Maître et visionnaire de la musique ambient expérimentale, Christian Fennesz interprétera son célèbre album Endless Summer, qui lui valut une reconnaissance internationale en 2001. Quasi cinématographique, cette fresque de sons se transformera tout naturellement en un événement multimédia immersif, en direct à la Maison symphonique, série X/Visions, le samedi 29 août.

Fennesz sera accompagné de son ami et collègue Lillevan, artiste multimédia de renommée internationale. Depuis 25 ans, cet « été » de Fennesz est bel et bien sans fin, sa magie et sa sensualité se prolongent à Montréal à travers de nouvelles formes, sans toutefois s’éloigner de l’essence même de cet enregistrement fondateur.

Depuis le début des années 1990, le musicien autrichien s’est consacré à la guitare en s’appuyant sur une connaissance approfondie de l’harmonie et de la mélodie, associée à une large gamme de pédales. En effet, Fennesz a imaginé une fusion singulière entre son jeu de guitare et le traitement électronique du son, qu’il soit analogique ou numérique. Il a exploré bien au-delà de la musique ambient telle que nous l’imaginons ; son univers sonore s’est également enrichi de bruit et de drones, devenant ainsi absolument unique.

Fennesz a repensé la guitare électrique via le traitement électronique, mais la mélodie et l’harmonie guitaristiques sont restées le fondement de son univers sonore, entouré de saturation, de bruitisme et de drone.

Pour aborder tous ces aspects de sa fabuleuse musique, Alain Brunet l’a contacté à Vienne, avant son concert à Montréal dans le contexte du festival MUTEK – dont la série X/Visions est présentée avec le festival Akousma.

PAN M 360 : Vous allez donc présenter cette réinterprétation d’Endless Summer avec Lillevan, qui est un réalisateur et vidéaste de renom. Et je suis sûr que vous ne la jouerez pas de la même manière qu’il y a 25 ans. Ai-je raison ?

Christian Fennesz : Oui, c’est exact. J’ai tout de même essayé de conserver le cœur de l’œuvre, l’essence même de l’album. Mais le problème, c’est que de nombreux éléments de ce travail n’étaient plus disponibles, ils avaient été perdus, certaines séances avaient disparu. J’ai donc dû les recréer d’une manière ou d’une autre. Pas tout, mais certaines parties. Et pendant que je procédais aux changements, j’essayais de conserver le son d’origine, tout en ajoutant quelque chose qui sonne un peu plus « 2026 », sans pour autant le modifier, sans changer l’atmosphère ni le style général. Et ça sonnait tout simplement mieux sur mes nouveaux systèmes quand j’utilisais des outils modernes, de nouveaux plugins et ce genre de choses.

PAN M 360 : Oui, c’est intéressant de revisiter un album qui a connu un grand succès. Endless Summer vous a valu une reconnaissance internationale à l’époque, et depuis, vous évoluez à travers de nombreux circuits musicaux, tout en vous appuyant sur le même socle.

Christian Fennesz : Oui. Bien sûr, les choses ont changé. À l’époque, j’ai commencé à explorer la musique assistée par ordinateur avec ma guitare, en associant des outils numériques à ma guitare et aux pédales d’effet que j’utilise. Depuis, le matériel et les équipements ont énormément évolué, la musique électronique a énormément évolué. Il y a tellement de possibilités aujourd’hui que ça deviet même parfois un problème ! Je dispose donc de centaines de plugins, mais… parfois je n’utilise que les quatre ou cinq mêmes, car il y a trop de choix. Il est donc très important de trouver quelques outils avec lesquels on se sent parfaitement à l’aise, et qui peuvent vraiment aider à développer sa musique. Sinon, on finit par se perdre. Et je pense que c’est le principal problème aujourd’hui. Et bien sûr, ça a été pareil pour moi. Je veux dire, j’aurais emprunter tellement de directions différentes.

PAN M 360 : Plus précisément, qu’est-ce qui a changé depuis Endless Summer ?

Christian Fennesz : Au final, c’est resté plus ou moins pareil, ça s’est affiné au fil du temps. Il y a plus de basses, par exemple. Et oui, pour cette réinterprétation, les nouveaux outils m’ont été très utiles. Mais au fond, ça n’a pas tellement changé. En gros, on est ce qu’on est, et on essaie de s’améliorer.

PAN M 360 : Aucun artiste ne peut changer les fondements de sa personnalité artistique, effectivement. Ça vient de l’inconscient, chacun a sa manière d’exprimer cette personnalité qui lui est propre. Cela dit, peux-tu mettre le doigt sur certains éléments de l’évolution de l’artiste ?

Christian Fennesz : Je peux aussi citer d’autres exemples. J’utilise beaucoup plus les synthétiseurs ces derniers temps, car ce sont pour moi des outils très intéressants. Bien sûr, il y a cette scène des synthétiseurs modulaires, mais il se passe aussi beaucoup de choses du côté des synthétiseurs numériques.

PAN M 360 : Vous n’êtes donc pas un puriste, vous explorez les deux univers électroniques, le numérique et l’analogique, n’est-ce pas ?

Christian Fennesz : Oui, j’utilise les deux. Mais j’essaie de rester simple, presque minimaliste en quelque sorte. Tu vois, je veux toujours pouvoir voyager avec un studio, ou du moins avec une sorte de studio, pour pouvoir produire en tournée. C’est très important pour moi. J’ai beaucoup réduit mon matériel au fil des années ; j’avais tellement de trucs, j’avais un très grand studio d’enregistrement, un studio traditionnel. Aujourd’hui, il ne me reste plus qu’une table avec quelques éléments indispensables, et je me sens bien plus à l’aise ainsi. Oui, pour l’instant, je cherche surtout à réduire mon équipement plutôt qu’à l’agrandir.

PAN M 360 : C’est aussi une preuve de maturité. Quand un artiste prend de l’âge et de l’expérience, l’étape suivante consiste à essayer de donner une apparence de simplicité à son travail.

Christian Fennesz : Oui, apparemment simple, c’est vrai. Je pense avoir développé une sorte de langage musical qui m’est propre. Et ce que je fais, c’est de le rendre plus… je ne sais pas… en tout cas pour moi, de le rendre plus parfait, plus… saisissant, plus intéressant à mes yeux. Et ce que je fais, c’est de me débarrasser de tout ce qui n’est pas nécessaire. J’utilise beaucoup plus les synthétiseurs ces derniers temps, car ce sont des outils très intéressants. Bien sûr, il y a la scène des synthétiseurs modulaires, mais il se passe aussi beaucoup de choses du côté des synthétiseurs numériques en ce moment.

PAN M 360 : Alors, que va-t-il se passer à Montréal ? On sait bien sûr que ce sera une expérience audiovisuelle immersive au MUTEK. Parlez-nous de l’histoire de votre collaboration avec Lillevan et de la manière dont elle transforme Endless Summer.

Christian Fennesz : Je travaille avec Lillevan, par intermittence, depuis de nombreuses années. Mais j’ai reçu une proposition du Bozar, à Bruxelles, pour interpréter l’intégralité de la musique d’Endless Summer en juin dernier. Nous l’avons joué pour la première fois là-bas, ce sera la deuxième à Montréal. Lillevan, qui est basé à Berlin, a un immense écran avec lequel travailler. Il a préparé certaines parties, mais il est aussi un excellent improvisateur. Le spectacle ne sera donc pas identique au précédent. Il faut imaginer que Lillevan travaille comme un musicien avec son matériel visuel. Et il nous offre une excellente combinaison, je trouve. Il est très souple, il peut réagir très vite.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous donner quelques éléments sur les aspects visuels de ce concert immersif ? Comment s’intègrent-ils à votre œuvre ?

Christian Fennesz : Eh bien, cela repose souvent sur les couleurs. Il aime le même genre de couleurs que moi pour cette musique : il y a beaucoup d’orange, beaucoup de vert, par exemple. Et ce qui est formidable chez Lillevan, c’est qu’il peut être totalement riche en images et, en même temps, très minimaliste. J’aime ces changements qu’il est capable d’opérer en quelques secondes, qui peuvent transformer radicalement l’atmosphère. Tout comme la musique peut le faire, les visuels le peuvent aussi.

C’est donc une sorte de jeu en commun en continu. C’est comme jouer avec un musicien.

PAN M 360 : Du regretté Ryuichi Sakamoto à David Sylvian ou Lillevan, pour ne nommer que ceux-là, de la musique ambient apaisante aux sons violents, vous vous êtes toujours impliqué dans différents types d’interprétations et d’approches.

Christian Fennesz : Oui, ça m’intéresse toujours, car j’y trouve une sorte de mélancolie et de beauté au sein de tout ce chaos et de tout ce bruit. Et j’entends toujours une mélodie ou une suite de mélodies, j’entends toujours les accords d’une manière ou d’une autre au sein d’un morceau de bruit. Et une fois que j’ai saisi cela, je peux créer une composition.

