Au cœur de l’hiver, Taverne Tour nous rappelle que la sève coule encore dans les racines et que la vie continue sous terre. 3 jours, 16 salles, plus de 85 artistes. C’est un rendez-vous annuel des alternos, venus du monde entier pour partager une chose : de la bonne musique autour d’une bière. Bon, d’accord, peut-être deux. Pendant ces trois jours, tous les secrets les mieux gardés de Montréal peuvent être dévoilés ; il suffit de savoir où chercher.

C’est pourquoi PAN M 360 a contacté l’équipe de Taverne Tour afin de prendre le pouls de sa programmation 2026. Tout comme ses programmateurs, la programmation de cette année est intense et éclectique.

Également du label Mothland sans compter leur mandat de programmation au FME, Jean-Philippe Bourgeois et Philippe Larocque ont réuni pour Taverne Tour un large éventail de musiques alternatives d’ici et d’ailleurs. Cette année, ils sont également accompagnés de Rose Cormier (Mulch), qui détient les clés d’une scène punk DIY florissante.

Inutile de dire qu’il y en a pour tous les goûts.

À la suite de cette interview, nous avons créé une compilation qui regroupe certains de leurs morceaux préférés et leurs influences. Afin de soutenir les artistes, nous vous recommandons également de consulter cette liste d’écoute Bandcamp.


Jean-Philippe Bourgeois

Protomartyr

Je sais que c’est un gros band, ce n’est pas vraiment une découverte, mais bon, c’est quand même une anecdote que j’ai par rapport au groupe. En 2016, quand je me suis marié, mon meilleur ami a offert à ma femme et moi comme cadeau d’aller voir The Fall deux soirs de suite à New York. Trois semaines avant le départ pour notre voyage, le décès de Mark E. Smith, le chanteur de The Fall, a été annoncé. Finalement, on s’est ramassés à Hudson, New York, au festival Basilica Soundscape. Puis, c’était la première fois que je vais à Protomartyr. Je trouvais que c’était le groupe parfait pour célébrer la vie du roi de l’anti-performance qui était Mark E. Smith. Donc, ça, c’est mon anecdote Protomartyr.


FACS

« C’est le groupe fondé par Brian Case. La première fois que j’ai entendu le travail de Brian Case, c’était sur un album qui s’appelle Turn the Lights Out du groupe The Ponys. Il jouait la guitare là-dessus. Ensuite, il a fondé un groupe qui s’appelle Disappears. Leur cinquième album, Irreal, est encore aujourd’hui un de mes albums préférés de tous les temps. Puis, leur nouveau groupe s’appelle FACS. Je pense que c’est cool de dire que leur dernier album, Wish Defense, sorti l’an dernier, est le dernier album sur lequel Steve Albini a travaillé avant sa mort. Donc, c’est quand même un cool fact. C’est un des meilleurs bands live ever. Ils créent des sons incroyables, puis des moods très inquiétants, toujours. »


Meghan Dowlen

« J’ai rencontré Meghan en 2017. Elle vient d’Atlanta, en Georgie. Elle jouait dans un groupe qui s’appelait Material Girls à l’époque, un groupe avec qui j’ai commencé à travailler. Donc, c’est devenu une très bonne amie. C’est de la pop de performance. »


Les Freaks de Montréal

Formé en 1971, le groupe mythique Aut’Chose, mené par Lucien Francoeur, a bouleversé l’univers musical québécois avec trois albums fracassants publiés entre 1974 et 1976. Leur musique alliait une poésie de ruelle, crue et réelle, à une rocaille sophistiquée et cinglante.

C’est cet héritage que Les Freaks de Montréal font revivre, poursuivant la relecture et la transmission de l’œuvre de Francoeur. Le collectif réunit des membres de VoïvodGrimSkunkGroovy Aardvark et Tricky Woo.

Leur concert est un succès assuré. L’an dernier, lors de leur grand retour à la FME, ils ont performé aux côtés d’une relève alternative montréalaise de premier plan, dont Population IIAlix Fernz et Rose Cormier de Mulch. C’est cette même formule qu’ils réitéreront sur la scène de la Taverne Tour.

Au-delà du spectacle, le projet est ainsi devenu un symbole puissant d’échange intergénérationnel et témoigne de la résilience de la scène alternative.


Hélène Barbier

« Hélène Barbier vient de sortir son troisième album fin novembre 2025. Il n’y a personne qui fait de la musique comme Hélène. Je pense qu’elle a un son complètement unique. »


Rose Cormier

Durex

« C’est tout simplement un excellent groupe de punk, un punk rapide et frontal. La chanteuse joue en sous-vêtements, le groupe est composé de personnes non binaires, et à chaque fois, c’est un show incroyable. C’est celui sur lequel j’ai le moins de choses à dire, mais il est complètement fou. »

« Durex joue à la Sottenerea lors du lancement d’un jeu vidéo créé par un ami. C’est un jeu qui se déroule sur la scène locale, dans différentes salles de la rue Saint-Laurent. Le jeu vidéo en question est un jeu narratif. On s’y promène à travers différentes salles de Montréal et il se passe des choses pendant les concerts. On y retrouve des groupes de punk comme H.R.T., des bands qui ont soit déjà joué au festival. Il y a aussi une DJ qui sera présente au concert, qu’on pourrait mentionner, qui s’appelle Korea Town Acid.« 


Bonnie Trash

« C’est un groupe de l’Ontario qui fait du doom post-rock très lourd. C’est très sombre, très gloomy. »


Faze

« C’est mon groupe préféré. Ils font du hardcore punk très énergique, mais avec une dimension disco. C’est comme du hardcore punk qui danse, parfois avec un trombone. Ça fait très hardcore skater des années 90, avec beaucoup de délai et d’écho dans la voix. Ça rock énormément. À chaque fois que je les vois, c’est le meilleur show. Ça n’a aucun sens à quel point c’est bon. »


Garden of Love

« Garden of Love joue avec Mystery Lights au Ministère le vendredi. Garden of Love est aussi un groupe montréalais. C’est un peu comme un rendez-vous auquel tu ne devrais pas aller, mais auquel tu vas quand même. C’est vraiment la vibe de leur album. À chaque fois que l’album pourrait être joyeux, nostalgique ou coming of age, il devient aussi très anguleux et dépressif. Je l’ai écouté tantôt en mangeant. »


CEASE

« CEASE est un groupe de Hamilton, en Ontario. Ses artistes font du power violence et du grind très agressif. On a joué avec eux en Ontario l’an dernier avec Mulch. Ils jouent environ quinze minutes, et la chanteuse est vraiment en colère. Elle se jette par terre sur scène, c’est très intense. »


Ben Vallée

« Sinon, il y a aussi Ben Vallée qui joue au Botte et Whisky. C’est un musicien country, un ami aussi. Il y a un membre de mon groupe qui joue dans son band. C’est du gros old country, vraiment pas du new country. On est plus proche de Pete Seeger. C’est le genre de personne qui devient trop bon trop vite à quelque chose, et tu te dis juste « fuck, il est vraiment bon ».


Camilla Sparksss

« Camilla Sparksss, qui fait de l’électro. Elle vient d’Ottawa et habite maintenant en Suisse. Elle ouvre la soirée. Elle fait une électro assez actuelle, dans des vibes à la Marie Davidson et ce genre d’esthétique. D’ailleurs, elle joue avec Annie-Claude Deschênes et Kap Bambino. Elle est en train de vraiment exploser en Europe et elle n’est presque jamais revenue jouer au Canada. C’est une vraie petite pépite de programmation, comme dirait Marilyne Lacombe à la barre de Mothland et du TaverneTour. Chaque fois qu’on en parle à des gens de l’industrie et qu’on dit qu’on programme Camilla Sparksss, ils trouvent ça génial, mais le public la connaît peu. C’est un peu le scénario parfait. »


Philippe Larocque

Nuha Ruby Ra

« Nuha Ruby Ra joue à deux reprises. Elle se produira d’abord dans le cadre du spectacle de lancement du jeu vidéo présenté en début de festival, puis le samedi aux côtés de Lydia Lunch et Marc Hurtado pour un programme de reprises de Suicide. Sa musique navigue entre l’électro et des influences no-wave et punk, avec une approche provocatrice et excentrique. Je l’ai découverte par le biais d’échanges de playlists avec Jessica Winter, entre scènes montréalaise et londonienne. Depuis, son projet n’a cessé de prendre de l’ampleur, avec deux EP parus, un album à venir cette année et des diffusions remarquées, notamment à la BBC. C’est un projet que j’attends avec beaucoup d’enthousiasme sur scène. »


Jessica93

« Jessica93 est un artiste solo basé à Paris, reconnu pour ses performances construites en direct à l’aide de loopers, de boîtes à rythmes, de guitare et de basse. Chaque pièce se développe progressivement, dans une logique de montée en intensité très efficace en concert. Bien établi en France, il a récemment lancé un nouvel album sur Born Bad Records, son premier en plusieurs années, comprenant également des chansons en français. Il est déjà venu au Canada en 2019 pour une tournée, et ce retour est particulièrement attendu pour un projet que je suis depuis longtemps. »


