un lancement et concert à l’Outremont le 28 avril et le 1er mai à l’Arquemuse à Québec. Je poursuis toujours ma série Bourdonnements Jazz à l’Outremont qui en est à son 5e anniversaire. Fin mai, j’aurais comme invité pour clore l‘évènement l’accordéoniste Daniel Mille. Les 26 et 27 mai, aussi à Québec le 25 mai à L’impérial. 

Inscrivez-vous à l'infolettre