Il aura fallu une rencontre lors d’un festival à Brasilia pour que Veeby et le collectif de 11 femmes afro-brésiliennes Funmilayo Afrobeat Orquestra décident de collaborer dans leur plus récent projet: un EP intitulé Muta Resistanz. Conçu lors d’une résidence d’une dizaine de jours en 2023 à São Paulo, sous la direction musicale de Fredy Massamba, Veeby a signé tous les textes tout en étant le lead vocal du projet. Le tout a été mixé et masterisé à Bruxelles par Didier Touch, ce qui en fait un projet international, mêlant Canada, Brésil, Congo, Cameroun et Belgique. Cela dit, Veeby n’en est pas à son premier projet avec des femmes musiciennes. En effet, elle avait déjà collaboré avec le groupe de femmes Jigeen Ñi au Sénégal il y a quelques années, avec ce même désir de mettre en avant les femmes musiciennes. En plus de ce EP, Veeby est présentement en pleine Immersion 2026 avec des activités prévues les 14 et 15 février au Musée McCord, avant de s’envoler vers le Gabon pour participer au Black History Month. Une femme aux multiples chapeaux! Notre journaliste Sandra Gasana s’est entretenue avec elle, entre deux rendez-vous, pour parler de ses multiples projets.






Le multi-instrumentiste jazz Julien Fillion captive l’imaginaire avec ses pièces instrumentales cinématographiques et immersives. Nous nous sommes entretenus avec lui à la veille de son concert du 14 février prochain au Verre Bouteille, dans le cadre du Taverne Tour.

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PAN M 360 : Je tiens d’abord à te féliciter pour ta musique, que je qualifierais de savante, grandiose et profondément inspirante.

Julien Fillion : Merci, c’est trop gentil.

PAN M 360 : Tu as fait paraître un excellent EP intitulé ego en 2024, suivi en 2025 d’une version LP, ego.alt. Quel était l’état d’esprit derrière l’EP ego, et en quoi diffère-t-il de celui de l’album qui en découle, ego.alt?

Julien Fillion : Pour moi, ego.alt, c’était vraiment un second souffle à ego. Une fois l’EP terminé et avec l’idée du projet du film/live session qui arrivait, j’ai eu l’impression que je n’avais pas encore complètement fini l’œuvre. Le fait de devoir présenter cette idée-là à une équipe m’a forcé à pousser un peu plus loin ma réflexion, et assez naturellement, de nouvelles idées d’arrangements sont apparues. J’ai eu beaucoup de plaisir avec Ghyslain Luc au mix aussi à amener les chansons ailleurs.

Au fond, c’est essentiellement la même musique, les mêmes arrangements, mais le fait de tout jouer live change vraiment la donne. Il n’y a aucun montage, aucun edit, et je dis bien aucun, et ça donne quelque chose de beaucoup plus raw. Pour moi, c’est plus vivant, plus honnête, et au final, meilleur.

PAN M 360 : Tu es multi-instrumentiste : saxophone, claviers, guitare et production électronique sont autant de cordes très fortes à ton arc. Que représentent ces différents instruments pour toi en tant que compositeur et directeur musical?

Julien Fillion : Tout a commencé avec la guitare quand j’étais gamin, et le saxophone est arrivé un peu par hasard, lors d’une audition au secondaire. Mais mon vrai amour pour l’instrument est vraiment apparu au cégep. J’étais ce jeune ado aux cheveux longs qui jouait du rock et de la guitare électrique, haha.

Au final, tous ces instruments sont pour moi des façons différentes de m’exprimer. Je me considère chanceux de pouvoir jouer autant de choses, parce que ça m’empêche de m’ennuyer et ça me permet d’explorer plein de textures différentes.

Cela dit, je dois avouer que le saxophone reste MON instrument. C’est celui avec lequel j’ai passé le plus d’heures, celui avec lequel je suis le plus exigeant, et c’est aussi celui qui me demande le plus de courage. Quand je joue du sax, j’ai toujours ce sentiment de laisser une partie de mon intimité accessible aux autres. C’est à la fois l’instrument que je maîtrise le mieux et celui qui me met le plus au défi.

photo du site Costume Records

PAN M 360 : Parle-moi un peu de tes collaborations avec Bobby Bazini, Diane Tell, Adib Alkhalidey et Les Louanges. Comment ces rencontres se sont-elles faites, et quelles formes ont-elles prises artistiquement?

Julien Fillion : Je me considère vraiment chanceux d’avoir croisé ces artistes, parce qu’ils et elles ont vraiment nourri et inspiré le musicien, l’artiste que je suis devenu. Difficile de dire exactement comment ces rencontres se sont faites… La musique, c’est un petit milieu : tu remplaces quelqu’un ici, quelqu’un parle de toi là, et pouf, tu te retrouves sur une tournée ou en studio.

« La seule chose que je peux contrôler, c’est mon éthique de travail. Je me suis toujours super bien préparé, parce que je crois beaucoup qu’on n’a qu’une seule chance dans ce métier, et que la première impression est hyper importante. »

PAN M 360 : Ta musique possède une forte dimension cinématographique. On a l’impression que tu cherches à nous entraîner dans de vastes univers contemplatifs, parfois désertiques, parfois cosmiques (v(.)id, sahara, supernova). Quelles sont tes sources d’inspiration lorsque tu composes? Films, jeux vidéo, romans, arts visuels… ou autre chose encore?

Julien Fillion : Je suis vraiment content que tu voies ça, parce que c’est un peu mon but, haha. J’aimerais pouvoir donner une réponse super poétique, mais en vrai, je ne peux pas vraiment pointer une source précise qui m’inspire à chaque fois. C’est plutôt un mélange de mon humeur au fil des semaines de création, de la production, des essais…

J’ai le sentiment que mon cerveau finit par faire une sorte de synthèse de tout ce qui m’entoure et me renvoie des idées. Pour moi, composer, c’est vraiment un travail d’artisan : on façonne petit à petit, on teste des textures, des ambiances, jusqu’à ce que ça prenne forme. Et parfois, ces univers contemplatifs ou désertiques sortent tout seuls, comme si la musique avait sa propre vie.

photo du site Costume Records

PAN M 360 : Sur le plan musical, j’entends des échos de Pink Floyd, d’Ennio Morricone, mais aussi des influences très diverses, venant d’un peu partout dans le monde. Quelles sont les influences musicales liées à ton projet (jazz, musique de film, etc.)?

Julien Fillion : J’écoute vraiment de tout, et je fonctionne par phases. Je peux passer deux mois à n’écouter que de la chanson québécoise, puis virer dans une phase Coltrane ou Broïl. Par contre, mes fondations — la musique de mon enfance — c’est du Led Zeppelin, du Pink Floyd et Hendrix. Je pense que ça restera à jamais en moi. Tout ça se mélange dans ma tête et finit par réapparaître dans mes compos, souvent d’une manière intuitive.

PAN M 360 : Enfin, à quoi peut-on s’attendre lors de ta prestation du 14 février au Verre Bouteille, dans le cadre du Taverne Tour?

Julien Fillion : Ça va brasser, c’est sûr ! J’ai super hâte de jouer à Montréal, surtout qu’on n’a pas joué ici depuis le lancement en octobre 2024. Mes amis et moi, ça fait genre 10 ans qu’on joue ensemble — l’énergie est énorme et on s’amuse tellement sur scène. Le show va être intense, vivant, parfois doux, parfois complètement déchaîné… mais toujours sincère. Mon but, c’est que le public ressente notre plaisir à jouer et reparte avec la tête pleine de musique.

Julien Fillion sera en concert le 14 février au Verre Bouteille dans le cadre du Taverne Tour.

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Entre rock incisif, chaos contrôlé et humour conscient, Fake Friends s’est taillé une place à la fois immédiate et légèrement déjantée.

Le groupe montréalais composé de six membres s’est forgé une réputation grâce à des chansons qui flirtent avec le bruit et la tension sans jamais abandonner complètement la mélodie, associant des moments abrasifs à un sens instinctif du groove.

Avec Let’s Not Overthink This, leur deuxième album complet qui sortira le 13 février 2026, Fake Friends revient avec un disque plus audacieux, plus bruyant et plus sûr de ses contradictions. C’est un projet qui reflète un groupe à l’aise avec les frictions entre influences, personnalités et idées, tout en continuant à évoluer au-delà de ses précédentes sorties.

Dans le cadre du Taverne Tour, Fake Friends donnera un concert gratuit à Saint-Sacrament le 13 février. Nous avons rencontré Fake Friends pour discuter des idées, des détours et des contradictions qui ont façonné l’album et le groupe qui l’entoure.


De l’idéation à la mise en scène

PANM 360 : Vous avez récemment annoncé la sortie de votre deuxième album complet, Let’s Not Overthink This, prévue pour le 13 février 2026. En tant que groupe de six musiciens, comment abordez-vous l’écriture et les arrangements ? Est-ce que tout le monde contribue de manière égale, ou y a-t-il un membre qui dirige le processus de création des démos/riffs ?

MICHEAL KAMPS: Cet album est essentiellement le fruit de l’imagination de Felix. Il avait toute une série de vieilles démos sur son ordinateur, et nous les avons écoutées pour choisir celles qui nous inspiraient le plus. Les paroles ont été écrites à quatre mains par Felix et Matt. Une grande partie des arrangements prend forme lorsque nous répétons et jouons les morceaux en live, ce qui permet aux titres d’évoluer naturellement.


