Festival Classica : le NOM fait renaître Miguela de Théodore Dubois

Entrevue réalisée par Alexandre Villemaire
Genres et styles : classique / opéra

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Le Nouvel Opéra métropolitain (NOM), division lyrique du Festival Classica, conclura sa première édition ce mercredi à la Salle Claude-Champagne. Après deux prestation, dont une création mondiale d’Airat Ichmouratov (L’Homme qui rit) et la recréation d’une opérette de Jules Massenet (L’adorable Belboul), toutes deux ayant été très bien reçue par la critique, le NOM se consacre maintenant au grand opéra français en créant Miguela (1891) de Théodore Dubois, que Marc Boucher, directeur général et artistique du festival, qualifie de « testament lyrique » du compositeur. Pour conclure cette première édition lyrique, nous avons pu discuter avec celui qui sera au podium pour diriger le dernier opéra qui sera présenté en version concert, Benjamin Levy, chef principal de l’Orchestre national de Cannes. Voici ce qu’il nous a confié.

PAN M 360 : Est-ce la première fois que vous venez diriger au Québec?

Benjamin Levy : Oui, absolument. Et même sur le continent américain! J’ai fait un bout de mes études aux États-Unis à Aspen, mais je n’ai jamais dirigé sur le continent américain. C’est ma grande première et je suis très content d’être ici.

PAN M 360 : Comment se passent les répétitions avec l’orchestre et la distribution de l’opéra?

Benjamin Levy : Ça se passe très bien. C’est vraiment très agréable. Je suis assez épaté de la qualité de la distribution. Les chanteurs sont vraiment remarquables et je suis vraiment ravi de travailler avec cette belle équipe.

PAN M 360 : Sur le projet en tant que tel, à quand remonte votre implication dans cette création de Miguela de Théodore Dubois?

Benjamin Levy : Marc Boucher et moi nous étions rencontrés à l’occasion d’un concert dans lequel il chantait sous la direction de Jean-Claude Magloire à Versailles il y a quelques années. C’est à ce moment qu’il m’avait parlé de cet opéra. À la suite de quoi il y a eu la Covid et donc après environ deux ans à en parler, je suis ravi que ce projet voie enfin le jour. D’ailleurs, je trouve toujours, en tant que Français, que j’ai un petit peu honte pour mon pays parce qu’il y a dans ce Festival Classica 2023 deux opéras qui n’ont jamais été représentés en France. Et qui, grâce à l’énergie, l’initiative et la détermination de Marc Boucher, voient leurs premières représentations au Québec. Donc, L’adorable Belboul de Massenet et puis maintenant ce Miguela de Théodore Dubois. Je trouve que c’est formidable de pouvoir ressusciter ces œuvres.

PAN M 360 : Il est intéressant de mentionner que dans la distribution, celui qui va créer le rôle principal de Martigny, Emmanuel Hasler, est un étudiant originaire de Limoges et inscrit au doctorat à l’Université de Montréal.

Benjamin Levy : Absolument! C’est une belle collaboration entre nos deux pays.

PAN M 360 : Parlez-nous un peu de l’histoire de l’opéra. Que raconte-t-elle ?

Benjamin Levy : Ça se passe pendant les guerres napoléoniennes, pendant un épisode qui n’est plus vraiment très connu maintenant, soit la Guerre d’Espagne (1808-1814) qui a été assez sanglante. C’est un peu l’histoire de Roméo et Juliette, puisque c’est un colonel français, Martigny, interprété par Emmanuel Hasler, qui tombe amoureux de Miguela [NDLR: Interprétée par Myriam Leblanc], une noble espagnole et qui est censée représenter l’ennemi. À travers bien des obstacles une histoire d’échange d’otages et d’intrigues assez rocambolesques ils font fi de l’opposition de leurs deux pays pour déclarer leur amour : c’est l’amour qui triomphe sur les haines militaires.

PAN M 360 : Il s’agit donc d’un opéra que l’on peut quand même assez conventionnel dans les codes de l’opéra du XIXᵉ siècle?  

