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Diorama : le second Bon Enfant a bonne mine!

Interview réalisé par Maude Bélair
Genres et styles : americana / folk-rock / kebamericana / pop-rock

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Daphnée Brisette (autrefois chanteuse chez Canailles) avait déjà séduit la foule avec sa voix imposante et son look digne de Stevie Nicks. Sur Diorama, elle troque la longue robe blanche pour la veste de cuir : sur des airs blues-rock (pensons à la chanson Chagrin d’amour, ou encore Astronaute amateur) elle n’est pas sans rappeler les égéries de la chanson rock keb des époques antérieures, on pense notamment à Marjo ou Diane Dufresne.

Entourée d’une équipe tissée serré, la chanteuse est merveilleusement mise en valeur par une présence accrue de guitares, de claviers et de synthétiseurs. Autre force du groupe, tous les membres participent simultanément à d’autres projets musicaux et contribuent donc à la diversité du paysage musical québécois. Étienne Côté et Mélissa Fortin (autres anciennes Canailles), Alexandre Beauregard (Alex Burger) et Guillaume Chiasson (PonctuationJesuslesfilles) ont mis à profit leurs propres connaissances afin de mettre un projet qui respecte la ligne directrice de Bon Enfant, tout en s’assurant de ne rien faire pareil. 

Pour deux soirs consécutifs, soit les 1er et 2 octobre prochains, Bon Enfant partagera la scène du MTelus aux côtés de Mon Doux Saigneur. Et c’est pourquoi PAN M 360 a rencontré Guillaume Chiasson, guitariste et parolier du groupe (tâche partagée avec Daphnée Brisette), afin de raconter la mise au monde Diorama, le petit dernier.  

PAN M 360 : Bon Enfant, c’est une chose, mais tous les membres du quintette participent simultanément à d’autres projets… Comment est-ce, alors, que de collaborer avec des gens très occupés? 

Guillaume Chiasson : Le truc, c’est de se préparer d’avance! Pour ce qui est de l’écriture des paroles, c’est beaucoup Daphnée et moi qui nous en occupons et quand vient le temps de faire un album, on prévoit des répétitions et des brainstorms pour en parler toutes et tous ensemble. Évidemment, il est arrivé une ou deux fois qu’un.e membre soit absent.e durant un spectacle à cause d’un conflit d’horaire et que nous devions le.la remplacer, mais ce n’est pas chose fréquente. Au final, je suis fier de nous et de notre capacité à bien communiquer. 

PAN M 360 : Tu as la réputation d’être le gars rock de la formation, car en plus de jouer avec Bon Enfant, tu joues dans Ponctuation, Jesuslesfilles et même avec The Blaze Velluto Collection. Étienne, Daphnée et Mélissa sont des anciennes de Canailles, et Alexandre Beauregard s’affaire à son projet Alex Burger. Vous qui êtes toutes et tous des musicien.ne.s aguerri.e.s, est-il difficile parfois de vous accorder sur la trajectoire artistique de Bon Enfant?  

Guillaume Chiasson : Non, pas vraiment… En fait, je te dirais que malgré la multitude d’autres projets auxquels nous participons, tout le monde a une bonne culture musicale et comprend bien où Daphnée et moi souhaitons aller avec le projet. Et l’idée est que nous soyons un groupe et que tout le monde puisse apporter quelque chose. C’est certain que Daphnée et moi avons le dernier mot sur l’esthétique générale du groupe, mais il est aussi certain que tout le monde y met de sa couleur. 

PAN M 360 : En parlant d’esthétique, vous décrivez la sonorité du premier album homonyme de Bon Enfant comme étant « médiéval fantastique + vin ». Diorama ressemble-t-il toujours à ça, ou vous vous êtes dirigé.e.s vers une autre fantaisie? 

