Samedi soir prochain, 7 mars, un des joyaux de la Semaine du Neuf sera présenté au Studio-Théâtre de l’Édifice Wilder : la performance multidisciplinaire Hide to Show par l’ensemble belge (flamand) Nadar, imaginée par le compositeur allemand Micheal Biel. Cette œuvre explore l’hyperréalité, la solitude, la visibilité et la synchronicité à l’ère numérique. 

Hide to Show, soit cacher pour montrer, est une réflexion artistique visant à illustrer comment nous nous synchronisons avec les autres humains tout en nous dissimulant. Qui plus est, il s’agit d’une évocation de nos comportements dans les réseaux sociaux et de nos propres utilisations d’avatars pour mieux nous dissimuler afin de nous exprimer sans réserve.

Ainsi, 8 musicien·nes sont filmé.e.s en temps réel, de la préparation en coulisses à la performance sur scène, s’instaure un jeu subtil qui modifie la perception de l’auditoire, à savoir ce qui est joué pour vrai devant nous et ce qui ne l’est pas. Métaphore de notre époque, Hide to Show est ici expliqué par le directeur artistique de l’ensemble Nadar, le violoncelliste Pieter Matthynssens.

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PAN M 360 : La direction artistique de la Semaine du Neuf nous a présenté votre programme Hide to Show comme étant un gros coup de coeur, sinon LE coup de coeur de ce festival.

Pieter Matthynssens : Je ne savais pas qu’il avait souligné notre programme à ce point, j’en suis heureux! Nous l’avions rencontré il y a deux ans à Strasbourg, je crois. Il m’avait dit avoir été impressionné par cette œuvre que je pourrais qualifier de « composition scénique ».  Nous sommes très excités à l’idée de venir présenter notre œuvre au Québec. Nous faisons au moins trois dates, nous tenions à donner au moins trois représentations au Québec ( à Saguenay et Gatineau), pour des raisons d’empreinte écologique.

PAN M 360 : Cette œuvre a été conçue par le compositeur allemand Michael Beil. Rappelez-nous la démarche.

Pieter Matthynssens : Cette œuvre a été conçue pendant le confinement de la COVID. Nous avions dû en reporter l’exécution, ce qui nous a finalement été bénéfique car nous avons pu étudier et retravailler l’œuvre . La première avait donc eu lieu en 2021.

PAN M 360 : Et Nadar est un ensemble belge flamand.

Pieter Matthynssens : Oui absolument. Nous sommes tous flamands, subventionnés par le gouvernement flamand. Je suis basé à Sint-Niklaas, dans le Nord de la Belgique.

PAN M 360 :  Parlons Le geste, le mouvements, les costumes, la scénographie font partie du matériel de création sonore. Pourriez-vous nous en dire davantage?

Pieter Matthynssens :  Hide to Show est ce que j’aime nommer une composition scénique de Michael Beil. Toute sa vie,  le compositeur a travaillé avec des vidéos en live. Pour Hide to Show, il a envisagé tous les différents paramètres de ce spectacle. C’est-à-dire qu’il était le compositeur de toutes les notes et les sons sont composés par Michael Beil, mais il a aussi créé tout la programmation de la vidéo.  Plus précisément il se trouve des  caméras sur scène à filmer et enregistrer l’action en temps réel. 

De plus, il a créé le décor et les costumes. La scène est répartie en six chambres à l’intérieur desquelles les musiciens s’exécutent, isolés les uns des autres. Les artistes peuvent aussi être séparés de l’audience par des jalousies (stores vénitiens) qui deviennent des écrans de projection lorsqu’ils sont fermés. On y projette des musiciens en train de jouer et on ne peut déterminer alors si leur intervention a été enregistrée ou s’ils jouent en temps réel. Le compositeur institue alors un jeu virtuose entre les interprètes qui jouent et les enregistrements vidéo de leur jeu. Cette conception de Michael Beil est brillante à tel point que vous ne savez plus ce qui est joué pour de vrai devant vous.

PAN M 360 :  Il s’agit donc d’un dialogue entre scénographie, costume, mouvement et aussi de l’interprétation.  Vous êtes le violoncelliste de l’ensemble, il y a aussi la flûte, la clarinette, le saxophone, la percussion, le violon, les claviers. Et l’électronique?

Pieter Matthynssens :  Oui,  la plupart du temps. Cela provient d’une bande magnétique pré-produite. Pour ce Michael Beil a puisé dans le matériel sonore de Hatsune Miku,  chanteuse virtuelle japonaise devenue célèbre au point où elle s’est produite lors de concerts virtuels sur scène sous la forme d’une projection holographique (3D). Sa Danse du poireau (Leek Dance) devint immensément populaire sur YouTube et les fans commencèrent à en mettre en ligne leurs propres  imitations. Cette danse devint un point de départ pour le travail électronique de Michael Beil, ce qui devrait séduire les fans de l’anime japonais dont il reconnaîtront les traits et les détails. Cette performance fait aussi références aux années 90, mais aussi à la pop américaine (Beach Boys, entre autres) et aussi à la scène acid de Belgique. Michael Beil  a d’ailleurs imaginé cette pièce avant que les années 90  reviennent à la mode. 

PAN M 360 : Et pourquoi créer ces isoloirs sur scène?

Pieter Matthynssens : D’une certaine manière, c’est une pièce très coronavirus parce que nous étions tous isolés. Il évoque donc ces manières virtuelles de répéter pendant la pandémie, qui sont devenus ici un mode de création.   

PAN M 360 : Comment voyez-vous  la relation avec les joueurs et ce qu’ils doivent faire en tant qu’acteurs?  Quels sont les défis de l’interprétation ?

Pieter Matthynssens :  Je crois qu’on peut y arriver parce qu’on travaille depuis longtemps avec Michael Beil,  soit depuis 2012. Il avait alors composé une pièce de 10 minutes.  Et puis il s’était dit « OK, je suis  arrivé à la frontière de ce que je peux demander d’un musicien. »  Nous avions alors rétorqué :« Vraiment?  On peut faire plus ! » Puis il avait composé pour nous une œuvre de 30 minutes et nous avions alors répliqué :  «  OK, nous pouvons atteindre le prochain niveau suivant . »  Il a finalement dit « Ok, maintenant je vais vraiment composer tout ce que j’ai imaginé, tout ce que je peux faire avec un interprète, je vais alors composer une pièce de 70 minutes .» 

PAN M 360 : Il y a quand même des limites aux capacités humaines, non?

Pieter Matthynssens : Je pense que la chose la plus importante dans le travail de Michael Beil, c’est que nous restons des musiciens. Oui, nous devons poser des gestes d’acteurs mais  ces gestes restent toujours connectés à la musique.  Parce que nous devons les poser en temps réel sans qu’ils ressentent une sorte d’imposture. Le geste d’acteur devient alors musical, et il fait partie d’un vocabulaire très précis à exécuter à l’instar de la matière purement musicale. Le geste est vraiment conçu comme la musique d’une partition, que nous devons exécuter en temps.  Ce que nous, musiciens, pouvons très bien accomplir. 

Nous pouvons vraiment atteindre un très haut degré de précision, chaque mouvement que nous faisons est enregistré par les caméras, alors si nous faisons un erreur elle paraît dans l’enregistrement, ce qui nous impose une très grande précision. La difficulté de l’interprétation, donc,  repose principalement sur la combinaison simultanée du jeu musical et du geste. À telle mesure, je dois faire ceci, pour ensuite m’arrêter et reprendre mon instrument à telle autre mesure, effectuer une danse plus loin, chanter à l’unisson encore plus loin.

PAN M 360 : Difficile, donc d’interpréter tout ça?

