Shaina Hayes, nouvelle figure du folk imaginatif

Entrevue réalisée par Stephan Boissonneault
Genres et styles : country-folk / folk / folk-rock / indie folk

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Bien que Shaina Hayes figure depuis peu dans le panorama folk-country, elle a un son qui incorpore des éléments clés de ce qui a été créé dans ce domaine, au cours des dernières décennies. To Coax a Waltz, le premier album de Shaina Hayes, est une sorte de croisement de Dolly Parton, Julie Doiron et Joni Mitchell. Ses textes offrent une nouvelle perspective sur le monde débridé de l’amour, avec un décor champêtre et pittoresque comme inspiration cathartique. Nous nous sommes entretenus avec Shaina Hayes depuis sa maison de campagne de Shigawake, au Québec, pour en savoir plus sur sa formation musicale, ses méthodes agricoles et sur la façon dont elle équilibre son travail à la ferme et sa carrière musicale en plein essor.

PAN M 360 : Bonjour Shaina! Nos lecteurs ne savent pas grand-chose de toi. Peux-tu nous parler un peu de ton parcours musical?

Shaina Hayes : J’ai grandi à Shigawake, une petite localité de la côte gaspésienne. Je n’ai pas vraiment eu accès à une formation musicale en bonne et due forme, mais chez moi, on a toujours aimé la musique. Il était rare qu’on ne sorte pas les guitares autour de la table, quand on avait de la visite. C’est ma famille et d’autres membres de la communauté qui a mis sur pied le premier festival de musique de Shigawake, qui a toujours lieu chaque année au mois d’août. 

J’ai quitté la région après le secondaire pour étudier le jazz vocal au collège Vanier, à Montréal.  Puis, j’ai passé quelques années à jouer dans divers groupes. Toutefois, les études et la compétitivité de la scène musicale m’ont finalement laissée perplexe et peu sûre de la façon de poursuivre ma carrière musicale.  C’est à ce moment-là que je me suis détournée de la musique pour me diriger vers l’agriculture.  J’espérais que la planification détaillée, le travail manuel et la simplicité de l’agriculture seraient une entreprise gratifiante et non créative. Donc, avant la réalisation de cet album, je n’avais pas fait de musique depuis près de sept ans.  Au cours de cette période, je suis devenue amoureuse de l’agriculture. Je me suis aussi rendu compte que mon désir le plus profond d’être agricultrice est, en fait, artistique. Une existence vouée à la création d’un paradis où poussent des légumes de toutes les formes, couleurs et saveurs, c’est indéniablement une existence créative! Au fur et à mesure que les saisons se terminaient et que je rentrais pour l’hiver, j’étais de plus en plus attirée vers l’écriture musicale. Parce que j’ai reconnu ce désir et que je crois en ma capacité à créer de belles choses tout le temps. Bref, c’est mon amour pour l’agriculture qui m’a ramenée à la musique et a stimulé la création de To Coax a Waltz.

PAN M 360 : Le village de Shigawake est donc une source d’inspiration pour ta musique?

Shaina Hayes : Oui, sans aucun doute.  C’est un endroit incroyablement beau : d’imposantes falaises rouges surplombant l’océan et des champs vallonnés…  Même lorsque je ne m’en inspire pas directement, j’aime à penser que Shigawake est ma principale référence de beauté.  Et en ce sens, mon village inspirera et guidera toujours mes décisions créatives.

PAN M 360 : Y a-t-il un thème central dans To Coax a Waltz? J’ai ressenti de la nostalgie en écoutant plusieurs des pièces.

Shaina Hayes : Le titre To Coax a Waltz est tiré de la chanson Honey Friend, qui a été la première à être enregistrée, pour l’album. C’est peut-être la chanson d’amour la plus gaie.  Le titre vient de la phrase « My stern heart beating a dutiful cue is learning to coax a waltz from all that I do ».  Cette phrase fait allusion à la façon dont la romance peut se répandre et vous donner envie de tomber amoureux de tout ce que vous faites. L’écriture de ces chansons et la création de cet album furent un exercice d’apprentissage visant à tomber amoureux de chaque émotion, de chaque étape et de chaque moment du parcours, apprendre à « amadouer une valse ». C’était, pour moi, le thème de l’album, mais il y est aussi question de deuil, de féminisme et de nostalgie.