Benjamin Levy : Oui, tout à fait. C’est un opéra bien dans son époque. Ce qui est intéressant, c’est que la musique est assez hybride. Il est vrai que Théodore Dubois est un compositeur un peu négligé dans l’histoire de la musique. Ce n’est ni Jules Massenet, ni Paul Dukas, ni Ambroise Thomas ou Meyerbeer. Mais, Dubois est un compositeur intéressant, qui mérite qu’on s’y intéresse. C’est à la fois un très grand opéra français et teinté de moments ou l’on voit que Wagner est passé par là avec une couleur assez debussyste par moment. C’est vraiment une œuvre à la lisière de différents styles. Même si l’histoire est assez conventionnelle, la musique ne l’est pas et c’est cela qui est très intéressant.

PAN M 360 : Justement à ce propos, comment qualifieriez-vous la musique de Théodore Dubois dans le cas de Miguela et en quoi est-elle semblable ou différente avec le reste de son œuvre?

Benjamin Levy : Il y a des parties qui sont vraiment dans l’air du temps avec de grands moments d’orchestre où il n’y a pas de récitatifs à proprement parler, mais des sortes d’arioso entre l’air et le récit avec, comme je vous le disais, des harmonies très intéressantes, très wagnériennes et puis des éléments éminemment français et des moments qui me font penser à du Paul Dukas. C’est vraiment un style particulier et intéressant avec une orchestration assez riche et avec beaucoup de ressorts. Là, c’est une version concert, donc on ne se rendra pas bien compte de tous les éléments, mais il y a de la musique de scène avec un orchestre sur le plateau qui se sépare de l’orchestre qui est dans la fosse; des doubles chœurs, représentant les Espagnols qui chantent contre les Français. C’est très riche comme écriture et assez inattendu parfois. Je m’étais intéressé à son opéra Aben-Hamet qui avait été monté par Classica.  

Il y a une autre chose aussi, qui est tout à fait dans l’air du temps dans la France de la fin du XIXᵉ siècle où il y a un goût pour l’orientalisme, donc une fascination pour les idiomes et les éléments musicaux extérieurs à la France. Dans ce cas-ci, on retrouve des castagnettes, guitares et autres mandolines. Il y a un goût pour cette chose un peu lointaine. 

PAN M 360 : En tant que chef d’orchestre, comment aborde-t-on une partition qui n’a jamais encore été jouée pour donner vie et rendre justice à la substance musicale que le compositeur a imaginée? Quel est votre rôle là-dedans?

Benjamin Levy : C’est une bonne question. On est vraiment comme des traducteurs, tout comme les interprètes lorsqu’ils font de la traduction d’une langue à l’autre. On a la partition et beaucoup de codes de l’époque qui nous guident avec les modes de jeux par exemple pour voir dans quel langage ça se situe. Mais, il y a des éléments effectivement où il faut se mettre dans les pas du compositeur et essayer d’imaginer vraiment ce qu’il voulait. C’est assez passionnant comme entreprise puisqu’il faut justement se poser des questions. 

Avec Vincent Boyer qui a fait l’édition et qui a reconstitué la partition, on regarde quelquefois le manuscrit en disant « Là tu vois, c’est un peu effacé. Qu’est-ce que tu crois que c’est?  Il a écrit ça, mais est-ce que ça fait sens ? », etc.  Le processus normal voudrait que le compositeur mette son œuvre à l’épreuve des musiciens et qu’il change toujours des choses un peu au contact des interprètes. Comme l’œuvre n’a jamais été jouée, elle est restée un peu à l’état brut. Il faut donc faire ce que le compositeur aurait fait lui-même s’il avait présenté en répétition. Par exemple, il y a un accord de harpe qui n’est pas jouable. En 1890, le harpiste aurait fait ses commentaires et aurait changé des éléments avec le compositeur.

PAN M 360 : Donc il s’agit vraiment de regarder puis d’adapter la partition avec ce qui est fait aujourd’hui en regard des aspects techniques.

Benjamin Levy : Oui tout à fait.

Miguela sera présenté mercredi, 14 juin à 19 h 30 à la Salle Claude-Champagne. Pour informations et pour vous procurez des billets, c’est ici.

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