Une vingtaine de musiciens seront bientôt réunis autour du grand musicien catalan Jordi Savall, à commencer par les ensembles La Capella Reial de Catalunya et Hespèrion XXI , sans compter des invités spéciaux du Canada et d’ailleurs. Intitulé Chants, batailles et danses de l’Ancien et du Nouveau Monde 1100–1780, Jordi Savall nous fera traverser sept siècles d’histoire ! Au programme, conquêtes, souffrances, oppression, esclavagisme, mais aussi espoirs, rédemptions, rencontres heureuses entre les cultures, métissages lumineux et concluants. Tirés des périodes lointaines, soit des périodes médiévales ou de la Renaissance, les chants et danses de ce programme ambitieux mettent aussi en relief le caractère universel de la musique en tant que langue de communication par excellence entre les peuples, qu’ils fussent en guerre ou en paix. Mise en musique, cette fresque historique sera présentée le samedi 18 avril prochain à la Maison symphonique de Montréal. Joint à son domicile en Europe, Jordi Savall nous explique cordialement le contenu de sa prochaine escale au Nouveau Monde.

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Évidemment, je ne me souviens pas de toutes les discussions que j’ai eues avec les milliers d’artistes  que j’ai interviewés, mais je me souviens de certains moments clés. Avec le compositeur, arrangeur et chef d’orchestre Mathieu David Gagnon, nous avions déjà parlé de l’immanence des sons terrestres pour parler des choix consonants de son écriture orchestrale, singulièrement mâtinée de rock prog et de musique classique occidentale. Cette discussion sur l’interaction créative entre la nature et les sons se poursuit en ce 10 avril 2026: nous en sommes au troisième chapitre de son véhicule principal, album sous étiquette Secret City qui nous offre 8 nouvelles plages inspirées de l’estuaire du Saint-Laurent et de la flore laurentienne qui le borde.

Mathieu David Gagnon : Je ne me suis jamais fait cette réflexion, mais je crois que c’est un album qui prend plus son temps que les précédent. Et je crois que ce n’est pas étranger à mon travail sur la musique ambient mais acoustique. Quand je prends, par exemple, la pièce Navigation VII, il y a de grands moments de silence.On a vraiment l’impression d’être sur l’eau. Puis tout d’un coup, il y a un orchestre qui arrive.

PAN M 360 : C’est comme des vagues, on dirait. 

Mathieu David Gagnon : Oui, c’est ça. Aujourd’hui, plus que jamais, la contemplation est une chose qu’on ne s’accorde que très peu. Et l’art est beaucoup lié à cet état-là. Quand on va dans un musée, on ne danse pas. On s’imprègne, puis on arrête. On s’asseoit même des fois. Je pense que, par nécessité, je fais de la musique qui me fait du bien. À moi, en premier. J’aime souvent citer l’exemple d’un chat qui ronronne pour se guérir ou s’apaiser,  c’est une sorte de drône, de bourdon musical. 

PAN M 360 : C’est exactement ça. J’ai aussi bien observé le ronronnement des chats, surtout celui  de mon chat Jamie de 19 ans, mort il y a à peu près 3 mois.

Mathieu David Gagnon : C’est drôle que tu dises ça car j’ai fait euthanasier mon chat de 18 ans tout récemment.  À l’observer durant sa vie, je me suis dit, wow, il a un système d’apaisement. Je me suis dit alors que lorsque j’arrive devant un synthétiseur, je peux juste jouer une note et écouter comment ça résonne. Et ça m’apaise, ça me calme. Mon moyen de m’apaiser, c’est d’écrire des choses qui me font du bien, qui nécessairement portent de la lumière. C’est primordial pour moi.  Je ne pourrais faire de musique sombre ou violente parce que ça ne m’apaiserait pas.

PAN M 360 : La musique a toutes sortes de fonctions. Si l’apaisement est la valeur maîtresse de ce qui te motive à faire de la musique, c’est tout à fait défendable. Il y a des gens pour qui l’expression musicale de la violence ou autres sentiments plus sombres est aussi défendable.

Mathieu David Gagnon : Absolument.

PAN M 360 : La quête de quiétude ou d’apaisement n’implique pas des musiques aussi simples qu’on ne le croit. On le constate encore avec ce troisième album, comme on l’a fait pour les deux autres.  L’exploration harmonique semble assez simple pour l’auditeur moyen. Mais quand tu t’y mets, tu constates la complexité des structures, ce qui est une vertu de ta musique d’une apparente simplicité. Lorsque la complexité se cache dans la simplicité, la mission est accomplie.  

Mathieu David Gagnon :  J’adore que ma musique suscite des réactions, qu’elles soient positives ou négatives. J’aime essayer des choses. Par exemple, dans la première pièce, Fleurs, ça faisait un petit moment que j’avais envie de passer d’un orchestre complètement acoustique à un orchestre complètement de synthétiseurs à l’intérieur d’une même pièce. On ne se rend pas trop compte jusqu’à ce que ce soit devenu 100% synthétiseur.

PAN M 360 : Effectivement, le fondu enchaîné n’est pas évident à réaliser.

Mathieu David Gagnon : Exactement. Ça a beaucoup aidé quand on a ajouté un orgue à tuyaux d’église dans le processus et qu’on a rediffusé les synthétiseurs dans l’espace pour avoir ce côté d’orchestre et de grandeur. 

PAN M 360 : Le succès de la relation entre les instruments acoustiques et les synthétiseurs est fondamental dans cet album.

Mathieu David Gagnon : C’est tout un travail que d’essayer de conférer aux synthétiseurs des caractéristiques acoustique, c’est vraiment ça le cœur du projet. C’est essayer de sortir la tradition de son cadre et d’essayer tout en faisant une musique d’inspiration classique, soit en y intégrant des éléments de notre époque, comme le synthétiseur. Même si j’utilise des vieux synthétiseurs, en particulier le Minimoog parce qu’il est imparfait, parce qu’il a des caractéristiques comparables à celles que certains instruments acoustiques, c’est-à-dire qu’il ne sonne jamais pareil et qu’on doive le raccorder.

PAN M 360 : Il est toujours très difficile d’obtenir un résultat satisfaisant entre électronique et acoustique.

Mathieu David Gagnon : Je recherche vraiment une imbrication complète entre les claviers, l’orchestre à cordes, les harpes…  

PAN M 360 : Il n’y a pas de thème complexe.

