americana / country-folk / folk

FME 2025 : Ada Lea profite pleinement de l’été

par Jake Friesen

Dans un café animé reconverti en salle de spectacle, la chanteuse et compositrice montréalaise Ada Lea et son groupe attirent un public calme et attentif. Sa musique est celle d’une douce chanteuse-autrice-compositrice, avec une guitare scintillante, une basse chaleureuse et des percussions terre-à-terre. La voix d’Ada Lea, avec une légère touche western, est aussi chaude et haletante que les derniers soupirs de l’été. 

Pendant le concert, le groupe de la chanteuse reste extrêmement stoïque tandis qu’elle tente nerveusement de faire la conversation avec le public. Cependant, son trac ne se ressent en aucun cas dans sa performance. Elle retrouve facilement ses marques dès que la musique reprend, après une brève interruption dans son paysage sonore.

Elle nous entraîne dans des vignettes de soleil tamisé et de routes poussiéreuses avec des chansons comme Diner. À bien des égards, la performance d’Ada Lea semblait hors norme par rapport à l’exposition de curiosités qu’est le FME. Cela dit, le public qui s’était rassemblé pour elle était unanimement captivé par sa performance sobre et accomplie.

Ada Lea vous invite à prendre place et à profiter des derniers moments précieux de l’été, loin de la cacophonie du festival.

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Club / darkwave / synth-pop / synthwave

FME 2025: Automelodi remède au lendemain de veille

par Lyle Hendriks

Lors des éditions passées du FME, je me souviens toujours du dernier concert comme d’un moment où j’étais complètement épuisé, me balançant doucement dans un sous-sol, luttant pour préserver mes dernières cellules face à l’assaut d’une musique trance et monotone.

Comme vous pouvez l’imaginer, j’étais ravi d’apprendre que le dernier spectacle cette année se déroulerait non seulement en plein air, mais qu’il mettrait en vedette Automelodi, un artiste synthpop exceptionnel et énergique venu faire la fête. Automelodi, également connu sous le nom de Xavier Paradis, est une figure solitaire sur scène, entourée de synthétiseurs, de beatpads et de pieds de micro. Après avoir lancé sa carrière en 2006, le musicien montréalais profite aujourd’hui d’un regain, retrouvant la scène à l’occasion de plusieurs sorties prévues en 2025.

Avec des voix déformées et saturées de réverbération, des changements de tempo vertigineux et entraînant, la musique est urgente, vivante et incite même mon pauvre corps fatigué par la gueule de bois à danser une dernière fois pour clôturer le festival. Nous, les quelques-uns qui étions restés jusqu’à la fin de la nuit, avons été anéantis de le voir terminer son set, alors que nous supplions pour juste un dernier morceau sale, sauvage et déchaîné, pour clore la soirée. Bien que ce rappel ne nous ait pas été accordé, j’étais quand même heureux que FME ait choisi de clôturer la programmation de cette année avec un artiste aussi universellement apprécié. Un coup de cœur garanti.

Psychedelia / rock psychédélique / surf

FME 2025: TEKE::TEKE nous amène dans l’au-delà

par Lyle Hendriks

De nombreux groupes prétendent vous transporter dans un autre monde. Peu y parviennent aussi rapidement et profondément que TEKE::TEKE, légendes montréalaises du surf rock psychédélique japonais.

Qu’il s’agisse de Maya Kuroki, la chanteuse qui ouvre le spectacle avec un monologue mélodramatique en retirant masque après masque pour en révéler toujours un nouveau, plus troublant encore ; de Yuki Isami, la flûtiste au look glamour de danseuse go-go des années 70 ; ou simplement des compositions agitées et en perpétuelle mutation qui composent leur répertoire, il est impossible de ne pas se laisser emporter par ce sextuor d’exception.

Vêtus de tenues aux motifs criards et dépareillés reflétant les influences musicales éclectiques qui animent le groupe, TEKE::TEKE nous a emmenés dans un voyage épique de près de 90 minutes, depuis leurs premiers albums jusqu’à certaines de leurs œuvres les plus récentes créées pour la bande originale du dernier Assassin’s Creed. Par moments, le son est brut, entraînant, parfait pour une journée sur la jetée. À d’autres, il devient un thème de poursuite façon parkour, haletant, survolté, qui nous saisit sans jamais nous lâcher : chaque virage serré nous prend de court et tisse une trame sonore dense, complexe, presque impossible à démêler.

