Depuis 2023, Patche a lancé 3 albums et vient d’en terminer un 4e à venir sur les plateformes et autres étals. Au confluent du groove électro et du jeu en temps réel via la basse, la batterie, l’harmonica chromatique et les synthés modulaires, le quintette montréalais ne cesse de progresser sur les scènes du monde, en voici une importante : le MTELUS, ce samedi 29 août, série Métropolis 2 dans le contexte de MUTEK Montréal. Puisqu’ils deviennent progressivement de vraies têtes d’affiche et qu’ils peaufinent un art musical désormais assorti d’une importante proposition audiovisuelle, les 5 artilleurs de PATCHE accordent cette interview à Alain Brunet.
Interviews
Violent Magic Orchestra s’annonce comme l’une des salves les plus puissantes en voie d’éclater à MUTEK MTL. Le groupe d’Osaka se veut un manga/anime en chair et en os, hardcore immersif absolument unique, propice à toutes les déflagrations.
VMO est incarné par Zastar, chant, Darkthrone, électronique et « agitation », Gorgoroth, guitares, Mayhem, danse et chorégraphie, Kezzardrix, visuels. Camouflés sous leurs pseudos et costumes d’inspiration black metal, ces artistes d’Osaka insufflent à leur musique une énergie tout simplement hallucinante. On s’apprête à te mitrailler dans la face une pléthore de styles musicaux frénétiquement enchaînés, quelque part entre gabber et black metal.
Lorsqu’on assiste à plusieurs concerts au Japon et qu’on y écoute attentivement les accompagnements des artistes pop, on observe immédiatement l’éclectisme des références dans le jeu virtuose de leurs interprètes. On l’entend ici très clairement avec Violent Magic Orchestra, on y maîtrise des techniques propres à différentes formes métal (black, speed, doom, etc,) , mais aussi mathcore, hardcore électronique, hard techno, dark ambient, jungle/drum’n’bass, footwork, trance ou même jazz-fusion, avec une touche mélodique presque candide lorsque le contraste s’y prête.
Ouf!
Violent Magic Orchestra s’est produit une première fois à Montréal en mars dernier (Ritz PDB), la réputation du groupe japonais se répand comme une traînée de poudre et le voilà sur une scène prestigieuse de MUTEK – Nocturne 4, SAT, samedi 29 août.
PAN M 360 a fait parvenir ses questions à VMO avant la grande traversée du Pacifique, voici les réponses d’un membre du groupe qui n’a pas voulu s’identifier, vu l’anonymat prévalant au sein du groupe. Une fois de plus!
PAN M 360: Quels sont les fondements de votre originalité ?
VMO: Nous ne nous considérons pas simplement comme un projet musical, mais plutôt comme un projet artistique global. Nous souhaitons aller au-delà des sens visuels et auditifs pour toucher tous les sens et offrir une expérience surnaturelle.
PAN M 360: Pouvez-vous décrire brièvement le rôle de chaque membre du groupe ?
VMO : Les membres, dont les noms s’inspirent de groupes mythiques de black metal écrits en katakana, s’efforcent chacun d’explorer toutes les formes d’expression.
PAN M 360: Parlez-nous de votre éclectisme musical. Comment avez-vous intégré autant de styles musicaux pour devenir les excellents musiciens que vous êtes aujourd’hui ?
VMO: Nous nous considérons comme des musiciens encore inexpérimentés, mais nous espérons pouvoir jouer des combinaisons musicales que personne n’a encore jamais entendues et qui subsistent peut-être encore un peu dans ce monde. Tout est question d’équilibre et de sens musical.
PAN M 360: Comment avez-vous appris à jouer ? Grâce à une formation en école de musique ? En autodidacte ? Ou les deux ?
VMO: En autodidacte, sans aucune formation. Par exemple, pour la chanteuse Zastar, ce projet est son tout premier groupe.
PAN M 360: Au-delà du cadre de la langue d’expression, qu’en est-il de cette furieuse mixtion ?
VMO : Je pense que notre sens du mélange des genres dans notre propre équilibre est à l’origine de notre originalité. Mais c’est peut-être surtout parce que nous construisons des scènes, à la manière d’un réalisateur de cinéma, en tenant compte des paysages, des acteurs, des mouvements et des sentiments du public, pour ensuite les transposer en musique.
PAN M 360: Quelle influence la culture manga et anime a-t-elle sur votre travail ? Même s’il s’agit d’une question un peu cliché, essayez d’expliquer comment la culture pop ou traditionnelle se reflète dans votre musique, que ce soit de manière consciente ou inconsciente.
VMO: L’anime et les mangas revêtent une grande importance pour certains membres du groupe. C’est peut-être ce dont les Japonais peuvent être le plus fiers aujourd’hui. Je pense que depuis notre plus jeune âge, cela représente une part non négligeable de l’identité japonaise, et je suis tellement influencé par cette culture que j’aimerais créer à l’avenir des collaborations intéressantes avec le monde de l’animation.
PAN M 360: De la tragédie à l’humour, tout le spectre des émotions est présent dans vos œuvres. Que cherchez-vous à exprimer ?
VMO : Merci. C’est précisément là que réside la source de notre expression.
PAN M 360: Collaborez-vous à des productions audiovisuelles ? Au cinéma ? À la télévision ? Dans les jeux vidéo ? Quoi qu’il en soit, vos propres clips sont vraiment très soignés !
VMO : Je pense que cet aspect de notre travail prendra de l’ampleur à l’avenir. Je ne peux pas encore en parler, mais nous prévoyons de sortir une très grande œuvre d’art multidisciplinaire en janvier prochain.
PAN M 360: On suppose que le nom Violent Magic Orchestra est lié d’une manière u d’une autre au légendaire Yellow Magic Orchestra. Pourriez-vous nous expliquer ce lien ?
VMO: On s’en est rendu compte sans s’en rendre compte. On ne peut pas dire qu’il n’y ait aucune influence, ni qu’elle soit énorme, mais pour tout Japonais ayant un tant soit peu côtoyé la musique électronique, YMO est un peu comme un anime ou un manga.
PAN M 360: Paraît-il que vous étiez de grands fans d’Aphex Twin. À première vue, sa musique IDM semble très différente de la vôtre, mais comment l’influence d’Aphex Twin se reflète-t-elle dans vos œuvres ?
VMO: Nous sommes vraiment impressionnés par la manière dont il présente son œuvre , c’est-à-dire comme une œuvre d’art totale. Rester une star sans perdre de sa dignité dans un genre où il est difficile de devenir une star. C’est complètement différent de nous, mais bon, haha.
PAN M 360: Pourriez-vous citer d’autres musiciens qui ont influencé les membres de Violent Magic Orchestra ?
VMO : Il y en a beaucoup, mais ce sont tous ceux qui osent relever des défis.
PAN M 360: Comment présentez-vous votre musique sur scène par rapport à vos enregistrements en studio ?
VMO : Les deux sont encore en cours d’évolution, mais nous créons notre musique dans le but de montrer le meilleur de nous-mêmes et de présenter le spectacle que nous souhaitons offrir.
PAN M 360: La scène musicale d’Osaka, où vous êtes basés, présente-t-elle des caractéristiques particulières ?
VMO : Je dirais que sa particularité réside dans son originalité.
PAN M 360: Quelle sera la formation pour le concert à Montréal ? Qui jouera quel instrument ? À quoi ressemblera la mise en scène visuelle ?
VMO: Les quatre membres habituels de la tournée: The Star au chant, Dark Throne, manipulateur et agitateur, Gorgos à la guitare, et Mayhem, danseuse et choriste, seront rejoints par Kezzardrix aux visuels pour offrir un concert audiovisuel explosif.
Le projet Istanbul Ghetto Club est considéré comme un mélange absurde d’acid bass, de techno, d’attitude punk, de synthèse modulaire et d’instrumentation traditionnelle. Ce duo masqué berlinois a attiré l’attention du monde entier après s’être fait connaître sur la scène underground urbaine grâce à ses performances live endiablées, basées sur des synthétiseurs modulaires, le saz et une énergie débordante. Avec leur premier album, SOME TALES TO BOOST YOUR UNNECESSARY MIND ACTIVITY, Istanbul Ghetto Club fait un tabac sur les pistes de danse du monde entier, et Montréal n’a pas fait exception jeudi dernier à l’Esplanade Tranquille, dans le cadre de la série Experience 3. Avant leur concert à Montréal, Julius Cesaratto a pu s’entretenir avec le duo, qui (évidemment) reste anonyme, tout comme Angine de Poitrine, un groupe que vous connaissez peut-être…
PAN M 360 : Ce sera votre première canadienne. Que représente pour votre groupe le fait de présenter votre spectacle en direct au MUTEK, et à quoi le public montréalais peut-il s’attendre qu’il n’ait pas encore vu de votre part ?
IGC : MUTEK est un festival génial que nous suivons depuis très longtemps. Si être invités ici est une source de joie pour nous, c’est une énorme perte pour MUTEK. Nous avons déjà de la peine pour les pauvres Montréalais. Ils ne seront plus jamais les mêmes.
PAN M 360 : Votre son mêle acid techno, synthés modulaires et saz turc. Comment cette combinaison a-t-elle vu le jour ?
IGC : On nous pose souvent cette question, et quand on donne une réponse honnête, personne ne nous croit, alors je vais le dire d’emblée : ce n’était pas notre idée. C’était en octobre 2012. Nous étions douze dans le studio. Je me souviens de ce nombre parce que j’ai interrogé chacun d’entre nous individuellement par la suite. Dans l’ après-midi, une forme lumineuse est apparue sur le mur, au-dessus du synthétiseur modulaire. Elle était plus ou moins ronde, avec une seule ligne dessus. Ce qui était intéressant, c’est que les rideaux étaient tirés. Nous l’avons tous les douze vue, et c’est important, car si j’avais été seul, j’aurais moi aussi douté de ce que je voyais. Nous ne comprenions pas ce que c’était. Nous l’avons fixée pendant des heures.
Quelqu’un a dit : « C’est un reflet », alors nous avons éteint la lumière, mais elle est restée. Quelqu’un a pris une photo, mais elle n’apparaissait pas sur l’image.À l’approche du soir, tout le monde est rentré chez soi, et je suis resté seul. Quand je me suis endormi cette nuit-là, j’ai vu quelqu’un dans mon rêve, une personne au visage rond et jaune.l m’a montré la même forme. Puis il a tendu la main, a saisi le bouton du filtre et l’a tourné, tourné, tourné… Le bouton a commencé à fondre. Quelques mots sont sortis de sa bouche : « Si tu fais ça, tu gagneras. »
Je lui ai demandé : « Gagner quoi ? » Il a répondu : « Je ne sais pas. » Le lendemain matin, je suis allé au studio et j’ai réglé tous les boutons du synthétiseur sur cette position. Aucune des douze personnes présentes n’a contesté, car elles l’avaient vu elles aussi. Le saz était déjà là, posé dans un coin ; personne n’en jouait. On en a joué ce jour-là. Je n’ai plus jamais touché à ce bouton depuis. En tournée, les techniciens me demandent à chaque fois : « On le calibre ? » Je réponds : « Non. » Les gens pensent que c’est un choix stylistique. Ce n’est pas le cas. Ça nous a été donné, on y a juste ajouté le saz.
PAN M 360 : Vous vous produisez masqués et restez anonymes en tant que collectif. Qu’est-ce que cet anonymat vous apporte sur le plan créatif que le fait de vous produire sous vos propres noms ne vous apportera pas ?
IGC : Il est déjà assez difficile pour une personne de prendre ses distances par rapport à tout ce qui s’est accumulé sur elle depuis sa naissance – sa famille, sa langue, le savoir accumulé au fil des générations – et de créer quelque chose de nouveau. Nous n’avons pas surmonté ce défi. Il avait simplement été surmonté avant nous, et nous suivons la règle. Dans la tradition de l’« aşık », le poète n’écrit pas son propre nom ; il laisse son pseudonyme dans le dernier vers. Il en est ainsi depuis des siècles.
La question de savoir si Pir Sultan Abdal était une seule et même personne ou plusieurs fait encore l’objet d’un débat dans les milieux universitaires ; les poèmes qui lui sont attribués couvrent différentes périodes, et le langage utilisé n’est pas homogène. Le débat se poursuit car personne ne connaît la réponse. D’une certaine manière, nous le savons, mais ce n’est pas à nous d’intervenir dans ce débat. Quant à savoir ce que cela nous apporte : rien. Le masque n’ajoute rien. Il ne fait que retirer ce qui avait été ajouté avant nous. Ce qui reste, c’est ce qui se joue.
PAN M 360 : Vos concerts ont été décrits comme espiègles, parfois absurdes, voire satiriques. Quel rôle joue la mise en scène dans votre narration lorsque vous construisez un spectacle ? L’histoire vient-elle en premier, ou émerge-t-elle de l’improvisation musicale elle-même ?
IGC : Un oiseau sait voler ; un poisson sait nager. Les gens savent agir de manière spontanée, mais ils ont oublié comment faire. Est-ce une pièce de théâtre ? Je ne sais pas trop. Les choses peuvent très mal tourner sur scène, et on ne les corrige pas, c’est tout. C’est aux autres de comprendre ce qui mène à quoi. L’histoire n’est pas la priorité. L’histoire, c’est ce que les gens présents dans la salle racontent qu’il s’est passé après coup.
PAN M 360 : Votre biographie évoque l’improvisation et l’instinct comme guides. Dans quelle mesure un spectacle de l’Istanbul Ghetto Club est-il préparé à l’avance, et dans quelle mesure est-il véritablement inventé sur le vif ?
IGC : Sept éléments sont prédéterminés avant même que vous n’entriez dans la pièce. Nous ne révélons pas la nature de ces sept éléments, car sinon les ingénieurs tenteraient de les corriger eux aussi. Tout le reste se passe à l’intérieur de la pièce. Une phrase fonctionne de la même manière : avant de parler, vous connaissez les mots, mais vous ne connaissez pas la phrase. La machine réagit, la personne à côté de vous réagit, et parfois la réaction prend la forme d’un silence au milieu d’un déluge sonore. Nous connaissons de nombreuses langues. Ce ne sont que des variations d’un même son.
PAN M 360 : Vous avez joué devant des publics très variés (Berlin Atonal, Nuits Sonores, Fusion Festival, VENT Tokyo). En quoi le spectacle évolue-t-il d’un contexte à l’autre, et qu’avez-vous envie de tester spécifiquement devant le public du MUTEK ?
IGC : L’expérience du spectacle ne change pas d’une ville à l’autre. On ne peut pas la modifier exprès. Elle évolue d’elle-même de toute façon, et on ne s’en rend généralement compte qu’après coup. Quoi qu’on teste, on le ferait aussi bien dans une salle vide.
PAN M 360 : Votre nom fait référence à la fois à Istanbul et à la lignée « ghetto/club » de la musique électronique underground. Comment voyez-vous votre travail en lien avec l’identité culturelle sans être relégués dans la case de la « musique exotique et étrangère », ce contre quoi vous vous êtes insurgés avec le titre de votre morceau : « Top 10 Oriental Ideas to Make Your Music Sound Really Culturally Appropriate » ?
IGC : Le saz était dans la pièce, personne n’en jouait, alors on s’en est servis. Venir d’un certain endroit, ce n’est pas une technique. Le titre du morceau, c’était une blague qu’on avait lancée un jour. C’est comme ça qu’on clôt un sujet.
PAN M 360 : Au-delà de MUTEK, quelle est la prochaine étape pour Istanbul Ghetto Club ? De nouveaux morceaux, un nouveau format pour les concerts, ou l’arrivée de nouveaux collaborateurs ?
IGC : Nous travaillons sur plusieurs projets. Si nous devions les expliquer maintenant, cela ne serait plus que des explications, et nous devrions alors nous contenter de l’explication plutôt que de la réalité. Il reste encore un bouton à tourner. C’est tout.