Bruit, lignes de basse et tout ce qui se trouve entre les deux

PANM 360 : Si l’on compare ce nouvel album à vos précédents EP et albums, et en particulier à vos deux singles (Sucker Born Every Minute et The Way She Goes), on constate une évolution vers plus de bruit et de dissonance. Vous avez intégré davantage de synthétiseurs, de superpositions instrumentales et de morceaux centrés sur la ligne de basse. En tant que groupe, qui diriez-vous être vos principales sources d’inspiration pour cet album ?

MICHEAL KAMPS: Les gens nous comparent souvent à The Hives et Shame. Un ami qui a écouté l’album en avant-première a même dit que nous ressemblions à Spiritual Cramp. Honnêtement, il est difficile de déterminer exactement d’où vient notre son, car il y a tellement d’influences au sein du groupe que nous ne sommes pas tous d’accord. Luca a tendance à préférer la musique plus heavy, Felix… n’aime pas vraiment la musique (sans blague). Donc, l’inspiration vient en quelque sorte d’un mélange de tout et de rien.

PANM 360 : Pour poursuivre sur ce sujet, y a-t-il un groupe ou un artiste auquel on vous compare souvent et avec lequel vous n’êtes secrètement pas d’accord ?

MICHEAL KAMPS: À Halifax, un type ivre a failli uriner sur ma chaussure et m’a dit : « Vous êtes comme le groupe canadien Blink-182. » J’ai vraiment détesté ça.

PANM 360 : Enfin, y a-t-il des influences sur votre son qui n’ont rien à voir avec la musique, comme le cinéma, la littérature, l’art ou des expériences personnelles, et comment celles-ci façonnent-elles l’ambiance ou l’atmosphère de vos chansons ?

MICHEAL KAMPS: Oh, les trucs habituels : South Park, McDonald’s, la belle ville de Cincinnati dans les années 80, les spaghettis… En gros, des éléments aléatoires de notre monde finissent par se glisser dans les chansons et leur donner une ambiance un peu bizarre.

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Pistes, invités et succès accidentels

PANM 360 : Y a-t-il eu des collaborations ou des musiciens invités sur cet album que les fans devraient attendre avec impatience ?

MICHEAL KAMPS: Absolument. Nos bons amis Hannah Castelli (Cross Check) et Clarence Tremblay (Birds of Prrrey) ont apporté leur incroyable voix sur quelques morceaux. Akira Sato (Chop Sue Me) a participé aux chœurs et ajouté quelques dialogues sur un morceau. Et, bien sûr, notre ennemi juré et nemesis Timothy Aaron Bryan (Timo Bryan) de MULCH et DEATH AS IT SHOOK YOU a tenté de saboter notre enregistrement… mais nous avons finalement utilisé ses voix parlées pour le bien de l’album.

PANM 360 : Si vous deviez décrire le nouvel album en une phrase à quelqu’un qui n’a jamais entendu votre musique, que diriez-vous ?

MICHEAL KAMPS : Le rock spaghetti chili des années 80 à Cincinnati.

PANM 360 : Quelle est la chanson dont vous êtes le plus fier, et qu’est-ce qui la rend spéciale par rapport à toutes les autres que vous avez composées ?

MICHEAL KAMPS: Le dernier morceau, Good Friends, est né de nulle part. La plupart des chansons de l’album ont des paroles un peu loufoques et impertinentes, mais Good Friends est beaucoup plus émouvante et désespérée. Elle n’était même pas censée figurer sur l’album, ce qui en fait ma préférée. Elle est brute, inattendue et sincère.

PANM 360 : Comparé aux précédents albums marqués par des changements de line-up et des processus d’enregistrement fragmentés, comment cet album reflète-t-il votre évolution en tant que groupe ?

MICHEAL KAMPS: Celui-ci semble vraiment solide. Nous étions plus concentrés, et tout le monde était sur la même longueur d’onde. Pour notre dernier album, nous avons enregistré dans différents studios avec différents ingénieurs et avons connu de nombreux changements de line-up. Dans l’ensemble, cet album semble plus organique, car il a été entièrement réalisé avec les mêmes personnes du début à la fin.


Décors graisseux, grandes scènes et projets pour l’été

PANM 360 : Vous donnez un concert gratuit au Saint-Sacrement Bar à Montréal dans le cadre de la tournée Taverne. Comment adaptez-vous ces chansons pour les jouer en live, et y a-t-il des moments dans votre performance où vous aimez expérimenter ou improviser ?

MICHEAL KAMPS: Il faudra venir au spectacle pour le découvrir. Le décor est gras, et nous avons hâte de nous produire dans un espace aussi spécial.

PANM 360 : Vous avez donné des concerts incroyables au Canada, comme vos performances mémorables avec Me First and the Gimme Gimmes, et au Club Soda à Montréal. Que peuvent attendre vos fans de votre tournée et de vos concerts cette année ?

MICHEAL KAMPS: Nous serons en tournée cet été. Il y a un grand concert Pouzza sur la scène extérieure au printemps, et nous irons certainement en Ontario et dans les Maritimes. Nous espérons également jouer dans des festivals à l’extérieur du Québec, ce que nous n’avons jamais fait auparavant. Pour les dernières nouvelles, consultez notre compte Instagram.


Le mot de la fin

PANM 360 : En repensant à cet album et à votre parcours en tant que groupe, quel conseil donneriez-vous à d’autres artistes pour qu’ils puissent faire évoluer leur son tout en restant fidèles à eux-mêmes ?

MICHEAL KAMPS: Supprimez TikTok, supprimez Grindr et Tinder, jetez votre labubu dans un volcan, écoutez Miles Davis… et essayez peut-être l’opium. Je plaisante. Le vrai conseil ? Amusez-vous, ne vous prenez pas trop au sérieux et soyez gentils les uns avec les autres. C’est le plus important.

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Run Body Run. L’idée derrière sa conception relate au sentiment de paralysie lié à la peur, particulièrement au moment où tu commences à réaliser qu’il faudrait que tu ordonnes à ton corps de bouger.

Vendredi prochain à 20h, Yolande Laroche partagera la scène du O Patro Vys avec Améry et Jane Inc. dans le cadre du Taverne Tour. Artiste protéiforme déjà active sur la scène musicale depuis plus de dix ans, elle y présentera du nouveau matériel qui ne tardera pas à être dévoilé sous la forme d’un album.

En primeur, j’ai eu la chance d’écouter une démo de ce nouveau projet. Fidèle à elle-même, l’artiste explore une direction difficilement traçable à ses projets antérieurs : le groupe pop-rock Pony Girl, son projet solo Orchidae ou son projet ambiant instrumental mal/aimé, pour en citer quelques-uns. La direction est toute autre et la proposition, franche. Au sein d’une esthétique électronique dansante, le ton grave que prend sa voix nous expose un texte aux images confrontantes, presque violentes.

Pour une démo, on a affaire à un niveau d’achèvement bien avancé. La forme globale est complète et les sonorités sont clairement définies. Ma curiosité est définitivement piquée pour ce qui viendra de l’album Run Body Run.

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Diversité d’approche

Pan M 360: Tu as les projets Orchidae, Pony Girl, mal/aimé puis Yolande Laroche, projet éponyme par lequel tu as publié un EP en 2022.

Yolande: Il y a aussi un autre projet qui s’appelle KayFayb, celui-là, avec deux membres de FET.NAT, Lindsay Willman et Pierre-Luc Clément. C’est un projet de performance, un peu comme du jazz violent. On n’a rien enregistré, mis à part quelques petites vidéos ici et là sur internet.

Pan M 360: Un sujet que je voulais aborder avec toi touche à la pluralité de ton approche de la musique, qui s’observe notamment dans ta pratique de multi-instrumentiste. Tu chantes, tu joues de la clarinette, du clavier et de la guitare aussi, n’est-ce pas?

Yolande: Je viens aussi de commencer à jouer un peu de saxophone alto, j’en ai acheté un dans la dernière année. J’adore essayer de nouveaux instruments, mais ça reste récent pour moi de faire ça, pour le saxophone comme pour la guitare.

Je vois tout le temps plein de personnes qui sont en train de faire de nouvelles choses et je me disais : « Pourquoi est-ce que je m’arrêterais de faire ça? Moi aussi, j’en suis capable ». J’ai juste commencé à essayer de me convaincre que je peux commencer de nouvelles choses.

Pan M 360: C’est parfois difficile, surtout si tu as déjà un certain niveau de maîtrise avec d’autres instruments, d’être inexpérimentée pendant un certain temps.

Yolande: Le monde classique demande la perfection. C’est vraiment difficile parfois, mais à travers les années, j’ai par exemple dû faire face au fait que je voulais chanter, mais que je ne chantais pas si bien. J’ai dû nécessairement commencer de zéro et même si ça fait mal au cœur, il fallait le faire.

Pan M 360: Comme pour les instruments, tu sembles accorder une importance au fait d’entretenir plusieurs projets, à cultiver une pluralité d’expression artistique.

Yolande: Pony Girl était mon premier projet pop en sortant du monde classique. On a fait deux albums et des tournées. Après une grande tournée canadienne très intense en émotions, on a pris une pause d’à peu près 8 mois sans jouer ni enregistrer. Ça m’a fait me sentir vraiment perdue du fait que j’avais mis tellement de mon identité artistique dans ce band-là, je me suis mise à me questionner sur le fait qu’elle ne reposait que dans un seul projet.