Emma Beko

« Emma Beko est une artiste établie à Montréal, dont la présence au festival prend une valeur particulière. Elle devait participer à l’édition annulée durant la pandémie, remplacée à l’époque par une séance vidéo. Ce concert marque donc son véritable retour sur scène dans ce contexte du Taverne Tour, avec du nouveau matériel. Son plus récent disque, conçu comme un album concept, est remarquable et illustre bien l’ouverture du festival, capable d’embrasser autant le hip-hop que des propositions plus folk. »


Super Duty Tough Work

« Originaire de Winnipeg et désormais basé à Hamilton, Super Duty Tough Work propose un hip-hop ancré dans une esthétique old school, enrichie de touches jazz. Il a collaboré avec plusieurs figures importantes de la scène hip-hop canadienne et s’est déjà produit dans des contextes marquants comme le FME. Sur scène, il alterne entre ses propres morceaux et des clins d’œil assumés aux années 1990, convoquant des références comme Wu-Tang Clan, Notorious B.I.G., Nas ou A Tribe Called Quest. Il partagera la scène avec Emma Beko lors d’une soirée spécialement dédiée au hip-hop. »


Yolande Laroche

« Basée à Ottawa, Yolande Laroche présente un projet solo à la croisée de l’électro-pop et de la chanson, avec une forte dimension performative et théâtrale. Ayant fait partie de plusieurs groupes, dont Orchidae et Pony Girl, elle développe sur scène un univers visuel marqué par des costumes et des masques. Bien que peu de matériel solo soit encore publié, son projet prend toute son ampleur en concert. Sa prestation s’inscrit dans un showcase co-présenté par Also Cool, réunissant des artistes de Toronto, Montréal et Ottawa, et favorisant le dialogue entre ces scènes. »


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Le Vivier présentera bientôt son festival annuel La Semaine du Neuf, soit du 27 février au 15 mars 2026. Ce qui, en fait représente plus de deux semaines d’activités quotidennes – rappelons que le titre de l’événement s’inspire des Événements du Neuf, jadis présentés mensuellement par des compositeurs.trices de la scène contemporaine de MTL.

Les programmes seront déclinés à  l’Édifice Wilder, au CIRMMT de l’École Schulich (Université McGill) et à La Chapelle Scènes Contemporaines. Parcourue de concerts, événements pluridisciplianires, installations sonores et rencontres professionnelles, la Semaine du Neuf mettra de l’avant le thème Musique & Mouvement. 

On souhaite ainsi explorer la physicalité du son à travers le  geste du musicien, le corps des danseurs.euses ou des vibration dans l’espace émanant de l’œuvre.

Ainsi, la musique s’incarnera et deviendra mouvement.  On l’observera avec la collaboration entre la chorégraphe Ula Sickle et l’ensemble bruxellois Ictus dans Holding Present. La physicalité de la musique sera évoquée dans Le Souffle des Corps, avec cinq créations issues d’une résidence du quatuor de saxophones Quasar avec la Escuela Superior de Música y Danza de Monterrey. Le corps de l’interprète deviendra le moteur même de la création sonore via  l’ensemble lovemusic et son spectacle Protest Of The Physical. Du Vivant et le duo Nous perçons les oreilles annoncent une rencontre « ébouriffante » entre improvisation et expression corporelle. 

Également au menu, mentionnons la performance pluridisciplinaire Hide To Show de l’ensemble belge Nadar , la rencontre du  McGill Contemporary Music Ensemble et de l’ensemble suisse Contrechamps et aussi d’Architek Percussion dans le contexte de Kino-Sonique, triptyque dont un des objets est l’exploitation de technologies détournées et d’avatars numériques. L’ensemble français Proxima Centauri présentera Mouvements, un programme double mettra en relief le groupe d’improvisation Limules aux côtés de No Hay Banda et de l’artiste colombienne Ana María Romano.

Plus encore? PAN M 360 s’apprête à fournir à son audience un maximum d’interview et comptes-rendus de concerts, avant et pendant La Semaine du Neuf. Jeffrey Stonehouse, directeur artistique du Vivier, aussi flûtiste et directeur de l’ensemble Paramirabo, nous prépare à vivre l’expérience et explique davantage le comment et le pourquoi de cette programmation.

PAN M 360 : Parlons en premier lieu de l’esprit et la thématique de cette programmation

Jeffrey Stonehouse : J’ai voulu qu’on explore les liens entre la musique et le mouvement. La musique et le geste des corps en mouvement dans la musique. Ces propositions sont à la fois des mariages entre la danse et la musique contemporaine ou des réflexions sur l’effet de la gestuelle sur ce qu’on écoute. Donc, il y aura toujours des corps en mouvement, des images en mouvement. 

C’est aussi un mélange de rencontres entre la chorégraphie et la musique de création, comme c’est le cas, par exemple, dans les concerts de Quasar qui conclut une collaboration très ambitieuse avec l’École supérieure de musique et de danse de Monterrey (Mexique). Ou encore dans  la proposition de l’ensemble Ictus  dans  le contexte d’un de nos programmes centraux.

Et avec l’ensemble Ictus, la proposition Holding Present est vraiment une rencontre entre la danse et la musique où le musicien est danseur, le danseur est musicien. Et en fait, c’est une nouvelle façon de créer ensemble où on ne sent pas vraiment les frontières entre les disciplines, ce sont des fondus enchaînés entre les disciplines.

PAN M 360 : Depuis l’opéra, un acte multidisciplinaire pour présenter le spectacle total au 19e siècle, ces expériences se multiplient et se diversifient.

Jeffrey Stonehouse : Et 150 ans plus tard, on observe toutes sortes de variantes! Il y a beaucoup plus de possibilités avec la culture numérique, avec l’évolution de la danse, l’évolution du cinéma, etc. Oui, la technologie aussi nous amène à plein d’autres  de choix. et je trouvais ça intéressant aussi qu’on explore des propositions où la technologie du geste ou le mouvement d’un geste, le mouvement d’un musicien est une réaction vraiment concrète au niveau sonore.

Ce qui est le cas, par exemple, dans la composition de Megumi Masaki qu’on reçoit, qui est faite comme toute une série de commandes d’œuvres qui sont toutes conçues  sur du motion sensor. Donc, c’est des gants ou un suit que l’interprète porte qui déclenche ou qui interagit avec un dispositif électronique. Ou encore la proposition de Stick & Bow et Paramirabo en collaboration avec Lazy Log ou dans ce cas-là où c’est vraiment un dispositif, une caméra spéciale qui fragmente plusieurs sections sur la scène et accorde un traitement spécifique à chacune de ces sections.

PAN M 360 : Comme tu le dis si bien, l’univers numérique nous permet aujourd’hui beaucoup plus d’interactions et l’ajout de l’intelligence artificielle n’en est qu’à ses premiers balbutiement dans cet univers infini de possibilités.

Mamoudou Condé est le gérant de la troupe de renommée internationale les Ballets Africains. Il est originaire de Siguiri, en Guinée, tout comme Keïta Fodéba, le fondateur et chorégraphe. Aujourd’hui, Mamoudou parcourt le monde avec ses 35 artistes pour faire rayonner l’Afrique à travers la danse, la musique et l’art du récit. Pour le 40ème anniversaire des Nuits d’Afrique, ils seront de retour au Théâtre Maisonneuve de la Place des arts pour souligner cette date charnière aux côtés du fondateur et président du Festival international des Nuits d’Afrique Lamine Touré, lui-même un ancien des Ballets Africains. Alors qu’ils sont déjà sur la route avec plusieurs dates aux États-Unis, la formation travaille déjà sur des projets de plus grande envergure telle qu’une tournée panafricaine dans les 55 pays d’Afrique, ce à quoi ils ajouteraient le Brésil et la Colombie. Sandra Gasana s’est entretenue avec Mamoudou Condé pour PAN M 360.






À l’aube de son cinquième anniversaire de fondation (saison 21-22), l’ensemble Obiora franchit une nouvelle étape de son existence en nommant un premier chef ‘’régulier’’. Daniel Bartholomew-Poyser portera le titre de ‘’Chef invité principal’’ et donnera son premier concert à ce titre (il en a donné d’autres par le passé, mais simplement en tant qu’invité) le 31 janvier à Montréal. Bartholomew-Poyser vient également, il y a quelques mois, d’être nommé Directeur musical de l’Orchestre national des jeunes du Canada. Natif de Montréal mais ayant grandi à Calgary, le chef dirigera lors de ce concert a la salle Pierre-Mercure, un programme éclectique constitué d’une symphonie de Haydn, une courte pièce du coloriste Jacques Ibert, le séduisant Pulcinella de Stravinsky et deux oeuvres contemporaines qui témoignent de la mission de l’orchestre : une pièce de l’excellente États-unienne Caroline Shaw et une création du Canadien d’origine iranienne Saman Shahi,Then the sky was amber pour alto et orchestre. J’ai discuté de cette nomination et du concert à venir avec la Co-fondatrice, Directrice générale et artistique Allison Migeon. 

PAN M 360 : Bonjour. Quelle est la signification du titre de ‘’Chef invité principal’’ octroyé à Daniel Bartholomew-Poyser?

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : Nous avons toujours eu à cœur de travailler avec beaucoup de chefs (issus de la diversité), pour la bonne raison que nous aimons la possibilité d’en faire connaître le plus grand nombre possible. Mais avec le temps, nous constatons un désavantage avec cette méthode : c’est plus difficile de fabriquer un son cohérent pour l’ensemble. Nous avons trouvé cette formule, qui nous assure une présence régulière, mais pas exclusive, de daniel pour les trois prochaines années, à raison d’un concert par année, en plus d’activités de représentation et d’une présence dans la communauté.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a convaincu dans la candidature de Daniel Bartholomew-Poyser?