Il n’y a pas de partie solo importante dans ton œuvre récente. C’est toujours un travail d’harmonie et d’orchestration. Il n’y a aucun rythme complexe, il n’y a aucune ligne complexe. La singularité de ton art se passe beaucoup plus dans ce qu’il y a autour de la mélodie, surtout dans les harmonies et les arrangements. 

Mathieu David Gagnon : Exactement. Et aussi dans la superposition, dans les textures et dans les contrastes, comme par exemple un contraste entre deux freeruns de synthés et deux harpes. Ce n’est pas dans la virtuosité que ça se passe, ce n’est pas ça qui m’intéresse.

PAN M 360 : Mais parfois, des compositeurs œuvrent à la fois sur des trucs très simples et très doux, mais ils vont aussi  se permettre d’exprimer une certaine violence, des formes musicales beaucoup plus obliques, ou encore des séquences de haute complexité pour des solistes.

Mathieu David Gagnon : Je pense qu’en vieillissant, on finit par trouver ce qui est vraiment important. Plus jeune, tu cherches peut-être un peu plus à impressionner et à en mettre pour calmer une insécurité. Avec le recul, ce qui me pousse à faire de la musique, c’est créer des émotions, créer des moments, créer des ambiances. La virtuosité n’est pas là où elle se trouve habituellement. Jouer un Minimoog live,  par exemple, c’est de la virtuosité,  il me faut manipuler en temps réel le pitch, la modulation, le filtre, etc.

PAN M 360 : Du point de vue harmonique,  on pourrait éventuellement te demander un jour ou penser que tu pourrais explorer d’autres types d’échelles.

Mathieu David Gagnon : Pour moduler, ça prend des intervalles assez égaux.  C’est que les intervalles ne sont pas égaux. 

PAN M 360 : Mais tu peux explorer d’autres gammes à intervalles égaux comme les gammes de la Grèce antique. Tu pourrais explorer des gammes de ce type-là, en résulterait une  expansion de ton langage sans le dénaturer. 

Mathieu David Gagnon : C’est dans mes plans. Je voulais d’abord que les Vol. 1, 2, 3 soient comme un grand morceau de mon œuvre. C’est vrai que c’est plus contemplatif  au no 3. J’étais d’ailleurs en train d’écrire une double fugue pour aller sur ce disque, mais je n’ai pas eu le temps de la terminer. Et ce qui en est resté, ce sont des pièces qui modulent moins. 

Ce qui amène le côté contemplatif, c’est qu’on ne bouge pas trop, on ne va pas trop loin dans l’harmonie. Mais quand je fais ce genre d’album-là, ensuite j’ai souvent une période où j’ai envie, justement, d’aller plus loin. Je suis là-dedans.

PAN M 360 :  Parle-nous de l’instrumentation des œuvres, une après l’autre :

Mathieu David Gagnon :

Fleurs, c’est un quatuor  à cordes qui se transforme en un orchestre à cordes, avec deux harpes, puis les deux harpes se transforment en synthétiseurs, et l’orchestre à cordes se transforme en un orchestre de synthétiseurs.

Régate, c’est un orchestre à cordes et c’est l’usage du Synthi, un synthé analogique de marque EMS utilisé par Pink Floyd dans les années 70. Brian Eno en jouait beaucoup quand il était avec Roxy Music. Sur la fin de la pièce, j’ai appliqué un principe que j’ai découvert sur un album de Eno, Discreet Music où il joue le Canon de Pachelbel en appliquant une formule mathématique sur la durée des notes. Donc, premier violon, la première ligne; le deuxième violon, multiplie toutes les valeurs de la partition par deux. Puis l’alto, multiplie toutes les valeurs par trois.  Et le violoncelle et la basse par quatre. Donc, au bout de deux mesures, on est dans un canon « étiré ». Ça produit alors de nouvelles harmonies qui n’existaient pas, mais qui se trouvent dans la même tonalité. C’est le même tempo, mais on a cette impression d’étirement du temps et à la fin, on est presque dans du Arvo Pärt  parce qu’on a l’impression de flotter avec des longues notes aux cordes.

Petit Matin. Petit Matin, c’est un quatuor de violoncelles qui joue dans un écho à ruban. C’était ça qui était le concept.

Le temps, c’est deux harpes dans un écho à ruban aussi. 

Fleuve VII, c’est moi au piano avec un orchestre à cordes – pour l’album entier  c’est principalement orchestre à cordes ou quatuor de violoncelles et deux harpes.

Donc la suite suivante, Fleuve VIII,  c’est moi avec un drôle de clavier de la marque Rocky Mountain Instruments. C’est le même clavier que Chick Corea jouait sur l’album Bitches Brew de Miles Davis, Tony Banks en jouait aussi avec Genesis. Même Sun Râ en jouait!

Navigation VII  un synthétiseur polyphonique, qui est après ça doublé par un quatuor de violoncelles.  Le quatuor de violoncelles devient le synthétiseur. J’ai essayé de créer un super synthétiseur avec un quatuor à cordes et un synthétiseur. À la fin, la dernière intervention de l’orchestre à cordes arrive comme une grande aspiration. Pour cela, j’ai fait tourner la piste à l’envers et j’ai enregistré la réverbération, comme Pink Floyd l’a déjà fait dans la pièce One of these Days. Et puis on remet tout à l’endroit.

(À travers les) Chablis, c’est basé sur deux batteries free, c’est de créer un chaos duquel va jaillir la lumière à la fin. Une mélodie très simple, pour qu’on sente qu’à travers ce chaos, des sons organisés peuvent émerger et qui nous amènent une lumière avec les deux harpes qui sont en quelque sorte les carillons dans le vent avec les deux batteries.

PAN M 360 : Comment tout ça se transpose-t-il sur scène?

Mathieu David Gagnon : Nous sommes 7 sur scène, 6 en Europe : un quatuor à cordes (Mélanie Bélair, Chantal Bergeron, Ligia Paquin, Jean-Christophe Lizotte ), un multi-instrumentiste qui fait aussi de la percussion (Antoine Létourneau-Berger) et moi . Pour le Québec, le batteur Robbie Kuster se joint à nous.  Je suis entouré de musiciens extraordinaires, le but sur scène n’est pas de reproduire l’album mais bien les concepts de ces pièces et de les exécuter d’une autre façon. Il faut plutôt réarranger et voir la pièce d’un autre angle. 