Après m’être essayée à la musique expérimentale instrumentale, j’ai voulu chanter. J’ai donc commencé à écrire pour voix et piano et Orchidae est né de ça. Kayfayb venait du désir de vouloir aller vers la musique expérimentale. J’ai connecté avec Pierre-Luc Clément et Lindsay Wallman. Ensemble, on a créé un trio. C’est vraiment magique ce qu’on fait sur scène, mais ce n’est peut-être pas un projet qui va être enregistré.

Par la suite, je me suis intéressée à la musique électronique et j’en suis arrivée à Yolande Laroche, mon projet le plus récent. Je pense bien que c’est le projet dans lequel s’est le mieux développée mon expression artistique.

Je voulais incarner mes différents personnages que j’ai un peu accumulés au fil des années. Je veux vraiment dire quelque chose qui est important pour moi.

Une nouvelle direction : pluralités temporelles

Pan M 360: J’ai trouvé qu’avec ton projet éponyme en particulier, tu vas définitivement dans une direction plus expérimentale et très frontale. Avec mal/aimé, il y a quelque chose de plus abstrait, peut-être par le fait que la musique est purement instrumentale, sans paroles. Pour le EP Journal d’enfance, tu as collaboré avec Nick Schofield?

Yolande: Oui et en fait, Nick Schofield, c’est mon mari. On a produit Orchidae ensemble pour un album que j’ai lancé l’année passée. Ça fait cinq ans qu’on est ensemble comme couple. J’ai un bureau dans notre maison et lui a un bureau dans l’autre bout de notre maison. Quand je travaillais sur le projet, il lui arrivait de venir dans mon bureau et on discutait des idées, mais je tenais à produire cet album seule et il m’a totalement laissé cette liberté. Il était tout de même un excellent guide.

Chez nous, il y a toujours de la musique. Lui travaille sur ses choses et m’invite dans son bureau pour qu’on discute de sa musique. C’est vraiment un beau lien entre lui et moi. Je peux peut-être t’envoyer des démos si ça te tente d’écouter! Il y a des paroles assez intenses… J’ai très hâte de le présenter.

Pan M 360: Absolument partant! C’est du matériel que tu vas jouer la semaine prochaine au Taverne Tour?

Yolande: Oui, je vais le jouer. C’est le genre de choses que j’aime essayer. J’ai joué ce matériel-là quelques fois déjà. C’est en jouant que j’ai été capable de continuer l’écriture des paroles. Ça m’a vraiment aidée à me placer à l’intérieur de la musique pour continuer à la développer.

Pan M 360: Quelque chose qui m’a frappé particulièrement avec l’EP Journal d’enfance est l’inspiration que tu es allée tirer de tes journaux d’enfance. Qu’est-ce qu’il y avait pour toi d’attrayant d’aller piger aussi loin?

Yolande: Pour Journal d’enfance, j’ai reçu la chance de faire une résidence de création au studio Daïmon à Hull. Nick et moi, on est allés faire cette résidence en 2022 ou 2023. On avait trois jours et on a juste improvisé ensemble.

Avant la résidence, j’étais allée fouiller chez mes parents pour trouver les journaux que ma mère m’avait donnés quand j’étais jeune. À l’époque, elle trouvait que je vivais beaucoup d’émotions et qu’il pourrait être pertinent que je les mette sur papier. J’ai décidé de tenter de représenter en musique des paroles que je trouvais intéressantes. J’ai trouvé le processus vraiment drôle.

La première pièce du EP, c’est une recette pour potion magique. La deuxième parle de la magie de l’océan, à un moment où j’étais un peu obsédée par la Petite Sirène. La troisième décrit une forte émotion de rage, je pense que ça devait être envers mon frère. Je me souviens qu’en écrivant, je me disais qu’il me fallait finir avec quelque chose de plus jovial. J’ai donc écrit : « On s’en va à la piscine à vagues ».

C’étaient des moments très crus, très purs. Je pense que comme adulte, on a tendance à s’imposer des filtres qui n’existent pas en tant qu’enfant. Aujourd’hui, je tente de conserver l’habitude du journal en écrivant souvent. J’ai aussi une note dans mon téléphone où j’écris tout le temps des paroles ou des idées.

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Composition multi-canale et post-production

Pan M 360: Au studio Daïmon, vous avez travaillé les compositions en format ambisonique. 7.1?

Yolande: Oui, exactement.

Pan M 360: Dans quelle mesure ça a affecté le processus de composition?

Yolande: C’était super le fun. On a pu décider de la façon dont on allait faire le mix spatial. Dans la première pièce, par exemple, les voix surgissent d’en haut de la tête, des côtés, de derrière et d’en avant. On a pu jouer avec les segments musicaux et les faire tourner tout autour de nous. J’ai trouvé ça super intéressant.

En fait, je n’ai pas beaucoup eu la chance de présenter ces pièces-là en format ambisonique. Je l’ai fait une fois à Pique, un festival à Ottawa. La disposition était un peu différente, les haut-parleurs étaient sur des pieds placés en demi-cercle.

Pan M 360: Et à quoi ressemblait la disposition au studio?

Yolande: Il me semble qu’il y avait une paire de haut-parleurs en avant et un au centre, deux au plafond puis un de chaque côté arrière.

Pan M 360: Tu as aussi été impliquée aux étapes de post-production dans ce projet. Avez-vous fait le mixage et le mastering directement au studio?

Yolande: Oui, on avait trois jours et je tenais à ce qu’on ait un produit fini en sortant. Ce n’était pas quelque chose que je voulais ramener à la maison. Nick et moi, on s’est imposé ça comme défi.

Pan M 360: Trois jours, c’est une tranche de temps dans laquelle tu parviens à composer trois pièces, habituellement?

Yolande: Normalement, non. Ça me prend beaucoup de temps! Je suis quelqu’un qui pense beaucoup et je poursuis rarement ma première idée. J’ai aussi besoin de temps pour les paroles, de m’asseoir avec elles.

Pan M 360: Vous vous êtes donc imposé une certaine spontanéité pendant la résidence.

Yolande: Oui, définitivement. Je pense que le faire comme ça rajoutait un certain élément de magie pour nous.

Pan M 360: Dans tes autres projets, t’arrive-t-il d’être impliquée dans la post-production?

Yolande: Normalement, on engage quelqu’un pour le faire. Je ne me considère pas comme une experte en mixage. J’aime ça jouer là-dedans, mais il y a beaucoup de choses que je ne connais pas encore. J’ai débuté sur Ableton en 2019. Pour moi, ça demeure un outil récent. Je découvre encore de nouvelles fonctionnalités à chaque fois que je l’utilise.

Pan M 360: On est toujours en train d’apprendre!

Projet en gestation

Yolande: L’album que je vais lancer sous Yolande Laroche, celui que je vais présenter à Taverne Tour, je l’ai exclusivement composé dans Ableton avec mes synthétiseurs, puis les paroles sont venues après. C’était définitivement une nouvelle méthode de travail pour moi.

Pan M 360: Comment va-t-il s’appeler?

Yolande: Run Body Run. L’idée derrière sa conception relate au sentiment de paralysie lié à la peur, particulièrement au moment où tu commences à réaliser qu’il faudrait que tu ordonnes à ton corps de bouger. J’essaie donc d’incarner mes peurs et de mettre ces sentiments en mots et en musique.

Dans l’esthétique, j’ai été inspirée d’une performance de Marie Davidson que j’ai vue à Mutek l’an dernier. En revenant chez nous, je me suis donné un mois pour faire un album, en vue de présenter de nouvelles pièces à un spectacle prochain. Je me suis mise à composer sur Ableton chaque jour en tentant de créer ce que j’imaginais comme mon incarnation personnelle de l’énergie du show de Marie Davidson.

Pan M 360: Donc encore une fois, tu vas approcher un tout autre style musical avec ce projet. Aucun de tes projets n’a encore touché à de la musique purement électronique dance, n’est-ce pas?

Yolande: C’est bien ça. Ça fait quelques années que je vais voir de plus en plus de sets DJ et j’adore aller danser. C’est tellement libérateur de bouger ton corps sur ce genre de musique.

Certains de mes autres projets me présentent sous une facette plus vulnérable, comme Orchidae. J’avais besoin d’incarner ce personnage afin de passer à travers des émotions plus tristes et retrouver ma confiance. Je pense que maintenant, je suis prête à danser. J’ai le goût de bouger un petit peu.

Pan M 360: Ça risque d’être une soirée assez variée vendredi prochain. Tu partageras la scène avec Améry et Jane Inc., c’est bien ça?

Yolande: Oui, c’est ça. J’ai déjà ouvert pour Jane Inc. avec Pony Girl il y a quelques années, je pense que c’était à Calgary. Elle est vraiment fantastique, j’ai super hâte de la revoir! Je ne connais pas Améry et j’ai hâte de la découvrir.

Pan M 360: Et moi de même!

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Depuis les années 70, époque où il officiait au sein du groupe montréalais Nébu, Jean Derome demeure un des plus prolifiques  instrumentistes (saxophones et flûtes), compositeurs et improvisateurs de la musique québécoise de création. Jamais complètement associé au jazz contemporain ou moderne, Jean Derome en provient et il y est toujours revenu dans son œuvre que l’on peut aisément qualifier de multipolaire, multiréférentielle,  assurément considérable. Que son travail soit mis en lumière par l’Orchestre national de jazz de Montréal (ONJ) tombe donc sous le sens. Il en va de même pour le titre de cette soirée de jeudi 12 février à la Cinquième salle de la Place des Arts :L’univers audacieux de Jean Derome, dont les deux longues pièces au programmes, suites orchestrales intitulées 5 Pensées et La Force et la Beauté, avec la participation  du compositeur parmi les instrumentistes de l’orchestre, sont ici présentées par leur concepteur.

