Les jeudi 31 mars et vendredi 1er avril à 20 h au Théâtre Outremont, Jazz En Rafale, petit festival de jazz montréalais tenu à l’orée du printemps depuis la fin des années 90, revient devant public. Ainsi, les Bourdonnements Jazz à l’Outremont fêtent leur 5e anniversaire en s’associant avec la série Jazz En Rafale pour présenter ces deux programmes doubles en collaboration avec le collectif YEY, soit un regroupement de trois organismes majeurs du Jazz au Québec : les productions Yari,  les Productions Yves Léveillé et le label Effendi qui célèbre son 25e anniversaire.

En seconde partie du programme de jeudi, on aura droit au répertoire de l’album MachiNations sous la gouverne du saxophoniste et compositeur Yannick Rieu, résumé des diverses influences ayant jalonné sa route créative. Funk, jazz-rock,  musiques électroniques et musiques non occidentales offrent de nouveaux éclairages à travers le prisme de son jazz contemporain.

Autour de Yannick Rieu aux saxophones ténor et soprano,  on pourra entendre le batteur Louis-Vincent Hamel, le contrebassiste Morgan Moore et le guitariste François Jalbert. 

PAN M 360 : On se souvient des concerts au Dièze Onze il y a une dizaine d’années ou plus. Ce cycle d’agencements personnels de ces différentes influences est marquant dans ton parcours. Quelles en ont été les principales manifestations depuis?

YANNICK RIEU: J’essaie, dans la mesure du possible, d’écouter ce qui se fait de nouveau et de bien dans le monde musical. Ceci dit, je passe plus de temps à faire de la musique, réfléchir et élaborer mes propres musiques. De plus les influences ne sont pas forcément musicales, l’inspiration pouvant provenir d’autres médiums comme la peinture ou encore les choses de la vie quotidienne. Je ne cherche pas à être « up to date » et connaître tout ce qui se fait. Pour ce, il y a d’autres métiers comme celui de critique ou encore, dans un autre ordre d’idée, celui de mélomane.

PAN M 360 : L’album MachiNations est sorti en octobre 2019, cette matière post-fusion (enfin… tentative d’étiquetage) a-t-elle été jouée souvent avant la pandémie? Et pendant, que s’est-il passé? Et après? Comment envisages-tu aujourd’hui l’interprétation de cette musique ?

YANNICK RIEU : la pandémie a certainement ralenti mes activités comme tous mes collègues. J’ai tout de même réussi à faire une résidence à Bordeaux suivi d’une tournée en France à l’automne passé. Des concerts au Québec ont également été réalisés. La musique présentée en public diffère de la musique faite en studio. J’ai voulu simplifier pas mal de choses pour garder la musique la plus vivante possible en laissant beaucoup de place à l’improvisation, aux surprises qui arrivent dans ce contexte. J’ajouterai que les influences diverses qui habitent cette musique, je les ai faites miennes, c’est à dire que vous ne trouverez pas de ces influences au premier degré, régurgitées telles quelles. C’est plus un paysage, un panorama dans lequel se sont immiscées, ça et là, des idées ou des concepts tirés de ces influences. Autrement dit, je vise l’homogénéité plutôt qu’une espèce de patchwork.

PAN M 360 : Ainsi, on passe du personnel de l’enregistrement originel :

Yannick Rieu,  Jérôme Beaulieu (piano, claviers), Samuel Joly,  (batterie ), Rémi-Jean Leblanc (basse électrique et contrebasse), François Jalbert, guitares, François Lafontaine, claviers, Alexandre Lapointe, basse, Erika Angell, chant sur  Broadcast Faure.

À :

Yannick Rieu , François Jalbert, guitares, Morgan Moore, contrebasse, Louis-Vincent Hamel, batterie.

Comment adaptes-tu la matière enregistrée au contexte de cette formation? Comment a-t-elle évolué?

YANNICK RIEU: La musique élaborée en studio permet beaucoup de choses (overdubs etc.) que le « live » ne permet pas. Ainsi j’ai simplifié l’approche, fait une sorte de condensé qui, parfois, s’éloigne de la version studio de MachiNations. S’adapter au contexte et mettre l’emphase sur l’improvisation rend cette musique, comme je l’explique plus haut, plus vivante, pertinente et agréable à jouer. Laisser un maximum de liberté aux musiciens afin de créer sur place des musiques que je n’avais pas envisagées lors de l’enregistrement de l’album.

 PAN M 360 : Mènes-tu plusieurs projets de front en ce moment? Quelles sont des principales activités? Avec quelles formations ou musiciens individuels travailles-tu, ceci incluant bien sûr tes amis de Jazz en rafale?

YANNICK RIEU: Mon principal projet est de pratiquer le métier de musicien. Ceci implique de travailler mon instrument quotidiennement, de composer pour des projets spécifiques ou non. Il m’arrive d’écrire des musiques sans autre but que de mettre sur papier des idées musicales. Qui sait? Peut-être serviront-elles pour des projets futurs! 

Je travaille avec le maximum de musiciens différents – ils sont souvent une source d’inspiration! Je me tiens à l’affût des jeunes musiciens qui arrivent sur la scène musicale montréalaise. Je trouve important de rester en prise avec la nouvelle génération; elle est souvent pleine de fraîcheur et possède une énergie propre à elle et des angles de vue souvent très intéressants.

PAN M 360 : Projets à venir?
YANNICK RIEU: Un nouvel album sortira fin avril ayant pour titre  Qui qu’en grogne. C’est un Quartette classique (piano, contrebasse, batterie et saxophone), un retour aux sources si je puis dire. Guy Boisvert (contrebasse), Louis-Vincent Hamel (batterie) et Gentiane Michaud-Gagnon (claviers) en sont les protagonistes. Une résidence en France ainsi qu’une tournée sont prévues à l’automne 2023 avec ce groupe. D’autres projets sont en cours notamment celui qui se fera autour de la musique de Brahms. Une résidence à Orford Musique est aussi prévue ce printemps pour travailler sur ce projet et un concert en août afin de présenter au public les résultats de cette résidence. Depuis plus de dix ans je suis musicien résident au Dièse Onze où j’ai l’occasion de présenter ma musique et mes divers projets sur une base régulière.

Les jeudi 31 mars et vendredi 1er avril à 20 h au Théâtre Outremont, Jazz En Rafale, petit festival de jazz montréalais tenu à l’orée du printemps depuis la fin des années 90, revient devant public, soit après deux ans de présentations virtuelles. 

Ainsi, les Bourdonnements Jazz à l’Outremont fêtent leur 5e anniversaire en s’associant avec la série Jazz En Rafale pour présenter ces deux programmes doubles en collaboration avec le collectif YEY, soit un regroupement de trois organismes majeurs du Jazz au Québec : les productions Yari,  les Productions Yves Léveillé et le label Effendi qui célèbre son 25e anniversaire.

Le 31 mars,  le groupe Auguste 1.0 , soit le quartette du contrebassiste Alain Bédard (aussi le fondateur d’Effendi comme on le sait), réunit à ses côtés son personnel originel: le pianiste Yves Léveillé, le saxophoniste Frank Lozano (saxophone) et Pierre Tanguay (batterie). 

Le lendemain, le Jazzlab Orchestra réunit sous la direction d’Alain Bédard, Mario Allard  (saxophones et clarinette); Claire Devlin  (saxophone) Annie Dominique  (saxophones et clarinette), Lex French (trompette), Thomas Morelli-Bernard (trombone,  Félix Stüssi (piano),  Michel Lambert (batterie)

Alain Bédard en explique les contextes à PAN M 360 :

PAN M 360 : Le label Effendi a 25 ans. Comment peux-tu en décrire brièvement la courbe de croissance et de décroissance, dans le contexte de la dématérialisation des enregistrements? 

ALAIN BÉDARD : De la création d’Effendi en 1999 jusqu’à l’année 2009, les albums se vendaient vraiment bien. Ça roulait. Les sous revenaient. On vendait des disques en magasin et en concert. On avait une bonne distribution physique. Les groupes jouaient pas mal aussi, les musiciens donnaient régulièrement des concerts sur les ondes de Radio-Canada. Les médias étaient souvent très présents pour couvrir nos activités. On passait à la télé, les journaux écrivaient sur nous, les radios diffusaient du jazz. Effendi avait de bons distributeurs à travers la planète, rencontrés au Midem où j’allais chaque année. C’était vraiment motivant.

Aussitôt que l’internet est apparu dans le décor, les choses ont commencé à changer. Les distributeurs ont commencé à essayer de faire le virage et ils sont presque tous tombés comme des mouches. Les faillites n’ont pas cessé depuis. Je me souviens, je travaillais avec un distributeur étranger qui fut peut-être un des premiers à prendre le virage du numérique sérieusement. Il a démarré la location de la musique sur Internet; il l’a fait sans l’autorisation de personne. Effendi n’a jamais été payé, même en le poursuivant en justice de concert avec plusieurs labels. 

À partir de là, les choses ont dégénéré. J’avais à l’époque, à plusieurs reprises, souligné ce phénomène aux instances gouvernementales. Ce qui devait arriver arriva, les revenus ont baissé pour tout le monde et dans le contexte de la dématérialisation des enregistrements, la musique est devenue gratuite. Les journaux ont aussi été touchés par cette crise et plusieurs ont diminué ou arrêté leur couverture culturelle de façon significative. Ainsi depuis l’avènement de l’internet nous sommes plongés dans un tourbillon sans fin et sans sous. En 2019, 2020, 2021 Effendi a engendré des centaines de milliers d’écoutes chaque année (autour de 800,000) – ce qui aurait pu être intéressant pour un petit label de jazz. Ça a rapporté à peine quelques milliers de dollars. Une grosse farce. Malheureusement les gouvernements n’ont jamais mis leurs culottes concernant les GAFA. Nous sommes encore face à un scandale… mais Effendi continue – notre répertoire compte aujourd’hui 165 albums.

PAN M 360 : On observe la même décroissance pour Jazz en rafale. Ce fut longtemps un festival échelonné sur deux longs week-ends, c’est maintenant 2 programmes doubles avec des pionniers du label – Yves Léveillé et toi-même. Comment vois-tu ça de ton côté? 

ALAIN BÉDARD : Pendant 18 ans j’ai piloté le festival Jazz en Rafale en m’appuyant sur des concepts de rencontres musicales, d’échanges en musiciens locaux et internationaux. On a présenté de superbes concerts pendant toutes ces années,  en plus du concours pour la relève qui a fonctionné 10 ans. En 2018, après la disparition du conseil d’administration et mes problèmes de santé, j’ai dû arrêter le festival. 

En 2020 avec la pandémie, de nouveaux programmes ont émergé et j’ai décidé de monter un Jazz en Rafale-Live Cam destiné au web. En 2021, avec 2 superbes équipes, nous avons organisé des concerts virtuels. Nous avons capté 18 concerts de musiciens et groupes d’ici incluant une série sur les femmes plus les concerts-lancements de disque du Jazzlab Orchestra. En cours de route, nous avons mis sur pied un projet collectif incluant une collaboration avec les Productions Yari, Effendi et les Productions Yves Léveillé. 

Ainsi pour boucler la boucle du Jazz Rafale-Live Cam, nous avons décidé de produire en collaboration avec la série les Bourdonnements jazz de Yves Léveillé à l’Outremont – 4 concerts sur 2 soirées qui seront aussi captés – Après 2 ans de pandémie, nous avons la chance aujourd’hui, avec cette petite série à l’Outremont, de présenter de nouveau des concerts devant public. Une pierre deux coups! Ça nous a incroyablement manqué ces dernières années, on a hâte de revoir le public.  

PAN M 360  : Pour commémorer ce 25e anniversaire, l’Auguste Quartet se produit dans sa configuration originelle : Alain Bédard  (contrebasse), Yves Léveillé  (piano), Frank Lozano  (saxophone), Pierre Tanguay  (batterie).  Quel matériel comptez-vous jouer ? 

ALAIN BÉDARD : Nous allons interpréter les pièces du tout premier album de l’Auguste – enregistré à l’Université du Québec en 1996. Le CD est sorti en 1997 sur le label de l’université mais jamais dans le répertoire d’Effendi, néanmoins cet album est celui qui a fait démarrer le label. On y retrouve mes compos, des compos de Yves Léveillé, du saxophoniste Michel Côté et du pianiste Gilles Bernard que j’avais arrangées. Des pièces que l’on jouait régulièrement à l’époque et qui, franchement, n’ont pas vieilli. 