Pieter Matthynssens : Oui, cela peut sembler facile de prime abord, mais c’est de la musique complexe, chromatique, qui exploite les demi-tons à souhait, qui pose les thèmes dans différentes tonalités. Pendant 70 minutes, nos cerveaux fonctionnent à la manière d’un ordinateur procédant à une surmultiplication du traitement de données. Aussitôt que la pièce commence, nous devons l’exécuter par cœur, sans partition. Nous avons récolté beaucoup de succès avec cette pièce, nous savons désormais la jouer sans failles. Nous pouvons maintenant l’incarner fort bien car nous l’avons totalement intégrée, il y a en nous une « mémoire musculaire » qui permet une juste interprétation.

PAN M 360 : Les notes de programme nous expliquent que ce spectacle aborde les thèmes  de l’hyperréalité, de la solitude et de la synchronicité avec des humains qu’on ne voit pas, qui sont observés ou qui choisissent de devenir invisibles, etc.

Pieter Matthynssens : Le cœur du propos, c’est l’idée d’être exposé ou de ne pas l’être. Savoir  se comporter quand la caméra tourne et quand elle ne tourne pas, bien que ce soit impossible au bout du compte.  Michael Beil nous demande d’agir comme si on était à la maison. 

PAN M 360 : Pourquoi donc? Quel est selon vous le sens premier de cette œuvre? Peut-être n’y en a-t-il pas et que cette question n’est pas pertinente. Alors?Pieter Matthynssens : Il faudrait poser la question au compositeur! J’y vois personnellement la tension entre une performance sur scène et une performance enregistrée. Sur la pertinence aujourd’hui d’un concert donné en temps réel. Les promoteurs de concerts nous demandent toujours de leur faire parvenir une vidéo de nos spectacles. Mais la magie disparaît  lorsqu’on ne visionne que l’enregistrement de notre exécution, aussi soigneusement monté soit-il. Si vous êtes sur place, vous réalisez que les caméras qui nous enregistrent ont une signification. Le public essaie alors de discerner la « vraie » performance en temps réel de ses enregistrements.  Cela devient difficile pour les spectateurs de croire que tout cela est exécuté pour de vrai, devant eux.  La question est posée par Michael Beil : jusqu’à quel point pouvons-nous gérer le faux?

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NDLR: Cette interview a été réalisée à l’automne 2025 pour ce programme alors présenté à la Sala Rossa. Vu que le même programme s’inscrit dans la Semaine du Neuf, soit vendredi 6 mars, 18h, à l’Espace Orange de l’édifice Wilder, PAN M 360 vous offre l’occasion de visionner cette interview si ce n’est pas déjà fait.

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Un lac-à-l’épaule corporatif complètement déjanté où une animatrice sur les stéroîdes anime l’événement comme un TED Talk halluciné, sur fond de musique contemporaine pour percussions qui pige autant dans l’abstraction que dans la muzak industrielle ou la comédie musicale tellement off-Broadway qu’elle a probablement besoin d’un passeport.

Ça effleure à peine l’idée de ce qu’est Quigital : Corporate Retreat de l’ensemble Architek et de la soprano Sarah Albu. Ajoutez à cela des spectateurs (vous) qui feront partie du show en tant qu’employés de la multinationale Quigital, avec carte d’accès, courriel professionnel et tout le barda d’un fidèle salarié qui tentera de devenir meilleur, en ne sachant pas que son emploi est en jeu avant la fin du spectacle.

Aie aie aie, mais qu’est-ce qui a piqué le compositeur et concepteur Eliot Britton et l’amener à se lancer dans une telle aventure? Critiquer la culture corporative, le capitalisme de surveillance, ou juste avoir du fun? Un peu tout ça en fait. J’ai rencontré Eliot, Ben Duinker de Architek et Sarah Albu pour parler de ce spectacle intriguant et potentiellement fascinant. 

Le spectacle a été écrit par Eliot Britton, Patrick Hart, David Arbez et Kevin McPhillips. La mise en scène et dramaturgie sont de Marie-Josée Chartier.

L’entrevue est bilingue français/anglais


Programme

QUIGITALCORPORATE RETREAT (2023)
Une production de Architek percussion en codiffusion avec Le Vivier et Innovations en concert.

Artistes

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Parmi les chouchous du rock scandinave au Québec, The Flower Kings demeurent dans le peloton de tête. Pour le vendredi 13 mars, date de l’escale, il est facile de prévoir un Palais Montcalm bien garni pour y accueillir le quintette suédois, précédé du multi-instrumentiste et chanteur californien Neil Morse, ce dernier lié à cette mouvance prog qui fédère tant de fans québécois. Pour cette occasion qui s’annonce très spéciale chez les fans de Québec, PAN M 360 a été mis en relation avec le leader, guitariste et chanteur des Flower Kings. Roine Stolt a été joint chez lui à Uppsala, municipalité située à 60km de Stockholm, là où est né et où habite toujours ce musicien de 69 ans… qui n’a que faire des étiquettes stylistiques qu’on tente de lui coller. À lire !

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PAN M 360 : Nous connaissons Flower Kings depuis longtemps. Vous avez 14 albums studio, 5 enregistrements publics. Donc c’est une énorme contribution dans la mouvance prog ou même jazz-rock.

Roine Stolt : Je pense que le rock progressif n’est pas nécessairement la bonne expression pour nous désigner… C’est rock, mais pour le reste, je ne sais pas toujours comment en dire davantage. Dans mon esprit, quand les gens parlent du rock progressif, vous commencez à penser à King Crimson, Yes, des groupes de ce type ou même de Frank Zappa. En tout cas ne suis pas allé en musique pour y jouer du rock progressif. J’y suis allé pour jouer la musique que j’aimais. J’aime King Crimson, mais j’aime aussi ABBA , The Beatles, Elton John, la pop. Enfin, toutes les bonnes musiques me conviennent.

PAN M 360 : Pas de souci, on ne trébuche pas dans les fleurs du tapis. Parlons plutôt de Love, votre plus récent album de 12 chansons. Love, ça a quelque chose à voir avec la conjoncture actuelle? Où cela fait-il référence à ce qui s’est passé dans votre vie ?

Roine Stolt : Pour de nombreuses raisons, en fait. Je dirais que ce n’est pas exactement un Love romantique, si vous comprenez ce que je veux dire. C’est plutôt l’amour que nous ressentons pour le planète, pour nos enfants, pour notre animal de compagnie. C’est le point de départ pour ça. Comme le disaient Burt Bacharach et Hal David ce que le monde a besoin maintenant, c’est de l’amour, What the World Needs Now Is Love… sweet love. Je pense que c’était le bon moment pour intituler un album Love. Et j’ai une bonne idée pour le titre du prochain album. Ça sera probablement le début d’une trilogie.

PAN M 360 : Mais encore?

Roine Stolt : D’ordinaire, je ne suis pas vraiment enclin au concept mais à mon âge, on pense beaucoup. On se réveille tôt le matin, le cerveau commence à tourner, à imaginer ce qu’on vivra aujourd’hui, à son travail au studio, à sa famille, aux nouvelles, à l’état du monde, tout ça. C’est pourquoi le texte d’une chanson devient plus important, enfin beaucoup plus que lorsque j’ai fondé ce groupe il y a 35 ans. La musique était alors le point principal. C’est un développement personnel. Bien sûr, la musique a changé aussi.

PAN M 360 : De quelle façon ?

Roine Stolt : Je pense notamment aux solos de guitare qui me semblaient très cool. Je me demande aujourd’hui si une nouvelle chanson a vraiment besoin d’un solo de guitare.

PAN M 360 : Vous avez une approche space rock avec la guitare, les solos ne sont jamais chargés, pas de motifs super complexes, pas de rapidité extrême, pas de shredding. La musicalité l’emporte sur la performance technique.