PAN M 360 : Pourquoi la guitare reste-t-elle si importante ? Aujourd’hui, vous pourriez produire des sons comparables aux tiens sans guitare, sans pédalier, mais uniquement avec des synthétiseurs ou d’autres logiciels numériques. Alors, pourquoi conservez-vous la guitare ?

Christian Fennesz : Parce que c’est mon premier instrument. Et c’est l’instrument avec lequel je me sens toujours le mieux, celui qui me donne en quelque sorte un ancrage. C’est quelque chose entre mes mains qui me relie à la terre! Du moins, c’est le sentiment que j’en ai. Mais bien sûr, je pourrais tout faire aussi bien avec des outils numériques ou des synthétiseurs. Mais je crois sincèrement qu’il y a toujours, au niveau du son, une petite différence avec la guitare, car elle n’est pas aussi précise que l’électronique. Du moins, quand je joue de la guitare, ce n’est jamais aussi précis que lorsqu’on enregistre un synthétiseur. Il y a toujours un petit écart entre les notes.Ce n’est pas joué de manière très rigide, ni super précise. C’est cette petite touche, je ne sais pas, presque punk-rock ou blues, appelez ça comme vous voulez.

PAN M 360 : Bien sûr, quand vous avez commencé à jouer de la guitare, vous vous intéressiez au blues, au rock et au jazz, n’est-ce pas ?

Christian Fennesz : Oui. Et je suis toujours guitariste. C’est la réponse la plus simple à votre question.

PAN M 360 : Ce que vous dites est tout à fait vrai : ça reste du jeu de guitare. Même si on est ailleurs, ça reste de la guitare.

Christian Fennesz : Oui, c’est vrai. En même temps, je m’intéresse beaucoup, beaucoup à la musique électronique. Je continue à faire ce que j’ai toujours fait : essayer de réunir ces deux mondes, la musique électronique et la guitare.

PAN M 360 : Collaborez-vous toujours avecavec Peter Rehberg et Jim O’Rourke sur ce formidable projet Van O’Berg, qui a donné lieu à la sortie de quatre albums ?

Christian Fennesz : Eh bien, récemment, j’ai repris la route avec Jim O’Rourke. Oui, on a joué en Belgique, puis on a fait une petite tournée en Italie, ce qui était très sympa, juste tous les deux. On a aussi donné deux concerts avec sa compagne, Eiko Ishibashi. Je n’ai pas d’autres collaborations prévues pour l’instant.

PAN M 360 : On peut dire que vous êtes avant tout un artiste solo ?

Christian Fennesz : Oui, mais j’aime bien collaborer de temps en temps parce que je me sens tout simplement trop seul en tant qu’artiste solo. J’ai besoin de rencontrer des gens et d’autres musiciens, et d’échanger avec eux.

PAN M 360 : Un ami proche vous a vu en concert à Venise au printemps dernier. Vous avez rejoué votre album Venice (2014), comme de raison…

Christian Fennesz : Exactement. C’était une nouvelle invitation à jouer un autre album dans son intégralité. C’était génial.

PAN M 360 : Vous avez été l’un des pionniers de cette approche mélodique mêlant ambient, drone et noise, à l’instar de Richard Pinhas ou Julien Desprez, par exemple.

Christian Fennesz : Probablement… Je n’y pense pas vraiment… Je viens d’ailleurs de revoir Oren Ambarchi après une longue période, nous avons joué ensemble. Nous avons partagé la même affiche en Italie. Toute cette communauté de la musique ambient noise, drone se croise sur différentes scènes du circuit international. Plus récemment, je trouve formidable la musique de Caterina Barbieri, je la croise parfois. Je ne citerai pas tous les noms de mes estimés collègues, j’en oublierais certainement. Enfin… je suis toujours à l’écoute de la musique de mes collègues lorsque je tourne, j’essaie de les rencontrer autant que possible.

PAN M 360 : Écoutez-vous beaucoup de musique du même genre que la vôtre ?

Christian Fennez : Pas vraiment, pour être honnête. Je préfère écouter un album de Miles Davis ou assister à un concert de Jean-Sébastien Bach.

PAN M 360 : C’est tout à fait logique, sachant que vous vivez à Vienne, véritable capitale de la musique classique.

Christian Fennez : Exactement. Vous savez, écouter de manière intensive de la musique dans mon propre domaine me rend un peu nerveux, haha ! J’essaie donc de l’éviter autant que possible, sauf si je joue dans un festival et qu’une personne que je connais se produit également ; c’est toujours fascinant de les voir sur scène, vous voyez. Parce que parfois, je me dis : « Oh mon Dieu, cette personne a beaucoup mieux compris ce logiciel que moi ! »

PAN M 360 : Ce qui est également intéressant dans votre musique, c’est que vous revenez toujours aux mélodies et aux accords tonaux/modaux, et que vous intégrez cela dans une musique atonale, du bruit ou du drone. Il y a donc un lien entre votre passé et votre présent.

Christian Fennesz : Oui, parce que j’aime ces deux univers. Encore une fois, la réponse est très simple !

PAN M 360 : Votre dernier album, Mosaic, est sorti en 2024. Travaillez-vous donc sur un nouvel opus ?

Christian Fennesz : Oui. C’est pour cela que je ne fais aucune collaboration pour le moment, je veux vraiment me concentrer sur ma nouvelle musique après ça.

PAN M 360 : Lorsque vous composez, cherchez-vous à vous renouveler ou laissez-vous simplement les choses venir, en espérant que quelque chose se passe ?

Christian Fennesz : Je laisse les choses venir naturellement. Je suis très heureux quand quelque chose se produit. Je n’ai pas réfléchi à un concept au préalable, donc je suis content quand un concept émerge. Je peux alors commencer à construire quelque chose. C’est plutôt une question de trouver le rythme, le « flow ». C’est ce qui compte le plus.

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Le 22 août, Charlevoix accueillera son concert de clôture, intitulé Festival international du Domaine Forget. Au programme : un voyage à travers plusieurs siècles de musique française, interprété par l’Orchestre de Chambre de l’Académie, Pentaedre et Les Violons du Roy. Nous nous sommes entretenus avec Mathieu Lussier, directeur artistique du festival et chef d’orchestre de ce concert.

PANM360 : Vous êtes la directrice artistique du Domaine Forget. Que ressentez-vous à l’idée d’y participer également en tant qu’artiste ?

Mathieu Lussier: La programmation du Domaine Forget est très riche, compte tenu de la durée du festival et des stages, et nous cherchons à y marquer les esprits sur le plan artistique. C’est pourquoi, y participer en tant qu’artiste, c’est incarner pleinement ce que nous essayons de transmettre, tant aux artistes invités qu’aux étudiants qui viennent s’y former.

PANM360 : Parlez-nous davantage du programme que vous proposerez le 22 août. Y a-t-il une idée esthétique particulière qui sous-tend vos choix ?

Mathieu Lussier: Ce programme a été conçu en collaboration avec Alexandre Dratwicki, directeur artistique du Palazzetto Bru Zane à Venise, et Benoît Dratwicki, directeur artistique du Centre de Musique Baroque de Versailles. L’idée est de proposer un panorama de la musique française à travers plusieurs siècles de répertoire, des origines au XXe siècle. Ce choix répond également à des raisons pédagogiques, car ces œuvres illustrent parfaitement l’évolution technique et stylistique de la musique française. Enfin, ce programme reflète aussi mon intérêt personnel pour ce répertoire si important, que je suis heureux de partager avec le public.

PANM360 : Ce concert réunira l’Orchestre de Chambre de l’Académie, Pentaèdre et Les Violons du Roy. Comment pensez-vous que ces ensembles peuvent s’enrichir mutuellement grâce à leurs spécificités respectives ?

Mathieu Lussier: Réunir de jeunes talents et des professionnels confirmés vise à insuffler un esprit d’émulation, moteur essentiel du perfectionnement continu en musique comme dans la vie. Les jeunes musiciens ont la capacité d’aborder chaque concert comme s’il était le plus important de leur vie, tandis qu’avec l’âge, on a tendance à privilégier la sécurité. L’objectif de ce choix est de révéler le meilleur de chacun sur scène, afin d’offrir un concert mémorable.

PANM360 : Vous avez une carrière diversifiée et vous occupez plusieurs postes prestigieux. Trouvez-vous qu’il existe une complémentarité entre ces différents aspects ?

Mathieu Lussier: Autrefois, pour de nombreux instrumentistes, deux options s’offraient à eux : devenir soliste ou intégrer un orchestre. Il y a trente ans, j’ai décidé de tracer ma propre voie, et même si je ne prétends pas être un exemple à suivre, je crois pouvoir prouver qu’il est possible de construire une carrière en restant fidèle à ses convictions. Pour moi, il y a aussi l’amour de la musique, moteur de toute mon activité, que je tiens à préserver avec conviction. Ces aspects me poussent à explorer les différentes possibilités offertes par la musique sans idées préconçues, et je crois que mon intérêt pour la musique ancienne y contribue. À l’époque, en effet, la figure du musicien était envisagée au sens large, et non comme une figure hyperspécialisée comme aujourd’hui ; c’est pourquoi je m’inspire de cette conception du musicien. 

