Le vendredi 10 juillet, Celimène Daudet et Henry Kramer se produiront au Domaine Forget lors d’un récital avec de la musique de différentes régions du monde au nom des atmosphères évocatrices et de la découverte culturelle. Pietro Freoburger a rencontré Henry Kramer pour en discuter.

PAN M 360 : Vous êtes l’un des pianistes les plus actifs de la scène nord-américaine. Que ressentez-vous de jouer ici au Domaine Forget ?

Henry Kramer : Pour moi, c’est la quatrième année ici au Domaine Forget, où je suis invité pour y donner des masterclass et  j’ai aussi l’occasion d’y jouer en concert. Je me souviens avec émotion de mon arrivée pour la première fois au Domaine, en provenance des États-Unis. Je peux dire que je suis très heureux d’être ici et je suis reconnaissant envers la direction artistique pour cette chaleureuse invitation. Bien sûr, jouer pour les étudiants n’est jamais facile, car il faut prouver sa crédibilité sur scène !

PAN M 360 : Pouvez-vous nous en dire plus sur le programme que vous allez jouer ? Y a-t-il une pièce à laquelle vous vous sentez plus attaché ?

Henry Kramer : Ma portion du programme vient d’un répertoire plus long que j’ai joué à New York. Mon objectif est de proposer un programme naturaliste qui met de l’avant ma réflexion sur la musique en tant qu’énergie bénéfique et transformatrice. Pour cette raison, j’ai décidé de combiner des pièces contenant des éléments bucoliques et pastoraux, comme la transcription de Petri à partir d’un prélude choral de Bach, L’Isle Joyeuse de Debussy et une de mes œuvres inspirées du Maine, ma terre natale. Je jouerai aussi La Campanella de Liszt, une pièce célèbre, qui s’inscrit dans la veine évocatrice et donne la juste touche de virtuosité à ce programme déjà varié.

PAN M 360 : Votre partie du programme est un dialogue entre la musique européenne et américaine. Comment voyez-vous cette relation ?

Henry Kramer : Je pense qu’elles ont toutes les deux des points communs. Par exemple, les deux possèdent une qualité naturaliste, qui consiste à essayer de mettre les sons de la nature en musique. Il y a aussi un côté impressionniste, presque pictural, de recherche de l’atmosphère, que toutes les deux partagent de manière plutôt évidente.

PAN M 360 : Vous êtes un pianiste reputé, que pouvez-vous nous dire sur votre relation avec le piano ? Pensez-vous que l’instrument possède des qualités particulières ?

Henry Kramer : Je pense sincèrement que le piano est une page blanche, qu’il n’est pas un instrument bien défini avec sa propre voix. Au contraire, je crois que lorsqu’on joue, on doit faire l’effort de faire sonner le piano comme autre chose. De ce point de vue, notre instrument est un caméléon qui peut parfois sonner comme un orchestre, parfois comme une voix humaine, parfois comme un élément naturel. En ce sens, je crois que des compositeurs comme Liszt ou Debussy étaient particulièrement importants, car tous les deux ont tenté de transcender l’instrument dans un sens évocateur et timbral. De plus, pour moi, le son est un matériau à traiter, et le piano doit donner voix à notre imagination.

PAN M 360 : Vous êtes également professeur de piano à l’Université de Montréal. Comment définiriez-vous la relation entre pédagogie et performance ? Et que diriez-vous aux jeunes pianistes émergents ?

Henry Kramer : Pour moi, ces deux activités viennent de la même passion pour la musique, qui est une nécessité vitale pour moi. Les deux me permettent d’apprendre sans arrêt, à la fois de la musique et de mes élèves. Autrefois, je pensais qu’il s’agissait de deux mondes distincts, mais j’ai réalisé qu’ils étaient les deux faces d’une même pièce. En tant qu’enseignant, je dis toujours à mes élèves de s’écouter attentivement et de suivre leur voix intérieure, car la compétition la plus difficile à gagner est celle avec soi-même et les autres ne sont pas des adversaires, mais des collègues de qui on peut apprendre. Je pense aussi que la recherche de validation externe est contre-productive pour une longue carrière musicale, donc je recommande à mes étudiants de suivre leur propre boussole intérieure et de lui donner une voix, sans être distraits par les interférences extérieures.

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Le samedi 11 juillet le Trio Hochelaga accompagnera le public du Domaine Forget dans un voyage à travers trois siècles de musique de chambre avec la participation d’un « invité » spécial. Plus précisément, les trois musiciens feront la rencontre sur scène d’un certain Octave Dissonant, professeur excentrique et passionné qui viendra se mêler de musique. Le programme de samedi prévoit une belle diversité de compositeur, de Haydn à Beauséjour‑Ostiguy, de Beethoven à Brahms et Tchaïkovski. En amont de ce programme, Pietro Freiburger a interviewé la violoniste Anne Robert.

PAN M 360 : Le Trio Hochelaga étant l’un des principaux ensembles de musique de chambre du Québec, comment vous vous sentez à revenir au Domaine Forget ?

Anne Robert : Pour le trio, c’est le deuxième concert au Domaine Forget, même si dans le passé nous avons enregistré plusieurs CD dans la magnifique salle de concert qu’ils ont ici. Nous sommes très heureux d’apporter notre nouveau projet ici !

PAN M 360 : Avez-vous une relation particulière avec le programme que vous allez présenter ? Y a-t-il une pièce qui a une signification particulière pour vous et les autres membres du trio ?