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : Sa compréhension de la mission de l’orchestre, sa vision du développement et son expérience pertinente ailleurs. Il voit très bien où aller, et ça va nous amener ailleurs que ce qu’on envisageait tout en demeurant très complémentaire. 

PAN M 360 : Par exemple?

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : Il a à coeur de conjuguer l’interprétation de répertoire niche, basé sur la diversité (compositeurs-trices et interprètes d’origine non-européenne blanche, femmes) avec du répertoire plus ‘’traditionnel’’, mais pas nécessairement ultra connu. Par exemple la Symphonie no 1 de Haydn que l’on jouera le 31 janvier. Sa toute première! C’est rare qu’on la joue en concert.

PAN M 360 : Sa présence aura également l’avantage de mettre un visage régulier sur l’orchestre.

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : En effet. Il a très envie de s’investir dans la communauté et d’entrer en contact avec les Montréalais-es.

PAN M 360 : Il est natif de Montréal, mais a grandi à Calgary. C’est un retour à la maison pour lui. Ça a joué dans vos décisions respectives?

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : C’est un plus, en effet. Quand on a su, ça a donné un sens encore plus important. Lui aussi est très emballé et touché par l’idée de revenir à Montréal régulièrement. 

PAN M 360 : Le 31 janvier, vous jouerez Haydn, Ibert, Stravinsky, Caroline Shaw et une création de Saman Shahi. Quel est le fil conducteur qui relie les éléments de ce programme?

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : L’idée de Daniel est de montrer à quel point l’orchestre est capable d’exceller dans tous les styles, autant le colorisme de Stravinsky et d’Ibert, le classicisme formel et très européen traditionnel de Haydn, que le langage moderne accessible de Shaw et de Shahi. Il veut montrer que Obiora est un orchestre très complet, et que nous pouvons jouer de la nouveauté, inspirée de la diversité, sans mettre la grande tradition à la poubelle. 

PAN M 360 : Parlez-moi justement de cette création de Saman Shahi, un concerto pour alto intitulé Then the sky was amber. 

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : Saman s’est inspiré de la force de la nature, particulièrement des manifestations météorologiques qui construisent les tempêtes. On y entend les jeux de couleurs changeant dans le ciel et tout ce qui mène à l’orage. 

PAN M 360 : Quel type de projet aimeriez-vous réaliser dans les années à venir?

Allison Migeon (Ensemble Obiora) : Nous aimerions faire un enregistrement. Nous avons beaucoup de demandes à ce sujet.

PAN M 360 : On vous le souhaite de tout coeur. Merci!

Le Montréalais Caleb Rimtobaye, alias Afrotronix, est l’un des afro futuristes musicaux les plus emblématiques du moment. Depuis 2017, d’abord avec l’album initial Nomadix, puis en 2019 son successeur Saotronix, il a dressé la table d’un style symbiotique entre la modernité électronique et les racines de l’Afrique du nord, principalement celles du Tchad, son pays natal. Il revient maintenant après quelques années de hiatus avec le troisième opus de son parcours, KÖD, qui veut dire tam-tam en langue saar. Les tam-tams étaient utilisés longtemps avant internet, le téléphone ou même le télégraphe pour communiquer rapidement et à distance selon des codes rythmiques précis. En fusionnant des enregistrements terrains et la magie synthétique d’un studio montréalais, Afrotronix vient de concocter un alambic particulièrement relevé, à la fois hommage à la riche ancestralité du génie africain et utilisation pertinente de la de la lutherie numérique contemporaine. 

Le mariage réussi entre Montréal, le Québec, le Canada, et l’Afrique, c’est aussi la source d’une réflexion socio-économique de Caleb, qui évoque l’absence de notre pays sur le continent noir. La Chine y est, la Russie (et pas toujours pour de bonnes raisons), mais pas le Canada. Pourtant, l’Afrique est un continent jeune, fort et dynamique. Il y a des collaborations fructueuses à y développer. Ce que l’artiste émotionnellement métissé entre les deux espaces contribue d’ailleurs à faire avec un représentant nigérian à Montréal qui cherche à stimuler les activités québécoises de l’autre côté de l’océan chez nous cousins africains. 

J’ai parlé avec l’artiste de tout cela mais surtout de cet album, du Tchad ainsi que de la magnifique facture visuelle des clips vidéo associés aux pièces de KÖD. 

Le créateur de contenu PAN M 360, Z Neto Vinheiras, a eu une conversation très agréable avec le producteur et DJ britannique Lucas Hunter, alias Luca Lozano K, et son collègue chinois Michael Ho, également connu sous le nom de Mr Ho, dirigeants du label Klasse Wrecks basé à Hong Kong, un label aux multiples facettes qui combine son, visuels, design et affinités autour de la scène musicale électronique et de la culture rave. Invités au Dômesicle par La Rama Records, ils se produiront ce samedi 24 janvier au SAT. Soirée klassy en perspective !

BILLETS ET INFORMATIONS ICI

PAN M 360 : Pourriez-vous commencer par vous présenter brièvement et nous parler de vos différentes pratiques ?

Lucas Hunter : Je m’appelle Lucas Hunter, alias Luca Lozano, nom que j’utilise lorsque j’enregistre de la musique et que je voyage en tant que DJ. Je fais partie du duo qui dirige Klasse Wrecks, le label discographique né à Berlin il y a environ 10 ans et que je continue à diriger depuis le Royaume-Uni, tandis que Michael est basé à Hong Kong. Nous sortons des disques, beaucoup de fanzines, nous publions également nos propres livres ; nous produisons de la musique et sommes DJ, sous la bannière générale de Klasse Wrecks, mais aussi en tant qu’artistes indépendants. 

Michael Ho : Je m’appelle Michael Ho, je suis l’autre moitié de Klasse Wrecks. Je produis de la musique et je suis DJ sous le nom de Mr. Ho, et je pense que Lucas a expliqué le reste !

PAN M 360 : Comment votre collaboration a-t-elle commencé ?

Michael Ho : Nous nous sommes rencontrés à Berlin alors que nous étions DJ, nous avions beaucoup d’amis communs. À l’époque, nous travaillions sous différents pseudonymes, dans différents projets, et je pense que nous commencions à nous lasser un peu de tout cela. Lucas a eu l’idée de créer un label et m’a demandé de le rejoindre.

PAN M 360 : Klasse Wrecks n’est pas seulement un label musical ; chaque projet est soigné dans les moindres détails, tout comme les illustrations, et comme vous l’avez dit, vous produisez également des fanzines, des livres et des vêtements. Était-ce déjà dans vos projets lorsque vous avez commencé, ou est-ce quelque chose qui s’est développé progressivement dans le cadre de vos autres activités en tant qu’artistes visuels ?

Lucas Hunter : Au départ, c’était un label très simple : nous ne faisions que sortir des disques. Le graphisme et l’aspect visuel ont toujours occupé une place importante, car j’ai toujours fait du graphisme et je suis un grand fan de certains designs et graphismes. Nous avions une petite équipe à Berlin, dont le seul objectif était de sortir des disques, et c’est ce que nous avons fait pendant un certain temps. Puis nous avons commencé à produire des cassettes, notamment une série intitulée Graffiti Tapes, en collaboration avec des graffeurs qui font également de la musique. Je pense que c’était la première fois que nous sortions du cadre habituel d’un label, et cela a marqué le début d’une diversification.

C’était également très intéressant de travailler sur les visuels, car nous voulions intégrer les œuvres des artistes, montrer l’histoire de leur travail et présenter leur musique. C’est alors qu’est née l’idée des zines. Le premier était une archive des logos de labels de musique que nous avons réalisée. Il a eu tellement de succès que nous avons décidé de poursuivre la série et de la développer. Et cela a vraiment évolué, KFAX a désormais sa propre identité même s’il fait partie de Klasse Wrecks ; les gens connaissent KFAX, mais ne connaissent peut-être pas Klasse Wrecks. Donc oui, cela a commencé comme un simple projet musical pour nous, en tant qu’artistes, mais cela s’est transformé en quelque chose de plus grand.

PAN M 360 : En tant que propriétaires du label, que souhaitez-vous partager avec votre public/communauté ?

Michael Ho : Musicalement, nous sortons simplement les morceaux que nous aimons. Nous essayons de ne pas suivre les tendances ; cela peut sembler cliché, mais nous choisissons vraiment ce que nous aimons plutôt que ce qui pourrait se vendre. Nous sortons les morceaux d’artistes qui, selon nous, méritent d’être écoutés. Beaucoup d’entre eux en sont à leur premier ou deuxième album. Beaucoup d’entre eux finissent par devenir assez connus et c’est un honneur qu’ils nous aient choisis pour leur premier album. Je pense que c’est parce que les goûts du label sont assez éclectiques, très personnels, basés sur l’amitié et des passions communes. La plupart des gens avec qui nous travaillons ont un certain degré de connexion personnelle.

PAN M 360 : Quel est votre lien avec La Rama ?