PANM360 : Compte tenu de votre rôle pédagogique, que recommanderiez-vous aux jeunes musiciens ?

Mathieu Lussier: Je conseillerais aux jeunes d’être curieux et ouverts aux expériences et aux connaissances. Je pense qu’il est important de profiter de sa jeunesse pour absorber un maximum d’informations et apprendre à écouter, tant dans le domaine musical que dans sa vie personnelle. Ce sont des qualités essentielles pour une future carrière musicale.

PANM360 : Parlez-nous davantage de vos projets actuels et futurs.

Mathieu Lussier: L’an prochain, je serai toujours chef d’orchestre de l’Orchestre de l’Université de Montréal et je me réjouis de me plonger pleinement dans cette aventure. J’enregistrerai ensuite les concertos pour piano de Beethoven avec l’Ensemble Arion et Elisabeth Pion en soliste, et je donnerai la première de Cendrillon du compositeur franco-maltais du XVIIe siècle Nicolò Isouard, avec d’autres musiciens de grand talent. J’aurai ensuite l’occasion de me rendre à Paris et à Venise : une année intense m’attend.

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Le samedi 22 août à 19h30, le Domaine Forget vibrera aux sons d’un répertoire français allant du baroque au romantisme, sous la baguette de Mathieu Lussier. Offenbach, Gounod, Rameau, Lully et même une composition du roi Louis XIII (en plus de deux universels comme Mozart et Gluck) seront, entre autres, au programme, en plus de quelques découvertes signées Hervé, Clérembault, Halévy, etc. Lussier dirigera les Violons du Roy, auxquels s’ajouteront les Chanteurs, Chanteuses et Orchestre de chambre de l’Académie, le quintette Pentaèdre et les solistes Magali Simard-Galdès (soprano) et Pierre Derhet (ténor). Beaucoup de monde, donc, pour une affiche intitulée Fleurs et couronnes, en hommage à un poème de Jacques Prévert. J’ai parlé de tout cela avec le chef Mathieu Lussier. 

DÉTAILS ET BILLETS POUR LE CONCERT

Ce samedi 15 août au Quai de l’Horloge du Vieux-Port, les festivaliers d’Orientalys verront se produire la troupe de danse Veils of Bollywood. Axée sur cette pop culture musicale, chorégraphique et cinématographique produite à Mumbai comme on le sait, ce programme bollywoodien propose un atelier de danse, deux spectacles, suivis d’un Dj set pour terminer la soirée en beauté. Pour PAN M 360, Jeremy Fortin s’est entretenu avec Rameez Karim, fondateur, afin de  discuter de Veils et Bollywood et de cette soirée de samedi.

PAN M 360: Bonjour, Rameez. Samedi soir, vous animerez une soirée entière consacrée à la culture de Bollywood. Pourriez-vous m’en dire un peu plus sur votre troupe de danse, les Voiles de Bollywood, et sur la mission que vous poursuivez en tant qu’organisation?

Rameez Karim : Veils of Bollywood est une troupe de danse basée à Montréal. Notre mission, c’est de rendre la danse bollywoodienne le plus accessible pour un plus grand nombre de gens possible, et ce, avec la diffusion des œuvres de la danse Bollywood et les danses indiennes, avec des expériences immersives et des ateliers qu’on présente partout dans le monde.

Il était important pour moi de créer un espace pour comprendre l’interculturalité, un échange qui peut aussi éduquer le public face à cette culture, mais aussi de créer un espace où l’on peut se rassembler pour apprécier les autres cultures et les traditions. Pour moi, je pense que la danse est un outil d’intervention qui peut être utilisé pour engendrer un changement social sur plusieurs niveaux, pour réunir les gens dans un monde aujourd’hui qui est très polarisé et difficile.

PAN M 360 : La soirée se compose de plusieurs plateaux. Le premier est un atelier de danse participatif. Pourriez-vous me parler de son fonctionnement et de l’importance pour vous de la transmission de la culture bollywoodienne dans votre pratique?

Rameez Karim : Nous sommes très reconnaissants de tout le monde qui vient à cet événement et qui peut-être ne sait pas ce qu’est la danse et Bollywood en général ou encore la culture indienne. Donc, au lieu de juste montrer quelque chose, pour moi, c’est aussi assez important d’impliquer un public pour essayer des choses.

Un atelier participatif, c’est une façon d’éduquer les gens par une expérience à travers son corps. Quel est cet engagement? D’où vient ce vocabulaire qui vient d’ailleurs? Le format de l’atelier est quand même accessible. Je vais montrer des mouvements, je vais les expliquer. On va danser avec la musique aussi, c’est accessible dans le sens où tout le monde peut participer. C’est pour des débutants, même si vous n’avez jamais dansé, si vous dansez tous les jours, même si vous avez des conditions qui réduisent votre capacité physique. C’est accessible pour tous et je le mentionne tout le temps pendant que j’enseigne.

Parce qu’avec l’accessibilité, ce n’est pas juste amener les prestations vers les publics différents, c’est aussi comment on peut amener une expérience plus corporelle. Montrer quelque chose est, pour moi, l’une de ces façons d’enseigner, tout comme engager les participants dans une activité physique. J’essaie toujours de créer un espace sans jugement et où tout le monde peut se sentir confortable.

On est tous ensemble, c’est un espace de communauté, c’est une énergie qui est vers la communauté. Et de le faire dans un endroit comme Orientalys, en plein air, où c’est accessible, c’est ouvert, tout le monde est ensemble, la vibration est quand même forte. Ça laisse une trace sur l’expérience, sur les soirées, sur les artistes qui sont impliqués et ça laisse une trace aussi sur le festival.

PAN M 360 : La soirée se poursuit avec deux performances, l’une autour de la danse, puis le chant. Pouvez-vous me parler de ce que les gens doivent s’attendre de ces performances?

Rameez Karim : Alors, pour la partie de la danse, je voulais vraiment montrer la mosaïque culturelle de l’Inde qui est tellement riche en histoire. On va amener l’Inde à Montréal pour montrer six régions différentes dans le pays où on peut voyager avec la danse et aussi avec la musique. Donc ça, c’est pour montrer les différentes influences qui ont beaucoup marqué la danse Bollywood parce que les gens ne savent pas toujours que la danse Bollywood est un mélange de danse classique, tribale et folklorique qui vient de l’Inde.

Il y a plus de 200 différentes danses en Inde, il y a plusieurs communautés, il y a plusieurs régions avec ses propres traditions, sa propre musique, sa propre danse. Donc, je voulais vraiment montrer ça pour éduquer le public.

Parfois, le public à l’impression de connaître la culture de Bollywood, mais  ce n’est pas toujours la réalité. Il y a beaucoup de diversité !  Donc, l’objectif avec la partie de la danse, c’est vraiment de montrer une image de ces différentes régions.

Seules six régions sont représentées, mais nous avons suffisamment de temps pour les explorer en profondeur et découvrir ce qu’elles ont à offrir en termes de beauté, de danse et de costumes.

Et côté  musique, les gens peuvent entendre les différentes influences de la musique bollywoodienne. Les musiciens ont aussi beaucoup d’expérience, capables de jouer les différentes époques de Bollywood, cette culture a beaucoup évolué avec le temps. Donc, ils vont aussi mettre de la lumière sur les différentes influences historiques de la Bollywood dans certaines des chansons différentes.

PANM 360 : Dernière petite question, qu’aimeriez-vous que le public retienne de cette immersion dans la culture bollywoodienne, mais aussi dans la culture indienne de manière générale?

Rameez Karim : Je veux vraiment que le public s’amuse. C’est super important de s’amuser à l’événement. On essaie tellement d’éduquer le public avec l’art. Ce n’est pas juste de venir et faire un spectacle. Il y a tellement d’autres choses impliquées. On fait ça avec plein de cœur, avec plein d’espoir, plein de joie.

On est ensemble, en plein air pendant l’été. Tout le monde vient d’un endroit différent. Tout le monde a une expérience différente. Mais c’est ce qui nous rend si beaux. Donc, venir ensemble, apprécier notre culture, vivre ensemble, danser ensemble, monter l’énergie collective, c’est ce que nous voulons vraiment que la soirée soit.

Nous voulons aussi que le public se souvienne du Festival Orientalys, ce magnifique festival qui a une  programmation diverse et des artistes qui veulent partager cette interculturalité, ce multiculturalisme qui existe à Montréal, au Québec, aussi au Canada. Et nous voulons que tout le monde réalise l’importance de la communauté. Il faut réaliser l’importance de la communauté, d’être ensemble, d’être unis. Parce que le monde, maintenant, est tellement, tellement divisé. Il y a beaucoup de polarisation et nous voulons aller dans l’opposé.

