La violoniste Marie Nadeau-Tremblay a failli arrêter la pratique du violon. C’est la rencontre avec la musique baroque qui lui a donné le souffle de continuer et de faire carrière pour de bon. Après un premier album nommé Préludes et solitude, c’est Obsession, sorti fin 2025 sous étiquette ATMA, qui cristallise toute la passion de la jeune artiste pour cette musique. 

Une obsession profitable car ça lui a permis de recevoir le Prix Opus 2026 dans la catégorie Album de l’année – Musique médiévale, de la renaissance et baroque. J’ai parlé de cet album bien nommé avec Marie, ainsi qu’avec le luthiste Kerry Bursey, qui joue également sur l’album. 

LISEZ LA CRITIQUE PANM360 DE L’ALBUM OBSESSION

Dans le contexte de sa saison 60e anniversaire, un appel de dossiers auprès de jeunes solistes a mené la SMCQ à construire un programme constitué de concertos contemporains afin de le mettre en lumière à travers des musiques de création sus le thème Fougue concertante.

Ainsi, la percussionniste Catherine Cherrier, la hautboïste Élise Poulin et la violoniste Bailey Wantuchs’illustreront dans un programme exclusivement destiné aux concertos des compositeurs.trices Philippe Leroux (France-Québec), Margareta Jerić(Croatie-Québec), Martin Matalon (États-Unis) et Kaija Saariaho (Finlande-France). Hormis les solistes mentionnés, l’exécution des œuvres sera assurée par l’Ensemble de la SMCQ sous la direction de son chef Cristian Gort.

Pour ce programme présenté ce vendredi 30 janvier, 19h30, à la Salle Pierre-Mercure, PAN M 360 a choisi de mettre l’accent sur (d)Tourner. Prêts pour le détournement?

Voici la conversation de PAN M 360 avec Philippe Leroux, compositeur et pédagogue montréalais d’adoption qui s’est plu à « détourner » la notion de rotation, principe moteur de son concerto.

INFOS ET BILLETS ICI

Publicité panam

PAN M 360 : Philippe Leroux, vous êtes compositeur, vous êtes d’origine française, naturalisé canadien. Je vous joins à Paris parce que votre opéra L’annonce faite à Marie y est joué au Théâtre du Châtelet, mais vous vivez normalement à Montréal. 

Philippe Leroux : Alors, ça s’est fait de la manière suivante. En fait, j’étais venu très souvent à Montréal pour des concerts. La première fois, c’était au Domaine Forget avec le Nouvel Ensemble Moderne et l’ensemble des jeunes de Louis Lavigueur.  Pendant plusieurs années, je suis venu à Montréal pour de tels projets.

PAN M 360 : Et vous vous êtes enraciné à Montréal, visiblement.

Philippe Leroux : Un jour, j’ai reçu un coup de fil de quelqu’un de l’Université de Montréal qui m’a dit, voilà, on voudrait te proposer un poste de professeur de composition à l’université. Ça m’a plu parce que j’aimais beaucoup Montréal et ce qui se passait au Québec.Donc, j’ai dit oui et donc, je suis venu avec ma femme et mes deux enfants.

PAN M 360 : Vous étiez alors parisien ? 

Philippe Leroux :  Oui, j’enseignais à Paris. Et puis, ce qui s’est passé, c’est qu’au bout de deux mois, de deux ans, j’étais toujours le bienvenu comme professeur invité, il n’était plus question d’un poste permanent, et je risquais de perdre les postes que j’avais en France. Donc, j’ai dit tant pis je vais rentrer en France  et puis l’université McGill a carrément créé un poste exprès pour moi, ce qui est vraiment un grand honneur. Et puis après, j’aime beaucoup le Québec, je m’y sens bien,  j’ai donc demandé la naturalisation canadienne.  C’est sûr qu’il se passe beaucoup de choses à Paris. C’est vraiment une très grande ville. Mais il se passe aussi beaucoup de choses à Montréal. Et dans la mesure où moi, je voyage beaucoup, ça me convient très, très bien.

PAN M 360 : On ne parlera pas de votre œuvre au complet mais bien de votre œuvre intitulée (d)Tourner  présentée au programme  Fougue concertante de la SMCQ. D’entrée de jeu, Tourner implique  percussion solo, flûte, hautbois, clarinette, cor, piano, deux violons, un alto et un violoncelle. Alors expliquez-nous la structure de cette œuvre.

Philippe Leroux :  J’ai tendance à dire Détourner mais on devrait dire tournée. Justement, c’est une pièce qui travaille beaucoup sur l’idée de rotation, mouvement circulaire à plein de niveaux.

PAN M 360 :  Et comment cela se manifeste dans l’œuvre?

Philippe Leroux :  Par exemple, les instruments sont placés comme en arc de cercle,  autour d’un centre imaginaire. Ce qui permet au son de tourner dans l’espace sur la scène, en passant d’un instrument à l’autre. Alors, ça, c’est l’aspect spatial. Un deuxième aspect serait le son qui tourne dans l’espace physique des instruments.  C’est donc la même chose au niveau mélodique, on a des mélodies qui tournent comme des boucles. Et c’est la même chose au niveau des timbres, et c’est-à-dire que les changements de timbres sont cycliques aussi. En fait, ce n’est pas vraiment parfaitement circulaire, car les mouvements s’amplifient petit à petit, ce sont des cercles qui se déforment, d’où le détournement.

PAN M 360 : D’où le d entre parenthèse dans le titre : (d)Tourner.

Philippe Leroux : Voilà l’idée principale. Je travaille beaucoup comme ça en ce moment, soit avec des « tresses d’activité ». Il faut l’imaginer un peu comme une tresse de cheveux.

PAN M 360 : Autrement dit, des discours musicaux sont entrelardés dans la même œuvre, c’est bien ça ? 

Philippe Leroux : Voilà. Tantôt, on entend l’un, tantôt, on entend l’autre,  tantôt, on entend deux en même temps,  tantôt trois en même temps ou quatre en même temps. Et alors, ce que j’aime beaucoup dans cette façon de faire, c’est qu’à la fois c’est extrêmement continu puisque chaque brin de la tresse est parfaitement continu, et aussi ce sont des transformations progressives. On a donc une cohérence sonore, en tout cas. Mais comme on n’entend pas toujours tous les brins, on a des espèces de courts-circuits temporels quand un brin est en train de revenir  à l’avant-plan.Et donc, comme on n’entend pas toujours tous les brins, il y a vraiment des moments où d’un seul coup, on a des surprises, des contrastes. Voilà, c’est ce que j’aime dans cette façon de faire, car c’est quelque chose de très cohérent, puisque tous les mouvements sont continus. Mais en même temps, on a quelque chose de riche en contrastes et en surprises, du fait que les tresses s’arrêtent par moments.  

PAN M 360 : Est-ce votre première œuvre du genre fondée sur cette circularité?

Philippe Leroux : Je dirais oui. En tout cas, c’est la première pièce où je vais aussi loin dans cette idée. Mais en fait, comme toutes les pièces, elle trouve sa source et ses racines dans mes pièces précédentes, dans certains aspects de ces œuvres. Mais cette fois, c’est vraiment l’idée maîtresse de l’œuvre, ce sont plusieurs boucles qui tournent.

PAN M 360 : Maintenant, pourquoi peut-on qualifier cette œuvre-là de concerto ? En général, un concerto, c’est un soliste ou des solistes avec un ensemble.  Dans le cas qui nous occupe, qu’en est-il ?

Philippe Leroux : Oui, on peut dire que c’est un concerto, bon, avec des nuances. Le mot concerto vient du latin concertare, qui veut dire rivaliser, lutter, aussi se concerter. C’est-à-dire qu’un vrai concerto peut-être vu comme un combat entre un soliste et un groupe. Moi, je le vois plutôt comme une synergie entre le soliste et le groupe. 

PAN M 360 : La plupart des compositeurs ne le voient-ils pas ainsi?

Philippe Leroux : Oui, oui, tout à fait. Mais dans la musique baroque, par exemple, on trouve des pièces comme les fameux concertos de Vivaldi, des pièces pour violon principal et ensemble qui sont des luttes fratricides entre un soliste et les musiciens d’un ensemble. Dans l’œuvre ici présentée, c’est un soliste, principalement un marimba. C’est extrêmement virtuose, et vous verrez que la percussionniste soliste , Catherine Cherrier, est vraiment formidable. Et donc, c’est un marimba solo mais avec des petites choses en plus, des crotales, une grosse caisse, etc. Je ne peux pas être au concert, mais par contre, j’ai fait des répétitions avec elle et je peux vous dire qu’elle joue magnifiquement.

PAN M 360 : À deux ou quatre mailloches ?

Philippe Leroux :  Elle joue à quatre, et même elle s’est mise des rallonges parce que ça travaille beaucoup sur les extrêmes graves ou aiguës, afin d’atteindre les deux en même temps. 

PAN M 360 : En ce qui a trait à la façon dont vous avez envisagé les notes, les mélodies, les harmonies ou les sons en général où vous situez vous?

Philippe Leroux : De manière générale, je suis plutôt dans la mouvance spectrale, c’est-à-dire que je travaille beaucoup à partir de la perception qu’on a du son. Donc très souvent, j’analyse des sons et j’utilise les données de l’analyse comme matériaux harmoniques.

PAN M 360 : Et à partir de cette analyse et des outils à votre disposition, vous imaginez une extrapolation.

Philippe Leroux : Voilà, tout à fait. Je pars d’un spectre purement acoustique, d’une analyse purement acoustique d’un son, et j’élabore. Dans cette pièce spécifique , je pars d’un son de gong que je transforme. Je crée des modulations à partir de ce matériau de base. Comme tous les compositeurs classiques, je choisis uniquement certaines zones du spectre harmonique, c’est-à-dire certains accords, après quoi, c’est un travail purement intuitif.