PAN M 360 :  L’ONJ et Jean Derome c’est un rapport un peu naturel puisque Jacques Laurin, son directeur, tu le connais depuis les années 70. 

Jean Derome : Depuis l’époque du groupe Conventum.

PAN M 360 : Jacques Laurin jouait dans Conventum avant d’être le bassiste de  l’Orchestre Sympathique, c’est vrai!

Jean Derome : Il jouait dans le deuxième disque de Conventum. C’était magnifique les lignes de basse qu’il inventait là-dedans. Bien je le connais depuis ce temps-là. Je le connais du temps aussi où il voulait faire une association de musiciens de jazz . Puis différentes circonstances ont mené nos chemins ailleurs, je ne connais pas tout son parcours…  Juste avant la pandémie, il était question pour moi de chanter des classiques de mon choix de Duke Ellington et Billy Strayhorn.

PAN M 360 : Et ça n’a pas eu lieu?

Jean Derome :  J’écrivais alors une pièce intitulée La force et la beauté puis c’est celle-là qu’on présentait. Ça, ça a été joué seulement en concert web.  Cette pièce était jouée en première partie et  une deuxième partie avec une série de chansons.

PAN M 360 : Je me souviens que tu étais un, si ma mémoire est bonne, tu étais un grand fan du saxophoniste Johnny Hodges. 

Jean Derome : Oui, j’adore Johnny Hodges. 

PAN M 360 : Qui était le joueur d’alto dans le big band de Duke Ellington. 

Jean Derome : Oui. Et Ellington, j’ai étudié ça à l’envers puis à l’endroit.  

PAN M 360 : Pour cette période de sa vie professionnelle, pendant plus d’un demi-siècle, c’est peut-être le plus grand de tous. 

Jean Derome : C’est une production incroyable aussi.Une grande qualité, mais aussi c’est phénoménal la quantité de travail qu’il a fait. 

PAN M 360 : Mais les gens connaissent peu de lui finalement.

Jean Derome : Ce qui m’a frappé, même en montant ce projet-là, c’est que des chansons que j’écoutais depuis longtemps, je me rendais compte que c’était très, très peu connu. On connaît la série de hits. Satin Doll, Take the A Train (Strayhorn), etc.

Alors bon, c’était l’occasion de reprendre. Puis dans le fond, le temps ayant passé, Jacques, au lieu de vouloir reprendre ce show-là, il m’a proposé de faire un show plus seulement de ma musique.

Alors pour compléter le programme, à part la pièce que j’avais écrite  pour l’ONJ, j’ai proposé une pièce composée pour un orchestre de Vancouver, le Hard Rubber Orchestra.  La pièce avait été créée en 2001 et fut jouée une fois à Montréal dans le contexte d’une tournée canadienne du Hard Rubber Orchestra.  Une pièce comme ça, une grande suite, c’est beaucoup de travail. De mon point de vue, c’est précieux,  je n’en ferai pas des tas d’autres comme ça, je me sens un devoir de fidélité envers mes pièces, de leur donner une chance d’être écoutées.  Je suis donc très très heureux que l’on joue cette pièce de nouveau.  

PAN M 360 : Et tu ne dirigeras pas l’ONJ, cette fois?

Jean Derome : Non, ça sera Samuel Blais. Pour le concert de 2020, j’étais le chef, et il n’y avait plus de chef pour la section Ellington. J’avais prévu jouer, mais finalement je ne pouvais pas jouer autant que je voulais, il fallait que je tienne le groupe ensemble, donc finalement j’avais dirigé plus que je ne l’avais prévu.  Alors je serai cette fois intégré dans l’orchestre plutôt qu’être entre les deux. Là, je vais pouvoir vraiment jouer, ça fait que je me donne un peu plus de place, je ferai un peu plus de solos que dans la version originale. 

PAN M 360 : Décrivons maintenant le programme et des spécificités de tes pièces au programme. D’abord celle composée pour le Hard Rubber Orchestra.

Jean Derome :  Elle s’appelle Cinq pensées pour le caoutchouc dur, une pièce en cinq mouvements. Ces parties ne portent pas de titres mais des caractères différents. La première est qualifiée de  sombre, dramatique, mystérieuse; la deuxième est détendue et spirituelle; la troisième est processionnelle, noble et expressive ; la quatrième est énergique; la cinquième est folle, festive, presque frénétique, dédiée au grand batteur néerlandais Han Bennink.

PAN M 360 :  Du point de vue formel, est-ce  vraiment jazz?

Jean Derome : Oui, c’est jazz mais pas tant que ça… Comme tu le sais, je vois le jazz d’une manière très large. 

PAN M 360 : C’est ta patte. Sauf que des fois, tu fais des choses qui sont vraiment dans l’improvisation totale, avec des consignes qui n’ont rien à voir avec des feuilles de musique. Alors là, cette fois-ci, tu travailles dans un mode plus jazz, entre guillemets. 

Jean Derome : C’est vrai mis le Hard Rubber Orchestra faisait aussi shows de musique latine, et j’ai donc conservé certains aspects latins dans cette pièce dédiée à la mémoire de Ken Pickering, regretté directeur du Festival de jazz de Vancouver qui fut, je crois, le meilleur directeur artistique des festivals de jazz canadiens à son époque. 

PAN M 360 : Passons au deuxième volet du concert.

Jean Derome : La pièce s’intitule La force et la beauté, une commande de l’ONJ.

PAN M 360 : OK, puis la commande était-elle assortie de consignes ? 

Jean Derome :  De rien. 

PAN M 360 : C’était une carte blanche, en fait.

Jean Derome : Oui, oui, oui, dans l’idée d’un concert qui combinerait les chansons d’Ellington. nLe show de Kim Richardson qui chantait du Ellington avec l’ONJ, j’étais allé voir ça, c’était très bon. Mais c’était drôle parce qu’il y avait plusieurs pièces que c’est moi qui les avais choisies pour le concert que j’ai fait en 2020.

PAN M 360 : Finalement, le travail que tu avais accompli a servi indirectement?

Jean Derome : Oui, exactement.

PAN M 360 :  Revenons au programme de jeudi. Peux-tu nous parler de la deuxième pièce d’un point de vue compositionnel?

Jean Derome :  Le sous-titre de cette pièce est  Clin d’œil amoureux au jazz, sept pièces qui sont en réalité des danses.  Dans cette suite, j’ai utilisé un certain nombre de thèmes sous  différents éclairages. C’est-à-dire que, par exemple, les thèmes que tu entends dans le premier mouvement, Scat Funk Gospel, sont présentés de différentes manières. Plus tard dans l’œuvre, ils reviennent dans d’autres incarnations, d’autres ambiances. La deuxième et la troisième partie sont enchaînées, une  s’appelle Intro Bossa», une autre s’appelle Bossa dédiée à Hermeto Pascoal. Ensuite, tu as une section intitulée Intro Groove, qui reprend des motifs de Bossa, ce qui mène à la section suivante, Groove, quasiment une base de funk, dédiée à Gil Evans. La dernière s’appelle Stride qui illustre différentes aventures un peu à la manière de musiques de films. 

PAN M 360 : Stride fait référence à un style de jazz d’il y a un siècle, non?

Jean Derome : Ça commence comme ça, mais graduellement, ça va se moderniser, quasiment exploser. Le stride, je le prends plus relax que James P. Johnson, Willie « The Lion » Smith» ou Fats Waller. je le prends plus « médium » et ensuite,  ça double de vitesse, reviennent alors quasiment tous les thèmes de la pièce, et se superposent à la fin. Cette superposition est vraiment complexe car les thèmes n’ont pas le même nombre de mesures . En tout cas, ce sont de beaux moments de musique. 

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Notre journaliste Florence Cantin a eu le plaisir de s’entretenir avec l’artiste multidisciplinaire Erika Hagen quelques jours avant sa prestation au Taverne Tour, le 12 février prochain. Elles ont parlé de sa musique : son virage rock, la genèse de son projet, ses inspirations et ses aspirations… ainsi que de leurs grand-mères respectives. En voici une synthèse : une discussion sincère qui gravite autour des thématiques nourrissent l’ensemble de ses activités artistiques.

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Le saxophoniste américain Steven Banks est à Montréal cette semaine pour participer à deux concerts avec l’Orchestre symphonique de Montréal. Il se produira mercredi et jeudi à la Maison symphonique, où il présentera le concerto pour saxophone du compositeur Billy Childs, lauréat d’un Grammy Award, intitulé Diaspora, avant de donner un concert plus intimiste vendredi soir à la Salle Bourgie, où il se joindra à un quatuor à cordes pour interpréter des morceaux de Mozart, mais aussi sa propre composition intitulée Cries, Sighs and Dreams. Banks s’est entretenu avec nous pour discuter de tout, des morceaux qu’il interprétera cette semaine à l’importance de rendre la musique classique accessible à tous.

BILLETS ET INFORMATIONS ICI

PAN M 360 : Merci de m’accorder cette entrevue aujourd’hui. La semaine prochaine, vous serez à Montréal pour deux concerts. L’un d’eux sera avec l’Orchestre symphonique, où vous interprétez Diaspora, une pièce que Billy Childs a écrite pour vous. Que pouvez-vous me dire à propos de cette pièce ?