Anne Robert : Le concert Secret Musicaux offre au public un voyage à travers 300 ans de musique pour violon, violoncelle et piano. Compte tenu de la longue période, nous proposerons des extraits allant de Haydn à nos jours, en passant par Beethoven, Brahms, Debussy, pour n’en citer que quelques-uns. La pièce la plus marquante pour nous est sans aucun doute Triade de Dominique Beauséjour-Ostiguy, notre violoncelliste. L’objectif est de présenter une large gamme d’œuvres, des grands compositeurs aux moins connus, comme Arensky, jusqu’à une pièce écrite par l’un des membres de notre trio.

PAN M 360 : Comment décririez-vous la relation entre les membres du trio ? Comment cet ensemble a-t-il influencé votre musicalité en tant que participante à part entière?

Anne Robert : Ce qui est fascinant dans le fait de jouer en trio, c’est que vous maintenez une identité individuelle tout en jouant dans un ensemble. Contrairement à un quatuor à cordes, où il faut fusionner en un seul son, en trio vous pouvez maintenir des moments de solo et vous avez l’occasion d’être surpris à chaque fois. De plus, étant un ensemble de longue date, nous pouvons offrir une rare qualité de vision commune de la musique. Mais nous évoluons aussi constamment, grâce aux différentes générations qui composent l’ensemble.

PAN M 360 : Le concert sera d’une certaine manière non conventionnel, car il y aura de l’animation. Pourquoi avez-vous pris une telle décision ?

Anne Robert : Le concert sera animé par Luc Beauséjour, l’un des musiciens les plus renommés du Québec. Cette décision a été prise pour rendre notre concert plus convivial et abordable pour le public. Luc, qui possède non seulement un talent incroyable pour la musique, mais aussi un talent naturel pour l’animation, jouera ici le Professeur Octave Dissonant, un érudit très cultivé mais excentrique. Il fera voyager le public à travers des siècles de musique avec un sourire mais aussi avec une intention éducative très sérieuse. 

PAN M 360 : Pourriez-vous nous en dire davantage sur vos projets actuels et à venir ?

Anne Robert : Nous venons d’enregistrer un CD contenant certaines des œuvres que nous interpréterons au Domaine Forget, par exemple Triade et le trio de Debussy, une œuvre précoce. Nous avons aussi un autre projet d’enregistrement important mais, malheureusement, je ne peux pas encore en parler. Quant à nos futurs concerts, nous aurons notre série au Conservatoire ainsi que d’autres engagements au Québec, en Colombie-Britannique et en Ontario. Nous allons parcourir ensemble beaucoup plus de répertoire !

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Trio Hochelaga
Anne Robert, violon
Dominique Beauséjour-Ostiguy, violoncelle
Dantonio Pisano, piano
Luc Beauséjour, animation


Programme

HAYDN
Trio pour piano no 39 en sol majeur : III. Rondo all’Ongarese: Presto

BEETHOVEN
Trio pour piano, violon et violoncelle op.1 no 1 en mi majeur : II. Adagio cantabile

MENDELSSOHN 
Trio pour piano, violon et violoncelle no 1 en ré mineur : I. Molto Allegro ed agitato

BRAHMS 
Trio pour piano et cordes no 2 en do majeur, op.87 : II. Andante con moto

TCHAÏKOVSKI 
Trio pour piano et cordes en la mineur, op.50 : I. Pezzo elegiaco. Moderato assai – Allegro giusto

ARENSKY 
Trio pour violon, violoncelle et piano no 1 en ré mineur, op.32 : IV. Finale – Allegro non troppo

DEBUSSY 
Trio en sol majeur pour violon, violoncelle et piano : III. Andante espressivo

CHOSTAKOVICH 
Trio pour violon, violoncelle et piano no 2 en mi mineur, op. 67 : IV. Allegretto

BEAUSÉJOUR-OSTIGUY
Triade : I. Sensations


Au Festival de Lanaudière, trois invitations de William Christie et des Arts Florissants à Lanaudière ont gravé des souvenirs merveilleux chez les mélomanes présents à ces programmes. Pour un quatrième passage au Festival, William Christie présente le court opéra de Marc-Antoine Charpentier, qui a carrément donné son nom à l’ensemble… Les Arts florissants ! Le programme de Lanaudière suggère aussi une autre pièce lyrique de Charpentier, et fera s’illustrer les lauréats du Jardin des Voix, une académie pour jeunes chanteurs mise de l’avant par Les Arts florissants. On se trouve immergé dans Grand Siècle de Louis XIV , dans ses chants, danses et musiques finement ciselées. Pour PAN M 360, Pietro Freiburger a voulu en savoir un peu plus, d’où cette courte conversation avec l’éminent William Christie, en amont de ce programme de samedi à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay.

PAN M 360 : Maestro Christie, c’est votre troisième fois à Lanaudière. Que ressentez-vous d’être de retour à un festival aussi prestigieux ?

William Christie : Je suis très heureux d’être de retour à Lanaudière, comme toujours. C’est un événement que j’attends toujours avec impatience, et nous gardons ici des souvenirs nombreux et très positifs. Il y a deux ans, par exemple, nous avons interprété La Reine des Fées de Purcell avec les chanteurs de notre académie Le Jardin des Voix. Ce fut un moment vraiment merveilleux.

