électroacoustique / Électronique / expérimental / hip-hop instrumental / jazz contemporain

African American Sound Recordings à la SAT : merveilleux bruit de fond

par Loic Minty

Dans un monde de mouvements impossibles à retracer, cette forme de musique à l’état liquide est à peine contenue par le terme « expérimental ». Ce post-hip-hop n’existe alors qu’ici et maintenant, là où le hip-hop est devenu plus ce que l’on ressent que ce que l’on entend.

Et pourtant, c’est encore tout ce qui l’a constitué, plus bruyant et plus éloigné, comme un signal passant à travers de vieux fils. African American Sound Recordings semble regarder d’en haut ce réseau infini et trouver les voix subtiles, comme Morphée observant la matrice du cœur humain.

D’où vient ce bruit ? Au bout de 20 minutes, on commence à oublier, au bout de 30 minutes, on est aspiré, et au bout de 45 minutes, on en fait partie.

Démontant toutes les attentes, A.A.S.R. a sculpté une forme au-delà de la musique, une anthropologie de la culture noire : du punk à la soul des années 70, en passant par un saxophone hurlant comme s’il avait été maudit par Pharoah (Sanders) lui-même. Il y a une authenticité et une originalité dans son approche qui semble avoir été le fil conducteur de cette soirée.

L’approche platiniste de Slow Pitch Sound a plongé la foule dans une zone crépusculaire. Mixant comme s’il était en voyage cosmique avec Lee Scratch Perry au Studio One, son approche chopped and screwed rappelait les classiques du scratch tel DJ Screw, tout en les renouvelant complètement dans le choix de ses samples. Trouvant des boucles dans des sons accidentels, Slow Pitch Sound a créé ses rythmes sur place et a fait en sorte que la foule soit suspendue à chacun de ses mouvements. L’art (en voie d’être) oublié du platinisme a montré son potentiel inexploité en tant qu’instrument et, combiné à des outils numériques, a construit un son chaud et distinct, transformé en art par la maîtrise gracieuse de ses outils.

Mais la surprise la plus inattendue de la soirée a été la première prestation de Dumb Chamber, qui a montré à Montréal des contours de la musique électronique à venir. Toujours en quête de nouveauté, le dense patchwork de séquences taquine le rythme et se construit en houles d’orchestrations émotives. Quelque part entre Luc Ferrari, Dean Blunt ou Replica de Oneohtrix Point Never, ce son se distingue par un mélange apaisant de enregistrements sur le terrain et de mélodies sensibles empruntant à l’orchestration classique.

Dumb Chamber arborait un large sourire alors qu’il passait sans effort d’un genre à l’autre ; même sa version de la house classique avait un style distinctif, alors que des bruits prononçaient des contre-rythmes en arrière-plan. La foule, qui aurait pu être une fête du personnel de Ssense, n’était peut-être pas aussi chaude pour la danse, mais on sentait qu’elle écoutait profondément et appréciait les expériences sonores passionnément recherchées auxquelles elle assistait.

C’était l’une de ces expériences dont on sort en ne se sentant pas tout à fait le même qu’à l’entrée. Peut-être était-ce le mur de basses fréquences qui vous a pénétré les os, peut-être était-ce le fait d’être assis sur le béton froid, mais j’ai eu l’impression qu’un nouvel espace s’ouvrait pour imaginer la musique en tant que performance, et j’ai hâte de l’explorer.

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