Roine Stolt : Oui, et pour ma part, le point de départ était probablement la blues, j’étais alors très influencé par B.B. King, Dwayne Allman et particulièrement Jimi Hendrix. Je me considérais d’abord comme un joueur de blues, mais avec des ambitions orchestrales. PAN PAN M 360 : Parfois, la guitare jouée dans The Flower Kings se rapproche du space rock à la David Gilmour (Pink Floyd).

Roine Stolt : Il a eu probablement le même point de départ. La mélodie et le tone de la guitare plutôt qu’un jeu compliqué. Ce choix, en ce qui me concerne, ne signifie pas que j’aime exclusivement cette esthétique. J’aime aussi les guitaristes comme Allan Holdsworth, qui fut une grande influence. Mais je n’ai jamais essayé de jouer comme lui, il était unique mais il jouait au-delà de mes capacités techniques.

PAN M 350 : On peut comprendre, Holdsworth (1946-2017) fut l’un des plus grands de cette génération. Et votre chemin est différent du sien, car vous êtes davantage auteur, compositeur, concepteur orchestral.

Roine Stolt : Oui et je reste ouvert. Je crois toujours que mon type de guitare peut s’adapter au concept de musique progressive, space rock ou rock orchestral. Au sein des Flower Kings, il y a toujours de l’improvisation du côté des guitares et des claviers.

PAN M 360 : Comment, au fait, avez-vous réussi à maintenir le noyau des Flower Kings pendant si longtemps? Vous avez dû exercer une sorte de magnétisme avec vos amis pour maintenir cette famille unie, n’est-ce pas?

Roine Stolt : Oui, probablement. C’est probablement plus facile de voir cela de l’extérieur, mais c’est probablement vrai. Nous avons encore le sentiment d’apprendre et d’évoluer, même si nous sommes tous vieux.

PAN M 360 : Qu’avez-vous appris récemment? Pour vous en tout cas, l’esthétique l’emporte sur la technique.

Roine Stolt : Oui, effectivement. J’ai passé un peu plus de temps à réfléchir aux arrangements et à la réalisation des chansons. Je réfléchis comme s’il s’agissait d’œuvres orchestrales, avec des cordes, des bois, des cuivres, des percussions. Il y a sur scène de la guitare, des claviers, de la basse, du chant, de la trompette. Les arrangements orchestraux se trouvent aussi dans les claviers. J’ose croire que nous sommes différents des autres groupes avec notre approche orchestrale.

PAN M 360 : On pourrait qualifier votre approche de « rock de chambre ».

Roine Stolt : Oui, c’est vrai, ce peut être une bonne façon d’expliquer ce que nous faisons.

PAN M 360 : Cela vous arrive-t-il d’inviter des sections supplémentaires, un quatuor à cordes, par exemple?

Roine Stolt : Non. Toutefois, je peux dire que c’est un rêve que j’ai eu à un moment de ma vie. Je pense encore que ça serait vraiment sympa de faire quelque chose du genre.

PAN M 360 : vous avez joué de nombreuses fois en Amérique du Nord, au Canada, et au Québec qui est un marché idéal pour votre genre de musique. Car nous sommes des gens du Nord comme vous l’êtes. On peut même suggérer que les mouvances prog rock, space rock ou autres extrapolations ont toujours bien fonctionné dans les contrées nordiques, en Scandinavie comme au Canada.

Roine Stolt : C’est vrai. Je pense que même des groupes comme Genesis, Gentle Giant, King Crimson, Emerson Lake & Palmer ou le groupe canadien Rush ont soulevé beaucoup d’intérêt chez vous comme chez nous. La première fois que nous avons tourné en Amérique du Nord, nous nous sommes produits à Québec, dans un lieu appelé le D’Auteuil. J’y ai même joué à Québec avec les groupes Kaipa et Agents of Mercy. Quant aux Flower Kings, ils sont venus plusieurs fois au Québec. Nous y sommes venus il n’y a pas très longtemps, je m’y suis aussi produit en tant que bassiste au sein du groupe de Steve Hackett.

PAN M 360 : Jouerez-vous à Québec un mélange de tous vos succès précédents ou des chansons qui ont plu à votre public ?

Roine Stolt : Nous jouerons plusieurs titres de l’album Love. Parce que nous en aimons les chansons et nous aimons les jouer. Vous savez, c’est un défi que d’apprendre de nouvelles chansons. Bien sûr, nous en ferons quelques-unes jouées il y a longtemps, cela pourrait remonter jusqu’à l’album Stardust We Are. Mais nous n’allons pas strictement nous en tenir aux succès.

PAN M 360 : Il existe toujours une tension entre ce que les artistes veulent exprimer de neuf et les attentes de leur public.

Roine Stolt : Oui , d’ailleurs, j’écoute actuellement beaucoup de folk européen, du Nord mais aussi des régions méditerranéennes. de la musique pour accordéon, pour violon… À mon sens, l’évolution se poursuit. J’ai mis beaucoup de temps pour développer ces musiques, je mets encore du temps pour formuler musicalement ce que j’aime aujourd’hui.

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ATMA Classique, le plus important label indépendant en musique classique au Canada, vient d’être acquis par le groupe GFN Productions, soit  Nicholas Choinière, Gabriel Felcarek et le chef d’orchestre Francis Choinière.

GFN Productions fut fondé en 2018, l’entreprise présente annuellement plus de 100 concerts symphoniques à travers le Canada. ATMA Classique, pour sa part, dispose d’un répertoire de 780 albums jusqu’à ce jour. Fondé par Johanne Goyette en 1994, le label a été ensuite vendu en 2020 à Guillaume Lombard et les Éditions Ad Litteram, maison mère d’ATMA jusqu’à cette acquisition.

La maison mère, Les Éditions Ad Litteram, ainsi que les entreprises Studio Esplanade et Livetoune ont été aussi acquises par GFN Productions, qui compte laisser l’équipe actuelle en place. Il va sans dire, ces jeunes entrepreneurs souhaitent faire rayonner davantage ATMA Classique, notamment par leur expertise de mise en marché et de marketing.

Le nouveau directeur général d’ATMA, Nicholas Choinière a répondu aux questions de PAN M 360 le jour même du dévoilement de cette acquisition importante, qui aura un impact majeur dans l’écosystème musical québécois et canadien.

Boucler un après-midi de semaine avec des chants anciens entonnés par deux spécialistes de ce répertoire qui s’accompagnent au luth et au violon, pourquoi pas ? Parce que!

Dans la série des concerts présentés à la salle Le 9e, ArtChoral présente le duo Ménestrel, qui se présentera au dernier étage du Centre Eaton ce mardi, 17h, avec un nouvel album homonyme sous label Leaf Music.

Ménestrel a été cofondé par Janelle Lucyk et Kerry Bursey, qui mêlent répertoire ancien et traditions folkloriques orales du Canada. Au-delà des lieux traditionnels, Ménestrel s’engage à apporter la magie transformatrice de la musique dans des endroits inattendus.

Chanteuse à la voix « angélique », violoniste et productrice, Janelle Lucyk fait partie d’une nouvelle génération d’artistes spécialisés dans ce répertoire. Janelle est la directrice artistique de Ménestrel qui produit de la musique tirée du répertoire ancien et des traditions folkloriques oralement transmises. Elle est directrice artistique de Musique Royale (est. 1985), qui présente des spectacles dans des espaces historiques à travers la Nouvelle-Écosse. Dans le cas qui nous occupe, Janelle est aussi directrice de la nouvelle série ArtChoral à la salle Art éco Le 9e Grande Salle, récemment rouverte pour le plus grand plaisir des citoyens de MTL et plus encore.

