Nommée parmi les « 30 musiciens classiques canadiens de moins de 30 ans les plus en vue » par la CBC, la pianiste Chloé Dumoulin s’impose comme l’une des artistes les plus prometteuses de sa génération. Avec un style sensible, magistral et profondément expressif, elle est reconnue pour sa « maîtrise impressionnante de l’instrument, avec un son qui ne dérange jamais l’auditeur, même dans les fortissimos » (Le Soleil), et est « une artiste qui a vraiment quelque chose à dire ». Notre collaborateur Jeremy Fortin a pu s’entretenir avec Chloé pour PAN M 360 à quelques jours de sa performance tant attendue.

PAN M 360 : Le concert Transfiguration que tu présenteras samedi accompagné d’un quatuor à cordes, ainsi qu’un ensemble modulaire, tourne principalement autour des Préludes pour piano de Chopin. Est-ce que tu peux me parler un peu de ce désir de prendre des pièces comme les Préludes et d’y inclure un quatuor à cordes, des ondes Martenot, un synthétiseur modulaire?

Chloé Dumoulin : En fait, ce n’est pas mon idée originale à moi. C’est Thibault du Collectif Neuf qui m’a approchée pour faire partie de ce projet-là. Mais c’est sûr que c’est quelque chose qui me parle énormément parce que les Préludes de Chopin, on le sait bien, ce sont quand même des œuvres qui ont été interprétées des millions de fois.

Je crois donc qu’avoir l’occasion de les travailler pour les redécouvrir à travers différents sons est vraiment unique. Les premières répétitions, je me rappellerai toujours du choc que j’ai eu quand on faisait le deuxième prélude, qui est plutôt triste et qui comporte seulement des accords et une mélodie soutenue. L’onde Martenot soutient ma ligne en m’accompagnant, ce qui a créé une espèce d’aura sonore, unique et vraiment spéciale. Ça me rappelait presque Radiohead.

Je me suis dit « Wow, quand même! » D’emmener Chopin jusque-là, tout en gardant un aspect tellement naturel, car je joue les préludes tout à fait comme c’est écrit. C’est comme une nouvelle forme d’amplification musicale. Moi, je trouve ça vraiment super. Et certains Préludes sont conservés pour piano seul, Il y a donc cette relation-là entre l’œuvre originale, puis la nouvelle version. Je pense que ça vaut le détour.

PAN M 360 : Justement, dans l’arrangement, comment ça marche? Est-ce que ce sont des voix qui sont redoublées, par exemple, pendant que tu joues la partie principale, ou est-ce que tu enlèves des éléments pour laisser plus de place aux autres instruments?

Chloé Dumoulin : Oui, ça varie beaucoup. Il y a certains préludes qui sont remplacés complètement, par soit le quatuor à cordes, ou le quatuor à cordes et synthétiseurs/Ondes Martenot, ou juste des synthétiseurs/Ondes Martenot.

Sinon, par exemple, il y en a que c’est piano et quatuor à cordes, où il y a quelques notes qui ont été enlevées parfois de la partie piano comme tu l’as souligné, pour que ça soit ajouté aux cordes, pour créer de nouvelles textures. Mais parfois, je joue vraiment tel quel, puis c’est seulement un ajout, donc quelquefois pour souligner un motif rythmique important, par exemple.

Comment Thibault a fait les arrangements, ça a vraiment créé différentes caractéristiques, si on veut, à ce que le quatuor à cordes peut apporter au piano. Puis, c’est la même chose pour le synthétiseur et les ondes Martenot, ils ont vraiment des rôles différents. Là, ils vont plus aller colorer, souvent ils vont imiter, par exemple, ce que je fais.

L’onde Martenot va me doubler dans certains préludes, quelquefois prendre vraiment juste un tout petit motif de la partie piano, puis le mettre un peu partout en décoration. Ou créer un nouveau motif, ils ont vraiment ajouté des nouveaux sons, parce que le caractère de ce prélude-là inspirait une telle image. Je pense qu’il y a un bon équilibre là-dedans justement, pour pas que ce soit redondant, parce que c’était ça un des soucis je crois, que chaque prélude ait son instrumentation unique, puis sa manière de parler qui soit propre au prélude.

PAN M 360 : C’est quand même un projet qui est vraiment cool. C’est vraiment une approche novatrice sur des morceaux pour piano qui sont joués sans cesse par de nombreux artistes. Est-ce qu’il y avait une raison particulière derrière la séparation des blocs de prélude? Est-ce que c’est arrivé plutôt naturellement?

Chloé Dumoulin : Je vais être honnête, ça n’a pas été ma décision, mais j’ai l’impression que parfois c’est que ces choses-là, elles se sentent, puis on le sait quand un prélude doit suivre l’autre, qu’on aurait besoin d’une pause pour aller ailleurs, puis revenir. Donc, selon moi, mon intuition serait que la décision a été prise comme ça, d’intuition musicale vraiment et personnellement, je l’aurais placé au même endroit et tout cela fait beaucoup de sens.

PAN M 360 : Les Préludes sont intercalés de pièces de la compositrice Dobrinka Tabakova, peux-tu me parler un peu de cette compositrice et des pièces que vous allez jouer samedi?

Chloé Dumoulin : Personnellement, j’adore la musique de Tabakova, ce n’est pas la première fois que j’en joue et je trouve que ça fonctionne étonnamment très bien avec les préludes, même si évidemment on n’est pas du tout dans le même langage, il y a quand même un bon dialogue qui se fait entre Chopin et Tabakova

Je joue dans juste une des trois pièces, parce que ce n’est pas tout avec le piano, ce qui me donne une petite pause. Je pense qu’il y avait peut-être un peu de ça dans la pensée du concert, parce que sinon, je joue presque sans arrêt. Il y a « Frozen River Flows », qui est pour violon, contrebasse et synthétiseur, puis « Whispered Lullaby », pour alto et piano et « Insight », pour violon, alto et violoncelle.

