électronique / expérimental / contemporain / Musique de création / opéra contemporain

Semaine du Neuf | Baptême du Haut-Parleur… coup de circuit !

par Alain Brunet

Après avoir assisté au Baptême du Haut-Parleur jeudi, il était aisé de conclure que cette performance multimédia, techno-opéra si vous préférez, s’avérait l’événement le plus fédérateur de cette troisième Semaine du Neuf. Le plus percutant. Le plus marquant.

Pourquoi? Pour la grande qualité du fond et de la forme. Pour cet équilibre idéal, atteint entre innovation  formelle et charge émotionnelle. 

D’abord, il y a les balises : tout est facile à identifier dans cette œuvre. La trame dramatique, les référents musicaux, les décors, les projections, les enregistrements, le jeu en temps réel, les éclairages, enfin tous les éléments de ce Baptême emploient des codes connus et en ficellent une proposition contagieuse, ce que peu de performances du genre arrivent à générer.  Or, celle-ci a le potentiel des événements qui marquent l’imaginaire et débordent les cercles de l’avant-garde, voire le public présent à l’Espace Orange du Wilder dans le cas qui nous occupe.

Plus précisément, il  y a cet anthropomorphisme à la fois hilarant et dramatique qu’on colle ici à un haut-parleur devenu personnage, plus précisément le modèle Genelec 8020D. Voilà une posture magnifiquement critique sur notre dépendance quasi fétichiste face aux technologies du son et plus encore… mais puisqu’il s’agit évidemment d’une proposition multidisciplinaire dominée par la musique, tenons-nous en au fétichisme sonore.

Il y a ces décors constitués d’une sorte d’épouvantail parlant, et fournissant une part du sous-texte, il ya ces boîtes et papier d’emballage disposés pêle-mêle au fond de la scène, il y a un écran carré qui complète l’incarnation, je dirais spectrale, de la technologie.

Il y a aussi ce rapport paradoxal que nous entretenons avec les objets de haute-fidélité et la technologie en général. «… pour moi, explique Sarah Albu dans l’interview accordée à Judith Hamel, il y a un fil conducteur qui critique la surconsommation dans la société contemporaine, mais il y a aussi une histoire d’amour et d’enchantement, une phase d’engouement, puis une prise de conscience progressive du bagage complexe que porte cet objet, après que mon personnage ait développé un attachement à l’objet et lui ait déclaré son amour. »  Nuance importante, car on peut certes critiquer la consommation à outrance dans les marchés capitalistes, mais on ne peut non plus notre attachement à certains objets qui en sont le fruit… défendu ?

Il y a également cette intégration fluide et efficace des référents musicaux : chant lyrique, folklore, musique contemporaine, musique électronique (drone, techno, dark ambient, etc.) sont au service de formes simples, efficaces, faciles à intégrer. La complexité de l’œuvre  se trouve plutôt dans la nature de l’alliage de ses pratiques que dans ses charpentes musicales en tant que telles.

Ainsi, trois protagonistes sur scène se consacrent à l’existence et au destin d’un haut-parleur que l’on traite comme son enfant, à tout le moins son protégé : la chanteuse montréalaise Sarah Albu, soprano déjantée pour l’occasion, en est le personnage central, assistée de l’accordéoniste Matti Pulkki  (avec qui elle forme le duo Sawtooth) et le concepteur multidisciplinaire Charles Quevillon,  qui officie également sur scène en campant un troisième personnage aux différentes incarnations.

Pendant une heure bien tassée, quatre tableaux défilent sous nos yeux et dans nos oreilles : Délivrance, Mémoires, Souffrance, Sublimation. Ces quatre angles d’attaques ont pour objet de faire le tour de notre relation paradoxale avec la technologie. Notre fascination pour ses avancées et la genèse des nouveaux objets performants, notre propre historique à travers les objets que l’on possède, notre tyrannie avec les objets de notre consommation, et nos manières d’en sublimer la nature.