The Istanbul Ghetto Clab stuff is considered as an absurdist blend of acid bass, techno, punk attitude, modular synthesis and traditional instrumentation, Berlin’s masked duet have captured global attention after being active in the urban underground with their vibrant live performances based on modular synths, also saz playing and a whole lot of live energy. Their debut album, SOME TALES TO BOOST YOUR UNNECESSARY MIND ACTIVITY Istanbul Ghetto Club are having a super impact on the global dancefloor, and Montreal didn’t make an exception on Thursday at Esplanade Tranquille, Experience 3 Series. Before the MTL live set, Julius Cesaratto could talk with the duet, who (obviously) remains anonymous as does Angine de Poitrine, a band that you may know…
PAN M 360: This will be your Canadian premiere. What does it mean for your group to bring your live show to MUTEK, and what can Montreal audiences expect
that they haven’t seen from you before?
IGC: MUTEK is a brilliant festival we’ve been following for a very lengthy period. While being invited here is a source of joy for us, it’s a huge loss for MUTEK. We already feel sorry for the poor people of Montreal. They’ll never be the same again.
PAN M 360: Your sound fuses acid techno, modular synths, and the Turkish saz. How
did that combination first come together ?
IGC: People ask this question a lot, and when we give an honest answer, no one believes us, so let me say this right off the start: it wasn’t our idea. It was October 2012. There were twelve of us in the studio. I remember the number because I asked everyone individually afterward. In the afternoon, a bright shape appeared on the wall above the modular synthesizer. It was somewhat round, with a single line on it. The interesting thing was, the curtains were closed. All twelve of us saw it, and that’s important, because if I’d been alone, I would have doubted myself too. We didn’t understand what it was. We stared at it for hours. Someone said, “It’s a reflection,” so we turned off the light, but it remained. Someone took a photo, but it didn’t show up in the picture. As evening approached, everyone went home, and I stayed behind. When I fell asleep that night, I saw someone in my dream, a person with a round yellow face who was constantly smiling. He showed me the same shape. Then he reached out, grabbed the filter knob, and turned it, turned it, turned it… The knob began to melt. A few words came out
of his mouth: “If you do this, you will win” I ask ‘win what?’ He said ‘I don’t know’.
In the morning, I went to the studio and set all the knobs on the synthesizer to that position. None of the twelve people argued, because they’d seen it too. The saz was already there, sitting in the corner; no one was playing it. We played it that day. I’ve never touched that knob again. On tour, the technicians ask every time, “Should we calibrate it?” I say, “No.” People think this is a stylistic choice. It’s not. It was given to us, we just added the saz to it.
PAN M 360: You perform masked and remain anonymous as a collective. What does
that anonymity give you creatively that performing under your own names
wouldn’t?
IGC: It is difficult enough for a person to step away from everything that has been piled upon them since birth, their family, their language, the knowledge accumulated over generations, and create something new. We haven’t overcome this challenge. It had simply been overcome before us, and we are following the rule. In the tradition of the “aşık”, the poet does not write his own name; he leaves his pen name in the final verse. It has been this way for centuries. Whether Pir Sultan Abdal was a single person or several is still debated in academic circles; the poems attributed to him span different periods, and the language is inconsistent. The debate
continues because no one knows the answer. We somehow know, but it’s not our place to intervene in the debate. As for the question of what it adds to us: nothing. The mask doesn’t add anything. It simply removes what was added before us. Whatever remains is what plays out.
PAN M 360: Your live sets have been described as mischievous, at times absurdist,
or even satirical. How do theatrics play into your storytelling when you’re building a set? Does story come first, or does it emerge from the musical improv itself?
IGC: A bird knows how to fly; a fish knows how to swim. People know how to act spontaneous but they have forgotten how.Is it a play ? Not sure. Things can go very wrong on stage, and we don’t fix them, that’s all there is to it. It’s up to others to figure out what leads to what. The story isn’t the first thing. The story is what the people in the room say happened afterward.
PAN M 360: Your bio talks about improvisation and instinct leading the way. How much of an Istanbul Ghetto Club set is composed in advance, and how much is genuinely being invented in the room?
IGC: Seven things are predetermined before you step inside. We don’t say what those seven things are, because then the engineers would try to fix them as well. Everything else happens inside the room. A sentence works the same way: Before you speak, you know the words, but you don’t know the sentence. The machine reacts, the person next to you reacts, and ometimes the reaction is silence in the middle of a flood. We know many languages. They’re all just variations of the same sound.
PAN M 360: You’ve played for a very wide range of crowds (Berlin Atonal, Nuits Sonores, Fusion Festival, VENT Tokyo). How does the show change from one context to the next, and what are you curious to test in front of a MUTEK crowd specifically?
IGC: The show experience doesn’t change from city to city. We can’t change it on purpose. It changes on its own anyway, and we usually don’t notice it until later. No matter what we’re testing, we’d test it in an empty room as well.
PAN M 360: Your name nods to both Istanbul and the ghetto/club lineage of underground electronic music. How do you see your work engaging with cultural identity without being pushed into the “exotic, foreign music » silo, something you’ve pushed back on with the track title : Top 10 Oriental Ideas to Make Your Music Sound Really Culturally Appropriate.
IGC: The saz was in the room, nobody was playing it, we played it. Being from somewhere isn’t technique. The track title was a joke we made once. That’s how we finish with a subject.
PAN M 360: Looking beyond MUTEK, what’s next for Istanbul Ghetto Club? New material, new format for the live show, or new collaborators being brought into the fold?
IGC: There are some things we’re working on. If we were to explain them now, they’d only become explanations, and then we’d have to settle for the explanation instead of the actual thing. There’s one more knob. That’s all.
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À l’occasion du 25e anniversaire du Mois du Créole, Tony Chasseur s’apprête à retrouver la scène montréalaise aux côtés de Jocelyne Béroard pour un concert mémorable le 3 octobre 2026. Figure incontournable de la musique antillaise, le chanteur martiniquais revient sur son parcours, son attachement à la culture créole et l’importance de la faire vivre et rayonner auprès des nouvelles générations. Entre zouk, biguine et traditions caribéennes, il évoque également ce que représente pour lui cette célébration qui rassemble depuis 25 ans artistes et communautés autour de la richesse des cultures créoles. Notre journaliste Sandra Gasana a pu échanger avec l’artiste par visioconférence en direct de Martinique pour PAN M 360.
À Montréal, une poignée de jeunes musiciens et mélomanes curieux connaissaient la Colombienne Isis Paola Giraldo avant qu’elle ne devienne Chiquita Magic. À l’époque, elle étudiait à l’université McGill, elle était aussi très active sur la scène émergente du jazz – souvenez-vous du Resonance Café sur Avenue du Parc, où elle fut une véritable figure de proue. Native de Bogotá, la musicienne a poursuivi sa migration canadienne tout en maintenant ses relations montréalaises, alors vit à Toronto et se trouve régulièrement à Los Angeles.
Très active sur le web en tant que compositrice, productrice, musicienne, interprète et mère, elle déploie un univers artistique qui englobe aujourd’hui toutes sortes de musiques et d’instruments, du piano aux synthés et boîtes à rythmes, du jazz contemporain à l’électro-cumbia en passant par la techno old school de Détroit.
Plus récemment, Chiquita Magic s’est produite au Festival de jazz de Montréal avec son propre duo aux côtés du batteur américain Justin Brown, ainsi qu’avec ce superbe quartet montréalais nommé George (en hommage à George Floyd) et dirigé par le batteur John Hollenbeck. Depuis quelques années, elle se produit également en tant que chanteuse et claviériste avec le Louis Cole Big Band, originaire de Los Angeles. Aujourd’hui, cette femme très occupée et très inspirée est de retour à Montréal pour un live set en direct à MUTEK – série Expérience 5, Esplanade Tranquille, Samedi 29 août.
Compte tenu de son parcours artistique intense et de son lien plus qu’évident avec Montréal, PAN M 360 vous propose cette interview de Chiquita Magic réalisée par Alain Brunet.
PAN M 360 : On n’a pas eu l’occasion de discuter avec toi lors de tes nombreux concerts à Montréal cette année, ni l’année dernière d’ailleurs ; ta venue au MUTEK est donc une excellente occasion de réaliser enfin cette interview ! Tu fais tellement de choses !
Isis Paola Giraldo : Trop de choses, sans doute. J’ai d’ailleurs fait une petite dépression parce que j’avais l’impression d’en faire un peu trop.
PAN M 360 : Eh bien, tu as beaucoup d’énergie ! Ce coup de mou a été de courte durée, puisque tu es de retour à Montréal pour une contribution électronique cette fois-ci.
Isis Paola Giraldo : Oui, probablement. Pour MUTEK, je vais présenter un nouveau projet intitulé Hardware Techno. Et c’est exactement ça : un set entièrement sur matériel. Je joue donc sur toutes les boîtes à rythmes et tous les synthétiseurs.
PAN M 360 : Quel genre de sons recherches-tu cette fois-ci ?
Isis Paola Giraldo : Je m’inspire beaucoup des anciens morceaux de Jeff Mills, de Terrence Dixon et de la techno underground de Détroit des années 90 et du début des années 2000. C’est un projet né d’une rencontre avec des amis à Los Angeles, quand j’ai vu des jeunes fans de techno, âgés d’une vingtaine d’années, organiser des raves et des soirées underground. Je n’avais jamais vu ça. Je n’avais jamais vu des gens jouer de la boîte à rythmes et animer une soirée dansante. Je me suis dit : « Mais qu’est-ce qui se passe ? » Et je me suis dit : « Il faut que je fasse ça. Il faut que j’explore cet univers. »
Avant d’avoir mon bébé, j’y suis allée pendant les deux derniers mois de ma grossesse et j’ai fait ça tous les jours. Et j’ai sorti cet EP intitulé Hardware Techno. Et maintenant, ce sera la première fois que je le présenterai sur scène au Canada. Et ensuite, je vais le présenter à Cologne à l’automne prochain. J’ai donc hâte de lancer ce projet au grand public, et d’une certaine manière, tout va commencer à Montréal. Oui, j’ai donné quelques sets dans la scène underground de Los Angeles, mais jamais sur une grande scène.
PAN M 360 : Donc ton « laboratoire » a été présenté dans des espaces plus intimes.
Isis Paola Giraldo : Exactement, exactement. J’ai donc travaillé très dur tout l’été : en quelque sorte, une fois le bébé endormi, j’allais dans mon petit bureau et je m’entraînais tous les soirs pour essayer de monter un set plus long. Et ça a été vraiment amusant, j’ai vraiment hâte de le présenter. Je suis aussi un peu nerveuse parce que j’ai l’impression de n’avoir jamais fait quelque chose comme ça… Mais j’adore ça ! J’adore me lancer dans des choses que je ne sais pas vraiment faire, en quelque sorte.
PAN M 360 : Eh bien, d’une certaine manière, tu es toujours en train d’explorer. On te connaissait comme pianiste de jazz. Puis tu t’es lancée dans des expérimentations électroniques, et tu es devenue Chiquita Magic.
Isis Paola Giraldo : Exactement. Je veux dire, je ne me suis pas lancée dans l’univers des logiciels, mais j’aime les machines. J’aime quand c’est physique et qu’on peut toucher. Du coup, je n’ai pas utilisé Ableton, par exemple. Je sais que tout le monde utilise Ableton et peut-être qu’un jour je m’y mettrai, mais j’aime travailler avec la synthèse sonore, j’aime tourner les boutons et tout ça. C’est un peu mon univers. Et cette fois-ci, c’est en quelque sorte un retour aux sources de la musique électronique.
PAN M 360 : Oui, les racines de la musique électronique en tant que culture club.
Isis Paola Giraldo : Exactement. La culture dance, où les gens peuvent simplement venir, se laisser aller, et où tout est très informel. J’adore ça. Et donc, c’est un peu comme si j’essayais de reproduire ça, tout en conservant l’univers harmonique.
Je veux dire, je trouve ce projet vraiment sympa parce que, tu sais, après avoir fait partie du monde du jazz expérimental pendant si longtemps, j’adore cet univers électronique. Et j’adore l’exploration sonore, surtout sur le plan harmonique.
PAN M 360 : Et tu le fais en tant qu’interprète, pas seulement en tant que productrice.
Isis Paola Giraldo : Oui. J’ai toujours mes synthétiseurs et tout ça, mais j’essaie d’intégrer des éléments comme le juke house, le footwork, la jungle, la techno, tous ces rythmes de cet univers.
PAN M 360 : C’est donc un véritable atout pour toi, car sur le plan harmonique, tu es bien plus avancée que la plupart des artistes électroniques.
Isis Paola Giraldo : Oui, peut-être. Il y a d’ailleurs quelque chose d’intéressant à dire à ce sujet. Sur le plan rythmique, par exemple, ça a été un véritable défi de réfléchir à la façon dont ils conçoivent les choses. Beaucoup d’entre eux ne se considèrent même pas nécessairement comme des musiciens.
Ce sont surtout des DJ, mais quand on discute avec eux de leur conception du temps et de leurs idées, c’est complètement différent. Et c’est tout à fait logique, car ils abordent vraiment les choses en se demandant : « Comment danse-t-on sur ça ? »
Et au lieu de compter des mesures précises, ils ont une vision plus globale, ils pensent à plus long terme. Ainsi, même s’ils ne partent pas de la même base…
PAN M 360 : Ils possèdent d’autres qualités que beaucoup d’instrumentistes n’ont pas.
Isis Paola Giraldo : Exactement, ils savent quand laisser tomber le charleston, quand faire entrer la grosse caisse, quand faire entrer la caisse claire, quand laisser tomber ça… Ils abordent donc les choses d’une manière totalement différente. Pour moi, ça a été tout un apprentissage d’apprendre à rendre le son cohérent, sans qu’il soit saccadé.
Tu sais, créer un set qui ressemble à de la trance, c’est vraiment difficile.
PAN M 360 : Et votre génération de musiciens de jazz est la première à vraiment les fusionner. Le jazz intègre des synthés et tout ça depuis Miles Davis à la fin des années soixante, mais l’électronique a toujours été un complément, entourant toujours la proposition instrumentale sans occuper une place centrale dans l’esthétique.