Steven Banks : En gros, Billy Child raconte l’histoire de la diaspora afro-américaine, et pour ce faire, il utilise trois poèmes qu’il qualifie de repères dans cette œuvre, écrits par les poètes afro-américains Niyura Waheed, Claude McKay et Maya Angelou. La musique passe par toutes sortes de changements de caractère et utilise à la fois des saxophones soprano et alto. 

Il y a des combats dans cette œuvre, et il y a des moments qui sont de belles cadences qui, selon moi, s’éloignent quelque peu de l’histoire, dans le sens où elles sont en quelque sorte des réflexions sur ce qui se passe, sur ce qui s’est passé.

Il s’agit essentiellement d’une histoire de résilience, et il utilise des repères tels que l’Église noire américaine pour expliquer comment, malgré tous ces événements, nous avons réussi à faire preuve de résilience et à envisager un avenir meilleur.

PAN M 360 : Vous jouez donc cette pièce depuis maintenant, je crois, trois ans. Qu’est-ce qui vous attire dans cette pièce, et votre interprétation a-t-elle évolué au fil des ans ? 

Steven Banks : Oui, tout à fait. Je ne suis pas tout à fait impartial, mais je pense que c’est le meilleur concerto pour saxophone qui existe, en partie parce qu’il permet au saxophone d’exploiter toutes ses qualités. On joue du saxophone soprano et alto, il y a des passages lyriques, d’autres intenses, et même un passage multiphonique à un moment donné. Je trouve qu’il utilise très bien l’instrument, et le public apprécie vraiment cette œuvre.

En ce qui concerne ce qui a changé au fil des ans et comment cela a changé, je pense sincèrement que cela change à chaque fois que je joue cette œuvre. C’est vraiment ce que j’ai remarqué, car je l’ai jouée avec plusieurs chefs d’orchestre jusqu’à présent, et chaque chef a sa propre interprétation, chaque orchestre est complètement différent, chaque salle est différente. Je pense que cela a été un bon exercice pour moi en termes de flexibilité et de capacité à m’adapter à toutes les circonstances liées à la pièce et à lui permettre d’être organique dans n’importe quelle situation.

PAN M 360 : Que souhaiteriez-vous que le public retienne après avoir écouté cette œuvre ? Quel objectif poursuivez-vous en tant que soliste en partant en tournée avec cette œuvre à travers l’Amérique du Nord ?

Steven Banks : Oui, eh bien, je pense que je veux vraiment que les gens connaissent l’histoire de cette œuvre. Je veux qu’ils se renseignent sur les poètes et qu’ils en apprennent davantage sur leur poésie. Je veux qu’ils se renseignent sur Billy Childs et qu’ils découvrent le vaste répertoire de musique classique qu’il a composé. Je veux qu’ils écoutent le saxophone dans un contexte classique. Je veux aussi qu’ils voient cette œuvre comme l’avenir de la musique classique, car je pense qu’elle a le pouvoir de défier les frontières entre les genres. Je veux dire, c’est une œuvre classique qui utilise l’orchestre, mais ce n’est pas du jazz, même si elle comporte des éléments jazzistiques qui permettent à l’histoire d’avancer. Je pense que c’est quelque chose qui pourrait marquer les esprits, et j’espère aussi simplement qu’ils seront émus sur le plan émotionnel et que cela restera gravé dans leur mémoire pour cette raison également.

PAN M 360 : Vous avez lancé l’initiative Come As You Are , qui vise à faire découvrir la musique classique à des communautés sous-représentées. Pourquoi était-il important pour vous d’inclure ce type d’action dans votre pratique musicale ? 

Steven Banks : Oui, je pense que cela a été l’aspect central de ma carrière, et une fois que j’ai pu disposer d’une plateforme avec différents orchestres et compositeurs, je me suis demandé comment je pouvais les y intégrer. Je pense qu’il y a tellement de gens, tellement de potentiel inexploité dans la musique, parce que tout le monde n’a pas l’impression que cela s’adresse à eux. Et donc, chaque fois que je vais quelque part pour jouer cette pièce ou d’autres pièces, je veux que les gens se sentent à leur place et bienvenus.

En réalité, l’initiative Come As You Are poursuit plusieurs objectifs. L’un d’entre eux consiste à organiser des concerts communautaires avant le concert principal. Ces concerts communautaires s’apparentent à des récitals-conférences au cours desquels je présente les morceaux, je joue et je raconte l’histoire au fur et à mesure, en lisant les poèmes et tout le reste. Je pense que cela aide vraiment les gens qui viennent au concert à avoir l’impression de comprendre ce qui se passe et de pouvoir participer à l’événement.

PAN M 360 : Comment l’industrie a-t-elle évolué ces dernières années pour que ces personnes se sentent les bienvenues ? Et que pensez-vous qu’il faille faire de plus pour que, comme vous l’avez dit, ces barrières disparaissent progressivement et que davantage de personnes puissent profiter de la musique que nous jouons dans les salles ? 

Steven Banks : Oui, je pense qu’il y a beaucoup plus de musique interprétée par toutes sortes de personnes, essentiellement des femmes et des personnes issues de milieux très divers, et c’est vraiment formidable. Pour moi, je pense que la prochaine étape consiste simplement à continuer à diffuser la musique au-delà des salles de concert, mais mon rôle est d’amener les gens à venir aux concerts. Je pense qu’il est avantageux de se produire dans une école ou un centre communautaire, mais il est également essentiel d’amener le public sur le lieu du concert. Un aspect important de notre travail est l’incroyable acoustique d’une salle de concert et la possibilité de voir l’orchestre en action.

PAN M 360 : Vous donnerez également un deuxième concert à Montréal, à la Salle Bourgie. Ce concert sera axé sur les cordes et le saxophone et comprendra l’une de vos propres compositions. Comment la composition est-elle entrée dans votre vie d’interprète ? 

Steven Banks : J’ai commencé à écrire en 2016 ou 2017, pendant mon master. Je traversais une période de transition et j’essayais de déterminer quelle direction prendre dans ma vie. Un de mes amis m’entendait en parler tout le temps et m’a dit : « Tu devrais vraiment écrire une chanson là-dessus. » Je lui ai répondu que je n’étais pas compositeur et que je ne savais même pas par où commencer. Il m’a simplement répondu : « Vas-y, lance-toi. »

Et c’est ce que j’ai fait. J’ai commencé par me rendre dans une salle de répétition, m’asseoir au piano, allumer un enregistreur vocal et improviser pendant un moment. Ensuite, j’ai réécouté l’enregistrement et j’ai commencé à repérer les éléments qui me semblaient intéressants ou qui, selon moi, pouvaient évoluer vers quelque chose. Je me suis alors mis à les noter à la main, et cela a naturellement donné naissance à ma première composition. Cela m’a pris beaucoup de temps pour écrire une pièce très courte, mais aujourd’hui, cela fait partie intégrante de mon travail.

PAN M 360 : Et comment diriez-vous que la composition elle-même vous a changé en tant qu’interprète ? Comment cela a-t-il changé votre approche de la création musicale et de l’interprétation en général? 

Steven Banks : Je pense que cela fait de moi un meilleur interprète, car je comprends un peu mieux comment je m’intègre dans le processus de création musicale. Lorsque vous jouez et pensez comme un compositeur, je pense que vous jouez mieux que si vous pensez comme un saxophoniste. Beaucoup de choses auxquelles nous pensons en tant que saxophonistes n’ont aucun rapport avec la façon dont le public perçoit la musique. Je pense donc que cela m’a aidé à me libérer de beaucoup de choses que je pensais devoir faire ou ne pas faire, et à me concentrer uniquement sur les intentions du compositeur.

Et surtout, fondamentalement, en tant que saxophoniste, nous pensons souvent à nos parties plutôt qu’à la partition qui a été écrite. Et c’est la première chose qui a vraiment changé. Je ne joue presque plus jamais la partie de saxophone, car le compositeur écrit l’ensemble de la pièce. Même dans un concerto, vous n’êtes qu’une partie. Ce n’est pas comme si le saxophone était l’élément central et que tout le monde faisait partie de l’arrière-plan. Tout forme un tout. Je pense que j’ai vraiment commencé à comprendre cela lorsque j’ai commencé à composer.

PAN M 360 : Vous avez également lancé le projet de commande (Our Time), qui vise à promouvoir la création de nouvelles œuvres pour saxophone et à en faire un élément essentiel du paysage musical du XXIe siècle. Que recherchez-vous lorsque vous commandez des pièces ?

Steven Banks : Une chose que je voudrais mentionner à propos de la musique que je crée, c’est que je souhaite vraiment offrir aux compositeurs la possibilité de s’exprimer à leur manière. Je sais que beaucoup de gens, lorsqu’ils passent commande, demandent des choses spécifiques, comme « je veux vraiment que ce soit flashy » ou « je veux que ce soit lyrique ». Et quand je pense aux grandes œuvres du passé, au Concerto pour violon de Brahms, à Rachmaninov ou à d’autres pièces importantes, je me rends compte que, souvent, ces pièces n’ont pas été commandées. Les compositeurs avaient quelque chose qu’ils voulaient écrire, ils l’ont écrit et, parce que c’était authentique et libre de toute contrainte, ils ont pu créer ces œuvres magnifiques.

Je souhaite vraiment que nous, saxophonistes, puissions disposer de cette musique afin de ne pas avoir à toujours faire des transcriptions et autres, car je pense que nous avons une contribution unique à apporter à la musique, que les autres instruments n’ont tout simplement pas.