PAN M 360 : Quelle est votre relation avec le répertoire que vous allez diriger ? Pourquoi avez-vous choisi un programme entièrement consacré à Charpentier ?

William Christie :  Tout simplement, Charpentier a été un compositeur essentiel pour Les Arts Florissants et pour moi depuis nos débuts. En fait, lorsque j’ai fondé cet ensemble, j’ai choisi de le nommer d’après l’un des opéras de Charpentier : Les Arts Florissants. Ça dit tout ! Depuis, j’ai dirigé nombre de ses œuvres: des opéras, bien sûr, mais surtout sa musique sacrée, à laquelle il a consacré une grande partie de sa carrière, comme le très célèbre Te Deum. Charpentier est au cœur de notre répertoire depuis près de 50 ans, et je crois que nous avons joué un rôle non négligeable dans sa redécouverte et son succès auprès du public d’aujourd’hui. En réfléchissant à ce que je voulais faire avec les jeunes chanteurs de Le Jardin des Voix, à la veille de mes 80 ans, Charpentier semblait être le choix évident. C’est précisément le court opéra Les Arts Florissants que je vais jouer dans Lanaudière, associé à La Descente d’Orphée aux Enfers, également de Charpentier. Nous avons bouclé la boucle, près de 50 ans après la fondation de l’ensemble.

PANM360 : Pendant le concert, les lauréats de Le Jardin des Voix auront l’occasion de se produire sur scène. Quelle est votre relation avec les jeunes artistes ?

William Christie : Partager la musique que j’aime, voici l’une de mes plus grandes passions. En 2001, nous avons fondé une académie appelée Le Jardins des Voix. Tous les deux ans, mon collègue Paul Agnew et moi sélectionnons de jeunes chanteurs du monde entier qui commencent leur carrière et qui, comme nous, sont animés par une passion pour le répertoire baroque. Travailler avec ces jeunes est pour moi une grande source de joie et de satisfaction. Il faut aussi dire que ce n’est souvent que le début d’un long parcours commun : beaucoup des lauréats de Le Jardins des Voix deviennent les principaux solistes des Arts Florissants.

PAN M 360 : Vous avez construit une carrière réussie dans la musique ancienne. Avez-vous des conseils pour les artistes émergents qui souhaitent emprunter une voie similaire ?

William Christie : J’ai toujours soutenu que ce qui est essentiel, c’est de restaurer l’éloquence de cette musique du passé. Qu’est-ce que ça veut dire ? Premièrement, cela implique de travailler la langue. Il faut comprendre ce que l’on chante – comprendre les paroles, leur sens et leur intention. C’est de là que vient l’émotion. Il ne suffit pas d’avoir une belle voix : pour être un grand chanteur, un grand interprète, il faut cette sensibilité.

PAN M 360 : Pourriez-vous nous en dire plus sur vos projets actuels et à venir ?

William Christie : Fin août, nous présenterons la 15e édition du Festival « Dans les Jardins de William Christie » en Vendée. C’est un événement qui me tient particulièrement à cœur, où je peux retrouver les artistes de mon ensemble ainsi que de jeunes musiciens de la Juilliard School à New York, avec qui nous collaborons depuis près de 20 ans maintenant. Nous avons également de nombreux concerts prévus pour le début de la nouvelle saison. L’un d’eux, consacré à Monteverdi, dirigé par Paul Agnew et moi-même, fera même partie d’une tournée au Canada et aux États-Unis. Dans le contexte actuel, où les choses ne sont pas toujours faciles pour les arts du spectacle, je suis très heureux et fier de voir Les Arts Florissants poursuivre ses activités avec autant de succès.

PROGRAMME

Artistes

Lauréats du Jardin des Voix :
Josipa Bilić, Camille Chopin, Sarah Fleiss, Tanaquil Ollivier, Sydney Frodsham, Bastien Rimondi, Richard Pittsinger, Attila Varga-Tóth, Olivier Bergeron et Kevin Arboleda-Oquendo

Danseurs :
Noémie Larcheveque, Claire Graham, Andrea Scarfi, Tom Godefroid

Marie Lambert-Le Bihan et Stéphane Facco
mise en espace

Eleanor Freeman
assistante à la chorégraphie

Les Arts Florissants
William Christie

direction

Œuvres

Marc-Antoine Charpentier
Les Arts florissants – 45 min.

Entracte

La Descente d’Orphée aux enfers – 60 min.

opéras mis en espace

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Ce trio franco-marocain tire son inspiration dans le groove gnawa, aux sources de toutes les actualisations sonores dans cette zone de l’Afrique septentrionale. Le Marocain Adil Smaali et ses deux collègues français, Lakay et Mélaine Cogez, sous la bannière Elements of Baraka , puisent aussi dans leurs voyages d’exploration; outre le Maroc, l’Inde, l’Europe de l’Est, Berlin, la France et plus encore. Trois humains sur scène, une instrumentation hybride, instruments anciens, modernes ou dernier cri. À peine débarqué de l’avion, Adil Smaâli se rend à son hôtel et joint PAN M 360, installé exceptionnellement aux bureaux des Nuits d’Afrique, pour l’interview qui suit… et qui précède le concert prévu ce jeudi 9 juillet au Ministère.