Isis Paola Giraldo : Miles Davis est le roi, mais je comprends ce que tu veux dire. C’est simplement la nature même des réseaux sociaux et de la technologie aujourd’hui. C’est tellement plus facile pour nous d’être constamment à l’écoute d’autres univers. J’écoute tout le temps des DJ. J’écoute tout le temps ce que les producteurs sortent chaque jour. Je suis sur Bandcamp Daily, je regarde qui sort quoi, qui est influencé par quoi. C’est quelque chose qui m’inspire vraiment : ne pas me contenter de suivre ce que fait ma communauté de musiciens de jazz, mais aussi ces communautés que je ne connais pas et qui ne me connaissent pas.
PAN M 360 : C’est une énorme différence aujourd’hui. On a accès à tout, mais tout dépend de la manière dont on s’y prend. La plupart des gens ne font pas le vrai travail, ils se contentent de suivre les grands noms, mais les musiciens curieux apprennent différemment aujourd’hui.
Isis Paola Giraldo : Oui, exactement. Mais je trouve ça vraiment sympa de partir à la recherche de ces artistes underground, parce que je pense que c’est toujours l’underground qui fait avancer le courant dominant. Le courant dominant est toujours à la traîne. Être à l’écoute de la scène underground, ça veut dire qu’on est toujours à la pointe de ce qui est réellement provocateur et de ce que font les jeunes. Évidemment, il y a beaucoup de personnes plus âgées qui s’intéressent à ces choses-là, mais dès qu’on se repose sur ses lauriers, on ne voit plus forcément le mérite de ces œuvres et on risque de ne plus évoluer au rythme de ce qu’on écoute.
PAN M 360 : Ce projet présenté à MUTEK doit être assez différent du travail que tu réalises avec le grand batteur Justin Brown, une autre réalisation brillante.
Isis Paola Giraldo : Ouais, je crois que Justin et moi avons joué ensemble pendant environ quatre ans, quelque chose comme ça. La première fois, c’était dans cet espace illégal à Los Angeles, c’était tellement magique, mec. On a juste improvisé, et puis on a poursuivi.
PAN M 360 : Et c’est un batteur hors pair, qui joue notamment avec Thundercat et Vijay Iyer ! Vraiment l’un des meilleurs au monde.
Isis Paola Giraldo : Je ne dirais pas le contraire ! Et je pense que Justin est tout simplement toujours à l’écoute. C’est l’un de ces musiciens qui parvient toujours à faire ressortir le meilleur de ceux avec qui il joue. Il me donne vraiment confiance, car je sais qu’il écoute ce que je fais. Et il y a vraiment beaucoup de confiance entre nous, tu sais, on écoute des trucs similaires, même si ça peut parfois être différent, mais je lui envoie toujours ce que j’écoute. Je lui dis : « Écoute ça. » Et je me dis : « Bon, on va mettre un rythme jungle. Ou du footwork, ou n’importe quoi d’autre. » On se lance, et c’est parti. Il y a donc beaucoup de confiance entre nous, ce qui rend ça vraiment sympa. Et je pense que quand il y a de l’amitié, tout se fait de manière très naturelle.
PAN M 360 : Tu collabores également avec le percussionniste John Hollenbeck et son groupe, le George Project. C’est vraiment cool.
Isis Paola Girado : John est un compositeur incroyable. Et j’ai l’impression que jouer sa musique m’a vraiment permis de m’améliorer en tant que musicienne, parce que c’est un véritable défi. Pour moi, c’était la première fois que je jouais la musique de quelqu’un d’autre en ayant un rôle aussi précis à y tenir. Dans le son de la composition… Donc, oui, ça a été un véritable apprentissage et ça a été vraiment amusant d’explorer ça avec ce groupe.
PAN M 360 : Tu fais également partie de l’excellent Louis Cole Big Band. Tu chantes, tu joues un peu du clavier et des machines, mais tu portes aussi des tenues amusantes, comme une armure de chevalier!
Isis Paola Giraldo : C’est tout Louis ! Louis est un dingue, tu sais, c’est juste un type bizarre. Et il nous a envoyé un SMS (à nous, les chanteuses), du genre : « Ça vous dirait de porter ça ? » Et on a répondu : « Bien sûr ! » Ces armures nous faisaient un peu trop grand pour nous, il a fallu les faire tenir avec du ruban gommé! Mais ça a été énorme pour moi. On forme une famille musicale depuis plus de 10 ans maintenant. Ça a donc joué un rôle énorme dans mon évolution musicale, ça a été une véritable source d’inspiration pour moi, c’est très important.
PAN M 360 : Ma dernière question porte sur le concept de « mothership ». Parce qu’on te voit souvent en tant que mère avec ton petit enfant dans tes propres publications vidéo. C’est une prise de position en quelque sorte, n’est-ce pas ?
Isis Paola Giraldo : Oui. C’est tout à fait intentionnel. Tout ce que je publie est assez intentionnel, même si ça n’en a pas forcément l’air. Mais oui, je pense qu’il est important de montrer cette facette de la vie des femmes, parce qu’elle est si souvent cachée. Et j’ai toujours eu le sentiment que si j’avais un bébé, je ne voudrais pas me cacher, tu vois. Tant de femmes n’en parlent même pas parce qu’elles ont peur de perdre des contrats. Elles pensent que personne ne les engagera. Et c’est quelque chose que j’ai vraiment voulu montrer : non, on peut y arriver, c’est difficile mais on peut y arriver.
PAN M 360 : C’est donc important parce que tes publications Instagram ou Facebook avec ton enfant donnent aux autres femmes le sentiment qu’elles peuvent elles aussi y arriver.
Isis Paola Giraldo : Exactement.
PAN M 360 : C’est pour toutes ces raisons que nous adorons ton art et ta personnalité visionnaire ! Depuis que nous te connaissons, tu as beaucoup changé et je sais bien sûr que ce n’est pas fini.
Isis Paola Giraldo : C’est intéressant… Tu sais, j’ai souvent l’impression que c’est fini. Et puis j’en parle à mon compagnon et il me rappelle que c’est toujours comme ça : j’arrive toujours à un moment où je me dis : « J’en ai fini, là. Je ne sais pas où ça peut encore me mener. » Et là, il me dit : « Ça veut dire que quelque chose d’autre de génial va arriver. »
PAN M 360 : Ton amoureux a tout à fait raison ! Tant que nous sommes en vie, nous pouvons rester créatifs. Alors merci beaucoup, Chiquita Magic, d’être qui tu es !
Isis Paola Giraldo : Merci pour ces questions !
PAN M 360 : J’ai hâte d’assister à ton spectacle à l’Esplanade Tranquille, le samedi 29 août à 19 h.
Isis Paola Giraldo : Oui, on se voit là-bas !
Matthew Herbert réagit toujours à notre monde à travers les sons qu’il crée. À sa manière pour le moins singulière, il milite contre les inégalités de nos sociétés occidentales, et c’est dans cet esprit qu’il compose, arrange et produit des musiques électroniques (et/ou instrumentales), puisant ses sons dans le monde réel pour les transformer en art de haute volée.
Le musicien britannique fut une figure marquante de la première édition de Mutek, mais il avait cessé de venir à Montréal il y a plus d’une décennie, pour les raisons qu’il énoncera dans l’interview qui suit.
Exceptionnellement, il a accepté de présenter en première nord-américaine la matière de son prochain album, The UK Has More Food Banks Than Branches of McDonald’s, pour lequel il a enregistré des bruits de nourriture et de provisions que l’on trouve dans les banques alimentaires.
L’idée est de dénoncer le déclin marqué de l’empathie des sociétés riches envers les personnes démunies et les migrants.
Les connaisseurs de musique électronique savent son immense contribution au genre, enfin les mutékiens.nes de la première génération se souviennent assurément de son importance artistique. Au cours de sa carrière, Herbert a enregistré plus d’une trentaine albums solo, trames sonores pour des films oscarisés, ainsi que de la musique pour le théâtre, la comédie musicale, la télévision, les jeux vidéo ou la radio. Il s’est produit en solo lors de concerts et en tant que DJ, ou avec divers ensembles, notamment un big band de 21 musiciens et une chorale de 100 chanteurs.
En plus de sa première nord-américaine avec theukhasmorefoodbanksthanbranchesofmcdonalds.com à la SAT mercredi, série Nocturne 1, Matthew Herbert sera aux platines en plein air cette semaine, soit vendredi à l’Esplanade Tranquille, série Expérience 4, et improvisera avec le percussionniste Julian Sartorius dimanche, série Nocturne 5.
Pour PAN M 360, Alain Brunet l’a rencontré à son hôtel montréalais, entre deux séances de préparation. Voici cette conversation assez substantielle merci!
PAN M 360 : Vous n’êtes pas venu en Amérique du Nord depuis longtemps. Pourquoi ?
Matthew Herbert : Oui. Il y a eu une longue période où j’ai essayé d’arrêter de prendre l’avion, pour des raisons environnementales. Du coup, pour tous les spectacles que je peux donner en Europe, j’y vais en train, en auto ou par d’autres moyens. J’évite l’avion, c’est vrai, mais j’ai aussi eu de mauvaises expériences sur ce continent, pas au Canada, mais aux États-Unis, à cause des conditions financières extrêmement difficiles pour les artistes. Je me souviens d’un grand spectacle à New York, dont je devais payer les affiches, la promotion, la location de l’équipement. Il n’y a aucun soutien aux arts aux États-Unis.
PAN M 360 : Ça a donc fini par te rebuter.
Matthew Herbert : Oui. Ça ne te donne pas l’impression d’être le bienvenu, c’est ça le problème. Je sais que le public américain est super et n’a rien à voir avec cela. J’ai donné des spectacles fantastiques au sud de votre frontière, mais on ne s’y sent tout simplement pas le bienvenu. Et puis, bien sûr, il y a Trump….
PAN M 360 : Vous sais sûrement ce qui se passe entre les États-Unis et le Canada ces jours-ci… bienvenue en Europe!
Matthew Herbert : Ouais, haha, bienvenue en Europe. J’ai toujours eu de belles expériences au Canada. J’ai beaucoup d’amis ici et de bons souvenirs, et j’ai adoré jouer à Mutek.
PAN M 360 : Commençons par parler de votre nouveau projet, intitulé The UK Has More Food Banks Than Branches of McDonald’s. Ce mercredi 27 août, à la SAT, vous présenterez en première mondiale votre nouvel album, qui sortira en octobre prochain. Le premier simple, Pasta is Not A Luxury , est d’ailleurs déjà disponible en ligne.
Matthew Herbert : Oui, l’album est terminé. Je l’ai terminé la semaine dernière. Je vais donc jouer l’album en entier à MUTEK.
PAN M 360 : Pouvons-nous donc comprendre la façon dont il a été conçu, et bien sûr votre engagement face au déclin de l’empathie dans nos riches sociétés occidentales?
Matthew Herbert : Chaque jour, on est confronté à une nouvelle horreur, que ce soit à Gaza, au Soudan, ou qu’il s’agisse de Trump, de l’Iran, de la crise climatique ou de la transphobie . La liste d’horreurs est longue… En ce qui concerne le nationalisme et l’ethno-nationalisme occidentaux, nous pensons toujours à « nous d’abord », c’est-à-dire nous d’abord et les les immigrants ensuite, ou encore les autres pays et leurs besoins ensuite. C’est ainsi que les choses ont évolué depuis environ 15 ans. Trump et Musk, par exemple, ont supprimé toute l’aide étrangère destinée aux peuples dans le besoin.
PAN M 360 : Même avant l’ère Trump, ce populisme de droite couvait dans nos pays riches.
Matthew Herbert : Ouais, bien sûr. Pour se faire du capital politique, on a dit : « On ne va pas donner d’argent à d’autres, on va le garder pour nous et pour notre pays. » Mais en réalité, on se rend compte que nos élites se fichent complètement des pauvres de leur propre pays. Ils se fichent de tout le monde, sauf d’eux-mêmes. Je pense alors qu’il y a là un prisme vraiment intéressant avec la musique, soit une façon intéressante d’aborder la dimension politique de la question.
PAN M 360 : Très peu d’États s’en soucient vraiment aujourd’hui. Au Canada, ça a aussi diminué substantiellement, moins qu’ailleurs mais quand même…
Matthew Herbert : Le Canada compte aussi plus de banques alimentaires que de succursales de McDonald’s.
PAN M 360 : Vrai. Pas seulement pour les pauvres, comme on le sait déjà, mais aussi pour les jeunes universitaires, par exemple.
Matthew Herbert : Au Royaume-Uni, c’est pareil pour les étudiants étrangers. Ils doivent payer quatre ou cinq fois le prix pour venir ici, et pourtant, une fois sur place, ils n’ont pas les moyens de se nourrir. Le monde est devenu complètement fou. Mais ça changera parce que ce capitalisme est insoutenable à moyen terme. De telles inégalités sont insoutenables, l’économie ne fonctionne plus pour l’immense majorité de la population.
PAN M 360 : Donc, tout ça finira par s’effondrer.
Matthew Herbert : Bien sûr, sans compter les changements climatiques qui causent déjà de terribles problèmes. Tout ça.
PAN M 360 : Donc, cet engagement a toujours été présent chez vous.
Matthew Herbert : Toujours, oui. Et j’aime travailler cet engagement avec le son, car il permet de raconter ces histoires et d’y prendre part.
PAN M 360 : Ce que je sais de votre nouvel album, c’est que vous avez échantillonné des sons liés à l’alimentation et aux produits de première nécessité, et que vous avez construit vos morceaux à partir de cette collection de sons.
Matthew Herbert : Oui, l’album est une compilation des 10 articles les plus demandés dans les banques alimentaires: produits d’hygiène personnelle, des tampons et des serviettes hygiéniques, fruits en conserve, viande en conserve, céréales, etc. Chaque morceau est composé à partir d’un de ces articles, les musiques sonr créées exclusivement à partir de ça.
PAN M 360 : Mais comment peut-on composer des morceaux cohérents, même si c’est tout à fait pertinent de le faire a priori?
Matthew Herbert : Que voulez-vous dire?
PAN M 360 : Eh bien, je parle des formes musicales finales inspirées par cette idée. Si, par exemple, tu secoues des pâtes alimentaires pour générer des sons, il faut que tu en fasses une œuvre qui se tient !
Matthew Herbert : Eh bien, je pense qu’il y a plein de façons différentes. Je veux dire, l’une d’entre elles, je vais te donner les titres, ce sont les titres que l’on peut donner aux morceaux. Ça dit des choses comme… Par exemple, l’un des morceaux s’appelle People Donating Tins of Soup. Une autre dit que la consommation de légumes en conserve ne devrait pas être excessive dans un pays riche. Une autre pièce s’intitule Si les hommes avaient leurs règles, les tampons seraient gratuits. Qu’est-ce que j’essaie de décrire? J’essaie de décrire un système défaillant. J’essaie donc de créer une musique un peu mécanique et faire en sorte qu’il y ait un dysfonctionnement ou une panne en cours de route et que l’on revienne à la normale. Sur d’autres morceaux, j’essaie de créer un morceau de danse séduisant avec cette matière.
PAN M 360 : Ça devient donc à la fois de l’activisme et du divertissement.
Matthew Herbert : Les gens se disent : « Oh oui, super morceau. » Ils font des recherches, essaient de le trouver. Et ils se disent : « Attends, c’est fait à partir de tampons! Pourquoi est-ce fait à partir de tampons hygiéniques ? » Et ensuite, ils doivent aller chercher la réponse par eux-mêmes. Donc pour moi, il s’agit d’une variété d’approches différentes, mais c’est difficile parce que c’est de la musique instrumentale. Et il n’y a pas morceaux de musique composés avec du papier hygiénique dans le monde ! On n’a donc aucun point de comparaison.
PAN M 360 : D’accord. Si on essaie d’être un peu plus précis sur le processus d’enregistrement, quel matériel avez-vous utilisé? Comment avez-vous procédé?