 « Whispered Lullaby », dans lequel je joue, c’est une pièce très atmosphérique. C’est drôle parce que je ne suis jamais allée au Bic, mais de ce qu’on m’a dit, des environnements, du paysage, je peux juste imaginer que ça reflète exactement l’ambiance de la pièce, un moment où le temps s’arrête. Je trouve que Tabakova, c’est quand même une compositrice vraiment intéressante parce que moi, la dernière fois que j’en avais joué, c’était aussi alto et piano, mais pour une pièce nommée « Sweet and Jazz », qui est un univers complètement différent et ça montre que c’est une compositrice qui est vraiment investie dans son univers. Quand elle a une image et un univers spécifiques, elle y va à fond et c’est vraiment très expressif, très communicatif ce qu’elle fait.Je trouve que c’est une musique qui est facile pour les musiciens à comprendre, à se mettre dedans et qui nous parle facilement, et puis elle est encore vivante et jeune, on est allé à la même école à Londres. C’est vraiment une compositrice que j’admire beaucoup et qui écrit beaucoup de commandes pour des musiciens actuels.

PAN M 360 : Peux-tu me parler un peu de la collaboration entre les différents instrumentistes, étant donné que nous ne sommes pas dans des effectifs traditionnels, comment a été ton expérience avec cela?

Chloé Dumoulin : Tellement bien, mais c’est parce que c’est tellement des humains fantastiques pour commencer. J’ai d’abord travaillé uniquement avec l’équipe du synthétiseur et des Ondes Martenot parce que certains préludes sont seulement composés de ce trio-là.

Daniel, qui est aux Ondes Martenot, c’est un pianiste de formation, donc je le connaissais déjà. Je pense qu’on avait donc déjà ce partage d’univers et d’intérêts musicaux assez semblables. Puis Pierre-Luc, au synthétiseur, travaille tellement bien avec Daniel. Je sais qu’ils travaillent beaucoup ensemble, les deux comme duo.

À ce niveau-là, c’est juste vraiment super naturel. La communication était bonne. Tout le monde rebondissait et donnait des idées, on était beaucoup dans l’exploration, c’est sûr, parce qu’on travaillait avec quelque chose de très concret, comme la partition de Chopin, tout en travaillant avec l’univers vraiment abstrait du synthétiseur et des Ondes Martenot, qui est vraiment plus astral et spectral. Je pense que c’était juste comme d’échanger des idées comme ça, c’était vraiment très naturel.

Puis Thibault, qui est au Collectif Neuf et directeur du Festival du BIC, était là un peu pour chapeauter les répétitions, avoir un peu un œil extérieur, parce que c’est quand même ses arrangements et son projet. C’était le fun d’avoir cette perspective-là de quelqu’un qui pouvait entendre le tout et donner ses commentaires.

Puis les membres du quatuor se sont joints et, encore une fois, c’est des musiciens qui ont vraiment l’habitude de travailler ensemble et qui sont vraiment super agréables, super faciles. Je travaille vraiment très souvent avec des instruments artistes à cordes, donc c’est vraiment un langage que je comprends bien. Je pense qu’eux aussi ont l’habitude de jouer avec piano quand même. Honnêtement, ça a été vraiment une collaboration très naturelle.

Je pense que tout le monde veut la même chose. Tout le monde veut que ça soit bien. Tout le monde veut rendre le meilleur arrangement possible et le meilleur concert possible.

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Le 28 juillet, la célèbre pianiste italienne Saskia Giorgini jouera en l’église de Sainte-Mélanie dans le cadre du Festival de Lanaudière. Très active également dans les enregistrements et comme pédagogue, elle est l’une des jeunes interprètes les plus recherchées sur la scène internationale. PAN M 360 l’a contactée pour parler du concert et de ses projets.

PAN M 360 : Saskia, est-ce votre première fois au Canada ? Que pensez-vous de jouer au Festival de Lanaudière, l’un des festivals les plus importants du pays ?

SG : Pour moi, c’est la deuxième fois au Canada ! La première date d’il y a quelque temps, à 19 ans, quand j’ai donné un concert avec l’ancien orchestre de la CBC à Vancouver. Quant au Festival de Lanaudière, c’est une réalité très appréciée de tous les collègues qui ont eu l’opportunité d’y jouer. Pour ma part, je suis donc très heureuse et fière de pouvoir participer, et je profite de cette occasion pour remercier l’organisation pour cette invitation très appréciée.

PAN M 360 : Le programme inclut Liszt et Debussy, deux compositeurs qui ont apporté une grande innovation au monde du piano, notamment en termes de timbre et d’atmosphère. Pouvez-vous nous en dire plus sur la relation que vous pensez exister entre ces deux compositeurs ?

SG : Ce programme découle du répertoire que j’ai abordé spécifiquement pendant ces dernières années et qui a également fait l’objet d’une série de projets d’enregistrement. Cela dit, je trouve qu’il y a plutôt un contraste entre les deux compositeurs. Debussy compose une musique caractérisée par d’innombrables couches sonores, dans lesquelles les couleurs prédominent, ce qui exige une précision énorme dans l’étude. Liszt, en revanche, compose une musique beaucoup plus expressive romantiquement, d’une certaine manière un type d’expressivité directe, où il peut y avoir un certain espace pour l’instinct. 

PAN M 360 : Dans le programme qui sera interprété, des pièces importantes du répertoire pianistique seront accompagnées d’une pièce peu jouée comme la Tarantelle Styrienne de Debussy. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce choix ?

SG : J’ai toujours été très intéressée à proposer des programmes dans lesquels je peux combiner des œuvres standards avec des œuvres moins connues, et cela pour le plaisir à la fois pour moi-même et pour le public. Je dois dire que cette pièce de Debussy, qui m’est très agréable à jouer, représente un moment de détente et de légèreté au sein d’un programme qui offre une certaine densité musicale et technique, incluant le Mephisto Walzer de Liszt et L’Isle Joyeuse de Debussy, deux références à la virtuosité pianistique.