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Nathalie Deschamps est au faîte de sa carrière de metteure en scène, elle mène les destinées de sa propre compagnie d’opéra (Productions du 10 avril), on lui doit notamment Albertine en cinq temps, une adaptation de la fameuse pièce de Michel Tremblay, ou encore plus récemment la mise en scène de L’hiver attend beaucoup de moi. Pendant tout le mois de juillet 2026, elle prodigue les enseignements aux stagiaires de l’Institut canadien d’art vocal (ICAV) qui, dans le contexte des Concerts Lyriques de l’organisme, signeront les mises en scène d’extraits d’opéra célèbre au Gala d’opéra le jeudi 9 juillet à la salle Claude-Champagne. Les 25 et 26 juillet prochains au Monument National, elle signera elle-même la mise en scène des Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach, et ce avec une approche ancrée dan la réalité urbaine d’aujourd’hui.

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TOUTES LES INFOS SUR LES CONCERTS LYRIQUES DE L’ICAV ICI

Née à Sydney, en Australie, Cassandra Doyle est une ancienne élève du Conservatorium High School et du Conservatoire de musique de Sydney, où elle a obtenu en 2023 une licence en musique (chant classique) après avoir suivi les cours de Maree Ryan AM et du Dr Rowena Cowley. Cette mezzo-soprano est actuellement installée à Hanovre, en Allemagne, où sa carrière est en plein essor. Cassandra Doyle passe tout le mois de juillet à peaufiner sa formation et à se produire sur scène dans le cadre d’un programme d’été proposé à Montréal par l’Institut canadien d’art vocal (ICAV). Voici ses impressions après une première journée d’immersion !

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Born in Sydney, Australia, Cassandra Doyle is an alumnus of the Conservatorium High School and Sydney Conservatorium of Music, graduating with a Bachelor of Music (Classical Voice) in 2023, studying with Maree Ryan AM and Dr. Rowena Cowley. A mezzo soprano, she is actually based in Hanovre, Germany, whre her career is rising. Cassandra Doyle spends the whole month of July, learning and performing on stage through a summer program offered in Montreal by the Canadian Institute of Vocal Art (ICAV). Here are her first day impressions !

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Le jeudi 9 juillet à la salle Claude-Champagne de l’U de M, Simon Charette dirigera un petit ensemble dont l’objet est de soutenir le chant d’une vingtaine d’artistes stagiaires réunis sur scène pour une enfilade d’extraits d’opéras mis en scène par des stagiaires metteurs en scène, le tout sous la supervision de professionnels aguerris. Expatrié aux États-Unis, Simon Charette mène une carrière de chef au sein de l’Opéra Comique à Washington DC où il vit depuis 14 ans. On devine qu’il aime toujours revenir au bercail pour y prolonger sa vie musicale! Il nous raconte ici son parcours et les enjeux de ce Gala d’opéra dont il assure la direction.

INFOS ET BILLETS POUR LE GALA D’OPÉRA

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Baryton très actif dans l’univers canadien du chant lyrique, entrepreneur, producteur, Marc-Antoine d’Aragon est aussi directeur général de l’Institut canadien d’art vocal (ICAV) qui présente un mois d’activités lyriques. Du 2 juillet au 1er août, une vingtaine de chanteuses et chanteurs venus du Québec, du reste du Canada et de l’étranger, passent un mois très intense à Montréal, suite de formations et concerts dont la première représentation est un Gala d’opéra présenté le jeudi soir 9 juillet à la salle Claude-Champagne de la Faculté de musique de l’Université de Montréal. Partenaire de l’ICAV, PAN M 360 présente ici une première interview sur ce mois lyrique déployé par l’ICAV. Marc-Antoine d’Aragon explique tout ça à Alain Brunet.

LES ACTIVITÉS COMPLÈTES DE L’ICAV EN JUILLET, ICI

Bénin International Musical (BIM) résulte d’échanges franco-béninois: équipe française venue à Kotonou en 2017, y repère le talent et constitue un noyau. Furieux mélange de polyrythmes ancestraux et de musiques modernes, afro-rock, électro ou hip-hop, le tout interprété en langue locale. Deux albums ont été produits depuis, des tournées ont été organisées à travers le monde, et voilà BIM aux Nuits d’Afrique. Brigitte Kiti et Jérôme Ettinger nous résument le parcours avant de le poursuivre sur la scène du Théâtre Fairmount, le mercredi 8 juillet, dans le contexte du Festival international Nuits d’Afrique.


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Vous vous souvenez peut-être de la dernière visite de Senny Camara à Montréal il y a quelques mois, lors de son concert en duo avec le grand maitre de la kora Zal Sissokho. Mais voici qu’elle nous fait l’honneur de revenir en coup de vent pour célébrer les 40 ans du Festival International Nuits d’Afrique. Cette fois-ci, elle sera accompagnée par Yamoussa Bangoura, membre de la troupe de cirque Kalabanté mais également multiinstrumentiste. Senny ne voulait pas nous en dire trop sur ce qu’ils nous préparent le 8 juillet au Théâtre Gésu mais l’on sait déjà que ce sera une soirée qui nous emmènera à la découverte de l’âme de l’Afrique de l’ouest à travers les 21 cordes de leur kora respective. Sandra Gasana a pu échanger avec Senny alors qu’elle s’apprête à s’envoler vers Montréal.


