classique / jazz / période romantique

Festival de Lanaudière : De Carmen à Gershwin – invitations au voyage à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay

par Rédaction PAN M 360

Pour le retour de l’immense pianiste Jean-Yves Thibaudet sur la scène de l’Amphithéâtre, un concerto s’impose: le fameux Cinquième de Saint-Saëns, dit « L’Égyptien », dont il est aujourd’hui l’interprète par excellence. L’OSM et le chef invité Stéphane Denève lui donnent la réplique, mariant l’inventivité foisonnante et la verve exotique de Gershwin aux pages les plus célèbres de l’opéra Carmen, où Bizet déploie le théâtre de la passion, de la séduction et du destin.

For the return of the great pianist Jean-Yves Thibaudet to the Amphitheatre stage, a concerto is in order: Saint-Saëns’s celebrated Fifth, known as the “Egyptian,” of which he is today one of the foremost interpreters. The OSM and guest conductor Stéphane Denève join him in a program that brings together the abundant inventiveness and exotic flair of Gershwin with the most famous pages from Bizet’s opera Carmen, where music gives full theatrical voice to passion, seduction, and fate.

Programme

Ibert
Escales – 15 min.
Saint-Saëns
Concerto pour piano nº 5 en fa majeur, op. 103 – 28 min.
Bizet
Carmen, suite orchestrale – 22 min.
Gershwin
An American in Paris – 19 min.

Program

Ibert
Escales
Saint-Saëns
Piano Concerto No. 5 in F major, op. 103
Bizet
Carmen, orchestral suite
Gershwin
An American in Paris

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classique / musique contemporaine / post-romantique

Festival de Lanaudière : Chostakovitch par Payare et l’OSM à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay

par Rédaction PAN M 360

À l’orée d’une grande tournée des festivals européens, Rafael Payare et l’Orchestre symphonique de Montréal retrouvent le Festival – cette fois dans l’imposante Dixième de Chostakovitch. La puissance évocatrice de cette œuvre peint la biographie même de son créateur, artiste contraint, muselé par un régime dictatorial (la Russie stalinienne) avec lequel il entretint toute sa vie une relation complexe et inextricable. En première partie, Alisa Weilerstein restitue le concerto de Gabriela Ortiz, écrit pour elle et créé par le Los Angeles Philharmonic la saison dernière.

Before embarking on a tour of European festivals, Rafael Payare and the Orchestre symphonique de Montréal find themselves at the Festival, this time with the imposing Tenth Symphony of Shostakovich. The evocative power of this work reflects the biography of its creator, a restrained artist muzzled by the dictatorial regime of Stalinist Russia, under whose auspices he spent his life and with whom he had a complex and inextricable relationship. In the first half of the concert, Alisa Weilerstein performs Gabriela Ortiz’s cello concerto, written for her and premiered during the Los Angeles Philharmonic’s 2024-2025 season.

Programme/program

Gabriela Ortiz, Dzonot
Dmitri Chostakovitch, Symphonie no 10 en mi mineur, op. 93/Symphony No. 10 in E minor, Op., 93

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baroque / classique / opéra

Festival de Lanaudière : Les Arts florissants par… William Christie et Les Arts Florissants! à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay

par Rédaction PAN M 360

Pour son retour au Festival, William Christie a fait le choix d’un symbole : partager avec le public le court opéra de Marc-Antoine Charpentier qui a donné son nom à l’ensemble… Les Arts florissants! Les trois précédentes visites de William Christie et des Arts Florissants à Lanaudière furent des soirées d’enchantement comme seuls ces maîtres du baroque nous en réservent. Présenté dans un format double avec une autre pièce lyrique du même compositeur, ce nouveau spectacle met en lumière les lauréats du Jardin des Voix, leur célèbre académie pour jeunes chanteurs. Un véritable récit des origines, qui nous plonge dans le faste du Grand Siècle, dans le Versailles de Louis XIV et où danse et chant se mêlent à une musique exquise.