Lucas Hunter : Je mixais à Bogotá, en Colombie, et je me souviens que Kris Guilty, qui dirige La Rama, est arrivé au club ou au dîner tout droit sorti de la jungle, et je me suis dit « oh, ce type est génial, qui est-il ? », vous voyez, il est arrivé à la fête super détendu, tout droit sorti de la nature sauvage. Nous sommes restés en contact depuis, nous avons passé un très bon moment à Bogotá. Depuis, j’ai réalisé quelques illustrations pour son label et je suis allé le voir lorsque je me suis rendu à Montréal, ce qui m’est arrivé plusieurs fois. Ce qu’il fait est assez similaire à ce que nous faisons, il a une approche assez similaire de la musique et du type de musique qu’il souhaite produire, avec sa femme et ses amis, plutôt au niveau local. Nous logerons chez lui et sa famille pendant notre séjour et nous collaborerons sur un petit projet de t-shirts. Je ne sais pas depuis combien de temps nous nous connaissons, mais cela fait probablement moins de 10 ans, donc ce sera une belle réunion.

PAN M 360 : Et quel est le rôle du DJ pour vous ? Comment pensez-vous qu’il ait évolué au fil des ans ?

Lucas Hunter : Cela occupe une place tellement importante dans ma personnalité et mon identité, nous le faisons depuis plus de 20 ans maintenant – les premières soirées où j’ai été DJ remontent à 1999-2000 – que le rôle de DJ représente aujourd’hui la moitié de ma vie. Si vous parlez du rôle d’un DJ en public, lors d’une soirée, cela signifie différentes choses. Je suis un grand fan des DJ qui parviennent à apporter leur touche personnelle et leurs goûts musicaux à la soirée, tout en gardant à l’esprit qu’ils sont là pour rendre service et faire en sorte que la soirée soit la plus réussie possible. Cela peut parfois prêter à confusion, car certains DJ imposent trop leurs goûts et leur style aux gens et ignorent l’ambiance de la soirée. Je pense que le rôle du DJ est d’être très sensible à ce qui se passe dans la soirée, à ce que les gens recherchent, à ce qui fonctionne, à ce qu’il peut répéter, sans aller trop loin dans une direction. La frontière est mince entre faire du bon travail et laisser son ego prendre le dessus. Donc oui, il faut tempérer son ego et contribuer à créer une bonne ambiance.

Michael Ho: Yeah, I agree with everything he says. It has changed a lot since I started out, it was much more about like “oh listen to this kind of music I have to play”, you know, much more ego driven. You have to weave that balance. Now it’s much more about doing your best to create an atmosphere in the room with your taste. It’s your job to find new music – not necessarily new but unheard – to present to people. There’s some sort of responsibility to the people who make the music. I like to play a lot of old music but I also make the point to play new music because being a producer myself, I would like that others play my music too, you know, contributing to the whole environment.

PAN M 360 : Oui, tu écoutes et mixes principalement de la musique ancienne qui a été oubliée. Te considères-tu comme nostalgique ? Es-tu déçu par ce qui est produit actuellement ou par la façon dont cela est consommé ?

Michael Ho : Je ne suis pas du tout déçu, il y a tout le temps de la bonne musique, c’est peut-être juste qu’il y en a tellement qu’il faut chercher un peu plus… En ce qui concerne la nostalgie, je pense que je fais référence à beaucoup de choses. Nous avons grandi à une certaine époque, c’est pourquoi Klasse Wrecks n’est pas seulement de la musique, c’est aussi des livres, des vêtements… Nous y sommes sensibles, la musique n’est qu’une partie de toute une histoire et chaque histoire nous évoque un sentiment différent, qui se prolonge jusqu’à aujourd’hui ; même si nous jouons de la musique nouvelle, il y a toujours une référence à une certaine époque qui nous enthousiasme.

Lucas Hunter : Oui, je suis vraiment nostalgique. La musique que nous avons écoutée pendant notre adolescence résonne toujours en nous, elle nous accompagne pour toujours. Pour moi, c’est comme un refuge que je me suis construit. Quand j’écoute trop de nouvelles musiques, je commence à remettre en question mes propres choix et ce que nous devrions faire avec le label, et j’ai réalisé au fil des ans que le plus simple pour moi était d’ignorer un peu ce qui se passe, donc je ne m’intéresse pas trop aux nouveautés, car cela m’affecte généralement d’une manière qui nuit à la création et à la sortie de musique. Certaines de mes musiques préférées datent des années 80, 90, 2000… Je pense que c’est à cette époque que la musique EDM était la plus créative. Il y a toujours de bonnes choses, mais c’est en quelque sorte une méthode de survie pour moi que d’éviter ce qui se passe. C’est une question d’ego et d’infériorité, et je serais tout simplement trop affecté par ce qui se passe.

PAN M 360 : La culture rave a profondément changé depuis ses débuts dans les années 90, et vous en avez fait l’expérience personnellement. Pourriez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ?

Michael Ho : Je ne pense pas qu’il soit possible de faire revivre certaines époques. Le temps passe, il serait vain de vouloir faire revivre une époque révolue. La technologie a changé, la communication entre nous aussi… mais je peux dire que je me sens très chanceux d’avoir vécu cette époque. C’était assez spécial de ne pas avoir toutes les informations. Il fallait vraiment tout découvrir, il fallait vraiment faire appel à son imagination. Imaginons que j’entende un morceau que j’aime et que je veuille le recréer, il n’y a pas de vidéo pour vous montrer comment faire, vous devez donc créer quelque chose à partir de vos souvenirs, qui sont déjà assez flous.

Lucas Hunter : Oui, je suis d’accord avec Michael, il serait vain d’essayer de reproduire une rave house des années 90. Cela appartenait à cette époque. Mais nous vivons encore des moments aussi bons qu’avant. Il y a beaucoup de pessimisme autour des soirées d’aujourd’hui, mais nous voyageons tout le temps à travers le monde et on peut avoir un aperçu de ce que l’on ressentait à l’époque. Et on voit beaucoup, même dans les grandes soirées commerciales et les grands événements, qu’ils appliquent une politique interdisant les téléphones et les photos. C’est un peu l’esprit, il est toujours là. Nous atteignons un niveau de saturation et de surpopulation des réseaux sociaux dans les clubs et je pense que les gens commencent à s’en lasser, cela touche lentement à sa fin. Au final, les gens veulent juste aller en boîte et danser, et je ne pense pas que cela changera jamais. Cela souffre parfois à cause de l’économie, du Covid et d’autres facteurs, mais il n’y a aucun risque que cela disparaisse. C’est bien de changer et de s’adapter.

PAN M 360 : Qu’avez-vous écouté récemment ?

Michael Ho : Tout un tas de choses que je n’écoute pas d’habitude… La musique country… Je n’y connais rien. Il y a quelque chose de vraiment sympa dans la façon dont elle est enregistrée, dans les éléments qui sont importants, comme la voix, parce qu’elle est très présente. C’est très intéressant parce que c’est très différent de ce à quoi je suis habitué.

Lucas Hunter : Pareil en fait, j’écoute beaucoup de musique à la guitare, plutôt du rock conventionnel ou de l’indie, pas de la musique électronique ; j’écoute donc beaucoup les B-52 et j’apprécie vraiment leur univers ; et je redécouvre un groupe appelé A.R.E Weapons, qui existait au début des années 2000 et qui a sorti un album chez Rough Trade à New York. Ils ont une discographie vraiment cool qui ressemble un peu à Suicide, Nico ou Velvet Underground. Mais oui, j’ai vraiment pris plaisir à écouter des trucs complètement différents de ce que nous faisons.

PAN M 360 : Super ! Merci beaucoup d’avoir pris le temps de discuter avec nous, et j’espère que vous apprécierez Montréal !

LH & MH : Merci !

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À Montréal, la techno a ses temples, ses rites et ses prêtresses discrètes. Kris Tin fait partie de celles qui n’ont pas besoin d’en faire trop pour imposer leur présence. Ce qu’on pourra constater ce vendredi 23 janvier sur la scène principale d’Igloofest.

Comptable le jour, actrice à l’occasion, DJ la nuit, elle navigue entre les mondes avec précision, avant de tout lâcher derrière les platines.

Née de parents libanais ayant fui la guerre dans les années 90, elle grandit à Cartierville-Ahuntsic, au cœur d’une communauté multiculturelle. Loin des excès et de la fête permanente, Kris Tin se décrit d’abord comme quelqu’un qui sort peu. Mais à l’université, alors qu’elle étudie en finance, la techno s’impose dans sa vie, d’abord en tant que consommatrice réservée, puis en tant que DJ émergente.

« J’aime la techno parce que quand ça devient répétitif, j’entre dans une transe. Je ne pense plus à rien. Pour moi, c’est une forme de méditation. »

La répétition comme échappatoire, la loop comme espace mental : cette vision guide encore aujourd’hui son approche du DJing. Elle découvre les clubs, s’immerge dans la scène, et développe rapidement une obsession pour les platines.

« J’étais au début de la vingtaine, encore aux études. Vers 2014, je suis devenue complètement obsédée par le DJing. Tout est allé très vite : mon premier gig en 2015 au Salon Daomé, ensuite le Stereo Bar… puis l’Igloofest. »

Une ascension fulgurante, presque trop rapide. Le vrai choc arrive lorsqu’on lui propose d’ouvrir pour Carl Cox.