PAN M 360 : Vous êtes l’une des pianistes les plus recherchées de votre génération. Comment pensez-vous que votre héritage culturel italien vous influence d’un point de vue artistique ?

SG : Je crois que ma culture d’origine me donne un avantage pour aborder la mélodie avec une certaine naturalité, grâce à l’héritage opératique dont l’Italie a toujours été un grand représentant. La manière de traiter la mélodie dans l’opéra italien est unique et y être exposé depuis l’enfance me permet d’aborder le piano cantabile avec une certaine conscience. Il faut aussi dire que certaines œuvres de Liszt, comme les Sonnets de Pétrarque, semblent avoir été écrites spécifiquement pour la voix humaine, et pouvoir jouer cette musique est un immense privilège pour moi, ainsi qu’une façon d’exprimer mon héritage culturel lié à la grande tradition italienne.

PAN M 360 : En plus d’être une artiste renommée, vous êtes également pédagogue à l’Université de Linz en Autriche, une institution prestigieuse en Europe. Que pouvez-vous nous dire sur la relation entre la pédagogie et l’interprétation ? 

SG : Je trouve que ce sont deux activités de recherche. Quand j’enseigne, je montre toutes les possibilités de travailler sur un passage. Quand je joue, cependant, je cherche des solutions qui me conviennent, mais parfois il y a moins de questions derrière. Pourtant, les élèves veulent des explications sur pourquoi et comment quelque chose leur est proposé, et c’est une occasion précieuse d’apprendre en retour. Et puis, bien sûr, il y a une complémentarité : d’un côté, être pianiste actif me permet d’enseigner les pièces que je connais avec une grande précision, de l’autre, être professeur me permet d’apprendre de nouvelles pièces que je n’ai jamais rencontrées personnellement. Tout cela représente pour moi un grand enrichissement personnel et professionnel !

PAN M 360 : Parlez-nous davantage de vos projets actuels et futurs.

SG : En ce qui concerne les enregistrements, mon nouveau CD pour Pentatone sortira en janvier. Il est dédié à Liszt et contient quelques pièces moins connues. J’ai aussi d’autres idées d’enregistrement, peut-être Debussy et Szymanowski, mais pour l’instant je ne peux pas en dire beaucoup plus. Quant aux concerts, cet automne, je jouerai au Wigmore Hall et je serai de retour au Canada, cette fois à Vancouver. Puis, l’année prochaine, je serai en résidence à l’Auditori de Barcelone avec un répertoire assez varié, incluant Mozart, Liszt et Strauss.

crédits photos : Christine Rechling

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Reconnue par bon nombre des meilleurs orchestres, salles de concert et festivals du monde pour l’aplomb et la maturité de son art, la violoniste allemande Veronika Eberle se produira au Festival de Lanaudière le 26 juillet lors d’un concert avec l’Orchestre Métropolitain, sous la direction de Yannick Nézet-Séguin. Au cours de ce concert, deux visions différentes de cette époque musicale s’affronteront, notamment avec la Symphonie no 5 de Tchaïkovski et le Concerto pour violon en ré majeur de Beethoven, œuvre que Veronika Eberle interprétera sur la scène de l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay. Alexandre Villemaire, collaborateur de PAN M 360, a eu l’occasion de s’entretenir avec Veronika Eberle au sujet de cette œuvre emblématique avant sa prestation.

PAN M 360 : Bon retour parmi nous, Veronika! C’est votre deuxième passage au Québec pour le Festival de Lanaudière, n’est-ce pas?

Veronika Eberle : Tout à fait, oui. J’y étais l’année dernière, et je suis très heureuse d’y être de nouveau cette année.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’histoire de ce concerto de Beethoven? Comment est-il structuré musicalement, et pourquoi est-il considéré comme une œuvre emblématique et incontournable pour les violonistes?

Veronika Eberle : Comme vous le dites, c’est une œuvre emblématique. Pour nous, violonistes, c’est sans doute le mont Olympe des concertos pour violon. Il y a dans cette œuvre une beauté brute et une simplicité pure qui me surprennent à chaque fois. Ce qu’il a écrit est tout simplement étonnant. C’est vraiment fascinant de voir qu’il s’abstient ici de ce côté tumultueux et rebelle qu’il insuffle à ses symphonies, mais qu’il crée un monde avec très, peu de moyens et construit, à partir de ces quelques éléments, le plus vaste univers sonore qui soit.

Cela s’apparente aussi beaucoup à de la musique de chambre. Les lignes de l’orchestre et du violon sont étroitement entrelacées. Le violon accompagne même souvent l’orchestre, tout en conservant une structure rigoureuse, à laquelle l’orchestre lui confère beaucoup de puissance. Le violon prend également une certaine liberté et s’envole. Le registre qu’il utilise est très aigu, comme s’il s’élevait vers d’autres univers et d’autres sommets.

Il y a aussi, par exemple, un passage dans le deuxième mouvement où il écrit perdendosi, une expression qu’il n’utilise nulle part ailleurs. Tout dans ce passage s’estompe en quelque sorte, se dissout dans le silence. Je trouve cela si beau. C’est ici que l’on peut commencer à écouter et à découvrir tout ce que le silence nous dit, en réalité. Je suis particulièrement heureuse de présenter cette œuvre à Lanaudière, car cet endroit est situé au cœur d’une nature magnifique. C’est tellement idyllique, à l’image des scènes pastorales que Beethoven décrit souvent dans ses œuvres. Finalement, dans le dernier mouvement, après la cadence, on est véritablement transporté dans cet univers de calme, de paix, de tranquillité et de danse. Je pense donc que ce sera un moment tout à fait exceptionnel.

PAN M 360 : Quelle est votre relation avec ce concerto?