PAN M 360 : Forcément. Si ce n’est pas intuitif, ce n’est pas de l’art. 

Philippe Leroux : Je suis bien d’accord.  

PAN M 360 : Puisque c’est le thème de ce programme, comment doit-on envisager la formule concertante en 2026 ? Cette formule ne correspond-elle pas aux époques antérieures? Quel est l’intérêt de la réitérer? 

Philippe Leroux :  Effectivement, je crois aussi que c’est une formule datée historiquement sur le plan esthétique ou sur le plan historique, bien sûr. Mais si on regarde cette forme en tant que telle et en essayant d’oublier l’histoire du concerto, on en vient à constater que cette forne parle du rapport entre l’individu et le groupe. C’est exactement comme ça que je conçois le concerto. Du coup, ce sont tous les rapports humains qui y sont évoqués, amour, répulsion, etc.. entre un individu et un groupe. Donc, c’est vraiment un travail sur la relation entre l’individu et le groupe. 

PAN M 360 : Rappelez-nous la création de l’œuvre. 

Philippe Leroux :  C’était une commande du Conseil des arts du Canada pour l’ensemble Aventa à Victoria. Et elle a aussi été jouée à New York, en France et en Suisse, jamais au Québec.

PAN M 360 : Et vous êtes joint en répétition avec l’Ensemble Intercontemporain. Alors Parlez-nous rapidement de votre opéra, puisque ce n’est pas le sujet principal de cet entretien. 

Philippe Leroux : L’Annonce faite à Marie a été créé en 2022 à l’Opéra de Nantes, conçu à partir d’une pièce de théâtre de Paul Claudel, un des plus grands dramaturges et poètes français du XXe siècle. Claudel avait fait quatre versions du texte, sur une période de 56 ans, ce texte l’a donc accompagné toute sa vie. C’est un texte que j’aime beaucoup, parce qu’il allie à la fois une très, très forte dramaturgie, incroyablement cohérente et forte et une langue extrêmement poétique, avec beaucoup d’images.

La librettiste Raphaèle Fleury a fait un travail formidable en puisant dans toutes les versions du texte et a conçu un formidable livret, je n’y vois pas de défauts dans la cohérence de la dramaturgie. Tout ça, c’est un grand plaisir. D’un point de vue musical, il s’agit d’une  œuvre mixte, instrumentale et électronique. La partie électronique a été conçue à l’IRCAM, on peut même y entendre des enregistrements de Claudel lui-même. On l’entend qui répond au chanteur, qui anticipe ce que font les chanteurs, ou qui réfléchit comme s’il était en train d’écrire son texte.

PAN M 360 :  Vous faites vraiment la navette entre Montréal et Paris, et vous avez encore beaucoup d’assises en France, puisque vous avez passé quand même une partie congrue de votre existence professionnelle là-bas.  

Philippe Leroux : Dans le contexte actuel, ce n’est pas le temps de commencer à bouder ces acquis. On est dans une période de l’histoire de la musique où la musique contemporaine est quand même marginalisée. Je crois important de développer un réseau international, et pas seulement local, quoi, parce que sinon on n’en sort pas. Alors je travaille partout :  plusieurs concerts au Japon cette année, en Chine l’année dernière, récemment en Allemagne, cet hiver en France…Donc voilà, je pense que c’est important de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, comme on dit tout simplement.

PAN M 360 : On comprendra qu’il vous soit impossible d’assister au concert de vendredi à Montréal!

Philippe Leroux :  Attendez, il y a pire. Enfin, il y a pire, non, il n’y a pas pire, mais c’est pareil. Le 3 février, c’est la dernière représentation de mon opéra et ce soir-là, j’ai une pièce interprétée par le Chœur de Radio France. C’est vraiment un embouteillage mais bon, je ne vais pas me plaindre.

PAN M 360 : Effectivement, c’est plutôt un beau problème. La majorité absolue des artistes croupissent dans une précarité économique épouvantable et souvent abandonnent.

Philippe Leroux :  Oui et je me rends parfaitement compte de la chance que j’ai.  

PAN M 360: Merci Philippe !

Participant·es

Programme

Bernardino Femminieli est un personnage qui mérite d’être étudié. Que cette étude se fasse dans des revues psychiatriques ou dans des rapports de police dépend de la façon dont vous interprétez les propos de ce philosophe homoérotique et masochiste. S’agit-il du fantasme d’un schizophrène pervers ou d’une sorte d’évangile marxiste ? Dans un monde accablé par la culpabilité judéo-chrétienne et l’auto-punition rituelle, Bernardino Femminieli joue le rôle de Max Cady, l’antagoniste rusé qui fait fi de la morale conventionnelle. Depuis la sortie de L’Exil en 2016, il n’a cessé d’amplifier le caractère choquant de ce personnage. Avec le nouveau clip d’Apprenti Gendarme, il est difficile d’imaginer où il pourrait aller ensuite. Le choc se transforme en admiration. Le dégoût se transforme en rire. C’est de l’art. Non seulement parce qu’il vit désormais à Paris, mais aussi parce qu’il s’y consacre pleinement. Ce n’est clairement pas fait pour plaire aux masses.

Si on essayait de décrire la vidéo, cela semblerait incriminant. Il faut simplement la regarder :

Si la vidéo semble provocante, l’homme qui en est l’auteur s’exprime avec un calme désarmant. Hors scène, les tactiques choc laissent place à un humour pince-sans-rire, à des aveux sans détour et à quelques confessions romantiques. Nous avons interrogé Bernardino Femminieli sur les rituels, l’exil, le rejet, les fantasmes carcéraux et la Saint-Valentin.

Publicité panam
Publicité panam

PAN M 360 : Avant d’enregistrer des voix sur un morceau ou de chanter en live, as-tu une préparation ou un rituel particulier pour te mettre dans l’ambiance ?

Bernardino Femminieli: En studio, j’aime boire une bière et avoir quelques notes sous la main. Pour les concerts, j’aime être seul avant le spectacle, si possible, et m’échauffer.

PAN M 360 : Pourquoi avez-vous décidé de vous installer en France ? Était-ce pour vous rapprocher de vos racines italiennes ?

Bernardino Femminieli: Pour de nombreuses raisons, mais surtout pour commencer une nouvelle vie ailleurs.

PAN M 360 : Sur votre dernier album sorti en 2024, tous les morceaux ont été produits à Paris, à l’exception de « La vie Gigi ! », produit à Grey Valley, un endroit isolé dans les Laurentides. Qu’est-ce qui est ressorti de cette session au Studio Panique ?

Bernardino Femminieli: C’est un disque particulier, enregistré en 2020 après le premier confinement. Julien Gasc m’a contacté pour réaliser un album en moins de deux semaines : il composait la musique et j’écrivais les paroles. C’était une sorte de road movie sur un homme brisé errant et rencontrant des gens à qui il confiait son cœur.« La vie, Gigi ! » est le seul morceau que j’ai composé avec Adrien Belkout, mon mentor spirituel, et Gasc. J’ai même invité Mr. Flash à y jouer et demandé à Dominic de mixer le morceau depuis chez lui, car je ne pouvais pas retourner au Canada. L’album a mis plusieurs années à sortir et a été catégoriquement rejeté et ignoré par tout le monde en France, alors même qu’il s’agissait d’un hommage à une France en quête de repères. Haha.

PAN M 360: Ce morceau a été mixé par Dominic Vanchesteing, avec qui vous avez collaboré sur L’Exil et plusieurs autres projets. Le public se demande : êtes-vous amoureux ?

Bernardino Femminieli: Oui. Depuis toujours.

PAN M 360 : Si vous pouviez ramener un musicien à la vie pour collaborer à votre prochain album, qui serait-ce et pourquoi ?

Bernardino Femminieli: Je pense qu’il vaut mieux laisser les morts où ils sont.

PAN M 360 : Si, par hypothèse, Bernardino Femminieli finissait en prison, quel crime aurait-il commis pour y arriver ?

Bernardino Femminieli: Torture et enlèvement. Sans rançon. Par principe.

PAN M 360 : Que répondez-vous aux personnes qui affirment que vous êtes le sex-symbol de notre époque ?

Bernardino Femminieli: C’est mignon!

PAN M 360 : À quoi peut-on s’attendre pour votre concert de la Saint-Valentin à la Taverne Tour ? Recommanderiez-vous d’y aller avec un(e) partenaire pour un premier rendez-vous ?

Bernardino Femminieli: Des chansons disco anachroniques anti-françaises. Évidemment. Je suis le dealer de breaks.

Lorsqu’on découvre le parcours atypique de Dice B, rappeur, producteur, journaliste, intervenant auprès des jeunes, on comprend pourquoi il a été choisi comme porte-parole du Mois de l’histoire des Noirs 2026. Avec ce rôle viennent plusieurs responsabilités telles que conférencier dans les écoles, paneliste lors d’activités en lien avec le MHN, mais également des entrevues avec des médias tels que PAN M 360. C’est donc un profil très inspirant que l’on découvre lors de cet entretien puisqu’il met en lumière toutes les facettes de l’artiste mais également le fil conducteur derrière tout cela. D’ailleurs, il nous a également partagé quelques scoops notamment un single sur lequel il a collaboré avec son petit frère Sun Shan, « Le gardien de mon frère ». Notre journaliste Sandra Gasana a pu échanger avec l’artiste pour en savoir plus sur son rôle de porte-parole mais surtout ces accomplissements jusqu’à ce jour.