PAN M 360: Quelles sont les qualités de cette formation et celles des formations subséquentes ?

ALAIN BÉDARD : À l’époque on jouait pas mal au Québec le quartet était sous mon nom (Alain Bédard Quartet), nous sommes même allés en France en 1997. Il y avait alors plus de clubs de jazz et on avait la chance d’être enregistrés par Radio-Canada sur différentes émissions de jazz. C’était un groupe solide, avec plein de potentiel et d’ouverture d’esprit. On commençait à s’éloigner des standards et à pousser nos compos originales. On était constamment en recherche. On s’est distingués par notre fougue et aussi notre jeunesse. On a mis sur pied des dispositifs intégrant des influences diverses, des clins d’œil à différents groupes et grands musiciens. L’Auguste Quartet est né avec la sortie du premier album sans titre C’était une très belle époque. 

En 1998, j’ai eu un accident et je n’ai pu jouer pendant 4 ans. Lorsque j’ai recommencé la contrebasse, tous ces musiciens avaient mis sur pied d’autres projets ou jouaient avec d’autres. J’ai continué à écrire de la musique et remis sur pied le groupe avec quelques-uns des anciens membres pendant un certain temps. On a enregistré quelques albums dont un qui a été super bien reçu, Bluesy Lunedi. Plus tard, mon travail de composition a été inspiré d’expériences multiples, voyages, etc. Vers 2007, Michel Lambert a commencé à jouer avec le groupe. Avec son jeu de batterie plus éclaté, mixé avec celui du pianiste Alexandre Grogg, ça m’a poussé vers de nouvelles avenues musicales et j’ai commencé à utiliser plus de mesures composées dans mes compos. On était très attentifs à l’air du temps et on commençait à jouer plus en Europe, soit avec le saxophoniste André Leroux. On a joué des trucs fous, qui nous ont poussés à nous dépasser sans cesse.

Je voulais défricher, prendre d’autres sentiers, mais surtout rester dans le contexte acoustique. Puis le saxophoniste Samuel Blais et le pianiste Félix Stüssi se sont joints à Michel et moi en 2015. On a fait des relectures parfois étonnantes de mes pièces, tout en mettant en place de nouvelles créations. Depuis l’arrivée du saxophoniste Mario Allard, l’Auguste a fréquemment combiné la musique de Félix Stüssi et la mienne, avec autant de surprises et de vivacité.

PAN M 360 : Quant au Jazzlab, cet ensemble a aussi connu différentes configurations. Qu’en est-il de celle-ci,   Allez-vous jouer la matière de votre dernier album, Loguslabusmuzikus ? Autres pièces? Quelle est la différence entre le personnel de l’album et celui du prochain concert? 

ALAIN BÉDARD : Depuis la pandémie j’ai souvent travaillé avec la même équipe du Jazzlab. C’était vraiment super. J’avais eu des sous pour arranger ce que je pensais être mes meilleures compos. Ainsi, on a monté le projet Loguslabusmuzikus pendant presque toute la pandémie. Du gros boulot. Il y a eu beaucoup de répétitions, mais aussi des pauses, de multiples annulations et enfin on a pu présenter trois concerts pour le lancement de l’album après quelques jours de résidences. J’étais très satisfait de la « gang », de leur implication la musique a évolué et ça commençait vraiment à prendre forme. 

J’aime avoir recours aux mêmes musiciens, mais depuis un moment, les concerts reprennent et il est plus difficile d’avoir accès au même personnel. Les engagements pleuvent et plusieurs ne sont pas disponibles, car soit; ils ont leurs propres projets à mettre de l’avant, soit ils sont embauchés  ailleurs comme sidemen. Donc pour les concerts à l’Outremont, j’ai dû m’adapter. J’ai dû aussi choisir un autre répertoire car celui de Loguslabusmuzikus exige beaucoup de travail pour de nouveaux venus. Ce sera donc une première avec quelques nouveaux musiciens qui nous permettra de jouer trois pièces du pianiste Félix Stüssi du répertoire de Quintessence, deux nouvelles pièces du tromboniste Thomas Morelli-Bernard et deux de mes pièces.

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« J’ai astheure peur de ce vieil ami qui s’appelait demain », avoua il y a quelques mois un Michel Garneau alité et lucide devant l’imminence du trépas. L’homme était poète, mais aussi dramaturge, scénariste, écrivain, acteur, animateur de radio, traducteur-adaptateur, compositeur et chanteur. Un créateur, donc, au sens le plus fort et noble du terme. Authentique, cohérent et engagé comme on le voit rarement. Edgar Bori, de son côté, marie musique et mots depuis trente ans avec sensibilité, inspiration et adresse. De sa rencontre avec Michel Garneau a germé le projet Poésinutiles, qui croît depuis déjà quelques années et que Bori mène aujourd’hui à un autre jalon : l’album Poésinutiles Vol. 1 (dont on vous cause aussi ici), créé avec un collectif collaboratif du tonnerre. Edgar Bori nous a explicité à quoi tout cela rime.

Pan M 360 : Dans ce monde et cette époque qui ont plus que jamais besoin de poésie, les œuvres comme la vôtre sont tout, sauf inutiles. Le projet Garneau-Bori vogue depuis déjà quelques années sur scène, sur papier et sur disque. Lucioles nous avait donné un avant-goût de Poésinutiles Vol. 1, une demi-somme déjà immense en soi. Vous nous laisserez un peu de temps pour absorber tout ça avant la parution du Volume 2?

Edgar Bori : En fait ça fait plus de deux ans que je prépare les volumes 1 et 2. Le 1 est constitué de 17 pièces chantées, alors que le 2 comprendra près de 27 pièces dites sur des fonds musicaux ou des ambiances. Tout est déjà enregistré; les voix de Michel Garneau, Willie Latombe, Julia Bonnet et Maringouin s’ajouteront à la mienne, sur des musiques ou ambiances concoctées avec divers collaborateur, dont Cédric Dind-Lavoie, Jean-François Groulx, Théo Berthonnet, Louis Gagné et Yannick Rieu. Il me reste à revisiter le tout, à corriger, ajuster et mixer en compagnie de Louis Morneau, ingénieur du son et complice de l’aventure. Mais, effectivement, avant d’entreprendre la révision et la finalisation, je prends quelques semaines encore!

Pan M 360 : Il y a 24 ans, le groupe Villeray avait fait paraître l’album Musique sur Saint-Denys Garneau, qui avait fait découvrir ce poète aux musicophiles qui ne le connaissaient pas. Vous faites de même avec un autre poète Garneau, à votre manière. En chanson franco, il existe une tradition forte de mise en musique : Brassens, Ferrat, Ferré et nombre d’autres, dont Sylvie Paquette plus récemment avec Anne Hébert. Votre démarche se distingue en ce que vous vous inspirez des poèmes de Michel Garneau?

Edgar Bori : Poésinutiles est né dans la foulée de ma rencontre humaine avec Michel Garneau, qui nous a quittés il y a moins d’un an. Sa manière d’ouvrir les portes, de vivre heureux et de poétiser la vie m’a largement inspiré et a contribué à ce que je me mette à l’ouvrage. Sans le travail fait autour et dans son œuvre, Poésinutiles ne serait pas là. Ni les mots, ni les chansons…

Pan M 360 : Musicalement, Poésinutiles Vol. 1 ratisse assez large; on entend des accents jazz et classique contemporains sur la pièce Poésinutiles, des touches synthétiques sur la sensuelle Poésidylliques, un langage folk sur Poésitinérant, de l’électro-pop-rock funky sur Poésirréparable et on en passe. Et tout ça dans une indéniable cohésion. Quel a été votre mode opératoire, à vos collaborateurs et vous?

Edgar Bori : Premièrement, la confiance et le plaisir de se mettre au service des mots et de l’interprète. J’ai demandé à des amis du métier de choisir un texte et de me présenter le résultat de leur travail. Tantôt Tire le coyote, tantôt Yannick Rieu, tantôt Christian Frappier, tantôt Allan Hurd. Et un arrangeur, Luzio Altobelli de la Fanfare Pourpour, qui a signé les arrangements et l’orchestration de Poésidéveil. La manière de dire reste probablement le lien de famille. La parole au premier plan aussi. Le hasard peut-être un peu, aussi… Je suis, à la base, ouvert à la diversité. Et c’est un lien en soi, la diversité.

Pan M 360 : Vous avez mis plusieurs photographes à contribution pour le livret de Poésinutiles Vol. 1 (Cathie Bonnet, Francis Bonnet, Pascale Ricou, Émile Jude, Dominic Desrochers, François Richer, François-José Brouillette et Laurent Bonnet).   Aucune de leurs images n’est anodine. Est-ce que les photos ont été prises en amont ou en aval, dans la création de l’album?

Edgar Bori : Les 36 photos choisies sont le résultat d’un voyage au pays de plus de 3000 photos, prises par des gens proches de moi qui ont ce petit goût géant de l’image. Chaque photo en dit plus que le texte et est, en quelque sorte, un regard différent et complémentaire. Elles ont toutes été choisies avant que les musiques ne soient composées.

Pan M 360 : Lors de la mise en musique de poèmes ou de textes inspirés de poèmes, est-ce que la prosodie et la préservation – ou la transposition – de la musicalité constituent un défi particulier?

Edgar Bori : Il y a toujours dans ce travail de recherche le plaisir du défi, le bonheur de risquer et d’arriver à un point où on pense avoir raté mieux. Pas d’angoisse surtout. Mais une sorte de rigueur libre et confiante de faire ou d’avoir fait le mieux possible. Avec le ventre au centre. Je dois dire aussi qu’avec les compositeurs complices de certaines pièces qu’ils ont eux-mêmes choisies, ils avaient carte blanche pour utiliser les mots existants, mais avec le loisir de les réarranger, d’en supprimer, d’en répéter, etc. Tout, sauf ajouter un mot qui au départ n’y était pas. Ils pouvaient, par exemple, transformer « Au clair de la lune, mon ami Pierrot » en « Au Pierrot la lune, mon ami »!

Pan M 360 : À propos de la composition et des arrangements, vous vous en êtes chargé seul sur un peu plus de la moitié des pièces. Sinon, vous vous êtes dégoté des collaborateurs costauds :  Yannick Rieu, Louis Gagné, Benoit Pinette et l’ubiquiste Benoit « Shampouing » Villeneuve, Christian Frappier, le trio Bon Débarras, Luzio Altobelli, Allan Hurd… C’est réconfortant, j’imagine, de ressentir cette sociabilité et cette solidarité en musique, ces temps-ci?

Edgar Bori : Absolument réconfortant. Et de magnifiques surprises au rendez-vous. Seuls nous ne sommes pas grand-chose, voire si peu. La rencontre est une forme de partage, et l’amitié qui se lie – qui se lit – dans le résultat, mais surtout dans le parcours.

Pan M 360 : Merci beaucoup pour vos réponses et longue vie aux Poésinutiles!

Edgar Bori : Merci à vous d’avoir pris le temps de prendre le temps de prendre votre temps!

Photo : Elizabeth Delage

Ausgang Plaza présente en mars et avril la deuxième vague de Fréquences locales, spectacles présentés simultanément sur place et ligne. Ce vendredi  25 mars, Eman se produira avec son acolyte et beatmaker d’Alaclair Ensemble, Vlooper, précédés de la rappeuse anglophone Chung. Le lendemain samedi, le polyvalent Mike Shabb foulera les planches du Ausgang Plaza avec le rappeur drill Izuku en première partie.

Pan M 360 s’est entretenu avec Eman pour en savoir plus sur ce spectacle montréalais et sur ses futurs projets. Rencontre avec cet artiste d’expérience, que nous avons connu à travers Accrophone, Movèzerbe et Alaclair Ensemble.

PAN M 360 : Comment te prépares-tu pour tes spectacles?

EMAN : Ça varie beaucoup, dépendamment de si je monte sur scène devant 30 000 personnes ou devant 30 personnes. Ça change mon état d’esprit. Ça n’est jamais pareil , en fait,  parce que les shows évoluent et le matériel change. Je ne suis pas routinier. Une chose qui ne change pas, c’est que c’est toujours l’endroit pour communiquer avec les fans. C’est la fête.

PAN M 360 : Peux-tu nous parler du spectacle de vendredi?

EMAN : J’aime beaucoup la salle d’Ausgang, elle donne de bonnes ambiances. En plus, une grosse partie de notre public se trouve à Montréal, puis je collabore avec des artistes montréalais donc il va y avoir des invités. Je pense aussi qu’en ce moment, avec le retour du printemps, c’est le retour des chillades. Ça va faire du bien aux gens d’aller à un show et de danser. Ça va être une ambiance survoltée. C’est officiel que ça va être un sacré bon show.

PAN M 360 : Quel contenu présenteras-tu sur scène?

EMAN : Ça va être plusieurs parties de mon répertoire. Il va y avoir des chansons que j’ai faites avec Vlooper, des morceaux d’Alaclair, et des pièces solo. Je vais aussi jouer le dernier EP Jefferson Chief aussi, d’autant plus que c’est le même vibe que la musique de Chung, que j’aime beaucoup.

PAN M 360 : Tu as mis en ligne une prestation d’une vingtaine de minutes sur YouTube avec un band, adaptant ainsi ton répertoire à une formule live. Le band sera-t-il là au show?

EMAN : Non, je n’aurai pas le band avec moi. Mais je suis en train de travailler pour monter une version de mes shows avec le band, pour cet été. J’essaye aussi de refaire une autre prestation sur YouTube avec le band, mais d’une heure. Au Ausgang Plaza, ça va être la formule classique rap avec Vlooper comme DJ

PAN M 360 : Ton dernier EP, Jefferson Chief, a été réalisé avec le beatmaker GENERICTM. C’est quoi le concept du EP?

EMAN : J’ai décidé de raconter l’histoire d’un cheval de course, Jefferson Chief, qui a été vendu parce qu’il était blessé. Un jour, un bonhomme de Limoilou l’a acheté, l’a soigné et finalement l’a refait courir. C’était ça le concept de base. D’ailleurs, GENERICTM m’a envoyé une nouvelle batch d’instrus pour le volume 2 et c’est du lourd. Mon plan à court terme c’est de finir le deuxième volume. 

PAN M 360 :  Y a-t-il en nouvel album prévu avec Alaclair Ensemble?

EMAN : Pas d’album pour l’instant, mais Alaclair Ensemble continue. On travaille constamment. À date, on a des gros tubes pour un prochain projet mais on les garde dans la voûte. J’espère qu’on va pouvoir sortir de la nouvelle musique bientôt. Sinon, on va faire des shows et quelques festivals cet été.

PAN M 360 : Avec le recul, quel est le projet musical dont tu es le plus fier?

EMAN : 4,99, parce que c’était le début de ce qu’on a encore aujourd’hui. Le premier album d’Alaclair Ensemble. La formation de cette organisation de minces c’est pas mal la chose la plus légendaire à laquelle j’ai pu participer. Sinon, c’est sûr que les années où je jouais du drum pour Karim Ouellet c’était assez funky. Il m’a tordu le bras pour que je joue dans son « orchestre », alors qu’avant ça je ne jouais même pas de drum. Finalement ça a marché et on a offert des gros shows à la fin.

PAN M 360 : Comment souhaiterais-tu vivre le reste de ta carrière?

EMAN : Pas comme une superstar. Je trouve que ça a l’air très fatigant et demandant. Pour le peu de succès que j’ai vécu, je n’ose pas imaginer la vie des artistes qui sont worldwide. J’ai un désir d’un peu plus de sédentarité, mais tout en faisant autant de musique. Sinon, côté musical, je veux être un compositeur, comme Pharrell Williams ou Quincy Jones… mais en moins connu.

Nous associons souvent le country à l’image du cowboy en blouson de jean, coiffé d’un stetson, chantant la légende d’un passé folklorique quasi mythique. Bolduc tout croche n’est pas loin de ce style, mais…  pas non plus défini par celui-ci.

Le groupe est composé du chanteur-guitariste Simon Bolduc, du batteur Marc-Antoine Sévégny, de la saxophoniste-contrebassiste Andrea Mercier et du guitariste pedal steel David Marchand. 

Ce groupe alt-country propose ainsi un mélange de textes raffinés, assortis d’un son kebamericana traversé par le country et le folk-rock. Bolduc tout croche parie sur la qualité du verbe pour la sortie officielle de ce nouvel album, soit le vendredi 25 mars : Construire une table pour y mettre notre poing ensemble.

On y explore notamment la pensée libertaire de Mikhaïl Bakounine et la philosophie existentielle d’Emmanuel Levinas sur fond d’instruments acoustiques… Pas exactement le pâturage de Guylaine Tanguay!

Simon Bolduc nous en apprend davantage sur cet amalgame de réflexion, poésie chansonnière et musiques kebamericana.

PAN M 360 : Peux-tu nous résumer l’histoire de Bolduc tout croche?

SIMON BOLDUC : Souvent, on me demande s’il y a une raison particulière pour notre nom, si ça vient d’une histoire personnelle. Ce n’est pas si compliqué : on se cherchait un contrebassiste et on est tombé sur Andrea Mercier… une saxophoniste qui ne jouait pas du tout de contrebasse. Elle a donc appris l’instrument sur le tas! Durant nos premières répètes, ça sonnait un peu tout croche. On a donc décidé de prendre ce nom pour en rire et se laisser une petite marge de manœuvre en spectacle.

On est ensemble depuis près de 10 ans. C’est sûr qu’on a évolué au fil des années. C’est toujours resté une expérience folk et très organique. Notre habitude, ce sont les instruments acoustiques. Dans mes temps libres, j’ai toujours une guitare dans les mains. La guitare électrique s’invite rarement, à part en studio. Nous avons commencé en étant purement folk, ce n’est plus tant le cas. Dans les dernières années, on a commencé à travailler avec Dany Placard en 2016 et David Marchand, joueur de pedal steel, a joint les rangs. À partir de ce moment, on s’est tourné pleinement vers le monde du country. Ça a été un tournant qui se voit dans notre deuxième opus. Et après… Bolduc tout croche est devenu une grande histoire de famille.

PAN M 360 : Sonnez-vous encore tout croche?

SIMON BOLDUC : Je pense qu’on s’est améliorés avec le temps! Aujourd’hui, ça ne fait aucun doute qu’on maîtrise nos instruments. On a appris beaucoup au fil des années, mais on fait encore beaucoup de choses nous-mêmes! Andrea et moi, on a eu une éducation assez complète et cet amour de l’apprentissage est une de nos plus grandes forces.

PAN M 360 : Comment ça s’est passé pour votre dernier album? Es-tu celui qui fait la plupart des choix créatifs?

SIMON BOLDUC :  Bonne question. Par le passé oui. Mais pour ce nouveau chapitre, j’ai laissé beaucoup plus de place aux décisions de Marc-Antoine et Andrea. Je me suis vraiment reculé. Par le passé, j’arrivais avec des chansons toutes prêtes qui n’avaient besoin que d’un peu d’arrangements. Mes deux coéquipiers avaient un rôle créatif moins important. Mais dans le dernier album, ce fut bien plus un travail d’équipe. Je composais les maquettes dans mon salon, mais c’est Marc-Antoine Sévégny et David Marchand qui ont habillé et enveloppé la musique. Seule condition majeure, c’était de garder les éléments typiques de Bolduc tout croche : un son doux, mince et principalement acoustique.

On a été très bien épaulés dans notre dernier album, pour s’assurer qu’on ne soit pas trop croches. Nous avions avec nous trois réalisateurs plutôt qu’un seul. Ainsi, j’ai pu prendre un peu de recul et voir les chansons évoluer en studio. D’un point de vue artistique, on a essayé de se calmer un peu et de se concentrer sur les bases, au lieu de se compliquer la vie. Du côté technique, Marc-Antoine a fait le gros du travail, enfin… tout le travail. C’est vraiment l’homme derrière la console. Au fil des années, il s’est monté un véritable coffre à outils pour l’enregistrement. Ça nous donne encore plus de profondeur quand on va en studio, parce qu’on est capable de travailler en laissant la console à quelqu’un qui comprend totalement notre son. La démarche était de laisser les autres s’exprimer. Je n’ai pas beaucoup argumenté avec les idées qu’on me proposait.

On me donnait une suggestion intéressante? Let’s go! Quelqu’un voulait changer le mix? Vas-y! Je n’ai pas toujours dit oui, mais j’ai adopté une démarche visant à laisser aller les chansons. L’important, c’est que mes textes restent intacts. J’avais confiance en mon écriture, donc je pouvais donc prendre moins de place dans la musique.

Construire une table pour y mettre notre poing ensemble est arrivé comme un cheveu sur la soupe. De façon facile et naturelle, cet album s’est développé d’un coup. On n’a jamais aussi bien travaillé que dans les derniers mois.

PAN M 360 : Dirais-tu que c’est un succès?

SIMON BOLDUC :  Après quatre albums, un gros succès ne peut être estimé que par ses pairs. Je parle du petit milieu, très restreint, d’amateurs de folk et de poésie. A part ça, on n’a pas beaucoup d’attentes. On est conscients que ce projet ne va pas changer le cours de nos vies. Mais on sait qu’on n’avait pas nécessairement besoin de stratégie médiatique. On le rend public simplement parce qu’il est prêt. On veut simplement pouvoir en profiter. En octobre 2018, on sortait notre troisième, Grande santé, puis en décembre 2018 on finissait notre tournée. Cette fois-ci on veut vraiment profiter de l’album et le faire vivre le plus longtemps possible.

PAN M 360 : Il s’agit d’ailleurs d’un album qui s’inspire beaucoup des textes philosophiques, n’est-ce pas?

SIMON BOLDUC : Bien sûr! Le cœur de Construire une table pour y mettre notre poing ensemble, c’est la philosophie. Je me suis principalement inspiré des œuvres de Bakounine et d’Emmanuel Levinas. Le premier philosophe parlait principalement des différences entre les gens venant de milieux variés, tandis que le deuxième s’intéressait à la place de l’éthique dans la vie de tous les jours. Ce sont des thèmes qui étaient parfaits, pour parler de mes expériences personnelles. Je voulais aussi que mes histoires intimes soient vues comme des expériences universelles. Ce sont des choses qui me sont arrivées, c’est aussi la réalité de bien d’autres. Par exemple, notre première chanson, Levinas, parle de l’immigration, des défis de devoir s’établir dans un endroit inconnu. Bakounine, elle, parle de l’amitié profonde qui peut émerger entre deux personnes d’âges totalement différents. 

PAN M 360 : Comment lie-t-on philosophie à la chanson?

SIMON BOLDUC : Ce n’est pas aussi facile que ça en a l’air. On me reproche souvent de faire des couplets trop compliqués, qui finissent de façon trop nichée. Mais en même temps, c’est un défaut qui fait un peu mon charme. Par exemple, la chanson Je suis de passage parle du nihilisme. C’est un concept que j’adore explorer, mais qui peut être dangereux. J’ai donc essayé d’aller à fond dans l’exploration de la déchirure, de ce jeu avec le feu. Dans d’autres textes, j’essaie d’être moins direct et de mettre la philosophie au deuxième plan. Ces histoires sont imprégnées de concepts apparemment complexes, mais elles sont aussi plus sincères. En étant authentique, on peut rejoindre plus de gens et lancer une discussion.

PAN M 360 : Et dirais-tu que ton passé en milieu communautaire te donne un avantage?

SIMON BOLDUC : En tout cas, ça me rend très proche de ce que je chante. J’ai été élevé dans le milieu rural d’Asbestos. Pour moi la vraie vie, c’est ce genre d’endroit. En ayant cette connaissance du milieu communautaire, je peux mieux dévoiler mes racines. Je peux considérer les opinions des autres, même si elles sont différentes des miennes. En ayant ce voyeurisme participatif, je peux créer une impression de communauté dans mon monde. Comprendre d’où les gens viennent, c’est important pour les respecter et se comprendre soi-même. 

PAN M 360 : Sur la scène country, où se situe Bolduc tout croche en 2022?

SIMON BOLDUC : Je ne sais pas trop. En gros, nous sommes alt-country mais avec une instrumentation purement country. C’est un genre qui est lentement en train de s’ouvrir. Ce style fut longtemps refermé sur lui-même. C’était hermétique… très hermétique. Mais alors, c’est quoi du country? Est-ce qu’on peut chanter de la pop, mais avoir des cheveux blond platine et porter une chemise en flanelle pour se donner le titre? C’est un genre avec beaucoup de contradictions. Malgré tout, le genre s’ouvre lentement et sûrement. Depuis quelques années, par exemple,  j’anime l’émission Bol de gruau sur les ondes de CISM. On s’intéresse à la scène country québécoise. Je suis donc témoin d’un écosystème qui est en train de changer, et de la bonne façon! C’est une évolution que je j’observe, je suis fier d’y contribuer activement!

Les deux principaux festivals montréalais de musiques numériques et le Centre interdisciplinaire de recherche en musique, médias et technologie (CIRMMT) de l’école de musique Schulich de l’université McGill, se sont associés pour inviter ce mercredi un grand pionnier américain de la musique électronique : Morton Subotnick.

À Montréal pour la toute première fois! 

À guichets fermés, le compositeur et improvisateur californien se produit en duo avec le vidéaste berlinois Lillevan, afin d’interpréter sa plus récente œuvre : As I Live and Breathe. En ouverture, Ana Dall’Ara Majek spatialise sa pièce Xylocopa Ransbecka et Louis Dufort maximise les vertus de l’orchestre de haut-parleurs du CIRMMT, avec un extrait de son récent album Into the Forest. 

Morton Subotnick a parcouru le chemin inverse de la coolitude : il y parvient au crépuscule de son existence! Puisqu’il se produit à guichets fermés dans le contexte d’une présentation commune des festivals Akousma et Mutek, nous avons joint le musicien à son hôtel.

PAN M 360 : Nous sommes très heureux de vous avoir en interview. Nous, mélomanes, devons être conscients que vous êtes un innovateur de votre temps. C’est votre première fois à Montréal, n’est-ce pas?

MORTON SUBOTNICK :
Je suis venu jouer au Canada un certain nombre de fois, mais je ne pense pas être déjà passé par Montréal.

PAN M 360 : C’est donc génial de vous avoir après toutes ces années, car vous avez une approche très spécifique. Par exemple, vous avez été l’un des premiers à inclure dans la musique électroacoustique des rythmes soutenus. Où en sommes-nous ce soir?

MORTON SUBOTNICK : Eh bien, nous nous approchons de la fin de ma production! Encore quelques semaines? Quelques mois? Quelques années? Je ne sais pas mais je continue à essayer. J’ai commencé à le faire lorsque j’ai laissé la clarinette avec l’Orchestre symphonique de San Francisco pour passer à l’électronique et à composer de la musique électronique. C’était e 1958. J’avais pris cette décision parce que quelque chose de neuf se produisait. 

PAN M 360 : Comment peut-on saisir les bases de votre travail?

MORTON SUBOTNICK : Ce que j’ai essayé de faire, c’est de trouver une façon de traiter la technologie, soit une sorte de nouvelle façon de faire de la musique. Je l’ai appelée l’« art de chambre » à l’époque, le « studio art ». Aujourd’hui, la technologie est devenue si performante que je peux faire en temps réel ce qui me prenait un temps fou à mettre au point en studio. Ainsi, je peux reprendre devant public les procédés de mes premiers enregistrements. Je peux exécuter tous ces trucs au moyen d’échantillons, je peux utiliser des plugins d’oscillateurs au lieu de les apporter avec moi. Si je le désire, je peux avoir 15 oscillateurs sur mon ordinateur et tous mes sons.

Donc jouer en temps réel est devenu une vraie tâche, ces dernières années. Pendant la pandémie, je n’ai rien fait d’autre que de travailler sur ce projet afin d’être capable de l’amener sur la scène actuelle et de le jouer en direct. Et je suis assez satisfait du produit. C’est peut-être la dernière étape de mon travail, mais je l’aurai accomplie avant de mourir… ce qui serait difficile après la mort (ha ha!). Donc, c’est bien que j’y sois arrivé. 

PAN M 360 : Trop cool! Pouvez-vous être un peu plus précis sur la méthodologie, l’artisanat et les outils qui sont utilisés pour ce courant de création?

MORTON SUBOTNICK : D’accord. Pour commencer, je note mes idées en improvisant et j’en circonscris l’idée originale. J’implique ensuite tout l’équipement conçu pour mon travail. Ensuite, je prends la décision de travailler avec la hauteur des sons d’une manière particulière. Longtemps, il n’y a pas eu de mélodies, mais il y a plus de choses mélodiques maintenant… parce que je ne l’avais jamais fait auparavant. Au début de ma carrière, j’évitais tout ce qui était traditionnel. Et puis je donnais des performances au cours desquelles je faisais des improvisations. De nouvelles idées me venaient et, pendant des semaines, je pouvais me concentrer sur une série d’idées qui allaient éventuellement constituer une performance et un enregistrement. Aussi, j’ai beaucoup travaillé avec des magnétophones, une piste jouée sur l’autre et ainsi de suite. Ce processus ne pouvait pas être fait en direct, j’assemblais le tout pour mes enregistrements. Or, maintenant je peux construire tout ça en direct, en utilisant des patchs numériques qui contiennent une partie du travail. Donc, je peux aller d’un chemin à l’autre et avoir une idée de ce que je vais faire comme morceau. Tout en gardant l’aspect improvisation. 

PAN M 360 : L’improvisation est donc fondamentale dans votre travail.

MORTON SUBOTNICK : Je ne suis pas une partition, la durée d’un même canevas peut être assez différente d’une performance à l’autre. Mais la forme globale reste relativement similaire. Donc, si vous venez à une de mes performances puis à une autre, vous la reconnaîtrez, mais l’une pourrait durer 15 minutes et une autre 45 minutes. Tout reste ouvert. 

PAN M 360 : Vous avez été parmi les premiers musiciens pour qui la haute technologie est devenue un orchestre.

MORTON SUBOTNICK : En studio, le compositeur est le chef d’orchestre. Un orchestre instrumental est composé de musiciens; le compositeur électronique est chaque musicien, il est l’ensemble; il peut être aussi le fabricant d’instruments, puis il joue de tous les instruments. C’est la même chose en public : vous êtes le chef d’orchestre et tous les instruments, vous les choisissez. Je pense que c’est assez clair, n’est-ce pas?

PAN M 360 : C’est très clair. Et si on comprend bien, la base de votre langage a été établie il y a quelques décennies, mais seuls les outils ont changé. La même approche est toujours là.

MORTON SUBOTNICK : C’est vrai. J’ai mis une annonce classée dans le journal en 1961, je cherchais des ingénieurs pour m’aider à créer mes instruments. Je ne pouvais pas les construire mais je savais ce que je voulais, enfin je pensais savoir ce que je voulais. Alors plusieurs ingénieurs sont venus me voir et nous avons lancé le San Francisco Tape Music Center. Et finalement cet homme, Donald Buchla, me semblait vraiment bien. Nous avons travaillé ensemble pendant deux ans et demi sur un premier vrai synthétiseur analogique.

PAN M 360 : Depuis lors, vous vous exprimez essentiellement avec cette lutherie?

MORTON SUBOTNICK : Eh bien, elle a changé radicalement depuis. Il y a environ 15 ans, j’ai conservé une version que j’estime finale, qui était partiellement numérique et surtout analogique. C’est donc avec ça que je travaille depuis longtemps. Sur scène, j’actionne les curseurs de mon Eurorack. 

PAN M 360 : Vous vous produisiez souvent en concert avant la pandémie?

MORTON SUBOTNICK : Oui, oui, je ne me suis pas produit pendant un certain nombre d’années parce la technologie ne me permettait pas de présenter ce que je voulais faire. Essayer d’apporter au public des magnétophones à bandes schématiques et des machines à boucles et d’autres choses, c’était impossible ou trop laborieux. Mais il y a environ 15 ans , les choses ont changé. J’ai joué un opéra électronique à Vienne et les gens en ont redemandé. 

PAN M 360 : Excellent! C’est très intéressant de voir que votre approche a atteint une sorte de fraîcheur, après une vie de processus créatifs, Vous devez être heureux de cela, n’est-ce pas?

MORTON SUBOTNICK : Je le suis! Je voulais que les nouvelles générations, qui ont grandi avec la technologie, voient qu’on pouvait faire certaines choses qu’elles n’auraient pas pu voir. Parce qu’en général, ce n’est peut-être plus aussi vrai aujourd’hui. Mais je pense que c’est toujours vrai. Donc, voilà ce que ma vie a été. Cela me rend très heureux, vous savez. Je me réveille chaque matin et je suis vraiment heureux d’être en vie. Si je ne me réveille pas, je ne le saurai pas. Quand je vais me coucher, je suis satisfait d’avoir vraiment fait ce que je voulais faire.

Le compositeur Jean Lesage, qui fut d’abord claveciniste au début de sa carrière de musicien, a construit une œuvre parfaitement contemporaine en y imbriquant des fragments insoupçonnés de notre mémoire musicale. Au fil du temps, il a ainsi parcouru les époques jusqu’à la période baroque et en a puisé des éléments probants qui en ont inspiré ses propres œuvres. En 2022, cette démarche singulière a passé l’épreuve du temps, et c’est pourquoi la Société de musique contemporaine du Québec et son directeur musical Walter Boudreau ont choisi de présenter un portrait de Jean Lesage sous le thème La mémoire équivoque. Ce programme spécial sera visuellement étoffé par la scénographie de Sylvain Marotte

PAN M 360 : Comment Jean Lesage reçoit-il cette initiative de la SMCQ?

JEAN LESAGE : Absolument, c’est un honneur. Ça n’arrive pas très souvent dans une carrière, c’est l’équivalent d’une exposition solo!

PAN M 360 : Comment le programme a-t-il été conçu?

JEAN LESAGE : Walter Boudreau m’a approché pour me demander si j’étais intéressé. Je l’étais évidemment. Et j’ai voulu montrer différentes facettes de mon travail. Avec différents ensembles qui vont du quatuor à cordes à l’orchestre de chambre. Et j’ai toujours été intéressé, dans ma musique, à faire ce que faisait Stravinsky d’une certaine manière, car ma musique parle de musique. De l’histoire de la musique. C’est souvent une mise en abyme, je dirais. On trouve ça beaucoup en littérature évidemment. Le roman qui parle du roman. 

PAN M 360 : Oui, l’approche autoréférentielle est très présente dans la création contemporaine.

JEAN LESAGE : Certains parlent aussi d’intertextualité, ça peut être faire allusion à certaines pratiques du baroque par exemple. Ça m’intéresse énormément. Au début du 17e siècle, il y avait une pratique instrumentale nommée stylus fantasticus. Ainsi dans la musique pour clavecin de l’époque, on pouvait retrouver un discours en rupture continuelle, qui passait très rapidement d’un sentiment ou d’un affetti à un autre. Par exemple, quelques mesures homophoniques et martiales passaient soudainement à un discours polyphonique rapide et enjoué. C’est une façon de faire que j’ai exploitée dans certaines de mes pièces, ce discours en rupture continue (évidemment pas en langage baroque).

D’autre part, je m’intéresse aux pratiques picturales, la peinture m’intéresse beaucoup, et il y a des aspects de la peinture que j’ai essayé de transposer dans la musique. Je donne comme exemple la peinture surréaliste. Souvent, dans les œuvres de Magritte ou De Chirico, on trouve des objets familiers qui sont recontextualisés dans l’espace significatif du tableau et qui prennent un autre sens de par cette nouvelle contextualisation, sorte d’onirisme que ces objets n’évoquent pas normalement. De mon côté, je prends des objets sonores qui appartiennent à différentes époques et j’essaie de les recontextualiser différemment. 

Un autre aspect de ma démarche s’inspire des pratiques de Picasso que j’appelle la défamiliarisation. Ici, Picasso ne part pas d’une allusion stylistique ou d’une référence, il peut partir d’une œuvre en particulier comme Las Meninas de Vélasquez et qu’il va reproduire, mais à travers le prisme du cubisme. Ce n’est pas une référence lointaine, c’est une œuvre revisitée pour en trouver un potentiel caché, insoupçonné. On peut rattacher ça aussi aux pratiques déconstructivistes du philosophe Jacques Derrida. 

Alors voilà trois aspects de ma démarche qu’on pourra entendre à travers les œuvres au programme.

PAN M 360 : Essayons de voir comment tout cela se manifeste dans le programme de la SMCQ :

JEAN LESAGE : Voici des exemples :

Trois méditations sur la vie céleste de Charles G, ça s’inscrit dans l’exemple du tableau de Picasso que je viens de donner. L’Ave Maria de Charles Gounod est déjà un intertexte, il faut dire, le compositeur était parti d’un prélude de Bach. J’ai donc fait un pas plus loin en revisitant l’œuvre sous trois aspects différents. On y trouve la Marie sacrée, mais aussi la Marie profane de l’opéra Wozzeck d’Alban Berg, il s’agit alors d’une espèce d’hybride entre les deux Marie.