Les morceaux peuvent comporter cinq, six, voire dix sections différentes, et le groupe fait preuve d’une maîtrise absolue, s’abandonnant à des instants de calme avant de jaillir soudainement dans des climax dramatiques, sans le moindre avertissement. Avec une énergie inégalée et un son unique, TEKE::TEKE continue d’être une force à ne pas sous-estimer.

FME 2025 : Frannie Holder dévoile son projet solo

par Stephan Boissonneault

Frannie Holder évoque une ancienne légende du FME. Je connaissais son nom que parce que l’un de ses groupes, Random Recipe, avait participé au tout premier concert secret du FME, organisé il y a environ 20 ans dans le célèbre restaurant nocturne Morasse Poutine.

Cette année, Frannie a fait ses débuts en solo à l’Agora Des Spectacles. Les morceaux que j’ai pu entendre mêlaient pop expérimentale, trip-hop et atmosphères à la française, façon house. Pendant que Frannie chantait en français, un bassiste et un batteur bâtissaient un mur de son brumeux, offrant à Frannie la liberté de se lancer au synthétiseur. Le résultat évoquait un mélange de Regina Spektor et Björk, avec une touche de N NAO de Montréal — une manière douce et apaisante de commencer la journée à 16 heures. J’ai remarqué que c’était en réalité le batteur qui orchestrai la plupart des changements complexes, ponctuant chaque transition d’un « un, deux, trois, quatre » avant de conclure une chanson ou d’annoncer la suivante. Il sera fascinant de découvrir quelle forme prendront ces morceaux sur l’album, mais seul le temps nous le dira.

hard rock / metal

FME 2025 : Hommage à Aut’Chose avec la relève rock n’ roll

par Stephan Boissonneault

Originaire d’Alberta, je ne savais pas qui était Aut’Chose avant ce spectacle hommage présenté le dernier jour du FME, mais je me souvenais avoir entendu ce nom lors d’une conversation avec Félix B. Desfossés, historien du rock et du métal, il y a quelques années. Il les mentionne également à plusieurs reprises dans son livre publié en 2014, L’évolution du métal : No Speed Limit 1964-1989

Le chanteur et poète Lucien Francoeur et le guitariste Jacques Racine du band Aut’Chose, tous deux décédés l’année dernière, ont été des figures légendaires de la scène hard rock québécoise, avec trois albums sortis au milieu des années 1970. Les Freaks de Montréal, le groupe hommage à Aut’Chose, ont réuni de jeunes artistes tels que Rose Cormier de Mulch, Alix Fernz, N Nao, Pierre-Luc Gratton de Population II, et d’autres, qui ont pris le relais au chant et rendu hommage à Francoeur entre les chansons. On se trouvait devant un super groupe : à la batterie, Michel « Away » Langevin (Voïvod) et aux guitares et synthés, des membres de GrimSkunk, Groovy Aardvark et Tricky Woo.

Je n’avais jamais entendu les chansons d’Aut’Chose avant ce concert, mais j’ai trouvé qu’elles rappelaient le meilleur de RUSH, ZZ Top, Black Sabbath, avec une touche de Lou Reed dans le chant. Il y avait des moments de hard rock pur et des moments de prog étrange et flou. C’était captivant d’entendre et de voir chaque chanteur sous un jour différent : N Nao qui criait, Alix Fernz sans beaucoup d’effets vocaux, avec une voix plus claire que jamais, et Pierre-Luc Gratton chantant debout, alors qu’on le voit habituellement assis sur son trône dans Population II. Un autre moment marquant a été le jeu de la double basse lorsque Population II est remonté sur scène pour la deuxième fois.

garage punk / hard rock / pop-punk / punk

FME 2025 : The OBGMs sont-ils… Céline Dion ??

par Jake Friesen

Sélectionnés dans la liste courte du Prix Polaris 2025, The OBGMs reviennent au FME pour la première fois depuis 2021, où ils avaient joué devant un public assis et soumis à des restrictions liées à la COVID. Ils montent sur la scène principale et se présentent comme un groupe hommage à Céline Dion. Malgré un accueil froid de la part du public, ils se lancent à corps perdu dans un set d’une intensité implacable.

Le chanteur Densil MacFarlane provoque le public avec charisme à chaque instant, le défiant d’aller toujours loin. Les OBGMs offrent un son percutant et électrisant, mêlant des mélodies accrocheuses, des voix ardentes, une percussion furieuse et une bonne dose de riffs de guitare endiablés. Ils dégagent une attraction magnétique irrésistible, mêlant une précision chirurgicale à une sensibilité punk effervescente. Après avoir mené une bataille acharnée pour conquérir le public, MacFarlane le rallie à sa cause en demandant si quelqu’un dans la salle aurait un ex qu’il déteste profondément.

