Chanson francophone / chanson keb franco / pop orchestrale

Émile Proulx-Cloutier symphonique, lancée d’un cycle pérenne

par Alain Brunet

Tout était en place vendredi pour l’enrobage symphonique d’Émile Proulx-Cloutier dans une Maison symphonique bien remplie. L’Orchestre de l’AGORA sous la baguette de Nicolas Ellis, le Burning BRA’s Band et le Choeur du Plateau étaient sur scène pour ce triomphe de l’engagement chansonnier d’un artiste très aimé par les plus que trentenaires blancs de souche francophone d’Amérique.

Excellent acteur et auteur-compositeur talentueux, essentiellement prisé par le Québec blanc, francophone, progressiste, plus vieux que jeune, Émile Proulx-Cloutier a retrouvé son public. Il n’avait pas lancé de nouvelles chansons jusqu’à la sortie des généreux trois actes de Ma main au feu, sortis en mai dernier, et dont il était surtout question au programme, le tout assaisonné de chansons créés durant la décennie précédente. En s’imposant ainsi avec un tel arsenal orchestral, le chanteur était en selle pour un cycle propice à sa pérennité musicale, à la hauteur de ses succès mérités en tant que comédien.

Les textes d’Émile Proulx-Cloutier sont la mise en rimes de ses observations récentes d’un monde global et de ses conséquences sur un monde intime, mis a mal par moult menaces, le tout exprimé à travers le le prisme d’une langue toujours fragilisée sur ce continent. En prime, on est témoin d’un regard bienveillant sur les langues autochtones encore plus vandalisées par la colonisation, ceci incluant la nôtre avant que la conquête anglaise ne nous la fasse oublier – d’où une version anishinaabe-française de Mommy, jadis la sombre projection franco-futuriste de notre assimilation, popularisé par Pauline Julien et reprise notamment par Stephen Faulkner.

Grosso modo, ces observations lucides et progressistes de l’auteur s’inscrivent dans un sillon de l’engagement chanssonnier creusé par Pierre Flynn à l’époque d’Octobre ou à Richard Séguin ou encore Paul Piché, soit à l’époque où la chanson québécoise francophone était un puissant vecteur de changement… ce qui n’est plus exactement le cas de nos jours, sauf exceptions. Cet homme de 41 ans en est une et peut être considérée comme la suite logique au succès de masse des Cowboys Fringants, qui ont aussi labouré le même champ.

Qui plus est, les arrangements de François Vallières et Guido Del Fabbro, pour orchestre symphonique (en version relativement réduitte) choeur et fanfare, magnifient ces chansons conçues pour piano et voix. Le néoclassicisme des mélodies et harmonies mises de l’avant par son concepteur est assez riche pour qu’on en imagine d’ambitieuses orchestrations, bien exécutées par l’Orchstre de L’Agora et les deux autres ensembles sous la direction de Nicolas Ellis … et même celle du chanteur durant une sympathique parenthèse instrumentale.

Quelques apartés slam/rap en actualisent un tantinet la facture mais, de manière générale, triomphent les enveloppes consonantes de ces chansons dont les fondements sont parfaitement intégrés dans l’imaginaire collectif.

Crédit photo: Emilie Chamberland La Tribu

acadie / country-folk / punk rock

Marathon | P’tit Belliveau au MTELUS, baptême du feu

par Sami Rixhon

Premier MTELUS dans le viseur pour Jonah Guimond, alias P’tit Belliveau. Après quatre Club Soda en un an, c’était le temps de passer aux choses sérieuses. The real deal. Et comme le défi a été soulevé haut la main par la joyeuse troupe acadienne, oh ça oui.

P’tit Belliveau entre désormais dans la cour des grands, il foule enfin les planches de ce temple montréalais. Loin semble le jeune et fougueux Jonah Guimond accompagné des Grosses Coques, s’enfermant uniquement dans ce sympathique country-pop parfois un brin limité. Le natif de Baie Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse, s’est d’autant plus réaffirmé en cet artiste particulièrement audacieux, se foutant des codes de l’industrie et diablement divertissant.

P’tit Belliveau amorce son spectacle avec Depuis que la neige a fondu et Moosehorn Lake, tirés de ses deux premiers projets. Alternant tout au long du concert entre le banjo et la guitare électrique, il présente une majorité de pièces de son nouvel album, l’homonyme P’tit Belliveau, explorant autant des recoins pop-punk à la Blink-182 que des avenues métal ou rap. Audacieux, je vous dis.

