Après une prestation absolument exceptionnelle de St. Vincent avec orchestre symphonique à la Salle Wilfrid-Pelletier, je me suis précipité dehors pour assister à mon tout premier concert de Kamasi Washington à la Scène TD. C’était un moment assez important pour moi, car j’avais manqué tous les concerts de Kamasi Washington au jazzfest et ses concerts en solo à Montréal ces cinq dernières années, et j’écoute très souvent ses épopées de jazz cosmique lorsque j’écris.
Ce dieu du saxophone jazz, âgé de 45 ans, débordait de style, vêtu d’un kimono noir, serrant son saxophone ténor comme un enfant émerveillé tandis qu’il regardait la chanteuse Patrice Quinn interpréter avec une puissance incroyable des paroles sur l’espace et l’univers. Elle terminait alors le morceau de 12 minutes – qui s’était en réalité étiré sur 15 minutes –, « Askim », tiré de l’album The Epic sorti en 2015. Washington a clôturé le morceau par un cri de saxophone plein d’énergie, qui semblait s’étirer pendant plusieurs minutes. Les poumons de cet homme sont incroyables.
Vint ensuite The Pslamnist, tiré de mon album préféré, Heaven and Earth, qui mettait en vedette des solos de trompette en direct de Ryan Porter, la contrebasse tonitruante de Miles Mosley et le jeu de batterie endiablé de Ronald Bruner Jr. (frère de Stephen Bruner, alias Thundercat). La maîtrise du saxophone de Washington est en soi un véritable spectacle, mais son arme pas si secrète que ça, c’est son groupe. Chaque musicien pourrait facilement diriger son propre groupe. Prenez par exemple l’ouverture au clavier de Cameron Graves, en parfaite synchronisation avec Bruner. On pourrait même dire en plaisantant que c’est tout aussi bon que Domi et JD Beck, honnêtement. « Y a-t-il des fans d’anime dans la salle ? », demande Washington à la foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Le morceau s’intitule « Lazarus », une chanson que Washington espérait voir devenir le générique d’ouverture du nouvel anime de Shinichirō Watanabe, Lazarus. Watanabe a finalement choisi « Vortex », mais c’est « Lazarus », avec son caractère imposant, qui nous touche le plus. Les chœurs, menés par Quinn, constituent la véritable clé du succès de ce morceau. Le saxophone hors du commun de Washington est, là encore, tout simplement irréel. Mosley a également livré un solo de contrebasse endiablé, ses doigts virevoltant comme des avions en délire tandis qu’il actionnait une pédale de phaser. Je n’ai jamais vu un solo de contrebasse rivaliser à ce point avec celui d’une basse électrique. Mosley est un autre dieu dans son art.
Après une magnifique et longue reprise de « Prologue », du compositeur de tango argentin Astor Piazzolla, Kamasi a annoncé qu’il reviendrait bientôt à Montréal. C’était sa troisième prestation au Festival de jazz de Washington ; je ne doute donc pas que nous le reverrons.
Photos by Victor Diaz Lamich