FMCM: Pour le concert de clôture, 2 chefs-d’oeuvre de Tchaikovski et une correspondance très spéciale

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : classique / période romantique

renseignements supplémentaires

Depuis 1995, le Festival de musique de chambre de Montréal présente une série de programmes en juin fin mélange de répertoire classique et jazz. Le violoncelliste Denis Brott en est l’instigateur et en assume toujours la direction artistique. Le FMCM se conclut dimanche par un concert qui met en lumière la relation du compositeur russe Piotr Ilitch Tchaïkovski avec sa mécène Nadezhda von Meck. 

Le concert sera assorti d’une expérience inédite à la Maison symphonique: les musiciens et le public seront réunis sur la scène, le programme sera assorti d’une performance théâtrale, le compositeur et la muse étant incarnés par des acteurs, soit Jean Marchand et Anne-Julie Proulx. Joint par PAN M 360, Denis Brott nous explique les tenants et aboutissants de ce concert de clôture.

PAN M 360 : Ainsi donc, nous entrons dans la vie privée du fameux compositeur russe.

DENIS BROTT : Tchaïkovski a eu une vie tourmentée, en tout cas inhabituelle pour son époque. Oui, il était homosexuel, il était évidemment discriminé, et il s’est marié même si ce n’était pas ce qu’il voulait. 

PAN M 360 : Vous avez voulu en rendre compte à travers ce programme?

DENIS BROTT :  Avec l’aide de Michèle Marchand, on a sélectionné il y avait 2 000 lettres échangées entre Tchaïkovski et Nadezhda von Meck. Elle était une femme très riche, la veuve d’un magnat  des chemins de fer. L’argent n’était pas un problème pour elle. Elle adorait la musique. Elle a entendu la musique de Tchaïkovski, elle est tombée amoureuse. Pendant 12 ans, elle l’a supporté financièrement à 100 %. Elle lui a permis de quitter son poste au Conservatoire de Moscou et elle a entièrement financé sa carrière. Ils ont échangé plus que 2 000 lettres, plusieurs lettres intimes et je dirais même des lettres d’amour. Étant donné que Tchaïkovski était gay, ils ne se sont jamais rencontrés.

PAN M 360 : Ce fut une relation platonique, dirait-on.

DENIS BROTT : Platonique, oui. Ils ont communiqué intensément et il y avait une sorte de relation de codépendance. Et  c’est très inhabituel que cette relation ait duré si longtemps dans le contexte de cette époque. Et il y a des éléments tragiques là-dedans : quelques mois après le décès de Tchaïkovski (certains pensent qu’il se serait suicidé), Madame Von Meck est morte.

PAN M 360: Quant au choix des œuvres ?

DENIS BROTT :  J’ai programmé deux grandes œuvres. D’abord en première partie le Trio pour violon, violoncelle et piano, qui est un chef-d’œuvre malgré le fait que Tchaïkovsky ait déjà considéré que ces trois instruments constituaient une mauvaise combinaison.

En deuxième partie, nous jouons Le Souvenir de Florence, qui est un sextuor que j’ai arrangé pour 17 cordes incluant la contrebasse. Ce sera donc une première dans cette version. 

Entre les mouvements, on a Jean Marchand, qui va jouer le rôle de Piotr Ilić Tchaïkovski et Anne-Julie Proulx qui campera celui de Nadezhda von Meck. Le script est vraiment émouvant : écouter le contenu de ces lettres et ensuite écouter la musique, cela produit une symbiose tout à fait étonnante.

PAN M 360 : Et c’est donc vous qui avez écrit cette adaptation  du sextuor pour 17 cordes.

DENIS BROTT : Exactement. C’est la première fois de ma vie, en fait. On va voir si ça réussit ou pas, mais on doit prendre des risques dans la vie. Il faut être aventureux !

PAN M 360 : Avez-vous eu le soutien d’autres professionnels pour y parvenir?

DENIS BROTT : Non, mais j’ai montré mon travail à des collègues musiciens que je respecte, afin d’avoir leur opinion. Je dois dire que chaque personne qui a regardé la partition s’est montrée très enthousiaste. 