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Ils se sont réunis au début de 2025, après s’être rencontrés à l’école, et ont eu l’envie de faire fructifier leurs passions musicales communes dans un quatuor voix, guitares, claviers, percussions. Ils revisitent un héritage musical du sous-continent indien (Inde, Pakistan, Sri Lanka) comme la fusion soufie, le bhangra, la musique de Bollywood et la pop en général. Ensemble, ils s’appellent Le Qalifa, qui veut dire voyage, en arabe. Découvrez ce groupe festif avec moi. 

Le Qalifa donnera un concert au Festival des traditions du monde de Sherbrooke le 15 août.

FESTIVAL DES TRADITIONS DU MONDE DE SHERBROOKE

Le Qafila : 

• Gulzar Saini – Voix, Guitare

• Sarvpreet Singh – Voix, textes

• Kaivalya Dutta – Claviers, Synthétiseur

• Gurvinder Singh (Guree) – Percussions

Présentée le samedi 15 août au Club Soda dans le contexte du Festival Orientalys, la Nuit blanche kabyle se veut « une traversée sensible de la mémoire, de la poésie et de la création amazighes ». Ce triple concert présente trois têtes d’affiche plutôt qu’une, trois artistes kabyles de styles distincts et de territoires distincts, de l’Algérie amzigh ou de la diaspora.

Chanteuse très active en Algérie, en Afrique du Nord et partout où l’on s’intéresse à la culture kabyle/amazighe, Noria a acquis une grande notoriété, notamment pour ses hommages aux icônes amazighs tel Matoub Lounès. Sa voix puissante porte de légères aspérités, lui conférant l’autorité des divas populaires. Assurément, Noria a du chien, son autorité s’impose dès les premières mesures.

Djaffar Aït Menguellet est le fils du légendaire poète et chanteur Lounis Aït Menguellet, il a toujours été immergé dans la poésie kabyle, initié dès l’enfance à la flûte et au synthétiseur par son père. Il est littéralement tombé dedans quand il était petit! Il maîtrise aujourd’hui une dizaine d’instruments, porte les textes du paternel et de Si Moh sur ses propres compositions.

Transplanté à New York depuis une dizaine d’années, Menad Harkat fut guitariste, puis chanteur au sein du groupe Debza après avoir fondé Iskra. On dit de lui qu’il a « façonné au une signature musicale profondément enracinée dans la culture amazighe » Aujourd’hui, ses musiques puisent dans les cultures amazighes et méditerranéennes, elles évoluent aussi dans un contexte new-yorkais et nord-américain, s’actualisant au gré du quotidien dans la diaspora.

Joint à New York à la veille de cette Nuit blanche kabyle, Menad Harkat nous présente et nous explique ce vaste et généreux programme.

VISIONNEZ CETTE INTRERVIEW!

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L’édition 2026 du Festival international du Domaine Forget entre dans son dernier droit avec la présentation de trois concerts les 16, 20 et 22 août. Chacun de ceux-ci mettront à l’honneur les stagiaires musiciens de l’Orchestre de chambre du Domaine, l’ensemble Pentaèdre et Les Violons du Roy. Ce panorama musical ratisse large, de la naissance de la symphonie en passant par l’émergence du style classique pour finir par les grandes pages de l’opéra baroque français. Un marathon ambitieux et stylistiquement varié qui offre un terrain d’apprentissages fertiles pour les jeunes stagiaires.

Le chef Bernard Labadie aura la tâche de guider et diriger les musiciens dans le programme du jeudi 20 août, appelé Vienne immortelle, qui rend hommage à cet héritage exceptionnel issu du berceau de la grande tradition classique à travers trois de ses figures incontournables : Haydn, Mozart et Beethoven.

Alexandre Villemaire de PAN M 360 a discuté avec Bernard Labadie de ce programme, qui se situe entre la grâce des airs d’opéra de Mozart et le déploiement des premières symphonies et qui fait ressortir les formes utilisées, l’héritage et l’influence que ces compositeurs ont eue les uns sur les autres.

PAN M 360 : Ce concert aurait pratiquement pu s’appeler « Génération lyrique » ou « le style classique » en référence à l’ouvrage de Charles Rosen, à cause justement de la présence de Mozart, Haydn et Beethoven dans le programme de ce concert. Quel est le point commun ou le lien qui unit ces trois compositeurs ?

Bernard Labadie : Entre Haydn et Beethoven, c’est très évident puisqu’on commence avec une des dernières symphonies de Haydn et on termine le concert avec la Première symphonie de Beethoven. Donc, dans le temps, on n’est pas passablement rapprochés, de même que dans le style d’écriture. C’est clair que Beethoven a appris son métier auprès de Haydn, en étudiant avec lui, mais aussi en étudiant ses œuvres. Il y a beaucoup de points communs dans la construction des deux.

Après, dans la symphonie de Beethoven, l’entrée en matière est une immense surprise, puisqu’il commence dans une autre tonalité. Sa symphonie est en do majeur, mais il commence sur le dominant de fa majeur. Et ça, c’est la première fois que ça se faisait. C’était comme une façon d’annoncer un temps nouveau. 

Pour le public de l’époque, et ceux qui connaissaient un peu le langage, c’était un véritable point d’interrogation. Une fois cette surprise passée, la Première symphonie de Beethoven pourrait presque être une symphonie de Haydn, dans le sens où les procédés et l’orchestration sont très similaires. Haydn, à la fin de sa vie, utilise enfin les clarinettes en leur donnant un peu plus de contenu à jouer, alors que chez Beethoven, ça se produit dès le début de son écriture symphonique, quoiqu’ils les utilisent moins que les autres bois. C’est typique dans l’écriture de la fin de la vie de Haydn et du début de Beethoven. 

C’est clairement deux branches du même arbre. Entre eux deux dans ce programme, c’est autre chose, avec deux airs d’opéra de Mozart, dont une immense scène, l’air de Fiordiligi dans le deuxième acte de Cosi fan tutte. C’est sûr qu’en termes de forme, on est dans un monde différent. Mais les bases du langage sont les mêmes.

Le côté dramatique en est un qu’on retrouve dans la musique orchestrale aussi. Même si on n’a pas d’histoire, même si on n’a pas de mots, les surprises et les revirements de situation qu’on a dans une œuvre lyrique, on les retrouve dans la musique orchestrale aussi.

PAN M 360 : Haydn a vécu très longtemps, il a influencé beaucoup de compositeurs comme Beethoven. Quelle a été son influence sur Mozart?

Bernard Labadie : Elle a été immense. C’étaient même des amis. Mozart lui a fait le plus beau compliment, en lui dédiant des œuvres, notamment les six quatuors à cordes, qui sont d’immenses chefs-d’œuvre et qui reprennent le flambeau de ce dernier, qui est un des pères du quatuor à cordes vraiment et qui a donné à ce genre ses lettres de noblesse. Mozart a repris ça de ses mains et il l’a magnifié.

Haydn, par ailleurs, était tout à fait conscient de la valeur absolument exceptionnelle de la musique de Mozart. Il y a cette citation célèbre où il a déclaré à Léopold, le père de Mozart, que son fils était le plus grand compositeur vivant. 

Je ne dirais pas que c’est une relation symbiotique, mais il est clair que Mozart a assimilé tous les aspects d’écriture de Haydn et, réciproquement, dans ses dernières symphonies, Haydn a emprunté des formules à Mozart. Dans le cas de Haydn et Beethoven, c’est une relation qui tient plus d’un rapport maître à élève. Mais, dans cette relation-là, Beethoven est allé chercher chez Haydn plus encore que Mozart. Il y a des techniques d’écriture, des fondements, non seulement de la forme, mais du langage très détaillé, de la façon de construire, que Beethoven a appris de Haydn et qui l’a fait grandir, et même fait éclater dans ses dernières symphonies. Son écriture ressemble beaucoup plus à celles de Haydn qu’à celles de Mozart. Beethoven est, comme Haydn, un adepte du travail sur des motifs courts dont il exploite le potentiel au maximum. Mozart, lui, avait un sens lyrique tellement développé que le matériau lyrique dans ses œuvres orchestrales est absolument exceptionnel. Chez Beethoven comme chez Haydn, on a souvent tout mené d’une seule cellule, avec des mouvements complets qui sont basés là-dessus. Évidemment, il y a les célèbres quatre notes répétées de la Cinquième symphonie, mais tout Beethoven est comme ça.

On est vraiment dans un mouchoir de poche, avec ce programme-là, dans un univers de compositeurs qui se connaissent, qui se fréquentent, dans lequel Haydn est la figure tutélaire. À l’époque où il compose la Symphonie nᵒ 99 qu’on va jouer, il en est à son deuxième voyage à Londres, et il est une méga-star.

PAN M 360 : Il s’agit véritablement d’une époque de changements stylistiques pour la musique alors que l’on quitte la période baroque. Le sens du drame, et l’effet de surprise vont se développer. Est-ce là une des caractéristiques qu’on pourrait attribuer au style classique?

