jazz-rock / musique contemporaine / rock prog

Markus Reuter : Prog…ifique !

par Réjean Beaucage

Musicien extrêmement prolifique, l’Allemand Markus Reuter cultive ses influences et se multiplie sans s’éparpiller. Trois albums d’un seul coup ? Dossier à l’horizon !

Crédit photo : Kai R. Joachim

En voici un qui aurait de la difficulté à prétendre qu’il n’est pas un fan de King Crimson. Le musicien allemand a en effet suivi durant plusieurs années les cours de « guitar craft » de Robert Fripp, ce qui l’a mené à jouer du Chapman Stick (comme le bassiste Tony Levin), puis de la Warr Guitar (comme Trey Gunn), avant de concevoir son propre modèle de guitare « augmentée », la Touch Guitar. Il a formé un duo avec le batteur Pat Mastelotto, ce qui lui a permis de se joindre aux STICK MEN (Mastelotto et Levin) puis au double trio du Crimson ProjeKct (les STICK MEN + le Adrian Belew Power Trio). À travers tout ça (et, à vrai dire, un paquet d’autres choses), il a aussi collaboré au disque This Fragile Moment de la chanteuse Toyah Wilcox (épouse de Robert Fripp).

Voici  l’occasion de se pencher sérieusement sur son travail puisqu’il vient de sortir trois album d’un seul souffle sous étiquette Moonjune Records : Reuter Motzer Grohowski : Shapeshifters; Markus Reuter Oculus : Nothing Is Sacred; Markus Reuter avec Mannheimer Schlagwerk : Sun Trance.

Ajoutons à ce préambule que sur le premier disque de son groupe Oculus, on retrouve le violoniste David Cross qui fut de la période glorieuse de 1973-74 avec King Crimson. Ce disque fait entendre un quatuor enregistré live en studio : le batteur Asaf Sirkis, le bassiste Fabio Trentini, Cross (aussi aux claviers) et Reuter. À ceux-ci se sont par la suite ajoutées les couleurs du guitariste Mark Wingfield et les ambiances sonores de Robert Rich. Bref, il y a de la matière. Le maître d’œuvre explique dans les notes qu’il voulait obtenir quelque chose d’aussi radical qu’a pu l’être à l’époque Bitches Brew, et on nage certainement dans les eaux troubles du jazz-rock, mais, pour votre humble serviteur, ça a surtout rappelé le souvenir de Brand X (époque Phil Collins), plutôt que celui du Miles Davis de 1970.

Shapeshifters, c’est Reuter, le texturiste sonore Tim Motzer (guitare) et le batteur Kenny Grohowski. Le trio produit lui aussi une variété de jazz-rock, mais trempée dans l’urgence du free, tout en étant éminemment prog (il y a vraiment ici des réminiscences des envolées improvisées auxquelles se livrait le quatuor que formait David Cross avec Bill Bruford, John Wetton et Robert Fripp, et une pièce comme Dark Sparks puise allègrement son énergie dans Fracture). Et puis, si on pense encore à Brand X ici, c’est normal, Grohowski ayant rejoint le groupe anglais depuis 2016. Des improvisations très inspirées, par un power trio qui en a dedans.

Sun Trance est davantage assimilable à la musique contemporaine. Il s’agit d’une commande de Dennis Kuhn, le directeur artistique du Mannheimer Schlagwerk, un ensemble de percussions comme l’indique son nom. L’œuvre a été créée en concert le 23 mai 2017 et c’est cette performance enregistrée qu’on retrouve ici. Onze musicien-ne-s entourent le compositeur et guitariste : deux vibraphones, deux glockenspiels, deux « shakers », clarinette basse, synthétiseur, batterie, guitare et basse électriques. La pièce de 36 minutes est un appel à la méditation qui se développe lentement en un crescendo que nourrit un long solo de guitare de Reuter (ici, plus que jamais, dans les souliers de Robert Fripp). On peut voir la performance ici :

À noter que l’ensemble a commandé une nouvelle œuvre à Reuter pour célébrer son 25e anniversaire (en 2020… la création est remise à mai 2021). Vous pouvez contribuer financièrement à cette aventure ici.

En gros, si je devais évaluer par une note ces trois enregistrements bien différents, ils s’en tireraient tous avec un bon pointage. Le compositeur et guitariste Markus Reuter produit beaucoup, mais il n’en fait pas trop, et parmi les nombreux musiciens qui ont subi l’influence de Robert Fripp, il est certes l’un de ceux qui méritent l’attention. Ces trois albums sont parus en septembre chez MoonJune Records, et vous aurez compris que d’autres suivront bientôt.

Pour en savoir plus sur lui, visitez sa page Bandcamp.

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