« Si y’a une personne dans la salle qui chante pas, je retire ma musique de Spotify et j’arrête le show », avertit-il avant d’interpréter la grinçante Mon drapeau acadjonne viens d’Taïwan. Il y a tout ce que vous voulez dans un concert de P’tit Belliveau. Vous désirez rire? Regardez les projections derrière le groupe, qui présentent notamment des grenouilles qui font de l’exercice ou des tracteurs John Deere. Vous voulez être déconcerté? Laissez-vous surprendre par un interlude extramusical déroutant où un lutteur, sorti de nulle part, vient se battre avec le groupe sur scène pour finir terrassé par un P’tit Belliveau torse nu – « Never fuck with P’tit Belliveau. Ever », ajoutera-t-il dans la foulée -. Vous préférez bouger? Allez au-devant du parterre, au milieu de ses fidèles disciples lançant des mosh pits sur absolument n’importe quoi. Il y a de tout, vraiment.

Chapeau aux musiciens accompagnateurs, particulièrement doués et divertissants avec leurs chorégraphies farfelues et leurs solos de mandoline et de violon à gogo. Deux membres du délirant quatuor punk Peanut Butter Sunday (Normand Pothier et Jacques Blinn) jouent d’ailleurs depuis quelque temps avec P’tit Belliveau sur scène, ce qui peut expliquer le penchant rock qu’exploite de plus en plus Guimond dans ses compositions.

L’artiste acadien clôture la partie régulière de son spectacle avec RRSP/Grosse pièce, de son deuxième album, puis revient sur scène pour un excellent rappel mêlant chanson à répondre pour enfants (L’arbre est dans ses feuilles), nouveau matériel (L’​é​glise de St. Bernard) et anciens succès (J’aimerais d’avoir un John Deere et, bien sûr, Income Tax). Le public en veut encore et encore, ce qui force le groupe à revenir jammer quelques minutes pour un deuxième rappel apparemment impromptu.

P’tit Belliveau répétait plusieurs fois dans le spectacle à quel point il est reconnaissant de compter sur le soutien indéfectible de son public, ses chums, depuis tant d’années (chose qu’il disait déjà dans Demain). Merci à toi, P’tit Belliveau, de proposer une offre si singulière dans une industrie locale souvent trop standardisée. L’un des meilleurs artistes franco-canadiens actuels, tout simplement.

Crédits photo : Camille Gladu-Drouin

Mundial Montréal |  Zale Seck et les percussions qui chantent

par Frédéric Cardin

Que c’est réjouissant de voir à l’œuvre un musicien de la trempe de Zale Seck! Quelques décennies d’expérience au compteur (tellement que son fils, Assane, l’accompagne maintenant à la guitare, et est très bon!), le Québécois d’origine sénégalaise a appris les rudiments dans une solide école : celle de l’Étoile de Dakar 2000 et surtout de l’Orchestra Baobab. Sur scène, un maître entertainer et un musicien complet sont mariés sous les traits d’un grand mince ultra souriant. Il est partout, il dirige tout, tout en laissant beaucoup de place à ses compagnons pour s’exprimer. Un moment fort : une ‘’discussion’’ endiablée avec le joueur de talking drum qui a démontré un degré de précision rythmique et vocale carrément enlevant. Une belle leçon de musique ouest-africaine, où s’entremêlent mbalax et rumba sénégalaise avec de l’afrobeat et de la musique plus classique du répertoire griot. 


hip-hop / latino / reggae / ska / techno

Mundial Montréal | La Sra. Tomasa, dame de fête !

