Sous étiquette E.47 Records, le rappeur Fredz sortira son deuxième album Astronaute, le 11 mars prochain. 

Fredz a commencé son aventure dans la musique en tant que beatmaker. Plus tard, il se lance dans l’écriture et s’enregistre sur ses propres productions. « J’ai débuté avec les moyens du bord », indique-t-il, sourire aux lèvres. Depuis, il connaît une ascension fulgurante dans le monde du rap. Né sur la Rive-Sud de Montréal, le jeune homme de 19 ans s’inspire d’artistes d’ici et d’ailleurs comme Koriass, Nekfeu, Roméo Elvis et le défunt Karim Ouellet. 

Non seulement il connaît du succès auprès des siens, mais il en connaît aussi outre-mer. Depuis sa sortie en septembre dernier, sa chanson À ce qu’il paraît cumule près de trois millions d’écoutes. Quelques jours avant le lancement de l’album, il était à Paris pour en promouvoir la sortie. Il est présentement en tournée à travers le Québec et sera sur scène au festival Osheaga cet été. 

Dans son deuxième album, Fredz souhaite démontrer qu’il est rêveur. Astronaute comprend 16 titres, dont sa dernière sortie 3 accords. C’est un amalgame de sonorités québécoises, françaises et américaines. C’est parfois rap, c’est parfois pop, mais chose certaine ça fonctionne à merveille. Avec ce projet, Fredz envoie un message clair : il souhaite être plus qu’une étoile filante sur la scène du rap. 

Pour en savoir plus sur son deuxième album et sa carrière, Pan M 360 s’est entretenu avec lui. 

PAN M 360 : Est-ce qu’il y a une histoire centrale au sein de ton album?

FREDZ : Dans Astronaute, il n’y a pas nécessairement d’histoire. Il y a plus une émotion récurrente et une certaine cohérence. L’amour et la réussite personnelle sont des thèmes que j’aborde dans presque toutes les chansons. C’est vraiment important pour moi d’avoir un certain fil conducteur dans mes albums. L’album a été réalisé pendant une certaine période de ma vie. C’est comme si on a figé un moment dans le temps et on l’a transformé en un album. Toutes les chansons ont été produites et mixées par le même réalisateur. De plus, j’ai rédigé toutes les paroles. Être seulement deux personnes à travailler sur l’album, ça aide à atteindre cette cohérence. 

PAN M 360 : Comment ce projet est-il né?

FREDZ :  C’est vraiment un pur hasard, je ne me suis jamais vraiment dit que je commençais à faire un album. Après mon premier album, j’enregistrais des chansons comme à l’habitude. Un jour, j’ai réalisé que j’avais six ou sept morceaux que j’aimais et qui avaient un lien. J’ai décidé de continuer à exploiter cette direction pour tenter d’en faire un album. Un an et demi et de multiples versions plus tard, on y est. 

PAN M 360 : La chanson Écart Type est une collaboration avec l’artiste français Kemmler. Comment êtes-vous entrés en contact?

FREDZ : Ce n’est vraiment pas compliqué. Je lui ai écrit via Instagram en lui disant que j’aimais sa musique et que j’aimerais faire un morceau avec lui. Il a tout de suite accepté. La collaboration s’est faite entièrement à distance, car il habite à Marseille et la collaboration s’est faite en temps de pandémie. 

PAN M 360 : Il a quelque temps, tu as publié sur TikTok une courte vidéo de Bigflo & Oli qui chantait ta chanson À ce qu’il paraît. Quelle est l’histoire derrière cette vidéo?

FREDZ : Bigflo & Oli aiment bien ma musique. Ils m’ont écrit à de multiples reprises pour me donner des conseils et m’encourager. C’est Oli qui m’a contacté le plus. Ce sont pendant ces échanges de messages qu’ils m’ont envoyé la fameuse vidéo d’eux en train de s’ambiancer sur un de mes sons. Ça m’a vraiment fait chaud au cœur de pouvoir compter sur leur appui.  

PAN M 360 : Dans le morceau Si ça ne marche pas, tu parles d’éducation. Est-ce important pour toi de terminer tes études, même si tu as du succès?

FREDZ : C’est extrêmement important pour moi de ne pas lâcher l’école et de terminer mon parcours scolaire. C’est ce que je compte faire à moins d’un succès planétaire, mais ça m’étonnerait grandement. Au-delà de l’aspect éducatif, l’école c’est ce qui me permet de garder les pieds sur terre. J’ai besoin de rencontrer des gens et de discuter. Si je reste enfermé dans mon studio, je n’aurai plus rien à raconter et plus aucune émotion à véhiculer dans mes textes.

PAN M 360 : Quel morceau de l’album a été le plus difficile à compléter? 

FREDZ : Il y en a plusieurs qui ont été difficiles à terminer, ça ne se passe pas toujours comme prévu. Journal de bord a été particulièrement ardu à faire. L’idée de la pièce venait d’un freestyle que j’avais réalisé et publié sur mes réseaux sociaux. Évidemment, la partie que j’avais déjà écrite n’était pas assez longue pour en faire une chanson, je devais prolonger le tout. C’était vraiment compliqué, car quand tu reprends l’écriture d’un texte des mois plus tard, tu dois trouver un moyen de te replonger dans ta pensée à ce moment précis. Ainsi, tu te retrouves à écouter sans cesse les mêmes 20 secondes que tu avais déjà enregistrées pour essayer de comprendre ce que tu voulais dire et exprimer à travers ce freestyle. Ça m’a pris énormément de temps, mais j’ai fini par réussir. 

PAN M 360 : Quel sujet la chanson Guitar Héro aborde-t-elle?

FREDZ : Guitar Héro, c’est un titre très réconfortant. C’est une des premières chansons que j’ai écrites pour l’album. Ça parle d’un gars qui vient de se séparer. Je ne parle pas de moi dans cette chanson, je ne sortais pas d’une relation au moment de l’écriture. Je parle de ces jours lorsque, au réveil , tu sais déjà que ça ne sera pas ta journée. Ces jours où tu es triste et que tu as envie d’être triste. Guitar Héro, c’est lorsqu’on accepte d’être triste, qu’on écoute des vieilles cassettes et qu’en l’occurrence dans ma tête, on joue à Guitar Hero

PAN M 360 : Tu es énormément présent sur les réseaux sociaux. Comment tu te sens par rapport à cela?

FREDZ : C’est ce qui m’a permis de connaître le succès que j’ai aujourd’hui. Sans les réseaux sociaux, je serais sûrement inconnu. Par contre, c’est sûr que ça prend énormément de mon temps et que ça m’épuise. Je n’ai pas le choix d’être omniprésent sur les plateformes, j’ai entièrement le contrôle sur ce que je publie. C’est certain que ma maison de disques pourrait le faire pour moi. Des artistes comme Vincent Vallières et Louis-Jean Cormier ne publient pas aussi souvent que moi. Par contre, moi ça me permet de rejoindre mon public plus facilement. C’est un peu une phobie pour moi de laisser ma maison de disques et gérer mes réseaux sociaux, parce que je ne veux pas que mes comptes deviennent trop commerciaux et que les publications projettent une image de moi que je ne suis pas. 

PAN M 360 : Au début de ta carrière, tu réalisais tes propres productions musicales et clips musicaux. Est-ce que ça te manque de tout faire toi-même? 

FREDZ : Oui, c’est certain que ça me manque. Par contre, ça serait presque impossible de tout faire en étant un étudiant à temps plein à l’université. J’ai dû faire un choix et j’ai décidé de me concentrer sur l’écriture. Maintenant qu’on est deux à travailler sur ma musique, ça me permet d’avoir du recul face à ma musique et d’avoir l’opinion de quelqu’un lorsque je crée. 

PAN M 360 : Quelle est ta coupe Stanley dans la musique?


FREDZ : Ça serait d’avoir un disque d’or. Ça serait un énorme accomplissement pour moi. Dans ma carrière, j’aimerais aussi remplir de grandes salles de spectacles. Sur une note plus réaliste, j’aimerais tout simplement continuer d’avoir du succès dans ma carrière musicale. Je me suis déjà rendu plus loin que je pensais, je crois que je l’ai déjà gagnée ma coupe Stanley.

Il y a près de 30 ans, Martin Lizotte commence à jouer du piano. Peu après, il se fait recruter par le légendaire Jean Leloup qui le rencontre dans un bar. Cette union est le début d’une longue carrière qui mènera le claviériste autodidacte sur toutes les scènes québécoises. On pourra l’entendre aux côtés de  Daniel Bélanger, Loco Locass, Robert Charlebois,  Karkwa, pour ne nommer que ceux-là.

Aujourd’hui, Martin Lizotte se concentre sur sa carrière solo. Depuis 2014, il produit ses propres projets de piano planant.  Son plus récent, Sfumato, se veut une œuvre calme, introspective, fantaisiste, impressionniste (au sens de la musique française), invitant son auditoire à  enjoliver le quotidien d’ambiances éthérées , sans être ennuyeuse pour autant.  

 Martin Lizotte a mis 5 ans pour créer cet album qui vient de paraître,  cette toile rebrasse des décennies d’expérience  en douze chansons. Il s’agit d’ailleurs du premier album rendu public  par  Popop,  un  label 100% instrumental

Le pianiste s’entretient avec PAN M 360 pour faire le point sur sa nouvelle sortie.

PAN M 360: Comment  expliqueriez-vous ce projet?

MARTIN LIZOTTE: D’abord, il faut comprendre le terme sfumato. Ce n’est pas connu de tout le monde! C’est une expression italienne signifiant : nuancé. En art visuel, il s’agit d’une technique qui consiste à ajouter plusieurs couches de peinture pour créer des contours flous. Un exemple; la fameuse Mona Lisa de Leonardo Da Vinci fut créée à partir de cette technique. J’ai essayé de faire ressortir cette méthode visuelle en format audio.

Le projet n’a pas démarré avec cette idée en tête. Au début de la pandémie, j’étais sur le point d’aller en studio. Quelques semaines après le début des confinements, les séances  furent  retardées. Au départ, Sfumato ressemblait beaucoup à mon album précédent, Ubiquité. C’était un produit minimaliste, constitué principalement de piano et de contrebasse.  Avec ce  temps libre, j’ai eu l’idée de rajouter des couches de peinture sur le tout. Chaque matin, je m’enfermais dans mon sous-sol pour  composer et recomposer des arrangements. Je devais aller vite parce que le sous-sol était à ma blonde l’après-midi! De fil en aiguille, j’ai fait mon sfumato. Il faut mentionner que le résultat fut possible grâce à beaucoup d’amour ainsi que la coopération étroite de mon réalisateur, Mathieu Désy. Il a travaillé d’arrache-pied pour faire ressortir la poésie musicale de l’album. 