PAN M 360 : En terminant, je cite des titres de cet album : Fleurs, Régate, Navigation, Fleuve, Le temps… beaucoup d’eau et de nature.  Tu es toujours en forêt derrière le Kamouraska.

Mathieu David Gagnon   : Oui, je suis en plein dans la flore laurentienne.

PAN M 360 : Aussi dans l’eau laurentienne!Mathieu David Gagnon :  Mon père avait une barque quand j’étais enfant à Sainte-Anne-des-Monts, on allait jigger la morue. Le trajet de l’autobus qui me menait à l’école le matin passait le long du fleuve, et je m’asseyais toujours du bon côté pour observer l’eau. Je n’ai pas navigué toute ma vie, mais j’aime m’imaginer sur l’eau. J’aime le mouvement qui n’est pas terrestre, l’idée d’apesanteur, un monde en soi. Le fleuve est toujours différent, à toute heure du jour. C’est une inspiration infinie.

L’autrice-compositrice-interprète Valérie Clio a dévoilé son nouvel album Crépuscule le 27 mars dernier. Avec ce quatrième opus, elle propose un univers où les histoires d’amour se vivent dans tout ce qu’elles ont de beau, de fragile et de vrai. Entre le coucher du soleil et l’heure bleue, Crépuscule traverse les élans du cœur. On y retrouve ce qui fait la force de Valérie Clio : une parolière sincère, délicate, jamais figée, portée par une musique à la fois actuelle et chaleureuse. Guitare acoustique, rythmes antillais, touches de blues, de jazz et de pop se rencontrent dans un univers intime, enveloppant et doucement dansant.
Valérie Clio marque le paysage musical québécois depuis plus de 30 ans. Née à Montréal de parents haïtiens, elle déploie une voix de contralto singulière, à la croisée du gospel, du jazz, du blues, du folk, de la pop et des racines haïtiennes. Avec Crépuscule, elle propose aujourd’hui un album habité, lumineux et profondément humain. Notre collaboratrice Keithy Antoine s’est entretenue avec Valérie Clio pour PAN M 360.

Elle se définit comme Chiliquoise, étant à la fois Chilienne du côté de son père et Québécoise du côté de sa mère. Mais l’une des musiques qui a bercé l’enfance de Mikhaëlle est la musique brésilienne, qui continue de l’inspirer. Elle revient d’ailleurs de son tout premier voyage au Brésil, et ce ne sera sûrement pas son dernier. Pour la série Mozaïk, Mikhaëlle présentera « Camino de mujeres » et sera accompagnée pour l’occasion par Marie-Neiges Harvey, Carmelle Gauvin, Judith Little-Daudelin, mais également la talentueuse percussionniste brésilienne Lara Klaus. Tiré de l’album qui porte le même nom et qui a reçu plusieurs prix prestigieux, Mikha.elles nous prépare une soirée intime, plus personnelle et authentique, tout en abordant l’aspect social derrière cette collaboration. Notre journaliste Sandra Gasana s’est entretenue avec Mikhaëlle pour PAN M 360 pour en savoir plus sur l’artiste et son parcours.







Franky Freedom II, c’est la signature du batteur, compositeur et réalisateur François Laliberté. Un des meilleurs batteurs québécois de la scène néo jazz fusion R&B électro, François Laliberté (traduction libre!) se fait ici plaisir avec une sélection d’artistes qui n’a rien à envier aux meilleures productions internationales du genre. Son deuxième album autoproduit vaut le détour, les fans de haute performance polyrythmique assortie de solides harmonies et accroches mélodiques, seront tout simplement ravis par cette rencontre entre artilleurs québécois et pointures internationales: les bassistes Gary Willis, Robin Mullarkey (Jacob Collier, Steven Wilson) et Evan Marien (Tigran Hamasyan, Wayne Krantz); les guitaristes Mark Lettieri, Loïk Martin, Johan Modrin et Lorenzo Ceci; les chanteuses Léonie Gray et Mel Pacifico; les saxophonistes Julien Fillion et Guillaume Carpentier. François Laliberté, ses potes et ses invités explorent ici de multiples surimpressions de jazz fusion, de R&B et d’électro. Franky nous explique le tout, de long en large.

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Le luthiste Esteban la Rotta vient de faire paraître, chez ATMA, un album fascinant sur l’histoire et la naissance du style moderne de jeu au luth. C’est en Allemagne qu’il a retrouvé ces racines, en particulier avec un compositeur nommé Conrad Paumann (qu’on surnommait ‘’Orbus Ille Germanus’’, l’Allemand aveugle). Ironiquement, l’homme n’a laissé aucun manuscrit de musique pour l’instrument, même s’il était reconnu comme un interprète exceptionnel, capable de jouer polyphoniquement, alors que personne ne le faisait à cette époque. C’est plutôt à travers plusieurs chemins de traverse que Esteban la Rotta a réussi à reconstruire ce à quoi ce style de jeu pouvait, probablement, ressembler. J’ai parlé avec le musicien de cette musique et de l’album qui y est consacré. 

LISEZ LA CRITIQUE DE L’ALBUM DE ESTEBAN LA ROTTA

PanM360 : Bonjour Esteban. Pourquoi avez-vous décidé de consacrer un album à la musique des origines du jeu de luth moderne?

Esteban la Rotta : Il n’y a que très peu de connaissances sur cette musique, et j’avais envie de m’y plonger et de savoir comment elle était apparue. 

PanM360 : Justement, comment avez-vous procédé?

Esteban la Rotta : Comme il n’y a pas de partitions qui nous sont parvenues, il a fallu que j’utilise toutes sortes de méthodes alternatives. J’ai commencé par ce que l’on sait : un certain Ottaviano Petrucci a publié plusieurs livres de partitions musicales. Il était l’équivalent de Gutenberg en Italie, et focalisé sur la musique. Il a inventé des morceaux mobiles pour les notes et autres signes musicaux, comme Gutenberg pour les lettres. Il a ainsi amené la musique à l’ère moderne de la diffusion imprimée. Il a imprimé les premiers livres pour jouer du luth, il n’y en avait pas avant. Il n’y avait pas beaucoup plus de manuscrits, en vérité.

PanM360 : Pourquoi?

Esteban la Rotta : C’est une autre réalité du luth de l’époque : il y avait très peu de compositeurs qui écrivaient pour l’instrument en tant que soliste. En fait, à la source, le luth était exclusivement un instrument d’accompagnement, qui jouait des lignes de basse ou mélodique, mais uniques, simples. Personne n’écrivait de partitions manuscrites pour les musiciens  qui savaient accompagner de façon très libre et spontanée. 

PanM360 : Qu’est-ce qu’a fait ce Conrad Paumann pour changer cela?

Esteban la Rotta : C’est ça qui est intéressant. Paumann a commencé à jouer de façon polyphonique sur le luth, c’est-à-dire, jouer plusieurs voix en même temps. De nos jours, nous sommes habitués à entendre le luth de cette façon, car on entend souvent du Bach, du Weiss, etc. Mais à cette époque, c’était tout à fait unique. On raconte en Italie comment le public était émerveillé par la technique de jeu de Paumann. On n’avait jamais entendu rien de tel!

PanM360 : Vous avez donc plongé dans les partitions de M. Paumann?

Esteban la Rotta : Eh bien non, c’est impossible, car il n’a laissé aucun document écrit de la musique qu’il jouait sur le luth. Il a cependant laissé des recueils de partitions de pièces écrites pour le clavier (probablement l’orgue), avec toutes sortes de détails sur la façon de combiner les voix, une par-dessus l’autre, etc. J’ai d’abord étudié ces partitions, et me suis plongé, si on veut, dans l’esprit de sa musique. Ces livres se nomment le Buxheimer Orgelbuch et le Lochamer Liederbuch.

PanM360 : Mais ce n’était pas suffisant…

Esteban la Rotta : Non, j’ai également consulté un spécialiste de la musique allemande de cette époque, qui a lui-même étudié des documents, dont un appelé le Wolfenbüttel Lute Tablature Fragments. Il y a là-dedans ce qu’on pense être les premières partitions écrites pour le luth, mais pas en polyphonie. Cela dit, on y retrouve la technique du ‘’grattage’’ des cordes, comme on le fait de façon moderne, mais avec un plectre, qui était utilisé à l’époque. 

PanM360 : Quel est le lien avec l’Italie, plus spécifiquement?

Esteban la Rotta : Paumann y a voyagé et, tel que mentionné, il a impressionné le public. On lui a même demandé de rester, on lui a offert un poste. Il a refusé, car il avait peur qu’on l’assassine!

PanM360 : Ah oui?

Esteban la Rotta : Oui! Il avait même toujours avec lui son propre cuisinier allemand, pour éviter d’être empoisonné. Avait-il raison de se méfier? On ne sait pas. Mais, à l’époque, les jalousies professionnelles pouvaient mener à certains extrêmes, et on empoisonnait pour moins que ça….

PanM360 : Aie.. Mais il a tout de même laissé une marque forte

Esteban la Rotta : Oui, il a stimulé le jeu polyphonique au luth, qui s’est ensuite développé largement en Italie, et a ensuite essaimé de nouveau vers le reste de l’Europe, dont l’Allemagne elle-même. Le reste de l’histoire, c’est en ligne droite jusqu’à nous, aujourd’hui.

PanM360 : C’est fascinant. On n’imagine pas, probablement de façon biaisée, l’Allemagne influencer la musique italienne…

Esteban la Rotta : Non, en effet. 

PanM360 : Donc, vous avez essentiellement fusionné toutes ces informations et vous êtes arrivé à ce à quoi cette musique aurait pu ressembler. Et vous avez même composé quelques morceaux dans le même style.

Esteban la Rotta : Oui, et je me suis beaucoup amusé à le faire. 

PanM360 : Quelle est la raison essentielle qui a mené à l’autonomie du luth et au développement de son jeu polyphonique, plus complexe?

Esteban la Rotta : la seule façon d’entendre de la musique à cette époque sans Spotify, CD, etc., c’était d’aller à l’église ou d’en jouer soi-même à la maison! Or, avoir un luth était plus simple et accessible qu’avoir un clavier. À son tour, ce développement fait en sorte que la demande pour des pièces de luth augmente significativement. Et plus on veut en jouer, plus certains veulent des œuvres complexes, plus exigeantes. Si on jouait du luth avant, on accompagnait une messe écrite par Machaut, ou Binchois, ou Dufay. Des partitions assez limitées. Avant cela, on était troubadour, ou trouvère, un métier en soi. Pour le simple plaisir, les possibilités étaient peu nombreuses. Ajoutons à cela, comme j’ai dit, l’arrivée de l’imprimerie, et on a les ingrédients d’un épanouissement spectaculaire. 

PanM360 : Tout cela est franchement illuminant. Merci infiniment pour ce travail de recherche et bien sûr pour un très bel album qui témoigne des résultats.

Esteban la Rotta : Merci à vous.

Le saxophoniste albertain John Sweenie vient de sortir un album que je considère déjà faire partie des meilleures sorties jazz 2026. Avec Mysticism for Intellectuals, celui qui est basé à Montréal depuis plusieurs années pour étudier à McGill (on souhaite qu’il s’installe durablement après!), a convoqué quelques amis de la ville (Rich Irwin, Rémi-Jean Leblanc et Jean-Michel Pilc) pour créer un aventure palpitante dans le groove et l’impro raffinée, au son de pulsations puissantes en alternance avec des atmosphères délicates et foisonnantes de détails subtils. J’ai parlé avec l’artiste de l’album et de sa propre histoire, car on le connaît encore peu. 

LISEZ MA CRITIQUE DE L’ALBUM MYSTICISM FOR INTELLECTUALS

À noter que John et ses amis offriront un concert de lancement le 9 avril au club The Yardbird Suite à Edmonton (là où l’album a été enregistré) et le 9 mai 2026 au Upstairs à Montréal. Le Yardbird est un peu loin pour votre humble chroniqueur, mais soyez assuré que vous me verrez au Upstairs pour y assister!