par Frédéric Cardin

La Sra. (diminutif de Senorita) Tomasa est un groupe de Barcelone fondé en 2012. Il se réapproprie la musique des ‘’anciennes colonies’’ espagnoles (l’Amérique latine) et la tripatouille à sa façon : électro et urbaine avec des couleurs ska, reggae, rock, techno, hip-hop. Première fois au Canada pour le septuor rodé au quart de tour, ce qui adonne plutôt bien avec la récente sortie d’un nouvel album. La machine musicale vrombit chaudement pendant une quasi demi-heure où les spectateurs sont emportés par la rondeur des basses, la dynamite verbale du chant, la force des mélodies et du groove général. On a senti que le courant passait pas mal fort dans la Sala Rossa. Le public dansait et chantait en masse (il connaissait déjà les tounes? Ou simplement, celles-ci ne sont pas difficiles à suivre, ce qui n’est pas un reproche). Les trois initiateurs de l’aventure, Santiago Longarón, Marc Soto et Pau Lobo formaient le trio Puro Vicio avant de se métamorphoser en Mademoiselle Tomasa et de prendre de l’expansion. Ainsi engraissée de quatre autres arrivages individuels, la belle n’a jamais été aussi attrayante. Le gras c’est la vie! Gageons sans trop de risques qu’on les reverra avant longtemps de notre côté de l’Atlantique.

Mundial Montréal | Viik, bourrasque polaire !

par Frédéric Cardin

C’est un ensemble tout fraîchement formé d’artistes pan-nordiques (Norvège, Danemark, Suède) qui avait la tâche de lancer la troisième soirée de magasinage musical Mundial Montréal 2024. Le band s’appelle Viik, et déchaîne une énergie digne d’une bourrasque polaire à travers laquelle résonnent des échos très forts de chants traditionnels, magnifiés par des éclatements rock imposants. La soliste et incontestablement leader artistique du groupe s’appelle Elisabeth Viik et offre une présence scénique mémorable. Ses interventions assurées racontent souvent les origines des mélodies ou chants entendus, ou du moins ceux sur lesquels les compos du groupe sont basées. Les histoire sont souvent drôles et sans pudeur, comme celle de ce type qui ne possédait rien pour convaincre sa belle de l’épouser, hormis son, apparemment, séduisant appareil génital. Vive les Scandinaves! Le quatuor (ils sont six habituellement, mais deux n’ont pas fait le voyage) présente une technique solide. Viik, surtout, déploie une voix belle et puissante, qui maîtrise efficacement certaines techniques particulières comme le chant de gorge (pas vraiment entendu hier soir) et le ‘’call du troupeau’’ des bergères et bergers montagnards. Voici un type de vocalises qui vous débouche les oreilles comme aucun autre! Même venus du grand Nord, les membres de Viik ont parfaitement su réchauffer le public.

cumbia / latino

Mundial Montréal | Au buffet des Empanadas Ilegales… party !

par Frédéric Cardin

Comme le disait mon collègue et aussi ami Alain Brunet dans le paragraphe d’intro de l’entrevue qu’il a réalisée avec un membre des Empanadas Ilegales (visionnez l’interview ICI), la cumbia, rythme colombien à l’origine, est devenu la dégaine maîtresse de la musique latino, partout en Amérique. Bien entendu, dans les Amériques hispanophones, mais aussi solidement enracinée dans les grandes villes nord-américaines comme Montréal, et Vancouver, d’où provient le septuor Empanadas Ilegales (très cool nom!). Je ne referai pas leur historique, que vous trouverez dans l’entrevue. Je me concentrerai sur la prestation donnée hier soir à la Sala Rossa. On remarque dans cette formation étoffée un solide équilibre entre les sections rythmiques et mélodiques (comme c’est pas mal le cas dans tous les ensembles de musique latine). Batterie et percus côtoient chant, clavier et cuivre (trompette rutilante) dans un tourbillon sonore souvent enivrant. Dans le cas des Empanadas, la prestation d’environ 25 minutes (la norme dans ce genre d’événement) s’est faite d’une seule traite, dans l’esprit d’un sound system fluide et continu à la colombienne. La réussite de l’expérience démontre le solide degré de préparation et le professionnalisme des musiciens. On est ainsi passé sans effort notable de la vraie cumbia à du reggaeton, à des exclamations ska, puis retour à la cumbia, mais version 2.0. Montréal est une ville bien garnie par la communauté latino, les sonorités de la cumbia y sont très présentes. Pas surprenant alors si le band avait fait salle comble ailleurs dans la cité avant de se présenter à son showcase. On peut déduire qu’il sera de retour avant longtemps, mais que d’autres villes du Québec auraient intérêt à les inviter aussi pour un prochain festival d’été. Prenez note! ces BC people savent faire lever un party!

classique arabe / flamenco / rumba

Festival du monde arabe | Naseer Shamma ou la maturité atteinte d’un supravirtuose

par Alain Brunet

S’inspirant de grands poètes de la résistance à toutes formes d’oppression, soit le Palestinien Mahmoud Darwich, le Chilien Pablo Neruda et l’Espagnol Federico García Lorca, le supravirtuose de l’oud irakien n’a pas déçu dans un contexte de musique de chambre, le 17 novembre dernier au Théâtre Maisonneuve.