Kerry Bursey est un ténor et un instrumentiste à cordes pincées, dont la voix est appréciée pour sa “qualité lumineuse”. Il est l’un des rares ténors de ce type à s’auto-accompagner au luth. À la veille du concert de Ménestrel présenté au 9e, Kerry et Janelle répondent aux questions de PAN M 360.

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PAN M 360 : Parlez-nous des fondements du projet, vos motivations originelles. Le programme comprend des extraits de l’album Ménestrel, enregistré avec Leaf Music.

Kerry Bursey: Avec Ménestrel, on s’amuse à faire revivre toutes sortes de chansons, parfois certaines qui font déjà parti du canon classique (les lute songs de John Dowland, les monodies de Monteverdi et Frescobaldi, chansons de Josquin Desprez), parfois certaines qui ont été oubliées suite à leur parution d’époque et puis déterrées dans des recueils poussiéreux (chansons de Binchois, airs de cour de Guédron, Ballard), des chansons folkloriques anciennes devenue banales mais qu’on revisite et recontextualise (À la claire fontaine, En montant la rivière – collection Ernest Gagnon) et d’autres inconnues du grand public mais qui semblent à la première écoute avoir été avec nous depuis tout ce temps (The Outlandish Knight, Fear An Bhata, Robin Hood & the Peddler – collection Helen Creighton).

On ne fait pas de discrimination entre ce qui est savant et ce qui est populaire. Notre but est de rendre accessible cette musique et de faire oublier à notre auditoire dans quelle époque on se trouve. En fouillant dans le passé, on retrouve une sagesse incroyable et intemporelle et ça nous tient à cœur de garder certaines chansons littéralement en vie.

PAN M 360: Comment avez-vous choisi ce répertoire constitué de chant lyrique classique (baroque ou musique ancienne) et de chants traditionnels francophones ou anglophones?

Kerry Bursey : C’est venu assez naturellement pour nous que de combiner ces deux univers, classique et traditionnel. Ce qu’on appelle la musique ancienne, pour nous, ce n’est pas uniquement de la musique écrite mais également de la musique transmise oralement. Beaucoup de mélodies de nos chants traditionnels canadiens proviennent de ce répertoire plus classique dans la vieille Europe, parfois tirés carrément de recueil d’airs de cour baroque.

C’est intéressant de voir comment les mélodies survivent et mutent au fil des siècles. Et quand l’écrit finit par devenir oral comme nos airs québécois, ça finit par se transformer, sorte de téléphone arabe. Parfois, par exemple, une mélodie folklorique finit par être réécrite par un compositeur qui compose un thème et variation au-dessus d’une basse répétée.

Niveau folklore, on s’intéresse surtout au Québec et à la Nouvelle-Écosse, donc évidemment cela nous amène à la musique classique de la France et de l’Angleterre, là où le luth a brillé. Il faut dire que le luth s’est également rendu au Canada, même s’il n’a pas survécu aussi longtemps. En fait, on s’intéresse à ces sons dignes d’intérêt qui ont été oubliés.

PAN M 360: Comment l’enregistrement a-t-il été conçu? Racontez les séances d’enregistrement, le son recherché

Kerry Bursey : L’enregistrement a eu lieu à Lunenburg en Nouvelle-Écosse, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, dans la 2e plus vieille église protestante au Canada (St John’s Anglican Church). Lunenburg et cette église sont des lieux phares pour ce duo car c’est là que Ménestrel a donné son tout premier concert en 2019 et continue d’y en donner plusieurs fois par année, dont un Messie de Haendel annuel en décembre, en formule réduite (chœur de 12 voix, 1 par partie chez les instruments).

C’est également le siège de Musique Royale (dirigée par Janelle), qui propose chaque année un programme musical très riche. Cette église est un lieu très spécial, un pilier culturel et spirituel pour de nombreux Néo-Écossais.

L’enregistrement a été réalisé par Jeremy van Slyke de Leaf Music. Il y a un aspect presque ‘’live’’ à l’enregistrement qui réussit à aller chercher la spontanéité de Ménestrel en concert. Cet album est un peu comme une sélection de ce qu’on considère comme les ‘’tubes’’ de notre répertoire, un survol des différents styles qu’on a abordé au fil des années.

PAN M 360 : Comment avez-vous conçu la transposition sur scène par rapport à l’enregistrement?

Kerry Bursey: Se produire en concert est ce à quoi Ménestrel a l’habitude de faire. Beaucoup d’artistes font des albums et ensuite se produisent sur scène. Pour Ménestrel, c’est plutôt l’inverse. On a donné beaucoup de concerts depuis 2019, on a fait le tour du Canada plusieurs fois (en 2024 seulement, on a joué dans chaque province et territoire, quand même!) et donné des concerts en Europe.

PAN M 360: Parlez-nous de votre relation professionnelle et artistique

Kerry Bursey: Nous nous sommes rencontrés en Nouvelle-Écosse en 2019 et nous n’avons jamais cessé de faire de la musique ensemble depuis, pas seulement dans le contexte de Ménestrel mais également avec plusieurs groupes importants de la scène de musique ancienne au Canada, en passant par pas mal tous les festivals et séries spécialisées. Une cohésion musicale s’est rapidement créée entre nous et nous avons pu développer un répertoire qui est à la base était surtout du domaine plus savant et écrit (chansons baroques et de la renaissance avec luth) mais graduellement notre intérêt vers la musique ancienne s’est aussi porté à la tradition orale et les musiques folkloriques anciennes.

Tous deux à la base des instrumentistes classiques s’étant intéressés à la voix, notamment par le chant choral et d’ensemble, cela a contribué à développer notre son et à nous distinguer des projets vocaux plus lyriques du milieu classique.

Notre façon de chanter ne s’ancre pas seulement dans le bel canto opératique. Un autre élément unique du luth (et des cordes pincées en général), c’est la faculté de s’accompagner en chantant, pratique qui s’est perdue dans le milieu classique mais qui était bien importante, même à l’époque baroque mais qui dans le milieu de la musique traditionnelle est resté bien en vie.

Janelle Lucyk :  Kerry et moi nous sommes rencontrés en 2019 et depuis, nous avons beaucoup collaboré ensemble, avec Ménestrel et avec de nombreux autres groupes. Nous parvenons à trouver un équilibre délicat entre la recherche d’un son similaire et suffisamment de divergences et de priorités différentes pour nous compléter artistiquement. Une fois que vous aurez entendu la magnifique voix de Kerry Bursey, vous aurez vous aussi envie de collaborer avec lui !

PAN M 360 : Comment vous présentez-vous sur scène? Vous vous accompagnez vous-même?

Kerry Bursey: Nous sommes tous deux chanteur.euse.s et instrumentistes donc on assurera nous même cela. Même quand je chante, je joue du luth. Janelle intervient souvent au violon pour harmoniser ou faire des introductions/interludes lorsqu’elle ne chante pas. Je crois que ça vient un peu avec l’image qu’on se fait du ménestrel, c’est qu’il ne pas seulement chanteur, il joue un instrument aussi, souvent le luth, qui fut quand même l’instrument par excellence pendant près de 400 ans pour accompagner la chanson.

PAN M 360 : Comment doit-on évoquer le rôle du ménestrel en 2026? Évocation historique ou encore redéfinition d’un rôle encore pertinent dans l’imaginaire musical?

Janelle Lucyk : Alors que le monde a évolué, nous continuons à nous tourner vers la musique pour nous divertir et nous réconforter. Le rôle du ménestrel demeure, et la musique continue de combler un besoin émotionnel, social et spirituel qu’aucune autre forme d’art ne peut satisfaire. Mais seulement si la tentative est sincère. Nous continuons à rechercher des expériences authentiques, à travers les voyages, la gastronomie, la musique… Tout ce qui élargit notre palette variée pour découvrir quelque chose de nouveau, mais la musique peut certainement combler un vide immense sans avoir à voyager loin. Bref. Mais pourquoi cette musique ? Eh bien, ces chansons anciennes ne resteront vivantes que tant qu’elles nous parleront et auront de la valeur à nos yeux. Mais nos sentiments humains n’ont pas beaucoup changé en 400 ans, même si notre langue a évolué. L’essence de ces chansons a donc un grand pouvoir émotionnel, si nous parvenons à faire le pont entre les siècles passés. Pour l’instant, nous sommes là pour les jouer.

Kerry Bursey:  Au sens large, je crois que le terme ménestrel convient bien à notre approche. On y va surtout avec la connotation imagée qu’on se fait aujourd’hui d’un ménestrel, un musicien ambulant et polyvalent, qui voyage de cour en cour et de village en village pour y partager des mélodies et des histoires, peu importe le style ou l’instrument utilisé. Il y a quelque chose de libre dans l’approche du ménestrel, une dualité de l’aspect savant mais aussi de divertissement, puisant dans l’écrit et l’oral. On veut aller chercher le meilleur de ces deux mondes et explorer la jonction qui peut unir ces deux approches – un heureux mélange de classique et de populaire – même si on évolue dans un créneau ancien qui respecte la tradition. On essaie de récréer l’expérience d’une chanson – sans être trop à cheval sur la musicologie – en se dissociant des tendances musicales d’aujourd’hui tout en rendant cette musique accessible pour offrir un son intemporel.

PAN M 360 : Quelle sera la suite des choses pour Ménestrel?

Kerry Bursey: La suite sera pour nous de continuer à creuser dans notre répertoire et peaufiner notre son et notre mission. Pour quelque chose d’un peu différent, nous avons notamment une tournée en trio avec Vincent Lauzer dans le cadre de Prairie Debut qui nous mènera dans l’Ouest canadien avec un programme bien ludique d’arrangements anciens de chansons modernes. Nous avons aussi des concerts en duo un peu partout au Canada prévus pour les prochaines années. Allez jeter un coup d’œil à notre agenda en ligne !

Il se trouve aujourd’hui une génération montante de mélomanes qui carburent à ce swing faste et luxuriant, conçu au siècle précédent soit des années 30 aux années 60. Laufey est probalement la mieux connue, mais il existe toute une frange de chanteuses néo swing et la Canadienne Caity Gyorgy se présente comme la plus célèbre actuellement, en témoigne déjà un bosquet de trophées Junos remportés depuis le début de cette décennie. Basée actuellement à Calgary, la chanteuse, autrice et compositrice a étudié à l’université McGill d’où sa carrière a rapidement décollé.

Au Palais Montcalm le 12 mars prochain, Caity Gyorgy partagera un programme double avec la chanteuse française Gabi Hartman qui fait aussi dans un rétro inspiré d’autres référents que le Great American Songbook. Voilà un programme idéal pour l’auditoire de Québec rompu à cette tendance!

Voilà pourquoi PAN M 360 a voulu recueillir les propos de Caity Gyorgy à ce titre.

PAN M 360 : Vous avez enregistré cinq albums depuis 2019. Que présenterez-vous à Québec? Dans quelle configuration?

Caity Gyorgy : Je serai avec mon quartette à Québec. J’aime ce groupe de musiciens merveilleux. Pour la matière, je jouerai surtout la matière de mon dernier album Hello! How Are You? qui a gagné le Juno de l’album jazz vocal en 2025. Et nous avons un tas de nouveaux arrangements pour le quartette. Et parce que j’aime beaucoup la musique classique, j’ai commencé à faire ces arrangements de standards inspiré de musiques classiques. Par exemple, la chanson Baubles, Bangles and Beads de George Forrest et Robert Wright, écrite en 1953 pour le musical Kismet, vient en fait du deuxième mouvement du quatuor à cordes n° 2 en ré majeur du compositeur russe Alexandre Borodine. Ce processus est fascinant!

PAN M 360 : Vous pigez régulièrement dans le le Great American Songbook, ce qui est tout à fait normal pour votre approche.

Caity Gyorgy : Oui mais je les ai réarrangées pour être fraîches et nouvelles, qui s’ajoutent à mes propres chansons originales.

PAN M 360 : Mark Limacher a signé les arrangements de votre récent album « with strings », sera-t-il avec vous sur scène à Québec?

Caity Gyorgy : Oui! Et il est un pianiste fantastique. Je dis toujours qu’il sonne comme un orchestre quand il joue et s’accompagne. Il possède un incroyable sens mélodique et harmonique. C’est très facile pour moi de jouer et de composer avec lui, et c’est pourquoi nous avons fait tout ce travail en duo, en quartette ou en formation avec cordes.

PAN M 360 : Son travail vous aide certainement à mener à bien votre matériel original.

Caity Gyorgy : Oui! Il me permet aussi de me concentrer sur les textes de mes chansons, car je suis passionnée par le travail de parolière. Ses mélodies et harmonies me jettent ce défi unique, je n’ai pas à m’inquiéter de la qualité musicale. Avant de venir à Québec, Mark et moi espérons trouver quelques heures pour continuer à écrire ensemble des arrangements supplémentaires pour notre passage à Québec.

PAN M 360 : Quel sera donc le répertoire présenté à Québec?

Caity Gyorgy : Je veux quand même garder la surprise mais je vous dirais que je fais typiquement environ 70% de standards et 30% de mon propre matériel. Et j’essaie de tout mélanger afin que les gens pensent que mes propres chansons se confondent aux standards de Cole Porter, Frank Loesser, Jerome Kern, etc. Au début de notre collaboration, pour notre premier album Mark Limacher et moi nous étions concentrés sur la musique de Jerome Kern , nous avions adoré découvrir ses manières de façonner la mélodie et l’harmonie. Pour notre deuxième album, nous nous étions concentrés sur Frank Loesser, moins connu que Jérôme Kern mais dont le lyrisme est tout simplement impeccable. Ses textes sont si intelligents et souvent drôles. Mark et moi avons pousuivi nos recherches sur les grands auteurs et compositeurs américains, nous venons tout juste d’enregistrer du matériel consacré à l’œuvre de Cole Porter, très différente de Jerome Kern ou Frank Loesser. Nous avons d’ailleurs débusqué quelques chansons intéressantes et pas très souvent jouées, comme You Irritate Me So que j’adore. Nous pourrions peut-être en interpréter à Québec!

PAN M 360 : Quand on écoute votre matériel original, on peut fermer les yeux et penser que c’aurait pu être composé en 1935, 1942, 1955… Les choix harmoniques, les arrangements, l’esthétique de l’orchestre, c’est très proche de l’esthétique du jazz vocal plus ou moins au milieu du siècle précédent.

Caity Gyorgy : Absolument. Quand Mark et moi créons, nous sommes inspiré par les grands arrangeurs tels Don Costa qui avait beaucoup travaillé avec Eydie Gormé, une de mes chanteuses préférées. Aussi par Nelson Riddle, Pete Rugolo, Gordon Jenkins, Henry Mancini, Conrad Salinger, Neal Hefti, etc.

PAN M 360 : En quelque sorte, vous êtes devenue une authentique spécialiste de cette période!

Caity Gyorgy : Pas autant que Mark, qui aime ces musiques depuis l’enfance et qui m’a menée à aussi tomber en amour avec l’art de l’arrangement. Je me souviens avoir écouté des enregistrements quand j’étais, vous savez, 17, 18 ans, de Ella Fitzgerald et autres grandes chanteuses, m’être consacrée entièrement à la recherche vocale. Aujourd’hui, je me trouve plus attirée par l’arrangement. C’est tellement fascinant!

PAN M 360 : Il est d’autant plus fascinant de voir une chanteuse de 27 ans revisiter un répertoire qui correspond à celui de vos grands-parents et ainsi attirer une nouvelle génération de mélomanes. Et vous n’êtes pas la seule à travailler ainsi, n’est-ce pas?

Caity Gyorgy : Laufey a gagné un Grammy, il y en a d’autres qui travaillent ainsi comme Stella Cole qui rappelle Judy Garland et qui fut virale sur TikTok. Par TikTok et Instagram, des enfants, adolescents et jeunes adultes ont découvert ce style. Les médias traditionnels n’y sont pour rien.

PAN M 360 : Et pourquoi ces jeunes ont-il embarqué?

Caity Gyorgy : Ces orchestres ne sont-ils pas encore merveilleux ? La bonne musique reste de la bonne musique, peu importe l’épque de sa conception, peu importe si elle est jouée à la radio ou pas. C’est devenu une forme classique. Je sais bien que les médias sociaux ont beaucoup de défauts, ils ont néanmoins l’avantage de pouvoir lancer de nouvelles tendances, dont celle-ci qui n’a jamais vraiment disparu. .

PAN M 360 : Voilà un signe des temps!

Caity Gyorgy : Exact, nous traversons une période où la musique baroque, la musique romantique ou pré-moderne reviennent à la charge. Pour ma part, continuer à écrire des chansons originales est la preuve que je ne suis pas à 100% dans le passé. Et avec le récente album en particulier, l’album With Strings, nous avons fait un gros effort pour être nous-mêmes, tout de même originaux.

Et le feed-back au sujet de mes textes me semble toujours intéressant parce que les gens aiment vraiment certaines de ces chansons que je trouve incroyablement déprimantes et qui peuvent être difficiles pour moi de chanter à cause des événements réels qui y sont liés, comme la fin d’une relation amoureuse au terme de plusieurs années d’union. J’ai réalisé que les humains partagent des expériences tout en les ressentant personnellement et en racontant les choses d’une manière considérée comme universelle. Et donc intemporelle.

C’est ainsi que le public se rapproche de l’artiste, en liant ses propres traumatismes à des thèmes qui les évoquent dans les chansons. En tout cas, c’est ce que j’essaie de faire.

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La percussionniste Krystina Marcoux en rêve depuis une douzaine d’années. La création qu’elle s’apprête à présenter au public du festival La semaine du Neuf du Vivier, le jeudi 5 mars 2026 à l’Espace orange du Wilder à Montréal, sera tout sauf banale. Du moins c’est la promesse que le spectacle Speak No Words/Le silence des mots nous offre. Je dis spectacle à escient car c’est bien plus qu’un concert au sens traditionnel. Avec une technologie de pointe permettant la traduction des gestes des musiciens en musique et même en jeux de lumières, en plus de l’interprétation sur instruments acoustiques ‘’normaux’’, Speak No Words/Le silence des mots nous annonce une soirée ou l’improvisation autant sonore que gestuelle sera reine, avec des renforts de groove entraînant et même un peu de Bach déconstruit. Wow. La proposition est extrêmement intrigante, et attrayante pour n’importe quel mélomane atteint de curiosité auditive (et plus). J’ai parlé de cette création avec la principale intéressée, et conceptrice, Krystina Marcoux.

DÉTAILS ET BILLETS

PROGRAMMATION COMPLÈTE DE LA SEMAINE DU NEUF

Ta da da daaaam! Le plus célèbre riff de Beethoven retentira une fois de plus à la Maison symphonique: le vendredi 6 mars prochain, l’ensemble Caprice jouera la fameuse 5e symphonie du compositeur, et se joindra à l’ensemble ArtChoral pour l’interprétation de la Grande Messe en do Op. 67 ainsi que le Ave verum corpus K618 de Mozart. Ce répertoire n’est aucunement baroque, mais ces « aventuriers » du baroque et de la musique ancienne en feront des versions très différentes des habituels orchestres symphoniques. Chef des deux ensembles, Matthias Maute explique le menu à PAN M 360.

BILLETS ET INFOS ICI

  • Œuvres
  • Wolfgang Amadeus Mozart, Grande messe en do mineur, K. 427
  • Ludwig van Beethoven, La Symphonie no 5 en do mineur, op. 67
  • Wolfgang Amadeus Mozart, Ave verum corpus, K. 618
  • Artistes
  • Chef d’orchestre
  • Matthias Maute
  • Sopranos
  • Janelle Lucyk
  • Myriam Leblanc
  • Ténor
  • Philippe Gagné
  • Basse
  • William Kraushaar
  • Chœur
  • Ensemble ArtChoral
  • Production
  • Production / DiffusionEnsemble Caprice

Le Festival Classica présentera sa 16ᵉ programmation du 22 mai au 14 juin 2026. De L’Heptade symphonique aux Concertos pour piano de Beethoven, Classica propose plus d’une vingtaine de programmes exécutés par des artistes québécois pour la plupart. Expression d’une direction artistique totalement assumée, Classica 2026 suggère une programmation hybride où se côtoient les musiques instrumentales ou lyriques issues du répertoire classique, mais aussi de nouvelles expériences au domaine de la pop-rock symphonique, des musiques du monde ou du concert jeunesse.

« Dès sa création, le Festival Classica s’est défini comme un espace de partage dédié à toutes les musiques dites classiques dans des configurations multiples, issues d’époques, de provenances et de courants variés. Avec cette 16e édition, le Festival incarne plus que jamais sa mission : offrir une programmation fédératrice guidée par le souci constant de la qualité » , souligne Marc Boucher par voie de communiqué.

Mais encore ?

Le directeur général et fondateur du Festival Classica donne ici un avant-goût de sa programmation lancée cette semaine, sous le thème Des concerts dans vos cordes. Concerts assumés !

INFOS ET BILLETS ICI



Le Vivier lance sa Semaine du Neuf 2026, qui se tient du 27 février au 15 mars, dans diverses salles de Montréal. PanM360 couvrira l’événement de musiques et de concerts interdisciplinaires contemporains abondamment. Ici, laissez-nous vous parler du concert qui sera donné le 1er mars au Studio-Théâtre de l’édifice Wilder dans le Quartier des Spectacles. Un concert multimédia dans lequel les excellents instrumentistes montréalais de Architek Percussions, et suisses de l’ensemble Contrechamps, s’allieront, en plus de côtoyer des projections vidéos et des trames électros. Au programme, trois créations canadiennes : The brown gardener (Co-commande Contrechamps / Le Vivier pour Architek Percussion) pour quatuor de percussions, de Alexandre Babel; AUTORRETRATO EXTENDIDO (Commande de l’Ensemble Contrechamps, en partenariat avec Art Zoyd Studios) pour ensemble instrumental et vidéo, de Daniel Zea; et Crxssfaaz (prononcer quelque chose comme ‘’crossphase’’) pour ensemble instrumental, vidéo et électronique, de notre bien-aimée Nicole Lizée. J’ai parlé de tout cela avec Serge Vuille, le Directeur artistique de Contrechamps, un ensemble qui sera pour la première fois sur scène au Canada. 

DÉTAILS ET BILLETS

SITE DU FESTIVAL LA SEMAINE DU NEUF

Architek Percussion

Ben Duinker (percussions)

Noam Bierstone (percussions)

Alexander Haupt (percussions)

Alessandro Valiante (percussions)

Contrechamps

Susanne Peters (flûtes)

Laurent Bruttin (clarinettes)

Simon Aeschimann (guitare électrique)

Charles Pierron (cor)

Hans Egidi (alto)

Martina Brodbeck (violoncelle)

Très apprécié des fans de jazz et de musiques latines, le pianiste iconoclaste  Omar Sosa revient se produire à Montréal, cette fois avec  sa collègue violoniste et chanteuse Yilian Cañizares avec qui il a enregistré le superbe album Aguas en 2018. Matière principale de ce concert prévu samedi 28 février à la Cinquième Salle de la Plade des Arts, cet enregistrement réunit deux solistes cubains de générations différentes, expatriés en Europe (Espagne et France). Ils feront équipe sur scène avec le percussionniste vénézuélien Gustavo Ovalles, avec qui Omar Sosa tourne régulièrement.

Aguas incarne le regard de deux générations d’artistes cubains vivant hors de leur pays d’origine.  Au confluent de la santeria, religion syncrétique des afro-descendants cubains de souche yoruba, de la grande culture latine de la Caraïbe et aussi du jazz moderne, ce répertoire est très inspiré. L’album est dédié à l’orisha Oshun, divinité de l’eau, de l’amour et maîtresse des rivières, et renforce ainsi le lien des artistes avec leurs terres d’origine,  Afrique de l’Ouest comme la Caraïbe hispanophone. Joint à Barcelone, Omar Sosa nous présente ce nouveau projet avant de traverser l’océan. 

BILLETS ET INFOS ICI

PAN M 360 : Vous revenez donc à Montréal, vous êtes habitué à venir ici. C’est toujours un plaisir de vous revoir!  Vous avez toujours de nouveaux projets à nous soumettre!

Omar Sosa : Cette fois-ci, effectivement, nous serons à Montréal avec notre trio. Nous avions démarré ce projet avant la COVID. Nous avons créé cette musique pour honorer notre tradition Santeria /Lukumi qui vient de l’Afrique Ouest. Nous consacrons ces musiques à Oshun, divinité de l’amour,  de la beauté, de la rivière et de l’eau, d’où le titre Aguas.

Parce que dans notre tradition, nous commençons chaque cérémonie avec de l’eau. Nous récitons toujours la phrase suivante « Omi tutu, ona tutu, ile tutu, tuto laroye » , une prière Yoruba destinée à la fraîcheur  et à la purification.  Cela signifie « Eau fraîche, chemin frais, maison fraîche, tranquillité pour le messager (Eleggua) ».  

Notre collègue percussionniste, Gustavo Ovalles connaît aussi la santeria,  il est vraiment proche de la culture cubaine comme le sont les afro-descendants du Venezuela. Nous évoquons aussi Obatala,  divinité de la paix, de l’amour, de l’unité.  

PAN M 360 : Et donc vous avez décidé de partir en tournée pour faire renaître ce projet sur scène.

Omar Sosa : Oui, et nous avons eu beaucoup de plaisir parce que nous avions tourné avant la COVID. Peut-être deux ans, sans arrêt. Et maintenant, nous avons cette occasion de jouer cette musique aux États-Unis et au Canada. Nous sommes tous très heureux d’y retourner, avec une nouvelle impulsion. Vous savez, nous sommes tous un peu vieux mais pas trop (rires). Ça va être un  grand plaisir, et j’aime Montréal où je joue depuis le début de ma carrière. Je n’hésite jamais à y revenir, même si votre hiver est  vraiment froid.  Ce sera donc une première pour nous à Montréal. 

PAN M 360 : Entendons-nous bien, il s’agit d’un concert et non d’une cérémonie n’est-ce pas?

Omar Sosa : Il y a un côté cérémonial dans ces concerts mais il ne s’agit pas d’un rituel sacré, effectivement. Vous savez, chaque concert est une cérémonie où nous essayons de mettre notre énergie ensemble et de créer une communauté dans le moment présent. Pour nous, c’est vraiment important de faire connaître aux gens que nous sommes et devenons tous ensemble lorsque nous nous exprimons.

Nous essayons ensemble de faire oublier tous les problèmes que les gens ont pendant une heure et demie et d’essayer d’être ensemble dans un vol. On ne sait pas où on va aller, mais on va aller à des endroits magnifiques. Parce que c’est l’idée du concert. Le concert est un moment où nous essayons de nous réparer en quelque sorte, d’une manière positive.  

PAN M 360 : Mais dans le contexte d’une tournée, la musique est à l’avant-plan et les évocations spirituelles font partie de l’affaire, n’est-ce pas?

Omar Sosa :  Oui, c’est d’abord la musique. Peu importe la couleur de notre peau, peu importe notre religion, peu importe la langue que nous parlons, la musique est une langue universelle que tous et toutes comprennent. Nous parlons de fréquences, d’énergie, de vibrations. Ce projet, en quelque sorte, essaie aussi de montrer aux gens que le vaudou, le candomblé ou la santeria, ce n’est pas de la magie noire. Ce cliché tient du marketing. 

Nous faisons partie de ces humains qui essayent d’améliorer la tradition en se connectant aux esprits des ancêtres, d’une manière ou d’une autre. 

PAN M 360 : Oui, ce n’est pas exotique, c’est une vraie démarche spirituelle. Cet animisme existe depuis la nuit des temps, vos ancêtres pratiquent cette spiritualité avec les « ancêtres de lumière » comme le dit  Yilian Cañizares. Ces cultes aux orishas sont partis de l’Afrique de l’Ouest avec l’esclavage, et ont évolué à Cuba, en Haïti, sur les côtes du Brésil, de Colombie ou du Vénézuela et plus encore.

Omar Sosa : Oui et cela a toujours été transmis depuis des siècles dans les Amériques. Nous nous efforçons de garder ces traditions bien vivantes en nous connectant aux gens qui aiment la musique. Certains ne savent peut-être pas de quoi nous parlons, mais ils en ressentent l’énergie. C’est l’idée. Nous n’avons pas besoin d’expliquer. La musique et l’art doivent nous faire ressentir ce que l’esprit essaie de nous dire. Nous sommes des messagers. 

PAN M 360 :  Un concert avec une touche de sacré, donc.

Omar Sosa : Il y a différents angles. Quand je parle de cérémonie, je parle d’une cérémonie où les êtres humains sont ensemble. Mais quand vous arrivez n’importe où et que vous voyez des gens se recueillir, vous ressentez une connexion si vous ouvrez votre âme et votre cœur. Ces énergies viennent alors à vous. Et grâce à la musique, nous essayons de reproduire cette connexion.

PAN M 360 : D’un point de vue strictement musical, vous ne jouez pas que des rythmes sacrés. Que faites-vous?

Omar Sosa :  Beaucoup de choses. Nous jouons du montuno, du danzón, de la contradanza, nous créons la musique avec nos voix, nos instruments et les esprits de nos ancêtres qui passent à travers nous. Grâce à cette connexion, nous partageons ce qui se passe en fonction de l’énergie que les gens nous envoient. Dans une cérémonie traditionnelle, c’est tout en lien avec l’énergie transmise entre nous.

PAN M 360 : Cela a aussi beaucoup à voir avec les tambours.

Omar Sosa : Oui, nous utilisons les mêmes tambours que ceux joués dans les cérémonies. Le  tambour bata, par exemple. Gustavo Ovalles est un omoanya , c’est-à-dire qu’il est autorisé à jouer les tambours sacrés de la santeria. Il explore aussi d’autres rythmes et donc pas seulement les rythmes sacrés.

PAN M 360 : Pouvez-vous maintenant nous dire quelques mots sur sa travail et votre connexion avec Yilian Cañizares? 

Omar Sosa : Nous travaillons ensemble depuis longtemps. Jusqu’à aujourd’hui, ce fut pour moi une très belle expérience. Nous venons du même pays, mais nous venons d’une génération différente, moi dans la soixantaine et elle dans la quarantaine, nos vies sont différentes, nos connaissances sont différentes mais nous partageons la musique, nous partageons le contexte de la création musicale et de la communication avec le public. Nous partageons ainsi nos émotions, notre expérience, et notre connaissance, mais au bout du compte notre rôle est le même. C’est merveilleux de jouer avec elle. C’est une excellente violoniste, une excellente chanteuse, et une très bonne performer. Les gens de Montréal vont beaucoup l’apprécier! Nous danserons ensemble. 

PAN M 360 : On a déjà un aperçu! Et Gustavo Ovalles?

Omar Sosa : Les gens de Montréal le connaissent puisqu’il faisait partie des concerts donnés avec Seckou Keita (kora et chant). Nous commençons avec la tradition. Nous allons au rythme traditionnel du Cube, comme une contredanse, avec de belles mélodies chantées. Certainement, nous visiterons les rythmes traditionnels du Venezuela; Gustavo est un maître des tambours traditionnels cubains, mais il est aussi un maître des rythmes du Venezuela.  

Gustavo m’a dit qu’il allait aussi utiliser le culo’e puya (batterie de petits tambours), les quitiplas (tubes de bambou) ou même l’eau en tant que percussion.

PAN M 360 : En dernier lieu, comment vous sentez-vous en tant que musiciens expatriés? D’autant plus que Cuba et le Venezuela  sont des pays éprouvés par les temps qui courent. 

Omar Sosa : Nous devons préserver les cultures de nos pays de nos nations, peu importe la somme de malheurs et de difficultés.  Nous sommes en vie, tout ira peut-être mieux dans 5 ou 6 ans,  et nous serons encore vivants je l’espère.  Les communautés de l’humanité entière doivent se tenir et évoluer ensemble, plutôt que de s’intéresser seulement à leurs problèmes personnels et leur réalité immédiate. À la fin il n’y a qu’une nation sur Terre, nous les humains devons nous aimer les uns les autres.

En tant qu’artistes, nous devons travailler main dans la main,  essayer de rester clairs et solides dans la façon dont nous aimons présenter par la musique notre message de paix, d’amour, d’unité, aussi d’humilité.

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L’année 2025 et 2026 resteront dans les annales de Vision Diversité. 2025 aura célébré les 15 ans de MUZ alors que 2026 soulignera les 20 ans de Vision Diversité. Pour l’occasion, la nouvelle série de soirées métissées MOZAÏK a débuté le 29 janvier et se poursuit jusqu’au 28 mai 2026 avec 5 spectacles intimistes, chaque dernier jeudi du mois au Ministère, avec des artistes venant d’horizons divers.

« Nous voulions créer quelque chose de différent, entrer dans les univers des artistes. Qu’est-ce qui les a amenés à créer ce qu’ils ont créé ? Qu’est-ce qui a donné cette impulsion à cette créativité ? » nous partage Paméla Kamar, cofondatrice et directrice artistique de Vision Diversité.

Après Hendry Massamba, qui fait partie de la cohorte de MUZ 2025 et qui a ouvert le bal, la série se poursuit le 26 février avec LiKouri et son trio avec Charles Cantin et Isabelle Gaudreau. Suivra le projet ESENCIA d’Akawui le 26 mars, également en formule trio avec Matthew Goulet et Gabriel Evangelista. Mikha.elles, en collaboration avec Lara Klaus, se produira le 30 avril, suivie par Abdel Grooz, qui viendra clôturer le tout le 28 mai.

Mais avant d’en arriver là, nous avons voulu en savoir plus sur Vision Diversité et retracer les moments clés des deux dernières décennies.

Partant d’un constat qu’il y avait une richesse en termes de diversité artistique à Montréal, et utilisant la musique comme vecteur pour briser les barrières et créer des liens, c’est ainsi que Vision Diversité est née.

Aida Kamar et Paméla Kamar sont toutes les deux passionnées de communications, mais c’est plutôt dans leur complémentarité que réside le succès de leur organisme. Paméla, passionnée par les parcours des artistes, a centré tout son travail sur leur rayonnement, durant la première phase de Vision Diversité.

« Nous avons fait le pari il y a 20 ans que ces musiques métissées sont un courant, et vont devenir obligatoirement incontournables. Et toute l’évolution musicale vient en plus de le prouver », affirme Aida Kamar. « Les musiques métissées sont un peu ce que le jazz était, c’est-à-dire elles ont commencé par être catégorisées, présentes dans certains lieux seulement, et elles ont grandi et sont devenues incontournables », fait-elle comme analogie.

Plutôt que de la folkloriser, ce duo mère-fille a plutôt opté de faire de cette diversité une richesse et ainsi, de lui donner une autre vision, d’où le nom de l’organisme.

« On a mis à la base l’artiste au cœur de notre plan d’action. Tous les besoins qui se présentaient au fur et à mesure entourant l’artiste, son parcours, son développement, son rayonnement, ont fait l’objet de nos initiatives », ajoute-t-elle.

D’ailleurs, elles préfèrent utiliser le terme « musiques métissées » faisant allusion au métissage des expressions musicales, plutôt que les termes « musiques globales » ou « musiques du monde », qui restent des termes controversés.

Mais c’est à la suite d’un jam improvisé lors de la Fête nationale du Québec au Vieux Port que la deuxième phase est née de manière organique pour Vision Diversité : le volet création permettant aux artistes de prendre le temps de créer des œuvres musicales ensemble. Cela a donné l’opportunité aux artistes de sortir de leur zone de confort, d’aller plus loin, dans des rencontres et dans des échanges.

Les Créations plurielles et Arometis en sont de parfaits exemples et c’est d’ailleurs Arometis qui a été le précurseur de MUZ, anciennement appelé « la vitrine locale des musiques métissées ». Même après les 15 ans de MUZ, ce courant ne s’essouffle pas.

« On n’avait peur de ne plus recevoir de dossiers mais on continue à recevoir entre 80 et 100 dossiers chaque année et ces dossiers sont de plus en plus solides », remarque Paméla.

Cela les a poussées à développer un volet MUZ pro, en présentiel, durant lequel les artistes se retrouvent autour de professionnels durant deux jours d’ateliers, couvrant plusieurs thématiques qui sont d’intérêt pour les artistes. Toute l’année, l’équipe de Vision Diversité recueille les suggestions d’ateliers pour ensuite les concentrer sur deux jours.

Finalement, la troisième phase et non la moindre, est l’accompagnement des artistes afin qu’ils élargissent leur public. Et c’est là que l’enjeu de la francophonie prend tout son sens pour Vision Diversité, puisque les artistes peuvent connecter avec leurs publics, majoritairement francophones, tout en conservant leurs identités propres. Pour certains, ils ont même bénéficié de l’accompagnement de paroliers dans le processus d’écriture. C’est ainsi que des projets tels que « Tout le monde chez nous » est né, une veillée de chansons québécoises avec 10 artistes sur scène.

Enfin, nous ne pouvons passer sous silence les plus récents développements en termes de rayonnement plus large, non seulement à Montréal, mais également dans le reste du Québec, et à l’international. Alors que le Canada anglais compte de nombreux réseaux, Vision Diversité se concentre sur les réseaux francophones à travers le monde pour promouvoir les musiques métissées, un terreau encore fertile.

D’ailleurs, alors qu’elle revient à peine d’une semaine à Québec dans le cadre de RIDEAU, Aida s’apprête déjà à s’envoler vers Marseille, pour participer à l’un des plus grands marchés de musique francophone au monde.

Les 20 dernières années ont permis à Vision Diversité de devenir un partenaire clé dans l’écosystème des musiques métissées mais l’avenir semble prometteur pour cet organisme qui continue à faire rayonner ce courant musical ici et ailleurs.

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