DÉTAILS ET BILLETS POUR LE LANCEMENT AU YARDBIRD SUITE – EDMONTON – 9 AVRIL 2026

DÉTAILS ET BILLETS POUR LE LANCEMENT AU UPSTAIRS – MONTRÉAL – 9 MAI 2026

Tiga, icône de la techno montréalaise, fondateur du label Turbo, DJ et producteur de musique électronique de renommée internationale, est de retour avec HotLife. Premier album solo depuis dix ans, HotLife met en vedette Boys Noize, Matthew Dear, Fcukers, MRD, Gesloten Cirkel, Paranoid London, Maara, ainsi que Priori et Patrick Holland, deux talentueux producteurs locaux issus de son studio. Réalisée en amont de la sortie officielle de l’album, soit le 17 avril prochain sous étiquette Turbo / Secret City Records, cette interview de Tiga sur PAN M 360 révèle que le seul but de cet album est de s’amuser sur la piste de danse, lors d’une grande fête ou partout où l’on peut se détendre. Pas de plan d’ensemble, pas d’intention de profondeur, rien de sombre ni de sérieux. Une HotLife suffit amplement !

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En fin de vie, le compositeur Johannes Brahms a connu une sorte d’été indien, de renouveau de sa passion créatrice grâce à la découverte des possibilités expressives de la clarinette. Le résultat est une série de nouvelles compositions, des chefs-d’œuvre, qui sont encore admirés aujourd’hui. L’un de ceux-ci est le Trio avec clarinette, opus 114, pour clarinette, violoncelle et piano. Le mardi 7 avril à 17h, dans l’enchanteur décor du 9e étage du Centre Eaton à Montréal, le clarinettiste James Campbell, le violoncelliste Cameron Crozman et la pianiste Meagan Milatz joueront ce bijou de musique de chambre romantique. En complément de programme, ils joueront également le Trio avec clarinette, opus 11 de Beethoven, sorte de miroir du Brahms. ce dernier, en effet, est une oeuvre de grande maturité, totalement assumée et maîtrisée, alors que l’opus 11 de Beethoven est une oeuvre de jeunesse, alors que le compositeur était encore sous influence classique (Haydn, entre autres), mais avec des prémonitions de ce que deviendra son propre style personnel plus tard. J’ai parlé avec le violoncelliste Cameron Crozman de cette  musique, ainsi que de leur série de concerts au 9e étage, intitulée HausMusique et offrant toute l’année à Montréal des concerts de musique de chambre de grande qualité. 

DÉTAILS ET BILLETS POUR LE CONCERT DU 7 AVRIL

SITE DE LA SÉRIE HAUSMUSIQUE

La programmation 2026-2027 de l’Orchestre symphonique de Montréal a été dévoilée, il s’agira de la 5e saison de son chef principal, Rafael Payare, et la 93e saison de l’OSM. Grands concerts classiques, concerts express, ciné-concerts, soirées festives, concerts pop, concerts jeunesse mettront en scène les œuvres de Mahler, Stravinsky, Beethoven, Chostakovitch, Cassandra Miller, Jimmy López  et autres Mozart. Des vedettes internationales s’y produiront, telles que la soprano Renée Fleming, le pianiste Lang Lang, la violoncelliste Alisa Weilerstein, le violoniste Leonidas Kavakos ou le chef mythique Zubin Mehta, qui fut à la barre de l’OSM dans les années 60, chef émérite de l’OSM. La collaboration se poursuit d’ailleurs pour une seconde saison avec Dina Gilbert comme cheffe associée et comme compositeur en résidence.

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Voyons voir parmi les meilleures prises de l’OSM pour la prochaine saison, qui nous offre une cinquantaine de programmes distincts, de loin la saison la plus importante des orchestres symphoniques québécois.

Les 16 et 17 septembre, Rafael Payare et l’OSM lanceront la saison avec Mahler, se poursuivra le cycle consacré au compositeur allemand entamé en 2022Das klagende Lied (Le chant de la plainte) des extraits de Des Knaben Wunderhorn (Le Cor merveilleux de l’enfant)  seront au programme.

Le 23 septembre, pour une première fois en plus d’une décennie, l’OSM accueillera le pianiste chinois Lang Lang, assurément une superstar des ivoires, qui viendra jouer le Concerto pour piano no 5 de Beethoven, sous la direction de Rafael Payare.

Les 8 et 10 octobre, l’événement hors classique de la saison pourrait bien être Apashe x OSM, une des meilleures intégrations de musique électronique dans un contexte symphonique, le producteur montréalais (d’origine belge) est passé maître en la matière.

Les 21 et 22 octobre, le très grand violoniste grec Leonidas Kavakos interprétera le Concerto pour violon op.35 de Tchaïkovski, sous la direction de Rafael Payare, dans un programme aussi constitué de l’ œuvre Elysium du Canadien Samy Moussa et l’Oiseau de feu d’Igor Stravinsky. Le  fameux compositeur russe sera ausi mis en lumière en décembre, avec l’exécution de Petrouchka . Ce même programme accueillera la violoniste allemande Veronika Eberle pour le Concerto no 5 de Mozart.

Pour le Temps des fêtes, JS Bach sera joué dans deux concerts. Les 8 et 9 décembre, l’Oratorio de Noël sera joué par l’OSM et maestro Kent Nagano, en collaboration avec le Festival International Bach Montréal Le 10 décembre, l’organiste Olivier Latry jouera des œuvres de Bach transcrites par lui-même et par de grands organistes des 19e et 20e siècles. Enfin, on réveillonne à la Maison symphonique le 17 décembre avec le groupe Le Vent du Nord, vaisseau phare du trad québécois cette fois en mode symphonique.

Les 12 et 13 janvier, Rafael Payare et l’OSM  reçoivent la célébrissime soprano Renée Fleming, qui interprétera Voice of Nature : The Anthropocene, un projet multimédia mis de l’avant en collaboration avec The National Geographic. On aura aussi droit au premier mouvement de la Symphonie no 4 du compositeur en résidence Jimmy López est aussi au programme de ce concert. 

En avril, le  Festival Mozart présente trois programmes . Les 8 et 11 avril,  Rafael Payare et l’OSM accueillent les pianistes Charles Richard-Hamelin, Meagan Milatz et Kevin Chen pour un rare événement, le Concerto pour trois pianos no 7. L’œuvre lyrique de Mozart se décline en 2 programmes la semaine suivante :  Grande Messe en ut mineur, l’Exultate, jubilate  la Sérénade Eine kleine Nachtmusik sont jouées le 14. Les 15 et 17 avril,  Don Giovanni de Mozart et (le librettiste) Da Ponte  avec notamment les solistes Michèle Lozier, Gustavo Castillo et Jenny Daviet.

