C’est au merveilleux FME de Rouyn-Noranda que j’ai découvert Population II en 2023. Dans un brouillard de fumée de joints, dans le bar à whisky/country de la ville minière, les vagues de fusion lourde de rock progressif et psychédélique du groupe m’ont donné l’impression de regarder le soleil en face. Le batteur, Pierre-Luc Gratton, est aussi le chanteur, poussant des grognements dignes d’Ozzy tout en frappant sa batterie.
L’influence de Pop II et du deuxième album de Bonsound, Électrons libres du Québec, s’est rapidement fait sentir alors qu’ils étaient en tête d’affiche à La Tulipe (RIP), puis devant des milliers de personnes lors du Festival de jazz de Montréal 2024. Depuis, à l’extérieur du Québec, le groupe a fait l’objet d’articles dans Rolling Stone. C’est une musique qui est facile à écouter, mais qui est aussi pleine d’oeufs de Pâques cachés, techniquement réjouissants, pour les nerds de la musique. Les signatures temporelles changent à tout moment, parfois perdues dans un assaut de bruit, et c’est encore le cas sur leur troisième album, Maintenant Jamais.
Pourtant, dans l’ensemble, cet album est beaucoup plus raffiné et facile à écouter que la nature combustible d’Électrons libres du Québec. Cet album étais plus punk rock dans l’ensemble, donnant l’impression qu’un camion de marchandises roulait sur votre cerveau. La voix de Gratton est toujours pleine de réverbération sur cet album, mais un peu plus légère. Ce mélange plus grand public de Maintenant Jamais se fait-il au détriment de l’album ? Cela dépend de la façon dont on aime le rock progressif. Vous aimez le rock progressif, qu’il soit tortueux et déroutant comme King Crimson, ou plus doux et kosmiche, comme Van der Graaf Generator ? Je suis plutôt du premier type, donc un morceau comme La Trippance est exactement ce dont j’avais envie avec un nouvel album de Pop II, peut-être parce qu’il ressemble beaucoup à certaines des chansons les plus heavy d’Électrons … et que ce solo de guitare protopunky est juste un pur plaisir pour les oreilles, même s’il est éphémère. L’outro de homme étoilé et la chanson Rédemption naturelle sont d’autres exemples de cette ambiance.
Il y a aussi quelques interludes d’une minute 30, à base de synthé et de basse, Poudreuse Blues et i + i , en plein milieu de l’album, qui vous sortent de la folie. Cela aurait pu être une seule chanson combinée sans les fins abruptes. Pourtant, les garçons de Pop II font ce qu’ils font de mieux, et une sinistre jam à l’orgue consume lentement le reste de i + i . Tout cela pour arriver à Le thé est prêt, qui commence avec une guitare psychédélique ondulée et retardée par le numérique, avant de se transformer en une autre jam pleine de groove. Le même interlude se reproduit avec 13 1 3 1, puis La Cache.
Lorsqu’ils frappent sur ces 14 nouveaux titres, les trois membres de Pop II savent frapper fort. Bien que je sois plus enclin à proposer Électrons pour initier quelqu’un à Population II, plus (hum), déséquilibré, Maintenant Jamais pourrait être une bonne entrée en matière pour quelqu’un qui ne fait que tremper ses pieds dans l’eau.