For his return to the Festival, William Christie has chosen to share with us the short opera by Marc-Antoine Charpentier from which comes his ensemble’s name, Les Arts florissants! William Christie’s three previous visits to Lanaudière with Les Arts florissants were enchanting events, as only the baroque masters can bring us. Presented as a double feature with another lyric work by the same composer, this new production brings to us to the shining starts of the Jardin des Voix, their celebrated academy for young singers. A veritable origin story that brings us into the height of the Grand siècle of Versailles and Louis XIV, where dance and song combine through exquisite music.

Programme/program

Marc-Antoine Charpentier, Les Arts florissants et/and La Descente d’Orphée aux enfers

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classique / musique contemporaine / Piano

Festival de Lanaudière : Charles-Richard Hamelin avec l’OSQ – légendes nordiques à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay

par Rédaction PAN M 360

Pour leurs débuts conjoints à Lanaudière, Clemens Schuldt et l’Orchestre symphonique de Québec nous proposent des œuvres à la mesure de leurs extraordinaires qualités. Depuis l’arrivée de Clemens Schuldt à la direction musicale en 2023, le tandem formé par l’Orchestre symphonique de Québec et le chef allemand fait des merveilles. Au programme : le concerto pour piano de Grieg – l’un des plus beaux et des plus connus – défendu par nul autre que Charles Richard-Hamelin, un morceau du grand compositeur québécois Jacques Hétu, puis la délicieuse fantaisie orchestrale de Zemlinsky sur le conte d’Andersen, trésor de couleurs chatoyantes et de poésie.

For their debut together at the Festival, Clemens Schuldt and the Orchestre symphonique de Québec propose works equal to their extraordinary abilities. Since his arrival as music director in 2023, the team formed by German conductor Clemens Schuldt and the Orchestre symphonique de Québec have made a notable impact. On the programme: Grieg’s piano Concerto, one of the most beautiful and well known, played by none other than Charles Richard-Hamelin; a piece by the great Québecois composer Jacques Hétu, and the exquisite orchestral fantasy after the Andersen fairy tale, a treasure of rich musical colours and poetry.

Programme

Jacques Hétu, Le Tombeau de Nelligan, op. 52
Edvard Grieg, Concerto pour piano en la mineur, op. 16
Alexander Zemlinsky, La petite sirène (Die Seejungfrau)

Program

Jacques Hétu, Le Tombeau de Nelligan, op. 52
Edvard Grieg, Piano concerto in A Minor, op. 16
Alexander Zemlinsky, The Little Mermaid (Die Seejungfrau)

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baroque / classique / Moyen-Orient / Levant / Maghreb

Festival de Lanaudière : Avi Avital et I Musici de Montréal à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay

par Rédaction PAN M 360

De la virtuosité baroque au charme pastoral, Avi Avital révèle toute la passion et la poésie de la mandoline, en concert avec I Musici. L’arrivée d’Avi Avital sur la scène musicale ces dernières années a créé un véritable engouement à travers le monde. Son parcours fulgurant l’amène enfin à Lanaudière, avec un florilège de perles baroques et de musiques inspirées des traditions populaires, dans un concert unique aux côtés d’I Musici de Montréal.

From baroque virtuosity to pastoral charm, Avi Avital reveals all the passion and the poetry of the mandolin, in concert with I Musici. Avi Avital’s eruption onto the scene in recent years has caused waves across the musical world. His meteoric career trajectory has at last brought him to Lanaudière, with a medley of baroque pearls and folk-inspired music performed in a unique concert with Montréal’s I Musici.

Programme

Johann Sebastian Bach
Concerto en sol mineur, BWV 1056 – 10 min.
Antonio Vivaldi
Concerto pour mandoline en la mineur, RV 356 – 7min.
Giovanni Paisiello
Concerto pour mandoline en mi bémol majeur – 17 min.
Béla Bartók
Danses populaires roumaines – 6 min.
Sulkhan Tsintsadze
Six miniatures sur des thèmes folkloriques géorgiens – 10 min.
Gil Aldema
In Chassidic Mood – mouvements III, IV et V – 13 min.
Manuel de Falla
Danse espagnole (tirée de La vida breve) – 4 min.