Veronika Eberle : J’ai commencé à l’étudier un peu avant mes 16 ans, car c’est à cet âge que je l’ai joué pour la première fois. Il m’a fallu un an pour vraiment m’y plonger, l’apprendre et découvrir cet univers d’une beauté brute.

Je l’ai ensuite interprété assez souvent pendant mon adolescence avec des orchestres et des chefs d’orchestre de renom. Cela a vraiment marqué un tournant dans ma carrière de musicienne. J’ai ensuite fait une pause assez longue avant de la rejouer, et m’y suis remise juste avant la pandémie de Covid.

Je crois que plus je vieillis, plus je comprends cet univers que Beethoven crée, avec toute sa simplicité.

PAN M 360 : On associe souvent Beethoven à l’époque romantique alors qu’en réalité, la majeure partie de son œuvre trouve ses racines dans la période classique. Existe-t-il une façon « correcte » d’interpréter cette œuvre, ou une approche plus historiquement informée pour la jouer? Où trouvez-vous l’équilibre dans votre interprétation?

Veronika Eberle : Je pense qu’à notre époque, nous sommes tous, d’une certaine manière, au courant de tout. Nous connaissons l’approche historique de l’interprétation, et nous connaissons l’approche romantique. Nous avons traversé tant d’univers différents avec ce répertoire, en particulier. Je pense qu’au final, ce qui compte, c’est votre propre vision de l’œuvre, votre propre lien avec la musique et la façon dont vous racontez cette histoire au public. Et c’est ce que j’essaie de faire.

C’est comme si je m’immergeais véritablement dans cet univers musical avec tout ce que je sais, tout ce que j’ai étudié, tout ce que j’ai retenu en écoutant et en expérimentant sur des cordes en boyau et sur tout le reste, et que je rassemblais tout cela pour découvrir l’histoire que je perçois derrière chaque note.

PAN M 360 : En quoi le langage musical de Beethoven diffère-t-il de celui présent dans la musique de Tchaïkovski?

Veronika Eberle : Si l’on considère le concerto de Tchaïkovski par exemple, il est très virtuose; il utilise des doigtés rapides et des explosions de jeu au violon. Chez Beethoven, en revanche, on revient à la pureté absolue. Il ne s’agit pas que du jeu violonistique; il ne s’agit pas de se mettre en valeur ou de montrer à quel point on peut jouer avec virtuosité. Cela nous ramène à l’essence même de la musique.

PAN M 360 : Ce ne sera pas la première fois que vous vous produirez avec Yannick, n’est-ce pas?

Veronika Eberle : Non, ce n’est pas la première fois, et j’ai vraiment, vraiment hâte de jouer de nouveau avec lui. Je l’admire et j’adore travailler avec lui, surtout sur ces œuvres qui, encore une fois, s’apparentent tant à de la musique de chambre. 

C’est tout simplement le partenaire idéal, et j’ai hâte de monter sur scène avec lui pour donner vie à cette musique, en particulier avec son Orchestre Métropolitain. J’ai vraiment, vraiment hâte d’y être!

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Les Concerts aux Îles du Bic existent depuis 2002. Depuis un an maintenant, c’est Thibault Bertin-Maghit qui tient les rênes de la Direction artistique. Thibault, on le connaît bien déjà ici pour l’avoir rencontré à plusieurs reprises en tant que Directeur de l’ensemble Collectif9, dont on aime énormément l’audace et l’originalité. En vue de l’édition 2026 du festival ancré près des berges du Bas-du-fleuve, nous avons discuté avec lui de la programmation, sa première. 

INFOS ET BILLETS

PanM360 : Bonjour Thibault. Comment s’est passée ta première année à titre de Directeur artistique ?

Thibault Bertin-Maghit : J’ai beaucoup observé, j’ai pris le pouls de la communauté et de l’organisation. Il y a eu beaucoup de découvertes pour moi. Ça m’a pris un peu de temps pour avoir une idée claire de ce que je voudrais faire. En plus, on se trouve dans une édition anniversaire, car c’est la 25e. Du coup, il fallait bien faire les choses.

PanM360 : Les belles découvertes et les défis constatés?

Thibault Bertin-Maghit : Dans le positif, il y a toutes les belles rencontres avec de nouvelles personnes, des artistes, des bénévoles, des membres de la communauté. Pour les défis, je dirais que le principal est d’essayer des trucs et d’être dans l’incertitude à savoir si ça fonctionnera ou pas. Aussi de comprendre les habitudes des personnes qui viennent. Pourquoi ils viennent, qu’est-ce qui les attire, qu’est-ce qu’ils attendent, pourquoi ils vont à telle activité et pas à l’autre? C’est un sacré exercice, c’est pas évident.

PanM360 : Et à propos de cette édition 2026?

Thibault Bertin-Maghit : On a construit la programmation dans un esprit de célébration. Une célébration qui appartient à la communauté. Parce que le Festival a pris racine ici depuis 25 ans. C’était une aventure familiale au départ. Et c’est resté un peu comme ça, dans une proximité très intime. Cet ancrage est dans l’ADN de l’événement. 

Cette année, on propose beaucoup d’activités gratuites. Plus qu’avant. On profite du fait que l’espace autour de l’église a été réaménagé par la ville au cours des dernières années. C’était un stationnement pendant longtemps, maintenant, c’est devenu un parc. Ça s’appelle la Place du Festival

PanM360 : Un clin d’œil à celle de Montréal… Qui dit concerts gratuits, dit commanditaires, sinon c’est impossible. C’est facile de les trouver?

Thibault Bertin-Maghit : Il y a toujours eu beaucoup de soutien de la communauté envers les activités. Comme je l’ai dit, le Festival est bien enraciné. Mais je ne cacherai pas que l’ajout d’activités reste un défi de financement. C’est la raison pour laquelle nous avons lancé une campagne de sociofinancement sur GoFundMe afin d’appuyer cette offre augmentée.