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Comme ils sont tous deux nés en 1926, ces hommages aux centenaires de John Coltrane et Miles Davis, présentés lors du FIJM 2026, ont permis d’entendre des interprétations très variées. Certaines se rapprochaient davantage du jazz-fusion ou de la soul, du R&B, du funk et du hip-hop que de l’esprit originel des morceaux réinterprétés, tandis qu’Isaiah Collier et ses trois collègues ont opté pour une approche classique. Cela soulève une question concernant le programme présenté vendredi soir au Théâtre Jean-Duceppe : comment interpréter A Love Supreme, que beaucoup considèrent comme l’album le plus emblématique de John Coltrane ? Isaiah Collier a choisi la voie « directe », c’est-à-dire en utilisant la même instrumentation – saxophone ténor, piano, contrebasse et batterie – dans le même esprit que celui qui anime les nouveaux talents virtuoses : Isaiah Collier au saxophone ténor, Davis Whitfield au piano et Tim Regis à la batterie – tous d’origine africaine, tous ancrés dans cette vision du jazz noir. Quelques heures avant l’interprétation de Acknowledgement, Resolution, Pursuance et Psalm, le tout enrobé de quelques compléments originaux, PAN M 360 a eu l’occasion d’interviewer Isaiah Collier dans sa loge.

PAN M 360 : Parlons d’abord de votre projet, votre réinterprétation de A Love Supreme, que avez menée seul. On célèbre bien sûr cette année le centenaire de la naissance de John Coltrane, et vous avez décidé de lui rendre hommage à ta manière. Alors, comment abordez-vous cet album fabuleux et mythique ?

Isaiah Collier : Je pense que c’est simple et direct. Jouer les mouvements un à quatre. Il y a plusieurs façons de voir les choses. La première, c’est que oui, c’est un disque monumental. D’ailleurs, c’est un peu comme jouer ou interpréter la Cinquième Symphonie de Beethoven. Oui. Vous savez, ça demande un certain dévouement et de l’endurance.

PAN M 360 : Et de la cohérence.
Isaiah Collier : C’est le plus important, mais aussi l’authenticité. C’est drôle, on venait justement d’en parler. Je discutais avec le bassiste Ben Williams à ce sujet : pour une raison ou une autre, on a qualifié la musique de Coltrane de « musique spirituelle ». Mais je trouve ce terme un peu… enfin, ça m’importe peu, mais je pense que c’est un peu malhonnête vis-à-vis de toutes les autres musiques que de prétendre qu’un genre ou une approche spécifique, au sein d’un genre général, représente cette vision unique.

PAN M 360 : Oui, mais à l’époque où il a enregistré l’album, il était dans un état d’esprit très mystique.

Isaiah Collier : Eh bien, tu aurais pu simplement dire « mystique » alors. Ça ne servait à rien de dire « spirituel », parce que Coltrane ne l’aurait pas décrit ainsi. Non. Donc, si la personne qui l’a créé ne l’a pas décrit ainsi, qui sommes-nous pour lui attribuer une étiquette ? Il faut faire preuve de plus de curiosité.

Et donc, pour répondre davantage à ta première question, on essaie simplement d’être curieux. Encore plus curieux. Ce que A Love Supreme représentait pour lui ne signifie pas la même chose pour nous. Non. Nous sommes les bénéficiaires d’une expérience. Mais maintenant, ne nous contentons pas de regarder les morceaux que nous aimons. Plongeons-nous vraiment dans l’essence et la philosophie de la personne.

Car ce n’est qu’en comprenant la personne que nous parvenons vraiment à mieux cerner la musique. N’est-ce pas ?

PAN M 360 : Alors, comment avez-vous fait ?

Iasiah Collier : Je n’ai jamais été accro à la drogue. Je n’ai jamais eu à subir un alcoolisme grave. Je n’ai pas eu le poste le plus prestigieux au monde, celui de Miles Davis. Et puis, perdre ça, se perdre soi-même dans une spirale. Et sombrer dans une spirale descendante, puis remonter dans une spirale ascendante. Ouais. Oui, ça a été une sorte de délivrance quand il a changé de vie. Et toute sa façon de voir les choses a changé aussi, parce que la réalité avait changé.

PAN M 360 : Bien sûr que ça a changé. Dans les années 50, John Coltrane a été toxicomane pendant un certain temps, mais c’était en même temps un musicien fantastique.

Isaiah Collier : Je ne dirais pas qu’il était toxicomane.

PAN M 360 : Eh bien, il a connu de graves problèmes de drogue.

Isaiah Collier : Je pense que le terme approprié est « victime ». Car si l’on considère le contexte actuel, le fait est que les médicaments sont généralement utilisés à des fins thérapeutiques. C’est donc l’abus ou une mauvaise prescription qui a provoqué cette souffrance.

De plus, d’un point de vue pratique, oui, il compose toute cette musique, mais n’oublions jamais qu’il s’agit d’un homme noir aux États-Unis. D’un homme noir dans l’Amérique de Jim Crow. Une ségrégation totale. Trente à cinquante ans avant sa naissance, c’était la Guerre de Sécession. Il est donc né à peu près au moment où l’esclavage touchait à sa fin.

Prenons en compte le fait qu’il fait aussi partie, quoi, de la cinquième génération de musiciens noirs à qui on avait enfin donné le droit de découvrir le monde. Un droit appelé « passeport ». Vous voyez ? L’ère du swing était déjà passée. Le bebop était déjà passé. Le son Dixieland était déjà passé. Le ragtime était déjà passé. Toute cette évolution était déjà derrière nous. Le blues était déjà en plein essor. Et puis, il y a eu l’intégration liée à la Grande Migration, qui a conduit à tout cela à partir de cet été-là. Je dois prendre en compte tous ces éléments pour vraiment comprendre la personne et sa musique.