Dans le fond, c’est un album purement atmosphérique. On voulait une expérience  douce comme de la ouate, mais qui ne risque pas de vous endormir au volant ! On espère offrir quelque chose qui aide à rêver et à décorer un moment! Pour atteindre cet idéal, nous avons utilisé plusieurs méthodes disparates. Par exemple, nous avons enregistré sur des rubans magnétiques comme dans les années 70. Ça donne une certaine propriété feutrée aux chansons. En utilisant les bandes magnétiques, j’ai aussi pu jouer avec la vitesse, la précision, le pitch. On a aussi travaillé avec les cordes du piano elles-mêmes, pour modifier le son et lui donner du vibrato. On peut aussi mentionner le travail de plusieurs de nos invités qui ont contribué à créer cette ambiance unique. Par exemple, Joe Grass qui joue du pedal steel sur Grand Duc, donnant un cachet peu commun à la chanson.  Pour ce qui est des arrangements, c’est inspiré du travail des géants du piano avant moi, mais sans la théorie plus sérieuse. J’ai principalement utilisé des programmes informatiques pour me permettre de faire des agencements de son. À la fin, ce sera aux auditeurs de se faire leur propre interprétation de Sfumato. J’espère que chacun aura sa propre manière de l’absorber. 

PAN M 360 : De quoi vous inspirez-vous ?

MARTIN LIZOTTE : Je m’inspire des moments magiques qui m’arrivent chaque jour. Par exemple aujourd’hui, j’ai été témoin d’une rafale de vent qui a fait frémir  des arbres derrière chez moi. En voyant ce genre de choses, j’essaie de transposer ça en musique. Tout ce m’arrive est une inspiration possible. Aussi, chacun de mes albums est dédié  à un de mes trois enfants. Celui-ci est pour ma plus jeune. Prenez d’ailleurs la chanson Valentine, qui apparait dans Sfumato. J’ai eu l’idée en étant dans la voiture avec ma fille et en écoutant  My Funny Valentine de Chet Baker à la radio.

PAN M 360 : Après tout ce temps, êtes-vous satisfait du résultat?

MARTIN LIZOTTE:  Jamais totalement! Le doute est toujours au cœur de ma démarche. Malgré tout, je suis content de la réception. On me fait déjà des commentaires positifs! Je crois que les gens apprécient. J’en ai même qui m’ont dit qu’ils écoutent Sfumato en boucle! Pour moi, c’est un signe d’un travail assez bien accompli. Il est important pour chaque artiste d’avoir une petite pointe de doute, sinon c’est trop facile de s’endormir. Si on ne met pas notre inspiration dans une cage de doute, elle s’envole vite. Avec tout le temps que ça a pris, ce fut un processus assez complexe. Il a fallu surfer plusieurs vagues pandémiques pour y arriver. Quand on y pense, c’est une bonne chose d’avoir eu plus de temps. L’album, comme un bon vin, a pu mûrir et se développer. Moi et Mathieu, on a éprouvé énormément de plaisir à travailler là-dessus et de rencontrer tous ceux qui sont venus donner un coup de main. 

PAN M 360 : Et après 20 ans de musique, quels talents avez-vous développés?

MARTIN LIZOTTE : Le calme en travaillant. Après tout ce temps, on devient plus posé. On apprend à prendre le temps de donner plus d’amour à chaque pièce. De s’assurer que chaque morceau de l’album s’enchâsse dans un discours narratif. On apprend à agencer chaque chanson avec les autres. On apprend à profiter de chaque collaboration, de chaque inspiration pour s’imprégner de la musique et apprendre de nouvelles techniques.

PAN M 360 : Pour votre spectacle du 16 mars, comment faire pour démontrer toutes les couches qui constituent Sfumato?

MARTIN LIZOTTE: On peut dire que je suis chanceux. Pour le lancement, j’ai une équipe incroyable. J’ai toute une troupe de multi-instrumentistes pouvant changer de style d’une pièce à l’autre. Nous sommes encore  dans le  fignolage. Nous aimerions  faire plusieurs spectacles plus complexes l’automne prochain,  il faut donc répéter.

Pour ce qui viendra  après… on verra bien. Quand on tourne la page sur un album, il y a toujours une période de bouillonnement ou l’on se demande ce qu’on va faire. J’aimerais bien faire du blues. Mais encore, il faudra que j’y trouve un petit je ne sais quoi pour rendre ça intéressant. Bon, je dis ça… mais c’est bien possible que ça change. Gardons un peu de mystère…

Créé pendant la première vague de la pandémie, le nouvel album Les crucifiés figuratifs du duo Ellemetue semble venir à nous depuis l’étrange pays lointain du temps du confinement, cet espèce de mauvais rêve qu’on préfèrerait plutôt vite oublier. Ayant cette immersion numérique en tête, Ellemetue nous revient avec 14 morceaux ficelés le long d’une escapade qui, avec le recul, nous apparaît quelque peu chaotique et incertaine. 

A travers ce nomadisme virtuel, la chanteuse et poète Nunu Métal dresse le portrait moderne d’une nouvelle cyber génération au langage non-binaire codé qu’elle surnomme les crucifiés figuratifs.

Qui sont-ils ?

Des sauveurs marginaux, des torturés de l’esprit, des anges déchus dans le virtuel ? Ce sont en tout cas des communautés qui naissent d’elles-mêmes dans le cloud puis qui réussissent à atterrir sur terre, telles des cyber-créatures venues de tous les bords d’un arc en ciel virtuel.

Dans le contexte actuel d’une expansion numérique démesurée, on imagine avec peu de difficulté l’embryon bêta de ce futur métavers queer, un espace virtuel qui saurait être potentiellement plus alternatif et plus libre qu’un métavers moyen … Une sorte de renaissance à travers le monde virtuel que Nunu semble bien avoir pigée. 

PAN M 360 a pu s’entretenir avec Nunu Métal et Mingo l’Indien, deux artistes à l’état naturel et à l’attitude dans le champ, mais prêts à tout pour préserver la poésie de la liberté.

PAN M 360 : Ellemetue s’est formé en 2016. Pouvez-vous nous dire deux mots sur cette rencontre ?

Nunu Métal : Pendant un tournage, on s’est rencontrés dans un bar de motel lors d’une session karaoké. Rendu à Montréal, on s’est mis à échanger et on a commencé à faire de la musique ensemble.

PAN M 360 : À travers vos trois albums, on sent une certaine esthétique garage DIY. Est ce qu’on peut dire que votre approche est de faire de l’art avec les moyens du bord ?

Mingo l’Indien : Je viens de cette école avec Les Georges Leningrad, c’est pas mal DIY dans la vie en général aussi.

Nunu Métal : On ne veut pas trahir nos racines. C’est bien important pour nous de ne pas être handicapés dans le processus.

PAN M 360 : Nunu, tu te définis comme artiste multidisciplinaire. A part la musique, quelle autre forme d’art pratiques-tu ?

Nunu Métal : A la base, j’ai un baccalauréat en communication, je suis maintenant en maîtrise à l’UQAM en recherche-création en média expérimental. Je touche pas mal aux vidéos et à la pellicule. D’habitude, je m’implique plus dans la conception visuelle, je l’ai cette fois ci laissée à notre amie Alix Roederer et son chum. Je touche un peu à tout, aux arts visuels, au théâtre, à l’écriture poétique. Je pense que tout cela contribue à l’imaginaire d’Ellemetue.

PAN M 360 : La moitié de l’album est faite de morceaux de moins d’une minute trente, ce qui donne comme résultat un collage un peu dada à l’album. Comment est venue l’idée ?

Nunu Métal : Je dirais que nous n’y avons pas vraiment pensé. Au début, le focus était plus sur la religion digitale mais on a divergé. On voulait faire les 14 tableaux de la déambulation biblique mais finalement on s’en est juste servi comme trame de fond pour faire complètement autre chose. On voulait utiliser le format rock. 

Mingo l’Indien : Ce n’était pas vraiment pensé. On voulait des pièces courtes “rentre dans ta face”. 

PAN M 360 : Pour ce nouvel album, vous avez choisi un titre aussi poétique que marquant : Les crucifiés figuratifs. De qui s’agit-il ?

Nunu Métal : Concrètement, il s’agit de personnes qui se retrouvent sur les réseaux sociaux, autant les influenceurs que les influencés. C’est en fait une métaphore par rapport à la religion et à la résurrection sous une autre forme. Les plateformes comme Instagram et Tik Tok nous permettent en quelque sorte de se réinventer. Il y a un côté qui permet une certaine émancipation mais il y a aussi un côté pernicieux. Il y a les deux forces du yin et yang en même temps.

Mingo l’Indien : Chaque personne peut aussi créer sa propre interprétation de cette image. Elle doit rester ouverte, la réponse ne doit pas forcément être homogène. Il y a aussi une critique dans ce qu’on fait, il y a un côté sarcastique et beaucoup d’humour noir. C’est du hara kiri à l’envers.

PAN M 360 : Nunu, c’est toi la plume du groupe. Quelles sont tes influences en matière de poésie ?

Nunu Métal : J’aime beaucoup Denis Vanier, Josée Yvon, les beatniks, Patti Smith. Je m’intéresse aux processus d’écriture spontanée qui gardent la qualité de la langue. Quand je commence à écrire, j’essaie de ne pas trop réfléchir, le sens se crée tout seul. Il y a beaucoup de second degré dans ce que j’écris aussi.

PAN M 360 : Dans quel univers as-tu baigné pour écrire les paroles de cet album ?

Nunu Métal : Je suis allée chercher dans le jargon cyber-slang, le franglais, les acronymes et les abréviations pour être proche d’un langage parlé par ma génération. Je trouve que tout ça se transpose super bien au rock, un peu comme le faisaient Marjo ou Diane Dufresne. On a aussi une influence qui vient des années 70, mais actualisée je dirais. 

PAN M 360 : Quelle a été ta méthode d’écriture, à part le “Sancerre, le haschich et les siestes » ?

Nunu Métal : Je vais composer des paroles par-dessus une ébauche de chanson. C’est plus par rapport au rythme que je vais trouver la twist. J’ai travaillé les textes en faisant du nomadisme virtuel, comme si j’allais explorer ce qui se fait dans les communautés en ligne. Chez les beatniks par exemple, il y avait un lien avec la spiritualité bouddhiste. Je suis allée chercher comment se présentait notre nouvelle spiritualité sur Instagram.

PAN M 360 : De ton côté Mingo, où es-tu aller chercher l’inspiration pour la musique ?

Mingo l’Indien : Je n’ai pas vraiment de genre qui m’influence en tant que tel. J’écoute beaucoup de jazz, de musique française comme Gainsbourg ou Brassens mais ça ne se reflète pas dans ce que je fais. On pourrait dire qu’on a flirté un peu avec Lou Reed. On pense à Aut’Chose, Plume Latraverse, ou des trucs comme Jacno. On ne compose pas vraiment en ayant des influences en tête.