LIEN VERS LA CAMPAGNE DE SOCIOFINANCEMENT

PanM360 : Parlons donc de cette édition, qui se tiendra du 1er au 8 août. Un théme, une ligne directrice?

Thibault Bertin-Maghit : J’ai eu envie de provoquer des rencontres entre les musiciens et le public, tout en permettant aux artistes de montrer plusieurs facettes de leur art. Le même artiste va faire un concert de musique traditionnelle, mais aussi un concert de musique expérimentale, par exemple. Quand on a un seul concert associé à un seul style, on n’a pas accès à toute la polyvalence de l’interprète. Au sein d’un même événement, on peut varier les approches.

PanM360 : Par exemple?

Thibault Bertin-Maghit : Prenons le concert d’ouverture. Il s’agit des 24 préludes de Chopin. Tout le monde connaît Chopin. Mais là, on les présente dans des instrumentations variées. Il y en aura qui seront joués au piano, bien sûr (par Chloé Dumoulin), mais d’autres le seront par des cordes, et d’autres encore par un duo de synthétiseur/ondes martenot!

INFOS ET BILLETS POUR LE CONCERT D’OUVERTURE

À l’autre bout, le concert de clôture nous plongera dans des musiques traditionnelles de toutes sortes d’origines. La conteuse interdisciplinaire Samaqani Cocahq sera au centre de l’événement. Elle est de la Première Nation de Neqotkuk, au Nouveau-Brunswick. Elle présentera des chants de notre territoire, du bas-du-fleuve, des chants ancestraux. Il y aura aussi des arrangements des Folk Songs de Luciano Berio dans une instrumentation très raffinée, très riche. Celle-ci intégrera même le Trio Salicorne, un ensemble de musiques traditionnelles de Rimouski. Une occasion de rencontres tout à fait uniques. 

INFOS ET BILLETS POUR LE CONCERT DE CLÔTURE

PanM360 : Je vois également un concert fusionnant l’univers de Collectif9 (dont tu fais partie!) avec celui de Ronny Désinor, batteur associé au jazz, à la soul et au groove. Je vois aussi un autre bel événement : le célèbre In C de Terry Riley, un chef-d’oeuvre du Minimalisme répétitif, avec l’ensemble Modulaire (le duo de synthétiseur/Ondes martenot). Beaucoup d’audace donc..

Thibault Bertin-Maghit : Oui, nous aimons beaucoup offrir aux musicophiles des rencontres étonnantes. 

PanM360 : Peux-tu me parler du concert consacré à la compositrice Charlotte Sohy? Une artiste qui est de plus en plus jouée.

Thibault Bertin-Maghit : Charlotte Sohy a été redécouverte il y a quelques années, peut-être 4-5-6 ans. On est tombés sur sa musique et c’était un coup de cœur. Elle a composé sa musique au début du 20e siècle. Elle a étudié avec Vincent D’indy. On y entend des sonorités dans le genre de Ravel, de Debussy. C’est vraiment familier, à nos oreilles, mais ça reste très personnel. C’est une compositrice à découvrir. Je pense qu’elle va devenir une des incontournables des prochaines années.

INFOS ET BILLETS POUR LE CONCERT EN HOMMAGE À CHARLOTTE SOHY

PanM360 : Un peu comme Florence Price depuis quelques années également. 

Thibault Bertin-Maghit : Oui. La violoncelliste Andrea Stewart animera le concert, avec des anecdotes et des informations liées à l’histoire de la vie de Charlotte Sohy, et du contexte historique. Il y aura aussi la projection d’un documentaire sur cette compositrice, lors d’une autre journée. Mais ça complète bien l’expérience de découverte.

J’aimerais aussi mentionner le Grand Cabaret du Festival. Un événement hyper convivial dans l’église. Les musiciens du festival y présentent une succession de numéros et dévoilent des facettes moins connues de leur pratique musicale. Pour la seule fois du Festival, un bar sera présent et les spectateurs pourront acheter des boissons.

INFOS ET BILLETS POUR LE GRAND CABARET

PanM360 : Et les activités gratuites?

Thibault Bertin-Maghit : La clarinettiste Charlotte Layec et son trio Malvenn animeront plusieurs concerts sur la Place du festival. Il y aura aussi un événement qui s’appelle Échos du Vivant, qui est un parcours installatif, performatif, qui aura lieu juste derrière l’église. Il s’agit d’un parcours musical de 45 minutes, une heure, dans lequel quatre interprètes plus une médiatrice vont présenter un spectacle de création, ancré dans la biologie du lieu. On a développé le spectacle en collaboration avec un biologiste professeur de l’UQAR, Ludovic Jolicoeur, qui habite au Bic. Musique nouvelle, créée pour l’événement, avec du visuel basé sur la microbiologie du lieu, etc. 

On va recentrer pas mal nos activités près de la nouvelle Place, et il y aura un service extérieur de bar et de consommation. On souhaite en faire un centre vibrant pendant toute la semaine. 

INFOS POUR LES ACTIVITÉS GRATUITES

Sous la direction de la pianiste Marianne Trudel, l’Orchestre national de jazz de Montréal met de l’avant la voix suave de Kim Richardson pour un programme consacré à Duke Ellington, initialement arrangé pour le grande Ella Fitzgerald. En configuration big band, l’ONJ a déjà présenté ce programme avec succès il y a quelques mois à la 5e Salle de la Place des Arts, l’orchestre est parfaitement rodé pour réitérer l’expérience encore et encore. Il s’agit d’un répertoire des plus raffinés, constitué de compositions connues et d’autres moins, et qui gagnent à l’être parce que le répertoire le plus profond d’Ellington demeure obscur pour la majorité des mélomanes, et témoigne davantage de son génie. Ce concert sera présenté à guichets fermés au Domaine Forget, le 2 août prochain. Pour marquer le coup, Julie Thériault a interviewé Kim Richardson.

crédit photo: Melany Bernier

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Interviewé ici par Alain Brunet pour PAN M 360, le baryton québécois Étienne Dupuis tient le rôle principal de l’opéra Macbeth, du grand compositeur italien Giuseppe Verdi (1813-1901), lui-même fasciné par le dramaturge par excellence William Shakespeare (1564-1616). L’opéra fut créé en 1847 et demeure une œuvre centrale du répertoire opératique… et d’aucuns considèrent Verdi comme le plus grand compositeur italien au 19e siècle. Le Macbeth de Verdi est le plat principal cet été pour le chef Yannick Nézet-Séguin, dont l’Orchestre Métropolitain exécutera la version concertante en clôture du Festival de Lanaudière , le dimanche 2 août, 19h. En début de saison new-yorkaise, le maestro québécois dirigera l’opéra complet au Metropolitan Opera. Au Québec, nous ne sommes pas en reste et cette version concertante s’annonce comme un des grands programmes cet été en Lanaudière. Voilà pourquoi notre interviewé Étienne Dupuis nous en cause avec tant d’enthousiasme, joint chez lui à son domicile parisien.

VISIONNEZ CETTE INTERVIEW RÉALISÉE PAR ALAIN BRUNET

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Se consacrant à la professionnalisation de la relève, l’Orchestre national des jeunes du Canada est invité au Festival du Domaine Forget, le 31 juillet prochain. Le chef Daniel Bartholomew-Poyser y dirigera un programme, « de l’élégance de Mozart à l’intensité poignante de Lili Boulanger, où la musique s’affirme avec fraîcheur et conviction », le tout coiffé par la Symphonie no 5 de Prokofiev. Et puisqu’il est ici essentiellement question de relève, PAN M 360 propose un entretien avec le violoncelliste Félix Nunes et la corniste Mélissa Provost-Ross. Compositrice et pianiste de profession, notre collaboratrice Julie Thériault va à la rencontre de ces deux interprètes et s’enquiert de leurs impressions sur leur participation à l’Orchestre national des jeunes du Canada.

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Orchestre national des jeunes du Canada
Daniel Bartholomew-Poyser, direction


PROGRAMME

MOZART
Le directeur de théâtre : Ouverture

Lili BOULANGER
D’un soir triste

PAL
Iris

PROKOFIEV
Symphonie no 5 en si bémol majeur, op. 100

Nous n’avons pas l’habitude de publier des entrevues audio, mais on trouvait que celle-ci qui était par téléphone valait la peine d’être publiée ainsi, et non pas retranscrite par écrit.

Vous vous souvenez peut-être de l’entrevue et de la critique que nous avions fait d’Elida Almeida, lors de sa dernière venue à Montréal avec un collectif rendant hommage à Césaria Evora. Cette fois-ci, Elida vient en mode solo, et elle est programmée en clôture de la 40ème édition du Festival international des Nuits d’Afrique. Ce n’est pas rien.

Pour l’occasion, elle s’est entretenue avec notre collaboratrice Juliana Cortes avec qui elles ont échangé sur les différents styles qui existent dans les dix îles du Cap-Vert, sur la musique de sa région natale, Santiago, et comment les Capverdiens de l’étranger ramènent des influences de partout dans le monde et insèrent cela dans leur musique. Elle sera sur la scène Loto-Québec à 19h, le 19 juillet.

ÉCOUTEZ L’ENTREVUE

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À l’occasion de la présentation des Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach par l’Institut canadien d’art vocal (ICAV) et l’Orchestre de la Francophonie, PAN M 360 s’est entretenu avec le chef Julien Proulx. Entre les contrastes de l’œuvre, la formation de jeunes artistes et la puissance des rencontres humaines, il nous parle d’un opéra aussi drôle que bouleversant — et d’une expérience appelée à n’exister que le temps de deux représentations, soit les 25 et 26 juillet, 15h, au Monument National.

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PAN M 360 : Pour commencer, pourriez-vous nous parler de vos activités actuelles?

Julien Proulx: Mon principal emploi pendant l’année est celui de directeur artistique et chef de l’Orchestre symphonique de Drummondville. Je travaille également comme chef invité et je me promène un peu partout pour différents concerts. Depuis récemment, je suis aussi directeur artistique de l’Orchestre de la Francophonie, qui offre un stage orchestral professionnel à de jeunes musiciens. Pendant plusieurs années, j’ai également été chef de chœur, mais je me suis davantage concentré sur la direction d’orchestre au cours des dernières années, puisque j’avais moins de temps.

PAN M 360: Qu’est-ce qui vous inspire particulièrement dans Les Contes d’Hoffmann?

Julien Proulx : Les Contes d’Hoffmann est un opéra très particulier. C’est la dernière œuvre d’Offenbach, qu’il n’a pas réellement eu le temps de terminer. Il en existe donc toutes sortes de versions.

Au-delà de ces différentes versions, il y a un très beau souffle dans cet opéra. Offenbach ne reste toutefois jamais très loin de l’opérette. Nous sommes constamment à la frontière entre les genres : certains passages sont extrêmement dramatiques, puis la musique bascule soudainement vers quelque chose de beaucoup plus léger ou de plus drôle.

Cela crée des contrastes assez saisissants entre le propos et la musique qui l’accompagne. Parfois, la musique devient très légère alors que la situation demeure profondément dramatique. Il en résulte un effet comique qui n’est pourtant pas uniquement comique. Offenbach joue véritablement avec les sentiments du public, avec ses attentes et avec les codes de l’opéra.

C’est toute cette finesse que nous travaillons en ce moment et que je trouve particulièrement intéressante dans Les Contes d’Hoffmann.

PAN M 360 : Pour une personne qui découvrirait l’œuvre, est-ce principalement à ces contrastes que vous lui conseilleriez de s’attarder?

Julien Proulx: Il y a aussi plusieurs grands succès dans cet opéra, notamment la Barcarolle et l’air d’Olympia, Les Oiseaux dans la charmille. Pour moi, il s’agit d’un opéra extrêmement complet : il y a du drame, de l’humour et de grands airs très connus.

L’œuvre offre également de la place à de nombreuses voix. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous l’avons choisie : elle permet à plusieurs jeunes chanteurs de briller. Il y a beaucoup de personnages et, même si l’histoire peut parfois paraître complexe, elle nous entraîne dans différents univers. Elle contient aussi une importante dimension fantastique.

C’est donc quelque chose de très divertissant, mais également touchant et drôle. Le spectacle parcourt pratiquement toutes les émotions. C’est une sorte de kaléidoscope musical, et c’est ce qui rend l’œuvre à la fois unique et attachante.

PAN M 360: L’opéra passe constamment du drame à la comédie, mais aussi de la réalité à l’imaginaire. Comment l’orchestre peut-il traduire ces changements?

Julien Proulx : Il faut être capable de changer très rapidement d’état d’esprit. Les transformations musicales, les changements de tempo et les changements de couleur surviennent parfois de manière très surprenante. Les musiciens doivent donc pouvoir se retourner rapidement et penser presque immédiatement à autre chose.

Il faut aussi construire une certaine distance entre le propos dramatique et le soutien offert par la musique. Le danger serait de vouloir systématiquement entrer dans le drame et de rendre la musique elle-même dramatique, alors qu’elle est parfois volontairement anti dramatique.

C’est précisément ce qui peut produire quelque chose de comique tout en rendant la situation encore plus bouleversante. Comme si, au moment où l’on ne pouvait plus aller plus loin dans le drame, Offenbach nous faisait soudainement basculer dans la comédie, même si le propos demeure tragique.

Une lumière d’une autre couleur apparaît alors dans l’orchestre et offre une nouvelle dimension à la scène. Nous jouons continuellement sur cette ligne. Les chanteurs comme les musiciens doivent être capables de passer très rapidement d’un univers à l’autre.

PAN M 360 : Le défi consiste donc également à préserver l’unité de l’œuvre malgré tous ces changements?

Julien Proulx: Exactement. Il y a beaucoup de chanteurs sur scène et l’histoire se présente souvent sous la forme de tableaux. Nous entrons dans les contes et dans l’imaginaire, tout en conservant une sorte d’ancrage dans la réalité.

Il faut préserver la cohérence de l’œuvre et son souffle dramatique dans son ensemble. Il y a un travail musical à accomplir, mais la mise en scène joue également un rôle essentiel pour maintenir cette continuité. La metteure en scène Nathalie Deschamps travaille justement à conserver ce fil dramatique, que la musique doit ensuite venir soutenir.

PAN M 360: Y a-t-il un moment de la partition qui vous touche particulièrement lorsque vous le dirigez?

Julien Proulx: Ce qui me touche le plus, ce sont justement les moments où nous demeurons sur cette frontière. Lorsque le drame semble vouloir aller encore plus loin et que, tout à coup, la musique bascule, cela crée pour moi une forme de liberté et d’ouverture.

C’est difficile à décrire, mais ce sont probablement les moments les plus satisfaisants de l’opéra. Lorsque le drame devient trop intense, nous passons soudainement à la légèreté. On retrouve cette idée du rire au cœur du drame dans toutes les cultures.

Pour moi, c’est comme un grand souffle de liberté. Cela apporte aussi quelque chose de profondément humain.

PAN M  360: Les aventures amoureuses d’Hoffmann permettent-elles surtout d’explorer la création artistique, ou sont-elles le véritable cœur du récit?

Julien Proulx: Voilà une analyse presque philosophique de l’œuvre! Je pense que les portes restent ouvertes, et c’est ce qui est intéressant.

Pour moi, il s’agit d’abord d’une recherche. Hoffmann est à la recherche de quelque chose à travers l’amour et à travers toutes ses expériences. Il est porté par un désir profond, mais il possède également un côté autodestructeur.

Nous assistons donc à une quête qui n’est jamais parfaitement définie, mais dans laquelle chacun peut se reconnaître. Hoffmann cherche quelque chose sans être certain de savoir exactement ce qu’il cherche, et il tente de le trouver un peu partout.

À la fin du spectacle, chaque personne pourra probablement en avoir une vision différente et y trouver ses propres réponses. C’est la quête de l’artiste, mais aussi celle de tout être humain.

PAN M 360: Cette production réunit à la fois de jeunes chanteurs et de jeunes instrumentistes. Qu’est-ce que cette rencontre apporte au projet?

Julien Proulx: C’est l’un des aspects qui me plaisent le plus. De jeunes chanteurs venus de partout dans le monde rencontrent de jeunes musiciens qui viennent eux aussi de différents endroits. Ils se réunissent à Montréal pour faire de la musique, mais également pour se rencontrer, partager et échanger.

Ce sont ces moments de rencontre qui me passionnent. Chaque édition est différente, puisque les artistes ne sont jamais exactement les mêmes. Certains se retrouvent d’une année à l’autre, tandis que d’autres découvrent entièrement l’expérience.

Tout se déroule dans une très grande intensité. Que ce soit à l’Institut canadien d’art vocal ou à l’Orchestre de la Francophonie, il y a énormément de musique à apprendre et de concerts à préparer. Les jeunes artistes doivent se mettre en danger, essayer des choses et demeurer constamment en recherche.

À cet âge si important, il s’agit de découvrir et de partager la musique, mais aussi de partager tout court. Les musiciens européens découvrent les festivals d’ici; nous leur demandons comment les choses se passent chez eux. Les chanteurs viennent eux aussi d’un peu partout, avec des parcours très différents et à des étapes différentes de leur vie.

Cela ajoute énormément de richesse à l’expérience. Personnellement, je ne fais pas de la musique uniquement pour la musique. Je la fais pour la rencontre et pour le partage. Il n’y a rien de plus fort que cela.

PAN M 360: Ces stages arrivent également à une période charnière, entre les études et le milieu professionnel.

