deep house / électronique / house / tech-house

Off Piknic avec Gorgon City, Dennis Ferrer, Riordan et Linska

par Marc-Antoine Bernier

Samedi dernier, le parc Jean-Drapeau vibrait au rythme des sonorités club britanniques lors d’une soirée thématique organisée par Realm Records. Si vous ne connaissez pas encore cette maison de disques, elle a été fondée en 2018 par le duo anglais Gorgon City, qui était justement la tête d’affiche de ce OFF-Piknic, accompagné de Linska, Riordan et Dennis Ferrer. Bien que Ferrer ne soit pas affilié à Realm, mais plutôt à Defected Records, sa présence ajoutait une touche de légende à cette soirée déjà bien relevée. 

Pour ouvrir l’événement, Linska a livré un set ancré dans une tech house/techno sombre et entraînante. Ses textures épaisses et ronflantes évoquaient l’âge d’or de la house britannique des années 90, tout en puisant dans l’electro-house des années 2010, époque marquante de son adolescence. Des choix de samples comme Dare de Gorillaz nous transportaient dans un univers résolument britannique — une empreinte sonore qui marquera toute la soirée. L’énergie contagieuse de Linska derrière les platines, sous un soleil de juillet éclatant, contrastait joliment avec les tonalités nocturnes de sa musique. Le rythme soutenu de son set n’a pas manqué d’entraîner les festivaliers sur le plancher modulaire en bois dressé devant la scène. Dans les dernières minutes de son set, Bad Boy, sa pièce la plus connue aux sonorités de melodic techno, annonçait clairement que cette artiste prometteuse de la nouvelle génération n’en est qu’à ses débuts.

La relève fut assurée par Riordan, DJ originaire du Sussex, en Angleterre. La première moitié de son set explorait une veine plus traditionnelle de la house, portée par des build-ups mélodiques et une structure plus aérée. Rapidement, l’énergie monte d’un cran : on perçoit une vibe high energy, caractérisée par un groove entraînant et des hi-hats plus doux, moins compressés que ceux typiques de la techno. L’ouverture du set, marquée par des samples à l’énergie de type MC, réaffirme l’identité britannique des clubs, omniprésente ce soir-là. Les basses profondes et timbrées de Linska se transforment ici en textures plus mélodiques et rythmiques sous la main de Riordan. À mesure que de nouveaux festivaliers arrivaient sur le site, ils semblaient rapidement happés par le groove contagieux du DJ. À mi-parcours, Riordan fait culminer l’énergie, menant le public vers un moment de tension collective intense, libérée dans un drop euphorique qui fait littéralement décoller la foule. La seconde moitié de son set naviguait entre morceaux plus sombres, rappelant l’ambiance de Linska, et passages plus énergiques et uptempo, maintenant la dynamique à son sommet.

Après le set de Riordan, l’arrivée sur scène du vétéran américain Dennis Ferrer a marqué un changement de ton notable. Avec lui, le groove prenait racine dans une deep house classique, teintée d’éléments tech house qui permettaient à la transition musicale de se faire sans accroc. Dès les premières minutes, certains samples utilisés par Ferrer nous plongeaient dans l’univers de la house européenne des années 2000 — un clin d’œil nostalgique qui s’accordait parfaitement à cette belle journée d’été. Le choix d’inclure Dennis Ferrer à la programmation était particulièrement judicieux. Actif depuis plus de 30 ans, ce DJ chevronné apportait une perspective unique à une soirée principalement axée sur la relève. Pour le public plus jeune venu applaudir Gorgon City, c’était l’occasion de découvrir un pilier de la scène house mondiale. Et cette expérience s’est fait sentir tout au long de son set, notamment à travers ses références au disco, visibles dans ses sélections de morceaux aux lignes de basse funky, mêlant disco et electro-disco. Des titres comme Lay Your Love On Me d’ABBA ou Upside Down de Diana Ross résonnaient sur le site, touchant aussi bien les jeunes générations que les amateurs plus âgés, moins nombreux, mais tout aussi présents. À plus de cinquante ans, Dennis Ferrer déborde d’énergie. On l’a vu danser du début à la fin, tapant parfois sur les haut-parleurs près de lui, levant les bras en l’air et interagissant constamment avec la foule. Sa présence scénique charismatique ajoutait une dimension humaine et festive à sa performance, et prouvait que la passion pour la musique électronique n’a pas d’âge.