Matthew Herbert : Voici comment je procède : je demande à mon assistant de prélever des échantillons, d’en créer une multitude, de rassembler toutes sortes d’objets, de les échantillonner et de les découper afin que je puisse les jouer. Ensuite, je pousse simplement les sons à leurs extrêmes. J’utilise donc beaucoup la synthèse granulaire et j’étire le son, je le ralentis vraiment beaucoup ou encore je l’accélère.
Et c’est là que quelque chose commence à émerger. Je peux alors obtenir quelque chose qui me plaît, et ça peut contenir une petite note de basse, comme un « woo », ou quelque chose du genre. Alors je traite le résultat avec l’égaliseur, puis je réenregistre ça dans l’ordinateur. Je peux ensuite réajuster l’égalisation et y ajouter plus de graves. Une fois que j’ai un son qui me plaît, je l’échantillonne à nouveau, et ainsi de suite. Parfois, les sons que vous entendez peuvent s’avérer la 30e génération du son originel enregistré.
PAN M 360 : Long processus?
Matthew Herbert : Oui. Ça a pris environ un an, c’est très intense sur le plan conceptuel. Il ne faut jamais oublier cette question: quelle est l’histoire à raconter ? Il faut établir un lien avec le son, il faut créer un lien avec l’histoire, et pas simplement faire quelque chose d’excitant ou d’amusant.
PAN M 360 : Il est très difficile de coller du sens à la musique, mais quand on échantillonne des objets très précis, on peut y parvenir.
Matthew Herbert : Oui. Donc des fruits en conserve, des légumes en conserve, de la viande en conserve, du poisson en conserve, des fruits en conserve. En fait, c’est vraiment un album de boîtes de conserve ! Mais il s’agit également de trouver comment faire en sorte que chacun de ces morceaux sonne un peu différemment des autres.
PAN M 360 : Vous serù donc seul sur scène pour présenter ce que vous avez réalisé. Improviserez-vous ou ajouterez-vous quelque chose d’autre en direct?
Matthew Herbert : Oui, j’ai aussi demandé qu’on me procure tous ces objets. Je ferai donc un peu d’échantillonnage en direct à partir des morceaux. C’est un peu comme un DJ set avec quelques éléments supplémentaires.
PAN M 360 : Oui,vous pouvez l’interpréter différemment, comme vous l’avez déjà fait.
Matthew Herbert : Oui. Quand je faisais ce genre de musique, c’était probablement la première fois que je suis venu chez vous, je me contentais d’une boîte de conserve et d’un micro pour produire des sons. Alors qu’aujourd’hui, je ne peux plus me contenter de faire la même chose, car la technologie est désormais mieux adaptée à cette pratique. Je peux donc intégrer ces sons aux machines, les traiter, les transformer.
PAN M 360 : Et quel est votre équipement?
Matthew Herbert : J’utilise toujours l’Akai 612, qui est le tout premier échantillonneur qu’Akai ait jamais fabriqué, et que j’emporte toujours avec moi en voyage. Et puis j’ai fait fabriquer un nouvel échantillonneur, qui s’appelle le Herbert. Il a été conçu pour moi par une entreprise appelée Fieldtone, une très bonne entreprise britannique. J’ai donc deux échantillonneurs là-bas. J’utilise aussi Ableton, l’échantillonnage en direct et d’autres outils de ce type. Tout ce que je génère, en fait, revient dans l’ordinateur, c’est un principe de recyclage.
PAN M 360 : Vous avez toujours utilisé ce genre de matériel, mais aussi des instruments acoustiques ou électriques. Vous vous êtes intéressé à l’orchestration, mais aussi au jazz, à la musique classique ou à la musique contemporaine. Comment avez-vous évolué de cette façon, à travers ces différentes approches?
Matthew Herbert : Je n’aime pas me répéter. Je cherche donc toujours de nouvelles façons de raconter mes histoires. Et parfois, j’ai envie de faire des disques vraiment agressifs, et puis d’autres fois, j’ai envie de faire quelque chose de plus doux, qu’on peut écouter calmement à la maison. Je veux simplement réagir un peu au monde qui nous entoure. Et quand le monde nous semble doux, il faut se rappeler qu’il est devenu dur. En Occident, notre mode de vie est subventionné par d’autres personnes qui souffrent et subissent.
PAN M 360 : Les deux-tiers de la population mondiale.
Matthew Herbert : Oui, tous nos vêtements sont fabriqués en Inde et en Chine, toute notre nourriture vient des quatre coins du monde. On ne voit pas comment elle est récoltée. Il faut donc réagir artistiquement, face à cette situation.
PAN M 360 : Et de l’illustrer à travers vos propres filtres.
Matthew Herbert : C’est simplement une question d’être présent, en quelque sorte. Et de ne pas considérer la musique comme étant séparée de la réalité.
PAN M 360 : Qu’écoutez-vous ces jours-ci?
Matthew Herbert : Je n’écoute pas de musique. J’ai arrêté il y a plusieurs années. Je travaille tous les jours sur de la musique, de 9 h du matin à 23 h. Alors après, je suis un peu…
PAN M 360 : Puisque vous avez composé des chansons et même de la musique pour de grands ensembles, vous avez forcément appris l’harmonie. Votre formation là-dessus?
Matthew Herbert : Je n’ai pas vraiment suivi de formation, j’ai appris sur le tas. Mais j’ai fait de très nombreuses collaborations avec plein de gens au fil des ans, ainsi j’ai appris quelque chose de chacun. Par exemple, les premiers arrangements de ma musique pour big band avaient été réalisés par mon ami Pete Wraight. Alors que pour le dernier album avec grande formation, je les ai faits pour la plupart, Pete m’a aidé à peaufiner le tout à la fin.
PAN M 360 : Vous allez également mixer à Mutek, dans le cadre de la série Experience 4, le vendredi 28 août. Vous mixez souvent?
Matthew Herbert : Je le fais encore, environ une fois par mois. Je pense que le DJing est une méritocratie. Les gens ne savent pas quelle musique tu mixes mais tu as une mission : accrocher un public qui ne sait pas vraiment ce qui est joué devant lui. Je pense donc que réussir un DJ est une méritocratie. Ça doit marcher. Et c’est ce que j’aime dans DJisme, parce que ça t’oblige à t’immerger dans un groupe, dans une salle peuplée d’inconnus. Tu proposes ta musique, tu rencontres des gens et tu essaies de les convaincre de danser sur ta musique. Il faut toujours être créatif, ou curieux.
PAN M 360 : Curieux et vivant.
Matthew Herbert : Quelque chose comme ça.
PAN M 360 : Et aussi, dimanche 30, lors de la dernière soirée de la série Nocturne, vous vous produirez avec le percussionniste Julian Sartorius.
Matthew Herbert : Difficile de l’affirmer mais pour moi, c’est vraiment de la musique à l’état pur, parce que c’est vraiment nous deux qui la créons sur le vif. C’est donc de l’improvisation libre et pure. Tous mes sons proviennent de la percussion c’est donc en quelque sorte un dialogue entre Julian et lui-même avec mon intervention, c,est lui-même tel qu’il était 10 secondes avant que je balance ses sons à mon tour.
PAN M 360 : Avez-vous déjà fait ça avec Sartorius?
Matthew Herbert : Oui, on a donné quelques concerts. Mais j’ai tellement de projets à mener que chaque fois qu’on le fait de nouveau, je dois vraiment me creuser la tête et réfléchir à comment je devrai m’y prendre.
PAN M 360: Aucune inquiétude de notre côté. Merci, ce fut en plaisir!
Matthew Herbert: Plaisir partagé!
On pense que septembre marque la fin des festivals. Détrompez-vous puisque la saison festive se poursuit pour quelques semaines. Parmi les temps forts à venir, le festival familial gratuit (ou presque) Grandes Oreilles approche à grands pas. Du 11 au 13 septembre, Outremont vibrera une nouvelle fois pour marquer la 10ème édition avec au programme : musique, animations et ateliers. Son fondateur Gunther Gamper en parle plus en détails avec notre journaliste Sandra Gasana.
PANM360 : Pour souligner la 10ème édition, qu’est-ce qu’il y aura de nouveau, de particulier ?
Gunther Gamper : Plusieurs choses. Pour la 10èmeédition, c’est la première fois que nous avons un spectacle en salle. Ça a toujours été en extérieur avant cela. De plus, nous avons un 5 à 7 d’ouverture, le vendredi 11 septembre durant lequel on vous prépare quelques surprises. Une autre nouveauté : on aura de la bière pour la première fois. On s’est dit que pour la 10ème, on pouvait faire une exception. Et finalement, on revient au parc St-Viateur après 4 ans ailleurs.
PANM360 : Parlez-nous de la programmation musicale de cette année ?
Gunther Gamper : Grandes Oreilles a toujours été dans la découverte. On a des artistes connus mais pas nécessairement connus du grand public. Cette année, il y a Lara Klaus, d’origine brésilienne. Nous aurons également le Collectif 4237 qui mélange la musique et le cirque. On trouvait cela intéressant d’être plus fantaisiste cette année. Il y aura aussi le DJ de 16 ans Antonin Prinz et Adeline Kerry Cruz, une jeune danseuse de 13 ans, qui s’est rendue en finale de l’émission Quel talent.
PANM360 : C’était voulu d’avoir des jeunes de la relève à cette édition ?
Gunther Gamper : Chaque été, je cherche de jeunes DJs. Et on a Antonin cette année. Dans le cas d’Adeline, je l’ai associée à d’autres artistes qui ont gagné le concours de talents des années précédentes. D’ailleurs, le dimanche 13 septembre, il y a deux jeunes des éditions précédentes qui vont faire des prestations. Pour la 6ème édition qui a lieu cette année, la date limite est ce jeudi 27 août. C’est important de mettre en valeur le talent des jeunes mais à un niveau scénique et professionnel. Ces quatre jeunes seront là le dimanche, et ça va se conclure avec le groupe Forróde Mané, qui assurera la deuxième partie.
PANM360 : Pourquoi avoir choisi de rajouter un spectacle en salle ?
Gunther Gamper : Pour marquer le coup. Ça faisait longtemps qu’on y pensait. Chaque année, on essaye d’innover. On a toujours des projets en tête. Et on voulait faire quelque chose de spécial, d’original pour la 10ème. Et comme on a le théâtre d’Outremont comme partenaire, c’était une évidence.
PANM360 : Qui sont les autres artistes à découvrir ?
Gunther Gamper : Il y a PLOMBERIE, un quatuor que j’ai découvert il y a quelques mois, avec des cuivres et une batterie. Nous aurons aussi Inès qui jouera du piano. Et enfin, les Van Hornies, une fanfare d’une douzaine de musiciens. Ah aussi, il y aura Andy Williams, à l’ouverture, ainsi qu’une prestation de Kevyn Bérubé Trio.
PANM360 : D’ailleurs, avez-vous un comité qui vous aide avec la sélection des artistes ?
Gunther Gamper : Oui et non. C’est principalement moi. Tout au long de l’année, je fais des sondages cachés auprès des membres du CA et autour de moi. Ça aide à évaluer ce qu’ils aiment, si ça fonctionne avec le festival. Je suis seul à la programmation mais j’ai le soutien du CA lorsqu’il faut prendre des décisions difficiles liées au budget.
PANM360 : Vous avez essayé d’avoir un peu de tout : du pop, jazz, hip-hop, même de la k-pop.
Gunther Gamper : Toute l’année, on me demande si je connais tel groupe, que je devrais faire ci ou ça. J’ai beaucoup de voix autour de moi alors je note tout ce qu’ils me disent. La k-pop, c’est à la mode depuis quelques années. Nous aurons un atelier de danse. Il était plus que temps d’avoir une touche asiatique dans notre programmation.
PANM360 : Justement, parlez-nous des ateliers et des animations ?
Gunther Gamper : Nous aurons deux ateliers de danse, k-pop et hip hop en famille. Il y aura aussi de la création musicale par ordinateur. À la fin, on va organiser un jam musical avec tous les participants. Un animateur va se charger de ce volet. Sinon il y aura de l’animation générale, des jeux, du maquillage. Deux groupes communautaires vont faire de l’animation. Nous aurons des installations avec des boissons et de la nourriture. Cette année, on est seul à organiser le festival, pas avec trois partenaires comme l’an dernier. En nombre de kiosques, ça sera plus petit. L’an dernier, on était avec l’arrondissement d’Outremont, la SDC Laurier pour le 150ème d’Outremont, alors que cette fois-ci, on revient à notre formule en solo.
PANM360 : Allez-vous garder un spectacle en salle pour les prochaines éditions ?
Gunther Gamper : On verra. On le fait cette année. Si la salle est comble, on va le refaire. Les billets sont déjà en vente. C’est une salle de 100 places. C’était aussi stratégique. Ça nous met un pied dans les spectacles payants.
PANM360 : Est-ce que le choix de rajouter l’alcool est né d’un souci financier ?
Gunther Gamper : Non, c’est purement festif ! Cela faisait deux ans qu’on offrait les mocktails, mais là on s’est dit qu’on avait déjà cette offre-là, alors pourquoi pas rajouter les boissons alcoolisées.
PANM360 : Que pensez-vous de la pérennité des festivals gratuits ? Quel est l’avenir des festivals gratuits ?
Gunther Gamper : Il y a 10 ans, quand on est arrivé, il n’y avait pas autant de festivals et de fêtes de quartiers. Mais là, ça a explosé. La tarte est la même, on est plus de monde pour la partager. C’est tout un défi.
PANM360 : Et les coupures ? Vous avez mentionné avoir reçu le tiers d’une des subventions, est-ce que c’est quelque chose qui vous inquiète pour le futur, le financement ?
Gunther Gamper : Chaque année, on ne sait jamais ce qui va arriver. Il n’y a pas de sous récurrents, comme un plan sur trois ou quatre ans. Chaque fois qu’on fait une demande, on ne sait jamais si on l’aura ou pas. C’est insécurisant, ce n’est pas prévisible. Quand je fais la programmation en janvier, je ne sais pas si on va maintenir les artistes demandés six mois plus tôt. Exemple : si c’est notre artiste vedette qu’on perd, on doit recommencer les procédures à 0.
PANM360 : Après 10 ans, vous avez plus de crédibilité aujourd’hui. Est-ce que cela ne joue pas sur l’obtention du financement ?
Gunther Gamper : La crédibilité oui, parce que notre projet est pertinent pour ceux qui nous soutiennent. Le CAM, même si ce n’est pas récurrent, nous soutient tous les ans ou presque. Après 10 ans, on espère être soutenus, peu importe le montant.
PANM360 : Comment peut-on avoir tous les détails du festival Grandes Oreilles ?
Gunther Gamper : Sur Facebook et Instagram, principalement. Sinon, sur notre site internet et finalement, sur l’application FEST, qui a tous les détails. Ah aussi, dans le pavillon du parc St-Viateur, il y a le toit du chalet qui a été bien rénové. Ça permet de protéger les spectateurs pour la majorité de la programmation, en cas de pluie.
Crédit photo: Léa Febbraro
MUTEK Montréal 2026 accueille 132 artistes à l’œuvre dans 89 performances dans 18 programmes répartis en 5 séries: Expérience à l’Esplanade tranquille, Nocturne à la SAT, Play au Studio-Théâtre des Grands Ballets Canadiens, X/Visions à la Maison symphonique, Métropolis au MTELUS, sans compter notre association annuelle au Piknic Electronik au parc Jean-Drapeau.En amont du festival, PAN M 360 vous présente les choix de la direction artistique que constituent Alain Mongeau, Marie-Laure Saidani et Vincent Lemieux.
Ce dernier fait partie du noyau des programmateurs de MUTEK depuis la majeure partie de sa double carri;re puisqu’il tourne partout sur terre en tant qu’artiste électro de haute volée. Compositeur, producteur et DJ, il est le co-fondateur du label Musique Risquée, on lui doit plusieurs sorties en solo ou encore au sein du tandem Flabbergast qu’il forme avec Guillaume Coutu-Dumont ou encore ce duo Brandy Snifter avec Stephen Beaupré.
Voici ses musts !

Patche, Métropolis 2, MTELUS, 29 août, 22h
Vincent Lemieux: « Quintette de musiciens québécois qui mélange des synthés modulaires et le groove du punk et du disco. Je n’ai entendu que du bien de leurs performances cet été. Ça va groover en masse. »

wetdogg, Expérience 3, Esplanade Tranquille, mercredi 27 août
Vincent : « Une artiste de Detroit qui visite souvent Montréal. Musicienne polyvalente qui touche un peu à tous les styles. Elle décrit sa musique comme suit : Acid/Club/Deep House/Downtempo/Dub/Electro/Experimental/IDM/Indie/Minimal/Pop/Techno. Fortement recommandé par mes amis de Detroit. »

Cry (Kilbourne & Relaxer) , Nocturne 4, SAT, samedi 29 août
Vincent: « Un duo américain de techno punk. Ils jouent sur le plancher dans la salle. Une énergie brutale qui va magnifiquement fermer la soirée intense du samedi soir. »

Julian Sartorius, Expérience 6, Esplanade tranquille, samedi 29 août
Vincent: « En plus de sa performance avec Herbert, il joue en solo sur la scène Expérience. C’est un drummer rythmique mais surtout mélodique comme j’ai rarement vu. Un des meilleurs shows de drum solo que j’ai vus de ma vie. »

NGL Flounce, Expérience 2, Esplanade Tranquille, mercredi 26 août, 17h
Vincent : « Une jeune artiste de Montréal avec un avenir prometteur. Faisait partie des artistes de l’incubateur MUTEK 2025. Musique électronique, violon, voix. Je suis vraiment curieux de l’entendre. »
MUTEK Montréal 2026 accueille 132 artistes à l’œuvre dans 89 performances dans 18 programmes répartis en 5 séries: Expérience à l’Esplanade tranquille, Nocturne à la SAT, Play au Studio-Théâtre des Grands Ballets Canadiens, X/Visions à la Maison symphonique, Métropolis au MTELUS, sans compter notre association annuelle au Piknic Electronik au parc Jean-Drapeau.
En amont du festival, PAN M 360 vous présente les choix de la direction artistique que constituent Vincent Lemieux, Alain Mongeau et Marie-Laure Saidani.
Cette dernière fut la programmatrice principale du Piknic Electronik et d’Igloofest pendant nombre d’années, avant de migrer vers MUTEK, sa destination naturelle. Une trajectoire écrite dans le ciel! Programmatrice de haut niveau, rigoureuse et inspirée depuis ses débuts à Montréal, d’une curiosité exemplaire, elle est certes devenue un pilier de la direction artistique de MUTEK aux côtés d’Alain Mongeau et de Vincent Lemieux. Marie-Laure est ni plus ni moins un phare pour la culture électronique de MTL et plus encore. Elle pourrait fort bien nous décrire cette programmation 2026 pendant des heures, nous nous limiterons à ses 5 MUSTS!