Julien Proulx: C’est une étape à la fois très importante et très difficile. Pendant les études, nous cherchons souvent à répondre aux attentes : il faut jouer de telle manière ou suivre tel modèle. Puis, progressivement, les jeunes artistes doivent commencer à se nourrir eux-mêmes, à développer leur personnalité et à s’affirmer.

Ce sont les années où tout semble possible, mais où tout est difficile en même temps.

C’est avec beaucoup d’humilité que j’essaie de jouer un rôle auprès d’eux, de les aiguiller et de les accompagner. J’essaie de leur donner des ressources, de les encourager et de leur offrir de l’énergie et de l’amour afin qu’ils puissent continuer à se développer comme artistes.

À l’ICAV comme à l’Orchestre de la Francophonie, les missions sont très proches de mon cœur.

PAN M 360: L’œuvre semble particulièrement bien choisie pour ce contexte, notamment parce qu’il en existe plusieurs versions et qu’elle permet une certaine liberté.

Julien Proulx: Oui, même si elle comporte aussi des contraintes. L’opéra est extrêmement long, alors nous avons effectué plusieurs coupures afin de conserver l’essentiel tout en nous assurant que les jeunes artistes puissent apprendre leurs rôles dans le temps dont nous disposons.

Il existe effectivement beaucoup de liberté dans cette œuvre. Mais ce n’est pas un opéra où chacun arrive, interprète son air, puis quitte la scène. Il contient énormément de musique d’ensemble et de cohabitation entre les personnages.

Les artistes doivent apprendre à fonctionner avec les autres et à voir la structure dans son ensemble. Il faut parvenir à percevoir le « macro », et cela représente aussi un apprentissage très important.

PAN M 360 : Que souhaitez-vous que le public retienne de ces représentations?

Julien Proulx: J’aimerais encourager les gens à venir, parce qu’ils verront non seulement un très bon spectacle et les talents de demain, mais aussi le résultat d’un travail et d’une rencontre.

Ce qui sera présenté pendant ces deux journées est le fruit de la réunion entre de jeunes instrumentistes et de jeunes chanteurs venus de partout dans le monde, qui se sont retrouvés à Montréal et ont travaillé ensemble.

Le public découvrira donc l’œuvre, bien sûr, mais également le résultat de ce stage et de cette expérience humaine. C’est quelque chose d’unique, d’éphémère et de fantastique.

Basé à Ottawa, Centre National des Arts (CNA) est un carrefour multidisciplinaire des arts de la scène proposant une offre artistique des plus variées dans chacun de ses volets de programmation, allant de la musique classique en passant par le théâtre et la musique populaire.

Au chœur des programmes du CNA se retrouve également un programme de mentorat visant à soutenir le développement des jeunes artistes. En complémentarité avec la mission tout aussi formatrice de l’Académie du Domaine Forget, l’orchestre sera en concert le 18 juillet dans le cadre du Festival international du Domaine Forget où sera interprété un programme mettant à l’honneur la musique d’Edward Elgar, Robert Schumann, Carl Maria vonWeber et Gabriela Lena Frank.

Pour en savoir plus sur la mission du CNA ainsi que sur le concert dont son orchestre à l’honneur avec Kensho Watanabe au bâton, Marc Coppey au violoncelle et le concours des stagiaires en direction de l’Académie du Domaine, Alexandre Villemaire s’est entretenu avec Simon Ouellette, gestionnaire des projets orchestraux au Centre National des Arts.

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Si vous pensez au Brésil et à ses rythmes musicaux, vous penserez immédiatement à la samba et à la bossa. Probablement aussi au MPB (Musica Popular Brasileira), qui touille le rock, le disco, l’électro et toutes leurs fusions possibles. Mais vous oublierez peut-être le forro, un genre qui est tout aussi important que la samba. Comme une famille assez vaste, le forro prend plusieurs formes, rapides, lentes, entre les deux, etc. À Montréal, un ensemble entièrement féminin nommé Forro das Comadres vient d’être formé par Silvinha Georgia Gomes, afin de déployer cette musique fortement ancrée dans les racines brésiliennes, dans le peuple et les fêtes populaires locales, authentiques, ici dans la métropole. Le 18 juillet 2026 au Club Balattou, à l’occasion du Festival international Nuits d’Afrique, Forro das Comadres présentera son art en compagnie de Flavia Nascimento, chanteuse bien enracinée à la fois dans la culture brésilienne de ses origines, mais aussi dans la culture québécoise. Découvrez dans cette entrevue les origines du forro, ses caractéristiques et d’autres choses encore. Écoutez aussi Silvinha et Flavia partager leur amour viscéral de cette musique, et faire même des liens avec le Québec (La Bolduc, par exemple) et la France!

INFOS ET BILLETS

On ne présente presque plus Charles Richard-Hamelin et Clemens Schuldt. Le premier, lauréat de la médaille d’argent et du prix Krystian Zimerman lors du Concours international de piano Frédéric-Chopin à Varsovie en 2015, compte parmi les meilleurs pianistes québécois de sa génération. Le second est reconnu depuis son arrivée à la direction musicale de l’Orchestre symphonique de Québec pour sa programmation novatrice, son énergie et son audace artistique.

Pour leurs débuts conjoints à Lanaudière, ils nous proposent le 17 juillet des œuvres qui ont en filigrane la nordicité. Tout d’abord avec Le Tombeau de Nelligan du compositeur trifluvien Jacques Hétu puis avec le poème symphonique d’Alexandre Zemlinsky, La petite sirène (Die Seejungfrau) pour finir avec le Concerto pour piano en la mineur d’Edvard Grieg. Alexandre Villemaire a pu discuter il y a quelques semaines avec Charles Richard-Hamelin de ce concerto, l’un des plus beaux et des plus connus du répertoire et qui est fort apprécié des mélomanes et des pianistes.

crédits photo  : Julien Faugère

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