Le pianiste turc Fazil Say est l’un des artistes les plus marquants des 30 dernières années. Son style particulier, accroupi sur son clavier, l’embrassant presque et murmurant plus ou moins fort pendant qu’il joue, peut faire penser à Glenn Gould. L’artiste est cependant plus polyvalent que le Canadien. Il ne fuit pas la scène, au contraire. Il donne environ une centaine de concerts par an. De plus, il compose beaucoup. Il est déjà rendu au numéro 120 de son catalogue d’opus. Symphonies, concertos et pièces pour piano bien entendu. En 2022, il a enregistré les Variations Goldberg de Bach, une vingtaine d’années après son précédent album consacré au compositeur. Depuis, il les présente en concert partout dans le monde. Le mardi 17 février, il les donnera à la salle Bourgie à Montréal, dans le cadre de la série ‘’Pianistes d’exception’’ (et croyez-moi, dans le cas de Say, c’est vrai!). En complément, il jouera également plusieurs de ses œuvres pour piano, dont Black Earth et sa Sonate Yeni Hayat (‘’A New Life’’). J’ai discuté avec Fazil Say de Bach et de sa propre musique avant sa visite à Montréal. 

DÉTAILS DU CONCERT (Il n’y a plus de billets disponibles, le concert est à guichets fermés)

PanM360 : Les Variations Goldberg sont arrivées en 2022, une vingtaine d’années après le précédent enregistrement consacré à Bach. Pourquoi un si long hiatus?

Fazil Say : Vous savez, je joue entre 90 et 100 concerts par année, en plus d’écrire beaucoup de musique. Bach est important dans ma vie, mais il faut prendre le temps d’apprendre cette musique, surtout des œuvres majeures comme les Goldberg. Pour les Goldberg, c’est la pandémie qui m’en a donné l’occasion. En confinement, j’ai eu envie de prendre le temps qui m’était soudainement offert de me plonger dans certaines Grandes Oeuvres, telles que les Goldberg et les dernières sonates de Schubert. Pour les Variations, j’ai consacré 3-4 mois à l’analyse, ce qui a été une grande joie pour moi.

PanM360 : En concert, faites-vous toutes les reprises?

Fazil Say : Si on les fait toutes, l’œuvre peut durer presque 90 minutes. J’ai décidé de couper certaines reprises et d’offrir l’ensemble dans un minutage de quelque 55-60 minutes. Je ne pense pas que cela fasse du tort à la pièce, et ça me permet d’offrir une deuxième partie de concert différente. 

PanM360 : Les Variations Goldberg sont un chef-d’œuvre d’architecture musicale. On peut les jouer avec différentes perspectives narratives. Gould 1955 est presque atomiste, avec chaque mouvement comme un univers en soi. On peut être totalement holistique, avec un sommet d’arc pointé, comme en croisement d’ogives, à la variation no 16, une Ouverture à la française qui peut servir de ‘’second départ’’ vers la deuxième moitié. On peut aussi concevoir l’ensemble comme dix groupes de trois variations (une pièce de caractère, un variation virtuose et un canon) auxquels s’ajoutent l’Aria initial et sa reprise finale. Bref, quelle est votre vision narrative de cet édifice?

Fazil Say : Vous avez raison de dire qu’il y a dix groupes de trois variations. Vous avez également raison de parler de la valeur symbolique de la variation no 16, en plein milieu de l’édifice. Pour ma part, je ne joue jamais de cette façon, avec cette idée en tête. Je considère plutôt la longue ligne, du début à la fin. 

PanM360 : Depuis 2022, comment ont évolué les Variations pour vous? Quels changements y avez-vous apporté en les jouant un peu partout, par rapport à l’enregistrement?

Fazil Say : Après plusieurs dizaines d’exécutions, je pense que les idées sont plus claires, l’ensemble est plus mature. C’est normal. C’est un processus qui ressemble à la vie. Je pense que ma façon de jouer maintenant est meilleure que sur le disque.

PanM360 : Vous avez envie de jouer et, peut-être, d’enregistrer plus de Bach?

Fazil Say : J’aimerais faire le Clavier bien tempéré, prochainement. Mais prochainement ne veut pas dire demain (rires). À travers tous mes concerts, les commandes d’œuvres, la musique de chambre, etc., je dois trouver le temps. Mes deux prochaines années sont déjà toutes remplies. Et le Clavier, c’est encore plus exigeant que les Variations. Alors peut-être que dans deux ans, un peu plus, je pourrai faire le Premier livre. Ensuite le Deuxième, mais je n’ai pas inséré cela à mon agenda encore…

PanM360 : En deuxième partie de concert, le 17 février, vous jouerez vos compositions pour piano, dont plusieurs sont influencées par le jazz. Quelle place a cette musique dans votre vie?

Fazil Say : J’ai aimé le jazz toute ma vie. Le jazz et le classique ne sont pas très différents. Je vois le jazz comme un développement contemporain de l’harmonie et du jeu rythmique. Un compositeur aujourd’hui se doit d’être intéressé par toutes les musiques. Également les musiques traditionnelles de son pays, ou d’autres pays, ce que je fais souvent avec mes compositions.

PanM360 : Parlons-en, Vous jouerez entre autres Black Earth, une de vos premières compositions et l’une des plus jouées dans le monde. À un moment, vous assourdissez les cordes du piano avec une main pendant que vous jouez de l’autre. Ça donne un son qui ressemble à un saz, un instrument traditionnel turc. Comment vous est venue cette idée?

Fazil Say : En faisant des essais, des expérimentations. Je me suis aperçu que ça donnait ce son, très intéressant, très particulier. Cela dit, je n’ai rien inventé. Le piano préparé est une invention du 20e siècle de John Cage. Lui, il mettait des morceaux de bois, ou de métal, ou de plastique entre certaines cordes pour créer des sons percussifs étranges. Je ne fais pas ça mais je m’en inspire. 

PanM360 : Il y a également au programme la Sonate Yeni Hayat, (Nouvelle vie), op.99. Que pouvez-vous nous en dire. Pourquoi ce titre?

Fazil Say : Je l’ai écrite à la fin du confinement de la période pandémique. J’avais en mémoire cette terrible épreuve et tous ces morts. J’ai eu envie de célébrer un nouveau départ. D’où le titre. C’est une pièce assez expressive, pleine de drame mais aussi d’espoir. 

Je suis également content de pouvoir jouer certaines de mes pièces au Canada. Elles sont reprises assez souvent ailleurs dans le monde, mais, à ma connaissance, pas tellement dans votre pays. J’espère que les gens apprécieront et auront envie d’en entendre d’autres. 

PanM360 : Qu’êtes-vous en train d’écrire en ce moment?

Fazil Say : Parmi d’autres, un concerto pour piano à quatre mains. Et d’autres pièces pour orchestre.

PanM360 : Il n’y a pas d’opéras encore dans votre catalogue. Ça vous intéresse?

Fazil Say : On m’a demandé quelques fois de le faire. Le problème c’est de trouver un sujet et surtout un livret qui me convienne. De plus, je suis une personne plus familière avec la musique instrumentale. Je devrais aussi apprendre comment écrire un opéra, un défi en soi, car il s’agit d’un art avec ses propres exigences, ses codes, etc. Disons que ce n’est pas dans mon agenda pour le moment.

PanM360 : Mais ce n’est pas impossible…

Fazil Say : Il ne faut jamais dire impossible.

PROGRAMME

J. S. BACH Variations Goldberg, BWV 988
Fazıl SAY
Sonate pour piano, op. 99 « Yeni hayat » [Nouvelle vie]
Nazim, op. 12 no 1
Ses, op. 40b
Kumru, op. 12 no 2  
Black Earth, op. 8
Claros: Temple of Prophecies, op. 112
Summertime Variations, op. 20
Paganini Jazz, op. 5c

Il aura fallu une rencontre lors d’un festival à Brasilia pour que Veeby et le collectif de 11 femmes afro-brésiliennes Funmilayo Afrobeat Orquestra décident de collaborer dans leur plus récent projet: un EP intitulé Muta Resistanz. Conçu lors d’une résidence d’une dizaine de jours en 2023 à São Paulo, sous la direction musicale de Fredy Massamba, Veeby a signé tous les textes tout en étant le lead vocal du projet. Le tout a été mixé et masterisé à Bruxelles par Didier Touch, ce qui en fait un projet international, mêlant Canada, Brésil, Congo, Cameroun et Belgique. Cela dit, Veeby n’en est pas à son premier projet avec des femmes musiciennes. En effet, elle avait déjà collaboré avec le groupe de femmes Jigeen Ñi au Sénégal il y a quelques années, avec ce même désir de mettre en avant les femmes musiciennes. En plus de ce EP, Veeby est présentement en pleine Immersion 2026 avec des activités prévues les 14 et 15 février au Musée McCord, avant de s’envoler vers le Gabon pour participer au Black History Month. Une femme aux multiples chapeaux! Notre journaliste Sandra Gasana s’est entretenue avec elle, entre deux rendez-vous, pour parler de ses multiples projets.






Le multi-instrumentiste jazz Julien Fillion captive l’imaginaire avec ses pièces instrumentales cinématographiques et immersives. Nous nous sommes entretenus avec lui à la veille de son concert du 14 février prochain au Verre Bouteille, dans le cadre du Taverne Tour.

Publicité panam

PAN M 360 : Je tiens d’abord à te féliciter pour ta musique, que je qualifierais de savante, grandiose et profondément inspirante.

Julien Fillion : Merci, c’est trop gentil.

PAN M 360 : Tu as fait paraître un excellent EP intitulé ego en 2024, suivi en 2025 d’une version LP, ego.alt. Quel était l’état d’esprit derrière l’EP ego, et en quoi diffère-t-il de celui de l’album qui en découle, ego.alt?

Julien Fillion : Pour moi, ego.alt, c’était vraiment un second souffle à ego. Une fois l’EP terminé et avec l’idée du projet du film/live session qui arrivait, j’ai eu l’impression que je n’avais pas encore complètement fini l’œuvre. Le fait de devoir présenter cette idée-là à une équipe m’a forcé à pousser un peu plus loin ma réflexion, et assez naturellement, de nouvelles idées d’arrangements sont apparues. J’ai eu beaucoup de plaisir avec Ghyslain Luc au mix aussi à amener les chansons ailleurs.

Au fond, c’est essentiellement la même musique, les mêmes arrangements, mais le fait de tout jouer live change vraiment la donne. Il n’y a aucun montage, aucun edit, et je dis bien aucun, et ça donne quelque chose de beaucoup plus raw. Pour moi, c’est plus vivant, plus honnête, et au final, meilleur.

PAN M 360 : Tu es multi-instrumentiste : saxophone, claviers, guitare et production électronique sont autant de cordes très fortes à ton arc. Que représentent ces différents instruments pour toi en tant que compositeur et directeur musical?

Julien Fillion : Tout a commencé avec la guitare quand j’étais gamin, et le saxophone est arrivé un peu par hasard, lors d’une audition au secondaire. Mais mon vrai amour pour l’instrument est vraiment apparu au cégep. J’étais ce jeune ado aux cheveux longs qui jouait du rock et de la guitare électrique, haha.

Au final, tous ces instruments sont pour moi des façons différentes de m’exprimer. Je me considère chanceux de pouvoir jouer autant de choses, parce que ça m’empêche de m’ennuyer et ça me permet d’explorer plein de textures différentes.

Cela dit, je dois avouer que le saxophone reste MON instrument. C’est celui avec lequel j’ai passé le plus d’heures, celui avec lequel je suis le plus exigeant, et c’est aussi celui qui me demande le plus de courage. Quand je joue du sax, j’ai toujours ce sentiment de laisser une partie de mon intimité accessible aux autres. C’est à la fois l’instrument que je maîtrise le mieux et celui qui me met le plus au défi.

photo du site Costume Records

PAN M 360 : Parle-moi un peu de tes collaborations avec Bobby Bazini, Diane Tell, Adib Alkhalidey et Les Louanges. Comment ces rencontres se sont-elles faites, et quelles formes ont-elles prises artistiquement?

Julien Fillion : Je me considère vraiment chanceux d’avoir croisé ces artistes, parce qu’ils et elles ont vraiment nourri et inspiré le musicien, l’artiste que je suis devenu. Difficile de dire exactement comment ces rencontres se sont faites… La musique, c’est un petit milieu : tu remplaces quelqu’un ici, quelqu’un parle de toi là, et pouf, tu te retrouves sur une tournée ou en studio.

« La seule chose que je peux contrôler, c’est mon éthique de travail. Je me suis toujours super bien préparé, parce que je crois beaucoup qu’on n’a qu’une seule chance dans ce métier, et que la première impression est hyper importante. »

PAN M 360 : Ta musique possède une forte dimension cinématographique. On a l’impression que tu cherches à nous entraîner dans de vastes univers contemplatifs, parfois désertiques, parfois cosmiques (v(.)id, sahara, supernova). Quelles sont tes sources d’inspiration lorsque tu composes? Films, jeux vidéo, romans, arts visuels… ou autre chose encore?

Julien Fillion : Je suis vraiment content que tu voies ça, parce que c’est un peu mon but, haha. J’aimerais pouvoir donner une réponse super poétique, mais en vrai, je ne peux pas vraiment pointer une source précise qui m’inspire à chaque fois. C’est plutôt un mélange de mon humeur au fil des semaines de création, de la production, des essais…

J’ai le sentiment que mon cerveau finit par faire une sorte de synthèse de tout ce qui m’entoure et me renvoie des idées. Pour moi, composer, c’est vraiment un travail d’artisan : on façonne petit à petit, on teste des textures, des ambiances, jusqu’à ce que ça prenne forme. Et parfois, ces univers contemplatifs ou désertiques sortent tout seuls, comme si la musique avait sa propre vie.

photo du site Costume Records

PAN M 360 : Sur le plan musical, j’entends des échos de Pink Floyd, d’Ennio Morricone, mais aussi des influences très diverses, venant d’un peu partout dans le monde. Quelles sont les influences musicales liées à ton projet (jazz, musique de film, etc.)?

Julien Fillion : J’écoute vraiment de tout, et je fonctionne par phases. Je peux passer deux mois à n’écouter que de la chanson québécoise, puis virer dans une phase Coltrane ou Broïl. Par contre, mes fondations — la musique de mon enfance — c’est du Led Zeppelin, du Pink Floyd et Hendrix. Je pense que ça restera à jamais en moi. Tout ça se mélange dans ma tête et finit par réapparaître dans mes compos, souvent d’une manière intuitive.

PAN M 360 : Enfin, à quoi peut-on s’attendre lors de ta prestation du 14 février au Verre Bouteille, dans le cadre du Taverne Tour?

Julien Fillion : Ça va brasser, c’est sûr ! J’ai super hâte de jouer à Montréal, surtout qu’on n’a pas joué ici depuis le lancement en octobre 2024. Mes amis et moi, ça fait genre 10 ans qu’on joue ensemble — l’énergie est énorme et on s’amuse tellement sur scène. Le show va être intense, vivant, parfois doux, parfois complètement déchaîné… mais toujours sincère. Mon but, c’est que le public ressente notre plaisir à jouer et reparte avec la tête pleine de musique.

Julien Fillion sera en concert le 14 février au Verre Bouteille dans le cadre du Taverne Tour.

Publicité panam

Entre rock incisif, chaos contrôlé et humour conscient, Fake Friends s’est taillé une place à la fois immédiate et légèrement déjantée.

Le groupe montréalais composé de six membres s’est forgé une réputation grâce à des chansons qui flirtent avec le bruit et la tension sans jamais abandonner complètement la mélodie, associant des moments abrasifs à un sens instinctif du groove.

Avec Let’s Not Overthink This, leur deuxième album complet qui sortira le 13 février 2026, Fake Friends revient avec un disque plus audacieux, plus bruyant et plus sûr de ses contradictions. C’est un projet qui reflète un groupe à l’aise avec les frictions entre influences, personnalités et idées, tout en continuant à évoluer au-delà de ses précédentes sorties.

Dans le cadre du Taverne Tour, Fake Friends donnera un concert gratuit à Saint-Sacrament le 13 février. Nous avons rencontré Fake Friends pour discuter des idées, des détours et des contradictions qui ont façonné l’album et le groupe qui l’entoure.


De l’idéation à la mise en scène

PANM 360 : Vous avez récemment annoncé la sortie de votre deuxième album complet, Let’s Not Overthink This, prévue pour le 13 février 2026. En tant que groupe de six musiciens, comment abordez-vous l’écriture et les arrangements ? Est-ce que tout le monde contribue de manière égale, ou y a-t-il un membre qui dirige le processus de création des démos/riffs ?

MICHEAL KAMPS: Cet album est essentiellement le fruit de l’imagination de Felix. Il avait toute une série de vieilles démos sur son ordinateur, et nous les avons écoutées pour choisir celles qui nous inspiraient le plus. Les paroles ont été écrites à quatre mains par Felix et Matt. Une grande partie des arrangements prend forme lorsque nous répétons et jouons les morceaux en live, ce qui permet aux titres d’évoluer naturellement.


Bruit, lignes de basse et tout ce qui se trouve entre les deux

PANM 360 : Si l’on compare ce nouvel album à vos précédents EP et albums, et en particulier à vos deux singles (Sucker Born Every Minute et The Way She Goes), on constate une évolution vers plus de bruit et de dissonance. Vous avez intégré davantage de synthétiseurs, de superpositions instrumentales et de morceaux centrés sur la ligne de basse. En tant que groupe, qui diriez-vous être vos principales sources d’inspiration pour cet album ?

MICHEAL KAMPS: Les gens nous comparent souvent à The Hives et Shame. Un ami qui a écouté l’album en avant-première a même dit que nous ressemblions à Spiritual Cramp. Honnêtement, il est difficile de déterminer exactement d’où vient notre son, car il y a tellement d’influences au sein du groupe que nous ne sommes pas tous d’accord. Luca a tendance à préférer la musique plus heavy, Felix… n’aime pas vraiment la musique (sans blague). Donc, l’inspiration vient en quelque sorte d’un mélange de tout et de rien.

PANM 360 : Pour poursuivre sur ce sujet, y a-t-il un groupe ou un artiste auquel on vous compare souvent et avec lequel vous n’êtes secrètement pas d’accord ?

MICHEAL KAMPS: À Halifax, un type ivre a failli uriner sur ma chaussure et m’a dit : « Vous êtes comme le groupe canadien Blink-182. » J’ai vraiment détesté ça.

PANM 360 : Enfin, y a-t-il des influences sur votre son qui n’ont rien à voir avec la musique, comme le cinéma, la littérature, l’art ou des expériences personnelles, et comment celles-ci façonnent-elles l’ambiance ou l’atmosphère de vos chansons ?

MICHEAL KAMPS: Oh, les trucs habituels : South Park, McDonald’s, la belle ville de Cincinnati dans les années 80, les spaghettis… En gros, des éléments aléatoires de notre monde finissent par se glisser dans les chansons et leur donner une ambiance un peu bizarre.

Publicité panam

Pistes, invités et succès accidentels

PANM 360 : Y a-t-il eu des collaborations ou des musiciens invités sur cet album que les fans devraient attendre avec impatience ?

MICHEAL KAMPS: Absolument. Nos bons amis Hannah Castelli (Cross Check) et Clarence Tremblay (Birds of Prrrey) ont apporté leur incroyable voix sur quelques morceaux. Akira Sato (Chop Sue Me) a participé aux chœurs et ajouté quelques dialogues sur un morceau. Et, bien sûr, notre ennemi juré et nemesis Timothy Aaron Bryan (Timo Bryan) de MULCH et DEATH AS IT SHOOK YOU a tenté de saboter notre enregistrement… mais nous avons finalement utilisé ses voix parlées pour le bien de l’album.

PANM 360 : Si vous deviez décrire le nouvel album en une phrase à quelqu’un qui n’a jamais entendu votre musique, que diriez-vous ?

MICHEAL KAMPS : Le rock spaghetti chili des années 80 à Cincinnati.

