KORVN et son EP Tidal Waves : déferlante techno face à la montée des eaux

Entrevue réalisée par Elsa Fortant
Genres et styles : électronique / techno

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Français installé à Montréal, KORVN est un DJ et producteur techno émergent engagé, comme le prouvent ses collaborations multiples avec le label techno activiste montréalais MFC Records. Après une première participation à la compilation Strangers In their Own World (2021) dont l’objectif était de sensibiliser aux droits civiques et à l’itinérance, KORVN dévoile l’étendue de son talent avec un premier EP, Tidal Waves, qui nous rappelle l’urgence climatique à laquelle nous faisons face. Tous les bénéfices seront reversés à la Fondation canadienne David Suzuki.

La musique techno a souvent été associée à l’activisme, en particulier dans sa capacité à rassembler des communautés diverses et à promouvoir des idées progressistes. Les racines de la musique techno remontent aux contre-cultures noires des années 1980, portées par des collectifs d’artistes comme Underground Resistance (Detroit), se définissant eux-mêmes comme « Un mouvement qui veut du changement par une révolution sonique » (notre traduction, extrait de leur manifeste).

Bien qu’elle se soit mondialisée et commercialisée (parfois à outrance), la musique techno est restée un moyen pour les artistes de transmettre des messages politiques et sociaux portant sur la lutte contre la discrimination, la promotion de l’égalité et l’opposition à l’oppression. Des festivals de musique techno tels que le Detroit Electronic Music Festival et la Love Parade de Berlin ont également servi de plateformes pour les manifestations pacifiques et la défense des droits des minorités.

Aujourd’hui, la musique techno continue d’inspirer l’activisme, et inversement. Elle est une source d’inspiration pour des jeunes et moins jeunes générations de DJ et de producteur-trices engagé-es qui cherchent à promouvoir le changement social et la justice. KORVN en fait partie.

Crédit photo : Flore Boubila

PAN M 360 : Vous avez déjà collaboré à la première compilation de MFC Records en 2021, vous avez donc un historique avec ce label. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

KORVN : Je ne peux pas ne pas parler de MFC sans parler de mon amitié avec Camille Bernard alias BitterCaress qui est la maman de MFC Records. Nous nous sommes rencontrés il y a 5 ans lorsque j’ai rejoint le collectif OCTOV pour organiser des événements, et pour lequel je suis maintenant DJ résident. On a toujours eu un peu les mêmes intérêts musicaux, on s’est un peu lancé en même temps dans la musique, elle m’inspire beaucoup et de fil en aiguille, après avoir participé à la première VA du label, joué pour le podcast Mixing For A Cause, elle m’a donné la chance de faire mon propre projet, mon premier EP.

PAN M 360 : Avec votre EP Tidal Waves, vous avez décidé de sensibiliser à l’urgence climatique, pourquoi ?

KORVN : C’est un sujet qui prend de la place mais qui est aussi parfois difficile à mettre de l’avant parce qu’il y a plein d’autres choses grave qui se passe. Là, c’est sûr qu’on traverse des périodes difficiles, on ne peut pas nier les autres enjeux sociopolitiques dans le monde avec la guerre en Ukraine par exemple. Cependant, je pense que le réchauffement climatique est un problème qui est tout aussi global et qui va nécessairement engendrer d’autres situations d’instabilité à cause des réfugiés climatiques, des problèmes de ressources, de la perte de la biodiversité et pour ces raisons c’est important de continuer à s’exprimer sur ce sujet-là. Ça me tient à cœur aussi personnellement, parce que je fais partie d’une génération qui fait beaucoup d’éco anxiété et qui se pose beaucoup de questions sur l’avenir, pessimiste, qui a du mal à accepter qu’on vit dans un système qui ne va pas dans le bon sens.

PAN M 360 : Comment cette pensée se traduit-elle conceptuellement dans l’EP ?

KORVN : J’ai réfléchi les morceaux de l’EP avec cette vision-là sur l’environnement. L’EP s’appelle Tidal Waves qui fait référence à la montée des eaux à laquelle on fait déjà face. L’environnement, c’est pas juste la biodiversité, c’est aussi les gens qui vont être déracinés de leur culture, qui vont devoir partir de leur environnement, comme c’est le cas par exemple au Panama. « I’m Dying » c’est un énième appel de la planète qui est assez équivoque. « Second Skin » c’est l’idée que la planète est un organisme vivant qui finira par s’en remettre, même si on n’existe plus pour le voir, donc c’est un peu son renouveau.

PAN M 360 : Vous avez choisi de reverser les bénéfices à la fondation David Suzuki, pouvez-vous m’en dire plus ?

KORVN : Il y a beaucoup de fondations et d’organismes qui œuvrent pour la cause environnementale. Je dirais que ce n’est pas qu’elle est meilleure que les autres mais premièrement, c’est une fondation canadienne. Je trouvais ça important d’être proche de ce qui se passe un peu plus localement. J’aime aussi leur vision, ils s’appuient sur l’idée de donner le pouvoir aux gens de faire des choses à leur échelle, c’est une démarche intéressante.

PAN M 360 : Au quotidien, comment vous engagez-vous pour la lutte contre le réchauffement climatique ?

KORVN : Je mange de moins en moins de viande et je fais attention autant que possible à l’origine des produits que je consomme, même si ce n’est pas facile car c’est coûteux. J’apporte ma gourde autant que possible avec moi. Ce sont des petits gestes. En tant que DJ, je participe à l’initiative éco-rider lancée par Bye Bye Plastic qui vise à promouvoir la responsabilisation des organisateurs d’événements, pour par exemple limiter les plastiques à usage unique. Dans mon rider, à travers mes demandes, je peux encourager des bonnes pratiques. Et puis surtout j’en parle autour de moi, j’en fais un sujet de discussion.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous présenter les artistes avec qui vous collaborez sur cet EP ?

KORVN : Je suis vraiment content d’avoir pu collaborer avec que ça soit Lucas donc URUBU, Aisha et Lifka, ce sont tous-tes des artistes qui me tiennent à cœur. URUBU est un artiste et un producteur que je respecte énormément et avec qui c’est vraiment plaisir de collaborer. On a déjà travaillé ensemble et le morceau de l’EP est issu d’une ébauche de morceau qu’on avait fait pour notre première collaboration, c’est là depuis longtemps. Lifka c’est un artiste allemand que j’apprécie énormément. Ce que je trouve cool c’est c’est pas exactement le même style de techno, mais je suis quelqu’un de très éclectique, même dans mes DJ set et du coup je suis assez content qu’il ait eu envie de se réapproprier cette track et de l’emmener complètement ailleurs. Et Aisha que j’ai découvert pendant mon processus de création et que je ne cesse de suivre depuis. C’est une artiste montante dont j’adore la patte un peu psy. Ça fait partie des trucs qui m’ont toujours fait tripé, j’avais découvert un peu la musique électronique avec les teufs en France et la psy faisait partie des soirées que je côtoyais. Ces sonorités-là m’ont toujours plu et je suis très heureux que ça se retrouve sur l’EP, même si je ne l’avais pas anticipé.

PLUS D’INFORMATIONS SUR L’ÉVÉNEMENT DE LANCEMENT DE L’EP – le 21 avril 2023 au Newspeak. 1$ par billet sera reversé à la Fondation David Suzuki.

ACHETEZ L’EP. Tous les bénéfices des ventes de musique de MFC004 iront à la Fondation David Suzuki.

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