PAN M 360 : La vie et la forme musicale sont manifestement liées, comme vous le dites.

Iasaiah Collier : Il ne s’agit plus simplement de dire : « Oh, la forme, c’est comme ça, la forme, c’est comme ça. » Non, la forme, c’est sa vie. Et comment voyez-vous la forme de votre vie là-dedans ? Oui, eh bien, les deux sont totalement liées. Et donc, en tenant compte de tout cela, on le regarde différemment. Parce qu’il n’aurait pas pu aller de l’avant.

Il aurait pu rester là où il était. Et on l’aurait perdu, comme on a perdu Charlie Parker. Tu vois ? Mais il avait une décision à prendre. Sonny Rollins avait une décision à prendre. James Moody avait une décision à prendre. Joe Henderson avait une décision à prendre. Wayne Shorter. Coleman Hawkins. Ben Webster. Stanley Turrentine. Tous ses contemporains et tous ceux qui l’ont inspiré à l’époque étaient encore en vie. Et pourtant, ils ont décidé de continuer malgré tout. Alors, ouais mec. C’est triomphant. C’est comme une tragédie grecque, mec. C’est traverser toutes ces… Ouais, enfin. Ouais, je sais. Et on en est finalement arrivés là. On a trouvé nos propres résolutions.

Et ils ont tous trouvé le moyen de s’affirmer. C’est vrai. Mais ce qui force l’admiration, c’est la façon dont ils ont su rester disciplinés pour trouver leur voie. Et c’est ce qui rend cette musique si… Et je suppose que c’est là que les gens commencent à s’intéresser à la dimension spirituelle. Parce que quand on pense aux yogis, aux bouddhas, à ces personnes d’une telle stature qui sont capables de s’élever au-dessus de certaines circonstances. Oui. Tout en restant dans un état d’esprit où l’on se dit : « J’ai toujours de l’amour pour le monde. » C’est difficile. C’est vraiment difficile, compte tenu de la réalité telle qu’elle est.

PAN M 360 : D’après vous, que pensait John Coltrane de lui-même lorsqu’il a composé cette musique ?

Isaiah Collier : Je pense simplement qu’il faisait un grand bilan. Il a procédé à un bilan très approfondi. Il a dû tout passer en revue. À l’époque où il a composé ces morceaux, il s’était déjà en quelque sorte remis en selle, n’est-ce pas ? Il avait fait tout ce travail avec Monk. Il a recommencé à réapprendre. C’est presque comme si une nouvelle personne était apparue. Mais c’était comme s’il repartait littéralement de zéro. Et je pense qu’il y a là quelque chose à retenir. J’ai eu un groupe pendant huit ans, c’était le projet Chosen Few. Et huit ans plus tard, je dois repartir de zéro avec quelque chose de complètement différent. C’est inconfortable. Vraiment. Mais en même temps, si tu as déjà construit quelque chose, tu peux en construire un autre. Et maintenant, l’important n’est pas ce que l’on construit. C’est la manière. La manière. C’est la question la plus incroyable de toutes.

Coltrane a donc dû se pencher sur… Évidemment, il a dû étudier ces autres formes musicales. On ne peut pas simplement composer une suite sans comprendre ce qu’est une suite. Il s’est donc intéressé à l’importance de Ravel, de Debussy… Il partait sans cesse à la découverte de nouvelles musiques. Peu importait que ce soit du « straight ahead », du R&B, du blues ou même de la musique classique. Il était là pour s’imprégner et faire rayonner les connaissances qu’il avait acquises. Et donc, tu sais, ton histoire vient d’Alice Closer : il s’est enfermé dans le grenier pendant des mois. Mais il était juste… C’était ce genre de dévouement. Tu sais, on est trop distraits à notre époque. Toutes ces connaissances, mais aussi cette perception et ce sentiment issus de cet album et de cette formidable expérience, tout ça est en toi.

PAN M 360 : Et vous avez votre propre façon de l’interpréter ou simplement de le réinterpréter sous d’autres formes. Donnez-nous quelques indices sur la manière dont vous vous y prenez.

Isaiah Collier : Eh bien, je veux dire, je pense qu’en y réfléchissant bien, nous venons tous… Nous sommes une génération qui a découvert la musique après cette époque. On a donc un peu plus de possibilités. Mais celle qu’on essaie d’explorer, c’est de nous replonger dans l’esprit de cette époque et de vraiment nous imprégner de son énergie. Tout en cherchant comment nous en affranchir. C’est vraiment fascinant, mec. Ouais, eh bien, ce truc… Tu l’as dit toi-même. C’est de la musique classique.

PAN M 360 : Une forme classique, mais une forme classique différente : on ne se contente pas de lire les partitions et de jouer les notes, on peut apporter beaucoup de soi-même à la musique.

Isaiah Collier : Oui, exactement. Donc quand je fais référence à cet album, j’adore les albums live. Bien sûr, j’adore le classique, mais ma version préférée reste l’enregistrement live à Seattle. Parce que là, on a un exemple concret de la façon dont il élargissait son univers. Pharoah Sanders et Carlos Ward ont pu essayer de jouer par-dessus ce qu’il avait déjà créé. Et il ne faisait même pas de solo. Il laissait simplement les autres musiciens s’exprimer.

PAN M 360 : Et.. soixante ans plus tard, voyons ce que donne la réinterprétation de votre quartette !