Zora Jones, Expérience 2, mercredi Esplanade tranquille (gratuit) & Nocturne 2, SAT, jeudi, 22h
Marie-Laure: « Son album solo sort en septembre. Ce sera la première mondiale de son live set solo. Grand retour de Zora Jones! »

CUERPOS, Métropolis 2, MTELUS, vendredi 28 août, 22h
Marie-Laure: « Incroyable duo de Terre-Neuve (transplanté à Montréal, origines latinas), qui mettra le feu au Métropolis. L’album Sin orden est sorti en juin. Plus de collaborations à venir, dont Martyn Bootyspoon, Hermanos… »

Debit, Nocturne 1, SAT, mercredi 26 août
Marie-Laure: « La performance audiovisuelle de Debit (Mexique) est basée sur son album Desaceleradas (Modern Love, 2025). Le show s’appuie sur des boucles ralenties de cumbia rebajada issues d’archives (cassettes, VHS), rejouées et transformées en direct via synthèse granulaire, avec accordéon, guitare, magnétophone et synthétiseur ARP 2600. Le projet rend hommage à cette tradition et à la sous-culture Kolombia de Monterrey, en travaillant la mémoire sonore comme matière vivante. Des projections d’archives (soirées sonidero, danseurs, extraits de I Am No Longer Here) accompagnent la performance. Il ne s’agit pas d’une reproduction de l’album, mais d’un prolongement scénique, où les boucles ralenties articulent mémoire, migration et territoire. »

Evicshen, Nocturne 4, SAT, samedi 29 août, 22h
Marie-Laure: « Artiste majeure du noise expérimental américain. Les performances de Victoria Shen sont une expérimentation sonore, physique et visuelle avec instruments DIY et dispositifs sonores weird. Performances imprévisibles. Très punk comme attitude. »

Honeydrip, Nocturne 3, SAT, 28 août, 22h
Marie-Laure: « Première mondiale. Voix, souffle et vibrations sont captés puis transformés en direct pour construire un live entre bass, jungle, dub et dancehall, où le son se ressent autant qu’il s’écoute. »
Pour les mélomanes exigeants et fans d’immersion audiovisuelle, MUTEK 2026 est LE rendez-vous électronique de pointe cet été à Montréal.
Pour mieux se dépatouiller dans cette programmation
Fondateur et patron de MUTEK, Alain Mongeau est d’abord un directeur artistique faisant équipe avec Marie-Laure Saidani et Vincent Lemieux, programmateurs de haut niveau dans l’écosystème musical de MTL. Tour à tour, ils dévoilent leurs 5 priorités en amont du festival. Enfin presque, puisque nous leur avons demandé d’éviter les doublons !
“ MUTEK Montréal, souligne Alain Mongeau, accueille cette année 132 artistes à l’œuvre dans 89 performances. Environ 75% de ces performances s’avèrent soit des premières pour le public montréalais, soit des premières mondiales, des premières nord-américaines ou des premières canadiennes. La grande majorité de ces performances sont donc des créations en direct, en live – et donc pas des DJ sets. On a juste 7 DJs dans le festival, un par soir pour la fermeture de la scène extérieure (série Expérience), et un seul en salle. Comme toujours, le festival est pensé comme une trajectoire de 6 jours de programmation qui passent par différents programmes et différents styles. Cette année, les 89 performances sont regroupées en 18 programmes qui sont répartis en 5 séries associées à des lieux précis: Expérience à l’Esplanade tranquille, Nocturne à la SAT, Play au Studio-Théâtre des Grands Ballets Canadiens, X/Visions à la Maison symphonique, Métropolis au MTELUS, sans compter notre association annuelle au Piknic Electronik au parc Jean-Drapeau.”
Et voici ses MUSTS!

Voices From The Lake, X/Visions 2, Maison symphonique, vendredi 28 août
Alain: « Les meilleurs candidats pour nous faire quelque chose de spécial à la Maison symphonique. Ils sont déjà reconnus pour leur son signature de techno planante, je m’attends à une performance en forme de voyage sonore épique. »

Dave Huismans / Ex_Libris, Nocturne 5, SAT dimanche 30 août
Alain: « Un routier de la musique électronique connu auparavant sous d’autres alias (2562, A Made Up Sound) qui a sorti ces deux dernières années de la musique un peu plus personnelle, riche et subtile, sous un nouveau nom (Ex_Libris) et il est le premier surpris de constater le succès et l’intérêt suscité. C’est la dernière performance du festival, en guise de digestif à siroter avec satisfaction. »

Matthew Herbert, 3 apparitions: Nocturne 1, Expérience 4, Nocturne 5
BILLETS ET INFOS ICI: NOCTURNE 1 ET NOCTURNE 5. LA SÉRIE EXPÉRIENCE 4 EST GRATUITE
Alain: Il a été super important au cours des 15 premières années de MUTEK. Son retour à Montréal représente sa première présence sur le continent depuis plus de 10 ans. Son invitation marque aussi une forme de retour aux sources avec une nouvelle performance solo à peu près inédite en ouverture du festival : theukhasmorefoodbanksthanbranchesofmcdonalds.com. On le retrouve aussi au festival en DJ (il est est un maître des plus ludiques aux platines) en milieu de festival, et en duo dynamique avec le percussionniste suisse Julian Sartorius en clôture du festival. »

JakoJako, Métropolis 2, MTELUS, vendredi 28 août
Alain : « Artiste prolifique et multidimensionnelle qui va nous faire une mise en bouche de techno parfaitement bien calibrée pour la soirée Métropolis 1 du vendredi, avant Jeff Mills. »