Le lien professionnel de Naseer Shamma avec le Festival du monde arabe de Montréal remonte à plusieurs années, on a pu admirer son jeu supérieur dans différents contextes, notamment avec des concerts au croisement dde la musique classique arabe, du flamenco, du jazz moderne et aussi de la musique classique occidentale.

Cette fois, il a réuni un florilège d’excellents musiciens de souches différentes, tout en s’assurant que des solistes très solides aux cordes et aux percussions maîtrisaient à fond ce langage, et aussi en s’entourant de musiciens férus de jazz et de flamenco. Durant les tableaux plus ibériques, Audrey Gaussiran et ses danseuses ont illustré la grande connexion entre les mondes arabe et andalou, encore perceptibles depuis la lointaine Reconquista des chrétiens en Espagne et au Portugal, soit au XVe siècle. Ainsi nous avons humé les effluves du flamenco et de la rumba, styles nés en bonne partie dans Al Andalus, soit le territoire conquis à l’époque mauresque.

Et donc le répertoire du soliste était émaillé de ces sources musicales et, il va sans dire, superbement maîtrisées. On a pu aussi observer la maturité acquise par Naseer Shamma, qui ménage mieux ses effets de supravirtuosité et sert mieux la musique alors qu’autrefois il épatait la galerie de sa technique hallucinante, notamment lorsqu’il pond des solos d’une seule main, sorte de tapping comparable aux guitar heroes les plus performants du jazz ou du rock.

Le soutien harmonique des claviers était assuré par notre Marianne Trudel, le sextuor de cordes et le qanun témoignaient des cultures classiques et arabes, la section rythmique se voulait un hybride entre flamenco, jazz et pop, sans compter une guitare à cordes de nylon pas piquée des vers.

Magnifique soirée dominicale, en somme.

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art-punk / Métal / rock alternatif / rock prog

Coup de coeur francophone : zouz, La Sécurité et René Lussier au Club Soda | Lourd et angoissant

par Sami Rixhon

Électrisante performance, ce jeudi 14 novembre au Club Soda, de la part du power trio rock zouz, qui conforte sa place au rang des groupes québécois les plus prometteurs et pertinents de l’heure.

« On s’est dit que c’était pas grave si ça passe pas à la radio, que c’était pas grave si ça ne plaît pas à tout le monde. C’est pas notre but », dit David Marchand, meneur de la formation, quelques secondes avant d’interpréter la pièce-titre de Jours de cendre. Il est vrai que zouz ne semble pas destiné à donner un jour un spectacle d’envergure sur la Place des festivals pendant les Francos. Seul Karkwa, dans le même genre, a réussi cet exploit dans ces dernières années. Parce que Karkwa, c’est Karkwa.

zouz pourra toujours pourtant compter au gré des années sur une niche fidèle, une niche passionnée. Si quelques néophytes curieux de l’univers zouzien se trouvent ce soir dans la salle, sans doute rejoindront-ils les yeux fermés ce culte délirant. Impossible de ne pas se laisser prendre par les riffs mordants et techniques de Profiteur, dur de ne pas se faire charmer par l’air sinistre d’Une main lave l’autre.

Avant pratiquement chaque morceau interprété, zouz laisse l’angoisse planer en musique, il repousse sans cesse la secousse. Les lignes de guitare et de basse se font d’abord discrètes, les coups de batterie également, mais le public sait ultimement ce qui l’attend. On tourne autour du pot, et puis, enfin, ça explose. Le mosh pit prend et reprend. Ça pousse, ça saute, ça gesticule sur le plancher. La chanson se termine, le temps qu’on reprenne notre souffle, mais zouz ne nous laisse pas de répit, zouz recommence. Encore, encore et encore. Une performance particulièrement constante, donc.