No live photos were taken at FIJM

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Los Vega est un groupe de musiciens traditionnels issus d’une longue lignée mexicaine, noyau familial professionnalisé depuis au moins trois décennies. Los Vega est un véhicule du son jarocho traditionnel. Cette musique provient des villages de Veracruz – Golfe du Mexique. Depuis cinq générations, le son jarocho de Los Vega laisse infuser ses racines culturelles pour ainsi constituer un véritable héritage familial.

Progressivement, le groupe a investi les réseaux internationaux de la musique traditionnelle et s’est produit en Chine, aux États-Unis ou au Canada. On doit 5 albums studio à Los Vega, sans compter La Bruja pour la bande originale du film mexicain Frida, nommé aux Oscars un quart de siècle plus tôt.

Aux Chants de Vielles ce week-end (samedi 4 et dimanche 5 juillet), le groupe est composé de Enrique Vega Leona (requinto et voix), Fredi Vega (jarana tercera, zapateado, voix, danse), Raquel Palacios Vega (jarana primera, voix, danse) et Sinuhé Padilla (leona et voix).

Joints au téléphone peu avant leur arrivée à Saint-Antoine-sur-Richelieu, Fredy et Sinuhé ont courtoisement répondu aux questions de PAN M 360.

PAN M 360 : Rappelez-nous brièvement les fondements du son jarocho, les sources musicales de la région de Veracruz, les formes rythmiques, harmoniques et mélodiques, l’instrumentation, etc.
Sinuhé Pádilla Isunza  : L’essentiel, c’est de jouer dans le style de la famille Vega, c’est-à-dire de jouer comme jouait jadis tout en adaptant le style au présent.
Fredy  Vega: Si je peux compléter, le principe chez les Vega, c’est de suivre le style de Don Andrés Vega, l’aïeul de la famille.

PAN M 360 : Comment ce style est-il perçu ?
Fredy Vega :  Ce style est très apprécié des nouvelles générations, car la famille a développé une façon très authentique de jouer. Quand on transmet cette musique, ceux qui vous écoutent la comprennent, la ressentent en dansant et en l’écoutant. Nous ne considérons pas le style son jarocho comme un genre musical, ni comme un style, mais comme une tradition.

PAN M 360 : Et jusqu’où remonte cette tradition?

Sinuhé Pádilla Isunza   : Cette tradition remonte à l’époque coloniale et a pris forme à la campagne grâce au métissage de cultures telles que les cultures amérindiennes – on peut citer les Nahuas, les Popolucas ainsi que les influences de la mythologie olmèque.
Les racines ouest-africaines qui sont arrivées sur le continent à l’époque coloniale sont également très importantes. On peut ainsi citer les Congos, le peuple bantou venu d’Angola à cette époque, ainsi que, dès le milieu du XIXe siècle, la culture yoruba d’Afrique de l’Ouest. C’est ce que nous entendons par « racines africaines » du son jarocho ; de même, lorsque nous parlons de racines espagnoles, nous faisons référence aux racines andalouses, plus précisément aux racines séfarades, mauresques et roms/gitanes.

C’est alors que, à mesure que tout cela commence à se mélanger, le  style a bel et bien changé. Le son jarocho s’est consolidé au fil d’une histoire riche et longue de quatre siècles.

La dernière phase du son jarocho remonte à environ 50 ans, cette tradition tourne alors une nouvelle page, celle du mouvement fandanguero. C’est à ce moment-là que cette musique quitte la campagne et commence à se diffuser dans les villes.  Le son jarocho donc changé et continue de changer, c’est vrai. Cependant, c’est important. Nous de Los Vega veillons à ce qu’il évolue de manière saine.

PAN M 360 : Le changement s’impose-t-il? 

Sinuhé Pádilla Isunza : Le style doit changer, car nous ne vivons plus à la même époque. Nous ne vivons pas non plus au même endroit, nous ne faisons plus les mêmes choses qu’à l’époque où le son jarocho est né. Mais nous essayons de faire en sorte que ce soit un genre vivant, une tradition vivante, en acquérant de nouvelles nuances. Même dans le son jarocho, les formations se sont progressivement transformées. Par exemple, la « leona », qui est la basse, provient d’une région. Le violon tuxteco vient d’une autre région. La harpe vient d’une autre région encore. Le pandero aussi. Si l’on observe la géographie du Son Jarocho, on constate qu’au fil du temps, ces instruments se sont universalisés et que, dans les villes, on trouve désormais des groupes qui jouent de la leona, du violon, du marimbo, de la harpe, ce qui enrichit la sonorité du Son Jarocho.

PAN M 360 : Longue histoire d’hybridation!

Fredy Vega : C’est une tradition très riche qui comporte de nombreux éléments qui se sont mélangés et qui continuent de raconter de nouvelles histoires sur qui nous sommes. Donc, en nous appuyant sur le son traditionnel et paysan, en ayant la possibilité d’accéder à un style pur – si l’on peut parler de « pur » dans une tradition qui repose sur le métissage –, nous pouvons alors nous rapprocher d’une forme traditionnelle et essayer de suivre ces traces ; mais s’il y a de nouvelles influences, s’il y a de nouvelles formes que l’on découvre en voyageant et en écoutant des musiques d’autres horizons, bien sûr que cela inspire, n’est-ce pas ? Et nous ne sommes pas totalement rigides au point de dire : « Non, ça ne va pas évoluer, ça va rester identique pour toujours », c’est impossible, n’est-ce pas ? Car sinon, ça meurt.