Les sensations confuses, pour orchestre de chambre, reprend l’approche du stylus fantasticus, soit un discours en rupture continuelle, sauf que cela ne manifeste pas de section en section comme dans le baroque; les contrastes se font plutôt de mesure en mesure, c’est vraiment très fragmentaire. On peut d’ailleurs trouver ce travail dans l’œuvre de John Zorn, par exemple.

Dans le Livre des mélancolies, pour clarinette et quatuor à cordes, il y a l’idée du palimpseste, soit un manuscrit ancien qu’on grattait pour faire disparaître le texte original afin d’y poser une écriture nouvelle par-dessus. Cela pouvait être un texte totalement différent de l’original qu’on voyait néanmoins en filigrane. On avait donc le nouveau texte et les traces de l’ancien texte. Dans le contexte du Livre des mélancolies, c’est la musique Renaissance pour les consorts de viole de gambe, elle se trouve derrière, en filigrane, cachée par une écriture contemporaine.

Les objets familiers remis en scène à la manière des peintres surréalistes, on les retrouve dans le Quatuor no 5, qui sera créé dimanche. Dans un contexte nouveau, on peut y observer des éléments qui font référence à plusieurs éléments de la musique baroque, des rythmiques de gigue et certaines danses baroques accompagnées de lamentos, musiques tout en soupirs que l’on trouvait dans les opéras baroques.

PAN M 360 : Les référents du passé se trouvent donc dans votre œuvre. Et donc forcément dans ce programme de la SMCQ. Quelle est la raison fondamentale d’employer ces intertextes?

JEAN LESAGE : C’est vraiment une question de communication avec le public. On a beaucoup reproché à la musique contemporaine d’être abstraite, soit à l’extérieur du champ de perception de l’auditoire. En utilisant des référents comme ceux mentionnés, mon pari consiste à partir d’un objet qui semble familier, parce qu’on l’a entendu auparavant chez un compositeur ou un autre. Alors il y a dans une œuvre nouvelle un objet relativement simple, qui évoque quelque chose dans l’imaginaire de l’auditeur. L’auditeur pourra alors le garder en mémoire.

L’objet de départ est assez bien défini pour que l’auditeur puisse en suivre les transformations apportées par le compositeur. Ça devient plus intéressant pour l’auditeur, car l’œuvre lui donne les clefs pour en comprendre le projet artistique. Cet outil-là me donne donc le pouvoir de communiquer, de faire en sorte que mon idée de développement, transformation ou mutation sera possiblement suivie et comprise. 

PAN M 360 : Vous vous inscrivez donc en faux contre l’inaccessibilité ou la froideur clinique, encore malheureusement associées à la musique contemporaine.

JEAN LESAGE : Il n’y a rien de plus étranger à ma musique que cette idée d’expérience en laboratoire, comme c’est le cas chez Milton Babbitt, par exemple. Pour lui, la musique était une discipline scientifique qui devait se développer en laboratoire. Qu’elle fût comprise ou non par le public, cela n’avait pas d’importance. Pour moi, la communication avec le public est fondamentale, bien au contraire. Malheureusement, cette idée de non-communication est restée dans la perception qu’on a de la musique contemporaine… dès qu’on emploie l’expression musique contemporaine, on pense à une musique qu’on ne comprendra pas, un langage abscons… 
C’est aussi un défi pour le compositeur, car il n’y a pas de langage commun comme on pouvait en avoir un au 19e siècle. Tous les compositeurs écrivaient alors de la musique tonale, tout le monde était capable d’en reconnaître l’audace ou le conservatisme, parce que le code était partagé par tous. Or, à partir du 20e siècle, on a vu naître d’autres embranchements, proliférations de langages et d’esthétiques différentes et c’est aujourd’hui extrêmement difficile de s’y retrouver à moindre d’être un spécialiste. Donc il faut essayer de donner des outils à l’auditeur. À l’intérieur de l’œuvre elle-même, il faut en retrouver les clefs pour bien la comprendre.

Participants

Programme

Ces quatre virtuoses partagent la même condition : mener une carrière de musicien d’orchestre, de soliste, de professeur et de chambriste. Le Nouveau Quatuor Orford est constitué de quatre interprètes aux parcours exceptionnels : Jonathan Crow (violon), Andrew Wan (violon), Sharon Wei (alto) et Brian Manker (violoncelle) invitent ce dimanche le pianiste Stéphane Lemelin, également chambriste et enseignant, à partager un programme de la série Carte Blanche de la société de concerts Pro-Musica, ce dimanche au Centre Phi. Au programme : Antonín Dvořák, Jessie Montgomery, Amy Beach.

Brian Manker en dit plus long à Pan M 360.

PAN M 360 : Rappelez-nous les étapes de la refonte du Quatuor Orford. L’ancienne formation et la nouvelle.

BRIAN MANKER : Le quatuor Orford original a connu une longue carrière, de 1965 à 1991, date à laquelle il s’est dissous. La formation actuelle, le Nouveau Quatuor Orford, a été formé en 2009 au Centre d’arts Orford avec le soutien de ses membres fondateurs. Nous jouons ensemble depuis presque treize ans maintenant !

PAN M 360 : Quels sont d’après vous les principaux éléments de votre identité en tant que quatuor à cordes? Quelles en sont les orientations? Quel répertoire privilégiez-vous?

BRIAN MANKER : Notre identité est clairement influencée par toutes nos autres activités musicales. Par exemple, nous avons tous joué les symphonies de Beethoven, les concertos pour piano, le concerto pour violon (Jonathan et Andrew en tant que solistes), le Triple Concerto, etc. Cela nourrit forcément notre compréhension profonde du langage de Beethoven, on peut en dire autant de Ravel, de Dvorak, de Brahms. Nos orientations sont tournées vers la précision, la collectivité et l’exploration. Nous aimons aussi interpréter de nouvelles œuvres de compositeurs vivants, soit en mettant l’accent sur le Canada et le Québec à côté des grandes œuvres du passé.

PAN M 360 : Le personnel du Nouveau Quatuor Orford est extrêmement compétent, on peut dire que cette somme de virtuosité est la plus élevée au Québec pour un quatuor. Quelles sont selon vous les principales qualités de chacun?

BRIAN MANKER : Merci pour vos éloges! Il y a beaucoup de beaux ensembles au Québec et au Canada, c’est un honneur d’être inclus dans cette conversation. Quant aux principales qualités des membres du groupe, c’est une bonne question, ce n’est pas facile de répondre mais je vais essayer. Jonathan est un leader fort, il a une intelligence précise et pénétrante, il possède une belle et singulière voix au violon, immédiatement reconnaissable. Il est un leader fort. Andrew est un communicateur, un médiateur, c’est un violoniste incroyable et aussi un leader, une vraie force de la nature! Sharon est une altiste fantastique, forte tranquille dans ses manières mais avec une énergie extraordinaire. Elle colle le groupe d’une manière qui peut ne pas être apparente au premier abord pour l’auditeur, mais elle nous rend tous meilleurs ! Quant à moi, je suis la personne chanceuse qui peut faire de merveilleux voyages musicaux avec ces merveilleux amis.

PAN M 360 : Pour arriver à circonscrire un son commun et ainsi définir l’identité collective d’un ensemble de musique de chambre, ça prend du temps et beaucoup de concerts. Croyez-vous jouer suffisamment pour y parvenir?

BRIAN MANKER : Je laisse l’auditeur découvrir ce qu’il ressent, mais je dirais que oui. Nous nous efforçons certainement d’avoir une identité sonore et collective commune. Nous avons donné 20 à 25 concerts par an pendant plus de dix ans avec plusieurs milliers d’heures de répétition pour nous préparer à ces programmes, sans compter tout ce temps passé à enregistrer ensemble. Je pense que notre son et notre style sont uniques et cohérents. Alors encore oui, je pense que nous y parvenons.

PAN M 360 : Ce quatuor à cordes est un projet mené en parallèle à vos activités en tant que musiciens pour l’OSM ou le TSO. Est-ce difficile à gérer ?

BRIAN MANKER : Absolument. La planification est un casse-tête constant, mais nous sommes devenus habiles à réserver du temps pour les répétitions et à planifier nos projets.

PAN M 360 : : On imagine qu’un musicien de votre niveau ne se sent plus en concurrence avec les collègues canadiens. Alors quels sont selon vous les meilleurs quatuors à cordes au Canada?

BRIAN MANKER : Honnêtement, je ne considère pas cela comme une compétition, chaque musicien est sur son propre chemin unique et individuel. Il y a certainement des groupes canadiens incroyables : le St. Lawrence Quartet, le Rolston Quartet, le Bozzini ou le Molinari sont tous excellents. Je suis sûr d’oublier d’autres quatuors formidables.

PAN M 360 : Parlons du programme de dimanche : pourriez-vous commenter chacune des œuvres?

BRIAN MANKER : Antonín Dvořák, Quatuor à cordes n° 12 en fa Majeur op. 96, dit « Américain »  : Le Dvořák est un de nos vieux favoris et aussi parmi les préférés du public dans le monde entier. Un travail encore frais et honnête. Je l’aime !

Jessie Montgomery, Strum : Cette pièce fusionne de nombreux éléments de la musique américaine dans une nouvelle langue qui lui est propre. Strum fait référence aux nombreux effets de pizzicato, imitant une guitare ou un banjo. C’est une nouvelle voix passionnante dont je pense que nous entendrons davantage à l’avenir.

Amy Beach, Quintette pour piano et quatuor à cordes, op.67 : C’est une œuvre très romantique, colorée et mélodique. On ne l’entend pas assez souvent.

PAN M 360 : Pourriez-vous parler brièvement de votre pianiste invité, et ce qui en justifie le choix?

BRIAN MANKER : Stéphane Lemelin est un vieil ami du Nouveau Quatuor Orford, nous avons collaboré avec lui à plusieurs reprises et apprécions toujours notre temps ensemble en répétition et sur scène.

PAN M 360 : Quels sont les projets à venir du Nouveau Quatuor Orford ? Concerts? Enregistrements?

BRIAN MANKER : Nous avons des concerts prévus en mai et juin, le calendrier de l’année prochaine se remplit bien, considérant tous les défis auxquels les diffuseurs de concerts sont confrontés avec, particulièrement pendant cette période difficile. Pas d’enregistrements à l’horizon mais on ne sait jamais ! Qu’aimeriez-vous entendre ?

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Membre de LaF, Justin Boisclair, plus connu sous le pseudonyme Bkay, sort aujourd’hui Midi Pile, son premier projet solo.

Il y a près de dix ans, le rappeur faisait ses premiers pas dans le monde de la musique. En 2016, son aventure commençait au sein de LaF. En 2022, le jeune groupe a récolté les éloges, désormais membre à part entière de la famille rap keb. Ce qui permet à ses membres éminents de mener des projet en solo… et nous voilà à ce rendez-vous fixé à Midi Pile.

Bkay y transforme en musique et en rap le cheminement personnel effectué depuis le début de la pandémie. Sur la pochette, il illustre sa vision de l’humain, créature complexe et polymorphe. 

Entièrement produit par Bnjmn.lloyd, l’EP comporte sept titres où se mélangent boom-bap et alternatif. Les productions du beatmaker nous transportent au cœur des crises existentielles et de la gratitude vécues par l’artiste. 

Avec son single Post-mortem sorti en février dernier, Bkay a donné le ton pour un projet qui explore des sonorités musicales inédites dans le rap keb. En lui accordant une place en tant qu’artiste solo, le puissant label  7ième Ciel lui réitère sa confiance.

Tout au long de l’EP, une véritable symbiose s’installe entre la voix de Bkay et les beats qui la portent. Le natif de Montréal compte sur les collaborations de deux membres de LaF, soit Jamaz et Mantisse. Le collectif se produit d’ailleurs le 25 mars prochain au Club Soda. 

«Il y aura un peu de tout au spectacle et certaines de mes chansons solos », indique l’interviewé de PAN M 360, avant de nous causer de Midi Pile et de ce qui l’y a conduit.

PAN M 360 – Pourquoi as-tu choisi Bkay pour nom d’artiste ?

BKAY : Quand j’étais plus jeune, mes amis me surnommaient Bkay. Bkay c’est un jeu de mots avec mon nom de famille et le restaurant Burger King où je travaillais alors. À la base, ce n’était pas mon nom d’artiste. Or, même aujourd’hui, mes amis m’appellent comme ça. Ainsi, j’ai décidé de l’utiliser pour ma carrière musicale.

PAN M 360 – Depuis quand envisages-tu une carrière en solo?