« À la base, c’était la petite scène qu’on m’avait proposée. Puis à la dernière minute on m’a dit : “Finalement, tu ouvres sur la scène principale pour Carl Cox, ça te va ? .” J’ai dit oui tout de suite… mais intérieurement, j’étais en panique totale. »

Sur scène, l’adrénaline et le stress s’accouplent. Mais Kris Tin fait le choix de ralentir intérieurement et de se souvenir d’être là.

« Je me suis dit : prends le temps d’absorber ce que tu vis. Deux heures de set, ça passe hyper vite quand tu es sur l’adrénaline. J’ai mis deux ou trois semaines à redescendre après. Carl Cox et son manager étaient incroyables, vraiment gentils. Et jouer devant 10 000 personnes, après seulement un an de pratique, c’était surréel.  »

Ce moment devient un point de bascule dans sa carrière. Pas seulement de façon symbolique, mais aussi en terme de méthodologie.

« Ça fait clairement partie de mon top 5. C’est là que j’ai appris à gérer mon stress, à comprendre ce que ça veut dire faire l’ouverture d’un programme. J’ai analysé des dizaines de sets d’opening pendant plusieurs semaines. C’est probablement celui que j’ai le plus préparé. »

Si cette première expérience à lgloofest fait partie de ces top expériences, voyager affine ensuite son regard sur les scènes électroniques. À Los Angeles, elle découvre une culture warehouse encore profondément underground. Mais jouer au Liban reste une expérience à part, celle qu’elle partage être aussi dans son top 5.

« (…) Mais c’est sûr que jouer dans son propre pays aussi, il n’y a rien qui équivaut à ça. La scène électronique underground au Liban est incroyablement développée. Jouer là-bas, c’est une fierté partagée. Moi de représenter le Liban à l’international, eux de me voir revenir jouer pour eux. »

En parlant de méthodologie, cette rigueur qui lui est propre se retrouve aussi dans sa conception très précise de l’opening set, un art qui, selon-elle, est souvent sous-estimé.

« Un bon opening, c’est comprendre pour qui tu ouvres.

Tu étudies un peu ces sets, tu regardes ce qu’ils jouent en général. Après, tu regardes l’heure, l’énergie, le contexte. est-ce que c’est un opening de jour ? de soir, d’après-midi

?

Tu construis quelque chose de progressif. Si tu arrives trop fort, tu as raté ton rôle.

Je laisse toujours une marge de BPM avec le headliner, environ 4 ou 5 bpm de moins. Ton but, c’est d’inviter les gens à entrer doucement dans la soirée, sinon, ça sonne one note. »

À Montréal, Kris Tin développe un amour pour le Stereo, qui devient un un lieu fondateur pour elle, et pour sa pratique artistique. La bas, elle y développe une passion particulière pour les longs sets, rares dans une industrie obsédée par l’efficacité.

Résidente depuis quelques années, elle y a mis les pas en tant que Dj pour la première fois en 2017, et y performe tous les deux à trois mois.

« Le Stereo, c’était mon endroit de thérapie. Un endroit où je pouvais me sentir chez moi. Les téléphones sont bannis, les employés sont les mêmes depuis des années. Il n’y a pas de distraction. C’est pour ça qu’on l’appelle “The Temple”.

Et tu sais, jouer longtemps, c’est un art. Tu peux créer un monde, une bulle. Avec un set d’une heure, le public n’a pas le temps de rentrer complètement dans ton univers. C’est le genre de choses que t’offre le stereo, tu peux y faire des sets de quatre heures. et vraiment t’y perdre complètement. »

En 2022, elle lance Playground Filth, un collectif pensé comme une réponse directe aux line-ups homogènes, avec des artistes 100% locaux. Le collectif expérimente, notamment avec une sober rave devenue culte.

« On voulait promouvoir les DJs locaux avec une vraie diversité. Beaucoup de personnes queer, des femmes, des hommes. C’était non négociable. On a fait une rave de 7h à 6h du matin dans un Boustan. Les gens pouvaient danser, manger du shawarma, entrer et sortir librement. C’était gratuit, sécuritaire, sobre et hyper populaire. On a même rallongé la rave de plusieurs heures, à cause de la popularité.

Mais pour la suite, on a décidé de prendre une autre direction, on va essayer de retourner aux racines, mais je veux garder ce projet un peu secret pour l’instant… »

Cette conscience politique se reflète aussi dans ses propres choix d’invitations professionnelles.

« Avant d’accepter un gig, je regarde s’il y a d’autres femmes sur le line-up. Je ne veux pas être là juste pour cocher une case. »

Mais même avec l’expérience, le DJing reste une pratique à risque, ou les erreurs arrivent mêmes aux plus expérimentés.

« J’ai déjà arrêté la mauvaise platine en plein set, Et c’était durant mon set de Carl Cox.

. Une autre fois, mes écouteurs ont lâché pendant une quinzaine de minutes. l y a aussi un autre classique. Les CDJs ont arrêté d’être linkés. Donc normalement, tu mets un USB sur un CDJ. Toutes les CDJs peuvent lire ta playlist. Et là, ça a juste arrêté de fonctionner. Ce soir-là, J’ai dû jouer avec 3 CDJs qui ne sont pas linkés. Et ça, c’était aussi un défi. Parce que tu joues avec les mêmes playlists. Sauf qu’il faille te rappeler quelle track tu as jouée. Depuis, j’ai toujours trois USB en soutien, au cas ou. »

Mais malgré ces quelques erreurs, l’avenir s’écrit maintenant. Après une pause forcée à cause d’une opération qui lui a valu une année de pause, Kris Tin prépare un virage décisif.

« Je vais sortir mes productions cette année. J’ai une tournée européenne qui s’en vient, aussi. Mon objectif, c’est de vivre de la musique. La musique c’est ma passion. En termes de production, je produis un peu tout. J’ai fait du hard, j’ai fait de l’industriel, j’ai fait du progressif, même du métal. Mais récemment, je reviens à la techno 90-2000. Répétitive, loopy, traditionnelle. Celle qui te fait entrer en transe. »

Pas de surjeu, pour Kris Tin. Juste la répétition mélodique, la trance temporelle, et l’amour des origines de la musique techno.

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Né dans le nord ontarien de mère francophone et de père anglophone (d’origine norvégienne), le Montréalais Leif Vollebekk est de cette communauté de songwriters intemporels, pour qui les formes classiques et consonantes s’inspirent des meilleurs de l’histoire. Pour notre interviewé, on pense d’abord Bob Dylan et Leonard Cohen, mais aussi à une touche de Paul Simon, une larme de Billy Joel, un soupçon de Chris Rea et bien plus encore…

L’auteur, compositeur et chanteur a choisi de poser sa pierre à un édifice d’une esthétique parfaitement connue du grand public. Leif Vollebekk poursuit le cycle de Revelation, album paru en septembre 2024 et dont la matière attire encore les audiences du monde. Au tour du Palais Montcalm de l’accueillir le 5 février à l’instar de ses fans de Québec. Avant quoi, nous converserons dans les deux langues pendant une bonne heure, et voici la version succincte, partiellement traduite, de cette conversation plus que sympathique.

PAN M 360 : Tu es originaire de l’Ontario, tu es à Montréal depuis quand même pas mal de temps… Résumons le parcours! 

Leif Vollebekk : Depuis 2010.

PAN M 360 : Je connais ton travail. Je connais aussi tes  deux principales influences, Leonard Cohen et Bob Dylan. 

Leif Vollebekk : Exactement. Ce sont les grands.

PAN M 360 : Tu as grandi là-dedans, mais tu ne viens absolument pas de cette génération, puisque tu es né en 1985. Tu as vu Cohen live?  Bob Dylan live aussi? 

Leif Vollebekk : Oui, j’ai vu les deux sur scène. 

PAN M 360 : T’as vu le dernier show de Leonard Cohen? 

Leif Vollebekk : Oui, je l’ai vu à Ottawa et j’ai été ébloui! Il avait une présence de scène tellement généreuse!

PAN M 360 : Le dernier album est sorti  il y a 16 mois  et tu as une belle discographie à défendre : 5 albums et 2 EP. Au Québec, ton bilinguisme t’a permis de t’implanter dans les 2 solitudes : les francophones et les anglophones te connaissent bien. On peut dire que tu es un vrai Montréalais! De plus, ton répertoire est très accessible.

Leif Vollebekk :  J’ai toujours voulu garde une saveur pop dans le mix.  

PAN M 360 : Malgré ton bilinguisme exemplaire, tu ne chantes pas en français. Pourquoi

Leif Vollebekk :  Écrire en français est pour moi assez difficile. Lorsque je lis les textes chantés par Louis-Jean Cormier ou Charlotte Cardin,  je suis intimidé car je n’ai pas cette facilité d’écrire des paroles de chansons en français. Je ne me suis pas aventuré dans cette direction mais peut-être qu’un jour, j’aimerais le faire. En anglais, j’écris avec exactitude, il n’y a pas de différence entre ce que je ressens et ce que j’écris. 

PAN M 360 :  Rare sont les artistes ayant une maîtrise parfaite de l’anglais et du français.

Leif Vollebekk :  Tu sais, les accords,  l’instrumentation… c’est américain. 

PAN M 360 :  Oui. Ton travail s’appuie sur l’esthétique americana et la pop de chambre sobrement arrangée. Au fil du temps, ta facture générale est devenue de plus en plus raffinée. Voilà l’évolution d’un musicien qui dure!