Nunu Métal : Il y a toujours une touche à la Mingo, avec des guitares tournées à l’envers (rire).

PAN M 360 : Vous avez sorti un clip avec des danseurs pour le morceau accrocheur Swipe! Swipe!. Comment est-il venu habiller l’album selon vous ?

Nunu Métal : J’avais une idée en tête quand je l’entendais alors on a choisi cette chanson-là pour faire notre vidéo-clip. J’avais le goût de travailler avec des danseurs contemporains, pour mêler leur approche de la danse avec notre musique. On voulait un clash un peu comme Michael Clark pouvait le faire dans le temps avec le punk et le ballet. Sans résumé l’album, ce morceau donne un peu le ton avec les applications de rencontre, l’émancipation sexuelle et la petite touche féministe que j’ai mis pour composer l’album. 

PAN M 360 : On y voit les danseurs habillés en cyborg. A quel monde cela renvoie-t-il ?

Nunu Métal : Sur les réseaux, il y a beaucoup d’art cyberpunk, robotique et queer alien. Il y a un aspect dans tout cela que je trouve vraiment intéressant, comme Björk avait vu ça aller bien avant nous. Il y a par exemple l’artiste montréalaise Fecal Matter, connue internationalement dans le monde de la mode.

PAN M 360 : Vos spectacles comportent souvent des costumes et des projections. Qu’avez vous prévu pour le lancement qui se tient au théâtre Mainline le 2 avril prochain ? 

Nunu Métal : C’est un théâtre underground, plus anglo, sur l’avenue Saint-Laurent. Cette salle est assez méconnue mais elle gagne à être connue. Je l’avais découvert quand j’avais fait un 48 Hour Film Project, il fallait faire un film d’horreur à l’italienne en 48h. J’avais vraiment été charmée par l’endroit, il me faisait penser à un café ou lobby de cégep. Pour le spectacle, on va avoir deux autres invités avec nous et une première partie, plus électro-acoustique avec des machines DIY. 

Dimanche dernier à la Maison symphonique, le pianiste montréalais d’origine ukrainienne Serhiy Salov a offert une exécution très spéciale du  Concerto pour piano nᵒ 1 en mi bémol majeur S. 124 de Franz Liszt, de concert avec l’Orchestre Métropolitain sous la direction de Nicolas Ellis. 

La partition de cette œuvre suppose un jeu très appuyé par moments, voire éclatant. Le soliste en a fait davantage dans les circonstances. Au terme de sa prestation, il a même débusqué un drapeau ukrainien du piano et s’en est drapé pour ainsi susciter une ovation monstre.  Au rappel, Salov a intercalé un fragment de l’hymne national ukrainien au Nocturne op. 48  n° 1  de Chopin et même suggéré qu’un segment de la ville, près du consulat russe où il manifeste lui-même depuis le début de la guerre d’invasion menée en Ukraine par la Russie sous la gouverne de Vladimir Poutine.

L’occasion était tragique, épouvantable, néanmoins propice pour que Salov sorte définitivement de la confidentialité. Le remplacement au pied levé du pianiste André Laplante (pour des raisons de santé) coïncidait effectivement avec le jour où le dictateur russe a lancé la menace des forces de dissuasion, ceci incluant l’arme nucléaire. Inutile de préciser que l’émotion était palpable. 

Voilà donc qui justifie l’interview qui suit, question d’en savoir davantage sur cette exécution dominicale, sur son interprète… et sur l’Ukraine, il va sans dire.  

PAN M 360 : Votre interprétation du Concerto no 1 de Liszt était à tout le moins personnelle. Pourriez-vous en décrire l’approche? 

SERHIY SALOV : Dans le contexte, ce concerto me semble presque symbolique,  il débute et se conclut avec dans une atmosphère plutôt belliqueuse, on y trouve même une marche militaire. Dimanche, les graves au début du concerto évoquaient pour moi les bombardements en cours en Ukraine, les séries d’octaves de l’œuvre étaient pour moi des roquettes lancées à l’ennemi. 

PAN M 360 : Vous avez remplacé André Laplante au pied levé, et vous n’aviez pas la partition en main  lorsque vous vous êtes présenté à la répétition, nous a confié le maestro Nicolas Ellis. Quelle était votre connaissance de l’œuvre?

SERHIY SALOV : J’ai appris ce concerto à l’adolescence, mon interprétation a beaucoup évolué depuis. Dimanche, cependant, j’ai un peu ajusté l’interprétation en fonction du contexte – séries d’octaves chromatiques plus appuyés, jeu très martial… Sinon, l’esprit romantique du concerto est resté intact.

PAN M 360 : Pour des raisons évidentes, vous vous êtes transformé en militant ces derniers jours. Alors parlons du conflit , à commencer par l’agresseur russe :

SERHIY SALOV : Les valeurs que Poutine promeut depuis le début de sa présidence (en 2000)  sont profondément hypocrites, cyniques… il n’y a pas de mots  assez forts dans le dictionnaire pour les décrire. Alors cette lutte russe contre le nazisme, un sujet apparemment pertinent pour tous les Ukrainiens, est un  fétiche hors pair inventé par Poutine, qui a finalement transformé la Russie en une nation nazie. Ça c’est un exploit!  Pour combattre ce nazisme imaginaire dont il n’existe aucune preuve infinitésimale, on tue des enfants, des civils et des militaires qui n’ont strictement rien fait au peuple russe. C’est purement schizophrène.

PAN M 360 : Nous avons souvent eu vent de mouvements d’extrême droite en Ukraine.  Où est la vérité à ce titre?

SERHIY SALOV : Effectivement, il y a eu des figures très controversées en Ukraine, entre les années 1920 et 1950.  Des figures nationalistes d’Ukraine ont eu la renommée d’être ultra-nazis et ont commis des actes probablement atroces même s’il n’y a pas de documentation rigoureuse à ce titre. Je pense notamment à Symon Petlioura dans les années 10 et 20, époque de la République populaire ukrainienne (1917-1921).  Stepan Bandera était à la tête d’une armée ukrainenne ultra nationaliste qui combattait l’Union Soviétique pendant la 2e Guerre Mondiale pour l’indépendance de l’Ukraine. En Ukraine occidentale, il s’en trouvait plusieurs qui vouaient une admiration pour ces généraux. Plus récemment, il y avait une extrême-droite minoritaire en Ukraine, comme il s’en trouve dans tous les pays occidentaux. Poutine a beaucoup insisté sur cette Ukraine utra-nationaliste, qui était devenue somme toute marginale. 

PAN M 360 : Comment avez-vous vécu les tensions entre ukrainophones et russophones? 

SERHIY SALOV : Pour faire une histoire courte, la question primordiale en Ukraine a déjà été linguistique. Souvent, les Ukrainophones de l’Ouest ont été associés à la droite ou à l’extrême-droite. Souvent, on les a  trouvés hostiles à l’Ukraine russophone de l’Est dont je proviens (je suis natif de Donetsk)  et qui a longtemps penché vers Moscou. Ce fut  ainsi pendant les 20 premières années de l’Ukraine indépendante mais, depuis 2014, soit depuis l’annexion de la Crimée à la Russie suivie de la guerre menée par les sécessionnistes pro-russes dans le Donbass, de nombreux russophones ukrainens sont devenus farouchement patriotes  ukrainiens tout en étant fiers de parler russe.  

PAN M 360 : Les pressions de la Russie et des séparatistes pro-russes en Ukraine auraient donc aidé à unifier le pays?

SERHIY SALOV : Nous vivons le renouveau de la nation, c’est la soudure de la nation. L’Ukraine est devenue une nation indépendante en 1991, mais cette nation n’était pas soudée. Cette nation hétéroclite ne l’est plus depuis la guerre du Donbass, qui a fait presque 15 000 morts entre 2014 et 2015. Plusieurs factions politiques qui s’y chamaillaient jusqu’à récemment sont maintenant unies. La révolution orange de 2004-2005, l’annexion de la Crimée en 2014 et la guerre du Donbass en 2014-2015 ont ainsi contribué à nous unir. Aujourd’hui, les ukrainophones ne sont plus associés à l’ultranationalisme et tant de russophones sont devenus de fiers patriotes. Les temps ont changé. 

PAN M 360 : En tout cas, on observe que l’invasion russe en cours est un catalyseur de  l’unité nationale en Ukraine.

SERHYI SALOV : Les événements actuels en scellent toutes les fissures ! Vous savez , les Ukrainiens qui protestent devant le consulat de Russie à Montréal sont russophones pour la plupart. Poutine les accuse de fascistes? Il EST le fasciste, il couvre son peuple de honte pour les décennies à venir.  

PAN M 360 : Avez-vous de la parenté qui souffre là-bas?

SERHIY SALOV : Oui , un oncle, un demi-frère, une demi-sœur dont  je n’ai plus de nouvelles depuis que la guerre a éclaté. Mon père est décédé avant la guerre, il était un activiste politique et avocat ayant lutté contre les élus les plus controversés  et pour les droits des citoyens. Fort heureusement, ma  mère habite à Montréal. 

PAN M 360 : Quel sera votre engagement pour la suite des choses?

SERHIY SALOV : Je compte protester devant les trois consulats russes joignables depuis Montréal. Je pense aussi poser plusieurs gestes de solidarité en tant que musicien. Je souhaite aussi donner des concerts et offrir mes cachets aux combattants ukrainiens. 

Le 18 février dernier, l’ingénieur de son M-Press Live a sorti Gate to RLLNR,  EP de sept chansons mettant en vedette des noms connus de la scène rap keb dont Imposs, Lost et Mikezup.

Originaire du Liban, la famille de notre interviewé s’est établie dans l’arrondissement Saint-Laurent. Depuis ses débuts dans la production musicale en 2006, il roule sa bosse et gagne en notoriété. Entre autres réalisations, il est l’homme derrière les trois premiers albums d’Enima et d’Izzy-S. De plus, il est propriétaire du Studio No Sleep, situé à Montréal. Il y a fait la découverte de nombreux artistes et il y a donné naissance à de nombreux incontournables du rap au Québec. 

Lorsqu’il crée, M-Press Live n’a ni routine ni recette. Il tente sans cesse de se réinventer et de développer de nouvelles sonorités et ainsi rejoindre son public. Il s’inspire des grands, Timbaland, Quincy Jones, DJ Khaled, Scott Storch pour citer les plus importants. 

Dans ce premier projet en solo, on retrouve Big Boy Things, une collaboration percutante entre Imposs, Lost, MikeZup, Rosalvo et Izzy-S. M-Press Live compte aussi sur la présence de deux artistes, Pbenz et TGETruth, mis sous contrat par sa maison de disques.