Si zouz est bel et bien un trio (Marchand, Dupré & Ledoux), une quatrième membre, Shaina Hayes, parvient à faufiler sur scène sa voix au milieu de toute cette ardeur et brutalité masculine. Un bel ajout. David Marchant appelle également Charles-David Dubé, ingénieur son du groupe, le « cinquième membre de zouz ». Une reconnaissance pour ces indispensables techniciens qui se fait plutôt rare dans le milieu, et que l’on accueille avec plaisir.

Philippe Renaud, du Devoir, écrivait en octobre dernier que le rock québécois « se porte bien ». Force est de constater qu’il a raison. Avec des groupes comme zouz et Population II, on ne devrait pas trop s’en faire pour les prochaines années.

Après une (première) première partie de René Lussier, la formation montréalaise La Sécurité prenait place sur les planches du Club Soda, une quinzaine de minutes avant 21h. Malheureusement, comme bien souvent avec de la musique qui rapproche du spectre punk : toutes les chansons se ressemblent. Ce n’est pas forcément désagréable à l’écoute, mais ça ne vole pas très haut non plus. La chanteuse, Éliane Viens-Synnott, est énergique, on note quelques jams sympathiques, mais sans plus.

Dans le même registre de super groupe québécois, on apprécie ici d’autant plus Bon Enfant.

Crédits photo : Charles-Antoine Marcotte

folk / folk-rock / latino / rock / trip-hop

Coup de coeur francophone – Gabriella Olivo + Daria Colonna

par Michel Labrecque

La très chouette salle Bain Mathieu, un ancien bain public transformé en salle de spectacle polyvalente, accueille pour la première année des spectacles de Coup de Coeur Francophone. Le 13 novembre, se déroulait un double lancement d’album au féminin.

D’abord, place à Gabriella Olivo, pour son EP de six chansons, A Todos Mis Amores, paru le 25 octobre. 

Gabriella a grandi à Stoneham, près de Québec, de mère Mexicaine et de père « blond aux yeux bleus de St-Bruno », dit-elle sur scène. Sa mère lui a toujours parlé en espagnol. Elle a donc grandi avec deux cultures, malgré l’homogénéité ambiante de cette banlieue de Québec.

Sa jeune carrière musicale est imprégnée de ce bi-culturalisme : elle chante en français et en espagnol, souvent dans la même pièce. Ça donne un folk ambiant teinté de rock et assaisonné d’un peu de son mexicain et latin. 

En ce sens, cela rappelle Kevin Johansen, Argentin de mère Argentine et de père Américain, qui mène une carrière en espagnol et en anglais avec un solide succès en Amérique latine. 

Gabriella Olivo vit au Québec. Mais A Todos Mis Amores est son opus le plus mexicain, car il a été fait à Mexico, avec le producteur Santiago Miralles. Bien que toujours dans un son folk rock méditatif, ce mini album est davantage parsemé d’influences latines que le précédent, Sola. Car Mexico est une ville qui sait mélanger rock et latinité. 

Tout cela pour dire que cet EP s’écoute très bien et que la version sur scène, agrémentée de quelques morceaux antérieurs, l’est également. D’autant plus que Gabriella partage sur scène des anecdotes et histoires personnelles qui donnent du contexte aux chansons. « En ce moment, le monde est vraiment fucked-up », a-t-elle lancé en faisant allusion à la récente actualité politique. En guise de consolation, elle nous a offert la magnifique chanson No te Olvides De La Luz. Comment trouver la lumière dans la noirceur. 

La jeune Mexicaine de Stoneham est à suivre. Et, comme elle a dit : « Vive le Coup de Coeur Hispanophone », bien qu’elle chante également en français. Et ça va continuer comme ça, m’a-t-elle dit après sa prestation.  

Avec Daria Colonna, nous entrons dans un tout autre univers. Le requiem des sirènes saoules est le titre de son premier album, paru en mai. Tout un programme.

« C’est mon premier spectacle », nous confesse-t-elle sur la scène du Bain Mathieu. C’est que Daria Colonna, 35 ans, est connue comme poète. Son dernier recueil, La Voleuse, lui a valu des nominations à plusieurs prix de poésie. 

Nous avons donc assisté à cette première scénique, six mois après la parution du disque. Musicalement nous sommes dans un mélange de trip-hop et de rock synthétique, avec des épisodes plus acoustiques.