Bernard Labadie : Surprendre l’auditeur, je pense que chaque époque le fait à sa façon. Non, vraiment pour moi, ce qui caractérise l’époque classique, c’est l’établissement de grandes formes, en particulier la forme sonate, qui va devenir le modèle de construction qui sera appliqué à presque toute la musique, y compris à la musique vocale. Parce que lorsqu’on analyse les grandes scènes d’opéra de Mozart par exemple, même s’il ne s’agit pas des formes sonates, on en retrouve des éléments dans tout le répertoire.

Et ça, ça remonte à Carl-Philipp Emanuel, le fils de Bach à qui l’on doit la première forme sonate, commence à partir de son époque. Quand Haydn la reprend au début de sa carrière, c’est une forme sonate qui est monothématique, c’est-à-dire qui est plutôt basée sur l’opposition des tonalités plutôt que l’opposition de thèmes différents. Mais, au fur et à mesure que ça se développe, le nombre de thèmes augmente, et même quand on arrive au concerto, on arrive avec un principe de double exposition qui, dans le cas des concertos de Mozart, possède un foisonnement de thèmes, où parfois c’est un peu difficile de se retrouver dans la forme.

Ça donne naissance à des constructions extrêmement sophistiquées, mais qui sont sous-tendues par cette forme, qui est très simple, qui est basée sur une opposition de tonalités qui s’affrontent et qui se réunissent à la fin.

PAN M 360 : Pour vous, quelle est l’œuvre la plus marquante de cette époque, dans cette Vienne immortelle?

Bernard Labadie : Oh, c’est presque impossible à dire! C’est un peu comme si on me demandait quel est mon préféré parmi mes 250 enfants!  Je pense que sur quoi il faut se concentrer, c’est sur ce que chaque compositeur a apporté. Dans le cas de Mozart, c’est clair que c’est à l’opéra qu’il a fait avancer. Après Händel, c’est lui qui a fait faire le plus grand bond à ce genre.

Et le bon en avant qu’il amène à l’opéra est beaucoup plus grand que celui que Händel a fait de son temps. Chez Haydn, c’est sa culture des formes instrumentales qui vont devenir des standards à travers toute l’époque classique, mais aussi l’époque romantique. Le quatuor à cordes, le trio à cordes, le trio avec piano, et la symphonie, bien sûr, évidemment. On dit souvent que c’est le père de la symphonie, mais c’est le père de beaucoup de choses. Et le fait qu’il ait vécu très longtemps lui a permis justement de cultiver ces genres-là de façon soutenue. Alors, ça donne une production qui est très riche, qui témoigne de l’évolution de son style et qui devient extrêmement variée et fantasque à la fin de sa vie.

Les formes sonores de Haydn à la fin de sa carrière, elles sont toutes, d’une certaine façon ou d’une autre, elles sont toutes virées à l’envers. Il y a toujours une surprise, des choses qui ne sont pas au bon endroit, qui ne sont pas faites de la façon dont on s’y attend. Il joue avec les modèles qu’il a lui-même créés. À la fin, il prend ses propres modèles puis il les met en tête en bas, littéralement. Et ça, pour moi, quand je travaille sur cette musique-là, c’est toujours une grande source de joie. On dirait un enfant qui s’amuse avec un gigantesque jeu de Lego!

PAN M 360 :  Haydn, avait un très bon sens de l’humour aussi, n’est-ce pas ? 

Bernard Labadie : Oui, c’est clair! Et, il le cultive beaucoup dans sa musique. Cependant, ce n’est pas un grand mélodiste, comme Mozart, par exemple. Son attrait et sa force résident ailleurs. Quant à Beethoven, c’est celui qui va faire éclater ces formes pour les amener vers le langage romantique. Chacun de ces trois compositeurs apporte une contribution exceptionnelle à ce répertoire.

À cela nous pourrions également ajouter le jeune Schubert. Parce que lui aussi, il est nourri, et s’alimente au même endroit et apprend des mêmes maîtres. Par exemple, sa dernière symphonie, la Symphonie « La Grande », est une gigantesque symphonie. Il reprend vraiment le modèle de la symphonie haydnesque, mais vraiment étirée dans le temps. C’est l’une des œuvres les plus longues du répertoire de l’époque.

Il se sentait vraiment appelé par ces formes-là aussi. Évidemment, il est, quant à moi, plus romantique que classique. Mais dans sa musique instrumentale, il est encore très influencé par les compositeurs classiques.

PAN M 360 : Vous allez avoir un temps de répétition plutôt restreint avec l’orchestre de l’Académie. Sur quoi allez-vous vous concentrer dans ce travail de répétition là et que souhaitez-vous que les stagiaires apprennent de ce répertoire-là par l’interprétation, et sur le style, et sur comment le jouer ?

Bernard Labadie :  C’est un peu difficile pour moi de faire de grandes déclarations, puisque c’est la première fois que j’y vais personnellement depuis 1986! J’ai très hâte!

Le programme est très ambitieux et il est certain qu’on va être serrés dans le temps de répétition. Mais l’approche n’est pas la même qu’avec un orchestre professionnel. Même si on espère des stagiaires aux mêmes standards et exigences, le voyage est ici plus important que la destination. Pour de jeunes musiciens comme ceux-ci, notre but est avant tout de les aider à faire un bout de chemin avec nous, de voir comment on travaille, comment on aborde ces œuvres, quelles sont les manières de créer, notamment sur les instruments modernes, un style qui est plus près de ce qu’on peut réaliser sur des instruments d’époque. Il n’y a pas beaucoup d’orchestres modernes qui font ça. C’est vraiment la signature des Violons du Roy depuis toujours. On espère qu’on va donner à ces jeunes musiciens-là l’envie d’aller plus loin dans ce répertoire, de l’explorer de façon nouvelle et d’aller en chercher les richesses incroyables et de la découvrir.

La Symphonie no 99 de Haydn, je suis certain que beaucoup de ces jeunes musiciens vont la jouer pour la première fois. Même pour les Violons du Roy ce sera une première, je pense. Ce n’est pas une œuvre qu’on fait souvent dans le répertoire. Alors, découvrir des pièces comme ça, à cet âge-là, je les envie et je suis même un peu jaloux. J’aime beaucoup ces personnes, ces jeunes musiciens avec qui on va travailler. Il faut voir le stage dans son ensemble. Il ne s’agit ici que d’un volet sur trois. En deux semaines, ces musiciennes et musiciens vont être complètement envahie si je puis dire, de nouvelles expériences musicales.

On va travailler sérieusement, mais il faut qu’il y ait du plaisir. Ça reste un camp qui est bref, pendant lequel on ne peut pas tout assimiler. L’idée, c’est de leur donner le plus d’outils possible qu’ils vont pouvoir mettre dans leur besace, et ramener chez eux après. On va présenter quelque chose qui va être le témoin du travail qu’on aura effectué. Et ultimement, ce n’est pas ce concert là qu’il est important. Ce qui est important, c’est ce que ces jeunes musiciens vont rapporter chez eux. Ils n’assimileront peut-être pas tout, mais ce sera à eux de piger dans tout ça. Je pense qu’ils vont sortir de là avec une valise bien remplie d’idées, et je l’espère, de projets.

Orchestre de chambre de l’Académie
Les Violons du Roy
Pentaèdre
Bernard Labadie, direction


PROGRAMME

HAYDN
Symphonie no 99 en mi bémol majeur, Hob.I:99

MOZART
Le nozze di Figaro : « Porgi amor » 
Così fan tutte : « Ei parte… Per pietà »

BEETHOVEN
Symphonie no 1 en do majeur, op. 21

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Parmi les concerts en salle présentés par le Festival Orientalys, Rakcha Band réunit des musiciens tunisiens émigrés à MTL, ce vendredi 14 août à Ausgang Plaza. Ces professionnels transplantés au Québec avaient été biberonnés au jazz oriental de leurs compatriotes Fawzi Chekeli, Anouar Brahem ou Dhafer Youssef avant de passer à l’Ouest et ainsi changer de vie. Les voilà à l’œuvre! Ney (flûte), darbouka (percu), bendir (percu) et autres instruments typiques d’Afrique du Nord s’entrelacent avec la batterie, la basse ou les claviers. « Chaque rythme ancestral trouve ici une seconde vie », soit dans un contexte de fusion jazzzy avec attitude funk-rock où triomphent les mélodies orientales, forcément microtonales. Et c’est pourquoi le percussionniste Nabil Chemli en explique les tenants et aboutissants.

VISIONNEZ L’INTERVIEW D’ALAIN BRUNET !

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Mixant musiques orientales et occidentales, DJ Mina présentera un set ce jeudi 13 août au Festival Orientalys, sur le quai du Vieux-Port, où plus de 30 concerts seront donnés ce week-end. Le parcours musical de DJ Mina a débuté à l’âge de 6 ans, lorsqu’il a appris à jouer de l’oud à l’Opéra du Caire, puis à chanter en tant que ténor à l’école Marie-Reine-du-Monde à Montréal. Dans ses mix, Mina mêle des musiques allant de l’Afrique du Nord au Golfe, alliant tradition et modernité avec un penchant pour l’EDM, tout en restant toujours fidèle à son âme égyptienne.