Leif Vollebekk : Ah bien, merci!  

PAN M 360 : J’ajouterai que ton travail est très ancré dans la tradition du folk nord-américain. Pas de noise, pas de dissonances,  pas d’accords complexes, rien de bizarre.

Leif Vollebekk : Tu sais, au début de ma carrière, j’essayais des affaires plus compliquées, des extensions harmoniques, des accords que je ne pouvais même pas nommer, vraiment étranges. Puis, j’ai réalisé que c’était juste pour moi,  que personne n’était touché par ces éléments de mes chansons. Like, nobody cared. J’ai réalisé que je le faisais juste pour prouver à moi-même que j’étais capable de faire des accords bizarres. Mais que, tu sais, toutes les grandes chansons, c’est juste four chords and the truth , you know?  

PAN M 360 : Tu as raison mais il y a des exceptions : Joni Mitchell, par exemple, c’est beaucoup plus évolué harmoniquement que Bob Dylan et Leonard Cohen. Enfin… à partir de l’album Court and Spark et tout ce qui suivit.

Leif Vollebekk : Oui, mais les chansons de Joni Mitchell que tout le monde chante,  ce sont les plus simples de la période précédente, à trois accords. Si tu veux que le public chante, il faut que l’harmonie et la mélodie soient simples. Ça ne devrait peut-être pas être le cas, car la complexité est appréciée et valorisée dans d’autres formes d’art.

PAN M 360 :  Il y a une forme d’anti-intellectualisme dans la musique pop en général. C’est ainsi depuis un siècle, cette culture de la simplicité est incrustée dans l’imaginaire collectif. L’industrie de la musique chantée est extrêmement conservatrice pour tout ce qui a du succès. De génération en génération, les publics deviennent conservateurs sans le savoir. 

Leif Vollebekk : Oui, intéressant. J’imagine que c’est ça, mais je dirais aussi que les grandes mélodies du répertoire classique, de  Bach ou Beethoven, sont aussi construites sur des accords simples.

PAN M 360 : On pourrait en discuter longtemps! De manière générale, tu as raison pour les périodes baroque, classique et romantique… mais après? C’est autre chose. Parlons alors de l’évolution de ton travail.

Leif Vollebekk : Au début, j’étais obsédé par Bob Dylan, je me cherchais et puis j’ai fini par trouver le concept. Je ne sais pas d’où c’est venu mais je crois encore devoir être capable de jouer une chanson en solo acoustique à la guitare. Sinon, pour moi, ce n’est pas une chanson. 

PAN M 360 : À partir de là, que s’est-il produit?

Leif Vollebekk :  Après avoir tenté la complexité, j’ai enregistré des choses simples pour que l’émotion ressorte davantage. Au début du processus, mes enregistrements étaient trop secs, ascétiques. Je me suis mis à imaginer des chansons plus arrangées.  J’ai alors compris que je devais mieux réaliser ces enregistrements, sans vraiment savoir que je pouvais être réalisateur de mes chansons.

Au premier album, j’avais un petit budget de 10000$, j’avais enregistré aux studios Breakglass, je n’avais même pas pensé au mixage final, qui fut réalisé sur place le dernier jour des séances. Je ne connaissais donc pas les règles d’une production. J’ai dû passer des nuits pour finir les arrangements. Au bout du compte, je croyais que ce serait chaleureux et ce ne l’était pas. J’ai compris qu’on est tellement dans sa tête quand on enregistre qu’on ne sait pas vraiment comment ça sonne.

PAN M 360 : Par la suite?

Leif Vollebeck : J’ai voulu aller plus loin, notamment en travaillant avec du matériel analogique et des bandes magnétiques, zéro numérique. J’ai alors identifié un autre défaut dans mon travail, c’est-à-dire exécuter mes chansons trop rapidement parce que je me sentais trop pressé vu mes petits budgets de production. Pour le 2e album North Americana, j’étais totalement imprégné de Bob  Dylan, je voulais que cet album soit un peu plus exigeant pour l’écoute et que l’auditeur puisse aussi se concentrer davantage sur le texte. Tt puis j’ai vu The Killers à Osheaga. Ce fut pour moi une révélation, un de mes bands préférés notamment pour les textes. En quittant le show, je me suis dit « Too bad you don’t make that kind of music ». C’était weird,  car j’étais alors coincé dans un schéma  minimaliste, ascétique, puriste, centré sur la voix et le texte, zéro pop. Je ne savais plus pourquoi je voulais faire ça.

Puis là, je me suis dit : « Au prochain album, figure out what’s wrong. Et là, j’ai décidé de m’embaucher moi-même comme réalisateur. J’ai réservé le studio, on a fait les tests de son, j’ai passé une journée entière à évaluer le son que je désirais pour chaque instrument. Le jour suivant, je suis entré en studio avec mon chapeau d’artiste.

Puis, j’ai juste passé une journée à être critique du son. Et on a mis des microphones partout. Le lendemain, après que tous les sons étaient exactement comme je voulais, comme producteur, le lendemain, je suis rentré comme artiste. L’artiste n’avait pas le droit d’être stressé par l’argent, il devait juste jouer. Et on a joué  sept jours d’affilée avec un excellent band. Contrairement à l’album précédent, les tempos avaient plutôt ralenti!

PAN M 360 : Changer de rôle dans ta tête avait donc été bénéfique.

Leif Vollebekk : Et c’est comme ça que j’ai fait les enregistrements qui ont suivi : Twin Solitude, New Ways et Revelation.

PAN M 360 : Et donc depuis, le vrai son de Leif se trouve dans ces albums.

Leif Vollebekk :  En tout cas, je me sens plus proche de ces chansons. Il y a quand même eu une progression. Par exemple, j’ai étudié le synthétiseur et les kick drum pour l’enregistrement de Twin Solitude. J’ai ajouté un peu de distorsion çà et là.

PAN M 360 : Et où en es-tu aujourd’hui? 

Leif Vollebekk : À un moment donné, je n’ai plus eu envie d’être technique du tout. J’étais allé trop loin. Avec le dernier album (Revelation)  j’ai fait tout ce que je voulais accomplir en termes de son. J’ai même pu embaucher le batteur légendaire Jim Keltner, au légendaire studio Sunset Sound ! La surprise? Contrairement aux autres batteurs, il essayait de suivre le texte en jouant plutôt que de s’en tenir strictement à la partition. Je lui ai  alors demandé si d’autres rares batteurs faisaient comme lui, il a répondu qu’il en avait déjà causé à son buddy Ringo Starr et ce dernier lui a dit qu’il faisait de même! Et il m’a raconté tant d’anecdotes savoureuses.

PAN M 360 : Tout ça est passionnant, mais il faut se rendre au concert du Palais Montcalm! Tu te présenteras en petite formation :  toi au chant, guitare et piano, Robbie Kuster à la batterie, Michael Felber à la basse, Parker Shper, claviers. 

Leif Vollebekk : C’est le band de Montréal avec qui je tourne depuis un moment déjà. Depuis que l’album est sorti, ça change toujours. J’essaie de garder ça ouvert, les chansons peuvent s’allonger, se transformer selon le contexte.

PAN M 360 : Vous jouez la matière de ce concert depuis l’automne 2024? 

Leif Vollebekk : Ça fait à peu près un an et demi. On a tourné un peu partout au pays, aussi aux États-Unis à deux reprises. On fait quelques dates au Québec cet hiver et puis on part en Europe, en février, semble-t-il qu’il y a de la demande au Portugal, en Espagne, en France et en Angleterre. Puis les shows devraient se terminer au printemps.

PAN M 360 : Et après?

Leif Vollebekk : Bonne question!

PAN M 360 : Toute la vie pour y répondre!

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Pour Igloofest 2026, Mathieu Constance est de nouveau à la barre de la programmation des 4 week-ends consécutifs à vivre au Quai Jacques-Cartier jusqu’au 7 février. Partenaire médiatique d’Igloofest, PAN M 360 présente chaque semaine de l’événement les recommandations artistiques de son architecte principal, soit un choix prioritaire par programme: Madeon, Misstress Barbara en B2B avec Nicole Moudaber, Shadow Wizard Money Gang. Suivez le guide!

PAN M 360: Allons-y pour le deuxième week-end ! D’abord la soirée du jeudi 22 janvier.

Mathieu Constance: Le jeudi  22, c’est une soirée spéciale pour nous, vu que c’est en mode concert: on produit le live de Madeon pour la première fois. Il vient y présenter son nouvel album, c’est sûr que ça va être spécial. On a visionné beaucoup de vidéos de son show donné l’automne dernier à Red Rocks, au Colorado. Lorsqu’on en a observé  les éléments, on s’est dit tout de suite qu’on voulait le faire à notre tour. Car ce show est  vraiment spécial et notre public doit aussi en profiter. 

PAN M 360:  Comment décrire la proposition de Madeon ? 

Mathieu Constance:  C’est proche de la french touch, mais il y a aussi là-dedans des saveurs vocales pop et il y a même de l’électro clash  par moments. Vraiment cool ! Ça sera une des seules vraies productions live de cette édition 2026, , et c’est toujours spécial de faire un show avec une configuration différente d’un DJ set.  