Sinuhé Pádilla Isunza : Alors oui, on intègre de nouvelles influences ; en citer toutes serait un peu long, car il y a de nombreuses formes à Las Vegas, on le remarque bien, mais certains groupes font des choses différentes. Chacun raconte donc sa propre histoire : certains veulent s’en tenir davantage à la tradition, d’autres non, d’autres préfèrent emprunter de nouvelles voies. Et pour compléter tout cela, notre musique de Las Vegas joue un rôle très important : elle libère ces gens, pas seulement les Mexicains, mais elle réveille l’identité, elle réveille cette vibration qui coule dans nos veines, qui fait bouillir le sang et leur rappelle les traditions de leurs villages et de leurs villes ; ils commencent à s’en souvenir, et c’est là que ces traditions renaissent, non seulement celles des Mexicains, mais aussi celles de nombreux pays qui ne meurent pas parce qu’elles coulent dans leur sang.

PAN M 360 : Pourriez-vous résumer votre parcours professionnel  de la période actuelle  ?

Fredy Vega :  Notre style est, comme nous l’avons dit, une façon de jouer très particulière, propre à une région. Comme le disait Sinuhé, il existe de nombreux styles de son jarocho, mais Los Vega a une empreinte qui s’est retrouvée dans de nombreux groupes et qui se reflète dans différents projets ; on reconnaît qu’il y a un « Vega », une partie de la famille, à la manière dont on interprète la musique et le chant.

Sinuhé Pádilla Isunza : Le groupe a 30 ans d’existence professionnelle et a joué lors de différentes célébrations traditionnelles ainsi que dans des festivals nationaux et internationaux, dans différentes villes d’Europe, d’Amérique du Sud, au Mexique, aux États-Unis, au Canada et aussi en Chine.

Alors, jusqu’à présent, au cours de ces quelque 30 années, nous avons pu transmettre cette façon de faire, partager ce style sous différentes latitudes. Et en parlant de leur parcours, Los Vega a également reçu, par l’intermédiaire de son grand-père, le Prix national des arts au Mexique. Et en effet, le parcours de Los Vegas est bien riche : Combien d’albums, Freddy ?

Fredy Vega : Pour l’instant, on en est à quatre, et en plus, on a participé à des films, notamment  le film sur Frida. Los Vega a su imposer sa manière de faire pour que cela ne se perde pas, et ce style a permis de réaliser ces œuvres, n’est-ce pas ?

PAN M 360 : Quelle est la composition actuelle de Los Vega ?

Sinuhé Pádilla Isunza : Quand Los Vega joue en formation complète, elle peut compter jusqu’à sept participants. Mais ce n’est pas le cas aux Chants de Vielles, nous sommes un quatuor.  Les membres de Las Vegas participent également à différents projets, qu’ils soient musicaux ou sociaux, et nous nous consacrons aussi à l’enseignement du son jarocho dans différents endroits. C’est donc bien quand on arrive à les réunir tous, mais parfois, on n’est que quatre. C’est presque toujours c’est notre formation, c’est un quatuor.
L’instrument le plus important du son, c’est la jarana que va jouer Fredy. C’est la jarana « tercerola », un style qui s’est développé dans la région du Sotavento, au Mexique, à partir des guitares baroques espagnoles – les guitares baroques ne supporteraient pas le son percussif du son jarocho, ces instruments doivent donc être de conception différente. Ce sont également des instruments de percussion, en plus d’être harmoniques et mélodiques. Par exemple, cette « jarana » qui est une guitare baroque, n’est pas seulement un instrument rythmique et harmonique, mais aussi percussif. Il y a ensuite le « requinto », qui est un autre instrument à la fois rythmique, mélodique, percussif et mélodique ; c’est lui qui marque les mélodies. Le requinto, ou guitare de son, s’accompagne également du “sapateado” : pour nous, le zapateado est la percussion du pied, qui fait office de tambour. 

PAN M 360: Et pourquoi ces instruments sont aussi percussifs ?

Sinuhé Pádilla Isunza : Il faut mentionner qu’au Mexique, les tambours avaient été interdits par la Sainte Inquisition ; les tambours, surtout ceux qui venaient d’Afrique, étaient interdits mais… on peut retirer l’instrument aux gens, mais on ne peut pas en  retirer la mémoire de leur sang.  Et puis on a commencé à reproduire les mêmes rythmes de tambour en dansant ; c’est très similaire à ce qui s’est passé aux États-Unis avec les claquettes, ou encore au Pérou, où la loi avait interdit les tambours et où les gens ont commencé à jouer sur des caisses. C’est ce qu’on fait, et on va le faire aussi maintenant au festival, pour montrer comment le « sapateado » est préservé dans le Son Jarocho. Il y a aussi l’instrument qui joue la ligne de basse et les percussions, qui s’appelle « Leona » ; Leona, que nous allons également emmener ; c’est à la fois un instrument de percussion et de basse.

PAN M 360 :  En terminant, quels sont vos prochains projets ?

Sinuhé Pádilla Isunza : Eh bien, après le Canada, nous allons nous rendre aux États-Unis pour participer à plusieurs festivals. Aussi, un  album enregistré en live à New York avec une rare approche new-yorkaise du son jarocho, qui sortira probablement en 2027 ou fin 2026.

On veut continuer à développer et à faire découvrir le son jarocho partout où il y a un besoin.

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