Violent Magic Orchestra, Nocturne 4, SAT, samedi 29 août
Alain: « L’électrochoc du festival… un dérivé sarcastico-débridé de dark-metal sauce rave qui fait une référence tordue aux mythiques pionniers de l’électro-pop japonais Yellow Magic Orchestra. On s’entend : les styles de VMO et de YMO sont aux antipodes! Une performance extrême, ou comme le dirait ma collègue Marie-Laure : extrêmement divertissante!! »
Les artistes londoniens Tom Holland (Royaume-Uni) et Wawa (Taïwan/Canada) forment le duo à l’origine du projet audiovisuel Super Galaxy Meow Meow. Le 30 août, dans le conteste du festival Mutek Montréal, ils présenteront en première nord-américaine leur performance Reciprocity, qui utilise des sons générés par laser pour créer une expérience où l’image et le son s’entremêlent totalement. Ils nous donnent un aperçu des détails techniques du projet et des défis créatifs qu’il a fallu relever, avant sa présentation au programme de la série Play2, le dimanche 30 août à compter de 14 h.
PAN M 360 : Salut à vous, ravi de vous parler aujourd’hui.
Tom et Wawa : Ravis de vous parler aussi. Merci de nous accueillir.
PAN M 360 : C’est un plaisir. Commençons par vous présenter : en quoi consiste le projet Super Galaxy Meow Meow et comment a-t-il vu le jour ?
Tom : Tout a commencé parce que Wawa et moi travaillons ensemble. Nous avons participé à de nombreuses créations de spectacles pour d’autres personnes. Puis, nous avons décidé tous les deux que, plutôt que de faire du travail créatif pour les autres, nous aimerions le faire pour nous-mêmes et avoir notre propre projet créatif à développer. C’est ainsi que nous nous sommes associés pour former un duo.
Wawa : Je suis DJ et je fais de la musique depuis un certain temps déjà, et je pense que notre collaboration a commencé lorsqu’un des amis de Tom a organisé une rave à Londres et nous a demandé si ça nous intéresserait de jouer ensemble.
Tom m’a demandé : « Ça te dit de faire un truc en duo ? » C’était dans cet espace artistique, et on disposait de lasers et de projections multicouches. C’était vraiment sympa.
On s’est donc dit : « Oh, ça pourrait être un projet vraiment cool pour nous, d’allier le plaisir à une approche expérimentale, de créer notre propre terrain de jeu expérimental avec ce projet. »
PAN M 360 : Reciprocity, la performance que vous présenterez à MUTEK, est-ce votre premier projet en tant que Super Galaxy Meow Meow ou y a-t-il eu des collaborations précédentes entre vous deux ?
Tom : Je pense qu’on a déjà collaboré auparavant. Mais plutôt dans le cadre de la scène club. « Reciprocity » sera notre première expérience audiovisuelle (A/V) expérimentale à part entière, plutôt qu’un simple spectacle.
PAN M 360 : Reciprocity sera une performance audiovisuelle où le son s’inspirera de la composante visuelle de la performance. Je me demandais d’où venait cette idée ? Le mélange entre l’image et le son me fait penser aux premières expériences visuelles et sonores, comme les bandes sonores de certains films de Norman McLaren, créées en dessinant directement sur la piste optique. Cette idée est-elle née d’inspirations historiques, d’une exploration technique sans rapport avec cela, ou d’autre chose ? Pourriez-vous nous en dire plus ?
Wawa : Elle est née d’une grande curiosité, d’un élan de curiosité. En gros, on s’est demandé : quel son émet un laser ?
Tom : Oui. Une grande partie du travail que Wawa et moi réalisons, en dehors de Super Galaxy Meow Meow, consiste en des visuels qui réagissent au son. Il s’agissait en quelque sorte de renverser la tendance et d’essayer d’obtenir un son guidé par un point de départ visuel, plutôt que l’inverse, comme c’est habituellement le cas.
Nous avons découvert une piste intéressante : lorsque l’on envoie des données à un laser pour lui demander d’effectuer des actions, les informations qu’il reçoit s’apparentent en quelque sorte à une onde sonore. Ainsi, si l’on souhaite dessiner sur une grande feuille laser, ce que l’on fait en réalité, c’est dire au laser : « Je veux que tu dessines un point, et je veux que tu le déplaces d’un côté à l’autre très, très rapidement ».
C’est comme si on se déplaçait sur une grande feuille, et ce mouvement d’un côté à l’autre correspond essentiellement à une onde sinusoïdale. Et on peut utiliser cette onde sinusoïdale et la convertir directement en son.
On s’est interrogés sur toutes ces informations qu’on envoie sans cesse à un laser, ce qui s’apparente en quelque sorte à un son silencieux. Et on s’est dit : dans un grand spectacle, il y a des tas de lasers, et ils sont tous là, à écouter toute cette « chanson » qui se déroule en marge du spectacle, et que personne n’entend à part tous ces petits boîtiers laser. Donc, on essaie en quelque sorte de faire sortir ce son de l’intérieur du boîtier et d’entendre à quoi il ressemble.
PAN M 360 : OK, c’est donc ainsi que vous programmez les lasers pour que cela soit ensuite directement converti en son ?
Tom : Oui. Quand on envoie les informations aux lasers, on en sépare une partie juste avant qu’elles n’atteignent les lasers. Ainsi, un ensemble d’informations va directement au laser, puis on en fait une copie qu’on envoie directement à Wawa.
Et ça devient une sorte d’interaction où l’on crée ces motifs laser qui génèrent un son. Wawa récupère ensuite ce son, l’échantillonne et joue avec, en ajoutant de la réverbération, en répétant le rythme et en le manipulant de toutes ces façons étranges et merveilleuses. Mais ensuite, elle renvoie aussi ce son aux lasers.
Cela crée une boucle où, soudain, j’envoie du son aux lasers au moment même où je reçois ce son de Wawa. Cela affecte également les lasers, et cela devient une boucle de rétroaction continue.
PAN M 360 : Et toi, Wawa, comment travailles-tu avec ce son généré ? Te contentes-tu de récupérer les données générées par les lasers pour ensuite les transformer ? Y ajoutes-tu d’autres sons, d’autres sonorités ? Comment ça se passe de ton côté ?
Wawa : Au départ, il n’y a que le son du laser. Pour ma part, j’utilise Ableton et je le laisse en permanence à l’écoute des lasers. Je ne rééchantillonne pas le son du laser. Je le laisse simplement s’exprimer en direct, en continu. Ensuite, j’utilise des effets pour le modeler et l’apprivoiser. J’ajoute également mon propre son, qui est très minimaliste, plutôt des sons rythmiques, car comme l’a dit Tom, c’est un va-et-vient. Ainsi, les percussions et les éléments que j’ajoute influencent le visuel.
C’est presque comme si nous dialoguions l’un avec l’autre. J’ajoute mes propres éléments, et il y répond. Mais le son principal, ainsi que tous les sons externes ajoutés, sont là pour soutenir le son du laser.
J’utilise également Granulator 3 dans Ableton, qui permet de capturer des sons en direct. Si j’apprécie particulièrement un segment généré par le laser, je l’échantillonne davantage dans un granulateur, puis j’en tire des mélodies. Je dirais que seuls les éléments rythmiques proviennent de sons externes ; quant au bourdonnement, à la mélodie et à la basse, tout est réalisé à l’aide d’effets et de la capture en direct via le granulateur.
PAN M 360 : Pourriez-vous expliquer un peu comment fonctionne le granulateur ? Je ne connais pas bien cet outil en particulier. Et le public non plus, peut-être.
Wawa : Granulator 3, en gros, ça consiste à prendre un extrait audio et à le découper en petits morceaux. Ensuite, on peut lire ces petits morceaux de différentes manières. On peut faire défiler l’échantillon et lire plusieurs petits morceaux, ou bien extraire un petit morceau de l’échantillon audio et n’utiliser que ce son-là.
Donc, ça découpe l’audio en une multitude de fragments. Et ce que j’apprécie particulièrement, c’est qu’il dispose d’une fonction permettant de capturer des enregistrements en direct. C’est la principale raison pour laquelle j’utilise cette version spécifique. Un granulateur, c’est vraiment génial.
PAN M 360 : Je suis curieux de savoir en quoi cette performance collaborative fait évoluer vos pratiques artistiques. En quoi cela va-t-il au-delà de vos expériences précédentes ?
Tom : J’ai déjà travaillé un peu dans la conception de jeux de lumières laser pour différents artistes. J’ai également réalisé des conceptions visuelles pour des artistes. Et il m’est arrivé à plusieurs reprises d’avoir l’occasion de faire un peu des deux pour les mêmes artistes : nous avions un visuel et un jeu de lumières laser qui suivait ce visuel, ce qui est une technique assez populaire en ce moment.
Ce projet va bien plus loin dans la mesure où l’ensemble de l’installation est construite dans TouchDesigner et utilise la nouvelle famille des POP (Point Operators), ce qui est vraiment, vraiment génial. Cela a ouvert un tout nouveau monde, en particulier pour ce genre de combinaison visuels-laser où je peux désormais disposer d’un patch TouchDesigner assez volumineux qui fait tourner de nombreux visuels différents, tous comportant un élément visuel pur, un élément laser et un indice de traçabilité du laser.
Ça m’a poussé à me dépasser de bien des façons, notamment pour la création de ce patch en direct. En cours de route, comme tout cela est relativement nouveau, en particulier avec les POP, nous avons dû surmonter de nombreux obstacles et difficultés imprévus. Il y a eu beaucoup d’échanges avec l’équipe de TouchDesigner, mais aussi avec les personnes qui s’occupent de la partie laser de cette installation, pour résoudre les petits problèmes qui sont apparus.
Et, tu sais, ça a été vraiment passionnant pour moi d’explorer tout ça, d’autant plus que beaucoup de ces éléments sont assez récents.
Wawa : Je pense que pour moi, le son brut du laser a été un véritable défi, car il est vraiment horrible. Et c’est un véritable défi de trouver des moyens de le rendre cool et agréable à écouter, car il peut souvent paraître agressif. Et de le faire en direct. Avant, je me produisais toujours dans un environnement plus contrôlé, où je connaissais la musique et les morceaux que je jouais. Mais ici, je compose essentiellement à partir de ce dont je dispose sur le moment, c’est assez passionnant.
Et le son laser que Tom m’envoie n’est pas toujours le même. Il est différent à chaque fois, car il dépend des effets visuels et des projections laser qu’il crée. Même un léger mouvement suffit à modifier la hauteur ou la tonalité.
Il faut réagir en temps réel. C’est presque comme improviser. Utiliser cette source limitée pour créer quelque chose de musical, en live, ça a été un véritable défi pour moi.
J’ai appris à créer, dans Ableton, des systèmes capables de maîtriser le chaos et de réagir à l’imprévisible, afin de pouvoir y répondre. C’est une nouvelle façon de jouer qui me passionne beaucoup.
Tom : C’était super drôle la première fois qu’on a essayé ça, en se demandant quel son allait produire un laser. On l’a allumé et on s’est dit : « Oh mon Dieu, c’est horrible ! » Wawa a fait un travail incroyable : elle a sculpté et façonné ce son assez brut pour en faire quelque chose que les gens ont vraiment envie d’écouter.
PAN M 360 : Quelle est la part d’improvisation par rapport à la préparation dans votre performance ? Quels sont les éléments dont vous connaissez l’existence à l’avance, la méthodologie que vous avez mise en place, et les moments où vous vous laissez porter par l’instant présent ?
Tom : En réalité, l’ensemble du spectacle est improvisé dans une certaine mesure. Évidemment, tout le travail de Wawa consiste en un échantillonnage en direct et en manipulation audio, et tous les visuels que nous créons sont générés en direct. Même s’il existe un cadre, et même si nous disposons d’un certain nombre de styles visuels que nous explorons tout au long de la performance, tout peut arriver. Et tout ce que fait Wawa sur le plan sonore affecte également les visuels en temps réel ; il y a toujours une sorte de boucle de rétroaction qui s’opère.
Je pense qu’on a désormais mis en place une petite structure, et plus on joue et on se produit ensemble, plus une ambiance, une structure, une sorte de trajectoire, commence à se former entre nous. On sait qu’il y a des images sur lesquelles on veut terminer et des sons qui vont déclencher d’autres images.
Il y a une sorte de structure dans cette folie, mais il y a quand même beaucoup de folie.
Wawa : C’est improvisé, mais grâce à toutes ces répétitions, je peux en quelque sorte anticiper quel type de son laser va sortir. Et j’ai l’impression que, du moins pour moi, ma façon de comprendre et d’aborder la conception sonore repose toujours sur la hauteur, le timbre et le volume. Je dispose d’outils comme un filtre, un modulateur de hauteur ou une réverbération, et je peux modifier ces trois éléments.
C’est improvisé, mais je dispose d’outils de manière stratégique. Quand je sculpte le son, je sais ce que je fais. Et si ça devient trop chaotique, j’appuie simplement sur « repeat », et le son reste le même. Il y a donc des éléments de contrôle que je peux utiliser, ce qui me permet de souffler un peu.
Mais j’ai au total trois canaux de sons laser qui arrivent. Donc, pendant que j’en répète un, il y aura toujours un autre canal pour Tom, car il continue de me répondre. Il pourrait introduire un nouveau son laser et ce processus se répétera.
De plus, comme il s’agit d’une performance, nous avons planifié l’intensité tout au long de celle-ci ; nous ne voulons pas que ce soit simplement le chaos, nous avons donc mis en place une certaine structure. Je vais introduire des sons qui augmenteront l’intensité de l’ensemble.
Je pense qu’on a désormais mis en place une petite structure, et plus on joue et on se produit ensemble, plus une ambiance, une structure, une sorte de trajectoire, commence à se former entre nous. On sait qu’il y a des images sur lesquelles on veut finir et des sons qui vont déclencher d’autres images.
Tom : Par aillleurs, alors que nous sommes tous les deux là, à ajuster les paramètres qui façonnent nos parties et les maintiennent ensemble, tout en avançant dans le set, nous avons aussi une passe que nous pouvons nous lancer l’un à l’autre, dans l’improvisation. Même si nous avons cet élément de vision d’ensemble, nous avons également ces improvisations plus ludiques, qui fonctionnent comme un jeu de questions-réponses entre nous.
PAN M 360 : Dernière question, question ouverte : y a-t-il quelque chose que nous n’avons pas abordé, dont nous n’avons pas parlé au cours de cette interview, qui compte pour vous et que vous aimeriez ajouter ?
Tom : Une chose qui compte pour moi, et qui a été vraiment géniale, c’est tout simplement cette immense reconnaissance envers MUTEK. Pour l’opportunité qu’ils nous ont offerte, pour leur attitude et leur aide dans tout ce projet, leur volonté de nous faire venir tout droit du Royaume-Uni au Canada. Organiser des choses comme cet entretien avec vous, je trouve ça vraiment spécial. Le soutien et la passion dont ces gens ont fait preuve à notre égard tout au long de ce processus ont été extrêmement inspirants. Je trouve qu’ils ont été formidables.
Wawa : Je vais m’attarder un peu sur le titre de la performance, Reciprocity. Pour moi, ce titre est venu avant tout le reste. Je pense que la « réciprocité », en tant que concept, signifie que quoi que nous fassions, il y a toujours un va-et-vient entre nous, surtout dans l’art. J’ai le sentiment que l’art est comme une communauté, et qu’il se construit à partir des gens. Quoi que nous fassions dans le domaine artistique, cela se répercute sur la culture générale. Et j’aimerais que les gens prennent davantage conscience que tout est un va-et-vient. Ce n’est jamais à sens unique.
PAN M 360 : Merci à vous deux pour ces réponses, et merci d’être venus aujourd’hui. Ce fut un plaisir. Tom, Wawa, merci.
Tom et Wawa : Merci, Ariel. C’était vraiment agréable de discuter avec toi.
Geneviève Legault se consacre à la chanson depuis sa prime jeunesse. Elle avait migré à Sherbrooke pour y étudier le chant jazz et finalement y ouvrir une salle de spectacle , Le Téléphone Rouge. Elle s’est fait remarquer au milieu des années 2000, puis rien, pas d’album. Elle a lancé Le bruit des avions en 2019. Après ce premier album, l’EP Cœurs magnétiques fut rendu public en 2021. Elle travaille aujourd’hui à l’Orchestre Métropolitain de Montréal, et elle trouve le moyen de faire des chansons originales avec Charles-Antoine Gosselin qui signe les arrangements et la réalisation de son deuxième album autoproduit , Drapeaux blancs (2026). Folk americana pur jus, guitares, clarinette basse, saxo baryton, chœurs et autres ornements fins portent les 9 textes de Geneviève Legault. Puisqu’elle est une vraie, puisqu’elle ne peut freiner sa passion des chansons même cette passion ne lui assure pas un revenu suffisant pour en vivre, et puisque ses chansons sont tout simplement belles, PAN M 360 lui fait une place.
VISIONNEZ CETTE INTERVIEW D’ALAIN BRUNET !