Guillaume Chiasson : En premier lieu, nous voulions que ce deuxième projet nous ouvre davantage de portes. On ne veut pas se répéter ou entrer dans un pattern où l’on se sentirait brimé.e dans sa créativité , donc il est important pour nous de nous réinventer. Ceci étant dit, il est certain qu’avec la voix très caractéristique de Daphnée et la forte identité des musicien.ne.s, nous avons eu le loisir de jouer avec l’univers de chaque chanson, tout en restant cohérents. Je crois que notre son bien distinct finit toujours pas ressortir à un moment ou un autre quand nous écoutons Bon Enfant. Avec Diorama, nous cherchions des sonorités plus rock des années 70, tout en gardant la voix de Daphnée plus posée, vaporeuse, ce qui peut faire penser à Marjo, ou encore Diane Dufresne… Cela nous a clairement inspirés, mais nous avons bien pris soin de mettre tout ça à notre sauce.

PAN M 360 : À l’écoute de Diorama, nous pouvons clairement voir une certaine évolution par rapport à votre premier projet. Ce qui est frappant, c’est l’ajout de différentes textures à l’écoute, notamment avec la présence de claviers et d’effets de modulation à la guitare, ce qui génère des sonorités tantôt rock psychédélique, tantôt country-rock en passant par un rock futuriste… Dans une autre entrevue, Daphnée avait confié ne pas être la plus grande fan des claviéristes dans un band… Qu’est-ce qui l’a fait changer d’avis? 

Guillaume Chiasson : Effectivement, je crois que Daphnée sortait d’une formation plus roots-blues et elle n’était pas toujours d’accord avec les éléments que nous souhaitions apporter, mais avec le temps, elle a vu que non seulement elle pouvait aller vers ces sons, mais aussi qu’elle s’y plaisait. Je crois que nous nous sommes tous.tes décomplexé.e.s avec ce nouvel album. C’est sûr que nous y entendons plus de synthés et de sons étranges que nous ne nous serions peut-être moins permis avant, mais il est certain que nous avons aimé explorer de nouveaux territoires. 

PAN M 360 : En ce qui a trait aux textes, vous avez choisi de continuer à chanter en français, mais je vous cite : « en français poilu, un peu comme Molière avec une barbe ». Que voulez-vous dire?

Guillaume Chiasson : C’est un clin d’œil au premier album où l’on chantait en québécois. Ce que je veux dire par là, c’est qu’on n’essayait pas de chanter dans un français international, nous écrivions comme nous parlions dans notre quotidien. Le français poilu, pour nous, ce n’est pas un français aseptisé, c’est le slang, c’est l’accent et c’est ça que nous voulons assumer. Et cela est toujours présent dans le deuxième album, mais ce n’est pas aussi central qu’avec le premier.  

PAN M 360 : Selon le Larousse, un diorama est une peinture panoramique sur toile qui, présentée dans la noirceur, fait des jeux d’illusion avec la lumière et le mouvement. Pourquoi avoir intitulé ainsi ce deuxième projet? 

Guillaume Chiasson : Nous avions plutôt la définition d’un diorama comme étant une sorte de reconstitution, une maquette que l’on observe derrière une vitrine au musée. Étymologiquement, cela signifie « voir à travers ». Durant le confinement, nous avons écouté beaucoup de séries télévisées où l’on parlait de simulation, d’expérience scientifique reliée à la vie humaine. Cela nous a donné l’idée de ce diorama qui serait notre propre univers. Dans le contexte du confinement et de la création d’un album, ce concept allait à merveille avec ce qu’on voulait dire. 

PAN M 360 : À la sortie de votre premier album, on vous a qualifié de supergroupe! Comment recevez-vous ce titre? Êtes-vous d’accord? 
Guillaume Chiasson : Ce n’est pas un terme que nous affectionnons particulièrement et nous ne le crions pas fort, par peur d’avoir l’air péteux de broue… Je comprends ce que ça peut vouloir dire dans la mesure où nous avons tous.tes participé à nos propres projets, mais… après ça, nous ne dirons jamais ça de nous-mêmes! Nous laisserons les gens juger si nous sommes véritablement un supergroupe.

Crédit photos : Camille Gladu-Drouin

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