PANM 360 : Quelle est la chanson dont vous êtes le plus fier, et qu’est-ce qui la rend spéciale par rapport à toutes les autres que vous avez composées ?

MICHEAL KAMPS: Le dernier morceau, Good Friends, est né de nulle part. La plupart des chansons de l’album ont des paroles un peu loufoques et impertinentes, mais Good Friends est beaucoup plus émouvante et désespérée. Elle n’était même pas censée figurer sur l’album, ce qui en fait ma préférée. Elle est brute, inattendue et sincère.

PANM 360 : Comparé aux précédents albums marqués par des changements de line-up et des processus d’enregistrement fragmentés, comment cet album reflète-t-il votre évolution en tant que groupe ?

MICHEAL KAMPS: Celui-ci semble vraiment solide. Nous étions plus concentrés, et tout le monde était sur la même longueur d’onde. Pour notre dernier album, nous avons enregistré dans différents studios avec différents ingénieurs et avons connu de nombreux changements de line-up. Dans l’ensemble, cet album semble plus organique, car il a été entièrement réalisé avec les mêmes personnes du début à la fin.


Décors graisseux, grandes scènes et projets pour l’été

PANM 360 : Vous donnez un concert gratuit au Saint-Sacrement Bar à Montréal dans le cadre de la tournée Taverne. Comment adaptez-vous ces chansons pour les jouer en live, et y a-t-il des moments dans votre performance où vous aimez expérimenter ou improviser ?

MICHEAL KAMPS: Il faudra venir au spectacle pour le découvrir. Le décor est gras, et nous avons hâte de nous produire dans un espace aussi spécial.

PANM 360 : Vous avez donné des concerts incroyables au Canada, comme vos performances mémorables avec Me First and the Gimme Gimmes, et au Club Soda à Montréal. Que peuvent attendre vos fans de votre tournée et de vos concerts cette année ?

MICHEAL KAMPS: Nous serons en tournée cet été. Il y a un grand concert Pouzza sur la scène extérieure au printemps, et nous irons certainement en Ontario et dans les Maritimes. Nous espérons également jouer dans des festivals à l’extérieur du Québec, ce que nous n’avons jamais fait auparavant. Pour les dernières nouvelles, consultez notre compte Instagram.


Le mot de la fin

PANM 360 : En repensant à cet album et à votre parcours en tant que groupe, quel conseil donneriez-vous à d’autres artistes pour qu’ils puissent faire évoluer leur son tout en restant fidèles à eux-mêmes ?

MICHEAL KAMPS: Supprimez TikTok, supprimez Grindr et Tinder, jetez votre labubu dans un volcan, écoutez Miles Davis… et essayez peut-être l’opium. Je plaisante. Le vrai conseil ? Amusez-vous, ne vous prenez pas trop au sérieux et soyez gentils les uns avec les autres. C’est le plus important.

Publicité panam

Run Body Run. L’idée derrière sa conception relate au sentiment de paralysie lié à la peur, particulièrement au moment où tu commences à réaliser qu’il faudrait que tu ordonnes à ton corps de bouger.

Vendredi prochain à 20h, Yolande Laroche partagera la scène du O Patro Vys avec Améry et Jane Inc. dans le cadre du Taverne Tour. Artiste protéiforme déjà active sur la scène musicale depuis plus de dix ans, elle y présentera du nouveau matériel qui ne tardera pas à être dévoilé sous la forme d’un album.

En primeur, j’ai eu la chance d’écouter une démo de ce nouveau projet. Fidèle à elle-même, l’artiste explore une direction difficilement traçable à ses projets antérieurs : le groupe pop-rock Pony Girl, son projet solo Orchidae ou son projet ambiant instrumental mal/aimé, pour en citer quelques-uns. La direction est toute autre et la proposition, franche. Au sein d’une esthétique électronique dansante, le ton grave que prend sa voix nous expose un texte aux images confrontantes, presque violentes.

Pour une démo, on a affaire à un niveau d’achèvement bien avancé. La forme globale est complète et les sonorités sont clairement définies. Ma curiosité est définitivement piquée pour ce qui viendra de l’album Run Body Run.

Publicité panam

Diversité d’approche

Pan M 360: Tu as les projets Orchidae, Pony Girl, mal/aimé puis Yolande Laroche, projet éponyme par lequel tu as publié un EP en 2022.

Yolande: Il y a aussi un autre projet qui s’appelle KayFayb, celui-là, avec deux membres de FET.NAT, Lindsay Willman et Pierre-Luc Clément. C’est un projet de performance, un peu comme du jazz violent. On n’a rien enregistré, mis à part quelques petites vidéos ici et là sur internet.

Pan M 360: Un sujet que je voulais aborder avec toi touche à la pluralité de ton approche de la musique, qui s’observe notamment dans ta pratique de multi-instrumentiste. Tu chantes, tu joues de la clarinette, du clavier et de la guitare aussi, n’est-ce pas?

Yolande: Je viens aussi de commencer à jouer un peu de saxophone alto, j’en ai acheté un dans la dernière année. J’adore essayer de nouveaux instruments, mais ça reste récent pour moi de faire ça, pour le saxophone comme pour la guitare.

Je vois tout le temps plein de personnes qui sont en train de faire de nouvelles choses et je me disais : « Pourquoi est-ce que je m’arrêterais de faire ça? Moi aussi, j’en suis capable ». J’ai juste commencé à essayer de me convaincre que je peux commencer de nouvelles choses.

Pan M 360: C’est parfois difficile, surtout si tu as déjà un certain niveau de maîtrise avec d’autres instruments, d’être inexpérimentée pendant un certain temps.

Yolande: Le monde classique demande la perfection. C’est vraiment difficile parfois, mais à travers les années, j’ai par exemple dû faire face au fait que je voulais chanter, mais que je ne chantais pas si bien. J’ai dû nécessairement commencer de zéro et même si ça fait mal au cœur, il fallait le faire.

Pan M 360: Comme pour les instruments, tu sembles accorder une importance au fait d’entretenir plusieurs projets, à cultiver une pluralité d’expression artistique.

Yolande: Pony Girl était mon premier projet pop en sortant du monde classique. On a fait deux albums et des tournées. Après une grande tournée canadienne très intense en émotions, on a pris une pause d’à peu près 8 mois sans jouer ni enregistrer. Ça m’a fait me sentir vraiment perdue du fait que j’avais mis tellement de mon identité artistique dans ce band-là, je me suis mise à me questionner sur le fait qu’elle ne reposait que dans un seul projet.

Après m’être essayée à la musique expérimentale instrumentale, j’ai voulu chanter. J’ai donc commencé à écrire pour voix et piano et Orchidae est né de ça. Kayfayb venait du désir de vouloir aller vers la musique expérimentale. J’ai connecté avec Pierre-Luc Clément et Lindsay Wallman. Ensemble, on a créé un trio. C’est vraiment magique ce qu’on fait sur scène, mais ce n’est peut-être pas un projet qui va être enregistré.

Par la suite, je me suis intéressée à la musique électronique et j’en suis arrivée à Yolande Laroche, mon projet le plus récent. Je pense bien que c’est le projet dans lequel s’est le mieux développée mon expression artistique.

Je voulais incarner mes différents personnages que j’ai un peu accumulés au fil des années. Je veux vraiment dire quelque chose qui est important pour moi.

Une nouvelle direction : pluralités temporelles

Pan M 360: J’ai trouvé qu’avec ton projet éponyme en particulier, tu vas définitivement dans une direction plus expérimentale et très frontale. Avec mal/aimé, il y a quelque chose de plus abstrait, peut-être par le fait que la musique est purement instrumentale, sans paroles. Pour le EP Journal d’enfance, tu as collaboré avec Nick Schofield?

Yolande: Oui et en fait, Nick Schofield, c’est mon mari. On a produit Orchidae ensemble pour un album que j’ai lancé l’année passée. Ça fait cinq ans qu’on est ensemble comme couple. J’ai un bureau dans notre maison et lui a un bureau dans l’autre bout de notre maison. Quand je travaillais sur le projet, il lui arrivait de venir dans mon bureau et on discutait des idées, mais je tenais à produire cet album seule et il m’a totalement laissé cette liberté. Il était tout de même un excellent guide.

Chez nous, il y a toujours de la musique. Lui travaille sur ses choses et m’invite dans son bureau pour qu’on discute de sa musique. C’est vraiment un beau lien entre lui et moi. Je peux peut-être t’envoyer des démos si ça te tente d’écouter! Il y a des paroles assez intenses… J’ai très hâte de le présenter.

Pan M 360: Absolument partant! C’est du matériel que tu vas jouer la semaine prochaine au Taverne Tour?

Yolande: Oui, je vais le jouer. C’est le genre de choses que j’aime essayer. J’ai joué ce matériel-là quelques fois déjà. C’est en jouant que j’ai été capable de continuer l’écriture des paroles. Ça m’a vraiment aidée à me placer à l’intérieur de la musique pour continuer à la développer.

Pan M 360: Quelque chose qui m’a frappé particulièrement avec l’EP Journal d’enfance est l’inspiration que tu es allée tirer de tes journaux d’enfance. Qu’est-ce qu’il y avait pour toi d’attrayant d’aller piger aussi loin?

Yolande: Pour Journal d’enfance, j’ai reçu la chance de faire une résidence de création au studio Daïmon à Hull. Nick et moi, on est allés faire cette résidence en 2022 ou 2023. On avait trois jours et on a juste improvisé ensemble.

Avant la résidence, j’étais allée fouiller chez mes parents pour trouver les journaux que ma mère m’avait donnés quand j’étais jeune. À l’époque, elle trouvait que je vivais beaucoup d’émotions et qu’il pourrait être pertinent que je les mette sur papier. J’ai décidé de tenter de représenter en musique des paroles que je trouvais intéressantes. J’ai trouvé le processus vraiment drôle.