En mai,  violoncelliste Alisa Weilerstein rejoindra l’OSM et (son mari dans la vie) Rafael Payare pour trois programmes autour de l’imaginaire symphonique de Richard Strauss. La clôture de cette saison est prévue les 25 et 26 mai avec la Symphonie n9 de Beethoven et la première mondiale de la Symphonie no 6 Monarch de Jimmy López, une co-commande de l’OSM et du San Diego Symphony.

N’oubions pas les ciné-concerts façon OSM, que nous présente ici Marianne Perron, Cheffe de la direction artistique :« Comme se positionner par rapport aux autres offres de musiques de films avec orchestre symphonique? C’est une question qu’on se pose de manière ponctuelle depuis qu’on a commencé à en faire depuis l’inauguration de la Maison symphonique. Généralement, une, deux ou trois productions par année, et toujours une avec orgue. Ce qui nous motivait au départ, c’était de raviver cette tradition d’improvisation à l’orgue, comme ça existait autrefois pour accompagner les films muets.

 « Pour la programmation avec l’orchestre, on se questionnait beaucoup, même quand il n’y avait pas autant d’ensemble qui en faisaient. Et donc, nous avons opté pour de grands classiques du cinéma, le premier fut Le Cuirassé Potemkine. J’avais une approche classique, c’est-à-dire des films ayant une grande valeur cinématographique et musicale, devenus des classiques. Alors Metropolis sera projeté le 19 janvier 2027 avec l’exécution de la partition originale de Gottfried Huppertz sous la direction de Franz Strobel, ou encore Nosferatu le 29 octobre, avec l’organiste Jason Roberts, ou également The Nightmare before Christmas les 26 et 27 novembre. Il y a beaucoup de valeur musicale dans les blockbusters, mais un des éléments qui me manquaient était la place de la musique, c’est-à-dire que plusieurs films comportent plus ou moins une trentaine de minutes de musique. »

Enfin, de quoi Marianne Perron est-elle la plus fière au dévoilement de cette programmation 2026-2027?

« Ce dont je suis la plus fière, c’est l’engagement et la créativité de notre équipe, dont notre directeur de la programmation musicale, Ronald Vermeulen.  Prenons l’exemple de nos productions d’opéras en versions concertantes. Nous ne sommes  pas des spécialistes en production d’opéra, mais nous avons une proposition extrêmement forte et originale, façonnée différemment à la mesure de notre engagement pour des causes comme l’environnement ou la nouvelle culture autochtone. Cet engagement nous rend fier.e.s. » 

Et de quoi le chef principal de l’OSM, Rafael Payare, est-il le plus fier dans cette programmation?« D’abord le concert d’ouverture Mahler, Das Klagende Lied, bien sûr, les 16 et 17 septembre. Le festival Mozart du 8 au 17 avril 2027 – Trois pianos pour Mozart, la Grande messe en ut, Don Giovanni. L’imaginaire symphonique de Richard Strauss, les 10 et 20 mai 2027, sans compter le poème symphonique Ein Heldenleben le 14 février.  La Symphonie No 8 de Chostakovitch, qu’on fera  les 10 et 11 février, sans compter la 10e que je dirigerai cet été au Festival de Lanaudière, le 18 juillet. Enfin, j’aime bien l’idée de présenter dans un même programme la 9e Symphonie de Beethoven en clôture de la saison avec la Symphonie No 6 Monarch du compositeur péruvien en résidence Jimmy López, qui  s’inspire ici de la longue migration du papillon monarque, du Canada au Mexique. J’aime bien aussi l’idée du programme Autour de Stravinsky, c’est-à-dire L’Oiseau de feu dans un programme incluant Elysium du compositeur canadien Samy Moussa et le Concerto pour violon Op.35 de Tchaïkovski avec Leonidas Kavakos. »

En janvier 2023, on annonçait que La Zarra, chanteuse montréalaise ayant obtenu un grand succès radio avec le tube Tu t’en iras, représenterait la France au Concours Eurovision de la chanson à Liverpool au Royaume-Uni. En mai 2023, elle allait donc chanter Évidemment à cette fameuse compétition européenne que Céline Dion avait gagnée en début de parcours. 

En voyant sa note trop basse attribuée par le public, la chanteuse avait posé un geste interprété alors comme un doigt d’honneur, ce qui avait généré la grogne chez certains, dont des gestionnaires de France 2 liés au concours. La Zarra avait réfuté ces accusations d’impolitesse dû à un soi-disant doigt d’honneur qui n’avait aucunement cette signification selon la principale intéressée.

Doigt d’honneur ou non, cet événement  fut  l’amorce d’une chute vertigineuse, encore plus rapide que son ascension fulgurante. La presse people de France s’était mise sur son dos et sa carrière européenne en fut profondément affectée. Traumatisée, la chanteuse québécoise déclara alors avoir été « victime de racisme et de manipulations.» 

Et puis…

Trois ans plus tard, La Zarra, Fatima-Zahra Hafdi de son vrai nom, entend prouver à la planète pop que sa carrière n’était pas un feu de paille. Après avoir fondé sa propre structure, elle a entrepris de produire un deuxième album : Der Zimmel (Le ciel), dont les chansons n’ont vraiment pas grand-chose à voir avec Tu t’en iras.

Mélange singulier de chanson française « classique » et d’americana, cet opus autoproduit a été réalisé en étroite collaboration avec les artistes Clément Langlois-Légaré, Adel Kazi-Aoual, Claire Ridgely, Félix Dyotte et Patrick Krief. Le nouveau départ de La Zarra commence ici et elle entend refaire toutes les étapes pour reconquérir le public. 

Voici ce qu’elle a à nous dire !

Fatima-Zahra Hafdi : Oui, effectivement, mais après, comme tu dis, dans la pop, bon, moi, je ne considère pas que je fais de la musique populaire malgré moi. On a fait deux chansons qui sont venues, « Tu t’en iras », par exemple, qui était vraiment fin d’album. Et bon, il s’est passé ce qui s’est passé, donc après, ça m’a un peu positionnée dans la chanson, on va dire, populaire dans ce genre de format. Mais ce n’était pas mon intention de départ. Après, je pense que peut-être que c’est à mon avantage, mais je n’ai peut-être aucune notion concrète des conséquences et de ce que telle ou telle chose veut dire.

PAN M 360 : Tu avais donc d’autres intentions que de faire des hits radio avec de l’électro derrière?