PAN M 360: Le vendredi 23 janvier, un choix s’impose: Misstress Barbara

Mathieu Constance: Pour cette date,  ça reste pour moi  Misstress  Barbara qui fêtera ses 30 ans de carrière. Ça tombe à point, car c’était la fin de semaine qu’on était capable d’inviter  Nicole Moudaber, qui fera un set B2B avec Misstress après son propre set. Elle et Nicole sont en relation depuis  longtemps, et c’’est toujours spécial de la voir à l’œuvre  et de réaliser que cette artiste a pu durer aussi longtemps et  rester pertinente jusqu’à ce jour. Ce closing avec Nicole,  c’est pour nous lui rendre hommage et lui manifester notre respect. Sa carrière continue,  elle vient d’atteindre la cinquantaine, c’est impressionnant.  Pas tout le monde de l’électro peut se rendre avec une présence  aussi importante. 

PAN M 360: Quelques mots sur la Nicole Moudaber, réputée productrice et DJ d’origine libanaise ?

Mathieu Constance:  Écoute, c’est une légende de la techno ! C’est la première fois  que je la programme personnellement.  C’’est sûr que ça va être une grosse soirée en énergi e et çai va vraiment plaire aux technoheads. On a une très belle soirée au programme !

PAN M 360:  Passons au samedi 24 janvier.

Mathieu Constance: . Mon choix est  définitivement la crew de Shadow Wizard Money Gang,  sur la deuxième scène (Vidéotron). C’est un collectif  basé à Montréal, qui a beaucoup d’énergie et dont les sonorités réunissent le dubstep et la bass music, mais aussi la trance et même le hardcore. Ce collectif a été repéré par Skrillex qui a invité ses membres à collaborer  sur son dernier album et qui ont même conçu  du merch pour lui aussi afin d’accompagner le projet. Ces kids sont très très très spéciaux !   Je crois qu’ils occuperont bientôt une position de choix sur scène montréalaise et dans la musique électronique en général.

PAN M 360: C’est quand même étonnant qu’ils aient plus à Skrillex, ou encore ce dernier se montre-t-il moins grand public que ces dernières années.
Mathieu Constance:  Sans dire qu’il retourne à ses racines, on dirait que Skrillex s’est  libéré de la pression de tout ce qui était mainstream. En tout cas on voit qu’il a encore de l’intérêt  pour des trucs un peu plus obscurs ou moins faciles de trouver et de prendre des risques, et de travailler avec des nouvelles personnes comme Shadow Wizard Money. C’est tout à l’honneur de ces kids qui font un travail incroyable.

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Enfant montréalaise, elle a grandi aux abords de la scène électronique, fréquentant l’Igloofest depuis qu’elle a 17 ans, pour maintenant s’y produire une deuxième fois avec son collectif TITS. Dans cette entrevue, No Police, de son vrai nom Virginie Belliveau, nous parle de ses débuts dans le DJing, de ses collaborations avec les collectifs montréalais OCTOV et TITS, ainsi que de ses revendications féministes/Flinta. Nous offrant ainsi un point de vue en tant que DJ et Productrice d’événements Flinta, elle nous dresse un tableau nuancé et personnel de l’industrie musicale montréalaise, parfois ponctué de moments insolites et négatifs, mais aussi remplis d’amour et de connexions positives. Cette interview de TITS s’inscrit dans la 2e soirée d’Igloofest (vendredi 16 janvier) où les représentantes du collectif occuperont la scène Vidéotron la soirée durant.

No Police appartient à la catégorie des « DJ Covid », comme on les surnomme dans le milieu : bien qu’elle ait toujours été celle qui maîtrisait les enceintes portables et autres outils lors des soirées house entre amis, c’est pendant la pandémie qu’elle a acheté ses premières tables de mixage et qu’elle a commencé à cultiver son art. Raveuse fréquentant les soirées trance et techno montréalaises, son amour pour la musique, et son obsession pour “faire danser les autres” lui ont fait franchir le pas.

« J’ai toujours été celle qui voulait prendre les devants, créer des listes de lecture, classer les chansons. Depuis que j’organisais des soirées à la maison au lycée. Et petit à petit, c’est devenu une habitude : je sortais beaucoup en rave au début de la vingtaine.

Puis la pandémie a commencé et je me suis dit : “C’est le moment idéal pour commencer à apprendre.” Alors voilà, la première semaine de confinement, j’ai acheté des platines et c’est comme ça que tout a commencé (…) Ça faisait tellement longtemps que j’y pensais, à chaque fois que j’allais en rave, je me disais : «J’adorerais pouvoir transmettre ce que moi je ressens quand je suis face à un DJ, et faire la même chose. » Je voulais pouvoir faire monter la tension, créer des drops, et faire planer la foule, je me suis toujours imaginée de l’autre côté des platines. Pour moi, c’était vraiment un rêve, et c’est devenu réalité.»

Une année confinée qui lui a permis d’apprendre, d’affiner ses préférences musicales, de se pratiquer de son côté, et de développer tout un réseau de contacts et d’ami.es tous déterminés par le même objectif: Faire danser Montréal. Au sein de cette scène électronique montréalaise qui ressemble à un« village », il a trouvé une communauté respectueuse et soudée, ce qui lui a permis de décrocher ses premiers contrats.

« Très vite, l’impatience de la fin du confinement s’est fait sentir. Après un an d’apprentissage, je me disais : « Les clubs et les bars sont toujours fermés, mais dès la réouverture, je veux pouvoir faire mon premier concert lors d’un événement. » J’ai donc commencé à en parler sur les réseaux sociaux. La première DJ avec qui j’ai pris contact était Bittercaress, qui réside maintenant en Europe. C’est une DJ qui se produisait à Montréal depuis longtemps, et je l’ai rencontrée par l’intermédiaire d’une amie. Et grâce à elle, j’ai rencontré plein d’autres personnes.

« Quand les événements ont repris, je suis sortie beaucoup pour rencontrer des gens de la scène techno marginale montréalaise. Et ça s’est fait assez vite. J’ai rencontré Corine, et d’autres ami.es (…) J’ai l’impression qu’à Montréal, la scène est tellement restreinte qu’on n’a pas vraiment le choix de collaborer avec les autres, c’est un peu comme un petit village. Tout le monde se connaît, et c’est assez familier entre les DJ et les promoteurs. Il y a un peu de concurrence, mais l’ambiance est très conviviale. Et je trouve que la communauté est formidable. Ce serait super qu’elle continue à évoluer. Ces individus qui planifient, m’encouragent, me stimulent et m’offrent même des occasions de m’exprimer artistiquement me donnent une raison de persévérer. »

Inspirée par les genres techno, trance, acid et break, No Police a développé son propre style musical en fonction de ses propres goûts, mais aussi grâce aux groupes qu’elle a côtoyés au fil des ans, comme OCTOV, pour lequel elle a travaillé comme directrice marketing pendant plusieurs années.

«  Au début, quand j’ai commencé à sortir, ce n’était pas un collectif, mais plutôt des événements comme : avec Courage, Multicolore, ce genre de chose. J’allais voir des artistes de la maison de disques Anjuna Beats, Above & Beyond, Ben Balmer, Andrew Bayer, un peu plus commerciaux. Je n’avais pas encore vraiment mis les pieds dans la scène marginale à cette époque. Mais dès que j’ai commencé à mixer, j’ai rapidement trouvé mes repères. Le premier collectif que j’ai repéré, c’était OCTOV. Ils sont bien établis sur la scène montréalaise depuis presque 11 ans.

« Donc, à partir de 2021, si je ne me trompe pas, j’ai fait partie de l’équipe OCTOV. J’étais responsable du marketing, en tant que bénévole. Cela m’a permis d’approfondir mes connaissances en matière de production événementielle et de tout ce que cela implique : l’organisation, la promotion, etc. Je pense qu’en tant que DJ, c’est une information inestimable. Si l’on souhaite se professionnaliser dans ce domaine, connaître les coulisses permet d’apprécier encore davantage les moments passés sur scène, car on réalise tout le travail accompli pour en arriver là.»

Son expérience chez OCTOV lui a laissé beaucoup de bons souvenirs et de belles compétences professionnelles. Elle a toutefois décidé de quitter cette entreprise l’année dernière pour se joindre à un autre collectif montréalais émergent, TITS, dont les valeurs militantes correspondaient mieux à ses désirs.

« Je ne fais plus partie de l’équipe OCTOV, mais depuis un peu plus d’un an, j’ai rejoint le collectif TITS. Je souhaitais rejoindre Tits principalement pour sa mission de mettre en lumière des artistes Flinta. C’est une cause qui me tient particulièrement à cœur. Je fais partie de cette communauté. Pour moi, c’était un changement d’air dont j’avais besoin, pour rejoindre un groupe d’amis qui partagent les mêmes valeurs politiques et militantes que moi. (…) Chez Tits, nous sommes assez spontanés dans l’organisation de notre calendrier d’événements. C’est un peu plus en accord avec mes projets de vie. Et j’ai rencontré tellement de nouveaux artistes grâce à ce projet. Et des organisateurs aussi.»

Corine Pinel-Forgues, alias Cori (anciennement connue sous le nom de Corinita), a fondé le collectif TITS pendant la pandémie de COVID-19. Collectif techno engagé dans la promotion de la visibilité des individus s’identifiant comme FLINTA (acronyme allemand utilisé dans les milieux féministes et LGBTQ+ pour inclure les femmes, lesbiennes, intersexes, non-binaires, transgenres et agenres) dans la sphère musicale électronique montréalaise.