La première pièce du EP, c’est une recette pour potion magique. La deuxième parle de la magie de l’océan, à un moment où j’étais un peu obsédée par la Petite Sirène. La troisième décrit une forte émotion de rage, je pense que ça devait être envers mon frère. Je me souviens qu’en écrivant, je me disais qu’il me fallait finir avec quelque chose de plus jovial. J’ai donc écrit : « On s’en va à la piscine à vagues ».

C’étaient des moments très crus, très purs. Je pense que comme adulte, on a tendance à s’imposer des filtres qui n’existent pas en tant qu’enfant. Aujourd’hui, je tente de conserver l’habitude du journal en écrivant souvent. J’ai aussi une note dans mon téléphone où j’écris tout le temps des paroles ou des idées.

Publicité panam

Composition multi-canale et post-production

Pan M 360: Au studio Daïmon, vous avez travaillé les compositions en format ambisonique. 7.1?

Yolande: Oui, exactement.

Pan M 360: Dans quelle mesure ça a affecté le processus de composition?

Yolande: C’était super le fun. On a pu décider de la façon dont on allait faire le mix spatial. Dans la première pièce, par exemple, les voix surgissent d’en haut de la tête, des côtés, de derrière et d’en avant. On a pu jouer avec les segments musicaux et les faire tourner tout autour de nous. J’ai trouvé ça super intéressant.

En fait, je n’ai pas beaucoup eu la chance de présenter ces pièces-là en format ambisonique. Je l’ai fait une fois à Pique, un festival à Ottawa. La disposition était un peu différente, les haut-parleurs étaient sur des pieds placés en demi-cercle.

Pan M 360: Et à quoi ressemblait la disposition au studio?

Yolande: Il me semble qu’il y avait une paire de haut-parleurs en avant et un au centre, deux au plafond puis un de chaque côté arrière.

Pan M 360: Tu as aussi été impliquée aux étapes de post-production dans ce projet. Avez-vous fait le mixage et le mastering directement au studio?

Yolande: Oui, on avait trois jours et je tenais à ce qu’on ait un produit fini en sortant. Ce n’était pas quelque chose que je voulais ramener à la maison. Nick et moi, on s’est imposé ça comme défi.

Pan M 360: Trois jours, c’est une tranche de temps dans laquelle tu parviens à composer trois pièces, habituellement?

Yolande: Normalement, non. Ça me prend beaucoup de temps! Je suis quelqu’un qui pense beaucoup et je poursuis rarement ma première idée. J’ai aussi besoin de temps pour les paroles, de m’asseoir avec elles.

Pan M 360: Vous vous êtes donc imposé une certaine spontanéité pendant la résidence.

Yolande: Oui, définitivement. Je pense que le faire comme ça rajoutait un certain élément de magie pour nous.

Pan M 360: Dans tes autres projets, t’arrive-t-il d’être impliquée dans la post-production?

Yolande: Normalement, on engage quelqu’un pour le faire. Je ne me considère pas comme une experte en mixage. J’aime ça jouer là-dedans, mais il y a beaucoup de choses que je ne connais pas encore. J’ai débuté sur Ableton en 2019. Pour moi, ça demeure un outil récent. Je découvre encore de nouvelles fonctionnalités à chaque fois que je l’utilise.

Pan M 360: On est toujours en train d’apprendre!

Projet en gestation

Yolande: L’album que je vais lancer sous Yolande Laroche, celui que je vais présenter à Taverne Tour, je l’ai exclusivement composé dans Ableton avec mes synthétiseurs, puis les paroles sont venues après. C’était définitivement une nouvelle méthode de travail pour moi.

Pan M 360: Comment va-t-il s’appeler?

Yolande: Run Body Run. L’idée derrière sa conception relate au sentiment de paralysie lié à la peur, particulièrement au moment où tu commences à réaliser qu’il faudrait que tu ordonnes à ton corps de bouger. J’essaie donc d’incarner mes peurs et de mettre ces sentiments en mots et en musique.

Dans l’esthétique, j’ai été inspirée d’une performance de Marie Davidson que j’ai vue à Mutek l’an dernier. En revenant chez nous, je me suis donné un mois pour faire un album, en vue de présenter de nouvelles pièces à un spectacle prochain. Je me suis mise à composer sur Ableton chaque jour en tentant de créer ce que j’imaginais comme mon incarnation personnelle de l’énergie du show de Marie Davidson.

Pan M 360: Donc encore une fois, tu vas approcher un tout autre style musical avec ce projet. Aucun de tes projets n’a encore touché à de la musique purement électronique dance, n’est-ce pas?

Yolande: C’est bien ça. Ça fait quelques années que je vais voir de plus en plus de sets DJ et j’adore aller danser. C’est tellement libérateur de bouger ton corps sur ce genre de musique.

Certains de mes autres projets me présentent sous une facette plus vulnérable, comme Orchidae. J’avais besoin d’incarner ce personnage afin de passer à travers des émotions plus tristes et retrouver ma confiance. Je pense que maintenant, je suis prête à danser. J’ai le goût de bouger un petit peu.

Pan M 360: Ça risque d’être une soirée assez variée vendredi prochain. Tu partageras la scène avec Améry et Jane Inc., c’est bien ça?

Yolande: Oui, c’est ça. J’ai déjà ouvert pour Jane Inc. avec Pony Girl il y a quelques années, je pense que c’était à Calgary. Elle est vraiment fantastique, j’ai super hâte de la revoir! Je ne connais pas Améry et j’ai hâte de la découvrir.

Pan M 360: Et moi de même!

Publicité panam

Depuis les années 70, époque où il officiait au sein du groupe montréalais Nébu, Jean Derome demeure un des plus prolifiques  instrumentistes (saxophones et flûtes), compositeurs et improvisateurs de la musique québécoise de création. Jamais complètement associé au jazz contemporain ou moderne, Jean Derome en provient et il y est toujours revenu dans son œuvre que l’on peut aisément qualifier de multipolaire, multiréférentielle,  assurément considérable. Que son travail soit mis en lumière par l’Orchestre national de jazz de Montréal (ONJ) tombe donc sous le sens. Il en va de même pour le titre de cette soirée de jeudi 12 février à la Cinquième salle de la Place des Arts :L’univers audacieux de Jean Derome, dont les deux longues pièces au programmes, suites orchestrales intitulées 5 Pensées et La Force et la Beauté, avec la participation  du compositeur parmi les instrumentistes de l’orchestre, sont ici présentées par leur concepteur.

PAN M 360 :  L’ONJ et Jean Derome c’est un rapport un peu naturel puisque Jacques Laurin, son directeur, tu le connais depuis les années 70. 

Jean Derome : Depuis l’époque du groupe Conventum.

PAN M 360 : Jacques Laurin jouait dans Conventum avant d’être le bassiste de  l’Orchestre Sympathique, c’est vrai!

Jean Derome : Il jouait dans le deuxième disque de Conventum. C’était magnifique les lignes de basse qu’il inventait là-dedans. Bien je le connais depuis ce temps-là. Je le connais du temps aussi où il voulait faire une association de musiciens de jazz . Puis différentes circonstances ont mené nos chemins ailleurs, je ne connais pas tout son parcours…  Juste avant la pandémie, il était question pour moi de chanter des classiques de mon choix de Duke Ellington et Billy Strayhorn.

PAN M 360 : Et ça n’a pas eu lieu?

Jean Derome :  J’écrivais alors une pièce intitulée La force et la beauté puis c’est celle-là qu’on présentait. Ça, ça a été joué seulement en concert web.  Cette pièce était jouée en première partie et  une deuxième partie avec une série de chansons.

PAN M 360 : Je me souviens que tu étais un, si ma mémoire est bonne, tu étais un grand fan du saxophoniste Johnny Hodges. 

Jean Derome : Oui, j’adore Johnny Hodges. 

PAN M 360 : Qui était le joueur d’alto dans le big band de Duke Ellington. 

Jean Derome : Oui. Et Ellington, j’ai étudié ça à l’envers puis à l’endroit.  

PAN M 360 : Pour cette période de sa vie professionnelle, pendant plus d’un demi-siècle, c’est peut-être le plus grand de tous. 

Jean Derome : C’est une production incroyable aussi.Une grande qualité, mais aussi c’est phénoménal la quantité de travail qu’il a fait. 

PAN M 360 : Mais les gens connaissent peu de lui finalement.

Jean Derome : Ce qui m’a frappé, même en montant ce projet-là, c’est que des chansons que j’écoutais depuis longtemps, je me rendais compte que c’était très, très peu connu. On connaît la série de hits. Satin Doll, Take the A Train (Strayhorn), etc.

Alors bon, c’était l’occasion de reprendre. Puis dans le fond, le temps ayant passé, Jacques, au lieu de vouloir reprendre ce show-là, il m’a proposé de faire un show plus seulement de ma musique.

Alors pour compléter le programme, à part la pièce que j’avais écrite  pour l’ONJ, j’ai proposé une pièce composée pour un orchestre de Vancouver, le Hard Rubber Orchestra.  La pièce avait été créée en 2001 et fut jouée une fois à Montréal dans le contexte d’une tournée canadienne du Hard Rubber Orchestra.  Une pièce comme ça, une grande suite, c’est beaucoup de travail. De mon point de vue, c’est précieux,  je n’en ferai pas des tas d’autres comme ça, je me sens un devoir de fidélité envers mes pièces, de leur donner une chance d’être écoutées.  Je suis donc très très heureux que l’on joue cette pièce de nouveau.  

PAN M 360 : Et tu ne dirigeras pas l’ONJ, cette fois?

Jean Derome : Non, ça sera Samuel Blais. Pour le concert de 2020, j’étais le chef, et il n’y avait plus de chef pour la section Ellington. J’avais prévu jouer, mais finalement je ne pouvais pas jouer autant que je voulais, il fallait que je tienne le groupe ensemble, donc finalement j’avais dirigé plus que je ne l’avais prévu.  Alors je serai cette fois intégré dans l’orchestre plutôt qu’être entre les deux. Là, je vais pouvoir vraiment jouer, ça fait que je me donne un peu plus de place, je ferai un peu plus de solos que dans la version originale. 