Fatima-Zahra Hafdi: Je fais de la musique, et si je peux la proposer à mon public et en vivre de façon correcte, je vais continuer à en faire. 

PAN M 360 : Tu peux compter sur un public de toute façon, mais de quelle manière en évalues-tu la taille depuis ce ce qui s’est passé à Eurovision ? 

Fatima-Zahra Hafdi : Je ne sais pas. C’est le dernier de mes soucis, ces affaires-là. J’imagine que comme dans tout, je pense qu’il y a des gens qui sont comme vous, pour qui l’important, c’est la musique. Après, il y avait tous les personnages à côté. On vit quand même dans une période où le divertissement passe vraiment par tous les canaux, dont évidemment les médias sociaux. Il y a des gens qui aiment, d’autres moins.  Mais je pense qu’aujourd’hui, j’ai un public très fidèle.  

PAN M 360 : Et quel est ce public fidèle?

Fatima-Zahra Hafdi : C’est un public dont je reçois sans cesse les retours.  « Comment se fait-il que tu chantes ma vie? » Donc, on a vraiment cette connexion un peu mélancolique de nos histoires respectives, on les vit ensemble à travers mes chansons.

PAN M 360 : Des artistes comme toi sont des miroirs de la vie des autres. Tu viens d’un milieu  modeste ou ordinaire, comme la vaste majorité des êtres humains. Alors donc, il est certain que ton public peut se reconnaître en toi.

Fatima-Zahra Hafdi : Ce sont  nos histoires de vie, nos histoires amoureuses, les injustices qu’on a pu vivre, que ce soit social, au travail, il va toujours y en avoir. En parler ouvertement, arriver à les transcrire de façon un peu plus poétique, c’est sûr que ça parle toujours au public. 

PAN M 360 :  Parlons du processus du nouvel album, on veut le récit de la façon dont tu as décidé de te relever et de faire cet album.

Fatima-Zahra Hafdi : J’étais vraiment fatiguée, même avant l’Eurovision. Ça commençait à être  intense, mentalement et physiquement. Après l’Eurovision, je suis finalement rentrée au Québec avec ma fille – qui a aujourd’hui 17 ans. Ça m’a fait énormément de bien, retrouver ma routine, mes amis,  ma famille. Après, je me suis dit, OK, je fais quoi? Ai-je encore envie de faire de la musique? Tant de concessions, tant de sacrifices… J’estimais en avoir déjà fait énormément. Et j’ai finalement convenu que j’en avais plus à donner.   Et encore là, il y avait une décision à prendre. Est-ce que j’achète ma belle maison de campagne en Toscane ou est-ce que je mène ce projet-là? 

PAN M 360 :  Et alors?

Fatima-Zahra Hafdi : Étant quand même assez bien entourée, j’ai réussi à réaliser ce projet.Il y avait toujours encore cette envie de faire de la musique, cette envie de chanter. Et je pense aussi que j’avais le sentiment de ne pas être arrivée à accomplir ce que je voulais quand j’ai commencé. Il y avait donc ce truc un peu inachevé, on ne m’avait pas laissé faire les choses comme je voulais. Là, j’ai l’opportunité de le faire comme je l’entends. Après ça, ça a été quand même difficile.

PAN M 360 :  Il fallait passer à l’action de nouveau, ce qui n’est pas une mince affaire.

Fatima-Zahra Hafdi : Lors des premières séances en studio, je n’arrivais pas à écrire, je n’arrivais pas à trouver des mélodies. Quand j’enregistrais quelque chose, on me disait « ah, c’est super, c’est bien, c’est beau ». J’avais le sentiment que non. Même ma propre voix m’énervait.  J’avais l’impression d’écouter une autre personne que moi, rien ne me plaisait. J’ai  alors décidé déjà de voyager. En Italie, au Maroc, j’ai rencontré plein de gens, j’ai rencontré des musiciens, j’ai eu le temps de vivre et de recueillir de nouvelles histoires. Il le fallait parce que je n’avais aucun temps pour moi depuis le début de cette aventure en 2021. C’était avion, hôtel, dodo, plateau. 

PAN M 360 : Quelle manière tu as voulu emballer tes chansons. 

Fatima-Zahra Hafdi :  Déjà, c’est super important. J’ai l’impression que plein de monde se réfère à mon projet antérieur, comme si ce n’était que de la pop FM.  Mais c’est vrai, d’autres chansons du premier album ressemblent à celles de celui-ci, en fait.

PAN M 360 : Et à quoi ressemblent-elles au juste?

Fatima-Zahra Hafdi :  Il y a énormément d’orchestrations, c’est super important pour moi. Je voulais garder ce style de grandes chansons françaises, chargées d’arrangements épiques pour ainsi créer un sentiment de grandiose. J’ai écouté énormément de Nancy Sinatra pendant le processus de création et j’ai décidé de travailler avec le réputé producteur Patrick Kreif pour les chansons Johnny, Tombe les fleurs et Beau garçon.

Et j’avais envie d’avoir ce côté, mais aussi americana parce que tout ça me fait vibrer et m’emmène ailleurs. Très cinématographique! Et pour la suite, j’ai travaillé avec Clément Langlois-Légaré (Clay and Friends) sur Entre mes doigts. En fait, chaque collaborateur m’a apporté ce qu’il savait faire de mieux, que ce soit Patrick avec ce qui est un peu americana, que ce soit Clément avec tout ce qui  est plus moderne. J’ai pu offrir quelque chose de neuf, mais qui a quand même des relents du premier album.

PAN M 360 :  Tu n’as donc pas voulu reprendre l’approche électronique de ton supertube qui t’a lancée. 

Fatima-Zahra Hafdi : Le but de ce projet-là, c’était zéro chanson conçues pour le succès radiophonique tel qu’on l’imagine aujourd’hui. Si toutefois on écoute une chanson comme La ballade des perdants, c’est une chanson que je programmerais à la radio.  Mais la radio de maintenant doit sonner comme tel ou tel artiste célèbre en ce moment. Mais j’ai la certitude qu’on peut s’éloigner de ces paramètres et avoir du succès.  On verra bien ce que ça donne. C’est un pari et j’espère avoir raison.

PAN M 360 : Quoi qu’il advienne, tu auras essayé de faire à ta manière.