PAN M 360 : Pour la clôture du FMCM, donc on se déplace de la Salle Bourgie vers la Maison symphonique.

DENIS BROTT : On pourrait se dire que ce n’est pas un espace pour la musique de chambre, qui requiert un espace plus intime. Mais ce que j’ai décidé de faire, je crois c’est la première fois à la Maison symphonique, c’est de disposer les musiciens sur scène dos aux sièges de la salle et on va mettre le public sur la scène, face aux musiciens et aussi dans les sièges des chœurs. Et donc ça fait une capacité d’accueil de 360 personnes. En quelque sorte, c’est un salon dans une salle.

PAN M 360 : On a vu un tel concept au Théâtre Maisonneuve pendant la Virée classique de l’OSM, mais pas à la Maison symphonique.

DENIS BROTT : Ça n’a jamais été fait, et je le fais parce que l’acoustique de cette salle est parmi les meilleures. C’est juste pour l’intimité de la musique de chambre, cet espace est trop grand. Et il n’y a pas vraiment de salle de musique de chambre avec une bonne acoustique à la Place des Arts.

PAN M 360 : Mais pourquoi alors ne pas présenter ce programme dans une salle propice à la musique de chambre, comme la Salle Bourgie?

DENIS BROTT : Parce que je voulais faire une expérience. Après 28 ans de programmation du festival, je cherche toujours à mener des nouvelles expériences, que ça soit dans le contenu musical pour les interprètes autant que dans la façon de le présenter au public. Et la Place des Arts est très connue du grand public ! 

PAN M 360 : Et donc la Maison symphonique était la seule salle de de la PdA avec une acoustique appropriée à la musique sans amplification.

DENIS BROTT : Oui. On a besoin d’ un écho qui dure plus d’une seconde, soit 1.5 ou 1.6 secondes pour obtenir la résonance nécessaire. On a ça à la Maison symphonique et on ne l’a pas ailleurs à la PdA. Anyway, on va essayer, et je crois que pour le public, ça sera une véritable expérience immersive; les spectateurs seront très proches des interprètes et aussi, ils pourront entendre une histoire qui n’a jamais été racontée !

PAN M 360 : C’est vrai que cette correspondance épistolaire entre Tchaïkovski et sa mécène, on la connaît peu ou pas du tout.

DENIS BROTT : Exact. Cette relation amoureuse et non physique est un fait intéressant à relater artistiquement.

PAN M 360 : Alors il y aura 17 musiciens sur scène et deux acteurs pour nous faire vivre cette expérience.

DENIS BROTT : Plus précisément, 8 violons, 4 altos, 4 violoncelles et une contrebasse. 

PAN M 360 : Il faut toujours essayer de nouvelles choses.

DENIS BROTT :  Même à mon âge ! J’ai la chance d’être encore éveillé et enrichi par tout ce que je découvre dans la musique. C’est passionnant. Et la nécessité de se maintenir en forme en jouant un instrument, c’est très physiologique, je dirais même athlétique.

PAN M 360 : Pourquoi s’arrêter de faire ce qu’on aime? Il n’y a aucune raison de s’arrêter.

DENIS BROTT : C’est la même chose dans n’importe quel métier, je crois. Si on n’aime pas ce qu’on fait, c’est du travail. Si on aime ce qu’on fait, ce n’est pas du travail. 