Daria Colonna nous ouvre son livre sur ses états d’âme multiples, avec un accent sur la femme « intense »,à laquelle elle dédie une ode. Il est question de désirs, d’anxiétés, de vie dangereuse, de soifs, dans tous les sens du terme. Il est clair que Daria Colonna ne manque pas d’intensité. Elle sait écrire des textes. Sur scène, le résultat m’a semblé moins probant que sur disque.

Mais c’est une musicienne et chanteuse en apprentissage et en gestation. On peut percevoir une trajectoire originale, indépendante, ou les mots seront toujours privilégiés. Ce qui n’est pas toujours dans l’air du temps. Et qui fait du bien. 

classique moderne / classique occidental / période romantique

OSM | Symphonie alpestre : Quand les bois deviennent des sherpas

par Alexis Desrosiers-Michaud

Ce sont les derniers concerts cette semaine de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) avant sa prochaine tournée qui l’emmènera dans les meilleures salles d’Europe au cours des prochaines semaines. Pour l’occasion, c’était au tour de la Symphonie alpestre de Richard Strauss d’être rodée, sous la direction de Rafael Payare.

En lever de rideau, l’OSM présentait également Jeden Baum spricht « Chaque arbre parle » de l’Irano-Canadien Iman Habibi. À en croire la note de programme, cette œuvre aurait eu tout à gagner à être insérée dans le Marathon Beethoven de l’OM du mois passé. Elle coche toutes les cases de comment le concours de composition a été présenté lors des concerts, soit, grosso modo, comment le compositeur peut exprimer aujourd’hui l’influence que Beethoven a eue sur sa vie. Pour pousser plus loin, il est écrit que le titre même provient d’un journal personnel de Beethoven. Et c’est ce qu’on entend ! Habibi utilise habilement les esthétiques dramatiques et campagnardes des Cinquième et Sixième symphonies, sans les citer, dans une structure tripartite, avec des cuivres et des percussions agités, mais des cordes et des bois plus calmes. Le tout mène à une finale grandiose pleine d’espoir. Bref, quelque chose de plus intéressant que les deux créations auxquelles nous avions personnellement assisté lors des concerts du dimanche 20 octobre. On ne peut s’empêcher d’esquisser un petit sourire quand on se remémore que le concours de l’OM date d’avant la pandémie et qu’on lit que Jedem Baum spricht fut créé en 2020 en tant que commande du Philadelphia Orchestra qui est dirigé par… Yannick Nézet-Séguin !

24h avant le concert, l’OSM a annoncé que le Concerto pour piano de Scriabine sera remplacé par le Troisième concerto de Ludwig van Beethoven, mais toujours interprété par Bruce Liu. Ce dernier enfilera le concerto avec finesse et fluidité. Jamais il ne forcera, piochera, ni ne marquera exagérément. La main droite est si agile que les trilles sont quasi imperceptibles et son jeu de nuances est époustouflant. Liu a une capacité de suspendre les notes au dernier moment pour amortir une phrase ou changer de caractère. Le début du deuxième mouvement nous transporte dans un autre monde avec une main gauche réconfortante et une mélodie à peine effleurée par les doigts de la main droite. Personne n’a donné d’explication au changement d’œuvre, mais cette exécution en valait la peine.

La Symphonie alpestre a de quoi impressionner avec sa durée (45-50 min.), son instrumentation dense (abondantes sections de cuivres et de percussions, instruments inusités) et son florilège thématique, mais il faut aller fouiller dans les détails pour vraiment impressionner. À plus ou moins 130 exécutants, jouer fort est un jeu d’enfant, mais il n’est pas toujours évident de doser ses nuances. Comme Payare met en priorité la famille d’instruments la plus susceptible de se faire enterrer, nommément les bois, tout se rééquilibre. En bons guides expérimentés, ils ont été brillants, individuellement et collectivement. Dès la première note, le bassoniste Stéphane Lévesque et ses compères ont instauré l’ambiance calme de l’aube, sur fond de violons imperceptibles. Puis, le nouveau hautbois solo Alex Liedtke s’est distingué dans un solo lointain. Plus tard, ce même Liedtke, avec le clarinettiste Todd Cope et le légendaire Timothy Hutchins à la flûte, nous a littéralement mis sur le bout de notre chaise à la veille de l’orage, ne sachant pas trop quand le ciel allait nous tomber sur la tête. L’Élégie post-orage fut encore meilleure. Le fossé abyssal d’orchestration (on passe de l’orchestre complet à une formation intime, de chambre avec bois, cor et trompette solos sur pédale d’orgue) n’affecte en rien le jeu. Le piège de l’excitation et de l’agitation de la section précédente est évité et on nage en plein moment de zénitude. Tout au long de la symphonie, les cuivres ont assuré leur présence sans être trop puissants. Même qu’ils auraient pu prendre plus de place à quelques endroits, comme à chaque reprise du motif choral instauré dès le début. Le volume de la  banda était bon et les cors en ont mis plein la vue dans leur longue mélodie du Sommet, mais cela n’aurait pas été aussi excellent sans l’apport des cordes en dessous qui dictent la phrase sans relâcher la tension dans les notes longues. Bref, la Symphonie alpestre a beau raconter l’ascension seule d’un aventurier, cette magnifique exécution est l’œuvre d’un collectif parfaitement au parfum du rôle que chacun doit prendre pour atteindre le sommet.