TITS se démarque par ses convictions politiques. Mais aussi par ses événements finement organisés, et son empreinte visuelle reconnaissable. Qui sont ces jeunes femmes qui dirigent l’entreprise Run by girls in Montreal , comme l’indique leur description sur Instagram ? Cori, No Police, Meen Moreen, et anciennement XIA. Un groupe de personnes FLINTA fort, à la réputation florissante.

« On commence vraiment à se faire une réputation à Montréal, et l’équipe a évolué à travers les années. En quelques mots, TITS est un groupe d’amies qui partagent des objectifs et des valeurs communs : mettre en évidence les jeunes artistes talentueux de la communauté flinta. Quel que soit le projet que nous entreprenons, nous gardons toujours à l’esprit l’objectif principal. Historiquement, les artistes flinta n’ont pas toujours eu la même place que les artistes masculins.

« Ce n’est pas un phénomène nouveau. La situation s’améliore, mais pas aussi vite qu’on le souhaiterait. On a de bons exemples à suivre, comme tous les événements de Multicolore. Il y a un vrai travail de sélection dans la programmation. Si je prends l’exemple de Piknic Electronik, cela fait quelques années qu’ils ont atteint la parité hommes-femmes, ce qui est incroyable, surtout pour un groupe ou un événement d’une telle envergure. Mais il reste encore beaucoup à faire au sein de la scène musicale.

 » Pour moi, les gens Flinta ont tellement de belles choses à dire. Et avec TITS, nous n’hésitons pas à prendre position sur les reseaux sociaux, à supporter la cause féministe durant la journée des femmes, mais aussi durant les périodes électorales, par exemple. Ce sujet nous enthousiasme tous, et nous sommes ravis de pouvoir faire bouger les choses. On se dit : « Ah ! On partage les mêmes frustrations. » On est tous dans le même bateau.»

Si le public semble réceptif à leur cause -notamment aux vues de leur popularité grandissante- il reste pourtant quelques cas isolés au sein de l’industrie musicale, apparemment attachés à des valeurs du siècle dernier, qui semblent remettre en question les valeurs du collectif.

« Récemment, j’ai reçu un message privé sur les réseaux sociaux. Nous avions un poste à offrir, et nous avons demandé aux personnes intéressées de nous envoyer quelques informations: nom, description, liens vers les réseaux sociaux et portfolio. J’ai alors reçu un message d’une personne que je connaissais, un homme, bien évidemment, qui nous disait que le terme « flinta » était discriminatoire, et exclut les hommes… Il nous a reproché le fait qu’on œuvre pour l’égalité, mais qu’on “discriminait un groupe”. Honnêtement, je n’ai pas vraiment répondu, ça m’a un peu choqué de lire ça. Je me suis dit que nous ne parlions pas la même langue. Pour moi, ce genre de réaction est très masculin. Notre objectif est de mettre en lumière les artistes Flinta et de leur offrir des occasions de se faire remarquer, plutôt que d’accroître la représentation des hommes, qui sont déjà surreprésentés.»

Bien que l’on puisse noter quelques remarques négatives, qui relèvent davantage d’une forme cachée de misogynie que d’une analyse objective, TITS et No Police poursuivent leur développement, tant sur le plan collectif qu’individuel, en nourrissant des ambitions toujours plus grandes et plus lointaines.

« Il n’y a jamais de mauvaises idées, il n’y a jamais de mauvaises opportunités. On prend le temps de s’écouter et de collaborer. Récemment, on a commencé à être employé par d’autres collectifs ou soirées pour organiser leurs programmations. On ne fait plus toute la logistique, tout le montage, le démontage, etc. Notre force, c’est vraiment plus dans la curation et c’est vers ça, vers quoi on s’en va. On a malheureusement déjà perdu de l’argent durant l’organisation d’événements avec TITS, et on ne veut plus vraiment prendre ces risques, on préfère faire de la curation, ou d’autres choses… Ça peut être difficile, des fois, à Montréal, de produire des événements, les prix des salles sont souvent énormes pour des petits collectifs. Mais on a des ambitions, même si elles sont plus lointaines. On a parlé de créer un label, par exemple, et de former une mini-agence de talents.

« Mais tout ça, ça prendra d’autres gens dans l’équipe. (…) Et moi, c’est sûr que j’aimerais me professionnaliser en tant que DJ et productrice. Donc, éventuellement, ne plus avoir de neuf à cinq en dehors de la musique. Je me vois aussi comme potentiellement prendre le lead sur l’agence, aider à faire évoluer les artistes que j’ai appris à connaître à travers les années.»

Bien qu’elle soit occupée par son travail en marketing, sa carrière de DJ et son implication dans TITS, No Police reste avant tout une mélomane passionnée de musique électronique.

« Je sors souvent dans des raves, comme celles organisées par OCTOV, bien sûr, Exposé noir, No Reiner, Virtualis. Je les apprécie beaucoup. Mais aussi dans des soirées un peu plus institutionnalisées, comme à la SAT, au Stereo, au MTelus (pour Mutek, plus précisément) ou anciennement au nouvel établissement, qui a malheureusement fermé ses portes en 2024…»

Grâce à son talent et à sa détermination, No Police s’est fait un nom dans la scène musicale électronique locale, réalisant ainsi l’un de ses rêves. À travers le djing, elle s’est créé des ami.es, a cristallisé ses convictions, s’est embarquée dans des projets collectifs à différentes portées, mais s’est aussi heurtée à des situations insolites, maintenant devenues souvenirs, parfois un peu choquant, mais aussi, pas mal hilarant.

« Cette histoire, elle rejoint pas mal notre discussion sur la place des hommes dans l’industrie… Donc, j’avais un gig à Paris. C’était ma première fois là-bas. C’était dans un after, donc, j’ai joué genre de 8h le matin jusqu’à 9h30…. Et bref, il y avait quelques problèmes techniques, mais, à part ça, tout se passait bien. Sauf qu’à un moment, un des organisateurs, probablement en état d’ébriété, il vient à mes côtés dans le booth, et il met sa clé USB dans mes platines… Moi, naïvement, je me demande s’il vient faire un test, ou je ne sais pas, quelque chose par rapport aux problèmes techniques… Et là, genre, je ne sais pas qu’est-ce qui lui prend, mais le gars, il a commencé à mixer… Il a lancé une track. Il m’a totalement “bypass” (soit prendre le contrôle) . Et étant donné que c’était l’organisateur, je me sentais tellement mal de lui dire, genre, « back off? » Pars ? Qu’est-ce que tu fais ?” Ça ne m’était jamais arrivé. J’ai dû demander à mon vidéaste de lui parler. J’étais juste hors de moi, et en même temps en incompréhension totale… Genre, what the fuck?»

Retrouvez No Police, aux côtés de son collectif TITS, ce vendredi 16 janvier 2026 sur la petite scène de l’Igloofest.

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Présenté ce mardi 20 janvier à la superbe salle Art déco Le 9e, le programme Caprice: BAROQUE se veut « une aventure musicale éblouissante, où l’interaction avec le public crée une expérience vivante et immersive ». Plus précisément, la musique française baroque de la cour de Louis XIV constitue le répertoire au programme, les compositeurs les plus réputés et d’autres moins connus ou carrément anonymes y seront interprétés, Marin Marais, Jean-Philippe Rameau, Jean-Marie Léclair , sans compter la partition d’un compositeur non identifié. En petite formation, flûtes, violoncelle baroque, guitare baroque et percussions, Caprice opte ici pour la configuration d’un petit ensemble de musique de chambre. Qui plus est, le chocolat est aussi au programme de ce 5 à 6 au 9e ! Intrigant ? Matthias Maute nous en explique le lien et l’approche générale de ce concert.

BILLETS ET INFOS

Programme

  • Les Folies d’espagne – Marin Marais
  • Danses d’opéra – Jean-Philippe Rameau
  • Chaconne – Jean-Marie Léclair
  • Vertigo – Royer-Pancrace
  • « Mississippi »: Danses à la cour de Stuttgart – Anonyme (1700)


Artistes

  • Matthias Maute, directeur artistique Ensemble Caprice, gagnant de deux Prix JUNO 
  • Sophie Lariviere, flûtes, gagnante de deux Prix JUNO 
  • Jean-Christophe Lizotte, violoncelle baroque
  • David Jacques, guitare baroque, gagnant de trois Prix OPUS
  • Ziya Tabassian, percussion, directeur artistique Festival Accès Asie 


Pour son 60e anniversaire, l’a-t-on déjà souligné en septembre dernier, la Société de musique contemporaine du Québec évite l’autocongratulation et la rétrospective et privilégie plutôt le dialogue intergénérationnel en faisant dialoguer les époques de la musique contemporaine et leurs protagonistes québécois. Jusqu’en mai prochain, la SMCQ propose ainsi 6 programmes ambitieux et créatifs, les générations de compositeurs.trices y sont entrelardées: Fougue concertante le 30 janvier, Carte blanche à la relève le 20 février, Des classiques aux créations le 21 mars, Jeux de couleurs le 17 avril, Dialogues intergénérationnels – Carte blanche à Cristian Gort le 21 mai. Directeur artistique de la SMCQ, le compositeur Simon Bertrand dresse la table pour la portion hiver-printemps de ce 60e anniversaire. Alain Brunet l’a rencontré.

INFOS & BILLETS ICI

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