Pour clore cette soirée immersive, le duo londonien Gorgon City a fait son entrée sur scène, orné de leur emblématique visuel à l’effigie du Parthénon d’Athènes. Accueillis chaleureusement par le public, ils ont amorcé leur performance en douceur, installant progressivement leur univers House aux accents pop, une signature sonore plus accessible et fédératrice. Ce sentiment de communion se faisait notamment sentir par l’utilisation récurrente de passages chantés, qui insufflaient une atmosphère chaleureuse et émotive au sein de la foule. Ces passages vocaux étaient souvent suivis de drops aux sonorités typiquement tech house, portés par des basses-médiums profondes et rugissantes — ce fameux « rumble » qui donne du corps et de la puissance au morceau. À mesure que le set avançait, le rythme se faisait plus appuyé : les beats frappaient plus fort, la basse drivait l’ensemble, créant une sensation de mouvement irrésistible, particulièrement palpable sur des morceaux comme 5AM at Bagley’s. Leur formule reposait sur une alternance maîtrisée entre titres doux et chantés, et séquences plus énergiques et dansantes — un équilibre bien rodé qui maintenait l’attention et l’élan du public pendant les deux heures de leur performance.

La seconde moitié du set s’est teintée d’une énergie plus contemplative, avec plusieurs instants touchants où le duo chantait en chœur avec la foule, créant une intimité rare pour un événement en plein air. Certains morceaux faisaient écho à la house des années 90, dans ses déclinaisons les plus pop — diva house, garage house — ramenant un souffle rétro et festif pour finir en beauté. À 22h précises, ce voyage musical s’est achevé sous les applaudissements nourris d’un public conquis, qui a eu droit à une soirée idéale au parc Jean-Drapeau, entre communion, groove et célébration électronique.

Pour les amateurs de Defected Records, l’une des plus vieilles maisons de disques indépendante du Royaume-Uni, réconfortez-vous puisque les programmateurs du Piknic Électronik ont prévu une soirée thématique le 10 octobre prochain avec MVNGO, DJ Holographic, Melé et Meduza.

Photo: Big Laur Photographie

Publicité panam

Tout le contenu 360

Franky Freedom: et de deux pour la gloire du néo jazz fusion québécois

Franky Freedom: et de deux pour la gloire du néo jazz fusion québécois

Esteban la Rotta : retour aux sources lointaines du luth

Esteban la Rotta : retour aux sources lointaines du luth

John Sweenie – Mysticism for Intellectuals

John Sweenie – Mysticism for Intellectuals

On parle avec John Sweenie de Mysticism for Intellectuals, un album qui fera la liste des ‘’Meilleurs of’’ 2026

On parle avec John Sweenie de Mysticism for Intellectuals, un album qui fera la liste des ‘’Meilleurs of’’ 2026

Tiga soumet l’album HotLife au plancher de danse

Tiga soumet l’album HotLife au plancher de danse

Beethoven et Brahms : premiers et derniers feux de passion musicale au 9e étage

Beethoven et Brahms : premiers et derniers feux de passion musicale au 9e étage

OSM | Tout sur la saison 2026-2027, les mots de la direction artistique et musicale

OSM | Tout sur la saison 2026-2027, les mots de la direction artistique et musicale

La Zarra de nouveau sur la ligne de départ

La Zarra de nouveau sur la ligne de départ

Angine de Poitrine – Vol. II

Angine de Poitrine – Vol. II

Angine de Poitrine – Vol. II

Angine de Poitrine – Vol. II

Angine de Poitrine – Vol. II

Angine de Poitrine – Vol. II

Stephanie Lake Company : symbiose de la frappe et du mouvement

Stephanie Lake Company : symbiose de la frappe et du mouvement

Éric Dion, « L’origine du vent »… et de ses chansons gaspésiennes

Éric Dion, « L’origine du vent »… et de ses chansons gaspésiennes

KNLO – Le cash vaut rien

KNLO – Le cash vaut rien

Maruja Limón, arme de construction massive!

Maruja Limón, arme de construction massive!

Jacques Kuba Séguin et la filière polonaise en tournée au Canada

Jacques Kuba Séguin et la filière polonaise en tournée au Canada

Gentiane MG : en harmonie avec le monde… grâce aux oiseaux

Gentiane MG : en harmonie avec le monde… grâce aux oiseaux

Hilario Durán et le Big Band de l’UdeM: caliente à la salle Claude-Champagne !

Hilario Durán et le Big Band de l’UdeM: caliente à la salle Claude-Champagne !

Immersion dans le « Speakeasy » de Myth

Immersion dans le « Speakeasy » de Myth

David Cairol et Taïro dévoilent “Ticket pour Mars”, un single reggae engagé

David Cairol et Taïro dévoilent “Ticket pour Mars”, un single reggae engagé

Esteban La Rotta – Orbus Ille Germanus : L’art du luth allemand au XVe siècle

Esteban La Rotta – Orbus Ille Germanus : L’art du luth allemand au XVe siècle

Colin Stetson – Something Very Bad Is Going to Happen

Colin Stetson – Something Very Bad Is Going to Happen

Vision String Quartet – In the Fields

Vision String Quartet – In the Fields

Ksenija Sidorova – Prophecy : Tüür, Kõrvits, Vasks

Ksenija Sidorova – Prophecy : Tüür, Kõrvits, Vasks

Inscrivez-vous à l'infolettre