Pan M 360 a discuté avec le producteur musical afin d’en savoir davantage sur sa carrière, son dernier projet et ceux à venir.

PAN M 360 : Pourquoi as-tu décidé de consacrer ta carrière au beat-making?

M-PRESS LIVE : J’ai commencé comme rappeur et ingénieur de son. Quand les artistes venaient dans mon studio pour enregistrer leurs chansons, j’avais toujours eu comme rôle de choisir lesquels artistes allaient chanter sur telle ou telle instrumentale. Au fil du temps, j’ai compris que j’avais un certain talent pour regrouper les artistes avec les bons beatmakers pour ainsi créer une certaine sonorité. J’ai continué là-dedans, j’incite les artistes à se surpasser et à pousser leur créativité plus loin.

PAN M 360 : Pourquoi as-tu décidé de te mettre à l’avant-plan comme producteur musical?

M-PRESS LIVE : Depuis le début de ma carrière, j’ai souvent été derrière les artistes. J’ai travaillé avec les plus grands de la scène du rap au Québec comme Enima, Shreez, 5sang14. À un certain moment, ce sont eux qui m’ont poussé à me mettre de l’avant. Ils m’ont dit que je devrais faire comme DJ Khaled aux États-Unis. Selon eux, je possède l’énergie pour le faire. Se mettre de l’avant en tant que beatmaker, c’est quelque chose de nouveau au Québec. Je ne sais pas trop ce qui m’attend à ce niveau-là, mais à ce jour j’aime les résultats. 

PAN M 360 : Quand tu termines un beat, sais-tu déjà l’artiste que tu veux aller chercher ou encore tu en essaies plusieurs?

M-PRESS LIVE :  Je ne fais jamais d’auditions pour mes chansons. Je contacte directement l’artiste que je veux. Je lui explique comment j’entends l’affaire et la manière dont je crois qu’il devrait s’exprimer sur cette musique. J’essaie toujours de sortir les artistes de leur zone de confort. Je veux qu’ils essaient de nouvelles choses et qu’ils s’aventurent dans des sonorités qui leur sont inconnues. 

PAN M 360 : Quel est le thème général de Gate to RLLNR?

M-PRESS LIVE : Sur la pochette de mon projet, on voit une porte qui s’ouvre. Ça symbolise l’entrée dans mon univers. Mon univers est rempli d’une intensité débordante. Je vise à rendre les artistes le plus authentique possible et qu’ils chantent des paroles qui leurs ressemblent. Ça symbolise aussi la vision RLLNR, une vision que j’ai. Être RLLNR ce n’est pas nécessairement être riche monétairement, c’est davantage être riche de notre passion et ce qu’on est capable d’entreprendre. 

PAN M 360 : Quelle chanson de ton dernier EP es-tu le plus fier?

M-PRESS LIVE : Je suis extrêmement fier de la totalité du projet. Je suis vraiment content de la chanson Début de La Faim avec 4Say, Bronko et MikeZup. C’est une chanson qui aborde l’actualité. Ça parle à la fois du début de la fin de la pandémie et du début de la faim pour nous en tant qu’artiste. On a faim et on veut pousser encore plus loin. 

PAN M 360 : Comment la collaboration Big Boy Things est-elle née?

M-PRESS LIVE : Tout a commencé lorsque le producteur Sunny Fury m’a envoyé une compilation d’instrumentales via courriel. Dans le fichier, il y avait l’instrumentale de Big Boy Things. Je lui ai dit que j’allais réaliser quelque chose d’extraordinaire avec. Au tout début, je voulais avoir une dizaine de rappeurs sur cette chanson. Je m’imaginais une chanson du style cypher, soit dix bars par artistes. Un jour, Imposs est venu au studio et je lui ai fait écouter la piste. Il a réalisé le refrain et un couplet de la chanson. Ensuite, Lost et Rosalvo ont enregistré leurs paroles. On a conclu cette chanson et on l’a publiée. Après quelque temps, j’ai décidé qu’il fallait encore ajouter plus de personnes sur cette chanson. Ainsi, j’ai ajouté MikeZup et Izzy-S. J’ai voulu ajouter Shreez sur le morceau, mais je l’ai ajouté à une autre chanson. 

PAN M 360 : Qu’est-ce que ça va prendre à la scène du rap au Québec pour qu’elle prenne encore plus d’ampleur? 

M-PRESS LIVE : Il va falloir que les artistes d’ici se déplacent dans d’autres pays comme la France pour gagner en popularité. La scène française a déjà les yeux sur le Québec, il faut tenter de capitaliser avec ça. Les rappeurs québécois vont devoir aller se faire un réseau de contacts dans les autres pays et effectuer des collaborations avec des artistes d’ailleurs. Le rap au Québec est sur la bonne voie, il faut être patient parce que c’est relativement nouveau ici. Ça va venir. 

PAN M 360 : Quels sont tes prochaines collaborations et ton projet de rêve? 

M-PRESS LIVE : J’ai une chanson mettant en vedette Lost et White-B qui sortira prochainement. Sur mon album, il va aussi y avoir une chanson de Raccoon. Il va parler d’une réalité que tout le monde vit au quotidien. Ça va vraiment toucher le public québécois.

En ce qui concerne mon rêve, ça serait assurément une collaboration avec DJ Khaled. Je rêve de mélanger le rap anglais et français. Je voudrais faire quelque chose de grandiose, comme une collaboration entre Snoop Dogg et Shreez.

Ce  vendredi 4 mars, 19h, une nouveau programme des Hit-4-Hit opposant Tizzo à Shreez sera diffusé gratuitement en ligne.  L’événement s’inspire des Verzuz,  deux artistes hip-hop s’y livrent une bataille de hits, échangés coup pour coup. Après avoir opposé, entre autres, les rappeurs prometteurs Mike Shabb et KGoon, puis les pionniers Sans Pression et Rainmen, Hit-4-Hit mettra cette fois en scène les deux membres du collectif Canicule. 

Les rappeurs balanceront leurs plus grands succès à leurs fans, mais pour une rare fois, dans le contexte d’une compétition. C’est ainsi qu’ils se sont tournés vers leur répertoire personnel. Une tâche ardue, puisqu’ils ont chacun collaboré à une grande majorité de leurs chansons respectives. Tizzo se tournera donc vers son seul album solo, Pour le plug, et interprétera  des chansons comme Robinet et Shewing Gum. Idem pour Shreez qui offrira les titres de On frap, son album solo paru en 2020. 

Attendez-vous à entendre les Jalousie, Diamant et Plankton de ce monde, ses plus grands hits solo. Rassurez-vous, les deux comparses ne se priveront pas d’entonner  leur chanson la plus iconique (*tousse On fouette). Cette édition des Hit-4-Hit est présentée par l’espace culturel Ausgang Plaza, où le spectacle se déroule, le média Hip-Hop Da Main Source et l’application de rencontre entre producteurs et rappeurs HITstory. 

Pour en savoir plus long, Pan M 360 s’est entretenu avec Shreez ainsi qu’avec les deux organisateurs de l’évènement, Feezy et Naufrage.

Feezy a eu l’idée des Hit-4-Hit pendant la pandémie : «On s’est dit qu’il fallait un peu d’entertainment pendant la pandémie. Donc je me suis inspiré des Verzuz, je me suis dit qu’il nous fallait notre version ici à Montréal », souligne-t-il. 

Le but? Accroître le rayonnement de  la culture hip-hop à Montréal, tant anglophone que francophone. Feezy gère d’ailleurs le média Da Main Source, qui présente ces deux côtés du rap montréalais. « C’est sûr qu’on va faire d’autres Hit-4-Hit avec des rappeurs anglophones dans le futur. Il y a plusieurs artistes qui ont beaucoup de succès du côté anglophone de Montréal et ils devraient, selon moi, avoir beaucoup de plus de visibilité. Les Hit-4-Hit c’est un évènement qui leur permettrait d’avoir cette visibilité. »

Les Hit-4-Hit sont diffusés en ligne après avoir été  enregistrés. Il faut se procurer un billet (gratuit) qui garantit l’accès au lien de l’événement. Cependant, l’objectif à long terme est un spectacle hybride, soit un spectacle réel avec une foule, qui serait retransmis sur le web : « C’est ça qu’on vise. Déjà pour le Hit-4-Hit de Tizzo et Shreez, il y a beaucoup de gens qui nous demandent si c’est un spectacle en personne parce qu’ils aimeraient venir », ajoute Feezy.

Naufrage, vétéran connu jadis au sein du groupe légendaire Rainmen,  contribue depuis près d’un an à l’organisation des Hit-4-Hit. Il a des rêves de grandeur pour le hip-hop montréalais. « Les Verzuz aux États-Unis attirent 10 000 personnes au Madison Square Garden, mais aussi des centaines de milliers de personnes en ligne à travers le monde. À Montréal il y a tellement de talent qu’on peut organiser des événements comme ça et attirer les regards de partout. »

Et alors, ce duel entre Tizzo et Shreez? Même si ce dernier affirme qu’il s’agit d’un  « match amical », Naufrage  prévoit une compétition enlevante: « Ce sera très serré, il y a  plusieurs rebonds tout au long du spectacle. Les deux ont performé », affirme-t-il.

« Si la soirée peut être décrite en un mot, c’est Canicule. Les gens peuvent vraiment s’attendre à ça », ajoute Feezy. Et s’il est libre à chacun de déterminer le gagnant de la soirée, Feezy en a un en tête : « C’est la culture qui gagne. »

Ce que Shreez en dit:

Si Tizzo a été longtemps considéré comme le meneur de Canicule Records, Shreez l’a rejoint il y a deux ans après avoir lancé son premier album solo, On Frap. Le rappeur de Laval avait déjà fait sa marque en travaillant avec Tizzo sur plusieurs mixtapes, dont 51tr4p Fr4p50 et Fouette Jean-Baptiste. Sur la première s’y retrouve le titre mythique On fouette, qui a permis à Tizzo et Shreez de se lancer à 100% dans la musique. Leur Hit-4-Hit est comme toutes leurs prestations : très énergique. Shreez a affirmé ne pas trop être dérangé par son amitié avec Tizzo en vue de ce duel : « J’ai préparé le Hit-4-Hit comme si c’était contre n’importe qui, honnêtement ».« Ce qu’il manque dans le rap, enchaîne-t-il,  c’est l’aspect mainstream. On n’entend pas du rap à la radio, genre à CKOI, par exemple ». Les Hit-4-Hit pourraient aider à démocratiser le genre : « Ça a pogné aux États-Unis, donc pourquoi pas ici? »

POUR VOTRE PLACE VIRTUELLE, C’EST ICI !