Les applaudissements retentissent tandis que tout le monde scande « Fuck Robbie » et MacFarlane dédie la chanson suivante à l’ex d’un spectateur, Robbie. Même si les OBGMs se produisent devant un public de plusieurs centaines de personnes, ils parviennent sans effort à créer l’esprit de solidarité propre aux concerts punk underground . Ils demeurent loyaux envers leur art et leurs convictions, tandis que MacFarlane souligne avec ferveur l’importance de se faire mutuellement de la place, tant dans l’espace que dans la communauté.

Après avoir assisté à leur concert samedi soir, je suis convaincu que les OBGMs sont sur le point de conquérir le monde. Ça me réjouit.

Photos by Julia Mela

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indie rock / rock alternatif

FME 2025 : Party de piscine gonflable dans la ruelle

par Jake Friesen

Le groupe de rock garage montréalais Poolgirl fait ses débuts au FME devant un public enthousiaste  agglutiné autour de la scène. Avec la foule qui sautille comme des grains de pop-corn et des accessoires de piscine gonflables qui volent dans tous les sens, Poolgirl est dans son élément.

Guitares grungy, percussions bruyantes et voix gutturales saturent l’espace. La qualité brute de leur son est attachante, sans prétention et sincère : Poolgirl délaisse le sérieux de la performance pour la fanfare déchaînée de la jeunesse. Leur son occupe un territoire musical autrefois réservé aux jeunes des banlieues. Pourtant, sous les lumières de la scène FME Fizz, il est rafraîchissant d’assister à un concert de garage rock accessible et désinvolte donné par un groupe composé principalement de musiciennes. 

Une intensité constante anime Poolgirl tout au long de leur set, comme si elles étaient aussi légères que les ballons de plage qui rebondissent au-dessus du public. La basse tourbillonnante et crasseuse les propulse vers leur dernière chanson, et dans le plus pur style garage rock, elles disparaissent dans la nuit, comme des adolescentes fuyant un concert clandestin.

hip-hop / trip-hop

FME 2025 : Transcendance dans la ruelle avec Boutique Feelings

par Stephan Boissonneault

Nous avions besoin de capturer l’ambiance intimiste de la ruelle du FME, en particulier mon ami qui avait pris une bonne dose de LSD. Ce projet de Karim Lakhdar transcendant les genres a tout donné : un mélange envoûtant de hip-hop psychédélique, à la fois introspectif et énergisant, capable de ramener les morts à la vie.

Mes amis et moi étions dans un état d’esprit assez déconnecté, captivés par les riffs déformés et les récits décalés. Le message sociopolitique a façonné un instant d’union pour la foule, avant que Lakhdar ne le déconstruise pour le reconstruire aussitôt.

Avec ce projet, Karim Lakhdar réalise quelque chose de complètement fou, comme si Madlib et Kim Gordon avaient eu un enfant et l’avaient élevé au son du krautrock. Tout ce qui fait Atsuko Chiba se retrouve désormais dans cette création. Subliminal. Sublime.

Experimental / expérimental / krautrock / rock / rock expérimental

FME 2025 : Krautrock à la brunante

par Stephan Boissonneault

Je suis trop jeune pour avoir assisté au concert Live at Pompeii de Pink Floyd, qui n’a été joué devant personne, à l’exception de l’équipe de tournage et de quelques inconnus, mais assister à cette performance unique You II Avec Nolan Potter au FME est ce qui s’en rapproche le plus.

Ce titan du krautrock composé de six membres, les deux membres principaux de Yoo Doo Right, les trois membres de Population II et Nolan Potter, le multi-instrumentiste génial d’Austin, ont joué un set vibrant, brumeux et psychédélique pour l’âge d’or. Le lieu ? Le lac Osisko à Rouyn-Noranda, ou juste à côté, sur une dalle de béton, au coucher du soleil.

Malgré quelques problèmes de son, qui étaient sans doute inévitables compte tenu de la multitude d’instruments que ce sextuor a fait apparaître comme par magie, ce spectacle était phénoménal. Deux batteurs, avec des kits complets, si synchronisés que leurs fills faisaient partie d’une imagination collective. Deux synthétiseurs/guitaristes échangeant des solos, se laissant mutuellement de l’espace alors qu’ils approchaient de l’oubli. Nolan Potter sautillant sur un saxophone ténor vif et rapide, une flûte en fleurs, un interlude au tambourin, et surtout, allumant des cigarettes pour lui-même et le batteur John Talbot.