Program

Johann Sebastian Bach
Concerto in G minor, BWV 1056 – 10 min.
Antonio Vivaldi
Mandolin Concerto in A minor, RV 356 – 7 min.
Giovanni Paisiello
Mandolin Concerto in E-flat major – 17 min.
Béla Bartók
Romanian Folk Dances – 6 min.
Sulkhan Tsintsadze
Six Miniatures on Georgian Folk Themes – 10 min.
Gil Aldema
In Chassidic Mood – movements III, IV, and V – 13 min.
Manuel de Falla
Spanish Dance (from La vida breve) – 4 min.

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classique / musique contemporaine / musique de chambre

Festival de Lanaudière : Le Quatuor pour la fin du Temps au Musée d’art de Joliette

par Rédaction PAN M 360

Le Trio Hochelaga retrouve le clarinettiste James Campbell pour interpréter l’un des monuments du vingtième siècle : le Quatuor pour la fin du Temps de Messiaen. Composé dans un camp de prisonniers en 1941, ce chef‑d’œuvre transcende les circonstances tragiques de sa création pour atteindre une spiritualité d’une rare intensité. Présenté dans l’atmosphère intime d’une salle d’exposition du Musée d’art de Joliette, ce concert invite à une écoute profonde où le temps est suspendu, porté par des interprètes d’exception.

The Hochelaga Trio invites clarinetist James Campbel to interpret a monumental work of the 20th century : Messien’s Quartet for the End of Time. Composed in a prison camp in 1941, this masterpiece transcends the tragic circumstances of its creation to attain a spirituality of rare intensity. Presented in the intimate atmosphere of the Joliette Art Museum, this concert will entice deep listening where time is suspended, held aloft by these exceptional artists.

Programme

Messiaen
Quatuor pour la fin du Temps – 50 min.

Program

Messiaen
Quartet for the end of time – 50 min.

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folklore / trad québécois

La veillée « Pas d’temps mort » avec Les Campagnards au Centre culturel Desjardins

par Rédaction PAN M 360

Pour cette 8e édition de la veillée « Pas d’temps mort », Les Campagnards partageront la scène avec De Temps Antan, fabuleux groupe dont la réputation n’est plus à faire. Ce trio de renommée internationale, récipiendaire de 3 Félix, saura vous en mettre plein la vue. Les Campagnards et De Temps Antan vous invitent à une soirée unique : la veillée « Pas d’temps mort ». C’est LE party du jour de l’An dans Lanaudière. Soyez-y!

For this 8th edition of the “Pas d’temps mort” veillée, Les Campagnards will share the stage with De Temps Antan, a fabulous group whose reputation needs no introduction. This internationally renowned trio, recipients of three Félix Awards, is sure to blow you away. Les Campagnards and De Temps Antan invite you to a one-of-a-kind evening: the “Pas d’temps mort” veillée. It’s the New Year’s Day party in Lanaudière. Don’t miss it!

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classique occidental

Festival de Lanaudière | Une magie lanaudoise nommée Nagano

par Frédéric Cardin

Vendredi 1er août dernier, l’Amphithéâtre de Lanaudière recevait l’OSM et surtout Kent Nagano à sa direction, dans un retour que l’on pourrait presque qualifier de triomphant. Le public l’attendait et était probablement prêt à ovationner n’importe quelle performance, du chef. Heureusement, Kent Nagano a offert une très belle lecture musicale de trois œuvres charnues, question coloris et langage polyphonique. 

Pour les couleurs, la Rhapsodie pour clarinette et orchestre en si bémol majeur, L. 116 de Debussy avec Todd Cope, clarinette solo de l’OSM, a rempli les belles promesses d’une écriture foisonnante et merveilleusement bigarrée. Les chausses-trappes interprétatives nombreuses de la partition ont été bien maîtrisés et même rehaussée d’une notable aisance du soliste, à qui le chef invité a su apporter un soutien habile et nuancé de l’orchestre. 

En entrée de programme, l’ op. 1 de Webern, la Passacaille en ré mineur a reçu le traitement qu’elle méritait, soit une très belle ampleur des cordes, encore teintée de romantisme, doublées de voix contrapuntiques plus modernistes/impressionnistes chez les bois. Webern n’avait pas encore traversé le pont vers l’atonalisme, ce qui rend cette Passacaille toujours éminemment accessible pour le grand public, tout en permettant à ce dernier de prendre connaissance avec une prémonition de la complexité raffinée du langage de ce compositeur. 

En finale de ce concert donné d’un seul trait (sans entracte), la Symphonie n° 3 en fa majeur, op. 90, sa grande richesse polyphonique et ses magnifiques thèmes et mélodies. Je me demandais si Kent Nagano allait nous présenter la vision de Brahms, historiquement informée, telle que ce que l’on entend dans son enregistrement de la même œuvre sous étiquette BIS, et paru il y a quelques semaines. Je vous parlais alors, dans la critique de l’album (À LIRE ICI) de la grande liberté de mouvement, de l’aisance rythmique, du souffle aéré des voix, que le chef a apporté à la lecture de cette musique. Bien que sorti récemment, l’enregistrement en question date de 2019. Depuis tout ce temps, Nagano a eu tout le temps d’affiner sa vision. Qu’en était-il, donc? Eh bien oui, ce que l’on entend sur l’album est bien là, avec encore plus de conviction et d’oxygène. Le très fameux troisième mouvement, Poco allegretto, nous a collectivement élevés grâce à sa mélodie poignante et la tendresse naturelle avec laquelle le chef lui a donné vie. Une belle magie que tout le monde réuni a su capter et ressentir. 

Une ovation soutenue a forcé Kent Nagano a revenir sur scène six fois. Le public l’adore, et si vous avez envie d’en savoir plus sur sa perception de l’amour entre lui et le Québec, en plus de sa vision de Brahms, ÉCOUTEZ L’ENTREVUE QUE J’AI RÉALISÉE AVEC KENT NAGANO ICI (en anglais). 

chant lyrique / classique / période romantique

Festival de Lanaudière | Tristan et Isolde en version concert avec YNS et l’Orchestre Métropolitain

par Rédaction PAN M 360

La présentation de l’opéra Aida, en clôture de la saison dernière, est restée gravée dans toutes les mémoires. Yannick Nézet-Séguin et le Métropolitain remettent cela cette année, entourés d’une distribution des meilleurs chanteurs wagnériens de notre époque, pour ce que plusieurs considèrent comme « l’opéra des opéras » : en version concert en Lanaudière, Tristan et Isolde est un colossal poème d’amour, chant d’érotisme et de mort enraciné dans la légende médiévale, et dont le langage allait révolutionner ni plus ni moins que le genre lyrique lui-même. 

Stuart Skelton, ténor (Tristan) 

Tamara Wilson, soprano (Isolde) 

Karen Cargill, mezzo-soprano (Brangäne) 

Franz-Josef Selig, basse (Le Roi Marke) 

Christopher Maltman, baryton (Kurwenal) 

Sean Michael Plumb, baryton (Melot) 

Matthew Cairns, ténor (Berger, Matelot)

Geoffrey Schellenberg, baryton (Timonier)

Chœur Métropolitain

Léa Moisan-Perrier, direction

Orchestre Métropolitain 

Yannick Nézet-Séguin, direction 

Last season closing concert’s presentation of Aida remains etched in everyone’s memory. This year, Yannick Nézet-Séguin and the Orchestre Métropolitain are doing it again, joined by a cast of the best Wagnerian singers of our time, for what many consider « the opera of operas »: Tristan und Isolde. A monumental love poem, a song of eroticism and death rooted in medieval legend, whose language would go on to revolutionize the operatic genre itself.

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période romantique

Festival de Lanaudière | Orchestre métropolitain/Yannick Nézet-Séguin/Marc-André Hamelin : Quand le naturel fait le concert

par Frédéric Cardin

Le naturel, et la nature en général, ont eu le dernier mot ce dimanche à l’Amphithéâtre de Lanaudière pour le concert de l’Orchestre métropolitain (OM) dirigé par Yannick Nézet-Séguin, avec l’impérial Marc-André Hamelin au piano. Rappelons que c’est la jeune sensation Yuja Wang qui devait être là, mais malade depuis quelques jours, elle a dû déclarer forfait. À Lanaudière, les miracles existent, selon le directeur artistique Renaud Loranger. Il n’a peut-être pas tort, car remplacer à pied levé une artiste aussi intense que Wang par un maître absolu de son art tel que Hamelin, c’est en effet une bénédiction. 

Avec l’OM et Yannick, ce sont les deux concertos pour piano de Ravel qui étaient au menu, celui pour la main gauche et celui en sol, bien sûr. D’entrée de jeu, on a su que l’on n’avait rien perdu au change, car le pianiste québécois a saisi à bras le corps, sans jamais relâcher la pression un instant, ce Concerto pour la main gauche en ré majeur, si explosif dans ses contrastes, si nerveux et urgent dans ses motifs et ses mélodies, si éclaté dans ses références, passant du jazz à la musique militaire, le modernisme et le lyrisme. Hamelin a contrôlé tout le discours et le pacing de l’œuvre, avec une confiance inébranlable, à laquelle Yannick et l’OM se sont soumis avec grâce, abreuvant leur partie musicale de couleurs fébrilement tracées par le chef. Certains solos à l’orchestre n’étaient pas transcendants, loin s’en faut, mais bon… Heureusement, ce genre de musique est une seconde nature pour le pianiste québécois, comme s’il n’avait jamais besoin d’y réfléchir, juste de laisser aller son instinct et son Moi essentiel, ce qui a retenu toute l’attention du public.

Le Concerto en sol majeur, plus substantiel en contenu quoique pas beaucoup plus étendu en durée, est une merveille absolue, qui fait partie de nos psychés mélomanes collectives. Ici, si on a pu sentir une lenteur à ‘’entrer’’ dans le jeu, vite résorbée. Les deux mouvements externes ont témoigné d’une belle maîtrise du jeu textural à l’orchestre, par Yannick, et du discours pointilliste par Hamelin. Quelques rares envolées m’ont semblé moins limpides dans leur exécution que celles du concerto pour main gauche. C’est dans le mouvement central, qui est l’une des plus belles plages musicales de l’Histoire, que le pianiste a montré une adéquate poésie, et une douceur bienveillante. Pas supérieur à ce qui se fait de mieux, mais pas inférieur non plus. Bref, une lecture de haute qualité, de celles qu’on attend des meilleurs artistes du monde. L’OM a raté la marche vers le meilleur standard de cette œuvre, en particulier dans les solos de bois qui précèdent le grand et merveilleux soliloque du cor anglais. Des maladresses esthétiques ont été perceptibles dont une respiration inappropriée à la flûte et une attaque un brin vulgaire à la clarinette. Le solo de cor anglais lui-même, bien que joliment chanté par l’excellente Mélanie Harel, aurait pu être projeté avec plus de force et de présence altière face à l’orchestre. Bref, c’est dans ce genre de détails infinitésimaux que la différence entre l’OM et l’OSM se remarque. Une coche peut-être, mais qui fait la différence pour ceux et celles qui écoutent avec attention. 

Hamelin a été salué presque héroïquement par le public, auquel il a offert de magnifiques Jeux d’eau du même Ravel. Autre miracle Lanaudois : c’est exactement au moment culminant de la pièce que le tonnerre et la pluie se sont mis à tomber, dans une symbiose spontanée aussi merveilleuse que rigolote. On aurait voulu le programmer que ça n’aurait jamais marché.

En entrée de programme, Yannick avait choisi une fort jolie partition impressionniste de Lili Boulanger, D’un matin de printemps, qui a mis la table assez correctement pour ce qui allait venir, soit un jaillissement continu de couleurs orchestrales. 

Comme si la densité musicale n’avait pas encore été assez maximisée, le concert s’est terminé avec la substantielle Symphonie n° 2 en ré majeur, op. 43 de Sibelius. Cette fois, la nature n’a pas collaboré de façon bienveillante avec les musiciens. Après quelques minutes bien installés dans le premier mouvement, public et artistes ont dû faire une pause dans la communion musicale car le déluge, non seulement bruyant, s’est même imposé jusque sur la scène en raison d’une fuite du plafond, risquant du coup d’abimer les instruments des interprètes, surtout les cordes. 

On a été déstabilisés par la reprise, qui ne s’est pas faite au début de l’œuvre comme annoncé, mais à peu près là où on était rendu. La stabilité retrouvée, on a porté attention au déploiement de ces pages sublimes entre toutes du répertoire symphonique. Yannick a réussit là où, je trouve, il n’a pas entièrement satisfait dans son enregistrement sous étiquette Atma. Dans ce dernier, une vision presque minérale, chtonique, alors que j’estime qu’il faut une approche aérée à cette symphonie, sans négliger l’ancrage au terroir. C’est un peu ce qu’on a eu alors que le ciel s’illuminait finalement. Le Finale a été adéquatement tenu et soutenu dans son ascension céleste et lumineuse si emblématique, si mystiquement puissante. Satisfaction, malgré les désaccords initiaux de Dame Nature. 

CRITIQUE DE L’ALBUM SIBELIUS, SYMPHONIES 2 ET 5

classique occidental

Festival de Lanaudière | Sol Gabetta : une Reine du violoncelle avec les Violons du Roy

par Frédéric Cardin

Vendredi soir, le Festival de Lanaudière accueillait la violoncelliste argentine Sol Gabetta, pour la première fois au Canada, disait le communiqué. En introduction de concert, le directeur artistique Renaud Loranger a plutôt mentionné une ‘’première fois au Québec’’. J’ai tenté quelques recherches, mais je ne peux dire s’il s’agit de ‘’Canada’’ ou ‘’Québec’’. Si vous le savez, faites-moi signe. 

Au final tout cela est peu important au regard d’une performance pour le moins spectaculaire que l’artiste basée en Suisse a offert au public assez nombreux. Spectaculaire, certes, mais pas dans le sens d’une esbroufe qui souhaite transformer systématiquement les allegros en furiosos Mad Max-esques. Plutôt dans le sens d’une technique tellement précise qu’elle force l’admiration et appuyée sur un chant naturel des phrases qui laisse toutes les notes s’écouler avec une facilité impressionnante. Je pense particulièrement au Concerto pour violoncelle n° 1 en do majeur, Hob. VIIb/1 de Haydn, dont j’ai rarement entendu une lecture aussi nette et touchante. En ce sens, Gabetta (et les Violons du Roy, bien entendu) ont exprimé avec excellence l’esprit de l’ Empfindsamkeit, ou le ‘’style sensible’’ de la fin du 18e siècle, un précurseur du Romantisme en ce sens qu’on y privilégie une expressivité plus libre, tout en demeurant encadré par des formes encore très précises et codées. Pas d’urgence ni de propulsion ébouriffante des rythmes, donc, ni d’attaques agressives qui cherchent à forcer ‘’l’énergisme’’. Seulement une narration posée mais exaltant une pétillance communicative, tout cela dans une exécution technique qui atteint la perfection stylistique. Ce fut un très grand moment de musique. 

L’autre concerto joué par Mme Gabetta (il y en avait deux, tant qu’à l’avoir avec nous…) était celui de Carl Philipp Emmanuel Bach, le très joli Wq 172 en la majeur, l’un de mes préférés du répertoire, bien qu’encore relativement méconnu du grand public. La violoncelliste a admis dans l’entrevue accordée à mon collègue Alexandre Villemaire qu’elle n’avait pas touché à ce morceau depuis 2014. On a remarqué, du coup, que la dame n’avait pas cette partition aussi instinctivement ‘’dans les doigts’’ que le Haydn, même si au final elle a tout de même donné une solide leçon de musicalité à quiconque voudrait s’y essayer.

Je ne sais pas si les Violons de Bernard Labadie, eux non plus, n’avaient pas été en contact avec ce concerto depuis plusieurs années, mais la fabuleuse clarté démontrée dans la première partie du concert (en plus du Haydn, la Symphonie 29 de Mozart, dont je vous parle ci-après) n’était pas aussi cristalline dans ce CPE Bach. Oh, pour n’importe quel autre ensemble, ç’aurait été un accomplissement en soi, mais après ce qu’on avait entendu précédemment, la barre venait de baisser d’un infinitésimal micron, néanmoins perceptible.

LISEZ L’ENTREVUE AVEC SOL GABETTA

Dès le début du concert, et comme mentionné à l’instant, Bernard Labadie a donné une Symphonie n° 29 en la majeur, K. 201 parfaitement équilibrée avec rythmes posés et des phrasés dessinés finement. Tout cela dans des atours à l’élégance décontractée. Déjà, on avait une idée du choix esthétique proposé pour ce concert. En fin de compte, c’est en conclusion de programme que le chef québécois a manifesté des intentions un peu plus vigoureuses avec une Symphonie n° 45 en fa dièse mineur, « Les Adieux », de Haydn, à laquelle il a insufflé une dynamique qu’on n’avait pas ressentie avant. Une conclusion convaincante qui ne dérogeait tout de même pas à l’esprit de la général de la soirée. Une belle réussite.

On souhaite seulement que ce ne soient pas des ‘’adieux’’ sur lesquels nous laissent Sol Gabetta, mais seulement un ‘’au revoir’’, car il faut absolument que cette fabuleuse interprète nous reviennent rapidement. On rêve de l’entendre à la Maison symphonique ou à la salle Bourgie!

chant choral / classique occidental / période romantique

Festival de Lanaudière | Une soirée chorale réussie pour Akamus

par Alexis Desrosiers-Michaud

Vendredi et samedi au Festival de Lanaudière, étaient donnés en diptyque les oratorios Paulus et Elias de Félix Mendelssohn. Pour l’occasion, c’est l’Akademie für Alte Musik Berlin (Akamus) et l’Audi Jugendchorakademie qui nous visitaient, le tout sous la direction de Martin Steidler. À en croire le directeur artistique Renaud Loranger, « c’est la première fois au Canada, sous toutes réserves, que les deux oratorios sont présentés ainsi, et également, chantés en allemand ; la langue habituelle étant l’anglais. Nous y étions vendredi.

C’est devant un parterre épars et une pelouse presque vide que ce magnifique concert s’est donné. Pendant les deux heures et quelques qu’a duré la soirée, tout tombait en lieu et place. L’orchestre, grossi pour l’occasion, jouait sur des instruments anciens (avec un serpent !), ce qui laissait beaucoup de place au chœur. La prononciation des choristes est précise et impeccable. Ces derniers sont habiles à varier la palette de couleurs en étant, parfois incisifs (« Lapidez-le »), parfois tout en douceur, notamment dans les différents chorals. Un des meilleurs moments de la soirée fut l’apparition de Jésus, à la fin du premier acte. Interprétée par les voix de femmes, c’était un passage extrêmement lumineux, sans être angélique et mielleux.

Chez les solistes, c’est l’alto Ulrilke Malotta qui a été la meilleure, malgré qu’elle n’ait chanté que deux petites interventions. Elle a une voix profonde et résonnante. La soprano Marie-Sophie Pollak a une belle voix, mais qui ne se démarquera jamais au cours de la soirée. Le ténor remplaçant Magnus Dietrich fait bien, mais demeure cependant trop stoïque, malgré le fait qu’il était le soliste qui incarnait et « jouait » le mieux ses rôles d’Étienne et de Barnabas. Enfin la basse Krešimir Stražanac a connu quelques problèmes durant la soirée. Parfois trop en rondeur, on perdait les émotions et les mots. Il aurait gagné en se limitant à la partition et en ne cherchant pas à en donner plus.

Finalement, un petit mot sur la présentation générale du concert. Il y aurait place à l’amélioration quant au choix des images projetées sur les écrans géants. Trop souvent, il y a eu des images d’instrumentistes qui n’étaient pas à l’avant-plan, et cela ne rend pas service du tout au spectateur niché en haut du vallon. Ça, en plus de corriger les fautes dans les surtitres.

crédit photo : Gabriel Fournier

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