Basé en Colombie-Britannique, Nathan Mots a choisi pour nom de scène Truant.J, en référence au roman d’horreur La maison des feuilles (2000) de Mark Z. Danielewski. Le ton est donné : sa techno est sombre, brute et dérangeante. Son deuxième EP, TRUANT002, est le fruit d’une collaboration avec le Britannique JoeFarr, l’États-Unienne basée à Berlin Krista Bourgeois et le Canadien The GOAT. Pour sortir sa musique, Truant.J n’a pas hésité à créer son label. Son objectif : mettre Vancouver sur la carte internationale de la techno.

PAN M 360 : Comment es-tu entré en contact avec la musique techno?

Truant.J : Je suis de Victoria, c’est un peu plus petit du côté de la musique. Il y a de très bonnes scènes folk, mais pas de grandes scènes de musique électronique. J’ai été exposé à la house music quand j’ai appris le DJing et, à travers cela, j’ai appris la techno. La première fois que je suis allé à Berlin avec des amis, j’ai découvert la scène club et j’en suis tombé amoureux. En rentrant au Canada, je me suis dit que c’était le genre de musique dans lequel je voulais vraiment m’engager.

PAN M 360 : Y a-t-il un-e artiste que tu as vu à Berlin qui t’a époustouflé?

Truant.J : Oui, Stephanie Sykes, sans aucun doute! Je l’ai vue jouer pendant la journée au Berghain, je suis arrivé au début de son set et je suis resté jusqu’à la fin. C’était incroyable et j’ai eu l’occasion de faire sa première partie à Vancouver, ce qui était plutôt cool.

PAN M 360 : Que peux-tu me dire sur la communauté techno de Vancouver?

Truant.J :
Il y a cette diversité entre ce que l’on appelle la techno mainstream, avec des labels comme Drumcode, mais aussi beaucoup de labels plus proches des racines de la techno ; je pense que Vancouver a les deux côtés. Il y a une incroyable scène techno queer à Vancouver et des artistes qui font des choses vraiment chouettes, comme de la techno groovy et soulful, un peu sombre, mais sur laquelle il est agréable de danser. Il y a des gens qui créent des clubs pop-up pouvant accueillir 100 personnes, juste pour essayer d’accommoder les gens qui sortent de minuit jusqu’à 6 heures du matin, ce qui est vraiment du côté de l’underground.

PAN M 360 : Quels sont les endroits qui t’ont donné l’opportunité de développer ta carrière en tant qu’artiste et aficionado de la techno?

Truant.J : Il y a deux clubs à Vancouver qui sont vraiment importants pour moi. Le premier c’est l’Open Studios, qui a malheureusement fermé à cause de la pandémie, et il y a le Gorg-O-Mish Nightclub. Ils proposent des formules différentes, mais tous deux sont très importants. Le Gorg-O-Mish est une sorte de pilier à Vancouver, car je pense qu’il a plus de dix ans maintenant, ce qui est rare dans cette ville, surtout pour les clubs underground. C’est ouvert de deux heures à huit heures du matin; la plupart du temps, ils ne programment qu’un ou deux artistes par nuit. Ils mettent vraiment en valeur les talents locaux et laissent ces artistes raconter une histoire. Open Studios, juste parce qu’ils faisaient venir des tonnes d’artistes internationaux incroyables. Je pense que l’un des premiers sets auxquels j’ai assisté, à Vancouver, était celui de Steffi et j’ai pu voir des artistes locaux comme Nancy Dru. C’est une sorte de club familial, mais c’est aussi un espace qui accueille toutes sortes de gens différents et, pour cette raison, c’est un de mes endroits préférés.

PAN M 360 : Quand j’ai écouté The Last Sailing, un de tes EP précédents, je l’ai trouvé différent des autres. Est-ce que quelque chose a changé dans ton processus de création et, si oui, quoi?

Truant.J : Il y a un morceau de SNTS, Origin of Llight, qui est juste incroyable. Je me souviens de m’être promené à Vancouver une nuit et m’être senti physiquement mal à l’aise en écoutant cette chanson parce qu’elle est sinistre, sombre, brute et il y a des bruits qui arrivent et qui te font presque sursauter… Ça peut aussi passer par des mélodies plus sombres. Il y a une chanson de Godspeed You! Black Emperor, c’est juste quelqu’un qui parle d’un horrible monde dystopique pendant trois minutes et puis la chanson arrive (NDLR : The Dead Flag Blues). J’adore ce genre de musique. Je veux une musique qui me met un peu mal à l’aise, qui me fait m’asseoir et réfléchir.

PAN M 360 : C’est ce que tu voulais faire avec Wicked Fervor?

Truant.J : Je voulais faire quelque chose de vraiment agressif. Je me suis concentré sur les sons et comment les déformer ou les placer dans des espaces, afin qu’ils ne sonnent pas comme d’où ils viennent. Puis j’ai essayé d’y apporter une sorte de mélodie et de l’émotion, sans que ce soit ringard ou autre. J’essaie de trouver un équilibre. J’aime les trucs en 4/4, mais j’ai aussi envie d’explorer des trucs ambient plus sombres.

PAN M 360 : Comment es-tu entré en contact avec les artistes qui ont collaboré à l’EP?Truant.J : J’ai regardé les artistes de la communauté et de mon entourage que j’aimais vraiment. La musique de Krista Bourgeois est incroyable, elle vous donne ce sentiment brut, sombre et martelant. The GOAT, je le connais depuis des années et j’ai pu grandir artistiquement avec lui. C’est l’une des premières personnes que j’ai voulu approcher. JoeFarr m’a tellement soutenu que je voulais qu’il soit impliqué, je voulais faire passer le mot en dehors de notre communauté à un public plus large. Le rêve serait que Vancouver soit davantage reconnue sur la scène internationale.

À ta merci, opus initial de Fishbach, est paru en janvier 2017. Le public avait adoré, la critique aussi. Cinq années se sont écoulées, durant lesquelles Fishbach a vu sa notoriété monter en flèche. Ses prestations scéniques sont courues, les honneurs qu’elle récolte sont mérités, son art en sort gagnant. Fishbach a également joué un rôle dans l’adaptation pour la télé de la trilogie Vernon Subutex de Virginie Despentes, un récit urbain et adulescent. Fin février 2022, Fishbach nous présente Avec les yeux, un deuxième album tout en lyrisme et en nuances, un recueil élégiaque où elle donne libre cours à ses penchants expressionnistes, en mode maximaliste. Au fil de ces onze chansons qui nous proviennent de son chez-elle des Ardennes, elle amène les musicophiles en randonnée dans la forêt environnante, lieu de dangers comme « le désir loup-garou » et de spectacles inoffensifs comme des « courses d’escargots ». Tout ça sur fond de solos de guitare propres à fendre de gros billots. Avions-nous précisé que le lyrisme de Fishbach est contagieux? Pan M 360 a pu discuter d’Avec les yeux avec Fishbach.

Pan M 360 : Bonjour Flora Fishbach! Après deux ou trois écoutes d’Avec les yeux, on a l’impression de s’éloigner un peu de l’électro-atmosphère qui entoure À ta merci. En d’autres mots, Avec les yeux est un album plus chaud, plus charnel, instrumentalement parlant.

Flora Fishbach : Je ne sais pas si c’est conscient. En tout cas, j’ai fait cet album à mon image, donc peut-être y a-t-il plus d’aspérités qu’avant. Je me suis permis, parfois, de la douceur. Moins de dureté et moins de colère que dans le premier album. C’est aussi parce que j’ai certainement changé, au cours des quelques années qui séparent ces parutions.

Pan M 360 : Vous avez confié la réalisation d’Avec les yeux à Michael Declerck. Outre sa feuille de route probante et éclectique (Gaspard Augé, The Popopopops, Von Pariahs, The 1969 Club, Her), qu’est-ce que vous a incitée à faire appel à ses services?

Flora Fishbach : C’est assez simple, Michael a réalisé l’album Escapades de Gaspard Augé, membre du binôme Justice. J’avais eu l’occasion d’écouter ce disque en avant-première, j’ai été absolument séduite. De plus, Michael était l’ingénieur son – en concert – de mon ami Voyou, qui est sur la même étiquette que moi (NDLR : Enterprise). C’est donc Voyou qui m’a dit « Flo, tu vas adorer Michael, vous allez forcément vous entendre »; on s’est rencontrés et ça n’a pas loupé, on est devenus très amis et il a donné beaucoup de son temps pour ce disque. Je lui en suis très reconnaissante.

Pan M 360 : Tu es en vie est un hymne à la foi, la foi en l’amour et en l’autre, notamment. C’est une pièce lumineuse, avec ses riffs de guitare tonifiants. Ce sont ceux de Roman Rappak, leader du groupe Breton. Vous aviez déjà collaboré avec lui?

Flora Fishbach : Non, pas du tout. Je l’ai rencontré par hasard, je l’ai trouvé absolument délicieux, très élégant, très intelligent. Je lui ai présenté la maquette de Tu es en vie, qui était assez proche de la version finale. C’est lui qui a enregistré ces guitares et les a ajoutées à celles qui étaient déjà là. Il a exacerbé ce qui existait déjà. En gros, sur cet album, on est vraiment très proche de mes maquettes, outre deux ou trois détails de ci de là qui font, pour moi, la différence. Et sans ce garçon-là, je n’aurais jamais pu aller aussi loin. Roman, c’est un Anglais, Anglo-Polonais en fait. Il a ramené un peu d’Angleterre et de Pologne là-dedans.

Pan M 360 : Est-ce que Roman fait les autres partitions de guitare sur l’album?

Flora Fishbach : Non, on s’est partagé le boulot. J’en ai fait quelques-unes. Chez moi, j’ai fait plutôt les guitares acoustiques. Arthur Azara, qui a composé la pièce Arabesques, joue de la guitare notamment sur Téléportation. Et sur Nocturne c’est Fred Leclercq, un guitare-héros venant du métal (NDLR : DragonForce, Sinsaenum, Maladaptive) qui joue, ça nous prenait quelqu’un de très technique.

Pan M 360 : Les guitares sont très hard-rock.

Flora Fishbach : Hard-FM, je dirais! J’écoute du Scorpions, Alan Parsons et Journey, j’adore Journey! 

Pan M 360 : La pièce Quitter la ville commence en mode country-folk, puis les chœurs la transforment en une ballade psychédélique-onirique. C’est légèrement déstabilisant, mais très agréable!

Flora Fishbach : Ah mais oui, j’adore les choses grandiloquentes, les choses lyriques; j’adore les gens qui exagèrent! En fait, je crois que j’aime l’expressionnisme. Sur scène, j’aime appuyer le propos. Il y a les minimalistes et les maximalistes : je suis dans la deuxième catégorie.

Pan M 360 : Votre voix et vos intonations évoquent celles de Catherine Ringer, sur La foudre. Est-ce une sorte d’hommage?