crédit photo : Antoine Saito

art-rock / folk / rock

Coup de cœur francophone | David Bujold et Bandit Voyage

par Michel Labrecque

David Bujold, fondateur du groupe art-rock FUUDGE, a lancé officiellement son premier album solo , Le Sol ou le Ciel, dans le cadre des Coups de Coeur Francophones. Ce fût un voyage éthéré et étoilé par un soir de novembre pluvieux. 

Cet album, que j’ai déjà recensé sur ce site, constitue une mutation folk pour le chanteur rock stoner. Nous sommes ici dans un univers proche de Sufjan Stevens ou du Beck acoustique. Ce qui ne veut pas dire que cette proposition manque d’originalité. Bujold transpose ces influences en créant son propre univers, avec ses textes ironiques et second degré. 

Le mariage entre cordes (violon et alto), guitares et voix opère. De jolis instrumentaux courts alternent avec les chansons. Quelques notes de piano et de claviers habillent le tout discrètement. Des harmonies vocales surgissent juste au bon moment. 

Une atmosphère se crée et nous nous retrouvons par magie dans le chalet familial où l’album a été enregistré, comme nous le raconte David Bujold. Ce chalet où, « dans le temps des fêtes, on écoute du Debussy jusqu’à quatre heures du matin », nous a-t-il confié. 

Le titre de chansons est très indicateur de cette atmosphère: Donne-moé aux Pauvres, Un Bal dans un Fusil, Ton Coeur a pu une Cenne. Sans parler du refrain «  j’ai jamais été aussi ben…que demain ». Second degré, je vous dis. En fait, c’est au niveau des textes qu’on peut raccorder l’univers de FUUDGE à celui de Le Sol ou le Ciel. Des textes obsédés par la vie et la mort…ou le contraire. 

Dans ce folk éthéré et méditatif, on sent aussi un esprit rock. Au milieu de la chanson Ton cœur a pu une Cenne, on croit entendre Promenade sur Mars, d’Offenbach. Volontaire ou pas ? Je l’ignore. 

Quoiqu’il en soit, le public du Verre Bouteille rempli à craquer, certainement de beaucoup d’ami-e-s, était clairement ravi de l’offrande. 

En première partie, le duo suisse-genevois Bandit Voyage, nous a mené dans son univers surréaliste sympathique, où on trouve des influences des années soixante et du New wave des années quatre-vingt. 

Des fantômes de Rita Mitsouko ou des Loundge Lizards, mais en plus lisse et en moins sérieux. 

Anissa Canelli (voix, guitare, mini-saxophone) et Robin Giraud (voix, basse), sont accompagnés d’une batterie synthétique purement années quatre-vingt. Ils nous parlent des fantômes de Brigitte Bardot, de santé mentale, de Los-Angeles, où ils ont commencé leur carrière en 2017. 

Deux joyeux lurons qui connaissent un certain succès en Europe francophone. Le Verre Bouteille était une salle un peu trop petite pour leur permettre de nous plonger véritablement dans leur délire. Chose certaine, ils avaient l’air vraiment heureux d’être à Montréal. 