BKAY : Dans les cinq dernières années, j’étais vraiment investi dans les projets de notre groupe. C’est la pandémie qui m’a poussé à créer en solo. Seul à la maison, j’avais plus de temps et je ne pouvais pas nécessairement voir les gars de LaF. Il y a ce facteur-là, mais il y a aussi que la pandémie m’a amené à me développer sur le plan personnel. J’ai vécu plusieurs phases de questionnements qui m’ont mené à créer en solo. 

PAN M 360 – Qu’est-ce que ça change d’être en solo plutôt qu’en groupe?

BKAY : Créer de la musique seul c’est un plus gros défi qu’en groupe. Quand on fait de la musique en tant que LaF, on n’a pas le choix de s’en tenir à un rôle. Chaque membre finit par faire une partie des chansons comme un refrain ou un couplet. En solo, c’est vraiment une énorme tâche de remplir une chanson au complet. Sur le plan personnel, c’est quelque chose d’ardu. Par contre, c’est ça qui te rend plus fort et qui te permet d’être plus aguerri quand tu reviens créer en groupe. 

PAN M 360 – Comment est né Midi Pile?

BKAY : Pendant un an, j’ai cumulé plusieurs chansons originales et certaines d’entre elles ressortaient du lot. J’avais le désir de sortir des chansons. Une des premières chansons que j’ai écrites, c’est la deuxième partie du titre Manège-Film. Avec cette chanson-là, j’avais vraiment l’impression d’avoir quelque chose de solide entre les mains. J’ai décidé de pousser encore plus dans cette direction. Au fur et à mesure de sa création, le projet a pris de multiples formes et s’est progressivement solidifié. 

PAN M 360 – Quelle histoire ton EP raconte-t-il?

BKAY :  Tout l’EP s’est fait en parallèle à plusieurs moments de grandes réalisations dans ma vie. Mon but dans le projet, c’est d’être le plus honnête et le plus senti possible. Ça parle de mon cheminement personnel en tant qu’humain. J’ai créé ce projet pour moi, pour les gens que j’aime et pour le bien que ça m’apporte de faire de la musique. Ça serait un véritable honneur que des auditeurs se reconnaissent dans mes chansons et qu’ils se sentent compris. 

PAN M 360 – Quelle est l’importance du titre Manège-Film dans l’EP?

BKAY : C’est un titre qui se divise en deux parties. La partie Film est un peu cachée vers la deuxième version du morceau. Pour moi, c’est l’élément déclencheur du projet. Quand tu es rendu à ce moment précis de l’écoute, tu es au cœur de ce que j’ai créé. L’émotion que j’exprime est crue et représente beaucoup pour moi.  

PAN M 360 – Comment t’es venu l’idée de Flore?

BKAY : À la base, Flore était censée prendre vie sur une production totalement différente. Bnjmn.lloyd a travaillé sur la chanson et l’a complètement transformé. C’est une chanson qui est très instinctive et elle démontre mon état d’esprit au moment de l’écriture. La première partie est très anxiogène. Ça met en lumière un moment où je suis mal. Le refrain nous transporte dans un couplet plus calme. Dans la deuxième partie, je veux faire ressortir une certaine gratitude de la vie et le désir de vivre simplement. 

PAN M 360 – Quel morceau t’a posé le plus de problèmes ?

BKAY : À peine deux semaines avant la remise de mon projet, j’ai rajouté Pom au projet. Je voulais absolument la rajouter pour avoir une chanson plus instinctive et moins digérée que les autres. Je venais tout juste de la créer et de l’enregistrer. Dans ma tête, j’avais juste besoin de l’envoyer à BJmn LLoy pour la mixer et le tour était joué. Par contre, ça ne s’est pas déroulé aussi facilement que prévu et la chanson a été un véritable casse-tête pour lui. Je lui ai mis un véritable problème entre les mains à la dernière minute. Après l’avoir terminé, c’était vraiment un de mes coups de cœur.

PAN M 360 – Qu’est-ce que ça représente pour toi que tes collègues Jamaz et Mantisse acceptent de participer à ton premier projet solo? 

BKAY : Sincèrement, c’est un honneur. Ces personnes-là ne sont pas seulement des partenaires de musique, ce sont de véritables amis. Ils font tous deux partie de mon évolution en tant qu’artiste et humain. C’était vraiment touchant de créer avec eux pour mon projet solo. Je suis énormément reconnaissant qu’ils aient accepté de participer à mon délire. On a enregistré de multiples morceaux ensemble. On a bûché pour trouver le meilleur résultat possible.

Contrairement à feu l’ethnoanthropologue Claude Lévi-Strauss, Cléa Vincent n’a pas les tropiques tristes. Et ce, malgré les cuivres qui se languissent sur les premières mesures de Panama Paname. Car là où bat le rythme règne la vie. Et, par conséquent, l’espoir. Cléa magnifie, à sa manière, l’héritage brésilianophile de son compatriote Pierre Barouh. Au cep bossa-nova que chérissait Barouh et dont elle s’est aussi enamourée à l’adolescence, Cléa greffe des cépages argentins, antillais (notamment cubains), africains et centraméricains. En résulte une pop hexagonale à la fois hybridée, roborative et réjouissante. Parce que dans le genre, on aime beaucoup le père Lavilliers, mais il a souvent le loubard lourd, comme on le sait. Le troisième et dernier tome de la trilogie Tropi-Cléa sort ces jours-ci. Pan M 360 en discute avec la principale intéressée.


Pan M 360 : Bravo pour ce volet final de la trilogie Tropi-Cléa! Tout se tient : références brésiliennes (MPB, samba et bossa-nova), antillaises (kadans, calypso), latinos (salsa-disco, cumbia), chanson hexagonale, pop électro de pointe. Et tout ça se malaxe parfois dans la même chanson, comme pour Recuerdo!

Cléa Vincent : Cumbia, complètement. Et kadans, oui, je crois savoir de quoi vous parlez; comme le pattern un peu reggaeton dans Quelque chose qui me chiffonne? En fait, ces styles ne sont pas si distincts que ça. Prenons un artiste comme Burna Boy (NDLR : du Nigéria), qui a recours au reggaeton. C’est un pattern qu’on trouve dans plein de musiques du monde entier. Il y a le zouk, aussi. J’ai un souvenir bien précis qui n’a rien à voir avec l’Amérique latine : j’étais allée au Sénégal, les gens là-bas aiment bien danser sur ces rythmes, et moi aussi, et j’aime beaucoup en écouter. En France, on baigne dans tout ça. Dans l’arrondissement où j’habite, j’entends tous ces sons! Puis, avec notre culture et notre musique françaises on projette inconsciemment ce que peut être une musique dansante un peu latino, on y met ce qu’on peut et ce qu’on veut. Il y a aussi des sonorités argentines dans mes chansons. Ce n’est pas si simple à définir, donc, parce qu’il s’opère une sorte de fusion mondiale avec tous ces petits patterns qui viennent de partout. Faudrait que j’interroge mon percussionniste qui lui, durant sa formation, se faisait dire « Ça c’est un rythme cubain, ça c’est un rythme de ci ou de là ». Il y a justement la clave cubaine dans notre son. Toutes des musiques destinées à faire danser!

Pan M 360 : Le percussionniste, c’est Raphaël Léger?

Cléa Vincent : Raphaël Léger c’est le batteur; il a un profil plus pop, il joue avec Tahiti 80 et a déjà fait partie d’ensembles death-métal! Le percussionniste est Arnaud Laprêt, il a dans son bagage beaucoup de rythmes latins. C’est lui qui a donné à l’album sa sonorité argentine, qui me fait penser aux gauchos, au tango. En studio, il se passe des choses qui n’étaient pas forcément prévues!

Pan M 360 : Lors de votre tournée en Amérique centrale en 2017, vos musiciens étaient Bapstiste Dosdat à la guitare et à la basse, Raphaël Thyss aux claviers, puis le susmentionné Raphaël Léger. Ils ont tous trois contribué à la création des pièces de Tropi-Cléa 3?

Cléa Vincent : J’ai été formée au jazz et à la musique brésilienne, à la bossa-nova. Je maîtrise aussi la musique cubaine. Les musiciens eux, je crois qu’ils ont plus de cordes à leurs arcs. C’est leur contribution qui a produit la diversité qu’on entend dans Tropi-Cléa 3. Je leur avais demandé de me rapporter un souvenir de cette tournée. Ils ont chacun mis une pierre à l’édifice : Raphaël Léger avait la base de Recuerdo, Raphaël Thyss avait un petit motif pour le couplet de Xela, puis Baptiste Dosdat toute l’instru et un bout de refrain de Panama Paname. Ensuite, j’ai assemblé tout ça. Mais les idées de départ de ces trois pièces viennent des musiciens. Et le plus important dans une chanson, c’est l’idée de départ! Quelque chose qui me chiffonne a été écrite avec Kim Giani, qui ne joue pas sur l’album mais avec qui je collabore, puis Big bad wolf est une reprise en anglais d’une des premières chansons que j’ai écrites.

Pan M 360 : À ce sujet, c’est le musicien, dramaturge et scénariste britannico-caribéen Robin French, du groupe Sugarcane, qui chante en duo avec vous sur Big Bad Wolf. Vous avez manifestement des atomes crochus, Sugarcane actualise la bossa-nova et le calypso. Comment l’avez-vous connu?

Cléa Vincent : C’est Victor Peynichou de l’étiquette Midnight Special (qui publie mes albums) qui m’a envoyé l’adaptation qu’a faite Robin de Méchant loup, avec son groupe. J’ai tout de suite adoré et j’ai eu envie d’un duo. Robin avait réécrit toutes les paroles de cette chanson en anglais; sa version est plus sanguinolente que la mienne, plus dramatique, ça lui ressemble vachement!

Pan M 360 : Vous chantez bien en anglais.

Cléa Vincent : Oh merci, c’est gentil, mais je suis nulle en anglais, c’est l’histoire de ma vie. Ce qui est ironique, c’est que la pièce la plus écoutée de mon répertoire (NDLR : presque six millions d’écoutes sur Spotify) est une reprise, dans un anglais nul, d’All That She Wants d’Ace of Base!

C’est toujours intéressant quand les artistes sont un peu « mauvais élèves ». Ça détend. C’est un peu notre rôle d’alléger l’ambiance. Je pense à Orelsan qu’on voit, dans un documentaire sur lui, tomber complètement à côté sur un sujet politique, durant une entrevue. Toujours être dans le contrôle, c’est chiant, toujours faire croire qu’on lit plein de livres et qu’on est des gens fascinants, brillants et mystérieux. Moi ça ne m’amuse pas tellement.

Pan M 360 : Vous mentionnez, au nombre de vos influences, le guitariste brésilien Baden Powell. Un manitou qui œuvrait au confluent de la samba, du jazz et de la musique populaire brésilienne. Son fils Philippe, qui vit en France je crois, vous a enseigné le piano?

Cléa Vincent : Je l’avais rencontré à l’école Arpej, une école associative de jazz dans le 10e arrondissement à Paris. Il enseignait là. J’avais environ quinze ans, à l’époque, et je ne savais pas qui était son père! C’est grâce à Philippe Baden Powell, donc, que j’ai découvert la musique brésilienne. Et qu’est-ce que j’en ai écouté, par la suite! Philippe m’a appris plein de choses, dont de nouvelles couleurs à mon jeu de piano. Je l’ai vu ensuite en concert, il y a ses disques qui sont très beaux. On peut le voir sur YouTube dans des vidéos avec de grands ensembles de musique brésilienne. Ce que j’aime bien c’est que dans une de ces vidéos où il joue ultra-bien avec une section rythmique incroyable, il est en maillot de foot! C’est ça pour moi le Brésil, l’association entre des cadors, de grands techniciens rythmiques et harmoniques, et la décontraction.

Pan M 360 : Vos soirées SOOO POP se poursuivent! Toujours diffusées en direct sur Facebook. Y a-t-il eu des interruptions COVID?

Cléa Vincent : On avait arrêté comme tout le monde durant le plus dur de la pandémie, pendant peut-être une année. Mais depuis septembre, on a eu la chance que ça se fasse dans des salles assises. Ce projet me permet de rester connectée à la scène française. Nous sommes quatre à programmer ces soirées. Chacune d’elles compte trois prestations d’artistes différents. Je les présente, fais de courtes entrevues, puis ils jouent pendant 20 minutes. Je soigne précieusement ces présentations, je me renseigne en profondeur sur la discographie de chacun. Le public de SOOO POP peut donc découvrir de nouveaux artistes.

Pan M 360 : Avez-vous d’autres projets comme Garçons, ce tour de chant « masculin » avec Zaza Fournier et Carmen Maria Vega?

Pan M 360 : J’ai toujours plein de projets parallèles, parce que je suis intenable. Je suis boulimique, j’arrive jamais à m’arrêter! Pendant les deux ans de pandémie, j’ai fait énormément d’ateliers d’écriture avec des jeunes, plutôt dans des quartiers difficiles, la banlieue comme Argenteuil ou Monfermeil. Ce n’était pas tant dans la perspective de transmettre un savoir que de montrer à ces jeunes qu’écrire des chansons, c’est à la portée de tout le monde. J’y étais pour démystifier le métier, quoi. Je me suis également beaucoup perfectionnée en piano, au moyen de stages de jazz. Ça m’a permis d’avoir le niveau suffisant pour monter un groupe de jazz. La formation s’appelle À la mode, les musiciens changent un peu tout le temps, on joue dans différents contextes : événementiel, mariages, cabaret. On se produit d’ailleurs au Vilain petit cabaret. Ça me passionne, car je n’y suis que pianiste, donc très libre – j’adopte le nom de scène Vincenzo! – et il y a beaucoup d’improvisation, c’est axé sur le swing. Avec mon ami Kim Giani on se produit souvent sous le nom de Kim et Cléa. Je fais aussi des pianos en studio, pour d’autres artistes. C’était particulier au cours des deux dernières années, il fallait prendre des chemins de traverse, trouver des projets nourrissants sans l’aspect représentation.

Pan M 360 : Vous verra-t-on à Montréal aux Francos, en juin? Je n’ai pas vu votre nom dans la programmation en salles.

Cléa Vincent : En fait, il fortement question que j’y sois programmée, parce que j’avais remporté le prix Félix-Leclerc aux Francos de La Rochelle en 2019, donc j’étais invitée aux Francos 2020 à Montréal, qui ont été annulées.

Pan M 360 : Tant mieux, on ira vous entendre et vous voir! Qu’y a-t-il au programme pour le lancement de Tropi-Cléa 3, le vendredi 18 mars?

Cléa Vincent : Il y aura d’abord un lancement au New Morning, un club de jazz que j’affectionne particulièrement à Paris. Des groupes mythiques de musique du monde se sont produits là, Prince y avait fait un concert-surprise. Il y aura aussi un concert-promo d’une vingtaine de minutes, pour la presse, au POPUP du Label, toujours à Paris.

Pan M 360 : Merci énormément, Cléa Vincent, pour cet entretien!

Photo : Pascale Arnaud

Et voilà qu’ils se repointent, on les voit surfer au loin sur une vague des années 80, soit exactement quatre décennies après la sortie de l’album Rhythm of Youth et son mégatube mondial Safety Dance. Et voilà que nos Men Without Hats reprennent  service après un hiatus discographique de 10 ans, côté matériel original : sous étiquette Sonic Envy, Again Pt.2 fait suite à Again Pt.1, mini-album de reprises ( Lou Reed, David Bowie, The Tragically Hip, etc.) à la manière distincte des frères Doroschuk et leurs complices.

Un album au titre prémonitoire, Love in the Age of War, fut lancé en 2012 par le groupe chapeauté (…) par des frangins aux origines ukrainiennes du côté paternel et qui tient à demeurer discret sur le conflit qui fait rage de l’autre côté de l’Atlantique.  Alors? Bien que ses textes les plus récents de Again pt. 2 abordent des enjeux planétaires, mais aussi ceux du sens de l’existence et de la vie créatrice. Ivan Doroschuk préfère parler musique et c’est ce que PAN M 360 fera à sa convenance.

En 2021, l’EP Again Pt.1 présentait les reprises enregistrées à la manière des Hommes sans chapeau. Mené par les frères Ivan et Colin Doruschuk, le groupe n’a jamais cessé d’exister et continue de se faire plaisir aux côtés du guitariste Sho Murray – depuis 2016. 

Fidèle à sa recette aux épices et  fines herbes technologie numérique/analogique (ceci incluant un authentique Prophet 5), Men Without Hats retrouverait sa coolitude synthpop. En fait, le processus a été amorcé au cours de la dernière décennie pendant laquelle le groupe a beaucoup tourné, mais un nouveau souffle de création confirme bel et bien ce retour en selle. 

PAN M 360 : Bonjour Ivan, je te joins à Victoria où tu habites depuis longtemps n’est-ce pas?

IVAN DOROSCHUK :  Oui ça fait une vingtaine d’années. 

PAN M 360 :  Le groupe n’avait pas fait de chansons originales depuis une dizaine d’années

IVAN DOROSCHUK : Effectivement.

PAN M 360 : Qu’avez-vous fait au cours des dix dernières années?

IVAN DOROSCHUK : On a fait de la tournée. J’ai visité plus de régions et pays avec cette nouvelle incarnation de Men Without Hats qu’à l’époque où nous tournions essentiellement en Amérique du Nord. Ces dernières années, nous avons tourné en Scandinavie, en Afrique du Sud, en Australie, au Pérou et autres contrées où nous n’étions jamais allés auparavant.

PAN M 360 : C’était à propos, car la synthwave a beaucoup d’adeptes en Europe.

IVAN DOROSCHUK : Oui ! En Scandinavie et particulièrement en Allemagne. La moitié de nos dates sont allemandes lorsque nous faisons une tournée européenne. En France, cependant, nous n’avons pas encore été invités à y jouer. Nous sommes conscients de l’intérêt français pour la synth pop, ça fait un bout qu’on essaie de se produire en France… On espère que ça se produira bientôt!

PAN M 360 : Donc pendant les dix dernières années, vous avez pu gagner votre vie avec la tournée?

IVAN DOROSCHUK :  Ben… Personne ne fait ce circuit pour gagner sa vie. C’est avant tout pour le plaisir. Je vis de mes acquis antérieurs, en fait, les droits d’auteurs des Hats et autres revenus tirés de nos succès passés. Maintenant, il n’y a pas de pression, ce n’est pas une question d’argent mais de passion musicale. Nous ne nous sentons pas en compétition comme dans le temps. À l’époque, être dans un groupe c’était un peu comme être dans une équipe de hockey. Il y avait un nombre limité de places sur le palmarès, de places à la radio, de clubs dans les villes et de pages dans les journaux. Alors c’était une compétition pour les jeunes artistes que nous étions.

PAN M 360 : Maintenant que vous êtes indépendants de fortune, c’est la passion de faire de la musique.

IVAN DOROSCHUK :  Effectivement! Nous faisons de la musique pour le plaisir dans le contexte d’une industrie en pleine mutation. De ce côté, c’est dur de rester à la page.   

PAN M 360 : Le titre de votre album précédent, Love in the Age of War, était prémonitoire, d’autant plus que tu as des origines ukrainiennes.

IVAN DOROSCHUK : Oui mais il y a toujours de la guerre là où il y a eu des humains, ce n’est pas nouveau. Alors on contribue à la paix comme on peut, et c’est ma contribution.

PAN M 360 : Côté texte, le nouvel album ne déroge pas des précédents : tu abordes des sujets planétaires, universels. Plutôt que d’explorer l’intimité, tu sembles préférer te questionner sur le sort du monde.

IVAN DOROSCHUK : Oui. Les thèmes de l’environnement, de l’écologie, des droits humains et de la liberté y sont abordés. Aujourd’hui, nous sommes encore en train de véhiculer ce même propos, ce sont des thèmes universels qui ont toujours été ceux de Men Without Hats.

PAN M 360 : Le monde intime n’est pas un territoire d’exploration, comme il ne l’a jamais été. 

IVAN DOROSCHUK :  Non non. Je ne chante pas à propos de mes ex-blondes ou de mes histoires privées. 

PAN M 360 : Parlons du son de ce nouvel album.

IVAN DOROSCHUK : Plusieurs me disent que ce nouvel album est le descendant spirituel de Pop Goes the World (1987), alors que Love in the Age of War était plutôt électro-pop et techno comme l’était Rhythm of Youth en 1982. Again Pt. 2  est plus orchestré, plus instrumentation est plus considérable. 

PAN M 360 : Mais l’identité même de Men Without Hats n’est-elle pas plus synthétique ?  

IVAN DOROSCHUK : Absolument. On a fait un léger détour avec Sideways (1991), mais encore aujourd’hui on reste fidèle à nos racines électroniques. 

PAN M 360 : Il le faut car le groupe est devenu un classique de la synth-pop.

IVAN DOROSCHUK :  Oui et je crois que nous avons été chanceux car, aujourd’hui j’ouvre la radio et j’entends de ladite pop actuelle et … complètement inondée de sons typiques des années 80.  La production actuelle est souvent comparable aux années 80, les échantillonnages, le gros drum, etc.

PAN M 360 : Parle-nous de la formation actuelle.

IVAN DOROSCHUK :   Outre moi-même, il y a mon frère Colin, sa fille Sahara (claviers, voix), et Sho Murray, guitariste et co réalisateur. Sur scène, le batteur Adrian Waite se joint à nous.  Nous sommes tous sur la Côte Ouest. Colin et moi sommes sur l’île de Vancouver (Victoria) et Sho et Adrian  vivent à Vancouver. Je vis à Victoria au bord de l’eau depuis une vingtaine d’années comme je le disais, j’ai un fils de 19 ans, j’ai été père au foyer pendant 10 ans, la maman était retournée à l’université.  Ça m’a rendu la tâche facile car la région est vraiment magique. Comme un immense parc. J’habite sur la plage, je ne pouvais imaginer meilleure cour de récréation. Mes parents s’y étaient établis avant moi, pour la nature et le climat.  Seul mon frère Stephan est resté à Montréal.  

PAN M 360 :  Qu’est-ce qui vous a motivés à refaire un nouvel album, dix ans après le précédent?

IVAN DOROSCHUK :  Ce sont surtout nos fans qui nous ont poussés à le faire. Nous n’avons pas fait tant d’albums depuis les débuts. Mais nos fans  nous écrivaient et nous demandaient quand sortirait le nouvel album. Alors j’ai commencé à faire de nouvelles chansons il y a trois ou quatre ans. Je voulais plutôt faire un album solo, voix et piano, avec des reprises de mon répertoire, des reprises chansons qui m’ont marqué. Quand on a refait la chanson Blow at High Dough des Tragically Hip, j’ai été curieux de voir comment ça sonnerait avec le groupe au complet. Lorsque j’ai enregistré le résultat je me suis dit qu’il fallait poursuivre en groupe, et faire un véritable album de Men Without Hats. Les reprises, incluant celle de Safety Dance (en forme ballade),  sont sorties en septembre dernier et les chansons originales sortent maintenant. C’était un album double au départ et on a finalement décidé de le sortir en deux parties.

PAN M 360 :  Le nouvel album comporte 14 chansons originales. Vous avez été inspirés, donc!

IVAN DOROSCHUK :  Oui! Nous en avions enregistré une vingtaine et nous avons assez de matériel pour sortir un autre album bientôt!  Nous sommes en mode écriture et production. 

PAN M 360 :  Comment vois-tu la progression du son dans ce nouveau contexte?

IVAN DOROSCHUK :  Je vois encore notre son vintage. Le son n’a pas changé tant que ça.  Men Without Hats a moins à s’adapter au son d’aujourd’hui, c’est plutôt le son d’aujourd’hui qui s’adapte à celui de Men Without Hats. À part l’album Sideways comme je le disais précédemment, notre son est resté pas mal le même.

PAN M 360 :  Partez-vous en tournée bientôt? 

IVAN DOROSCHUK :  Oui, il est question d’une tournée canadienne l’automne. On a déjà des dates au Québec. 

PAN M 360 :  Au sujet de tes origines ukrainiennes, qu’en est-il dans le contexte ?

IVAN DOROSCHUK :   Mon arrière-grand-père paternel avait immigré au Manitoba, mon grand-père avait trois ans. Ça fait donc très longtemps et, aujourd’hui, nous n’avons plus de famille connue là-bas. Mon père y est retourné il y a une vingtaine d’années, dans l’espoir d’y retrouver des membres de sa famille lointaine mais sans résultats. Ma mère, elle, n’est pas ukrainienne, sa famille est originaire du pays de Galles. On ne parlait pas les langues, mais mon père parle russe et ukrainien. Par contre, la musique ukrainienne a été transmise dans notre famille. Mon père est un musicien amateur, il a joué autrefois avec mon grand-père dans les fêtes de la communauté, dans les barn dance au Manitoba. Mon père a ensuite fait sa maîtrise et son doctorat à l’université de l’Illinois après quoi il devint professeur de physiologie à l’Université de Montréal. Ma mère était aussi professeure à l’université McGill, elle y enseignait le chant classique.

PAN M 360 :  Et donc tu as pu compter sur une maman chanteuse de carrière pour devenir toi-même chanteur.

IVAN DOROSCHUK :  Oui, mais en fait, mon frère Colin a aussi une formation en chant classique, il a étudié à l’université McGill et aussi à l’Université de Victoria. Il a carrément refait ma voix il y a dix ans. Ça faisait un moment que je n’avais pas fait de musique mais je savais encore chanter, mais je ne savais pas si ma voix tiendrait le coup pendant 40 ou 50 shows.  Mon frère Colin, lui, est vraiment formé en chant classique, il a même créé des œuvres vocales, il écrit des opéras, il enseigne et donc connaît les techniques de chant. Il a alors complètement déconstruit ma voix et m’a enseigné les techniques pendant plusieurs mois, au bout desquels je chantais mieux que jamais auparavant. J’avais désormais les outils pour passer à travers. Désormais, je peux faire cinq concerts d’affilée, sans problème aucun.

PAN M 360 :  Même si votre famille est de lointaine ascendance ukrainienne, ce doit être assez bouleversant d’observer ce qui se produit, n’est-ce pas? 

IVAN DOROSCHUK : Je préfère ne pas trop faire de commentaires. J’espère simplement qu’il y aura une résolution pacifique, je souhaite que la paix revienne bientôt.

PAN M 360 :  Bien reçu. Donc vous reprenez du service bientôt sur scène et vous défendrez la matière de vos nouveaux enregistrements. 

IVAN DOROSCHUK :  Puisque c’est le 40e anniversaire de l’album Rhythm of Youth, on en présente  l’intégrale dans une première partie, la seconde est un best of de Men Without Hats et quelques nouvelles chansons au programme. On a d’ailleurs été surpris de la durée du premier album, plus ou moins 30 minutes, que des chansons pour la radio à l’époque, alors ça constitue aisément un set.

PAN M 360 :  Qu’écoutes-tu actuellement?

IVAN DOROSCHUK :  Beaucoup de choses, la première moitié des années 70, beaucoup de jazz électrique des années 70, du rock progressif…

PAN M 360 :  Et la période actuelle? 

IVAN DOROSCHUK :  Elle ne m’intéresse pas tellement. 

Sam Goldberg Jr. est un type qui se trouve un peu partout sur la carte de la scène musicale canadienne. Il est guitariste dans le supergroupe Broken Social Scene, il a joué de la basse dans Bodega et a contribué à orienter le son du rock alternatif au début des années 2000, il a été nommé pour le producteur de l’année à l’ADISQ. La liste des accolades est longue, aurez-vous saisi.

Tout au long de sa carrière, ses pairs et ses amis ont toujours encouragé Sam à sortir son propre disque solo, mais ce n’était pas une tâche facile. Il est parti de zéro après avoir été déçu d’un premier résultat, et a abordé le nouveau projet comme un peintre – c’est-à-dire en choisissant une palette de sons avec lesquels travailler.

Le premier album éponyme est une fantastique offrande de psycho-rock groovy, avec des bongos, de la flûte, du saxophone et une bonne dose de wah-wah. Nous avons parlé à Sam de son processus créatif, de son amour des pédales wah-wah et de fuzz, et de sa collaboration avec l’International It-girl, Tess Parks.

PAN M 360 : Je n’avais aucune idée de ce à quoi je devais m’attendre pour ce premier album solo de ta part et j’ai tout de suite retenu l’influence psych-rock/garage.

Sam Goldberg Jr : Je ne m’attendais pas vraiment à ce que ça se passe comme ça. En fait, j’ai fait un album entier avant celui-ci. J’ai commencé en 2018 environ et je ne savais pas vraiment ce que je faisais. Je savais juste que je voulais faire un disque. Au fil des ans, des gens m’ont dit :  » Hé, mec, tu dois faire ton propre disque « . Alors j’ai fait un disque et je ne l’ai pas aimé parce qu’il y avait trop d’idées . Et les chansons ne correspondaient pas à la gamme de ma voix – j’ai une voix de baryton basse. Et sur le plan des paroles, ça ne collait pas. J’avais dépensé tout cet argent, puis je me suis dit : « Je m’en fous. Je ne vais pas sortir ça. Parce que je ne suis pas heureux avec ça ».

PAN M 360 : Ça semble être une déception. Prendre tout ce temps et puis recommencer à zéro. Qu’est-ce qui vous a poussé à réessayer ?

Sam Goldberg Jr : Je traînais avec un ami et il me racontait comment Boards of Canada – avant même de commencer un album – choisit la palette de sons qu’il va utiliser avant de faire un album. À l’époque, lorsque j’ai mis au placard le premier disque que j’ai fait – c’était probablement au tout début de la pandémie – je me suis dit : « Quels sont les sons que j’aime actuellement ? Un peu comme lorsqu’on fait une peinture, on choisit peut-être six ou sept couleurs, et c’est tout ce que je vais utiliser. Et à l’époque, j’adorais les guitares fuzz. J’aime toujours les sons fuzz. Et pour une raison quelconque, j’ai développé… je ne sais pas d’où ça vient… mais un amour pour la pédale wah-wah. Je ne sais pas pourquoi c’est arrivé.

Mais je me suis dit : « Je veux avoir une guitare fuzz, une guitare wah-wah, une basse, une batterie, ma voix et un synthétiseur que j’aime beaucoup, le Korg Delta. Alors je me suis dit : « Ce sera l’album. Et une fois que j’ai eu cette palette de couleurs, tout s’est mis en place très rapidement, parce qu’il n’y avait pas beaucoup d’options. Parfois, il y a tellement de sons que l’on peut rester bloqué et se perdre. Mais si tu te limites à quelque chose, c’est vraiment très utile.

PAN M 360 : C’était vraiment rafraîchissant d’entendre la pédale wah-wah tout au long de ce disque de psycho-rock. C’est drôle parce que beaucoup de guitaristes ont une pédale wah-wah, mais ils ne l’utilisent que de temps en temps. C’est un peu le synonyme du genre psychédélique, mais aussi du funk des années 70, mais la façon dont tu l’utilises est un peu bourdonnante.

Sam Goldberg Jr : Ouais, tu dois rester prudent dans ton propos, parce que tu as raison ! C’est comme s’il y avait un truc funk des années 70. Et tu sais, je voulais l’utiliser d’une manière qui ne soit pas ringarde. Il y a des wah-wah ringards comme on le sait.

PAN M 360 : C’est ce que je voulais dire, le son wah-wah de mauvais goût.

Sam Goldberg Jr : Quel est le nom du gars qui a joué avec Mazzy Star ? Je crois qu’il est mort récemment. Je ne me souviens plus de son nom [c’est David Roback], mais la façon dont il utilisait la wah-wah était vraiment cool. C’est en quelque sorte très désordonné et en arrière-plan, ce n’est pas trop apparent. Je pense que c’est peut-être là que j’ai entendu parler de la wah-wah et que j’ai pensé « C’est une belle utilisation de la pédale wah-wah ». Mais pour en revenir à la création de l’album, une petite fenêtre s’est ouverte avant que je fasse cet album, et j’ai mis l’autre de côté quand j’ai voulu faire quelque chose de doux. Je voulais faire quelque chose qu’on écoute de 15 heures à 18 heures au bord du lac ou sur la terrasse. Parce que je suis un gars doux et je n’aime pas vraiment la musique super agressive.

Je venais de voir le film The Big Lebowski et je me suis demandé à quoi ressemblerait le groupe du Dude. Je vais faire un disque de son point de vue. Il veut vivre une existence décontractée, comme nous tous, et évidemment, il y a des obstacles à chaque seconde de la journée que nous devons affronter, mais à quoi ressemblerait son groupe ? J’ai essayé ça pendant un moment. Et certaines des chansons ont été habillées d’une manière plus douce. Mais ça ne marchait pas vraiment et c’est là que vint l’idée des palettes.

PAN M 360 : J’imagine le groupe de The Dude comme étant plus un jam rock folk acoustique des années 70, comme Grateful Dead ou autre. Un son très organique.

Sam Goldberg Jr : Oui, c’était vraiment plus doux, mais ensuite ça a été remplacé par des trucs fuzzy et je ne sais pas, peut-être que j’aime les sons plus intenses ? Et peut-être que je ne suis pas encore prêt à être ce type assis sur la plage à jouer de l’acoustique. Quoi qu’il en soit, honnêtement je suis un peu choqué d’avoir fait un album dont je suis content. Je suis juste très heureux d’avoir sorti un disque. Et que les gens l’aiment. Et tu sais, c’est la CBC qui le diffuse, ce qui est cool. Je n’ai pas eu de subvention de FACTOR (Musicaction) ou quoi que ce soit. J’ai juste payé de ma poche pour faire ce truc parce que j’aime faire de la musique et j’en ferai toujours.

PAN M 360 : J’ai écouté cet album alors que je me promenais à Montréal un soir et la chanson Sweet Face m’est apparue et je me suis dit : « Est-ce la voix de Tess Parks ? Je suis un auditeur assidu de Brian Jonestown Massacre et ils ont pas mal travaillé avec elle, donc j’ai immédiatement reconnu sa voix et les harmonies que vous avez dans Sweet Face sont magnifiques.

Sam Goldberg Jr : C’est arrivé à la fin de l’album. Je voulais une autre voix, une autre couleur, et j’ai contacté un ami qui m’a dit : « Tess Parks serait parfaite pour ça ». Et bien sûr, je sais qui elle est, et je sais avec qui elle a travaillé. Alors j’ai hésité à la contacter parce que j’ai l’impression d’être juste un musicien à la petite semaine. Et elle est genre International ‘It’ cool girl. Mais je lui ai quand même envoyé la chanson et elle a tout de suite répondu genre « J’aime ça. Je veux le faire. » Donc j’étais vraiment excité qu’elle la fasse et j’adore sa voix. Elle a tellement de caractère… Elle est si grave, si grave et rauque. J’ai vraiment envie de faire plus de musique avec elle et je pense qu’elle est partante. Peut-être un nouveau projet ou peut-être plus de patinage autour de certaines de mes chansons ou autres. Mais oui, nous venons tous les deux du même endroit et de la même passion pour certaines musiques, ce que je n’avais pas réalisé auparavant. Elle est incroyable ! Je suis un grand fan. Je pense qu’elle a vraiment sauvé la chanson.

PAN M 360 : Et il y a aussi de la flûte et du saxophone. D’où vient cette inspiration ?

Sam Goldberg Jr : Je crois qu’il y avait ce groupe, The Sound Carriers, je crois ? Un été, je faisais du camping avec un groupe d’amis et nous étions assis là et j’ai entendu de la flûte dans une seule chanson et je me suis dit :  » Putain, c’est un instrument au son magnifique « . Et je l’ai mis dans mes notes, je devrais peut-être mettre de la flûte dans la chanson. Et vous savez, le saxophone aussi, j’avais des problèmes avec la première chanson de l’album, You Lock The Door, I Broke The Window, avec la conclusion. Je ne voulais pas mettre un autre solo de guitare. Et je me suis dit, « Hé, peut-être qu’un saxo serait bien là ». Tout au long de l’album, il faut entendre quelque chose comme une sorte de morceau cohérent, comme si c’était une longue chanson. Donc c’est bien d’avoir des petites saveurs différentes qui entrent et sortent. C’était donc plus pour permettre à l’oreille d’avoir un petit goût de quelque chose de différent.

PAN M 360 : Avez-vous envisagé de jouer cet album en concert également ?

Sam Goldberg Jr : Oui, je pense que je le ferai. Je veux dire, j’ai écrit les chansons pour qu’elles soient présentables en live. Parce que j’aime jouer en live. Et j’ai quelques gars qui jouent avec moi – un des gars qui joue dans Broken Social Scene aussi, Brendan Canning à la basse. J’ai le batteur de Sam Roberts, Josh Trager, qui joue avec moi. Et ce guitariste vraiment incroyable qui se fait appeler Champagne James Robertson. Quelqu’un me l’a recommandé au début, et je l’ai vu jouer quelques trucs sur YouTube. Je me suis dit : « Il n’y a pas moyen que ce type joue avec moi ». Je lui ai envoyé le disque et il l’a aimé. Donc oui, des concerts auront lieu.

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