Quatuor Molinari: John Rea et Dmitri Chostakovitch juxtaposés

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : classique / classique moderne

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Pour ce programme du 16 février au Conservatoire de musique de Montréal, deux compositeurs ont été sélectionnés par le Quatuor Molinari: feu le Russe Dmitri Chostakovitch et le Canadien John Rea. Le compositeur montréalais avait composé Objets perdus pour le Quatuor Arditti en 1992 et,  pour commémorer ses 80 ans de vie et pour assurer une descendance à Objets perdus, le Molinari lui a commandé Objets perçus, la création est prévue ce vendredi ! Quant à Chostakovitch, le 10 et le 13 ont été choisis cette fois, l’exécution a été prévue en alternance avec les œuvres de John Rea.  Pour en savoir davantage, la directrice artistique, fondatrice et premier violon du Quatuor Molinari fournit à PAN M 360 de généreuses explications.

 

PAN M 360 : Pourquoi lier les œuvres de John Rea et Chostakovitch? 

Olga Ranzenhofer : Elles ne sont pas liées mais plutôt juxtaposées, car nous voulons précisément mettre en parallèle deux œuvres majeures du compositeur québécois John Rea avec deux œuvres majeures de Dimitri Chostakovitch.

PAN M 360 :  Vous avez choisi d’interpréter les compositeurs en alternance, pourquoi?

Olga Ranzenhofer : Je crois que ce sera intéressant d’alterner car la musique de ces deux compositeurs est très différente. La mécanique infaillible et la grande originalité de la musique de Rea sera mise en parallèle avec les fortes émotions de la musique de Chostakovitch. En jouant deux quatuors de chaque compositeur, l’auditeur pourra entendre les ressemblances, la parenté des œuvres de chacun des compositeurs tout en notant leurs différences. Hormis les concerts d’intégrales, c’est rare d’entendre dans une même soirée plus d’une œuvre d’un compositeur, nous avons donc décidé de le faire avec deux compositeurs.  

PAN M 360 : John Rea a composé Objets perdus pour le Quatuor Arditti en 1992. Pouvez-vous décrire brièvement les enjeux de cette œuvre? 

Olga Ranzenhofer : Étant écrite pour le célèbre Quatuor Arditti, John Rea n’avait aucune restriction quant aux difficultés techniques et rythmiques en écrivant ce quatuor. Les jeux rythmiques sont d’une grande complexité et c’est un beau défi que de jouer cette œuvre.

PAN M 360 :  Comment est-elle construite? 

Olga Ranzenhofer : Rea est un compositeur qui joue avec les structures et aime se mettre des contraintes lorsqu’il compose. Dans Objets perdus, il s’amuse à enlever des objets (des notes) dans chacun des douze mouvements tout en allongeant la durée des mouvements au fur et à mesure que l’œuvre se déroule. Le premier mouvement ne dure que quelques secondes tandis que le dernier, plus de trois minutes. 

PAN M 360 : Pourquoi l’avoir choisie spécifiquement?

Olga Ranzenhofer : Ce quatuor est un classique de la musique québécoise. Nous l’avions jouée il y a plusieurs années et sommes très heureux de le refaire. 

PAN M 360 : Pour souligner les 80 ans de John Rea, le Quatuor Molinari lui a commandé un nouveau quatuor, Objets perçus, qui sera créé ce vendredi 16 février.

Olga Ranzenhofer : Ayant composé son premier quatuor il y a plus de trente ans, John Rea nous a dit que cet anniversaire serait une belle occasion pour lui de « faire un fils ou un petit-fils à Objets perdus! » Le nouveau quatuor, Objets perçus a de belles affinités avec Objets perdus; on y retrouve les jeux rythmiques, la recherche dans la forme et la structure de l’œuvre, tout cela avec une écriture plus lyrique. C’est une œuvre splendide .

Objets perçus est répartie en cinq mouvements. Les quatre premiers mouvements sont divisés en trois sections distinctes et contrastantes tandis que le dernier morceau, qui est assez court, est d’un seul tenant. 

PAN M 360 : Le Molinari a déjà interprété le cycle des 15 quatuors de Chostakovitch, et cette fois, vous en avez choisi deux qui sont rarement joués, le 10 et pe 13. Pourquoi sont-ils rarement joués d’après vous?

Olga Ranzenhofer : Les 15 quatuors de Chostakovitch sont des œuvres phares du répertoire pour quatuor à cordes. Bien sûr il y en a qui sont plus joués que d’autres, mais à mon avis, ils sont tous extraordinaires. Le 13e quatuor que nous jouerons est une œuvre très sombre, que Chostakovitch a écrite entre deux longs séjours à l’hôpital en 1970. La mort commençait à le hanter et la solitude et le désespoir sont des émotions qu’il vivait et qu’il a transposées dans cette œuvre. Ce quatuor est moins joué car il est très difficile et délicat, la musique étant très dépouillée. C’est le seul des 15 qui est en un seul mouvement.  Malgré son état de santé très fragile et la fin de sa vie qui approche, Chostakovitch y explore de nouvelles avenues dans ce quatuor. Cette œuvre  fait partie de la série des 4 quatuors dédiés aux membres du Quatuor Beethoven; le 13e a été écrit pour l’altiste Vadim Borissovsky. 

Le 10e quatuor est plus accessible et je ne sais pas pourquoi il n’est pas joué plus souvent. Après un premier mouvement introductif, le second est frénétique et violent. On y entend l’agressivité et l’intensité comme seul Chostakovitch sait le faire. Un extraordinaire mouvement lent en forme de passacaille et d’une grande expressivité nous soulage de cette violence et nous apaise. Le dernier mouvement est un allegretto au motif malicieux, en forme de rondo très libre.

PAN M 360 :  Ces deux quatuors ont été composés à un stade assez avancé de la carrière de ce génie russe – 1964 et 1970. Que représentent-ils selon vous dans son fameux répertoire de quatuors à cordes?

Olga Ranzenhofer : Le 10e est écrit dans sa période de grande maturité. Il est parfait! Il y a plusieurs moments magiques dans ce quatuor, entre autres dans la passacaille et aussi dans le dernier mouvement lorsque le thème du 1er mouvement revient. 

Le 13e est un des quatre quatuors dédiés aux musiciens du Quatuor Beethoven. Celui-ci a été écrit pour Vadim Borissovsky, l’altiste du groupe et fait donc une large place à cet instrument. Malgré son état de santé très fragile et la fin de sa vie qui approche, Chostakovitch explore de nouvelles avenues dans ce quatuor.

PAN M 360 : Chostakovitch n’est-il pas un compositeur clé de votre répertoire? Pourriez-vous nous dire pourquoi?

Olga Ranzenhofer : On adore jouer les quatuors de Chostakovitch. C’est très formateur pour un quatuor de travailler ces œuvres : l’intonation doit être parfaite, l’émotion juste, l’ensemble irréprochable. Comme quatuor, nous nous sentons privilégié de pouvoir travailler ces chefs-d’œuvre. En mai 2025, nous ferons un grand événement « Le Quatuor selon Chostakovitch » au cours duquel nous jouerons l’intégrale des 15 quatuors pour souligner le cinquantenaire de la mort de Chostakovitch.

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