Pour vous faire une idée plus juste, écoutez leur récent EP Pastcore ou leur précédent album Was Ist Das (2023).  À vous de juger. 

rock / rock prog / space-rock

David Gilmour à NYC: les pèlerins ont jubilé !

par Martial Jean-Baptiste

NEW YORK

Régnait une ambiance électrique au Madison Square Garden dimanche soir:  19500 spectateurs assistaient au concert du légendaire guitariste de Pink Floyd, David Gilmour. Au programme, le dernier album Luck and Strange, créé avec la collaboration de sa femme, l’autrice Polly Samson.

Il aura fallu attendre près de 10 ans avant l’arrivée de cet album solo qui, incidemment, a occupé la première place du palmarès du Billboard britannique à sa sortie en septembre dernier. 

Vêtu d’un t-shirt, d’un  jean noir et  muni de sa guitare la Black Cat Strat, le maître du space/prog rock a rapidement pris les choses en mains en interprétant la chanson 5 AM, une pièce de l’album Rattle that Lock parue en 2015.

Il a ensuite enchaîné avec les premières plages de son dernier enregistrement, Black Cat et Luck and Strange. Selon le principal intéressé, c’est probablement le meilleur album solo depuis Dark Side of the Moon en 73 – il a formulé cette affirmation lors de son passage à l’émission The Tonight Show avec Jimmy Fallon sur NBC, la semaine dernière. Matière à débat, on s’en doute bien.

Vu la stature du musicien, il fallait évidemment payer une petite fortune pour assister à ce concert et faire dans mon cas  près de 600 kilomètres en avion pour venir entendre l’un des  guitaristes les plus influents au monde. Et, croyez-moi, il n’a déçu personne !

Malgré ses 78 ans, Gilmour n’a pas perdu une once d’énergie sur scène.  Dès les premières notes de guitare on pouvait reconnaître le son et la voix Gilmour, qui sans efforts à fait vibrer les cordes de sa guitare.

C’est le cinquième album solo de David Gilmour et la foule de cette salle mythique était fort heureuse de voir que le guitariste avait pris le  soin de rappeler son talent en jouant entre autres en solo Fat Old Sun de l’album Atom Heart Mother (sorti en 1970). Après ce morceau, il reçut une  ovation monstre de la part de cette foule bigarrée, dont l’âge variait entre 25 et 77 ans.

L’environnement visuel de ce spectacle a été confié à un collègue de longue date, soit le concepteur d’éclairage Marc Brickman qui a longtemps travaillé avec  Pink Floyd vers la fin des années 70. C’est lui qui a signé la scénographie et la conception d’éclairages du fameux show The Wall en 1979.

Durant la première partie du spectacle, Gilmour a joué pas moins de 9 pièces du répertoire de Pink Floyd. Un autre moment fort de ce concert fut l’interprétation de The Great Gig in the Sky, l’une des pièces mythiques de Dark Side of the Moon (1973), un album sorti il y a 50 ans. Pour l’exécution, on a confié la tâche à la pianiste Louise Marshall, les sœurs Webb et la fille du guitariste, Romany Gilmore. L’ambiance était spectaculaire avec des chandelles disposées sur le piano et ces voix magnifiques i contrastant avec les vocalises mythiques de Clara Tory sur l’enregistrement originel.  

Pour souligner cet anniversaire, d’ailleurs, le groupe londonien a lancé une vaste campagne de promotion. Dans la foulée de cette sortie, des projections spéciales ont eu lieu à Montréal comme ailleurs dans le monde, soit au Planétarium et à la SAT.

La foule du Madison Square Garden était aussi en voix ! On a chanté à l’unisson Wish You Were Here (1975) et  j’étais du nombre puisque,  sans trahir mon âge, cela me rappelait de très vieux souvenirs. La guitare sensuelle de David et sa voix chaude ont permis à plusieurs de se replonger dans les très belles années ou le groupe Pink Floyd régnait sans partage aux sommets du prog et du space rock. Notons que David Gilmour a su aussi s’entourer de très bons musiciens que ce fut à la guitare, au clavier, à la basse et à la batterie.

La fin du spectacle n’a pas déçu. En rappel, David Gilmour et sa troupe ont joué Comfortably Numb du célèbre album The Wall écrit par Roger Waters.

Ce spectacle mettait fin à une série de concerts amorcés à Londres, soit à la fameuse salle Royal Albert Hall, suivi de l’Italie (Rome), un pays qu’affectionne particulièrement le guitariste.

crédit photo: compte Instagram de David Gilmour

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