Flora Fishbach : J’adore les Rita Mitsouko et Catherine Ringer solo, pour moi c’est une des plus grandes chanteuses françaises. Et plus elle vieillit, plus elle est bonne. Mais non, ce n’est pas un hommage, je n’ai jamais cherché à la « singer ». Et je crois qu’on n’a pas du tout le même timbre, simplement qu’on a une façon de chanter qui est très blues, comme Elvis, une façon de décrocher la voix, d’être très théâtrales, d’être très dans l’expression, dans l’aventure de ne pas avoir peur de faire des sons bizarres avec sa voix. Et cette audace, je suis fière d’en être une héritière; je suis honorée qu’on me compare à elle, c’est la classe quoi!

Pan M 360 : Votre voix est plus puissante et assurée que jamais, notamment sur Téléportation. L’esthétique du clip est sylvestre et baroque, comme votre costume. Il y a du Mellotron et des power-guitares mélancoliques, on s’attendrait aussi à entendre des violons ou de l’orgue Farfisa. D’où vous vient l’inspiration pour la chanson et le clip?

Flora Fishbach : Les autres clips ont été réalisés par Aymeric Bergada du Cadet, dont Masque d’or où je descends une échelle – c’est très « cabaret » – et Presque beau, très ambitieux, qui sort le 25 février. Pour Téléportation, je voulais que le clip sorte vite parce que c’est un morceau très sincère. J’avais envie de tourner ça chez moi, dans ma forêt des Ardennes. Le rocher sur lequel je chante est à 100 mètres de chez moi. On ne voit pas ma maison sur les images, mais c’est juste à côté de mon village. J’avais le goût de faire un clip le plus simple possible – mais ce que j’appelle « simple » pour moi, la maximaliste, ce n’est pas simple mais bref, vous m’avez comprise –, c’est-à-dire chanter devant la caméra, dans le décor des Ardennes, une région très isolée. J’avais envie de retrouver quelque chose de très intime avec ce morceau.

Pan M 360 : C’est réussi, on croirait que c’est au bout du monde.

Flora Fishbach : C’est un peu ça!

Pan M 360 : Quand l’extrait Masque d’or est sorti, en novembre, on aurait pu penser que l’album serait orienté néo-disco, un peu comme les plus récents de Clara Luciani et de Juliette Armanet. Or, Avec les yeux offre une palette de sonorités plus vaste.

Flora Fishbach : Ah, mes copines! Pour moi, ce serait plus funk que disco, et encore ce serait funk-disco germanique parce que c’est beaucoup plus lent que le disco et c’est assez froid. Puis, je tiens à préciser qu’on ne s’est pas du tout concertées! En fait, on est des femmes qui avons les mêmes influences et les mêmes références. On est nées à la même époque, on a les mêmes goûts, mais on ne les utilise pas de la même manière; on n’a pas les mêmes personnalités ni les mêmes parcours.

Pan M 360 : On pense à Balavoine, parfois France Gall, Véronique Sanson (surtout pour Juliette Armanet) et tout ça. Et pour vous, plus de rock, hard-rock ou même métal.

Flora Fishbach : J’assume complètement! J’aime bien les trucs kitsch, j’aime ça au premier degré en fait; je trouve ça génial le rock, les solos de guitare!

Pan M 360 : Vos textes élégiaques, ce ne sont pas des récits du quotidien. Vos paroles sont plus lyriques.

Flora Fishbach : Oui, plus lyriques; le lyrisme, j’en fais des caisses. À part Dans un fou rire, qui ouvre l’album et qui était une façon de dire « Bon, je ne vais pas donner mon avis sur tout, je vais vous laisser faire travailler votre imaginaire ». Dans un fou rire, c’est le morceau le plus concret où je parle d’un tourment que j’ai eu un soir, j’en avais marre que les réseaux discutent, et cetera. Je l’ai écrit et composé très vite. Dans le reste des paroles, on est dans quelque chose de beaucoup plus rêveur, plus surréaliste, qui laisse place à la libre interprétation de chacun. J’ai la mienne bien sûr, parce que ce sont des morceaux très personnels. Mais j’aime bien brouiller les pistes et me dire que dans quelques années, si je ne pense plus la même chose, je pourrai me réapproprier la chanson autrement.

Fishbach sera au Club Soda pour les Francos de Montréal, le 11 juin 2022.

Photo de Fishbach : Jules Faure

Diffusée sur Télé-Québec, l’émission La fin des faibles fêtera bientôt son premier anniversaire. Cette compétition consacrée au hip-hop a fait découvrir plusieurs rappeurs au public québécois, dont Raccoon, artiste engagé à la plume affûtée.

Le MC de Pointe-aux-Trembles roule sa bosse depuis un moment déjà : révélé aux WordUp! en 2019, il a rendu publics la même année ses premiers projets, Mettre les gants, tuer le croc-mitaine et Gentil pour un noir, dans lesquels il s’attaque au racisme, tout en gardant un côté très personnel. Après avoir été nommé Révélation Rap de Radio-Canada en 2020 et avoir publié l’EP Le Set Up, Raccoon a saisi sa chance à La fin des faibles, se hissant jusqu’en finale.

Le vent dans les voiles, celui qu’on surnomme le Black Hipster se produit ce vendredi 25 février au Club Soda aux côtés de Icey Da Zoe, J-Ron, Naya Ali, Raccoon, Shah Frank et Tizzo, pour le Spectacle de clôture du Mois de l’Histoire des Noirs, en plus de plancher sur son prochain album dont la sortie est prévue cette année.

Pan M 360 s’est entretenu avec le rappeur de 25 an, question d’en retracer le parcours et de discuter de son prochain album.

PAN M 360 : Comment ton aventure artistique a-t-elle débuté?

RACCOON : Mon ami Antoine Latreille me donnait souvent des conseils par rapport à ma musique. Il me faisait avancer et il me guidait dans mon processus artistique. J’ai fini par lui dire « t’es un peu mon gérant », et c’est à partir de ce moment là qu’on a pris ça au sérieux et que je me suis dit que j’allais en faire une carrière. Aujourd’hui, il est mon gérant.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui t’as donné envie d’écrire ?

RACCOON : Ma mère est une grande lectrice et j’ai toujours eu une bibliothèque garnie à la maison, on jouait au Scrabble et tout. J’ai toujours aimé la langue française. Ensuite à l’école, j’ai eu un cours de poésie. J’ai découvert que c’était un art que je pouvais maîtriser. Je trouvais auparavant que je n’étais pas bon dans grand-chose, donc de trouver quelque chose dans lequel j’étais bon et qui provoquait des réactions positives, j’ai vraiment valorisé ça et j’ai voulu m’améliorer. J’ai toujours senti qu’on ne me comprenait pas quand je m’exprimais mais… dès que j’écris, tout s’éclaircit.

PAN M 360 : Sur ton dernier projet Le set up tu parlais beaucoup de ton désir de vivre exclusivement de ta musique, t’en approches-tu ?

RACCOON : Oui! Je suis vraiment content de pouvoir dire ça. Ça commence à être de plus en plus lucratif et ça commence à prendre de plus en plus de place dans mon horaire donc c’est là que je réalise que ça devient vraiment une job, je commence à être pas mal en demande.

 PAN M 360 : Qu’est-ce que ta participation à La fin des faibles a changé dans ta carrière?

RACCOON : Ça m’a fait connaître à beaucoup de personnes. La journée où l’épisode dans lequel j’étais est sorti, j’ai gagné 2 500 abonnés Instagram d’un coup. Il y a des gens qui viennent me voir en concert parce qu’ils m’ont vu à La fin des faibles et c’est très bien comme ça! 

PAN M 360 : Côté contenu, c’est quoi la suite pour ton prochain projet?

RACCOON : Ce projet s’adresse vraiment aux miens, aux gens qui sont à mon niveau, qui viennent des HLM, aux gens qui sont Noirs, aux gens de la culture hip-hop aussi. Les autres albums que j’ai faits avant étaient dirigés vers les médias, je voulais que les grands de ce monde (…) me voient. C’était un peu pour avoir un succès d’estime, « regardez je suis là ». Le nouvel album va être plus hood.

PAN M 360 : Pourrais-tu nous en révéler un peu plus sur l’album?

RACCOON : Il y a beaucoup d’invités! Je n’ai pas envie de les annoncer maintenant, mais ce sont des rappeurs d’ici, tous connus. Je veux vraiment que cet album soit un classique, un album qui marque les époques et qui plaît aux fans. Je veux que ça soit mon meilleur album. Au-delà de marquer la culture, je veux marquer les gens.

PAN M 360 :Ton dernier projet a révélé ton côté chanteur ; continues-tu sur cette voie?

RACCOON : C’est une forme hybride de tout ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. Peut-être qu’il y a des trucs nouveaux, ça c’est une surprise. Mais personne ne va être dépaysé, je pense.

PAN M 360 : C’est quoi ta collaboration de rêve?

RACCOON : Oh mon dieu, Nekfeu! Un rappeur français que j’admire, autant dans son respect de la forme du rap que dans son propos. Il m’a toujours inspiré, je considère même qu’il m’a sauvé la vie à une époque.

 PAN M 360 : Et tes inspirations au Québec?

RACCOON : Loud! C’est pour moi un des plus grands artistes que j’ai eu la chance d’écouter, c’est incroyable ce qu’il fait à tous les niveaux. Loud Lary Ajust c’est un groupe légendaire pour moi, je les ai énormément écoutés quand j’étais au secondaire. Ajust et Ruffsound aussi, genre ce sont des stars pour moi. Je m’inspire beaucoup de leurs parcours et de leur vision.

 PAN M 360 : Tu as déjà confié avoir le syndrome de l’imposteur… Après ton parcours à La fin des faibles, est-ce encore le cas?

RACCOON : Oui, et c’est encore plus gros! Des fois j’écris un texte et je me demande : est-ce que c’est moi qui détiens la vérité? Je dois avouer que c’est un gros boulet dans mon processus. Mais le combattre, ça me nourrit en même temps.

Sous étiquette Disques Nuits d’Afrique, l’album du tandem montréalais Topium enregistré avec les artistes guadeloupéens Djenmbi & Klod Kiavué fait l’objet d’un Facebook Live ce jeudi, 20h sur le site des Nuits d’Afrique, le tout relayé sur les plateformes de PAN M 360. 

Cette création résulte d’une résidence orchestrée en 2019 en Guadeloupe par GEG (Guadeloupe Electronik Groove), en partenariat avec Musjo Music, résidence au cours de laquelle le duo montréalais Topium a fait la première rencontre de Jacques-Marie Basses et Klod Kiavué, maîtres du gwoka mderne.

Rappelons que le gwoka fut d’abord une culture musicale afro-descendante, fondée sur la percussion et le chant. Le gwoka est un élément fondamental de la culture guadeloupéenne. Fondé sur un rythme binaire, ce style traditionnel est joué généralement sur des tempos moyens, on l’exécute avec des tambours d’évocation africaine qu’on nomme ka en créole de Guadeloupe.

Gwo ka, en fait, est le dérivatif créole de gros-quart, tonneau à partir duquel les esclaves africains concevaient leurs instruments de percussions dans les îles coloniales, afin de perpétuer la mémoire de leur culture.

Dans le cas qui nous occupe, le gwoka déborde largement son mandat de perpétuation de la tradition, le style contribue à hybrider l’électro-jazz de Topium et… vice versa !

En marche depuis 2016, Topium est un tandem électro-jazz constitué du multi-instrumentiste Jérôme Dupuis-Cloutier et du programmateur et percussionniste Jonathan Gagné. Leur rencontre créative dans les Antilles françaises les a conduits à nommer  électro-ka cette expérience menée avec le claviériste Jacques-Marie Basses et le percussionniste et chanteur Klod Kiavué.

La rencontre créative des quatre musiciens a ainsi balisé un passage entre deux cultures des Amériques, nouvelle avenue pour les musiques afro- caribéennes  world, jazz ou électronique.  

PAN M 360:  Jérôme et Jonathan, racontez-nous votre rencontre avec Jacques-Marie Basses et Klod Kiavué.

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: C’était à la base l’idée de monter un spectacle avec les fruits que donneraient 2 semaines de résidence artistique. Nous nous connaissions pas du tout et cela s’est avéré une réelle et pertinente rencontre humaine et artistique. Il a fallu relaxer un peu avec notre empressement et notre sur-organisation d’Américain du Nord et juste faire sortir la musique en jouant des heures et des heures dans la chaleur et le plaisir. 

JONATHAN GAGNÉ:  La rencontre avec Klod et Djembi s’est faite très naturellement. J’ai senti tout de suite une belle ouverture musicale de leur part. Ceci a facilité le partage des idées au niveau de l’arrangement et de l’écriture des pièces. Ils ne sont pas figés dans la tradition et ont beaucoup d’écoute. Tout de suite on s’est mis à faire de l’humour, à  avoir de la légèreté dans nos échanges.

PAN M 360: Comment avez-vous ressenti les styles guadeloupéens lorsque vous étiez là-bas en résidence?

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: J’ai senti là-bas que la musique fusion de la fin des années 70 a influencé les sections rythmiques des bands et les couleurs des sons de claviers, guitares et autres. Il y a aussi un courant très fort et traditionnel avec les rythmes du ka, mais en même temps, on ne se limite pas à ça; tous les styles peuvent y être présents à mon avis. 

PAN M 360 : Quelle est votre perception du gwoka?

JONATHAN GAGNÉ: Ma perception est occidentale. J’entends le gwoka plus carré qu’il ne l’est en réalité.

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Pour moi ,ce sont des chants puissants et les rythmes du ka, le tambour national. Les harmonisations des voix sont efficaces, aussi recherchées. On joue vraiment bien entre la tension et la résolution. Dans les rues de Pointe-à-Pitre, j’ai senti que le désir de communier en musique était très présent. Les musiciens sont fiers et cette envie de jouer en communion est probablement un mélange africain et caribéen, mais avec les standards musicaux de la place.

PAN M 360: Comment avez-vous connecté votre propre expertise dans ce contexte?

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: J’ai amené le plus d’instruments que je pouvais, mes cuivres, synthétiseurs etc. Je trouvais que mon rôle était d’accentuer des mélodies avec les cuivres et amener le côté planant de notre duo avec mes synthétiseurs. Le court délai pour créer un spectacle a été payant et on est allé droit au but pour ce qui est des structures à mon avis.

JONATHAN GAGNÉ: J’ai fait des programmations qui marchent avec les rythmes du style gwoka. J’ai échantillonné les autres musiciens. Puis j’ai arrangé nos expérimentations dans un style plus concis. J’ai travaillé sur les structures des pièces.

PAN M 360:  Comment Klod Kiauvé et Jacques-Marie ont-ils ressenti votre travail au départ ?

JONATHAN GAGNÉ: Bien et avec beaucoup d’ouverture.

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Ils étaient très ouverts à jouer le jeu et ils étaient très généreux de leurs voix, leurs percussions et leurs claviers. Ils nous donnaient beaucoup sur de simples rythmes programmés pour commencer pour commencer. Cela nous a évidemment nourri et motivé.

PAN M 360:  Comment les Guadeloupéens ont-ils métissé le travail des Québécois? 

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Ils nous ont fait confiance et nous ont laissé assez libres dans le choix de structures électros assez simples.

JONATHAN GAGNÉ: Ils l’ont métissé dans leur interprétation.

PAN M 360: Comment les Québécois ont-ils métissé le travail des Guadeloupéens?

JONATHAN GAGNÉ: On l’a métissé dans les mélodies et les rythmes. Le choix des sons de clavier est dû au métissage

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER:  De mon côté, c’est en reprenant des mélodies de voix et de claviers et en les harmonisant parfois. Pour Jonathan, c’était de garder l’essentiel des idées de Klod et de les appuyer dans une logique de programmation d’une pièce électronique.

PAN M 360: Décrivez-nous, pour mieux comprendre encore, une séance d’enregistrement des quatre musiciens.

JONATHAN GAGNÉ: Ça se passait dans notre local de répète en Guadeloupe tard en soirée. Un peu fatigués et un peu sous l’effet de l’alcool. Il faisait chaud et l’ambiance était calme.

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Les enregistrements de Klod et Djenmbi se sont faits pendant les répétitions de notre résidence et quelques-uns d’appoints à distance. Nous avons dû composer avec ces enregistrements un peu « lofi » car nous ne pouvions recréer cette ambiance sans être les 4  – étant donné la pandémie.  De notre côté, ici, j’ai refait et ajouté des cuivres et synthétiseurs dans mon studio. Même chose pour Jonathan avec ses instruments respectifs. L’album s’est donc fait en majeure partie à distance et dans nos studios respectifs.

PAN M 360: Que croyez-vous avoir créé ensemble ? De quelle fusion s’agit-il?

JONATHAN GAGNÉ: On a mélangé la gwoka avec du house et du jazz.

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Je pense que nous avons créé une musique accessible qui donne envie d’aller visiter la Guadeloupe. Il s’agit tout simplement et vraiment d’une fusion entre notre projet et ces deux musiciens incroyables.

PAN M 360:  Puisqu’il est encore difficile de voyager, tourner à quatre est-il envisageable? Si oui, comment voyez-vous la transposition sur scène de ce que vous avez accompli en studio?

JONATHAN GAGNÉ: Il est encore envisageable de faire des spectacles ensemble en formule à 4. On a déjà fait un premier spectacle en Guadeloupe donc ça risque d’être la même formule.

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Cet été nous sommes supposés aller jouer en Guadeloupe en formule 4 et au Festival Nuits d’Afrique à Montréal.

PAN M 360: Pour le lancement montréalais, quels  seront les changements au programme?

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Nous serons en version trio, avec un excellent bassiste nommé Marc-André Drouin. Comme nos amis et collègues guadeloupéens n’y seront pas, il s’agira d’une version plus minimaliste et électro du spectacle. Nous avons quelques prochains shows en trio, d’ailleurs.

PAN M 360: Quelle sera la suite des choses en studio? 

JÉRÔME DUPUIS-CLOUTIER: Pour l’instant, nous n’avons pas de projet studio, mis à part une éventuelle résidence artistique ailleurs et qui est au stade embryonnaire. Alors nous allons jouer le plus possible, idéalement à 4!

Topium se produit bientôt:

  • Le 3 mars à Gatineau à la Brasserie À la dérive

https://www.facebook.com/events/464515651946594?ref=newsfeed

  • Le 11 mars aux Iles de la Madeleine, Au Vieux Treuil
  • Le 19 mars à Sherbrooke à la Petite boîte noire

https://www.facebook.com/events/341352747844320/?ref=newsfeed

Emily Skahan est entrée dans la musicosphère en 2014 à titre de membre du trio Motel Raphaël, avec Clara Legault et Maya Malkin. Cette aventure country-folk eut beau être fructueuse, Emily sentait l’irrésistible appel de la musique dansante. Georgette, l’alter ego pop d’Emily, vit donc le jour en 2018. Après des collaborations avec Dan Desnoyers, Caracol et DJ Unpier, Emily s’associa en 2019 au producteur Marc Béland, alias Marky Beats, pour la création de Funny Girl, premier microalbum de Georgette (sans lien avec la pièce de Broadway et du film du même nom). Emily y prônait une pop émaillée de reggae, de R’n’B et de cumbia. Son parcours d’auteure-compositrice-interprète se poursuit aujourd’hui avec Pré, un recueil de six pièces aussi mélodiques que synthétiques mettant en valeur le chant chaud de Georgette. Pan M 360 a pu s’entretenir avec Emily Skahan au sujet de Pré.


Pan M 360 : Bonjour Emily! Funny Girl, le premier chapitre de ton projet Georgette, avait été lancé il y a deux ans et demi, en juin 2019, alors qu’on n’avait jamais entendu parler de COVID-19. Puis, tu as fait paraître Bouclier, un deuxième microalbum, en novembre 2020 alors que la pandémie était bien entamée. Et voilà que tu nous présentes Pré, qui compte six nouvelles pièces. As-tu l’impression d’avoir tiré ton épingle du jeu, malgré les contraintes des deux dernières années dans le monde de la musique?

Emily Skahan : Certainement, mais le travail n’est jamais terminé! Je me compte chanceuse d’avoir rapidement trouvé une équipe « crinquée » après avoir enregistré Funny Girl. C’est eux qui m’aident à réaliser mes projets farfelus. Mon cerveau déborde d’idées, tout ça ne se matérialise pas seul! On a profité de la période de calme de la pandémie pour créer, et je suis ravie des résultats. Je suis une vraie mordue de musique et de création – j’ai hâte de pouvoir commencer mon prochain album.

Pan M 360 : Sur Moon, dernière pièce du microalbum, Miro et toi chantez en duo. On sait que tu as participé à l’enregistrement de Sablier, l’album qu’il a lancé l’automne dernier. Miro a également coréalisé Pré, en plus d’y jouer et de coécrire des chansons. Quelles sont les origines de cette collaboration?

Emily Skahan : Sur cet album, Miro a uniquement réalisé Moon. C’est JeanCoeur et Pilou qui ont réalisé les cinq autres chansons. Miro et moi, on s’est rencontré en août 2020 chez notre ami DJ Unpier. Miro venait tout juste de faire une performance incroyable sur le toit du Stade olympique, et on a commencé à jaser. C’était magique de le rencontrer, un genre de coup de foudre créatif. Je trouve que nos univers s’agencent de manière tellement harmonieuse. On a un peu travaillé Moon, et Miro planifiait la mettre sur son album. Lorsqu’on s’est revu le mois après, on a écrit Noyade, qui s’est finalement retrouvé sur son album. Il m’a offert Moon pour le mien. D’ailleurs, j’ai plusieurs nouveaux projets qui se trament avec Miro. On fait partie d’un groupe de créateurs qui participent au camp d’écriture Le foyer, d’où proviennent plein de chansons incroyables.

Pan M 360 : Outre Miro, tu as aussi reçu un coup de main d’auteurs chevronnés à la coécriture des textes, notamment Caracol – avec qui tu avais déjà collaboré – pour Laisse faire, puis AIZA pour Équilibre. À quel moment sont-elles intervenues dans l’écriture des pièces?

Emily Skahan : Carole Facal (Caracol) est une soie. Je l’ai rencontrée au moment où je quittais Motel Raphaël en 2018. C’était une grosse période de transition pour moi, et Carole m’a donné le coup de pouce dont j’avais besoin pour commencer mon nouveau projet. La chanson Laisse faire n’est pas la première que j’ai écrite avec elle, et ça ne sera pas la dernière! Pour AIZA, cette femme est le feu en forme humaine. Je savais que j’avais besoin de cette énergie pour mon album, alors j’ai réservé un Airbnb à Toronto quelques jours avant de commencer la production. Kenan Belzner et moi avons passé une journée incroyable avec AIZA à parler d’amour, de santé mentale et de stabilité dans la vie d’artiste. C’est ainsi qu’est née notre chanson Équilibre.

Pan M 360 : Ta pop est résolument de pointe, plutôt électro comme dans Gimme Gimme, avec des touches de R’n’B comme dans Mon homme. On entend un peu de guitares sur Laisse faire, mais il ne subsiste pas beaucoup de traces du folk de Motel Raphaël. Tu suis un peu le même parcours que Taylor Swift! Est-ce qu’elle figure parmi les artistes que tu admires et qui t’influencent? Sinon, quels seraient ces artistes?

Emily Skahan : Taylor Swift est incontournable pour une fille de mon âge qui aime les histoires d’amour. Elle a une place importante dans mon cœur, mais présentement j’écoute beaucoup plus de Mahalia, Kali Uchis, Kaytranada, Clara Luciani, Vendredi sur mer et John Batiste. En lançant le projet Georgette, j’ai toujours dit que mon but était de faire danser. Je n’oublierai jamais mes racines folk et country, mais pour le moment je m’amuse énormément à faire de la pop.

Pan M 360 : Tu aimes faire des clips et ceux-ci sont très soignés et réussis. Celui d’Équilibre est sorti il y a une semaine; à la fin d’octobre c’était celui de Mon homme; puis il y avait eu Gimme Gimme au début de septembre 2021. Est-ce que tu aimes songer à des idées de scénarisation, de mise en scène et de costumes?

Emily Skahan : Tout m’inspire, vraiment tout. Genre, un stationnement vide est une scène, un sac à poubelle est une robe pas terminée et deux écureuils qui se chamaillent, c’est une histoire d’amour. Il y a un magnifique bordel dans ma tête depuis toujours. La création de vidéoclips, c’est l’enfant en moi qui a la permission de sortir. Le visuel est aussi important que la musique. C’est un privilège d’avoir pu faire autant de clips pour Pré.


Pan M 360 : Pour souligner la parution de Pré, il y a le jeudi 17 février un événement virtuel sur la plateforme « Rampe de lancement » de l’ADISQ. Comptes-tu faire un lancement « en vrai » lorsque les salles seront rouvertes?

Emily Skahan : Aaaaahh OUI! Que j’en vois un essayer de m’arrêter! Pour le lancement de l’ADISQ, on a décidé de tourner la performance au studio Le Nid à Saint-Adrien, là où une grande partie de l’album a été créée. On voulait faire un spectacle à la saveur douillette. Ceci étant dit, le désir de retourner sur les scènes brûle dans mon cœur. Je vais retrouver mon public pour qu’on puisse danser tous ensemble aussitôt que possible.

 Pan M 360 : Merci beaucoup Emily, bravo pour la parution de Pré et bonne continuation!

Emily Skahan : C’est moi qui te remercie!

Photo : Maxime Aubert

Avec Laroie, son projet solo, Gab Godon explore avec entrain et justesse l’entrelacement du R&B des années 2000, de la soul et de l’électro. Sa voix, tantôt cristalline, tantôt éthérée, se prête parfaitement à l’exercice. Avec SOL Remix Selection, la chanteuse offre un deuxième souffle à Speed Of Life, son second EP sorti en septembre 2021. Elle collabore ici avec des artistes locaux underground : Honeydrip, Martyn Bootyspoon, Gene Tellem, Gabriel Rei et THe LYONZ, réaffirmant une facette dance qui fait du bien, à quelques jours de la réouverture des bars et des clubs montréalais. 

PAN M 360 : À quoi ressemble ton parcours pré-Laroie? 

Laroie : Ça fait un bout que je suis dans le milieu de la musique au Québec, maintenant dix ans si ce n’est pas plus. Pendant plusieurs années, j’avais le groupe Heartstreets avec Emma Beko. Il existe toujours, mais est un peu moins à l’avant-plan car on se concentre toutes les deux sur nos projets respectifs. Le temps qu’on a eu chacune pour soi, au début de la pandémie, nous a donné envie de découvrir notre identité en tant qu’artistes solo.

PAN M 360 : Comment décrirais-tu cette nouvelle identité?

Laroie : Elle est en mouvement, j’aime penser que je continue à la découvrir. Avec Emma, on faisait beaucoup plus hip-hop et R&B, là j’ai vraiment puisé dans des éléments électro, dansants, house et UK-garage, même si on ressent encore beaucoup le R&B et le soul.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui t’a mené vers cette nouvelle facette?

Laroie : J’ai toujours été une grande fan du house et du dance de la fin des années 1990-2000, par exemple le Show Me Love (1993) de Robin S, c’est vraiment une pièce légendaire. J’avais l’ambition de faire des chansons où on sent le côté soul; la voix est là, les mélodies nous emportent, mais avec le côté super dance qui apporte une certaine intensité. J’ai vraiment réussi à aller explorer ce terrain de jeu-là, grâce à Gene Tellem avec qui j’ai réalisé mon EP Speed Of Life. C’est une amie de longue date. Bien qu’on se connaisse et qu’on soit toutes les deux dans le milieu de la musique, nos chemins ne s’étaient jamais croisés. Là, on ne se lâche plus. Elle a un son house et deep house beaucoup plus niche, ça me permet de naviguer dans des sonorités et des couleurs auxquelles j’aspirais.

PAN M 360 : Comment avez-vous travaillé ensemble?

Laroie : Initialement, on a commencé à travailler ensemble dans le contexte idéal d’une retraite de création. Après la pandémie, on a continué à s’envoyer des maquettes, on se lançait la balle. On continue à jouer avec nos méthodes, qu’on aille s’isoler dans le bois ou qu’on passe du temps à son studio à Montréal. On s’entend sur la direction sans qu’on ait trop besoin de se parler. On a réussi à garder l’énergie de la création, même sans être ensemble dans la même pièce. On a d’ailleurs sorti un album sous le nom Secret Witness, qui est le collectif de Gene Tellem, Gabriel Rei et le percussionniste Pascal Deaudelin, et on l’a fait en temps de pandémie, à distance. 

PAN M 360 : Qualifierais-tu SOL de projet hybride?

Laroie : Je serai prête à dire ça dans le sens où mon projet et les remix que je viens de sortir ne rentrent pas dans une case, ça se promène dans différents courants, ça peut vivre dans différentes sphères; on est dans une palette. Même si les originaux ne sonnent pas pareil, ça correspond complètement à mon univers. 

PAN M 360 : À quel moment as-tu senti le potentiel de Speed Of Life pour en faire une version remix? 

Laroie : Avec mon premier EP, j’avais eu cette idée de faire les remix, c’est une belle manière de donner une seconde vie à un projet, mais ça ne s’est pas passé comme je voulais. Avec Speed Of Life, l’idée me trottait toujours dans la tête, mais je ne savais pas trop quelle direction prendre et, finalement, les cartes se sont placées naturellement. Je me suis fait une petite liste de gens dont j’admire le travail, tout le monde a embarqué et je leur ai laissé choisir la chanson sur laquelle ils souhaitaient travailler. Lorsque je collabore avec d’autres artistes j’aime donner libre cours à leur créativité, c’est carte blanche. C’est le fun car les collaborateurs ne savaient pas qui étaient les autres artistes qui allaient travailler sur le projet. Et en fin de compte, ça se tient tellement! La magie a opéré. On sent la nostalgie des pistes de danse et la mélancolie, à travers une musique qui se veut dansante. 

PAN M 360 : Peux-tu nous présenter les artistes plus en détail?

Laroie : Oui bien sûr. Honeydrip est une productrice qui se démarque de plus en plus dans la scène montréalaise. Ce sont des artistes qui, dans ma tête, ont une musique rafraîchissante mais qui passe sous le radar local, qui sont plus appelés à vivre à l’international qu’à Montréal. Bootyspoon va faire des shows à Los Angeles et à Miami. THe LYONZ est mis sous contrat en Europe… ça s’exporte beaucoup. Faisant de la musique en anglais au Québec et ayant un son qui ne s’identifie pas automatiquement comme local, je me suis reconnue dans ça. Ici c’est un marché différent, plus francophone. Ça fonctionne avec le marché local mais c’est le marché de la nuit, des clubs et des dancefloors. Le marché ici est encore très niche. Ça va peut-être aussi avec un manque de valorisation des producteurs locaux.

PAN M 360 : Comment pourrait-on favoriser cette valorisation de la scène underground?

Laroie : Gene Tellem m’a amenée à La Rama, un magasin de vinyles dans le Mile-End. Mettre de l’avant des endroits comme celui-ci, qui offrent une sélection musicale qui touche exactement à cette scène un peu underground, c’est déjà beaucoup. On peut y trouver de véritables trésors cachés. 

PAN M 360: On parle ici de valoriser le réseau de distribution, est-ce qu’il y a un enjeu du côté de la production (accès au financement public, par exemple)?

Laroie : Je ne pense pas que ça change quelque chose que tu fasses de la musique underground, c’est plus du côté linguistique que tu as des barrières, question financement et diffusion. Qu’il y ait plus de financement pour la musique en français, je n’ai aucun problème avec ça. L’enjeu c’est plutôt que pour une diffusion à la radio, je compétitionne avec les Dua Lipa et Drake… C’est important de parler de la scène underground, pour qu’elle ait une ouverture et qu’elle puisse se faire la place qu’elle mérite.

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