PAN M 360 : Merci de prendre le temps de m’accorder cet entretien aujourd’hui. Est-ce la première fois que vous participez à ce festival ?

DJ Mina : Non, en fait, c’est ma quatrième fois. J’ai découvert le Festival Orientalys lors de mon arrivée au Canada pendant la pandémie de Covid. Je crois que ma première participation au festival remonte à 2021. Je cherchais à faire du bénévolat, juste pour y aller en tant que bénévole, tu vois, pour aider à la billetterie, parce que j’aime m’impliquer dans la communauté. Je m’y suis rendu et j’ai été présenté aux organisateurs. Honnêtement, l’ambiance qui y régnait était incomparable, et nous sommes donc devenus de bons amis.

Puis, quand j’ai commencé à mixer, je jouais sur la petite scène. J’y ai joué pendant trois ans d’affilée. Et cette année, comme je me suis constitué un petit public, ils m’ont proposé une place sur la grande scène, donc je suis très enthousiaste.

PAN M 360 : Pour quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de toi et qui va au festival, peux-tu m’en dire un peu plus sur ton style de DJing ?

DJ Mina : Je suis égyptien et, en général, j’aime passer les chansons égyptiennes avec lesquelles j’ai grandi, surtout celles des années 90 et du début des années 2000, mais j’aime aussi passer des remixes électroniques. J’essaie de créer un pont entre la musique orientale et occidentale, un peu comme le son de 2026, tout en gardant les chansons nostalgiques qui ont marqué notre enfance.

J’aime la possibilité de mixer n’importe quel type de rythme, comme l’afrobeat, la techno ou n’importe quel genre de musique électronique, avec des chansons arabes. Voilà, c’est mon style. Et j’aime aussi mixer de la musique égyptienne hardcore pour la danse du ventre.

PAN M 360 : J’ai vu dans ta biographie que tu avais étudié l’oud et que tu es également chanteuse à la Basilique Marie-Reine du Monde. Comment penses-tu que ce parcours très éclectique t’a façonnée en tant que DJ ?

DJ Mina : J’ai été initiée à de nombreux instruments de musique, notamment l’oud, le piano et le violon. J’ai également joué du ney, que l’on pourrait qualifier de flûte égyptienne – c’est en quelque sorte le « frère triste » de la flûte. Ainsi, depuis mon enfance, j’ai étudié la musique, qui a toujours été mon refuge.

La musique et le chant ont toujours fait partie de ma vie : je chantais déjà dans mon église en Égypte. Puis j’ai vécu à Dubaï pendant quelques années, où j’ai cherché des chorales – ce que je fais partout où je vais.

Mais cette histoire de DJ, c’était juste une coïncidence. J’étais passionné par le chant, comme je te l’ai dit, je voulais organiser des soirées karaoké en arabe pour la communauté arabophone de Montréal, parce qu’il n’y en avait aucune, honnêtement.

Du coup, j’ai organisé cette soirée et, entre chaque chanteur, je glissais une chanson pour moi, histoire d’avoir le temps de préparer ma prochaine prestation au karaoké. Apparemment, les morceaux que je choisissais ont attiré l’attention d’un organisateur de soirées. Il m’a dit : « Mina, j’aime bien tes choix. J’aime ton style musical. Tu as déjà pensé à devenir DJ ? Ça te dirait de faire partie de la programmation de notre prochaine soirée ? »

Je me suis donc procuré une petite table de mixage, j’ai commencé à étudier et à m’entraîner, et au bout de trois mois environ, je suis allée là-bas pour faire un essai. Quelques années plus tard, j’ai quitté mon emploi de pharmacien et je me consacre désormais à 100 % à la musique et au métier de DJ.

Je vais d’ailleurs entrer à l’université en septembre prochain pour y mener des études de conception sonore et de production musicale. Je pense donc que cela viendra enrichir mon talent et mes bases. Mon objectif est de gagner en expérience et en professionnalisme, et peut-être de voir de nouvelles portes s’ouvrir à moi à terme.

Apprendre t’apporte toujours quelque chose de plus. Toujours. Ça t’enrichit.

PANM 360 : D’accord. Peut-être juste une dernière petite question. Y a-t-il des artistes en particulier que tu admires ou qui t’inspirent ?

DJ Mina : Honnêtement, il y en a tellement que je ne peux même pas les compter. Mais je dirais David Morales. J’aime la façon dont il s’amuse à composer ses sets ; il fait preuve d’une grande légèreté dans ses choix musicaux.

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Présenté par l’organisme montréalais Alchimies Créations & Cultures à qui l’on doit chaque automne le Festival du monde arabe de Montréal (FMA), Orientalys se taille une place de plus en plus importante dans l’agenda culturel estival à Montréal: Orientalys, du jeudi 13 au dimanche 16 août. L’événement présente une trentaine de concerts gratuits au Quai de l’Horloge du Vieux-Port de MTL, sans compter deux concerts (payants) en salle, soit une Nuit kabyle au Club soda ce samedi 15 août, précédé la veille (vendredi 14) du Rakcha Band à Ausgang Plaza. PAN M 360 a pour politique éditoriale de mettre en lumière le savoir, l’expertise et les recommandations des programmateurs.trices de chaque événement partenaire, voici donc les choix de l’équipe d’Orientalys: Henda Ben Salah, directrice de la programmation, Ghiwa Nakhlé, directrice générale, ainsi que leurs acolytes Dorra Al Ahiou et Matias Ollivier.

Henda Ben Salah

Directrice de la programmation du Festival Orientalys, Henda Ben Salah veille que chaque édition soit un espace de rencontre vivant et audacieux, où la préservation des grands patrimoines orientaux s’accorde naturellement avec l’élan créatif de la jeune relève locale. Sa motivation première, avec l’équipe d’Orientalys, est de présenter des projets à la fois festifs, rassembleurs et porteurs de sens

Noria 

Véritable ambassadrice de l’identité berbère, la chanteuse algérienne Noria est reconnue pour son timbre magnétique et son énergie communicative. Son univers musical se distingue par d’émouvants hommages aux piliers de la chanson protestataire de sa région natale, tout en faisant résonner des morceaux engagés de sa propre création, axés sur la mémoire collective et la condition féminine. 

Sa participation à Orientalys, dans le cadre de la Nuit blanche kabyle, est précieuse car elle illustre à merveille la vitalité d’un folklore qui se réinvente continuellement d’une génération à l’autre.

Rakcha Band 

Ce groupe montréalais a vu le jour en 2026 et a su, en peu de temps, séduire le public grâce à son univers unique qui fusionne les traditions musicales tunisiennes et la modernité occidentale, mêlant jazz, rythmes méditerranéens, ney et darbouka. 

Il s’inscrit parfaitement dans la lignée de la programmation d’Orientalys en créant un pont artistique entre l’Orient et l’Occident.

Entre deux rives avec Ali et Ihab

Ali et Ihab sont deux jeunes artistes de la relève qui sont issus d’un riche métissage entre Montréal et l’Algérie. Ce duo d’avenir fusionne la rumba andalouse, le chaâbi algérien et la cumbia avec l’audace de ceux qui osent réinventer les traditions. 

Soutenir cette nouvelle génération est essentiel, car ils construisent sous nos yeux les ponts culturels de demain avec une passion et une sincérité qui font du bien à la scène culturelle montréalaise.

Ghiwa Nakhlé

Ghiwa Nakhlé occupe le poste de directrice générale du Festival Orientalys. Elle supervise la planification, le développement et la coordination des différentes éditions au Quai de l’Horloge. Son travail consiste à orchestrer la logistique générale de l’événement et à collaborer avec les communautés locales afin de structurer les espaces d’expositions et d’animations des différents volets du Festival.

Mushfiq Hashimi

Héritier de la musique classique indo-pakistanaise et du chant dévotionnel soufi, le chanteur Mushfiq Hashimi perpétue l’art séculaire du qawwālī à travers des performances d’une grande ferveur mystique. Sa virtuosité technique et sa puissance vocale impressionnante lui permettent de faire dialoguer contemplation intime et exaltation collective. 

Sa participation à Orientalys est particulièrement importante car son univers se situe au croisement des patrimoines d’Afghanistan et d’Asie du Sud. 

Farzad Milani 

Compositeur et chercheur iranien établi à Montréal, Farzad Milani propose avec son projet Nuances persanes une exploration captivante de la musique modale et des micro-intervalles orientaux à l’accordéon et au piano. Son immense talent lui permet de façonner une passerelle sonore inédite en mariant les traditions orales du Moyen-Orient à des harmonies et des structures rythmiques contemporaines. 

Le programmer à Orientalys offre une occasion rare de découvrir la musique classique persane sous un jour totalement renouvelé au contact des harmonies montréalaises

Djaffar Aït Menguellet 

Digne héritier de la tradition de la poésie chantée, le multi-instrumentiste et compositeur Djaffar Aït Menguellet poursuit l’œuvre artistique de son père, le légendaire Lounis Aït Menguellet, tout en y insufflant sa propre sensibilité contemporaine. Maîtrisant une dizaine d’instruments, il déploie un immense talent de mélodiste pour créer des chansons d’une grande richesse harmonique. 

Après un triomphe en 2022, son retour est attendu par le public d’Orientalys. A travers sa participation à la Nuit blanche kabyle, il jette à nouveau un pont entre la mémoire vive de la Kabylie et la modernité musicale.

Matias Ollivier

Formé en cinéma et en journalisme, Matias Ollivier est directeur du contenu multimédia du Festival Orientalys. Il a contribué à bâtir l’identité audiovisuelle du festival et son esthétique foisonnante et immersive, en y apportant sa sensibilité de cinéaste. Il a également été, pendant plusieurs années, l’une des plumes d’Orientalys.

Atelier de dabké libanaise

Avec l’enthousiasme contagieux de Pierre Moussa, la dabké devient un moment frénétique de transmission. Au rythme entraînant et tonitruant du tabl, le public découvre cette danse emblématique du Liban en entrant lui-même dans la ronde. Ce grand moment de partage représente parfaitement l’esprit participatif et rassembleur d’Orientalys.

Bollywood sans répit

Cette soirée ambitieuse propose une odyssée foisonnante de la culture indienne, du bhangra au kathak, en passant par la musique classique sud-asiatique et l’électro. Portée par une énergie inouïe, cette traversée épique révèle une Inde aux multiples visages, où la rigueur des formes classiques côtoie l’exubérance de Bollywood. Par son ampleur et sa générosité, elle incarne le caractère unique et audacieux d’Orientalys.

Attan Remix : la transe de Kaboul

Avec le groupe AYAAM, la danse nationale afghane se transforme en une transe collective. Leurs diadèmes étincelant, les danseuses semblent habitées par le souffle des fêtes séculaires qui font tournoyer en cadence leurs robes chatoyantes.  L’occasion pour le public de découvrir un autre visage de l’Afghanistan, celui d’un pays dont les danses exaltent un raffinement joyeux.

Dorra Al Ahiou

Dorra Al Ahiou est chargée de projets du Festival Orientalys. Elle contribue à la sélection des artistes et des propositions qui correspondent à l’identité et aux objectifs du Festival. Son rôle consiste ainsi à assurer la cohérence entre la programmation, la stratégie de communication et la mise en valeur du festival auprès du public et de ses partenaires.

Miss Dance Orientalys

Miss Dance Orientalys met à l’honneur la danse comme espace d’expression, de transmission et d’émancipation, en réunissant des artistes et des participantes autour des différentes traditions de la danse orientale. 

Ce projet apporte une dimension participative et intergénérationnelle à la programmation, tout en offrant une visibilité nouvelle aux talents féminins et à la richesse des pratiques dansées.

Qi Shen

Virtuose de l’erhu, Qi Shen fait découvrir au public montréalais un instrument emblématique de la tradition musicale chinoise, dont les sonorités évoquent avec une étonnante finesse la voix humaine. 

Sa présence à Orientalys est pertinente puisqu’elle élargit l’horizon géographique du Festival et invite le public à explorer une tradition musicale asiatique encore peu représentée dans les programmations culturelles montréalaises.

Flammes de l’Atlas, avec Imdyazn Canada & Adam Elfoua

Imdyazn Canada fait revivre la poésie chantée et les rythmes amazighs du Maroc à travers un répertoire profondément ancré dans la mémoire des montagnes de l’Atlas. Pour ce spectacle, le groupe accueille Adam Elfoua, héritier du légendaire groupe Oudaden, dans une rencontre entre deux générations qui célèbre la transmission d’un patrimoine musical riche et vivant.

Cette collaboration trouve pleinement sa place à Orientalys puisqu’elle met en lumière la vitalité de la culture amazighe et sa capacité à traverser les générations, les frontières et les territoires.

Le 4 août 1701, un arbre de la paix fut planté symboliquement à Tiohtià:ke. Un pacte devait alors sceller la Grande Paix de Montréal, accord conclu entre le gouverneur de la Nouvelle-France, Louis-Hector de Callière, les notables de la colonie et les dirigeants de 39 nations autochtones représentés par Kondiaronk, grand chef des Wyandots de Michillimakinac. Après avoir traversé un 17e siècle de tensions violentes, les peuples réconciliés, de souches indigènes ou européennes, vivraient en paix, dans le respect mutuel.

Il n’en fut rien. Ou à peu près rien.

Le colonialisme occidental poursuivit l’éradicaton de la majeure partie des populations autochtones des trois Amériques – déclin de 90% aux 16e et 17e siècle, par les armes et (surtout) par les maladies infectieuses venues d’Europe avec les colons. Jusqu’à ce jour, on confina les survivants indigènes à des enclaves tragiquement propices à la détresse, à la dépression, à la malnutrition, aux dépendances et à l’acculturation. Tout au long du 20e siècle, on tenta d’assimiler définitivement les jeunes autochtones en les arrachant à leurs familles et en les isolant dans des pensionnats avec les abus que l’on connaît aujourd’hui. 

Trois siècles et un quart après la signature de la Grande Paix de MTL, l’éveil des nations autochtones est manifeste, on assiste à un âge d’or culturel des premiers peuples de plus en plus éduqués, de plus en plus prospères, de plus en plus autodéterminés. De surcroît, il se trouve de plus en plus de non autochtones pour le reconnaître et l’applaudir.

En voilà une autre preuve éclatante.

Ce soir du 14 août, le ressentiment historique fera place à l’amitié entre humains de bonne volonté. Exceptionnellement? Peut-être mais… si les humains d’aujourd’hui ne peuvent porter la responsabilité entière du passé, ils en portent celle du présent et de l’avenir.

Ce qui justifie une commémoration de cette Grande Paix de Montréal à la conclusion de Présence autochtone à Tiohtià:ke. Et cette interview avec Alexandre Éthier.

Compositeur et guitariste, il est le fondateur et le directeur artistique de l’ensemble de guitares classiques  (à cordes de nylon) Forestare. Cet orchestre de chambre atypique a fait sa marque au cours de 25 années d’existence, au Québec comme à l’étranger.

Depuis l’aube de sa carrière, Alexandre a exprimé sa sensibilité aux enjeux liés aux premiers peuples des Amériques. 

Ami et proche collaborateur du festival Présence autochtone, Alexandre en orchestre la clôture, ce vendredi 14 août. Présenté au Théâtre Outremont, cet événement de musique, chanson et poésie s’intitule Ici fut planté l’arbre de la paix

Plusieurs artistes de renom y monteront sur scène aux côtés de Forestare, on pense d’abord à l’Innue Joséphine Bacon et l’Abitibien Richard Desjardins, auxquels se joindront Jacques Newashish, Andrée Levesque Sioui, Marianne Lambert, Sandrine Masse-Savard, Éric Dupont, Élise Turcotte, Hélène Collin, Kate Bevan Baker, Benjamin Tremblay Carpentier, Marc Morin, Elvira Misbakhova.

PAN M 360 :  Alexandre, bonjour, je te laisse le soin de commenter cette distribution parce qu’une une vaste communauté montera sur scène.

Alexandre Éthier :  C’est l’amitié en musique, en chanson et en poésie.  Ce sont des amis de Forestare.

PAN M 360 : Hormis Richard Desjardins et Joséphine Bacon, plusieurs amis seront là! Des exemples?

Alexandre Éthier : Jacques Newashish est un conteur, un sculpteur et un acteur assez connu, qui représente très bien la communauté des Atikamekw de Wemotaci, dont la  langue existe depuis 5000 ans.  Il y aura ce souffle millénaire dans le spectacle.
On peut aussi compter sur Andrée Lévesque Sioui, une performer incroyable, actrice aussi, mais une chanteuse vraiment de haut niveau. De la nation Wendat comme l’est Andrée, la chanteuse Sandrine Masse-Savard commence à s’imposer. Elle travaille aussi en architecture, en archéologie linguistique, elle cherche à restaurer la langue wendat.

Nous accueillerons l’autrice Élise Turcotte qui viendra y lire quelques-uns de ses poèmes.

Et puis, il y aura Hélène Collin, réalisatrice, scénariste et comédienne belge que j’ai rencontrée à Wemotaci il y a quelques années, devenue une amie.  Elle tournait alors un documentaire sur l’éducation en milieu autochtone, auquel j’avais participé.
La soprano Marianne Lambert chantera un texte d’Éric Dupont, un de nos grands auteurs et un grand ami à moi, qui m’a envoyé T’aider à mourir. J’ai lu le texte, la mélodie m’est venue immédiatement, la chanson s’est construite autour des mots. Tu sais que je suis de petite taille et c’est fabuleux d’entendre cette voix qui sort de Marianne, encore plus petite que moi.