Avec le recul, les problèmes techniques semblaient avoir été répétés et faisaient partie intégrante du concert. On pouvait sentir la frustration palpable lorsque la guitare du guitariste et magicien des synthés Justin Cober a refusé de fonctionner, mais elle a été remise en état pour un bend de guitare impeccable. Ce concert ne se reproduira jamais. Le meilleur moment ? Le final interminable, annoncé par un rapide « OUAIS ! » du batteur et chanteur Pierre-Luc Gratton.

Alternative / no wave / post-punk / rock alternatif

FME 2025 : Mary Shelley, une forme de vie réanimée

par Lyle Hendriks

En arrivant dans l’espace sombre et liminal du Bar du Curling, nous sommes immédiatement accueillis par le groupe punk de Brooklyn Mary Shelley. Jeunes, énergiques et débordant de cette fougue typiquement new-yorkaise, il ne faut pas longtemps pour se mettre à sauter partout aux côtés de ce quatuor déjanté et inclassable.

Si certains groupes ont dû travailler dur pour conquérir les dancefloors du FME, cela n’a pas semblé poser le moindre problème à Mary Shelley, qui a capté notre attention et notre énergie dès le début. Après nous avoir pris par les cheveux, ils ont enchaîné un set impressionnant d’intensité, mêlant hard punk, paroles littéraires à la IDLES et indie pop jangly. Il semble n’y avoir aucune influence ou aucun genre hors de portée pour Mary Shelley, qui mélange shoegaze, post-punk et même des touches de hip-hop pour produire un état altéré que je ne parviens toujours pas à expliquer.

Ils échangent leurs instruments, échangent leurs sons et avalent des bières. Ceux qui s’inquiètent de la mort du punk refusent tout simplement de reconnaître cette forme de vie réanimée comme étant la vraie.

Tout comme l’auteur dont ils tirent leur nom, Mary Shelley est d’une subversion effrayante et exaltante de tout ce à quoi vous pouvez vous attendre, même si vous arrivez sans savoir qui ils sont, à la fois démodés et totalement novateurs.

Photos by Jacob Zweig

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pop noire / shoegaze

FME 2025 : APACALDA nous ouvre la porte

par Lyle Hendriks

Alliant des tonalités sombres, une ambiance de boudoir et une sensibilité pop électrisante, APACALDA a été l’un des groupes les plus constants du FME samedi. Cassandra Angheluta a apporté une incroyable intimité à l’environnement autrefois stérile du L’Ordre Loyal des Moose, nous captivant avec des morceaux sombres, lourds, mais incroyablement sobres et raffinés.

Son groupe, composé de Raphy Bedard de Vilca (basse) et Caleb LeBel (batterie), l’accompagne à la perfection, nous entraînant à travers des eaux noires comme des passeurs, tandis que nous sommes bercés par des structures musicales labyrinthiques et des voix captivantes. Bedard de Vilca joue avec assurance et une énergie contenue qui semble inépuisable, tandis que le jeu de batterie complexe et subtil de LeBel apporte une énergie parfaite.

Le mot qui caractérise Apacalda est « retenue ». À l’image d’un bandage serré sur une vieille blessure, Angheluta passe sans effort de passages haletants et secrets à des climax incroyables, dansant sur une corde raide dans un monde qui lui est propre.

Derrière les morceaux initialement entraînants d’Apacalda se cache un profond bassin de vulnérabilité et de douleur, quelque chose qui semble presque trop intime pour être regardé directement. Mais Angheluta nous ramène à chaque fois, nous invitant, puis nous obligeant à regarder les parties ensanglantées d’elle-même qui produisent un son si viscéral et captivant. Apacalda est immédiatement accessible et profondément provocateur, pris entre deux extrêmes pour offrir une tension magnifique, différente de tout ce que nous avons vu ce week-end.

Photos by Jacob Zweig

crowd shot: Julia Mela

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funk psychédélique / néo-psychédélique / rock / rock psychédélique

FME 2025 : La Flemme, un mixeur pour tous

par Stephan Boissonneault

Par le passé, il y a eu beaucoup de groupes de rock psychédélique garage farfelus au FME, des groupes qui peuvent sans aucun doute citer un groupe comme Oh Sees comme principale influence, mais La Flemme est peut-être l’un des plus authentiques. Ce quatuor français originaire de Marseille apporte une intensité débridée à la fête, le genre de personnes à qui vous pouvez vous confier lors d’une soirée endiablée à 4 heures du matin ou au début d’une aventure entrepreneuriale turbulente. Les visuels d’Anthony Piazza étaient légendaires, comme toujours, et mon préféré était sans doute le mixeur cyclonant du glaçage qui représentait en fait la planète Terre.

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