PAN M 360 : Le deuxième concert s’intitule donc Cordes et saxophone.Dans ce concert, vous jouerez en quintette avec un hautbois, bien sûr, et avec le saxophone soprano de Mozart. Vous jouerez également votre morceau, qui est un quatuor à cordes avec saxophone. Qu’est-ce qui vous intéresse dans le mélange des instruments à cordes et du saxophone ? 

Steven Banks : J’adore tout simplement le son. Je trouve que les instruments à cordes ont beaucoup d’harmoniques aiguës dans leur son, ce qui permet souvent au public de percevoir le saxophone comme ayant un son plus sombre, plus riche et plus luxuriant, ce qui m’attire beaucoup. Je pense que le saxophone, d’une manière générale, ne dispose pas d’un répertoire suffisant dans ce domaine. J’ai donc composé trois quintettes avec un saxophone et un quatuor à cordes, et j’adore les possibilités qu’ils offrent. 

PAN M 360 : Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur cette œuvre ? En effet, le concert est très classique à certains égards, avec Mozart, Joseph Bologne, et puis cette œuvre plus contemporaine. Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur cette œuvre ? 

Steven Banks : Oui, donc pour cette pièce, à bien des égards, je voulais écrire quelque chose qui contraste avec Mozart et les programmes plus traditionnels. C’était une idée que j’avais en tête. Ce n’est pas la raison pour laquelle je l’ai écrite, mais c’est une idée. Plus précisément, le titre vient d’une citation d’Hector Berlioz, qui dit que le saxophone pleure des soupirs et des rêves, qu’il possède un crescendo et peut diminuer progressivement jusqu’à ce que le son ne soit plus qu’un écho d’un écho. Et j’aime l’idée d’atteindre les limites extrêmes de quelque chose.

J’ai écrit cette pièce pendant la pandémie, alors que j’avais l’impression que nous atteignions les limites de nos capacités psychologiques. Je pense que cette pièce est vraiment un voyage vers l’acceptation. Et je me suis rendu compte que lorsqu’on arrive à un point d’acceptation, on ne redevient pas comme on était au début, mais on est changé de manière intrinsèque, et il reste toujours des traces de ce qui s’est passé au fil du temps. 

J’ai en quelque sorte deux courants de composition, j’ai l’impression que certaines des pièces que j’écris sont ainsi. Elles utilisent beaucoup de techniques étendues, elles sont vraiment originales et un peu folles. Et puis j’ai d’autres pièces qui sont très, très classiques, qui utilisent des cadences et tout ce genre de choses. C’est un peu fou. Il y a ces glissandos harmoniques dans les cordes qui sont censés créer un sentiment de confusion ou quelque chose comme l’esprit lorsqu’il est occupé. Comme s’il y avait beaucoup de choses et qu’on ne pouvait pas vraiment se concentrer sur quoi que ce soit. Mais on entend toutes ces choses se produire.

PAN M 360 : Que souhaitez-vous que le public retienne après le concert ? Qu’il découvre toutes les façons d’utiliser le saxophone, non seulement de manière classique, mais aussi de manière plus contemporaine.

Steven Banks : Je pense que j’ai du mal avec ça parce que je veux que chacun garde en mémoire ce dont il se souvient. Je veux simplement qu’ils apprécient la musique  et certaines personnes viennent à la musique pour trouver peut-être un sentiment de soulagement et de plaisir, et elles seront attirées par Mozart parce que c’est beau et enjoué. Mais je me souviens aussi qu’une fois, après avoir interprété Cries, Sighs, and Dreams, quelqu’un est venu me voir après le concert, en pleurant, et m’a dit : « J’avais juste besoin d’entendre ça ». Mais j’imagine aussi qu’il y a des gens qui diront : « Oh, ce morceau était un peu fou et bizarre ». Je veux donc que les gens en tirent ce qu’ils veulent et j’espère qu’ils apprécieront quelque chose.

PAN M 360 : Eh bien, merci de m’avoir accordé votre temps. J’ai hâte de voir ces concerts la semaine prochaine. Et oui, merci beaucoup d’avoir pris le temps de me parler aujourd’hui.
Steven Banks : Oui, merci. Et j’espère vous rencontrer en personne !

Artistes

Rafael Payare, chef d’orchestre

Steven Banks, saxophone

Nikola Hillebrand, soprano

Programme

Jimmy LópezPerú Negro (17 min)

Billy Childs, Diaspora, Concerto pour saxophone et orchestre (23 min)

Intermission (20 min)

Gustav Mahler, Symphonie n° 4 (54 min)

Le Big Band de l’Université de Montréal, qui célèbre cette année ses 75 bougies, tiendra un concert consacré à la voix. Le 19 février, à la Maison de la Culture Côte des Neiges, six chanteuses de jazz s’ajouteront au Big Band, pour une célébration du jazz vocal. Ce concert est gratuit et commencera à 19:30. Michel Labrecque en a discuté avec Maude Brodeur, une des chanteuses étudiantes et Joâo Lenhari, trompettiste, professeur et directeur du Big Band.

La venue imminente du fameux Chœur de chambre philharmonique d’Estonie sur ce continent  comprend une escale montréalaise, ce dimanche 15 février  à la Maison symphonique, d’où cette interview avecTõnu Kaljuste.  Le musicien estonien  est à la fois  chef de chœur et chef d’orchestre,  de renommée internationale. Dans sa récolte d’honneurs, il y a ces 5 nominations aux Grammy Awards dont une statuette consacrant la “meilleure performance chorale” pour l’album Adam’s Lament d’Arvo Pärt en 2014.  En 2019, par ailleurs,  notre interviewé a remporté l’International Classical Music Award pour l’enregistrement des symphonies d’Arvo Pärt avec l’Orchestre philharmonique NFM de Wrocław.  Considéré comme un des plus grands spécialistes de la musique d’Arvo Pärt, sinon le plus éminent pour son exécution sur scène, Tõnu Kaljuste nous explique son lien artistique avec le compositeur âgé aujourd’hui de 90 ans, et comment ces oeuvres cohabitent sur scène avec celles de l’Américain  Philip Glass, ainsi que  des Estoniens Veljo Tormis  Evelin Seppar.

PAN M 360 : Vous interprétez Arvo Pärt,  aussi des œuvres  de Luciano Berio, Eveline Shepard, Vejo Tormis et Philip Glass.  D’abord, parlons de votre relation avec Arvo Pärt, le plus célèbre compositeur estonien de notre ère. Nous savons qu’il est toujours impliqué dans les concerts des orchestres  qui jouent ses œuvres, c’est bien le cas?

Tõnu Kaljuste :  Ça l’était, mais depuis les deux dernières années, non. Je l’ai visité chez lui récemment mais il n’est pas venu aux concerts, ni aux réunions de production. 

PAN M 360 :  Vit-il toujours en Estonie? 

Tõnu Kaljuste :  Oui, il vit en Estonie, près d’un centre qui porte son nom à Laulasmaa.

PAN M 360 :  Pouvez-vous nous résumer l’histoire de votre relation avec lui?

Tõnu Kaljuste : Ça a commencé à la fin des années 80.  Il avait entendu  l’exécution de Te Deum à la radio publique estonienne, nous nous sommes rencontrés après m’avoir demandé d’enregistrer l’œuvre sous étiquette ECM.  J’avais déjà enregistré sa musique chez ECM et Te Deum était le second enregistrement. C’était parti. En 1992-1993, nous avons enregistré Te Deum en Finlande, dans une église. Après quoi nous nous étions rendus à Perth en Australie pour un festival où la musique d’Arvo Pärt. À partir de là, nous avons commencé à travailler ensemble sur une base régulière.

PAN M 360 :  Une  longue relation basée sur la confiance et l’amitié!

Tõnu Kaljuste : Oui, mais il s’agit d’une amitié professionnelle. Nous ne sommes pas des amis  intimes, notre connexion est fondée sur le travail. Notre relation la plus intense avec sa musique coïncide avec l’époque de l’enregistrement de sa 4e symphonie. Vous pouvez y trouver toutes les particularités stylistiques de son art, du commencement à la fin de l’exécution. Je me souviens lorsque nous avons joué cette symphonie à Stockholm, j’ai réalisé que cette œuvre incarnait non seulement la vie d’Arvo Pärt , mais celle d’une génération de compositeurs européens de cette grande région ayant changé leur style au cours d es années 80 et 90,  vers une  musique plus consonante, tels Penderecki, Gorecki ou Kancheli et autres.  

Le Chœur philharmonique de chambre estonien a travaillé alors avec l’Orchestre symphonique national estonien de Tallinn. Au Canada cette fois cependant, nous venons avec le chœur seul, bien que plusieurs œuvres de Pärt aient été conçues pour les deux orchestres. 

PAN M 360 : Comment avez-vous évolué en tant qu’interprète de son œuvre?

Tõnu Kaljuste : Les gens ne changent pas toujours d’interprétation volontairement, mais les expériences de vie peuvent varier  : le contexte de la présentation et les interprètes eux-mêmes, par exemple, conduisent à faire des  changements dans l’interprétation et apportent de nouvelles idées, notamment sur l’articulation. Dans le contexte de mon Festival Pärt qui se tient en septembre, nous explorons ces nouvelles avenues d’interprétation de son œuvre.

PAN M 360 :  Je vous invite à commenter le programme complet qui sera joué à Montréal.  

Tõnu Kaljuste :  Oui. On peut dire que nous allons interpréter la meilleure musique a cappella d’Arvo Pärt. Nous ferons différentes petites cantates et d’autres grandes pièces. Bien sûr, il y a différents styles d’interprétation de cette musique d’Arvo Pärt. 