Fatima-Zahra Hafdi : Oui et je n’avais aucune intention de radio ou de succès pop. Ce qui était important pour moi, c’était de raconter en chansons cette période récente de ma vie.  Cela dit, je demeure une bonne chanteuse up-tempo et je pourrais de nouveau surprendre! D’autres chansons seront prêtes cet été, la créativité est avec moi et je vais aussi vous bombarder de chansons à La Zarra!

PAN M 360 : Retour de la synth-pop? 

Fatima-Zahra Hafdi :  Je vais vous sortir de la bonne chanson pop à la Zarra.

PAN M 360 : En général dans la pop,  le personnage, le texte et la voix de la personne font partie de l’œuvre, et c’est aussi ton cas!

Fatima-Zahra Hafdi : Je n’ai jamais eu cette réflexion. 

PAN M 360 : C’est mon travail de réfléchir à ça.

Fatima-Zahra Hafdi : Tant mieux, parce que je n’aime pas trop y réfléchir.

PAN M 360 : Les artistes n’ont peut-être pas à y réfléchir, effectivement.

Fatima-Zahra Hafdi : Mais il faut quand même être pragmatique par rapport à ce qui est possible d’atteindre. Mais j’ai  le sentiment d’être encore au début de mon exploration musicale. Alors je pourrais de nouveau sortir un album électro, ou surprendre avec un album country. Il faut aussi faire des choix pour ne pas mélanger le public.

PAN M 360 :  Tu ne travailles plus avec un label, tu mènes ta barque seule, n’est-ce pas?

Fatima-Zahra Hafdi :  Oui, c’est ma structure, mon organisation. C’est moi qui gère tout. Des business managers qui m’ont aidé au début, ils m’ont redonné le volant. Mais ça a toujours été moi au centre du projet. Même quand j’étais en contrat artiste avec un label,  je faisais un peu le même travail. J’étais toujours en train d’intervenir auprès de mes chefs de projet.

PAN M 360 : Ton parcours pourrait ressembler à celui de Yseult, qui a connu beaucoup de succès en France.

Fatima-Zahra Hafdi :  Elle a eu raison de le faire. Regarde maintenant ce que ça donne!

PAN M 360 :  Si ça réussit à long terme, c’est sûr que ça te garantit de bien meilleurs revenus et ça te permet aussi d’avoir une liberté d’action avec un capital de risque que tu peux garder pour mener d’autres expériences.  Et le reste de la cagnotte ira à ta caisse de retraite. 

Fatima-Zahra Hafdi : C’est exactement ça. Je parie sur  moi-même, je ne pourrai blâmer personne d’autre que moi si ça ne marche pas. Mais j’ai surtout peur de décevoir mon public si ça ne marche pas.

PAN M 360 :  L’album Der Himmel est un livre ouvert, la trame narrative de ton parcours récent. 

Fatima-Zahra Hafdi :  Je voulais des chansons qui représentaient mon état d’âme quand j’ai commencé à travailler sur ce projet, j’étais alors pleine d’incertitudes, un peu perdue dans mes intentions. Émotionnellement, mentalement, j’étais fatiguée. Les deux premières chansons, Tomber les fleurs et Entre mes doigts, racontent cet état d’esprit. Et puis j’ai fait la rencontre de certaines personnes m’ont menée à voir ce travail de façon très positive, ça m’a donné envie de chansons qui donnent un peu plus d’espoir et d’amour.  Je me suis dit que je n’allais pas rien couper de ces confidences, que le public aurait droit à une certaine intimité.

PAN M 360 : C’est autobiographique en diffraction. Pas trop?

Fatima-Zahra Hafdi :  On m’a tellement mise à nu dans le passé et on ce n’était pas ma vraie histoire. Cette fois, je me suis dit tant qu’à y être, je vais y aller à fond.  Même si je suis différente de ce que j’étais lorsque j’ai commencé à faire de la musique. Je suis moins pudique par rapport à mes histoires personnelles, je me suis habituée à ma vie publique et je peux laisser les gens entrer dans mon univers personnel.

PAN M 360 :  Que retires-tu de l’adversité vécue à l’époque d’Eurovision?

Fatima-Zahra Hafdi : Moi, je sais que je suis une personne qui ne regrette pas. Si c’était à refaire, je ferais la même chose pendant cette période, au-delà du geste qui fut interprété comme un doigt d’honneur. Je me connais. J’ai accepté de jouer à ce jeu, avec certaines personnes de cet environnement qui étaient peut-être plus sombres que prévu. J’aurais dû peut-être m’écouter et ne pas écouter ce qu’on me disait. En même temps, si je n’avais pas passé à travers ça, je n’aurais pas les outils aujourd’hui pour la suite. Parce que j’ai envie de faire de la musique pendant longtemps.  

PAN M 360 : Il faut d’une certaine façon recommencer à zéro car il n’y aura pas de tube radio pour recréer le buzz.

Fatima-Zahra Hafdi : Oui, il faudra d’abord faire des petites salles et les remplir d’émotions.  Il faudra faire tous les petits trucs que j’aurais dû faire au départ. Ça va remonter. J’aurai confiance en moi. Je serai à l’aise.

Éric Dion a posé les bases de son art chansonnier au sein du duo gaspésien Dans l’Shed qu’il constitue avec André Lavergne, ce qu’il précise davantage dans le volet solo de sa carrière. Éric Dion a fait paraître cet hiver L’origine du vent, autoproduction en licence sous étiquette acadienne Le Grenier musique. Coréalisé avec Martin Hogan et Éric Blanchard et enregistré au Studio Hogan de Grande-Rivière, cet opus a fait grandir Éric Dion dans sa quête « gaspericana » pour reprendre le titre de son album précédent avec Dans l’Shed (2018), néologisme inspiré de cette catégorie consacrée sur ce continent, americana, que PAN M 360 qualifie souvent de « kebamericana » lorsqu’il s’agit de ce style priorisé en chanson keb franco. En voilà une déclinaison régionale ! Les chansons de cet album sont des diffractions poétiques d’une existence vécue dans le bled natal d’Éric Dion, New Richmond, dans la Baie des Chaleurs, et aussi en d’autres lieux évocateurs de sa Gaspésie bien-aimée. Une vie mise en rime, quoi : amours, passions, ruptures, amitiés, parentalité, fuites et escapades en nature gaspésienne. Joint chez lui pour une interview vidéo, il nous cause des origines de ses chansons qui sont tout sauf du… vent.

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