PAN M 360 : Décrivons maintenant le programme et des spécificités de tes pièces au programme. D’abord celle composée pour le Hard Rubber Orchestra.

Jean Derome :  Elle s’appelle Cinq pensées pour le caoutchouc dur, une pièce en cinq mouvements. Ces parties ne portent pas de titres mais des caractères différents. La première est qualifiée de  sombre, dramatique, mystérieuse; la deuxième est détendue et spirituelle; la troisième est processionnelle, noble et expressive ; la quatrième est énergique; la cinquième est folle, festive, presque frénétique, dédiée au grand batteur néerlandais Han Bennink.

PAN M 360 :  Du point de vue formel, est-ce  vraiment jazz?

Jean Derome : Oui, c’est jazz mais pas tant que ça… Comme tu le sais, je vois le jazz d’une manière très large. 

PAN M 360 : C’est ta patte. Sauf que des fois, tu fais des choses qui sont vraiment dans l’improvisation totale, avec des consignes qui n’ont rien à voir avec des feuilles de musique. Alors là, cette fois-ci, tu travailles dans un mode plus jazz, entre guillemets. 

Jean Derome : C’est vrai mis le Hard Rubber Orchestra faisait aussi shows de musique latine, et j’ai donc conservé certains aspects latins dans cette pièce dédiée à la mémoire de Ken Pickering, regretté directeur du Festival de jazz de Vancouver qui fut, je crois, le meilleur directeur artistique des festivals de jazz canadiens à son époque. 

PAN M 360 : Passons au deuxième volet du concert.

Jean Derome : La pièce s’intitule La force et la beauté, une commande de l’ONJ.

PAN M 360 : OK, puis la commande était-elle assortie de consignes ? 

Jean Derome :  De rien. 

PAN M 360 : C’était une carte blanche, en fait.

Jean Derome : Oui, oui, oui, dans l’idée d’un concert qui combinerait les chansons d’Ellington. nLe show de Kim Richardson qui chantait du Ellington avec l’ONJ, j’étais allé voir ça, c’était très bon. Mais c’était drôle parce qu’il y avait plusieurs pièces que c’est moi qui les avais choisies pour le concert que j’ai fait en 2020.

PAN M 360 : Finalement, le travail que tu avais accompli a servi indirectement?

Jean Derome : Oui, exactement.

PAN M 360 :  Revenons au programme de jeudi. Peux-tu nous parler de la deuxième pièce d’un point de vue compositionnel?

Jean Derome :  Le sous-titre de cette pièce est  Clin d’œil amoureux au jazz, sept pièces qui sont en réalité des danses.  Dans cette suite, j’ai utilisé un certain nombre de thèmes sous  différents éclairages. C’est-à-dire que, par exemple, les thèmes que tu entends dans le premier mouvement, Scat Funk Gospel, sont présentés de différentes manières. Plus tard dans l’œuvre, ils reviennent dans d’autres incarnations, d’autres ambiances. La deuxième et la troisième partie sont enchaînées, une  s’appelle Intro Bossa», une autre s’appelle Bossa dédiée à Hermeto Pascoal. Ensuite, tu as une section intitulée Intro Groove, qui reprend des motifs de Bossa, ce qui mène à la section suivante, Groove, quasiment une base de funk, dédiée à Gil Evans. La dernière s’appelle Stride qui illustre différentes aventures un peu à la manière de musiques de films. 

PAN M 360 : Stride fait référence à un style de jazz d’il y a un siècle, non?

Jean Derome : Ça commence comme ça, mais graduellement, ça va se moderniser, quasiment exploser. Le stride, je le prends plus relax que James P. Johnson, Willie « The Lion » Smith» ou Fats Waller. je le prends plus « médium » et ensuite,  ça double de vitesse, reviennent alors quasiment tous les thèmes de la pièce, et se superposent à la fin. Cette superposition est vraiment complexe car les thèmes n’ont pas le même nombre de mesures . En tout cas, ce sont de beaux moments de musique. 

Publicité panam

Notre journaliste Florence Cantin a eu le plaisir de s’entretenir avec l’artiste multidisciplinaire Erika Hagen quelques jours avant sa prestation au Taverne Tour, le 12 février prochain. Elles ont parlé de sa musique : son virage rock, la genèse de son projet, ses inspirations et ses aspirations… ainsi que de leurs grand-mères respectives. En voici une synthèse : une discussion sincère qui gravite autour des thématiques nourrissent l’ensemble de ses activités artistiques.

Publicité panam

Le saxophoniste américain Steven Banks est à Montréal cette semaine pour participer à deux concerts avec l’Orchestre symphonique de Montréal. Il se produira mercredi et jeudi à la Maison symphonique, où il présentera le concerto pour saxophone du compositeur Billy Childs, lauréat d’un Grammy Award, intitulé Diaspora, avant de donner un concert plus intimiste vendredi soir à la Salle Bourgie, où il se joindra à un quatuor à cordes pour interpréter des morceaux de Mozart, mais aussi sa propre composition intitulée Cries, Sighs and Dreams. Banks s’est entretenu avec nous pour discuter de tout, des morceaux qu’il interprétera cette semaine à l’importance de rendre la musique classique accessible à tous.

BILLETS ET INFORMATIONS ICI

PAN M 360 : Merci de m’accorder cette entrevue aujourd’hui. La semaine prochaine, vous serez à Montréal pour deux concerts. L’un d’eux sera avec l’Orchestre symphonique, où vous interprétez Diaspora, une pièce que Billy Childs a écrite pour vous. Que pouvez-vous me dire à propos de cette pièce ?

Steven Banks : En gros, Billy Child raconte l’histoire de la diaspora afro-américaine, et pour ce faire, il utilise trois poèmes qu’il qualifie de repères dans cette œuvre, écrits par les poètes afro-américains Niyura Waheed, Claude McKay et Maya Angelou. La musique passe par toutes sortes de changements de caractère et utilise à la fois des saxophones soprano et alto. 

Il y a des combats dans cette œuvre, et il y a des moments qui sont de belles cadences qui, selon moi, s’éloignent quelque peu de l’histoire, dans le sens où elles sont en quelque sorte des réflexions sur ce qui se passe, sur ce qui s’est passé.

Il s’agit essentiellement d’une histoire de résilience, et il utilise des repères tels que l’Église noire américaine pour expliquer comment, malgré tous ces événements, nous avons réussi à faire preuve de résilience et à envisager un avenir meilleur.

PAN M 360 : Vous jouez donc cette pièce depuis maintenant, je crois, trois ans. Qu’est-ce qui vous attire dans cette pièce, et votre interprétation a-t-elle évolué au fil des ans ? 

Steven Banks : Oui, tout à fait. Je ne suis pas tout à fait impartial, mais je pense que c’est le meilleur concerto pour saxophone qui existe, en partie parce qu’il permet au saxophone d’exploiter toutes ses qualités. On joue du saxophone soprano et alto, il y a des passages lyriques, d’autres intenses, et même un passage multiphonique à un moment donné. Je trouve qu’il utilise très bien l’instrument, et le public apprécie vraiment cette œuvre.

En ce qui concerne ce qui a changé au fil des ans et comment cela a changé, je pense sincèrement que cela change à chaque fois que je joue cette œuvre. C’est vraiment ce que j’ai remarqué, car je l’ai jouée avec plusieurs chefs d’orchestre jusqu’à présent, et chaque chef a sa propre interprétation, chaque orchestre est complètement différent, chaque salle est différente. Je pense que cela a été un bon exercice pour moi en termes de flexibilité et de capacité à m’adapter à toutes les circonstances liées à la pièce et à lui permettre d’être organique dans n’importe quelle situation.

PAN M 360 : Que souhaiteriez-vous que le public retienne après avoir écouté cette œuvre ? Quel objectif poursuivez-vous en tant que soliste en partant en tournée avec cette œuvre à travers l’Amérique du Nord ?

Steven Banks : Oui, eh bien, je pense que je veux vraiment que les gens connaissent l’histoire de cette œuvre. Je veux qu’ils se renseignent sur les poètes et qu’ils en apprennent davantage sur leur poésie. Je veux qu’ils se renseignent sur Billy Childs et qu’ils découvrent le vaste répertoire de musique classique qu’il a composé. Je veux qu’ils écoutent le saxophone dans un contexte classique. Je veux aussi qu’ils voient cette œuvre comme l’avenir de la musique classique, car je pense qu’elle a le pouvoir de défier les frontières entre les genres. Je veux dire, c’est une œuvre classique qui utilise l’orchestre, mais ce n’est pas du jazz, même si elle comporte des éléments jazzistiques qui permettent à l’histoire d’avancer. Je pense que c’est quelque chose qui pourrait marquer les esprits, et j’espère aussi simplement qu’ils seront émus sur le plan émotionnel et que cela restera gravé dans leur mémoire pour cette raison également.

PAN M 360 : Vous avez lancé l’initiative Come As You Are , qui vise à faire découvrir la musique classique à des communautés sous-représentées. Pourquoi était-il important pour vous d’inclure ce type d’action dans votre pratique musicale ? 

Steven Banks : Oui, je pense que cela a été l’aspect central de ma carrière, et une fois que j’ai pu disposer d’une plateforme avec différents orchestres et compositeurs, je me suis demandé comment je pouvais les y intégrer. Je pense qu’il y a tellement de gens, tellement de potentiel inexploité dans la musique, parce que tout le monde n’a pas l’impression que cela s’adresse à eux. Et donc, chaque fois que je vais quelque part pour jouer cette pièce ou d’autres pièces, je veux que les gens se sentent à leur place et bienvenus.