La deuxième moitié du programme  s’inspire de ma propre perception de la situation dans le monde,  qui est connectée à des morceaux comme « Tormis » ou « Pagan » C’est un moment historique en Europe lorsqu’on est venu de Suède en Finlande pour baptiser les Finnois, ce qui a avait généré des conflits entre différents idéologues sur ce sujet des étrangers venus changer les autres dans un pays.

Tormis avait été enregistré précédemment par les King Singers mais lorsque j’ai entendu cette version j’ai demandé à Tormis d’en faire une version version chorale plutôt que pour trois chanteurs.

Plus connectée aux inspirations folkloriques de Berio, la seconde pièce de la deuxième partie a été encore conçue pour les King Singers. J’en ai fait une version pour chœur et solistes. Lorsque j’ai présenté cette version devant Berio en Italie, il fut très satisfait de ma version. Il croyait au départ qu’un chœur ne pourrait interpréter cette œuvre mais mes arrangements l’en ont convaincu, vu le résultat sur l’expressivité entre autres.

Il y a aussi cette connexion entre ces œuvres de Tormis et Berio,  c’est qu’ils aiment utiliser la voix humaine non seulement d’une manière classique mais aussi d’une manière folklorique pour ainsi exprimer des couleurs différentes  de la voix humaine à travers des formes musicales plus anciennes, excluant le vibrato ou encore incluant l’évocation de pleurs ou de sons issus de la respiration. 

Quant  à  l’extrait Father Death Blues de Philip Glass,  tiré de son opéra de chambre Hydrogen Jukebox, nous l’avons interprété récemment en Estonie.  Cette interprétation a très bien marché, je crois, parce que l’œuvre est très connectée à l’ambiance mondiale actuelle. L’œuvre fut écrite, je pense, pendant la guerre du Vietnam… Et  puisque nous sommes de retour avec la militarisation et la violence armée, cette œuvre est ancrée dans notre actualité. Je crois qu’il est bien de conclure notre programme de telle façon.

PAN M 360 : On peut ainsi souligner la cohérence de ce programme. Probablement le plus important compositeur vivant de la musique sacrée dans le monde entier, Arvo Pärt est un compositeur ouvertement inspiré par ses croyances mystiques, tandis que les autres compositeurs au programme ne le sont pas ou moins.  

Tõnu Kaljuste : Je vois ce programme tel un miroir de différentes façon de percevoir et ressentir le réel. Philip Glass a sa propre vision de la spiritualité, il faut exprimer cette diversité de pensée à travers ces œuvres liées à des croyances et des  visions philosophiques différentes. Vous savez, dans cet opéra de Glass, un personnage s’entretient avec différents dieux en leur disant qu’aucun d’entre eux ne pouvait arrêter la guerre,  et que seuls les humains pouvaient y parvenir si cela était possible. Ce qui est en soi un message puissant. Ce propos de Glass n’est lié à aucune religion alors que pour Arvo Pärt, c’est très différent. Cela illustre comment les êtres humains perçoivent la réalité qui les entoure, par la peine, par la colère, par le discours ou  par la prière… Je vois donc  la première partie du programme comme une méditation à partir de différents récits, alors que la  seconde partie est plus proche de la conscience sociale ou politique face à la période actuelle.  Personnellement, je suis connecté aux deux visions  du programme à travers ma vision personnelle de la spiritualité. La spiritualité se trouve dans les deux mondes. 

 Œuvres

  • Pärt, The Deer’s Cry 
  • Pärt, Nunc dimittis 
  • Pärt, Dopo la vittoria 
  • Pärt, Kontakion, Ikos, Prayer After the Canon 

Entracte

  • Luciano Berio, Cries of London 
  • Evelin Seppar, Iris 
  • Veljo Tormis, Piiskop ja pagan 
  • Glass, Father death Blues 
  • Artistes
  • Chœur
  • Chœur de chambre philharmonique d’Estonie
  • Directeur artistique et chef principal
  • Tõnu Kaljuste
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Sorti le 31 janvier, 18 ans et plus marque un tournant dans la carrière de Naïma Frank et, peut-être, dans la définition même du R&B. Comme elle le dit elle-même, « Je réfléchis beaucoup à ce que je fais », et là où la plupart des artistes s’arrêteraient, elle prend des risques. Dans « ainsi soit-t-il », elle raconte la gêne qu’elle a ressentie en ne sachant pas comment un tel mélange de percussions rara haïtiennes, de rythmes UK garage et de voix R&B seraient perçus. « Même si personne ne l’écoute et que les gens trouvent ça étrange, je voulais mettre en lumière mes origines haïtiennes. »

Une semaine après sa sortie, Naïma Frank confirme l’assurance que l’on perçoit dans sa voix tout au long de l’album. À l’image de ses textes sincères, elle se livre pleinement, embrassant cette vulnérabilité. « Advienne que pourra ». Dans cette brève interview qu’elle a accordé à Loic Minty, Naïma Frank nous parle du long chemin qu’elle a parcouru pour atteindre ce point d’acceptation, et laisse entrevoir certaines idées qu’elle explorera pour ses spectacles à venir, soit le 19 mars au Pantoum à Québec, et le 24 mars au Ministère.

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Le 13 février, la pop éclectique et flamboyante de Kat Pereira sera jouée au Verre Bouteille dans le cadre du taverne Tour. Ses années de formation jazz ainsi que les tournées avec des noms tels que Laura Niquay et Alex Nevsky auront été la prémisse à ce nouveau projet où Kat prend maintenant la place à l’avant-scène. 

Son premier album paru en octobre dernier démontre une maîtrise dans le mariage des harmonies complexes avec une esthétique foncièrement pop. C’est en cherchant à aborder plus en détail son processus de composition que la conversation s’est amorcée.

COMPLEXITÉ ET MAXIMALISME

PanM360 : On a qualifié ta performance aux demi-finales des Francouvertes de 2025 de « maximaliste et ambitieuse » ; on l’observe notamment dans certaines de tes pièces présentant des contrastes énergétiques drastiques entre les diverses sections. Cette approche de la composition dérive-t-elle d’une intention esthétique particulière ?

Kat: Non, c’est vraiment comme ça que j’écris. Par exemple, la pièce monk matcha a beaucoup de sections et elle est en 11/8. Toutes les sections sont venues naturellement, je les ai chantées comme ça. Je pense que dans mon cerveau, j’entends le maximalisme un peu partout… Dans les vibes que j’ai envie de créer dans une même chanson, dans les univers qui pour moi ont leur place dans une seule chanson. Même si j’ai longtemps étudié en musique, j’écris de façon très intuitive. Je ne vais jamais m’imposer de limites d’avance. Je l’ai écris comme ça, pour moi ça a du sens et je me dis qu’il y a bien quelqu’un dans l’univers qui va y trouver un sens aussi!

PanM360 : On est donc loin d’un processus rationnel où tu tenterais volontairement de complexifier certains matériaux musicaux.

Kat: Au contraire ! Mon but, c’est d’écrire des mélodies catchy, bien que je puisse les entendre avec une harmonie un peu plus étoffée ou des rythmiques plus complexes. Au final, on dirait que ce sont elles que j’aime. Après, en dessous, ça peut brasser un peu, tant qu’on puisse se rattacher à quelque chose d’un peu plus familier et accessible.

Je ne savais pas du tout comment allait être la réception du projet et ma plus grande crainte, c’était qu’on m’étiquette jazz. J’étais comme: « il ne faut jamais que je nomme ce mot-là »! 

Je ne savais vraiment pas quel genre de personne le projet allait rejoindre et en fin de compte, ça rejoint des jeunes qui écoutent de la pop et autres musiques auxquelles je ne m’attendais pas du tout. Je trouve ça fun que les gens soient vraiment plus curieux qu’on ne le pense. Même s’il se passe des trucs plus complexes, l’auditeur peut trouver quelque chose à quoi se rattacher et demeurer ouvert.

PanM360 : Tu peux avoir du contenu musical assez complexe sans nécessairement rejoindre une niche très jazz.

Kat: Ouais, ça a réparé quelque chose en moi, je pense, de voir que ça se peut.


MIXAGE ET COHÉSION

PanM360 : Tu as déjà mentionné avoir voulu mettre en valeur certaines dualités conceptuelles dans ton projet, notamment celles du numérique/analogique et du vivant/non-réel.

Kat: Oui, exact.

PanM360 : À mon avis, les matières sonores de nature électronique cohabitent très bien avec les instruments. Il me semble que le mixage très poli participe au caractère futuriste et surréel de la musique en plus d’amener cette cohésion au tout.

Kat: Je suis contente que tu le soulignes, parce que le mix pour moi est très important. J’entendais dans ma tête comment je voulais que ce soit: une esthétique très léchée, pop, très compressée, très saturée, qui va parfois à l’encontre des musiques influencées par le jazz. Je voulais que cette approche très pop du mix ressorte dans le projet, oui.

INTERLUDES

PanM360 : Tu as quatre interludes à ton album, en comptant l’introduction. Des petits bijoux à mon sens! Dans leur structure linéaire et leur forme écourtée, ils ont une force de mouvement vers l’avant qui à mon sens contribue grandement au rythme d’écoute de l’album.