PAN M 360 : C’est agréable d’entendre Thanya Iyer sur cet album. C’est une collaboratrice, depuis un certain temps?

Shaina Hayes : Oui, Thanya est une de mes amies les plus chères. Elle et moi faisons de la musique ensemble depuis que nous avons 17 ans, et nous continuons à collaborer dans nos projets respectifs. Je dois une grande partie de mon son et de ma confiance à son influence. Elle est aussi talentueuse qu’elle est gentille.

PAN M 360 : Tu es également agricultrice et horticultrice à plein temps (de manière saisonnière, je suppose). Comment conciliez-vous cela avec la transition vers la musique à plein temps?

Shaina Hayes : Comme je l’ai déjà dit, je cultive des légumes pour mon programme de paniers bio. Cela signifie que pendant l’hiver, j’ai beaucoup de temps libre et d’énergie à consacrer à ma musique. J’ai réussi à aménager mon emploi du temps, à la ferme, pour participer à un festival de temps en temps, mais j’essaie de faire le gros de mon travail d’écriture, d’enregistrement et d’interprétation l’automne, l’hiver et le printemps, quand ça se calme à la ferme.

PAN M 360 : Peux-tu nous citer certaines de tes influences?

Shaina Hayes : Blake Mills, Big Thief, Julia Jacklin, Andy Shauf… et bien sûr Dolly et Shania.

PAN M 360 : La vie à la ferme est-elle aussi une source d’inspiration pour tes textes?

Shaina Hayes : Absolument.  La plupart des tâches que j’effectue à la ferme peuvent être assez répétitives et sans intérêt (désherber, récolter, etc.), j’ai donc tendance à avoir beaucoup de temps pour laisser mon esprit vagabonder pendant que je travaille. C’est souvent à ce moment-là que j’ai mes premières idées de chansons. Les événements qui se produisent à la ferme ont également tendance à fournir beaucoup de matière pour des métaphores, comme le passage « you’re a soft slipping mud in my hands » de ma chanson Mud.

PAN M 360 : Faut-il être déprimé pour écrire une chanson triste ou heureux pour écrire une chanson joyeuse? La chanson est-elle meilleure si ce qu’elle raconte s’est réellement produit?

Shaina Hayes : Je ne le pense vraiment pas. Vouloir et pouvoir exprimer ce que l’on ressent, que l’on soit heureux ou triste, est un élément crucial de la compréhension de soi; c’est donc essentiel pour se construire une vie équilibrée et heureuse. Je crois que la clé d’une bonne chanson réside dans une perspective qui touche quelqu’un. Je crois aussi que c’est possible, que cela vous soit réellement arrivé ou non.

PAN M 360 : King tranche sur l’ambiance de l’album, selon moi. C’est une pièce enjouée, par opposition au folk éthéré des autres chansons. C’était ton intention?

Shaina Hayes : Oui, l’album a été réalisé par Francis Ledoux et David Marchand, deux des membres du groupe de noise-rock montréalais Zouz avec qui je chante aussi, à l’occasion. Zouz est l’un de mes groupes préférés et, bien que King ne soit pas aussi bruyante ou rock que ce que fait Zouz, j’avais bien précisé que ce morceau devait s’en rapprocher le plus. C’est différent du reste, mais j’ai vraiment pris du plaisir à faire cette pièce et j’espère aller davantage dans cette direction, à l’avenir.

PAN M 360 : Quelle chanson préfères-tu, sur l’album? Et pourquoi?Shaina Hayes : Ça fluctue beaucoup! Mais je pense que Mud a toujours été en tête de liste. Je crois que c’est elle qui correspond le plus fidèlement à mon style, et qu’elle met en valeur la musicalité géniale de David Marchand.

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