En réalité, l’initiative Come As You Are poursuit plusieurs objectifs. L’un d’entre eux consiste à organiser des concerts communautaires avant le concert principal. Ces concerts communautaires s’apparentent à des récitals-conférences au cours desquels je présente les morceaux, je joue et je raconte l’histoire au fur et à mesure, en lisant les poèmes et tout le reste. Je pense que cela aide vraiment les gens qui viennent au concert à avoir l’impression de comprendre ce qui se passe et de pouvoir participer à l’événement.

PAN M 360 : Comment l’industrie a-t-elle évolué ces dernières années pour que ces personnes se sentent les bienvenues ? Et que pensez-vous qu’il faille faire de plus pour que, comme vous l’avez dit, ces barrières disparaissent progressivement et que davantage de personnes puissent profiter de la musique que nous jouons dans les salles ? 

Steven Banks : Oui, je pense qu’il y a beaucoup plus de musique interprétée par toutes sortes de personnes, essentiellement des femmes et des personnes issues de milieux très divers, et c’est vraiment formidable. Pour moi, je pense que la prochaine étape consiste simplement à continuer à diffuser la musique au-delà des salles de concert, mais mon rôle est d’amener les gens à venir aux concerts. Je pense qu’il est avantageux de se produire dans une école ou un centre communautaire, mais il est également essentiel d’amener le public sur le lieu du concert. Un aspect important de notre travail est l’incroyable acoustique d’une salle de concert et la possibilité de voir l’orchestre en action.

PAN M 360 : Vous donnerez également un deuxième concert à Montréal, à la Salle Bourgie. Ce concert sera axé sur les cordes et le saxophone et comprendra l’une de vos propres compositions. Comment la composition est-elle entrée dans votre vie d’interprète ? 

Steven Banks : J’ai commencé à écrire en 2016 ou 2017, pendant mon master. Je traversais une période de transition et j’essayais de déterminer quelle direction prendre dans ma vie. Un de mes amis m’entendait en parler tout le temps et m’a dit : « Tu devrais vraiment écrire une chanson là-dessus. » Je lui ai répondu que je n’étais pas compositeur et que je ne savais même pas par où commencer. Il m’a simplement répondu : « Vas-y, lance-toi. »

Et c’est ce que j’ai fait. J’ai commencé par me rendre dans une salle de répétition, m’asseoir au piano, allumer un enregistreur vocal et improviser pendant un moment. Ensuite, j’ai réécouté l’enregistrement et j’ai commencé à repérer les éléments qui me semblaient intéressants ou qui, selon moi, pouvaient évoluer vers quelque chose. Je me suis alors mis à les noter à la main, et cela a naturellement donné naissance à ma première composition. Cela m’a pris beaucoup de temps pour écrire une pièce très courte, mais aujourd’hui, cela fait partie intégrante de mon travail.

PAN M 360 : Et comment diriez-vous que la composition elle-même vous a changé en tant qu’interprète ? Comment cela a-t-il changé votre approche de la création musicale et de l’interprétation en général? 

Steven Banks : Je pense que cela fait de moi un meilleur interprète, car je comprends un peu mieux comment je m’intègre dans le processus de création musicale. Lorsque vous jouez et pensez comme un compositeur, je pense que vous jouez mieux que si vous pensez comme un saxophoniste. Beaucoup de choses auxquelles nous pensons en tant que saxophonistes n’ont aucun rapport avec la façon dont le public perçoit la musique. Je pense donc que cela m’a aidé à me libérer de beaucoup de choses que je pensais devoir faire ou ne pas faire, et à me concentrer uniquement sur les intentions du compositeur.

Et surtout, fondamentalement, en tant que saxophoniste, nous pensons souvent à nos parties plutôt qu’à la partition qui a été écrite. Et c’est la première chose qui a vraiment changé. Je ne joue presque plus jamais la partie de saxophone, car le compositeur écrit l’ensemble de la pièce. Même dans un concerto, vous n’êtes qu’une partie. Ce n’est pas comme si le saxophone était l’élément central et que tout le monde faisait partie de l’arrière-plan. Tout forme un tout. Je pense que j’ai vraiment commencé à comprendre cela lorsque j’ai commencé à composer.

PAN M 360 : Vous avez également lancé le projet de commande (Our Time), qui vise à promouvoir la création de nouvelles œuvres pour saxophone et à en faire un élément essentiel du paysage musical du XXIe siècle. Que recherchez-vous lorsque vous commandez des pièces ?

Steven Banks : Une chose que je voudrais mentionner à propos de la musique que je crée, c’est que je souhaite vraiment offrir aux compositeurs la possibilité de s’exprimer à leur manière. Je sais que beaucoup de gens, lorsqu’ils passent commande, demandent des choses spécifiques, comme « je veux vraiment que ce soit flashy » ou « je veux que ce soit lyrique ». Et quand je pense aux grandes œuvres du passé, au Concerto pour violon de Brahms, à Rachmaninov ou à d’autres pièces importantes, je me rends compte que, souvent, ces pièces n’ont pas été commandées. Les compositeurs avaient quelque chose qu’ils voulaient écrire, ils l’ont écrit et, parce que c’était authentique et libre de toute contrainte, ils ont pu créer ces œuvres magnifiques.

Je souhaite vraiment que nous, saxophonistes, puissions disposer de cette musique afin de ne pas avoir à toujours faire des transcriptions et autres, car je pense que nous avons une contribution unique à apporter à la musique, que les autres instruments n’ont tout simplement pas.

PAN M 360 : Le deuxième concert s’intitule donc Cordes et saxophone.Dans ce concert, vous jouerez en quintette avec un hautbois, bien sûr, et avec le saxophone soprano de Mozart. Vous jouerez également votre morceau, qui est un quatuor à cordes avec saxophone. Qu’est-ce qui vous intéresse dans le mélange des instruments à cordes et du saxophone ? 

Steven Banks : J’adore tout simplement le son. Je trouve que les instruments à cordes ont beaucoup d’harmoniques aiguës dans leur son, ce qui permet souvent au public de percevoir le saxophone comme ayant un son plus sombre, plus riche et plus luxuriant, ce qui m’attire beaucoup. Je pense que le saxophone, d’une manière générale, ne dispose pas d’un répertoire suffisant dans ce domaine. J’ai donc composé trois quintettes avec un saxophone et un quatuor à cordes, et j’adore les possibilités qu’ils offrent. 

PAN M 360 : Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur cette œuvre ? En effet, le concert est très classique à certains égards, avec Mozart, Joseph Bologne, et puis cette œuvre plus contemporaine. Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur cette œuvre ? 

Steven Banks : Oui, donc pour cette pièce, à bien des égards, je voulais écrire quelque chose qui contraste avec Mozart et les programmes plus traditionnels. C’était une idée que j’avais en tête. Ce n’est pas la raison pour laquelle je l’ai écrite, mais c’est une idée. Plus précisément, le titre vient d’une citation d’Hector Berlioz, qui dit que le saxophone pleure des soupirs et des rêves, qu’il possède un crescendo et peut diminuer progressivement jusqu’à ce que le son ne soit plus qu’un écho d’un écho. Et j’aime l’idée d’atteindre les limites extrêmes de quelque chose.

J’ai écrit cette pièce pendant la pandémie, alors que j’avais l’impression que nous atteignions les limites de nos capacités psychologiques. Je pense que cette pièce est vraiment un voyage vers l’acceptation. Et je me suis rendu compte que lorsqu’on arrive à un point d’acceptation, on ne redevient pas comme on était au début, mais on est changé de manière intrinsèque, et il reste toujours des traces de ce qui s’est passé au fil du temps. 

J’ai en quelque sorte deux courants de composition, j’ai l’impression que certaines des pièces que j’écris sont ainsi. Elles utilisent beaucoup de techniques étendues, elles sont vraiment originales et un peu folles. Et puis j’ai d’autres pièces qui sont très, très classiques, qui utilisent des cadences et tout ce genre de choses. C’est un peu fou. Il y a ces glissandos harmoniques dans les cordes qui sont censés créer un sentiment de confusion ou quelque chose comme l’esprit lorsqu’il est occupé. Comme s’il y avait beaucoup de choses et qu’on ne pouvait pas vraiment se concentrer sur quoi que ce soit. Mais on entend toutes ces choses se produire.

PAN M 360 : Que souhaitez-vous que le public retienne après le concert ? Qu’il découvre toutes les façons d’utiliser le saxophone, non seulement de manière classique, mais aussi de manière plus contemporaine.

Steven Banks : Je pense que j’ai du mal avec ça parce que je veux que chacun garde en mémoire ce dont il se souvient. Je veux simplement qu’ils apprécient la musique  et certaines personnes viennent à la musique pour trouver peut-être un sentiment de soulagement et de plaisir, et elles seront attirées par Mozart parce que c’est beau et enjoué. Mais je me souviens aussi qu’une fois, après avoir interprété Cries, Sighs, and Dreams, quelqu’un est venu me voir après le concert, en pleurant, et m’a dit : « J’avais juste besoin d’entendre ça ». Mais j’imagine aussi qu’il y a des gens qui diront : « Oh, ce morceau était un peu fou et bizarre ». Je veux donc que les gens en tirent ce qu’ils veulent et j’espère qu’ils apprécieront quelque chose.

PAN M 360 : Eh bien, merci de m’avoir accordé votre temps. J’ai hâte de voir ces concerts la semaine prochaine. Et oui, merci beaucoup d’avoir pris le temps de me parler aujourd’hui.
Steven Banks : Oui, merci. Et j’espère vous rencontrer en personne !

Artistes

Rafael Payare, chef d’orchestre

Steven Banks, saxophone

Nikola Hillebrand, soprano

Programme

Jimmy LópezPerú Negro (17 min)

Billy Childs, Diaspora, Concerto pour saxophone et orchestre (23 min)

Intermission (20 min)

Gustav Mahler, Symphonie n° 4 (54 min)

Inscrivez-vous à l'infolettre