Pour conclure, on est chanceux d’avoir la participation d’un ami de longue date aussi, avec qui j’ai participé sur de multiples projets, Richard Desjardins, un ami des Premières Nations. J’en passe, mais j’ai rassemblé des grands amis et des fréquentations précieuses pour Forestare.
PAN M 360 : D’où vient le concept et comment a-t-il évolué?
Alexandre Éthier :
Ça fait 25 ans qu’on est ensemble, les guitares à cordes de nylon de Forestare. J’ai eu envie de célébrer ça. Et puis  j’ai eu comme un coup de foudre en février cette année, à un lieu de Montréal, rue Saint-Hubert, nommé La Cale. Ce soir-là environ 70 musiciens faisaient de la musique traditionnelle ensemble. J’ai alors été flabergasté par le dynamisme, la jeunesse et la créativité de la musique traditionnelle québécoise que je connais de loin. Je suis entré dans le ventre de la baleine, jai été avalé! Quand je suis rentré de cette soirée, j’ai tout changé de concept du spectacle. J’avais envie de ces sons-là, avec des invités d’une grande communauté.

PAN M 360 : Une communauté au-delà des artistes venus chanter ou déclamer?

Alexandre Éthier : J’ai des membres du trio de guitaristes MG3, ils sont tous là avec moi, pour remplacer certains membres qui ne pouvaient être là. De plus, un des guitaristes de MG3, Marc Morin, est aussi accordéoniste trad.  On a Benjamin Tremblay-Carpentier,  un super harmoniciste, podorythmiste, percussionniste.  Aussi, j’ai invité Kate Bevan-Baker, enseignante à McGill, violoniste, chanteuse et ethnomusicologue spécialiste de de musique traditionnelle irlandaise, écossaise, québécoise.
La violoncelliste Élisabeth Giroux, aussi une grande amie, joue dans le groupe de trad Été.

Tous ces musiciens sont polyvalents, souples et capables d’improviser en plus de jouer les partitions. Ils conviennent parfaitement aux pièces et aux chansons de ce spectacle. On ira dans la musique classique moderne, mais aussi dans les chants traditionnels autochtones ou dans le trad contemporain.
PAN M 360 : Tout ça résulte aussi d’une longue relation avec le festival Présence autochtone.
Alexandre Éthier : Absolument. C’est un vrai festival de l’amitié, c’est un événement de rencontre, c’est positif.  Son directeur, André Dudemaine, est tout un monsieur! C’est un grand homme, extrêmement intelligent qui comprend exactement le lien qu’il faut faire pour faire avancer la cause avec ces liens qu’il tisse depuis tant d’années. Il fut le premier à engager Forestare dans un festival, à nous accorder un vrai contrat professionnel. À cette même époque, on avait enregistré un premier album et enregistré deux chansons avec Richard Desjardins – La maison est ouverte et Les Yankees. Pour l’occasion, il interprétera un texte que je ne connais pas, un récit qui se passe peu avant la signature de La Grande Paix il y a 325 ans. Il y aura des surprises!

PAN M 360 : Avec toute cette tribu réunie sur scène, ça fera un long programme!

Alexandre Éthier : Je peux dire que ce sera un spectacle généreux, au moins une heure et demie. On a commencé les répétitions, ça se passe très bien! Forestare est une famille , ça fait 25 ans qu’on est ensemble.

PAN M 360 : Pour ce 325e anniversaire de la Grande Paix… avortée, réunir tout ce beau monde tombe sous le sens. L’équilibre entre les colonisateurs et les Premières Nations qui avaient signé ce traité et les colonisateurs n’a pas été respecté.
Alexandre Éthier : C’est le moins qu’on puisse dire! Quand on parle de la vérité et  réconciliation, je pense que nous, les Québécois, devons comprendre que c’est à nous de faire les premiers pas. C’est nous qui avons erré. Aujourd’hui, il y a moyen de faire mieux, il y a moyen de faire différent. Mais j’ai peur d’un recul rapide après ce mini-progrès réalisé chez les peuples indigènes, après cette relative amélioration de leur conditions et de leur éducation, après l’arrivée de grands artistes autochtones, intellectuels ou scientifiques qui brillent aujourd’hui. Dans l’actuel contexte de droite, de nationalisme identitaire, de fermeture, j’ai peur qu’on ne se rende pas au bout du processus.

PAN M 360 : Nous ne sommes peut-être pas responsables du gâchis de nos ancêtres, de notre passé de colonisateurs, mais nous sommes responsables de notre présent et de notre avenir. Plus que jamais, il nous faut entrer en jeu pour atteindre une vraie Grande Paix.
Alexandre Éthier : Exactement. On va contribuer à ça vendredi !  Josephine Bacon et Richard Desjardins sur une même scène, c’est une première !  Je reste très humble face à ces monuments. C’est un immense cadeau!

Qi Shen joue du erhu depuis qu’elle est toute petite. En arrivant à Montréal il y a plusieurs années, elle a tout de suite trouvé un nid pour poursuivre sa passion. Au début des années 2000, vous l’avez peut-être entendue au Jardin botanique, où elle jouait quotidiennement dans le Jardin de Chine. Pendant ce temps, sa fille Jasmine (Xu, le nom de son père) apprenait aussi l’instrument, tout en amorçant un long parcours au piano classique. Mère et fille parlent de leur duo erhu/piano, une combinaison peu fréquente, mais aussi de leur amour de la musique en général, et de la difficile séparation, pendant une douzaine d’années, quand Qi a été engagée par le Cirque du Soleil pour jouer dans ses spectacles à Macao. En attendant de découvrir leur complicité musicale, gratuitement, le dimanche 16 août au Festival Orientalys (sur la scène TD), faites leur découverte en lisant cette entrevue.

INFOS POUR LE CONCERT DE QI ET JASMINE

PANM360 : Qi, commencez par nous expliquer comment vous êtes devenue musicienne.

Qi Shen : J’ai appris le erhu très jeune en Chine. J’ai ensuite poursuivi mes études jusqu’à l’université. En arrivant à Montréal, j’ai été heureuse de découvrir une ville où les gens sont curieux de toutes les cultures. Je me suis tout de suite bien sentie. J’ai rapidement trouvé de nombreuses opportunités. J’ai joué dans le Vieux-Port, dans le métro, etc. Un jour, j’ai été engagée par le Jardin botanique, pour faire de la musique au Jardin de Chine, quotidiennement. Je me suis fait un nid très agréable ici. 

Site web de Qi Shen (concerts, cours, etc.)

PANM360 : Et toi, Jasmine?

Jasmine Xu : Mes parents m’ont demandé, quand j’étais encore très jeune, quelle sorte d’instrument j’aimerais apprendre. J’ai choisi le piano. J’en ai fait longtemps, jusqu’au niveau 9 à l’école Vincent-d’Indy. Mais en parallèle, j’ai quand même appris le erhu avec ma mère, puis la guitare, le chant, etc.

PANM360 : Et vous avez fini par faire un duo…

Jasmine Xu : Oui, le piano et le erhu se complètent très bien. Le erhu est très versatile, il n’y a pas de frettes, ce qui permet de faire des lignes mélodiques très sinueuses, très chantantes, alors que le piano est très complet, comme un orchestre à lui seul. 

PANM360 : Vous jouez depuis longtemps ensemble comme ça?

Qi Shen : Oui, depuis très longtemps bien sûr. Mais en privé. Nos prestations en public sont plus récentes. Il faut dire que, en 2010, le Cirque du Soleil m’a contactée pour jouer dans ses spectacles à Macao. Le erhu tenait un rôle très important dans la musique live. Mais je devais aller vivre là-bas, pendant de longues périodes. Jasmine était encore toute jeune. Je suis donc partie là-bas, et Jasmine est restée ici bien sûr, c’est sa maison. Elle est restée avec son père. Pendant longtemps, on se voyait quelques fois par année. Ce fut une décision très difficile pour moi. Très difficile. Mais c’était également une opportunité exceptionnelle au niveau professionnelle, avec de très bonnes conditions. Ça a duré 12 ans. Après la Covid, je suis revenue. Il faut que je rebâtisse ma carrière ici, mais avec Jasmine maintenant, ça me rend très heureuse. 

PANM360 : Jasmine? 

Jasmine Xu : Je suis très heureuse aussi de jouer avec maman. Pour ma part, je n’avais pas vraiment envisagé de consacrer tout mon temps à la musique. Après mon parcours en piano, j’ai étudié en nutrition. J’ai complété mon cours, je suis donc nutritionniste, un métier que j’ai exercé pendant environ deux ans. Mais je m’ennuyais de la musique. Finalement, j’ai décidé il n’y a pas si longtemps de plonger. Je fais donc ce duo avec ma mère, je chante aussi, je poste des vidéos dans lesquelles je joue du erhu sur les réseaux sociaux, etc. 

PANM360 : Que jouerez-vous lors du concert du dimanche 18 août à Orientalys?

Qi Shen : Un peu de tout, des airs traditionnels chinois, quelques compositions originales…

Jasmine Xu : … des airs populaires de Chine (M-Pop, l’équivalent du K-Pop coréen) et aussi des arrangements de chansons connues ici. 

PANM360 : Merci beaucoup de nous avoir parlé. Bon succès. 

Qi Shen : Merci!

Jasmine Xu : Merci!

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