Triomphante, élégante et sereine, Myth est assise sur un divan, scrutant le public un à un de ses yeux perçants tandis que nous entrons dans la pièce. Elle semble à la fois détendue et prête. L’atmosphère est mystérieuse, créant un sentiment d’exclusivité réservé à quelques privilégiés. Le décor et sa tenue évoquent clairement l’époque des bars clandestins. Dans cette ambiance de fête clandestine en sous-sol, on pouvait boire, faire de la musique et oublier, ou peut-être transmuter, le monde extérieur. Mon premier réflexe fut d’entrer avec précaution, attentif à ce qui allait se produire sur scène. Myth se lève lentement, regarde le public et, par sa respiration, s’empare de l’espace. Dans le silence, nous la voyons passer d’un engagement total à une aisance naturelle. La précision de ses mouvements m’a immédiatement touché ; je ressentais la force nécessaire pour rester pleinement connectée à sa respiration et à son corps.

Myth rend hommage à la scène montréalaise de danse et de musique, notamment à la manière dont le jazz et la house, passés et présents, s’alimentent mutuellement. La présence de Samantha « Sam I Am » Hinds, avec son chant et ses sets de DJ, et celle de Jason « Blackbird » Selman, à travers la poésie et la trompette, en témoignent. Les trois artistes dialoguent entre poésie, chant, mouvement, rythmes et trompette. Leur échange est fluide, chacun ayant l’occasion de briller. En tant que spectatrice, j’étais happée par la performance, hochant instinctivement la tête au rythme de la musique. Le corps de Myth devient un catalyseur au sein de la scène ; sa performance nous transporte dans son univers intérieur. On découvre son parcours de danseuse qui ne souhaite pas simplement divertir, mais transmettre un message. J’ai eu du mal à retenir mes larmes en comprenant que Myth nous rappelait que, dans les moments difficiles, la danse peut être le remède qui la soutient – et nous soutient tous – à travers les hauts et les bas de la vie. J’ai pris conscience du caractère sacré de la danse et de la façon dont, pour moi, elle est devenue un moyen de mieux me connaître, de comprendre mes propres racines et de commencer à construire une réalité qui englobe toutes les facettes de mon être.
Speakeasy est aussi un hommage à la scène de danse montréalaise : « une ville qu’elle aime, mais qui ne le lui rend pas toujours », une ville loin d’être facile à appréhender ou pleinement inclusive. Le thème du speakeasy m’a fait réfléchir au fait que les danses de rue et underground n’ont toujours pas la place qu’elles méritent. Pourtant, elles continuent de croître, d’évoluer et d’accueillir celles et ceux qui cherchent un foyer. Parfois, ces danses bénéficient d’une visibilité difficilement partageable avec tous. Cependant, la danse est omniprésente – dans les sous-sols d’églises, les centres communautaires, les écoles, les maisons, les réunions de famille et dans les rues – comme le suggère l’un des poèmes. En tant que personne qui cherche encore sa place dans cette communauté, je me suis surprise à repenser aux lieux où j’ai dansé et aux personnes qui ont fait de ces lieux un véritable foyer.
En tant que danseuse, je ne peux que te remercier, Myth. Merci de nous avoir ouvert les portes de ton univers, de partager ta force et d’avoir été si honnête quant aux difficultés liées à la création artistique. Le message était clair : nous n’avons plus besoin de « parler à voix basse ». Nous devons nous faire entendre, prendre notre place et créer une réalité où nos histoires et nos identités sont pleinement acceptées.
Photo Credit: Renata Carmo