LE CONCERT DE CLÔTURE DU FESTIVAL DE MUSIQUE DE CHAMBRE DE MONTRÉAL SE TERMINE CE DIMANCHE, 15H30, À LA MAISON SYMPHONIQUE . BILLETS ICI

Tout le contenu 360

Francos 2026 | Avant la scène Desjardins, Rymz livre ses confidences

Francos 2026 | Avant la scène Desjardins, Rymz livre ses confidences

Montréal Baroque 2026 | Entre bouffe, whiskey, concerts et découvertes : Plein de sensations juste avant l’été

Montréal Baroque 2026 | Entre bouffe, whiskey, concerts et découvertes : Plein de sensations juste avant l’été

Classica 2026 | 1001 histoires de guitare avec Tommy Dupuis

Classica 2026 | 1001 histoires de guitare avec Tommy Dupuis

FRANCOS 2026 | Évidences et pépites, Maurin Auxéméry défend sa prog

FRANCOS 2026 | Évidences et pépites, Maurin Auxéméry défend sa prog

Jeunesses Musicales Canada 2026-2027 : Mission musique pour tous

Jeunesses Musicales Canada 2026-2027 : Mission musique pour tous

SuperMusique X Le Vivier | La Chorale Joker et le langage des signes

SuperMusique X Le Vivier | La Chorale Joker et le langage des signes

FMCM 2026 | John-Henry Crawford, jeune artiste passionné

FMCM 2026 | John-Henry Crawford, jeune artiste passionné

Classica 2026 | Notre-Dame de Paris symphonique et lyrique, libre vision de Simon Leclerc

Classica 2026 | Notre-Dame de Paris symphonique et lyrique, libre vision de Simon Leclerc

FMCM 2026 | Jens Lindemann, ex-Canadian Brass, se fait plaisir avec un big band tout Montréalais

FMCM 2026 | Jens Lindemann, ex-Canadian Brass, se fait plaisir avec un big band tout Montréalais

FMCM 2026 | Yoanna Prodanova revient à l’une de ses maisons

FMCM 2026 | Yoanna Prodanova revient à l’une de ses maisons

Classica X Le Vivier |  L’hiver attend beaucoup de moi: l’opéra, le féminisme, l’hiver

Classica X Le Vivier | L’hiver attend beaucoup de moi: l’opéra, le féminisme, l’hiver

La vie est un parfum : conclusion de la Trilogie des odeurs de Jacques Kuba Seguin

La vie est un parfum : conclusion de la Trilogie des odeurs de Jacques Kuba Seguin

L’Entracte Cabaret Jazz : Un nouveau club 100% jazz ouvre ses portes à Montréal

L’Entracte Cabaret Jazz : Un nouveau club 100% jazz ouvre ses portes à Montréal

Classica 2026 | Rock symphonique: au tour de Supertramp!

Classica 2026 | Rock symphonique: au tour de Supertramp!

FMCM 2026 |  Cameron Crozman, la musique de chambre droit au cœur

FMCM 2026 | Cameron Crozman, la musique de chambre droit au cœur

La Commission B à Saint-Casimir: « complètement organique »

La Commission B à Saint-Casimir: « complètement organique »

Festival Énergik en Mauricie: musique, manèges, éco-responsabilité, communauté

Festival Énergik en Mauricie: musique, manèges, éco-responsabilité, communauté

FMCM 2026 | Trois midis avec Bach et Sirena Huang

FMCM 2026 | Trois midis avec Bach et Sirena Huang

Classica 2026 | Jorane & Oktopus, « Rêvances sans paroles »… et les mots de Gabriel Paquin Buki

Classica 2026 | Jorane & Oktopus, « Rêvances sans paroles »… et les mots de Gabriel Paquin Buki

Classica 2026 | La longueur sublime des Trios pour piano de Schubert

Classica 2026 | La longueur sublime des Trios pour piano de Schubert

Classica 2026 | Michel Legrand, chant lyrique, symphonie, jazz… Lorraine Desmarais raconte

Classica 2026 | Michel Legrand, chant lyrique, symphonie, jazz… Lorraine Desmarais raconte

La renaissance musicale de Mantisse

La renaissance musicale de Mantisse

SAT | Johnny Jewel de retour à Montréal pour le live set d’une œuvre vaste et impressionnante

SAT | Johnny Jewel de retour à Montréal pour le live set d’une œuvre vaste et impressionnante

Festival de la chanson de Tadoussac, culture, nature au coin du fjord et de l’estuaire

Festival de la chanson de Tadoussac, culture, nature au coin du fjord et de l’estuaire

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné