Le Big Band de l’Université de Montréal, qui célèbre cette année ses 75 bougies, tiendra un concert consacré à la voix. Le 19 février, à la Maison de la Culture Côte des Neiges, six chanteuses de jazz s’ajouteront au Big Band, pour une célébration du jazz vocal. Ce concert est gratuit et commencera à 19:30. Michel Labrecque en a discuté avec Maude Brodeur, une des chanteuses étudiantes et Joâo Lenhari, trompettiste, professeur et directeur du Big Band.
La venue imminente du fameux Chœur de chambre philharmonique d’Estonie sur ce continent comprend une escale montréalaise, ce dimanche 15 février à la Maison symphonique, d’où cette interview avecTõnu Kaljuste. Le musicien estonien est à la fois chef de chœur et chef d’orchestre, de renommée internationale. Dans sa récolte d’honneurs, il y a ces 5 nominations aux Grammy Awards dont une statuette consacrant la “meilleure performance chorale” pour l’album Adam’s Lament d’Arvo Pärt en 2014. En 2019, par ailleurs, notre interviewé a remporté l’International Classical Music Award pour l’enregistrement des symphonies d’Arvo Pärt avec l’Orchestre philharmonique NFM de Wrocław. Considéré comme un des plus grands spécialistes de la musique d’Arvo Pärt, sinon le plus éminent pour son exécution sur scène, Tõnu Kaljuste nous explique son lien artistique avec le compositeur âgé aujourd’hui de 90 ans, et comment ces oeuvres cohabitent sur scène avec celles de l’Américain Philip Glass, ainsi que des Estoniens Veljo Tormis Evelin Seppar.
PAN M 360 : Vous interprétez Arvo Pärt, aussi des œuvres de Luciano Berio, Eveline Shepard, Vejo Tormis et Philip Glass. D’abord, parlons de votre relation avec Arvo Pärt, le plus célèbre compositeur estonien de notre ère. Nous savons qu’il est toujours impliqué dans les concerts des orchestres qui jouent ses œuvres, c’est bien le cas?
Tõnu Kaljuste : Ça l’était, mais depuis les deux dernières années, non. Je l’ai visité chez lui récemment mais il n’est pas venu aux concerts, ni aux réunions de production.
PAN M 360 : Vit-il toujours en Estonie?
Tõnu Kaljuste : Oui, il vit en Estonie, près d’un centre qui porte son nom à Laulasmaa.
PAN M 360 : Pouvez-vous nous résumer l’histoire de votre relation avec lui?
Tõnu Kaljuste : Ça a commencé à la fin des années 80. Il avait entendu l’exécution de Te Deum à la radio publique estonienne, nous nous sommes rencontrés après m’avoir demandé d’enregistrer l’œuvre sous étiquette ECM. J’avais déjà enregistré sa musique chez ECM et Te Deum était le second enregistrement. C’était parti. En 1992-1993, nous avons enregistré Te Deum en Finlande, dans une église. Après quoi nous nous étions rendus à Perth en Australie pour un festival où la musique d’Arvo Pärt. À partir de là, nous avons commencé à travailler ensemble sur une base régulière.
PAN M 360 : Une longue relation basée sur la confiance et l’amitié!
Tõnu Kaljuste : Oui, mais il s’agit d’une amitié professionnelle. Nous ne sommes pas des amis intimes, notre connexion est fondée sur le travail. Notre relation la plus intense avec sa musique coïncide avec l’époque de l’enregistrement de sa 4e symphonie. Vous pouvez y trouver toutes les particularités stylistiques de son art, du commencement à la fin de l’exécution. Je me souviens lorsque nous avons joué cette symphonie à Stockholm, j’ai réalisé que cette œuvre incarnait non seulement la vie d’Arvo Pärt , mais celle d’une génération de compositeurs européens de cette grande région ayant changé leur style au cours d es années 80 et 90, vers une musique plus consonante, tels Penderecki, Gorecki ou Kancheli et autres.
Le Chœur philharmonique de chambre estonien a travaillé alors avec l’Orchestre symphonique national estonien de Tallinn. Au Canada cette fois cependant, nous venons avec le chœur seul, bien que plusieurs œuvres de Pärt aient été conçues pour les deux orchestres.
PAN M 360 : Comment avez-vous évolué en tant qu’interprète de son œuvre?
Tõnu Kaljuste : Les gens ne changent pas toujours d’interprétation volontairement, mais les expériences de vie peuvent varier : le contexte de la présentation et les interprètes eux-mêmes, par exemple, conduisent à faire des changements dans l’interprétation et apportent de nouvelles idées, notamment sur l’articulation. Dans le contexte de mon Festival Pärt qui se tient en septembre, nous explorons ces nouvelles avenues d’interprétation de son œuvre.
PAN M 360 : Je vous invite à commenter le programme complet qui sera joué à Montréal.
Tõnu Kaljuste : Oui. On peut dire que nous allons interpréter la meilleure musique a cappella d’Arvo Pärt. Nous ferons différentes petites cantates et d’autres grandes pièces. Bien sûr, il y a différents styles d’interprétation de cette musique d’Arvo Pärt.
La deuxième moitié du programme s’inspire de ma propre perception de la situation dans le monde, qui est connectée à des morceaux comme « Tormis » ou « Pagan » C’est un moment historique en Europe lorsqu’on est venu de Suède en Finlande pour baptiser les Finnois, ce qui a avait généré des conflits entre différents idéologues sur ce sujet des étrangers venus changer les autres dans un pays.
Tormis avait été enregistré précédemment par les King Singers mais lorsque j’ai entendu cette version j’ai demandé à Tormis d’en faire une version version chorale plutôt que pour trois chanteurs.
Plus connectée aux inspirations folkloriques de Berio, la seconde pièce de la deuxième partie a été encore conçue pour les King Singers. J’en ai fait une version pour chœur et solistes. Lorsque j’ai présenté cette version devant Berio en Italie, il fut très satisfait de ma version. Il croyait au départ qu’un chœur ne pourrait interpréter cette œuvre mais mes arrangements l’en ont convaincu, vu le résultat sur l’expressivité entre autres.
Il y a aussi cette connexion entre ces œuvres de Tormis et Berio, c’est qu’ils aiment utiliser la voix humaine non seulement d’une manière classique mais aussi d’une manière folklorique pour ainsi exprimer des couleurs différentes de la voix humaine à travers des formes musicales plus anciennes, excluant le vibrato ou encore incluant l’évocation de pleurs ou de sons issus de la respiration.
Quant à l’extrait Father Death Blues de Philip Glass, tiré de son opéra de chambre Hydrogen Jukebox, nous l’avons interprété récemment en Estonie. Cette interprétation a très bien marché, je crois, parce que l’œuvre est très connectée à l’ambiance mondiale actuelle. L’œuvre fut écrite, je pense, pendant la guerre du Vietnam… Et puisque nous sommes de retour avec la militarisation et la violence armée, cette œuvre est ancrée dans notre actualité. Je crois qu’il est bien de conclure notre programme de telle façon.
PAN M 360 : On peut ainsi souligner la cohérence de ce programme. Probablement le plus important compositeur vivant de la musique sacrée dans le monde entier, Arvo Pärt est un compositeur ouvertement inspiré par ses croyances mystiques, tandis que les autres compositeurs au programme ne le sont pas ou moins.
Tõnu Kaljuste : Je vois ce programme tel un miroir de différentes façon de percevoir et ressentir le réel. Philip Glass a sa propre vision de la spiritualité, il faut exprimer cette diversité de pensée à travers ces œuvres liées à des croyances et des visions philosophiques différentes. Vous savez, dans cet opéra de Glass, un personnage s’entretient avec différents dieux en leur disant qu’aucun d’entre eux ne pouvait arrêter la guerre, et que seuls les humains pouvaient y parvenir si cela était possible. Ce qui est en soi un message puissant. Ce propos de Glass n’est lié à aucune religion alors que pour Arvo Pärt, c’est très différent. Cela illustre comment les êtres humains perçoivent la réalité qui les entoure, par la peine, par la colère, par le discours ou par la prière… Je vois donc la première partie du programme comme une méditation à partir de différents récits, alors que la seconde partie est plus proche de la conscience sociale ou politique face à la période actuelle. Personnellement, je suis connecté aux deux visions du programme à travers ma vision personnelle de la spiritualité. La spiritualité se trouve dans les deux mondes.
Œuvres
Pärt, The Deer’s Cry
Pärt, Nunc dimittis
Pärt, Dopo la vittoria
Pärt, Kontakion, Ikos, Prayer After the Canon
Entracte
Luciano Berio, Cries of London
Evelin Seppar, Iris
Veljo Tormis, Piiskop ja pagan
Glass, Father death Blues
Artistes
Chœur
Chœur de chambre philharmonique d’Estonie
Directeur artistique et chef principal
Tõnu Kaljuste
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Sorti le 31 janvier, 18 ans et plus marque un tournant dans la carrière de Naïma Frank et, peut-être, dans la définition même du R&B. Comme elle le dit elle-même, « Je réfléchis beaucoup à ce que je fais », et là où la plupart des artistes s’arrêteraient, elle prend des risques. Dans « ainsi soit-t-il », elle raconte la gêne qu’elle a ressentie en ne sachant pas comment un tel mélange de percussions rara haïtiennes, de rythmes UK garage et de voix R&B seraient perçus. « Même si personne ne l’écoute et que les gens trouvent ça étrange, je voulais mettre en lumière mes origines haïtiennes. »
Une semaine après sa sortie, Naïma Frank confirme l’assurance que l’on perçoit dans sa voix tout au long de l’album. À l’image de ses textes sincères, elle se livre pleinement, embrassant cette vulnérabilité. « Advienne que pourra ». Dans cette brève interview qu’elle a accordé à Loic Minty, Naïma Frank nous parle du long chemin qu’elle a parcouru pour atteindre ce point d’acceptation, et laisse entrevoir certaines idées qu’elle explorera pour ses spectacles à venir, soit le 19 mars au Pantoum à Québec, et le 24 mars au Ministère.
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Le 13 février, la pop éclectique et flamboyante de Kat Pereira sera jouée au Verre Bouteille dans le cadre du taverne Tour. Ses années de formation jazz ainsi que les tournées avec des noms tels que Laura Niquay et Alex Nevsky auront été la prémisse à ce nouveau projet où Kat prend maintenant la place à l’avant-scène.
Son premier album paru en octobre dernier démontre une maîtrise dans le mariage des harmonies complexes avec une esthétique foncièrement pop. C’est en cherchant à aborder plus en détail son processus de composition que la conversation s’est amorcée.
COMPLEXITÉ ET MAXIMALISME
PanM360 : On a qualifié ta performance aux demi-finales des Francouvertes de 2025 de « maximaliste et ambitieuse » ; on l’observe notamment dans certaines de tes pièces présentant des contrastes énergétiques drastiques entre les diverses sections. Cette approche de la composition dérive-t-elle d’une intention esthétique particulière ?
Kat: Non, c’est vraiment comme ça que j’écris. Par exemple, la pièce monk matcha a beaucoup de sections et elle est en 11/8. Toutes les sections sont venues naturellement, je les ai chantées comme ça. Je pense que dans mon cerveau, j’entends le maximalisme un peu partout… Dans les vibes que j’ai envie de créer dans une même chanson, dans les univers qui pour moi ont leur place dans une seule chanson. Même si j’ai longtemps étudié en musique, j’écris de façon très intuitive. Je ne vais jamais m’imposer de limites d’avance. Je l’ai écris comme ça, pour moi ça a du sens et je me dis qu’il y a bien quelqu’un dans l’univers qui va y trouver un sens aussi!
PanM360 : On est donc loin d’un processus rationnel où tu tenterais volontairement de complexifier certains matériaux musicaux.
Kat: Au contraire ! Mon but, c’est d’écrire des mélodies catchy, bien que je puisse les entendre avec une harmonie un peu plus étoffée ou des rythmiques plus complexes. Au final, on dirait que ce sont elles que j’aime. Après, en dessous, ça peut brasser un peu, tant qu’on puisse se rattacher à quelque chose d’un peu plus familier et accessible.
Je ne savais pas du tout comment allait être la réception du projet et ma plus grande crainte, c’était qu’on m’étiquette jazz. J’étais comme: « il ne faut jamais que je nomme ce mot-là »!
Je ne savais vraiment pas quel genre de personne le projet allait rejoindre et en fin de compte, ça rejoint des jeunes qui écoutent de la pop et autres musiques auxquelles je ne m’attendais pas du tout. Je trouve ça fun que les gens soient vraiment plus curieux qu’on ne le pense. Même s’il se passe des trucs plus complexes, l’auditeur peut trouver quelque chose à quoi se rattacher et demeurer ouvert.
PanM360 : Tu peux avoir du contenu musical assez complexe sans nécessairement rejoindre une niche très jazz.
Kat: Ouais, ça a réparé quelque chose en moi, je pense, de voir que ça se peut.
MIXAGE ET COHÉSION
PanM360 : Tu as déjà mentionné avoir voulu mettre en valeur certaines dualités conceptuelles dans ton projet, notamment celles du numérique/analogique et du vivant/non-réel.
Kat: Oui, exact.
PanM360 : À mon avis, les matières sonores de nature électronique cohabitent très bien avec les instruments. Il me semble que le mixage très poli participe au caractère futuriste et surréel de la musique en plus d’amener cette cohésion au tout.
Kat: Je suis contente que tu le soulignes, parce que le mix pour moi est très important. J’entendais dans ma tête comment je voulais que ce soit: une esthétique très léchée, pop, très compressée, très saturée, qui va parfois à l’encontre des musiques influencées par le jazz. Je voulais que cette approche très pop du mix ressorte dans le projet, oui.
INTERLUDES
PanM360 : Tu as quatre interludes à ton album, en comptant l’introduction. Des petits bijoux à mon sens! Dans leur structure linéaire et leur forme écourtée, ils ont une force de mouvement vers l’avant qui à mon sens contribue grandement au rythme d’écoute de l’album.
Kat: C’est important pour moi que l’album soit un univers imagé par des couleurs, des textures. Il me fallait être en mesure de construire une histoire, de lier les chansons avec les interludes ou alors de changer la vibe drastiquement. Dans le show, presque toutes les chansons s’imbriquent les unes dans les autres et donc on joue les interludes pour faire des transitions. Elles font partie de l’histoire que je raconte dans l’album. Je sais pas si t’as entendu celle qui est un peu folle, mamamanmedit?
PanM360 : C’est ma préférée!
Kat: Pour une pièce complète, on s’entend, je le ferais peut-être pas comme ça… Mais une interlude, on dirait que je peux vraiment faire ce que je veux, j’ai la liberté totale d’aller dans la direction qui me plaît. Au pire, ça dure trente secondes pis ça va, je ne perds pas trop de monde.
PanM360 : Avec mamamanmedit, j’aimais particulièrement ton approche phonétique envers les mots, avec des paroles du genre « croquons dans les concombres ». Ça m’a rappelé Raôul Duguay dans ce jeu avec le mot en écartant momentanément la facette sémantique.
Kat: Ça, ça vient d’une résidence qu’on a fait il y a longtemps… Ça fait cinq ans? Non, quatre ans, peut-être? On passait des heures à jouer non-stop et on enregistrait toute la journée. Quand ça fait des jours que t’es coincée dans un petit espace à jouer sans cesse, on dirait qu’il y a des moments où tu perds un peu la carte.
C’était donc un jam ou je ne sais même pas quoi, on s’est juste mis à jouer et moi à dire n’importe quoi, puis c’était tapé. Quand j’ai réécouté la résidence pour déceler des idées, je me souviens de m’être dite, en entendant ça: « c’est tellement niaiseux, ça serait tellement drôle que ça se ramasse sur l’album! ».
Et puis quand le mix de l’album était terminé et qu’on s’apprêtait à envoyer au master, je me suis souvenue de ça, t’sais, quatre ans plus tard! J’ai réussi à le retrouver, on a mis ça dans un lecteur cassette pour le cruncher et c’était tout. Je trouve ça plaisant d’avoir des petits bijoux niaiseux, des moments où je ne me prends pas trop au sérieux.
PanM360 : J’ai trouvé que le côté ludique et le ton plus léger balançait bien avec les autres pièces. C’est pour moi un aspect fascinant de la création que quelque chose qui a été créé il y a des mois ou des années te revienne en tête, pour qu’il s’intègre admirablement bien à ce que tu es en train de développer dans le présent. Des idées comme ça, on ne peut pas les expliquer rationnellement.
Kat: Totalement! La plupart des interludes proviennent de jams enregistrés qui ont été ré-amplifiés à travers un lecteur cassette ou joué à l’envers. Ce sont des petits bouts qui avaient été joués comme ça, pendant une résidence, mais qui n’étaient pas réfléchis comme tel.
PanM360 : Y a-t-il des segments que vous avez essayé de ré-enregistrer plus « proprement »?
Kat: Oui. Avec mamamanmadit, on entendait un gros clic de métronome parce qu’on jouait avec ça et on enregistrait avec peu de micros. Je m’étais dit qu’on pourrait ré-enregistrer et j’avais essayé, mais c’était vraiment impossible. Tu ne peux pas te prendre au sérieux et tenter de recréer cette affaire-là, la spontanéité ne se retrouvera jamais.
On la fait aussi en show, mais c’est complètement différent. La forme reste tout de même inspirée de l’originale.
PanM360 : Ça a été dur à adapter en performance?
Kat: Pas si mal, j’ai tenté de ne pas trop me prendre la tête, de faire une forme en fonction de ce que j’entendais. Elle vient aussi au moment du spectacle où on cherche à se défouler, à donner un regain d’énergie: je fais un gros solo de keytar et c’est super intense avec beaucoup de distorsion. Tout de même, on tente de conserver le contexte « niaiseux » d’origine.
EN SPECTACLE
PanM360 : À quoi peuvent s’attendre les gens qui viendront te voir au Taverne Tour?
Kat: L’aspect visuel de l’album est important pour moi et j’ai tenté de l’amener dans le show. On va avoir nos écrans avec projections choisies spécifiquement avec les chansons, des caméras qui filment en direct avec plein d’effets. On peut donc s’attendre à du maximaliste partout, jusqu’au visuel! Beaucoup d’énergie mais aussi des belles vagues, on amène les gens dans notre univers et on les porte avec nous dans les vagues de l’album.
Crédit photo: Benoit Paillé
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À l’occasion de la production Orphée aux Enfers, l’atelier d’opéra de la Faculté de musique de l’Université de Montréal nous incite à plonger dans l’univers satirique de Jacques Offenbach. Robin Wheeler, codirecteur de l’atelier d’opéra, explore avec nous les raisons qui l’ont conduit au choix de l’opérette, son rôle pédagogique et les décisions artistiques qui ont mené au produit final. Robin évoque le travail de fond et les défis rencontrés pendant la saison. Cet entretien met en lumière la mission de la faculté avec ses étudiants, mettant en lumière l’importance du processus et l’équilibre crucial entre voix et orchestre.
PAN M 360 : Pouvez-vous expliquer votre rôle au sein de l’atelier d’opéra ?
Robin Wheeler:Je suis professeur agrégé à la Faculté de musique et codirecteur de l’atelier d’opéra, que je dirige avec Richard Margeson, ténor de renommée internationale ayant eu une longue carrière dans le milieu lyrique. Chaque année, notre rôle consiste à choisir une œuvre, à constituer l’équipe artistique — notamment le metteur en scène — et à assurer l’encadrement musical des chanteurs. Pour ma part, je m’occupe principalement de la préparation musicale, cette année en collaboration avec la coach accompagnatrice Esther Gonthier, avec qui je partage également le travail instrumental.
PAN M 360: Pourquoi avoir choisi Orphée aux enfers cette année ?
Robin Wheeler: Après une production plus sombre l’an dernier avec Hänsel et Gretel, nous avions envie d’apporter davantage de légèreté. Dans le contexte actuel, il nous semblait important d’offrir au public une comédie. Offenbach s’imposait naturellement : il n’y a pas meilleur compositeur lorsqu’il s’agit d’opérette française. De plus, le choix d’une œuvre avec dialogues représente un défi formateur pour les chanteurs, qui doivent apprendre à passer de la voix parlée à la voix chantée, un aspect essentiel de leur formation.
PAN M 360: Le choix du français a-t-il aussi joué un rôle ?
Robin Wheeler: Absolument. Pour la majorité de nos chanteurs, le français est leur langue maternelle. Chanter dans sa propre langue permet une compréhension immédiate du texte et une expression plus naturelle. C’est un véritable luxe pour les interprètes, mais aussi un atout pour le public.
PAN M 360 : Pensez-vous que l’œuvre reste actuelle aujourd’hui ?
Robin Wheeler: Oui, sans aucun doute. Offenbach détourne le mythe d’Orphée et Eurydice avec beaucoup d’humour : les personnages ne correspondent pas aux attentes traditionnelles, et la morale est incarnée par le personnage de l’Opinion publique. Cette relecture satirique reste extrêmement pertinente. La musique, quant à elle, dialogue avec la tradition, notamment par des références à Gluck, tout en conservant une grande fraîcheur.
PAN M 360 : Comment la vision artistique s’est-elle construite avec le metteur en scène ?
Robin Wheeler: François Racine est un metteur en scène d’une grande expérience dans le monde de l’opéra. Il connaît très bien les chanteurs et les traite comme de véritables professionnels. La mise en scène reste relativement traditionnelle dans son esthétique, mais avec des ajustements subtils dans le texte pour renforcer l’actualité et l’humour. Son sens de la comédie et son respect de la musique en font un collaborateur idéal pour ce projet.
PAN M 360 : Quels sont les principaux défis musicaux de cette production ?
Robin Wheeler: L’un des grands défis est l’équilibre entre l’orchestre et les voix, d’autant plus que notre salle ne possède pas de fosse : l’orchestre joue devant la scène. Trouver la juste balance demande un travail constant. Par ailleurs, même si la musique semble légère, elle exige une grande précision rythmique. Offenbach donne l’illusion de la simplicité, mais tout repose sur une rigueur extrême.
PAN M 360: Quels apprentissages cette production offre-t-elle aux étudiants ?
Robin Wheeler: Au-delà de la représentation elle-même, c’est tout le processus qui compte : le travail depuis le mois d’octobre, la semaine technique très intensive, la gestion de l’endurance vocale et de l’énergie. Les étudiants, du baccalauréat au doctorat, partagent la scène et forment une véritable compagnie. Tous les solistes chantent également dans les chœurs, ce qui renforce l’esprit collectif et l’expérience professionnelle.
PAN M 360: Quel message souhaitez-vous transmettre au public ?
Robin Wheeler: J’aimerais que le public retienne avant tout la légèreté de l’œuvre et le plaisir qu’elle procure. L’opéra permet, pendant deux heures, d’oublier les préoccupations du quotidien. Voir la jeunesse, l’énergie et l’engagement de ces jeunes artistes est quelque chose de très précieux, autant pour le public que pour nous, enseignants.
PAN M 360 : Plus largement, quels sont selon vous les enjeux actuels de l’opéra ?Robin Wheeler: L’opéra est un art exigeant et coûteux, et les questions de financement sont bien réelles. Pourtant, je crois profondément à son importance, surtout dans des périodes difficiles. L’art offre un espace d’évasion, de réflexion et de beauté. Si l’opéra continue d’exister, c’est parce qu’il y a encore des artistes passionnés et un public prêt à se laisser toucher.
Quatre quatuors à cordes de Philip Glass seront joués par le Quatuor Molinari, le vendredi 13 février au Conservatoire de musique de Montréal. Ce programme conclut l’intégrale des neuf quatuors du compositeur par l’ensemble montréalais, processus amorcé il y a six ans.
Le programme prévoit d’abord la Suite de Bent, dont la partition pour quatuor créée en 1997 est extraite de la musique que Glass a écrite pour le film Bent, une adaptation cinématographique de l’émouvante pièce de théâtre de Martin Sherman dont le sujet est la persécution des homosexuels dans l’Allemagne nazie.
En 2015, le Quatuor Kronos avait lancé le projet Fifty for the Future, soit 50 courtes œuvres commandées à des compositeurs de renom tout comme à de jeunes compositeurs en début de carrière afin de faire mousser le corpus contemporain, d’où Quartet Satz qui se veut une adaptation de Evening songno 2. pour piano.
Le 8e quatuor de Glass nous ramène à des formes typiques du compositeur, à un “classicisme glassien » avec ces arpèges répétés et son harmonie tonale d’une sobriété totale.
Quant au 9e quatuor, il provient d’une musique de théâtre écrite en 2022 pour la la pièce King Lear (Le roi Lear) de William Shakespeare, présentée alors à Broadway.
Ainsi, ce programme s’annonce diversifié, certes moins linéaire et répétitif que certains ne le croient a priori.
Directrice artistique et premier violon du Molinari, Olga Ranzenhofer nous instruit davantage sur ce programme en répondant courtoisement aux questions de PAN M 360.
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PAN M 360: Pourquoi choisir Philip Glass? Pour les qualités intrinsèques de son travail en quatuor à cordes? Pour son incontestable rayonnement sur notre époque? Pour d’autres raisons?
Olga Ranzenhofer: Il y a des œuvres qui sont très formatrices pour un quatuor à cordes et les quatuors de Glass, qui sont d’apparence plutôt simple, font partie de celles-là. Ces œuvres offrent de grands défis aux interprètes : l’harmonie tonale doit être parfaite et l’ensemble, impeccable. Il y a très peu de nuances dans les partitions, alors il faut comprendre l’harmonie et jouer en conséquence. Il ne faut pas trop exagérer les phrasés, car Glass n’en a pas mis, bien qu’ils soient souvent sous-entendus. Notre travail consiste donc à bien doser les nuances et la hiérarchie des voix.
Bien sûr, les œuvres du compositeur américain plaisent à tous les publics. Lors de nos concerts, nous jouons souvent des œuvres d’une grande complexité qui sont très exigeantes pour notre public. Avec le concert des quatuors de Glass, nous offrons à notre public un concert peut-être moins exigeant pour l’écoute mais très diversifié et de grande qualité musicale.
Glass fait l’unanimité autour de lui : autant les adeptes de musique populaire ou de jazz que les mordus d’opéra et de musique de concert apprécient son oeuvre. Il y aura toujours des personnes qui diront que sa musique est trop simple, trop répétitive, mais on ne peut que constater que les salles sont pleines lorsqu’on joue du Glass et que le public en ressort très heureux.
En effet, Glass est le premier compositeur à avoir conquis simultanément un large public multigénérationnel à l’opéra, dans la salle de concert, dans le monde de la danse, dans le cinéma et dans la musique populaire.
PAN M 360: Quelle est votre historique avec ces œuvres?
Olga Ranzenhofer: Dès notre première saison en 1997-98 nous avons joué un quatuor de Glass. C’est toujours agréable de reprendre ses œuvres et ça fait plaisir au public. Avec ce concert, nous complétons notre intégrale des quatuors de Glass en concert. Nous avons déjà enregistré deux volumes de quatuors avec ATMA Classique et en août prochain, nous terminerons l’intégrale sur CD. Présentement, les volumes 1 et 2 sont disponibles en version numérique sur les plateformes ou en téléchargement, mais lorsque le volume trois sera complété, ATMA sortira un coffret de trois CD.
PAN M 360 : Quels défis techniques se posent dans ces œuvres de manière générale ?
Olga Ranzenhofer: À travers une musique simple et répétitive, il faut trouver le fil conducteur et voir la grande forme, la grande structure. Parfois les choses les plus simples sont les plus difficiles à bien réussir car tout doit être parfait : l’intonation, le jeu d’ensemble, l’équilibre des voix, la couleur du son, etc.
PAN M 360 : Parlons des formes spécifiques qu’emprunte chacun de ces quatuors au programme.
Olga Ranzenhofer: Les quatre quatuors que nous jouerons pour ce concert sont en effet très différents les uns des autres tant dans la forme que du point de vue de la genèse de l’œuvre. La Suite de Bent est une succession de huit mouvements, très contrastés avec tantôt des jeux rythmiques et tantôt des mélodies accompagnées. Fait très inhabituel, le dernier morceau est un solo de violon! La partition pour quatuor est extraite de la musique que Glass a écrite pour le film Bent. Ce film est une adaptation cinématographique de l’émouvante pièce de théâtre de 1979 de Martin Sherman dont le sujet est la persécution des homosexuels dans l’Allemagne nazie.
Glass a écrit une courte pièce pour piano intitulée Evening song no2 et Quartet Satz est son adaptation pour quatuor. C’est une œuvre tout délicate en forme d’arche qui dure 8 minutes.
Le 8e quatuor lui est un quatuor de forme et d’esthétique classique en trois mouvements. Les arpèges typiquement « glassiens » inondent ce quatuor. Même le mouvement lent contient des arpèges qui, cette fois, deviennent mélodiques.
Enfin, le 9e quatuor « Le roi Lear » est tiré de la musique de scène que Glass a composé pour la pièce de Shakespeare qui a été présentée sur Broadway en 2019. Le quatuor est en cinq mouvements, mais chacun comporte de nombreuses sous-sections très définies et contrastées. Glass modifie aussi sensiblement l’ordre des sections par rapport à la production de la pièce de théâtre sur Broadway
On entend dans ce quatuor des sonorités que l’on ne retrouve pas dans les quatuors précédents du compositeur tels les ponticello et les col legno battuto. De plus, Glass utilise à profusion la mélodie accompagnée, autre caractéristique inhabituelle.
PAN M 360 : Comment percevez-vous l’évolution formelle de ces quatuors, soit de 1997 à 2022?
Olga Ranzenhofer: Les quatre derniers quatuors sont très différents et ne suivent pas d’évolution particulière. Chacun est le fruit d’une source d’inspiration différente ou d’un besoin particulier, et cela amène le compositeur à créer en fonction de ces contraintes. L’intérêt de jouer plusieurs quatuors d’un même compositeur voire l’intégrale de ses œuvres, réside dans le fait que l’on peut suivre l’évolution et dans le cas particulier de Glass, de repérer les caractéristiques et les particularités de son écriture. À la lumière de notre travail sur l’intégrale des quatuors de Glass, on peut repérer facilement les traits de son écriture et ceux-ci sont présents dans tous ses quatuors : les superpositions de rythmes binaires et ternaires, les regroupements de croches (ex. 3 + 3 + 2 + 2), les arpèges, les mesures irrégulières, les rythmes simples et bien sûr, l’harmonie tonale.
PAN M 360 : Philip Glass a fait parler de lui il y a quelques jours, lorsqu’il a annulé l’exécution de sa 15e symphonie inspirée d’ Abraham Lincoln au Kennedy Center en guise de protestation contre le gouvernement Trump. Que vous dit cet engagement du compositeur?
Olga Ranzenhofer: On reconnaît chez Philip Glass, avec le retrait de son œuvre, un homme de principe. C’était un événement très attendu dans le cadre des célébrations du 250e anniversaire des États-Unis et il a décidé d’annuler cette création au Kennedy Center. Le sujet de sa 15e symphonie est Abraham Lincoln, un des plus importants présidents des États-Unis qui a, entre autres, aboli l’esclavage. Avec ce qui se passe présentement au sein de l’administration américaine, la présentation de cette œuvre à cet endroit, aurait été antinomique et contraire aux valeurs véhiculées dans l’œuvre.
PAN M 360 : Puisqu’il est aussi question de l’effet Glass auprès de vastes auditoires, peut-on observer aussi que les concerts du Molinari attirent-ils des publics différents d’un programme à l’autre vu le vaste spectre de vos propositions, de Glass à Schnittke ? Ou encore votre public est-il prêt à fréquenter toutes vos propositions à peu de choses près ?
Olga Ranzenhofer: En effet, notre programmation est très variée. Au cours de nos 29 saisons, nous avons réussi à fidéliser notre public. Je crois qu’on peut dire qu’il a entièrement confiance en nous et à nos propositions artistiques. Si l’on décide de jouer une œuvre, c’est parce qu’on est convaincu de sa qualité et nous la jouons avec grande conviction; c’est pour cela que notre public est prêt à nous suivre dans nos aventures.
Quatuor Molinari
Olga Ranzenhofer, violon
Antoine Bareil, violon
Cynthia Blanchon, alto
Pierre-Alain Bouvrette, violoncelle
Le Quatuor selon Glass
Philip Glass (1937)
Suite de Bent (1996)
Bent #1 –
Bent #2 –
Bent #3 –
Bent #4
Bent #5
Bent #6
Bent #7
Bent #8
Quartet Satz (2017)
Pause
Quatuor no 8 (2018)
Mouvement I
Mouvement II
Mouvement III
Quatuor no 9 King Lear (2022)
Mouvement I –
Mouvement II
Mouvement III
Mouvement IV
Mouvement V
Pour son 15ᵉ album, chanteuse, productrice et arrangeuse Emilie-Claire Barlow résume avec émotion et talent le plus récent chapitre de sa vie. De Toronto, elle s’était établie à Montréal pour ensuite prendre mari (chum, en fait) et pays à Limoilou où elle vit toujours. D’où ce recueil de chansons francophones du Québec et du Canada, où elle interprète Gilles Vigneault, Damien Robitaille, Diane Tell, Daniel Bélanger, Serge Fiori, Jim Corcoran, Michel Rivard, Anne-Sophie Doré Coulombe, Édith Butler. Seul Charles Trenet fait exception à ce répertoire francophone d’Amérique. Sous son étiquette indépendante Empress Music Group, l’album a été enregistré à Montréal aux studios Hublot et PM, le projet est coréalisé avec le pianiste et arrangeur François Richard, 11 interprétations mâtinées de jazz, folk, bossa, bluegrass et plus encore. C’est pourquoi PAN M 360 vous propose cet entretien d’Alain Brunet avec Emilie-Claire, si appréciée du public québécois pour l’avoir compris, respecté et aimé sincèrement.
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Pour Igloofest 2026, Mathieu Constance est de nouveau à la barre de la programmation des 4 week-ends consécutifs à vivre au Quai Jacques-Cartier jusqu’au 7 février. Partenaire médiatique d’Igloofest, PAN M 360 présente chaque semaine de l’événement les recommandations artistiques de son architecte principal, soit un choix prioritaire par programme.
PAN M 360: Nous voilà au dernier week-end! Mathieu Constance : Le jeudi 5 février, c’est Elderbrook, Weval et Lance. Et pour moi, Weval est vraiment le set auquel je souhaiterais assister. Weval est un duo néerlandais qui a sorti en 2025Chorophobia, un album vraiment spécial. Des sons un peu breakbeat, house organique, saveurs minimalistes… Je pense que ça va être vraiment intéressant de voir ça, ces artistes ont vraiment un gros bagage, ce sera cool de voir leur travail dans le contexte d’Igloofest. On les présente ensuite en after-party au Newspeak. Un mainstage de festival, puis un petit club show, ça va être très intéressant. J’écoute ces artistes depuis longtemps, je connais leur affiliation avec le label Kompakt en Allemagne, un label qui fut vraiment important pour mon apprentissage de la musique électronique, c’est un coup de cœur personnel.
PAN M 360: On est rendu le vendredi 6 février: Trym, Azir, Hannah Laing, Zorza
Mathieu Constance: Et le 6 février, on invite le collectif Teletech pour la première fois au Canada. C’est un collectif de hard techno de Manchester, donc c’est vraiment un des sons les plus populaires en Europe. Ça a été quand même explosif ces derniers mois, ça a pris d’assaut les scènes des festivals.
PAN M 360: Quelle est la particularité de cette techno ?
Mathieu Constance: C’est très, très rapide. Ça peut aller jusqu’à’ 180 BPM ! Teletech, c’est vraiment une des plus fortes éclosions à l’international. C’est vraiment cool de les présenter à Igloofest! Les quatre artistes au programme du main stage sont tous dans ce collectif. On pourra aussi identifier des sonorités trance. Je pense que ça va être excellent.
PAN M 360: Avant qu’Igloofest ne se déplace ailleurs au cours des semaines à venir, l’édition montréalaise se termine le samedi 7.
Mathieu Constance: Pour moi, l’incontournable ce soir-là, c’est vraiment la 2e scène où sera Ferias, un des collectifs house le plus importants à Montréal en ce moment. Des artistes très respectés et très connus. On a la chance d’avoir les deux des fondateurs, Alina et Guthrie en B2B, pour toute la soirée !
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La pianiste Louise Bessette est à l’honneur sur la plus récente parution ATMA classique : le Quatuor pour la fin du temps d’Olivier Messiaen. Dans cette version toute canadienne, elle est aux côtés du violoncelliste Cameron Crozman, du violoniste Mark Lee (du Nova Scotia Symphony) et du clarinettiste Dominic Desautels (de l’Orchestre philharmonique de Hamilton). Cet enregistrement resplendissant (LISEZ MA CRITIQUE ICI) témoigne d’une magnifique communication entre les quatre interprètes. On peut dire qu’il s’est ‘’passé quelque chose’’ entre eux (et le public). Louise Bessette nous parle de cette expérience et des circonstances inusitées qui ont mené à la constitution de leur ensemble.
PanM360 : Bonjour Louise! Peux-tu nous expliquer ce qui a mené à la formation de votre quatuor pour cet enregistrement? Toi, Cameron Crozman, Mark Lee et Dominic Desautels?
Louise Bessette : C’est une belle histoire. En juin 2024, j’ai été invitée par Simon Docking, le directeur artistique du Scotia Festival of Music à Halifax. Sa particularité à lui, c’est qu’il n’invite pas des ensembles déjà formés. Il fait sa programmation, il invite des artistes solistes et il assemble les musiciens selon ce qu’il pense formera une belle connexion. On s’était parlé quelques fois et il m’a suggéré des noms. Dominic, je le connaissais un petit peu, j’avais déjà joué avec lui à Toronto. J’avais fait un concerto de Gilles Tremblay et il était dans l’ensemble.
Cameron, bien sûr, je connaissais son nom, son jeu, tout ça, mais on ne s’était jamais rencontré. Et puis Mark Lee, il habite à Halifax, il est Associate Concertmaster à l’Orchestre d’Halifax. Je ne le connaissais pas du tout.
Simon me disait, ‘’Ah Louise, moi, je vous imagine les quatre ensembles, je suis sûr que vous allez bien vous entendre’’. Le festival a eu lieu, on a joué le Quatuor, et ça a été un moment musical très fort.
Simon a calculé sur sa montre : ça a pris une grosse minute de silence avant que les gens commencent à applaudir à la fin.
PanM360 : C’est rare ça…
Louise Bessette : Personne ne voulait briser l’atmosphère. Nous, on est sortis de scène, on pleurait! C’était vraiment, vraiment incroyable.Alors, je suis revenue à Montréal et j’ai aussitôt appelé Michel Ferland, qui était encore chez ATMA Classique à ce moment-là. J’ai dit ‘’Michel, j’ai un projet pour toi’’. Je lui ai raconté ça. Il a dit oui. Alors, voilà.
https://youtu.be/Akcn4Hevk2A
PanM360 : Il a eu le nez fin ce monsieur…
Louise Bessette : Ah oui. On n’arrête pas de le remercier.
PanM360 : On entend cette force, cette transcendance, sur l’album. Il a été enregistré au Domaine Forget en mars 2025, après le concert à Halifax. Comment était l’ambiance là-bas?
Louise Bessette : C’était à peu près sept, huit mois après le festival de Halifax. Tout de suite, on a ressenti la même chose. Tous les quatre. On était vraiment, vraiment plongés dans l’œuvre. Au Domaine Forget, on avait de magnifiques conditions avec Karl Talbot, le réalisateur. Écoute, on a travaillé dans des conditions exceptionnelles.
PanM360 : Rappelle-nous la genèse de cette œuvre.
Louise Bessette : Il a été écrit lors de la Deuxième Guerre mondiale, au Stalag (un camp de prisonniers de guerre, différent des camps d’extermination pour les Juifs – NDLR). Puis, Olivier Messiaen était là, avec d’autres musiciens. Il a utilisé ce qu’il y avait: un clarinettiste, un violoncelliste, un violoniste, c,est tout. Il a dit, bon, bien, je vais faire quelque chose avec ça. Et ça a donné ce Quatuor, en 1941.
PanM360 : Ça parle de quoi le Quatuor pour la fin du temps? C’est la fin des temps comme dans ‘’apocalyptique’’ ou c’est quelque chose d’autre?
Louise Bessette : Bien, oui, bien sûr, c’est la fin du temps. On sait que Messiaen, était très, très, très croyant et religieux. C’est toute l’atmosphère. Ça nous amène dans l’Au-delà. Quand on écoute le dernier mouvement, pour violon et piano seuls, Louange à l’immortalité de Jésus… Je veux dire, la musique est à la limite de l’impalpable.
PanM360 : Ce sont des harmonies qui sont très originales. Messiaen a innové tant au niveau rythmique que harmonique et mélodique. Il a utilisé des formules et des techniques qui n’étaient pas habituelles dans la musique occidentale. Dans la musique indienne, entre autres.
Louise Bessette : Absolument! Dans le sixième mouvement, la Danse de la fureur pour les sept trompettes, on est à l’unisson du début à la fin, avec des rythmes très complexes. Mais on a un plaisir fou à jouer ça!
PanM360 : La danse de Saint-Guy, comme dirait ma grand-mère. Mais il y a aussi plein de chants d’oiseaux là-dedans. Comment vous les ressentez, ces chants d’oiseaux?
Louise Bessette : Ah, c’est… tout l’univers de Messiaen qui est dans cette œuvre. Sa rythmique complexe, ses accords, ses chants d’oiseaux, l’émotion, les mouvements très, très rapides, les mouvements extrêmement lents.
PanM360 : C’est un immense travail de couleur aussi. Vous devez maîtriser votre instrument d’une manière exceptionnelle.
Louise Bessette : Oui, absolument. Et être à l’écoute aussi. Beaucoup.
PanM360 : C’est un peu le summum de la musique de chambre. Les interprètes doivent être dans l’écoute absolue. L’écoute d’eux-mêmes et des autres.
Louise Bessette : Oui, et c’est ça le plaisir qu’on a eu à travailler les quatre ensemble. Chacun s’ajustait à l’autre.
PanM360 : Il y a une deuxième couche de sens il me semble dans cette ‘’fin du temps’’. La fin du temps, oui, mais pas que une référence à la Religion. Une référence plus subtile au temps rythmique, très occidental, très carré. Dans le Quatuor, il n’y a jamais de temps ‘’carré’’. Il n’y a jamais de vrai 4-4. Il n’y a jamais de 1-2-3-4, puis on repart avec un beat. Toutes les phrases sont extraordinairement libres. Il y a une impression de liberté folle. Mais parfaitement écrite.
Louise Bessette : Oui en effet. Mais je l’ai joué souvent, alors je commence à ‘’l’avoir dans les doigts’’.
PanM360 : Il y a une dernière pièce au programme, en complément. Une Fantaisie pour violon et piano, de 1933. Que peux-tu nous en dire?
Louise Bessette : On cherchait une pièce en complément du Quatuor. Il y a très peu d’œuvres de musique de chambre de Messiaen. J’ai proposé à Marc Lee une des deux deux pièces pour violon et piano du compositeur. Il y a le Thème et variations de 1932 et il y a la Fantaisie. Marc préférait la Fantaisie. Moi, j’étais très contente parce que je ne l’avais jamais jouée. C’est une œuvre de jeunesse qui a été publiée après le décès de Messiaen. C’est comme une partition qui a été retrouvée. On entend que c’est une œuvre de jeunesse, mais en même temps, tout son univers est déjà là.
PanM360 : C’est peut-être un peu, comment dire, moins affirmé.
Louise Bessette : Juvénile.
PanM360 : Oui, mais une belle pièce. Franchement, c’est une jolie découverte.
Louise Bessette : Permettez-moi, avant de terminer, d’ajouter à quel point je suis fière et très, très émue de tout le travail qui a été fait, non seulement avec l’équipe son (merci Karl Talbot), et puis l’équipe vidéo aussi, parce qu’on a de belles vidéos, mais aussi avec toute l’équipe d’Atma Classique.
PanM360 : Oui, et le visuel est très beau aussi, celui de la pochette
Louise Bessette : Ah oui, ça c’est fantastique. La photo nous a été envoyée par le Mémorial Messiaen situé à Gürlitz, où était le Stalag VIII-A, dans lequel était retenu prisonnier Messiaen. J’ai trouvé par hasard cette photo sur leur site web. Avec Atma, on leur a écrit et ils nous ont envoyé la photo. Ils nous ont permis de l’utiliser pour la pochette de l’album. Donc, c’est très touchant. Et dans le livret il y a une de Messiaen jeune, dans les années 40, justement. Elle m’a été envoyée par la fondation Olivier Messiaen de la Bibliothèque nationale de France. Ils m’ont dit ‘’Allez-y, utilisez-la’’. L’album complet, tout le produit, est un bel hommage.
Le 8 février 2026 à la salle Bourgie de Montréal, le 29e Gala des prix Opus aura lieu et récompensera les artistes en lice dans 33 catégories, couvrant la musique classique, le jazz, les musiques du monde et la musique traditionnelle québécoise. Depuis quelques années, le Gala innove avec une formule saluée par les artistes et le public, en plus d’offrir l’occasion à d’anciens lauréats et nominés de jouer devant un public en salle et sur le web (la cérémonie est diffusée en direct). J’ai discuté avec les artistes qui offriront une prestation, Gentiane MG, Marie Nadeau-Tremblay, Elisabeth St-Gelais et Jean-Félix Mailloux avec l’ensemble Cordâme. Je leur ai demandé ce que ça fait de recevoir un Prix Opus ou d’être en nomination, et si cela a un impact sur la carrière d’un artiste. Voici Jean-Félix Mailloux (pour les autres artistes, suivez les liens ci-bas).
Le 8 février 2026 à la salle Bourgie de Montréal, le 29e Gala des prix Opus aura lieu et récompensera les artistes en lice dans 33 catégories, couvrant la musique classique, le jazz, les musiques du monde et la musique traditionnelle québécoise. Depuis quelques années, le Gala innove avec une formule saluée par les artistes et le public, en plus d’offrir l’occasion à d’anciens lauréats et nominés de jouer devant un public en salle et sur le web (la cérémonie est diffusée en direct). J’ai discuté avec les artistes qui offriront une prestation, Gentiane MG, Marie Nadeau-Tremblay, Elisabeth St-Gelais et Jean-Félix Mailloux de l’ensemble Cordâme. Je leur ai demandé ce que ça fait de recevoir un Prix Opus ou d’être en nomination, et si cela a un impact sur la carrière d’un artiste. Voici Gentiane MG (pour les autres artistes, suivez les liens ci-bas).
Le 8 février 2026 à la salle Bourgie de Montréal, le 29e Gala des prix Opus aura lieu et récompensera les artistes en lice dans 33 catégories, couvrant la musique classique, le jazz, les musiques du monde et la musique traditionnelle québécoise. Depuis quelques années, le Gala innove avec une formule saluée par les artistes et le public, en plus d’offrir l’occasion à d’anciens lauréats et nominés de jouer devant un public en salle et sur le web (la cérémonie est diffusée en direct). J’ai discuté avec les artistes qui offriront une prestation, Gentiane MG, Marie Nadeau-Tremblay, Elisabeth St-Gelais et Jean-Félix Mailloux de l’ensemble Cordâme. Je leur ai demandé ce que ça fait de recevoir un Prix Opus ou d’être en nomination, et si cela a un impact sur la carrière d’un artiste. Voici Elisabeth St-Gelais (pour les autres artistes, suivez les liens ci-bas).
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