Kat: C’est important pour moi que l’album soit un univers imagé par des couleurs, des textures. Il me fallait être en mesure de construire une histoire, de lier les chansons avec les interludes ou alors de changer la vibe drastiquement. Dans le show, presque toutes les chansons s’imbriquent les unes dans les autres et donc on joue les interludes pour faire des transitions. Elles font partie de l’histoire que je raconte dans l’album. Je sais pas si t’as entendu celle qui est un peu folle, mamamanmedit?

PanM360 : C’est ma préférée!

Kat: Pour une pièce complète, on s’entend, je le ferais peut-être pas comme ça… Mais une interlude, on dirait que je peux vraiment faire ce que je veux, j’ai la liberté totale d’aller dans la direction qui me plaît. Au pire, ça dure trente secondes pis ça va, je ne perds pas trop de monde.

PanM360 : Avec mamamanmedit, j’aimais particulièrement ton approche phonétique envers les mots, avec des paroles du genre « croquons dans les concombres ». Ça m’a rappelé Raôul Duguay dans ce jeu avec le mot en écartant momentanément la facette sémantique.

Kat: Ça, ça vient d’une résidence qu’on a fait il y a longtemps… Ça fait cinq ans? Non, quatre ans, peut-être? On passait des heures à jouer non-stop et on enregistrait toute la journée. Quand ça fait des jours que t’es coincée dans un petit espace à jouer sans cesse, on dirait qu’il y a des moments où tu perds un peu la carte. 

C’était donc un jam ou je ne sais même pas quoi, on s’est juste mis à jouer et moi à dire n’importe quoi, puis c’était tapé. Quand j’ai réécouté la résidence pour déceler des idées, je me souviens de m’être dite, en entendant ça: « c’est tellement niaiseux, ça serait tellement drôle que ça se ramasse sur l’album! ».

Et puis quand le mix de l’album était terminé et qu’on s’apprêtait à envoyer au master, je me suis souvenue de ça, t’sais, quatre ans plus tard! J’ai réussi à le retrouver, on a mis ça dans un lecteur cassette pour le cruncher et c’était tout. Je trouve ça plaisant d’avoir des petits bijoux niaiseux, des moments où je ne me prends pas trop au sérieux.

PanM360 : J’ai trouvé que le côté ludique et le ton plus léger balançait bien avec les autres pièces. C’est pour moi un aspect fascinant de la création que quelque chose qui a été créé il y a des mois ou des années te revienne en tête, pour qu’il s’intègre admirablement bien à ce que tu es en train de développer dans le présent. Des idées comme ça, on ne peut pas les expliquer rationnellement.

Kat: Totalement! La plupart des interludes proviennent de jams enregistrés qui ont été ré-amplifiés à travers un lecteur cassette ou joué à l’envers. Ce sont des petits bouts qui avaient été joués comme ça, pendant une résidence, mais qui n’étaient pas réfléchis comme tel.

PanM360 : Y a-t-il des segments que vous avez essayé de ré-enregistrer plus « proprement »?

Kat: Oui. Avec mamamanmadit, on entendait un gros clic de métronome parce qu’on jouait avec ça et on enregistrait avec peu de micros. Je m’étais dit qu’on pourrait ré-enregistrer et j’avais essayé, mais c’était vraiment impossible. Tu ne peux pas te prendre au sérieux et tenter de recréer cette affaire-là, la spontanéité ne se retrouvera jamais.

On la fait aussi en show, mais c’est complètement différent. La forme reste tout de même inspirée de l’originale.

PanM360 : Ça a été dur à adapter en performance?

Kat: Pas si mal, j’ai tenté de ne pas trop me prendre la tête, de faire une forme en fonction de ce que j’entendais. Elle vient aussi au moment du spectacle où on cherche à se défouler, à donner un regain d’énergie: je fais un gros solo de keytar et c’est super intense avec beaucoup de distorsion. Tout de même, on tente de conserver le contexte « niaiseux » d’origine.

EN SPECTACLE

PanM360 : À quoi peuvent s’attendre les gens qui viendront te voir au Taverne Tour?

Kat: L’aspect visuel de l’album est important pour moi et j’ai tenté de l’amener dans le show. On va avoir nos écrans avec projections choisies spécifiquement avec les chansons, des caméras qui filment en direct avec plein d’effets. On peut donc s’attendre à du maximaliste partout, jusqu’au visuel! Beaucoup d’énergie mais aussi des belles vagues, on amène les gens dans notre univers et on les porte avec nous dans les vagues de l’album.

Crédit photo: Benoit Paillé

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À l’occasion de la production Orphée aux Enfers, l’atelier d’opéra de la Faculté de musique de l’Université de Montréal nous incite à plonger dans l’univers satirique de Jacques Offenbach. Robin Wheeler, codirecteur de l’atelier d’opéra, explore avec nous les raisons qui l’ont conduit au choix de l’opérette, son rôle pédagogique et les décisions artistiques qui ont mené au produit final. Robin évoque le travail de fond et les défis rencontrés pendant la saison. Cet entretien met en lumière la mission de la faculté avec ses étudiants, mettant en lumière l’importance du processus et l’équilibre crucial entre voix et orchestre. 

PAN M 360 : Pouvez-vous expliquer votre rôle au sein de l’atelier d’opéra ?

Robin Wheeler:Je suis professeur agrégé à la Faculté de musique et codirecteur de l’atelier d’opéra, que je dirige avec Richard Margeson, ténor de renommée internationale ayant eu une longue carrière dans le milieu lyrique. Chaque année, notre rôle consiste à choisir une œuvre, à constituer l’équipe artistique — notamment le metteur en scène — et à assurer l’encadrement musical des chanteurs. Pour ma part, je m’occupe principalement de la préparation musicale, cette année en collaboration avec la coach accompagnatrice Esther Gonthier, avec qui je partage également le travail instrumental.

PAN M 360: Pourquoi avoir choisi Orphée aux enfers cette année ?

Robin Wheeler: Après une production plus sombre l’an dernier avec Hänsel et Gretel, nous avions envie d’apporter davantage de légèreté. Dans le contexte actuel, il nous semblait important d’offrir au public une comédie. Offenbach s’imposait naturellement : il n’y a pas meilleur compositeur lorsqu’il s’agit d’opérette française. De plus, le choix d’une œuvre avec dialogues représente un défi formateur pour les chanteurs, qui doivent apprendre à passer de la voix parlée à la voix chantée, un aspect essentiel de leur formation.

PAN M 360: Le choix du français a-t-il aussi joué un rôle ?

Robin Wheeler: Absolument. Pour la majorité de nos chanteurs, le français est leur langue maternelle. Chanter dans sa propre langue permet une compréhension immédiate du texte et une expression plus naturelle. C’est un véritable luxe pour les interprètes, mais aussi un atout pour le public.

PAN M 360 : Pensez-vous que l’œuvre reste actuelle aujourd’hui ?

Robin Wheeler: Oui, sans aucun doute. Offenbach détourne le mythe d’Orphée et Eurydice avec beaucoup d’humour : les personnages ne correspondent pas aux attentes traditionnelles, et la morale est incarnée par le personnage de l’Opinion publique. Cette relecture satirique reste extrêmement pertinente. La musique, quant à elle, dialogue avec la tradition, notamment par des références à Gluck, tout en conservant une grande fraîcheur.

PAN M 360 : Comment la vision artistique s’est-elle construite avec le metteur en scène ?

Robin Wheeler: François Racine est un metteur en scène d’une grande expérience dans le monde de l’opéra. Il connaît très bien les chanteurs et les traite comme de véritables professionnels. La mise en scène reste relativement traditionnelle dans son esthétique, mais avec des ajustements subtils dans le texte pour renforcer l’actualité et l’humour. Son sens de la comédie et son respect de la musique en font un collaborateur idéal pour ce projet.

PAN M 360 : Quels sont les principaux défis musicaux de cette production ?

Robin Wheeler: L’un des grands défis est l’équilibre entre l’orchestre et les voix, d’autant plus que notre salle ne possède pas de fosse : l’orchestre joue devant la scène. Trouver la juste balance demande un travail constant. Par ailleurs, même si la musique semble légère, elle exige une grande précision rythmique. Offenbach donne l’illusion de la simplicité, mais tout repose sur une rigueur extrême.

PAN M 360: Quels apprentissages cette production offre-t-elle aux étudiants ?

Robin Wheeler: Au-delà de la représentation elle-même, c’est tout le processus qui compte : le travail depuis le mois d’octobre, la semaine technique très intensive, la gestion de l’endurance vocale et de l’énergie. Les étudiants, du baccalauréat au doctorat, partagent la scène et forment une véritable compagnie. Tous les solistes chantent également dans les chœurs, ce qui renforce l’esprit collectif et l’expérience professionnelle.

PAN M 360: Quel message souhaitez-vous transmettre au public ?

Robin Wheeler: J’aimerais que le public retienne avant tout la légèreté de l’œuvre et le plaisir qu’elle procure. L’opéra permet, pendant deux heures, d’oublier les préoccupations du quotidien. Voir la jeunesse, l’énergie et l’engagement de ces jeunes artistes est quelque chose de très précieux, autant pour le public que pour nous, enseignants.

PAN M 360 : Plus largement, quels sont selon vous les enjeux actuels de l’opéra ?Robin Wheeler: L’opéra est un art exigeant et coûteux, et les questions de financement sont bien réelles. Pourtant, je crois profondément à son importance, surtout dans des périodes difficiles. L’art offre un espace d’évasion, de réflexion et de beauté. Si l’opéra continue d’exister, c’est parce qu’il y a encore des artistes passionnés et un public prêt à se laisser toucher.

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