Coup de circuit (intégré) ? Je vous le donne en mille.

Publicité panam

Tout le contenu 360

FIJM 2026 | We Want Miles… et aussi l’auréole de mystère, le pouvoir hypnotique, le génie de la direction

FIJM 2026 | We Want Miles… et aussi l’auréole de mystère, le pouvoir hypnotique, le génie de la direction

FIJM 2026 | Lila Downs enflamme un MTELUS devenu mexicain 

FIJM 2026 | Lila Downs enflamme un MTELUS devenu mexicain 

FIJM 2026 | Solarium, lumière trad dans le prisme du jazz

FIJM 2026 | Solarium, lumière trad dans le prisme du jazz

FIJM 2026 | Vendredi 26 juin | Jour 2 | Les choix de Modibo Keita

FIJM 2026 | Vendredi 26 juin | Jour 2 | Les choix de Modibo Keita

Suoni 2026 | Voyage dans le temps avec Wendy Eisenberg

Suoni 2026 | Voyage dans le temps avec Wendy Eisenberg

FIJM 2026 | 25 juin | Jour 1 | Les choix de Modibo Keita

FIJM 2026 | 25 juin | Jour 1 | Les choix de Modibo Keita

May Wells: battante, inspirée, émancipée

May Wells: battante, inspirée, émancipée

Francos 2026 | Lancement de Fuudge : le feu prend

Francos 2026 | Lancement de Fuudge : le feu prend

Francos 2026 | Lost, la rue en catharsis au MTELUS

Francos 2026 | Lost, la rue en catharsis au MTELUS

FIJM | Modibo Keita, tête de jazz pour la programmation 2026

FIJM | Modibo Keita, tête de jazz pour la programmation 2026

Lila Downs – Cambias mi mundo

Lila Downs – Cambias mi mundo

Francos 2026 | Disiz impose son univers rock devant une foule immense

Francos 2026 | Disiz impose son univers rock devant une foule immense

FMCM 2026 | John-Henry Crawford, jeune artiste passionné

FMCM 2026 | John-Henry Crawford, jeune artiste passionné

Francos 2026 | Aupinard, du spleen à la fête

Francos 2026 | Aupinard, du spleen à la fête

Francos 2026 | Dead Obies, un show réparateur au-delà de la nostalgie

Francos 2026 | Dead Obies, un show réparateur au-delà de la nostalgie

Suoni 2026 | Sunken Cages, « musique bizarre et intéressante » de Ravish Momin

Suoni 2026 | Sunken Cages, « musique bizarre et intéressante » de Ravish Momin

Suoni 2026 | Jardin botanique, pont céleste

Suoni 2026 | Jardin botanique, pont céleste

Francos 2026 | Deux (albums de Pierre Lapointe) par deux rassemblés… et magnifiés

Francos 2026 | Deux (albums de Pierre Lapointe) par deux rassemblés… et magnifiés

Suoni 2026 | Alex Motta, contrebassiste mexicain pour toutes les expressions contemporaines

Suoni 2026 | Alex Motta, contrebassiste mexicain pour toutes les expressions contemporaines

Francos 2026 | Quand le hasard mène à Myra

Francos 2026 | Quand le hasard mène à Myra

Francos 2026 | Quebec Redneck Bluegrass Project et Alice Bro fusionnent au MTelus

Francos 2026 | Quebec Redneck Bluegrass Project et Alice Bro fusionnent au MTelus

Dômesicle/SAT X Francos | L’équation Romane Santarelli

Dômesicle/SAT X Francos | L’équation Romane Santarelli

Francos 2026 | Marie-Pierre Arthur en douceur, superbe bivouac

Francos 2026 | Marie-Pierre Arthur en douceur, superbe bivouac

Atsuko Chiba – Atsuko Chiba

Atsuko Chiba – Atsuko Chiba

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné