Présenté ce lundi 23 mars, 19h30, à la Chapelle Saint-Louis – Le Saint-Jean-Baptiste, Battements  réunit trois artistes émergents de la musique de création. PAN M 360 choisit de les présenter un à un avant le concert, nous concluons avec Geneviève Ackerman qui  présente Rimes défaites par le Sphinx pour voix soprano et alto, et  deux guitares en intonation naturelle, 2026 (25’) 

« Rimes défaites par le Sphinx » est un projet de chansons en « intonation juste » pour deux  voix et deux guitares à intonation juste (selon la conception de Simon Martin). Lorsque nous  écoutons des sons (les sons de la musique, les sons de la vie), nous les entendons à travers le prisme de la culture. Peut-être par des chansons (forme trop connue!) chantées dans un  tempérament inhabituel bien qu’enivrant?”

Geneviève Ackerman, composition et voix 

● Florence Tremblay, voix 

● Alexandre Éthier, guitare 

● Francis Brunet-Turcotte, guitare 

BILLETS ET INFOS

PAN M 360 : Rappelez-nous qui vous êtes, votre formation, comment vous en êtes venu à la  composition, ce que vous avez généré jusqu’à maintenant. 

Geneviève Ackerman: Chaque jour de cette étrange vie, je tente moi-même de me rappeler qui je suis! Alors tentons l’exercice, une fois encore : je ne viens pas d’une famille de musiciens, et l’on n’écoutait pas de musique lorsque j’étais enfant. La venue de la musique dans ma vie est un grand mystère. Mais voilà que du plus loin que je me souvienne, il y avait des sons qui jouaient dans mon esprit, et qui tournaient inlassablement en boucles toujours variées. 

J’ai suivi une formation musicale classique. À l’âge de 18 ans, excédée par les contraintes de cet univers-là, j’ai l’ai quitté. Plusieurs années plus tard, hantée malgré moi par les muses, j’y suis revenu, non comme interprète, mais comme compositrice. Depuis ce retour à la musique, j’ai proprement voué ma vie aux muses, et elles me tiennent pieds et poings liés. Je compose depuis maintenant presque dix ans, et c’est devenu le cœur, l’essence même de ma réalité. Je compose de la musique de concert, de la musique pour le cinéma (expérimental), pour le théâtre, des installations, pour la danse, et je joue moi-même de

de temps en temps, avec ma voix. Je m’intéresse particulièrement à la rencontre entre la poésie, la voix et la musique. 

PAN M 360 : On connaît les travaux de Harry Partch (1901-1974) et consorts sur l’intonation juste et l’approche microtonale – 60 ans avant Angine de Poitrine haha! Cette fois, il s’agit de chansons. Comment s’y prend-on pour  composer et écrire des chansons en intonation juste? 

Geneviève Ackerman : Harry Partch est à vrai dire mon maître à penser! Lui-même a composé de nombreuses chansons, et sa musique est inséparablement liée aux inflexions propres à la voix parlée et chantée. Cette musique a le don de m’émerveiller au plus haut point! 

Une chanson composée selon « l’intonation juste », c’est tout simplement une chanson, mais qui cache derrière elle une horde de calculs mathématiques soigneusement cachés. Si tout se passe bien, on ne se rendra compte de rien, seulement… une certaine magie ineffable peut-être, comme une nuée impalpable, se lèvera, légère, au milieu de l’assistance. 

PAN M 360 : Plus précisément, quel sera le travail des guitares et de la voix? 

Geneviève Ackerman : Tous les modes exprimés par les guitares et les voix sont en intonation juste. Les guitaristes jouent sur des guitares spécialisées aux frettes asymétriques, et cela demande une certaine adaptation par rapport à leurs habitudes de jeu. Pour les voix, l’effort est plus exigeant, puisqu’il s’agit de reconstruire le solfège sur une gamme de 22 notes par octave (plutôt que 12), 22 notes inégales, dont chaque intervalle est singulier et très précis. À mon plus grand étonnement, ce travail a été plus aisé que prévu. Lorsqu’on chante un intervalle juste, le son s’aligne de manière tout à fait perceptible. En faisant confiance à ce phénomène acoustique, autrement dit, en faisant confiance à notre oreille et à notre ressenti, on trouve de solides repères. 

PAN M 360 : Je reprends votre question : comment libérer notre oreille du trop connu, en se laissant  porter par le charme de l’inconnu? 

Geneviève Ackerman: Eh bien, si j’ai bien fait mon travail… il n’y aura qu’à venir entendre cette nouvelle musique! Le voyage entre le familier et l’inconnu fait partie de sa réalité interne, de son expérience esthétique.

PAN M 360 : Un auditeur.trice ne sachant pas qu’il s’agit de chansons interprétées avec des guitares à intonation juste se rendra-t-il compte de la différence? 

Geneviève Ackerman: Je souhaite que les auditeurs ne se rendent compte de rien. Qu’ils se laissent porter tout simplement par l’immédiateté de leurs sens, qu’ils laissent leur esprit voyager à plaisir au lieu intime de leurs songes. 

PAN M 360 : Quel est d’après vous votre contribution au langage microtonal à travers ce projet  spécifique? 

Geneviève Ackerman : La plupart du temps, la microtonalité est utilisée dans des contextes musicaux déjà complexes, ce qui rend cette microtonalité difficile à entendre, puisqu’il se passe souvent trop d’évènements sonores pour qu’on puisse vraiment s’y attarder. Dans ces chansons, je tente d’y aller au plus simple, pour qu’on puisse prendre réellement le temps de savourer chaque intervalle, chaque accord, chaque modulation. Cela vaut aussi pour les musiciens; cette musique prouve qu’il est tout à fait possible de travailler l’intonation juste à l’oreille. Cela me paraît essentiel. La musique, il faut d’abord que les musiciens puissent l’entendre eux-même, avant de pouvoir la rendre aux auditeurs. 

PAN M 360 : Pouvez-vous élaborer sur le thème de ces chansons, « Rimes défaites dans le Sphinx »?  De quelle manière cela devient un prisme pour vos textes de chansons? 

Geneviève Ackerman : Les paroles des chansons ont été écrites par le poète Frédérik Dufour, avec qui je collabore depuis de nombreuses années. C’est un magicien. La musique a été composée d’abord, puis je lui ai donné carte blanche (ou presque!). Je dois avouer que le titre du cycle est une sorte d’ovni : « Rimes défaites par le Sphinx ». Ces mots ensemble me désarçonnent de manière euphorique. C’est un peu la sensation que j’aimerais offrir aux auditeurs. Les textes, eux, sont thématiquement libres. Des algues sous l’eau, une vieille blessure, une étoile vue en rêve, une lune qui revient, une femme qui s’en va… 

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Présenté ce lundi 23 mars, 19h30, à la Chapelle Saint-Louis – Le Saint-Jean-Baptiste, Battements  réunit trois artistes émergents de la musique de création. PAN M 360 choisit de les présenter un à un avant le concert, nous  poursuivons avec Emmanuel Lacob Lacopo  et ses 2 œuvres au programme: Home et  I Never Want To See That Day .

“Home, pour guitare classique, électronique et voix, est une œuvre intimiste qui explore la vulnérabilité à travers la forme musicale et une conception sonore expérimentale inspirée de l’éducation musicale rock et pop du compositeur-interprète Emmanuel Lacopo. I Never Want To See That Day  est une œuvre de chambre à grande échelle pour guitare électrique, électronique, cordes, saxophone ténor et batterie. Inspirée par Godspeed You! Black Emperor et Julius Eastman, elle construit des textures évolutives et des mélodies lyriques avec une guitare traitée en direct qui façonne l’ensemble.”

BILLETS ET INFOS

PAN M 360: Rappelez-nous qui vous êtes, votre formation, comment vous en êtes venu à la composition, ce que vous avez généré jusqu’à maintenant. 

Emmanuel Jacob Lacopo: Je suis guitariste et compositeur basé à Montréal. J’ai commencé à jouer de la guitare à l’âge de six ans grâce à l’aide de mon frère et de mon beau-frère, et mes premières influences musicales sont venues du fait d’écouter et de jouer dans des groupes de rock et de métal pendant mon adolescence. Même avant de vraiment comprendre l’instrument, j’écrivais déjà de la musique; la composition a donc toujours fait naturellement partie de ma relation à la musique depuis le tout début. 

Lorsque j’ai découvert la guitare classique, je suis immédiatement tombé amoureux de l’instrument et j’ai décidé de poursuivre la musique sérieusement. Cependant, au cours de mes études, j’ai commencé à me sentir créativement limité par les attentes traditionnelles entourant la guitare, et pendant un certain temps j’ai même envisagé de m’en éloigner. 

Un tournant est survenu lorsque j’ai reçu une bourse complète pour poursuivre une maîtrise à l’Université Yale. Mon professeur Ben Verdery m’y a encouragé à me reconnecter avec mes racines musicales et à explorer l’instrument plus librement, notamment en écrivant ma propre musique. J’ai également eu la chance d’assister à des cours de composition, ce qui a grandement élargi ma compréhension du son et de la forme musicale. 

Je suis ensuite revenu à Montréal pour entreprendre un doctorat en musique avec Steven Cowan à l’Université McGill. Ma recherche doctorale explorait de nouvelles possibilités pour la musique classique au XXIe siècle en combinant la guitare classique avec des accordages alternatifs, l’électronique et des techniques contemporaines de production. 

Depuis, plusieurs de mes œuvres ont été publiées chez Productions d’Oz, j’ai reçu de nouvelles commandes et je continue de développer des projets qui brouillent les frontières entre composition et interprétation. Cette année, je sortirai également un nouvel album, Dreamscapes & Our Modern Contradictions, avec Watch That Ends the Night Records. J’ai aussi été sélectionné pour la cohorte Pôle Relève avec Le Vivier avec mon projet d’ensemble de dix musiciens Il Buio, ce qui me permettra de développer et de présenter ma musique à sa plus grande échelle jusqu’à présent. 

PAN M 360 : Home serait un « œuvre intimiste qui explore la vulnérabilité à travers la forme musicale » . Comment cela se décline-t-il via la guitare et l’approche électronique? En quoi votre culture rock/pop est-elle mise à contribution dans cette œuvre? Pouvez-vous nous en fournir quelques éléments de structure et de jeu? 

Emmanuel Jacob Lacopo: Home est une pièce qui m’a poussé plus loin hors de ma zone de confort que tout ce que j’avais écrit. Elle combine guitare, électronique, improvisation et voix. Ce sont tous des éléments que j’avais toujours voulu explorer mais que je n’avais jamais pleinement intégrés dans une seule œuvre. Dans la préparation de la pièce, j’ai même commencé à prendre des cours de chant afin que la voix puisse devenir une partie organique du langage musical, plutôt qu’un simple élément ajouté.

La pièce navigue entre plusieurs univers: des moments de guitare écrite qui s’appuient sur la virtuosité de la tradition classique, des sections qui laissent place à l’improvisation avec l’électronique, et des passages où la voix apparaît d’une manière plus proche de ce que l’on pourrait entendre dans un contexte de groupe. À bien des égards, elle reflète les environnements musicaux dans lesquels j’ai grandi, où jouer de la musique avec des amis signifiait souvent expérimenter librement avec le son, les pédales et les textures. 

Mon parcours dans le rock et le pop se retrouve particulièrement dans la configuration électronique et l’utilisation des pédales. La pièce intègre du looping et des textures superposées pouvant évoluer en temps réel, créant de petits « micro-loops » indéterminés qui changent en fonction de la manipulation des pédales pendant l’exécution. Ce type d’environnement sonore est courant dans la musique ambient ou post-rock, et j’étais intéressé par l’idée d’apporter cette sensibilité à une œuvre composée pour guitare classique. 

Sur le plan structurel, la pièce alterne entre des moments plus fragiles et intimes et de plus vastes paysages sonores créés par l’électronique. Ce contraste entre vulnérabilité et expansion est central dans l’idée de l’œuvre : la guitare et la voix restent très exposées par moments, tandis que l’électronique permet au son de se déployer et de créer autour d’elles une atmosphère plus immersive. 

PAN M 360 : Pour « I Never Want To See That Day », quel est le lien entre le post-rock de GY!BE et l’approche de feu le compositeur afro-américain Julius Eastman (1940-1990) dans ce contexte? 

Emmanuel Jacob Lacopo: I Never Want To See That Day est probablement mon projet de composition le plus ambitieux à ce jour. L’un de mes objectifs initiaux était de créer un vaste paysage sonore, presque anthémique, inspiré par la musique de Godspeed You! Black Emperor. Leur musique construit souvent une intensité émotionnelle à travers des structures longues et des accumulations progressives de son. J’étais intéressé par la traduction de cette approche dans un contexte d’ensemble en combinant le duo emblématique de guitare électrique saturée et de batterie avec des cordes classiques et un saxophone, créant un univers sonore à la fois orchestral et ancré dans le langage du post-rock. 

La deuxième influence majeure vient du travail de Julius Eastman. En 2023, j’ai sorti un album réimaginant sa musique pour guitare, et lors de la préparation de mon arrangement de Gay Guerrilla, j’ai passé beaucoup de temps à étudier son langage compositionnel. L’idée de « organic music » de Eastman, où les idées musicales apparaissent, se transforment et disparaissent progressivement sans frontières claires, a fortement influencé ma manière d’aborder la forme dans cette pièce. 

Dans I Never Want To See That Day, une grande partie de la musique se déploie à travers une propulsion rythmique continue construite sur des motifs répétés de noires et de croches, tandis que différentes idées instrumentales s’accumulent et se dissolvent progressivement. Certains éléments sont également laissés ouverts aux interprètes, permettant à la structure de rester fluide. En ce sens, la pièce se situe à l’intersection de ces deux influences: l’énergie lente et cumulative du post-rock et l’approche organique d’Eastman envers la forme musicale.

PAN M 360 : Pourquoi une telle instrumentation en octuor? Quel sera le rôle de l’électronique là-dedans? Travaillez-vous sur la saturation post-rock dans ce contexte, un peu comme le fait Godspeed? Quels sont les défis de l’interprétation collective et aussi de l’interprétation individuelle? 

Emmanuel Jacob Lacopo:  Mon objectif avec cette instrumentation était de créer un son massif. Ces derniers temps, j’ai été très attiré par le timbre et la puissance de plusieurs violoncelles, donc avoir trois d’entre eux dans l’ensemble est devenu un élément clé de l’identité sonore de la pièce. Cette profondeur dans le registre grave crée une sorte de poids et de résonance qui s’accorde naturellement avec l’esthétique que je souhaitais explorer, fortement inspirée par le post-rock et des groupes comme Godspeed. En même temps, je voulais fusionner cet univers sonore avec les couleurs et la précision de la musique de chambre classique. 

L’électronique joue un rôle central dans ce mélange. Dans l’ensemble, la guitare est le seul instrument utilisant de l’électronique en direct, tandis que le reste reste acoustique, ce qui crée un contraste intéressant entre ces deux mondes. L’outil principal est un pitch-shifting delay qui transforme les arpèges et les lignes mélodiques de la guitare en une sorte de mur sonore en évolution, agissant comme un fond harmonique et textural sur lequel les autres instruments peuvent interagir. 

L’un des principaux défis pour l’interprétation de la pièce est l’énergie collective. La musique doit sembler cathartique et portée par l’élan, un peu comme dans un concert de post-rock, plutôt que rigide ou mécaniquement précise. Bien sûr, l’ensemble doit rester synchronisé, mais l’interprétation dépend du maintien d’une sensation de propulsion et d’intensité, quelque chose que la batterie aide à soutenir. 

L’équilibre de l’ensemble est également un défi constant, surtout avec des textures aussi denses. Au final, une performance réussie dépend de l’écoute attentive des musiciens entre eux et de la manière dont ils façonnent le son ensemble, pour que la pièce paraisse unifiée et immersive.

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Présenté ce lundi 23 mars, 19h30, à la Chapelle Saint-Louis – Le Saint-Jean-Baptiste, Battements  réunit trois artistes émergents de la musique de création. PAN M 360 choisit de les présenter un à un avant le concert, nous commençons par Alexandre Amat et sa pièce  Tracé, Fossile pour violon et violoncelle, 2023 (12’)

« Tracé, Fossile est inspirée par la lente minéralisation d’une matière organique. Par une métamorphose graduelle depuis les sons fluides jusqu’aux textures rugueuses, cette pièce est conçue comme le résumé d’un procédé de fossilisation s’étendant sur plusieurs ères géologiques. À travers l’augmentation progressive de la densité et la raréfaction graduelle du mouvement, à la fois temporel et physique, « Tracé, Fossile » constitue une réflexion, voire une méditation, sur le devenir de la matière.

Alexandre Amat, composition

  • Paul Ballesta, violon
  • Audréanne Filion, violoncelle

BILLETS ET INFOS

PAN M 360  : Rappelez-nous qui vous êtes, votre formation, comment vous en êtes venu à la composition, ce que vous avez généré jusqu’à maintenant.

Alexandre Amat : Je suis compositeur de musique instrumentale, actuellement étudiant au doctorat en composition et création sonore à l’Université de Montréal. Corniste de formation, j’ai suivi un parcours musical classique dans plusieurs conservatoires de l’ouest de la France, depuis mon enfance jusqu’à l’obtention de mon prix d’interprétation en 2011. J’ai ensuite suivi le cursus de musicologie à l’Université de Bordeaux, avant de me diriger vers la composition instrumentale en intégrant la classe de Jean-Louis Agobet au conservatoire de Bordeaux. Après l’obtention de mon prix de composition, j’ai décidé de poursuivre mes études à l’Université de Montréal, d’abord en maîtrise avec François-Hugues Leclair, puis au doctorat sous la direction de Jimmie LeBlanc.

Je crois que plusieurs chemins m’ont mené à la composition. Je pourrais citer mon intérêt pour l’interprétation de la musique contemporaine depuis l’adolescence ; ma pratique de l’improvisation libre, au cor et au synthétiseur analogique ; enfin, sans doute un goût particulier pour l’imaginaire, l’exploration, l’inattendu, qui m’a conduit à m’intéresser aux pratiques artistiques contemporaines, et aux musiques expérimentales au sens large.

Depuis une dizaine d’années, j’ai écrit plus d’une trentaine d’œuvres presque exclusivement instrumentales, et j’ai collaboré avec plusieurs ensembles, principalement en France et au Canada, comme l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine, l’Ensemble PTYX, l’Ensemble Prisme ou le Quatuor Cobalt. Cette dernière année, j’ai notamment collaboré avec Sixtrum pour leur dernier spectacle Espace d’interactions #1, avec Stick & Bow dans une commande réalisée conjointement par Orford Musique et la SMCQ, avant de présenter plus récemment ma pièce Zone pour guitare électrique et bandonéon au dernier concert annuel du Vivier Interuniversitaire.

PAN M 360 : Au sujet de votre pièce, comment la « lente minéralisation d’une matière organique » est-elle évoquée dans votre pièce?

Alexandre Amat: L’idée de processus, de transformation, d’états transitoires m’intéresse beaucoup. Dans ma pratique de la composition, j’envisage systématiquement le son comme une matière qui évolue, se déploie ou se dégrade à travers le temps. Dans le son d’un instrument comme dans la nature, rien n’est immuable : la croissance d’un arbre, le tracé d’une rivière, la forme d’un continent, chaque chose se transforme constamment en suivant une échelle temporelle qui lui est propre. Mon rapport à l’écriture musicale tend, en quelque sorte, à m’inspirer des phénomènes naturels, géologiques et physiques en envisageant la forme musicale comme une métamorphose continue entre des états sonores, des textures de qualités différentes. Cette manière d’envisager la composition s’inspire de la musique drone et du spectralisme, mais également du travail du sculpteur Giuseppe Penone sur les matériaux naturels.

La trajectoire de Tracé, Fossile est construite par l’articulation de deux processus parallèles : une réduction progressive du mouvement et une augmentation progressive de la densité sonore. La pièce débute par des figures dynamiques aux trajectoires énergétiques mobiles, instables, aux comportements imprévisibles évoquant une certaine forme d’organicité et de fluidité, avant de se diriger progressivement vers un état statique et granuleux, comme si le son devenait solide, s’asséchait, se fossilisait au fil du temps. Cette trajectoire impacte la matière sonore mais s’incarne également dans la corporalité des interprètes, dont les mouvements se réduisent et ralentissent progressivement.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous donner des indications sur la structure musicale, le choix de l’instrumentation et le jeu souhaité pour les cordes?

Alexandre Amat: J’ai conçu la pièce comme un duo pour violon et violoncelle qui évite toute logique de dialogue et d’interactions que l’on retrouve généralement dans l’écriture pour deux instruments. J’ai souhaité les traiter comme un seul organisme sonore dense et fusionné, comme une sorte de « super-instrument à cordes », en jouant sur le rapprochement des timbres et de légers décalages temporels entre les voix par le biais de techniques d’écriture proches du canon.

Mon écriture est fondée sur une approche tactile du jeu instrumental, et investit particulièrement l’idée de contact : toute la structure de la pièce est indissociable des variations progressives de pression, de position, de vitesse, d’amplitude, de direction et de mouvement de l’archet et de la main gauche sur les cordes. Cette pièce explore en particulier certaines positions d’archet extrêmes, depuis des positions très hautes sur la touche jusqu’à différentes positions derrière le chevalet. Enfin, une légère scordatura au violon me permet d’explorer une harmonie microtonale dans une section formée par un jeu d’alternance entre des cordes à vide et des harmoniques naturelles.

PAN M 360: De quelle manière reliez-vous cette œuvre à votre signature compositionnelle? Où la situez-vous?

Alexandre Amat :Tracé, Fossile est une pièce que je considère assez représentative de mon langage musical tel qu’il a évolué depuis mon arrivée à Montréal : l’exploration de la dimension bruitée du son instrumental de manière lente, continue, contemplative et presque minimale constitue une direction esthétique que je poursuis dans de nombreuses pièces récentes. 

Elle a également une place assez importante dans mon parcours créatif. Il s’agit de la première pièce que j’ai composé dans le cadre de mon doctorat, et il me semble qu’elle synthétise une grande partie de mes préoccupations musicales, conceptuelles et poétiques actuelles : l’appréhension du son en termes de matières, de textures, de sensations, de contacts, de transformations et d’échelles temporelles, et la recherche d’une expérience d’écoute immersive, analogue à certaines formes de connexions sensibles que nous expérimentons parfois avec notre environnement naturel.

site internet Alexandre Amat

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Le 20 mars, l’album Metamorphose du trio formé de Amir Amiri au santour, Sarah Pagé (de Land of Kush entre autres) à la harpe et de Shawn Mativetsky aux tablas, est lancé sur toutes les plateformes. Trois instruments qui, traditionnellement, ne devraient pas vraiment jouer ensemble. Non seulement pour des raisons historiques et culturelles, mais aussi techniques : le santour est diatonique et est pensé pour la musique persane très appuyée sur les quarts de tons. Et la harpe, elle, joue en tempérament égal, classique européen. La microtonalité, elle n’est pas calibrée pour ça. Les tablas eux sont assez polyvalents, en tant que percussions, mais leurs possibilités rythmiques peuvent être largement sous-utilisées en dehors de la complexité des constructions en culture musicale hindoustanie. Et pourtant, les trois artistes, chacun au sommet de son art, ont réussi à créer un dialogue novateur, aussi bien informé par leurs racines respectives que par leur amour de la découverte et de l’innovation. J’ai rencontré Amir Amiri et Sarah Pagé.

PanM360 : Bonjour. Comment vous est venue l’idée de jouer ensemble avec ces trois instruments provenant de traditions différentes?

Amir Amiri : Je travaillais avec Barbara Scales de Latitude 45 Arts (boîte de promo basée à Montréal) et un jour elle m’a dit ‘’Tu devrais rencontrer ce gars, Shawn Mativetsky, il joue des tablas’’. Et puis je côtoyais un peu Sarah dans Land of Kush aussi. 

Sarah Pagé : Oui, en effet. On se parlait de nos instruments, on comparait nos méthodes d’accordage, on échangeait toutes sortes d’idées. Et puis, je connaissais aussi Shawn, qui joue partout! Finalement, on s’est dit, on devrait faire quelque chose ensemble. 

Amir Amiri : Au début, j’avais des doutes. ‘’Un santour et une harpe? Vraiment?’’ Mais Sarah est tellement bonne. Finalement ça marche parfaitement.

PanM360 : Comment arrivez-vous à coordonner votre travail? À écrire les compositions?

Amir Amiri : C’est un travail très collaboratif, très collectif. La première fois qu’on s’est rencontrés, j’avais une mélodie, Sarah a rapidement compris et formé la progression harmonique, et Shawn a ajouté toutes ses ornementations. On avait la première pièce, la première aussi sur l’album, Yaravan (qui veut dire ensemble). 

Sarah Pagé : Chaque pièce a été écrite selon sa propre dynamique. Par exemple, pour Metamorphosis, j’ai proposé une structure harmonique, Amir a renchérit avec une mélodie parfaitement adaptée, puis Shawn a proposé de développer cette mélodie en laissant tomber une double croche chaque fois qu’on relançait le cycle, ce qui me forçait à adapter le progression harmonique sous-jacente, et Amir devait configurer sa mélodie. On se stimulait mutuellement. 

Je pense qu’on a été en mesure de faire ça, et avec beaucoup de rapidité, parce que nous sommes trois artistes expérimentés. Chacun peut dire ‘’voici ce que je peux faire, voici ce que je peux apporter à partir d’ici’’, et ainsi de suite. Et le rôle de Shawn est exceptionnel. C’est un joueur de tablas. Les joueurs de tablas sont des mathématiciens fantastiques. Shawn est capable de créer très rapidement des structures rythmiques incroyables. Moi et Amir on doit adapter rapidement notre jeu, pour que ça ait du sens, mais c’est ça qui est excitant. 

Amir Amiri : J’ai travaillé et joué dans toutes sortes de projets, et tous très bons, mais celui-ci, j’en suis particulièrement fier. C’est une relation non seulement égalitaire, mais aussi très authentique. Aucun de nous trois ne laisse derrière quelque chose pour ‘’fitter’’ dans le band. C’est comme si nous arrivions à fusionner sans aucun effort, en restant exactement qui nous sommes, et partageant ce qu’on trouve naturel de partager. Et ça donne une symbiose intuitive. 

PanM360 : Comment arrivez-vous à ‘’accorder’’ ensemble des instruments aussi différents, en termes harmoniques, que le santour et la harpe? 

Amir Amiri : J’ai un santour spécial. Il peut moduler. C’est un facteur de Vancouver qui l’a fait. Néanmoins, s’accorder entre Sarah et moi, ça demeure un défi!

Sarah Pagé : Amir m’a montré comment calibrer un accordeur pour que je puisse accorder ma harpe avec la microtonalité. Mais ça prend pas mal de travail. Et d’ajustement. Quand on joue des quarts de tons, l’instrument commence à se comporter différemment! Cela dit, il faut que je m’adapte souvent car certaines pièces sont écrites en tempérament égal (classique occidental). Finalement, j’ai développé une technique de jeu qui, dans la microtonalité, traite la ligne mélodique de façon harmonique, et, avec l’incroyable qualité résonante de la harpe (qui n’existe dans aucun chez autre instrument arabe ou persan), ça finit par donner quelque chose de totalement unique, qui sonne bien! Ironiquement, quand je joue avec Amir, c’est lui qui semble être faux, alors que, techniquement, c’est moi qui est à côté! Haha. 

Amir Amiri : Ce que nous faisons ensemble, c’est comme rien d’autre sur la scène musicale internationale, d’après ce que j’en sais. 

PanM360 : Le plaisir de l’exploration…

Amir Amiri : Oui, et je pense que le fait de vivre au Canada y est pour quelque chose. Je m’explique. Je pense que la culture est en partie définie par l’espace géographique dans lequel elle habite et se déploie. Ici, il y a tellement d’espace, qu’on ressent cette vastitude. Et dans mon cas, j’en ressens une grande liberté, et aussi le courage de m’asseoir à côté d’une harpe, et d’arriver à créer quelque chose de beau et cohérent. 

Là d’où je viens (culturellement), tout vient de la nécessité ou de la culture. La nécessité, c’est de faire de l’argent. La culture est très définie. Ici, on sent une ouverture à l’exploration. Et puisqu’il y a tellement de bons artistes, qui pensent eux aussi de cette façon, on y va et on se laisse porter par l’inspiration et la créativité. 

Je veux ajouter à quel point Sarah a été indispensable pour le côté production de l’album. Elle a apporté toute son expérience et les gens qu’elle connaît dans le milieu, les meilleurs. Moi je ne connaissais rien à cela!

Sarah Pagé : Je remercie toute la communauté de Montréal, qui est tellement riche en talents. J’ai joué dans un paquet de projets, dans toutes sortes de formations, ce qui fait qu’à un moment donné, je connais pas mal de monde. Pour moi, la production a beaucoup à voir avec la composition. En production, il s’agit de choisir la partie, ou le geste, le plus important pour chaque moment. Comme en peinture : le peintre tente, par ses touches, ses gestes, ses couleurs, sa matière, de contrôler le regard du spectateur, de le forcer à s’attarder sur tel détail plutôt que tel autre. C’est la même chose en production, et aussi en composition. 

PanM360 : Quel héritage souhaitez-vous que cet album laisse, quel effet sur le public?

Sarah Pagé : J’espère que ça stimulera le plaisir de la curiosité chez les gens. Le plaisir de la diversité des expériences qui se parlent. 

Amir Amiri : Oui, la curiosité. Aussi le principe de la conversation. Quand la conversation s’arrête, les problèmes commencent. Nous trois, traditionnellement, nous ne devrions pas jouer ensemble. Mais nous le faisons, et je pense que ça marche. Ça prend beaucoup de maturité musicale et professionnelle pour arriver à cela. Il y a 15 ans, je ne pense pas que j’aurais réussi à fonctionner aussi bien dans cette collaboration. Maintenant oui. Je pense que c’était le bon moment, et que notre conversation musicale peut être une métaphore positive. Pas du genre Est-Ouest, ou de grands concepts. Juste des individus ensemble. J’ai vu Sarah, Sarah m’a vu, nous avons vu Shawn, et on a eu envie de se parler. Et ça donne quelque chose qui, je souhaite, est inspirant. 

J’espère que les gens percevrons cette réflexion, qu’il sentirons ce témoignage et le fait qu’on eut avoir un pied dans la tradition tout en regardant vers le futur. C’est une réflexion sur le lieu, artistique, mental, psychologique, ou on se trouve en ce moment. C’est un témoignage de Montréal, ville tellement fertile en créativité, ville qui donne le goût de se parler, de collaborer et de créer de la culture. 

Et puis j’espère pouvoir jouer dans tous les petits clubs en Europe dans une longue tournée. Lol.

PanM360 : On vous le souhaite!

Des dates de concerts sont en voie d’être confirmées, dont un lancement à Montréal. Restez branchés. 


Le 60ᵉ anniversaire de la SMCQ se poursuit sous le thème Dialogues intergénérationnels, cette fois avec l’Orchestre de l’Agora. Prévu ce samedi 21 mars 21h30 à la Salle Pierre-Mercure, ce programme Des classiques aux créations se veut un dialogue optimal entre créations et classiques conçus sur le territoire québécois. Les classiques sont de  Jacques Hétu et Claude Vivier, les créations sont de Alexandre David et Maggie Ayotte (commande de l’Orchestre de l’Agora). L’exécution de ce programme compte les solistes Marina Thibeault (alto), Thomas Beard violoncelle) et Noémie Caron-Marcotte (flûte), et ce sous la direction du chef invité Benoît Gauthier. Profitons de cette occasion pour s’enquérir de la carrière de ce jeune maestro issu de la Côte-Nord et diplômé du prestigieux Curtis Institute of Music à Philadelphie.

BILLETS ET INFOS ICI

VISIONNEZ L’INTERVIEW CI-DESSOUS !

Événement présenté dans le cadre de Série Hommage / 60 ans de la SMCQ: Dialogue intergénérationnel.

Participant·es

Programme

Le prochain Festival de Lanaudière se tiendra du 3 juillet au 2 août prochains, on y présentera 11 programmes au magnifique Amphithéâtre Fernand-Lindsay, 5 programmes dans les églises de la région, 5 autres programmes hors les murs, sans compter plusieurs activités gratuites.

INFOS ET BILLETS ICI

Avant de visionner l’interview de Renaud Loranger, directeur artistique du festival, vous pouvez parcourir les programmes de l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay:

Concert d’ouverture : Gala de la Terre : Nicolas Ellis dirige Le sacre du printemps

Samedi 4 juillet, 19h30, Nicolas Ellis et l’Orchestre de l’Agora, Chants de gorge inuit par Lydia Etok et Nina Segalowitz, oeuvres de Claude Champagne, Ravel avec la soprano Julie Fuchs !

Samedi 11 juillet, 19 h: Les Arts florissants par William Christie et Les Arts Florissants, Marc-Antoine Charpentier au programme

Avi Avital et I MusiciDimanche 12 juillet, 16 h: le mandoliniste et compositeur Avi Avital aux côtés de l’ensemble I Musici de Montréal.

Vendredi 17 juillet à 20 h: Charles Richard-Hamelin avec l’Orchestre symphonique de Québec sous la direction de Clemens Schuldt  avec le thème Légendes nordiques

Samedi 18 juillet, 19 h: Rafael Payare et l’Orchestre symphonique de Montréal pour la  dixième symphonie  de Dmitri Chostakovitch, Sans compter la violoncelliste, Alisa Weilerstein  pour le concerto de Gabriela Ortiz
Vendredi 24 juillet, 20h, Bernard Labadie et Les Violons du Roy au service de Mozart, avec la participation de la soprano Hanna-Elisabeth Müller.  

Samedi 25 juillet,19 h: l’OSM reçoit le pianiste Jean-Yves Thibaudet et le chef Stéphane Denève .

Dimanche 26 juillet,16 h: l’Orchestre Métropolitain  Yannick Nézet-Séguin, l’Orchestre métropolitain et la magnifique violoniste Veronika Eberle, de retour au Festival.

Vendredi 31 juillet, 20 h, Une vie de héros de Richard Strauss selon Rafael Payare et l’OSM, sans compter les Nuits d’été chantées par Marie-Nicole Lemieux.Samedi 1er août ,19 h: le pianiste montréalais Bruce Liu joue deux concertos consécutifs avec l’OSM et Rafael Payare.

Macbeth par Nézet-SéguinDimanche 2 août, 19 h: version concertante de l’opéra Macbeth de Verdi par l’Orchestre Métropolitain et Yannick-Nézet Séguin.

If the answer is “not so well,” then you’re part of roughly half of Canadian adults who report sleep troubles and feel unrested. And if you’re having trouble focusing on this sentence, I wouldn’t blame you: research shows that insufficient and poor‑quality sleep have a significant impact on health, particularly on attention and concentration. As someone with a sleep disorder herself, Claire Kenway relates to this on a personal level, but she also understands it through a more critical lens. Is it really her own circadian rhythm that needs to change, or is this growing national health issue symptomatic of something much larger?

Between Dreams was an opportunity for Claire Kenway and Patrick Trudeau, who share the same sleep disorder, to dive into this problem through a simple and optimistic appeal: how can we sleep better? After several weeks of residency at the S.A.T., their initial intuition has taken shape as an immersive film showing for a whole month starting March 12th, as well as a eight‑hour performance on april 10th.

In this interview, Kenway talks about these two different formats and their objectives, but also unveils the research that went behind this project, and the “sleep architecture” which she used to create and spatialize the music.

Need a quick nap? Between Dreams is showing now until the 11th of April. On the 10th of April, Claire will be accompanied by the Bionic Harpist for a 8hr concert that goes through all the cycles of sleep. Blankets and pyjamas are highly encouraged!

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In Faded Sepia est le premier album du Trio Garibaldi. On y réunit des œuvres des compositeurs.trices Lowell Liebermann, Dorothy Chang et Stephen Chatman, sans compter une évocation de Duke Ellington à travers des arrangements originaux signés Yuri Kuriyama. Et donc un répertoire moderne ou contemporain assorti d’une ouverture au jazz ellingtonien. Fondé en 2022 en Colombie Britannique à l’initiative de feue Frances Heinsheimer Wainwright pour la Coast Recital Society de Sechelt (Colombie-Britannique), le Trio Garibaldi réunit la violoniste alto Marina Thibeault, le clarinettiste Jose Franch-Ballester et le pianiste David Fung, tous trois liés à l’Université de la Colombie-Britannique au moment de sa création. Le trio doit son nom au parc national du mont Garibaldi, et son instrumentation atypique pour la musique de chambre est un argument pour explorer le répertoire moderne et aussi des oeuvres inédites mises au point avec des compositeurs.trices.

Le saxophoniste Rémi Bolduc dévoilera son nouvel album, le 12e de sa carrière, le 9 avril 2026 au Studio TD. Le Bolduc Groove Quintet offre huit compositions trempées dans le groove et la déhanche chaloupée. Elles sont portées par Bolduc lui-même ainsi que par ses acolytes Chantel de Villiers au sax ténor et à la voix, Nick Semenykhin à la guitare, Ira Coleman à la contrebasse, et Rich Irwin à la batterie. J’ai parlé de l’album, mais aussi du tout nouveau modèle de saxophone qu’il vient d’homologuer avec l’aide de Twigg Musique.

DÉTAILS ET BILLETS

Le quintette à anches 5ilience (prononcerSilience) présente ce mercredi  18 mars au Quai 5160 à Verdun Devinim, un concert conçu autour du mouvement que chaque pièce développe singulièrement. PAN M 360 vous présente  cet entretien avec le directeur artistique et saxophoniste Thomas Gauthier-Lang pour discuter du programme de ce concert.

BILLETS ET INFOS ICI

PAN M 360 : Bonjour Thomas, bien heureux d’être ici avec toi aujourd’hui, peux-tu me parler de 5ilience pour quelqu’un qui n’en aurait pas encore entendu parler.

Thomas Gauthier-Lang : 5ilience est un quintette à anches, le premier au Québec. On s’intéresse surtout à faire vivre et montrer la musique composée pour quintette à anches, qui, bien que le type d’ensemble soit encore nouveau, possède son propre répertoire.

Le premier quintette à anches se nomme Calefax et il est né dans les années 80 aux Pays-Bas. Au début, c’étaient surtout des arrangements, puisqu’il n’existait pas de répertoire, mais ils ont commencé un concours de composition qui existe encore aujourd’hui et il y a maintenant des œuvres  régulièrement composées pour un quintette à anches, c’est donc une formation en vie et  toujours en évolution.

Maintenant, dépendamment d’où le quintette se trouve dans le monde, il trouve son identité aussi par rapport aux compositeurs avec qui il collabore, parce que, c’est quelque chose de nouveau et donc c’est proche de la création musicale aussi. C’est pour ça que moi, ça m’enchantait beaucoup en tant que saxophoniste qui fais de la musique contemporaine, de créer un projet comme ça. Puis il y a justement deux pièces de notre répertoire du concert de mercredi Devinim de Ufuk Biçak et Astro Errante de Abraham Gómez, qui sont des pièces qui ont été soumises au concours de composition de Calefax, et comme toutes les pièces soumises sont du domaine public pour que les autres quintettes puissent les jouer, nous avons pu accéder à cette musique grâce à l’initiative du quintette.

PAN M 360 : Si on regarde un peu le concert que vous allez présenter mercredi, vous avez choisi comme nom du concert Devinim, qui est aussi une des pièces du concert. Qu’est-ce que ça signifie?

Thomas Gauthier-Lang : Devinim en turc, ça veut dire mouvement. Je trouve que c’était propice à nommer le concert par ce titre-là, parce que les musiques qui sont présentes dans le programme, ce n’est pas qu’elles sont sans thèmes.  Il y a des thèmes musicaux, en fait, mais ce sont beaucoup plus des thèmes rythmiques que, disons, une mélodie. Et donc, de faire référence plus au mouvement qu’une mélodie accompagnée. Pour moi, ça avait plus de sens.

Puis, il y a peut-être un petit clin d’œil qui se trouve aussi dans la Semaine du Neuf, où le thème était le mouvement et comme 5illience est aussi un ensemble qui est dans un projet du Vivier, le Pôle Relève.

PAN M 360 : J’allais justement faire un lien avec la Semaine du Neuf, où on a eu la chance de voir comment plusieurs ensembles interprètent la thématique à leur manière, comment le mouvement est représenté, si on veut, dans votre concert.

Thomas Gauthier-Lang : C’est une très bonne question. Je te dirais que le fil conducteur de ce concert, c’est la manière dont les compositeurs.trices abordent la notion de mélodie. Plutôt que de se déployer sous une forme lyrique, elles vont apparaître sous la forme de courts motifs et de leitmotivs rythmiques.

PAN M 360 : Parlons des pièces que vous allez présenter mercredi prochain.

Florence Tremblay — Gravités (2023)

Thomas Gauthier-Lang : C’est une pièce qui a été composée pour nous en 2023, pour notre concert Flore temporelle. C’était comme un concert en continu. Le but était de diluer le temps  ou de créer un sentiment que ça s’accélère.

Dans  Gravité, Florence s’intéresse à créer des formes molles, si on veut. Il y a des moments où on est tous très alignés, il y a quelque chose de très vertical et, à chaque point où on retourne ensemble, il y a cette forme-là qui vient se refondre. Puis, musicalement, elle le fait par des lignes qui sont toujours en train de glisser, soit vers le haut, soit vers le bas, avec des entrées qui sont succédées dans les instruments.

Il y a tout le temps cette forme  en mouvement continu et qui fond vers le bas ou vers le haut. Puis, comme c’est une pièce qui a spécifiquement été composée pour un autre concert, elle était intéressée à en réécrire un début. Parce que dans le concert Flore temporelle, les pièces s’enchaînent. Elle a donc pu revenir dans cette pièce-là et réécrire un début qui allait avoir plus de cohérence avec le contexte dans lequel on allait présenter Gravité.

Theresa Wong — Letters to a Friend (2017)

Thomas Gauthier-Lang : C’est une pièce qui, à la première écoute, possède quelque chose qui pour moi est très jovial. Mais dans la pièce, Theresa Wong apprend un poème de sa meilleure amie, qui est malheureusement décédée. Donc, elle prend ce poème-là et le traduit en code morse. Et ce code morse, ce sont les rythmes. Il est donc réalisé par le quintette à anches. Tout ce qui est entendu, c’est donc le code morse du poème.

Ufuk Biçak — Devinim (2022)

Thomas Gauthier-Lang : Devinim, il y a quelque chose de très drôle dans cette partition. Dans le début du Seigneur des Anneaux, je crois que c’est Galadriel qui dit « I feel it in the earth », ou quelque chose comme ça. Toutes les sections de la pièce sont donc nommées selon ce premier genre de monologue qu’on entend dans le Seigneur des Anneaux.

Mais plus la pièce avance, plus il y a quelque chose qui est transformé de ce texte-là. Parce que le compositeur était intéressé à souligner l’impact humain sur la nature. C’est constamment quelque chose en transformation, mais c’est aussi peut-être quelque chose qu’on tient pour acquis et qu’on n’aura plus jamais d’une même manière. Parce qu’on n’en prend peut-être pas soin et au niveau de la forme, il y a quelque chose en continu. C’est constamment un sujet ou un motif  transformé jusqu’à la fin.

Arvo Pärt, arr Thomas Gauthier-Lang— Summa (1977,202 4)

Thomas Gauthier-Lang : Summa, que nous avons aussi jouée lors du concert Flore temporelle du compositeur estonien Arvo Pärt, que j’ai arrangée. Justement, je trouve que c’est propice aussi de l’inclure dans cette programmation.. Pour moi, ça souligne encore cette idée de quelque chose en continu. Pour moi, même si on n’est pas en train de l’entendre, il y a quelque chose d’éternel pour moi dans cette musique-là. Il y a un début, il y a une fin, mais ça pourrait jouer pendant dix heures.

Le compositeur lui-même explique que c’est l’œuvre la plus complexe qu’il a composée. Mais pour quelqu’un qui l’écoute pour la première fois, on pourrait dire qu’en fait, il y a quelque chose de très simple parce que ce sont des successions de quartes, de quintes, de tierces. Ce sont  des accords simples et consonants mais, dans son système,  c’était la pièce la plus complexe selon lui. C’est dénudé d’artifices parce qu’elle n’a pas besoin de plus pour exister, il prend le temps de nous faire écouter la beauté ou la pureté de la récurrence d’une quarte ou d’une quinte pendant environ 6-7 minutes de musique.

Abraham Gómez — Astro Errante (2021)

Thomas Gauthier-Lang : La pièce Atro Errante, porte le titre d’une peinture de la peintre espagnole Remedios Varo, qui a vécu une partie de sa vie au Mexique. C’est une peintre du mouvement surréaliste, qui, dans ses peintures, représente ces sortes d’astres anthropomorphiques. C’est des corps où on peut distinguer une forme humaine, mais selon comment elle est habillée ou de sa tête, il y a quelque chose qui reflète des astres, quelque chose de cosmique, si on veut. Astro Errante, c’est donc une de ses peintures où l’on voit un corps avec une tête de soleil qui semble voyager dans un corridor, si on veut, éternel, l’interprétation, bien entendu, étant libre à chacun.

Abraham Gomez voulait représenter cette peinture-là en musique. C’est un peu plus « musique à programme » dans cette pièce-là, où la forme reflète un peu plus les codes classiques. Il y a une première partie qui est plus lente, suivie d’une deuxième partie qui est plus groovy.

Thomas Gauthier-Lang — Pauline (2026) *Création

Thomas Gauthier-Lang : Pendant que j’étais en train de composer, je savais que je voulais écrire une pièce pour 5ilience, pour ce concert-là, parce que je ne l’avais jamais encore fait. Je l’avais fait, mais pour cinq mélodicas, mais ce n’était pas nos instruments.

Je trouvais que le contexte était bon, « Ok, let’s go, on compose une pièce pour 5illience! »

De nulle part, mon oncle est arrivé, pour me dire qu’il était en ville pour me donner mon héritage de mes grands-parents, ma grand-mère étant décédée il y a environ quinze ans. Il me donne donc mon héritage et trois violons. Ces violons appartenaient à ma grand-mère dont je ne savais pas qu’elle jouait.

Je suis allé les essayer. Il y en avait deux qui ne marchaient pas trop bien. On peut s’en douter, après avoir été quinze ans sans être touché, mais il y en a un qui produisait du son. Il était bien entendu désaccordé, mais au niveau des quatre cordes, ça faisait « fa sol » et là, une octave plus haute, « sol fa ». Dans ma musique, les intervalles que j’aime le plus, c’est les octaves et les secondes.

Je trouve toujours que c’est un intervalle avec tellement de possibilités. Ce violon, avec ces quatre fréquences, m’a vraiment aidé à structurer ma pièce. Ma pièce est donc  structurée sur ces sons que le violon de ma grand-mère produisait quand je l’ai reçu.

On a une première partie de notre forme classique. Quelque chose de plus lent, de plus rythmé en deuxième partie. J’ai vraiment hâte d’entendre comment ça va vivre dans le hall du quai. Dans des répétitions d’habitude, on est habitué à jouer dans des locaux où le son ne vit pas tant que ça. Mais là, au Quai, c’est assez réverbérant.

PAN M 360 : Une dernière question, tu es à la base un interprète avec une formation classique, qu’est-ce qui te menait à vouloir composer?

Thomas Gauthier-Lang : À la base, je suis interprète. Si on veut, dans mon chapeau d’interprète, ce qui m’intéresse beaucoup, c’est de collaborer avec des gens pour créer de la musique. À partir de ces collaborations est venu le désir d’improviser.

Beaucoup des pièces réalisées se faisaient à partir de comprovisations, le milieu entre l’improvisation et la composition. Un compositeur va dire « Ok, fais-moi deux minutes sur tel effet ». On l’enregistre et, finalement, ça fait partie de la pièce. De l’improvisation est venu le désir, un jour, de composer. C’est surtout après avoir fait le camp de Bang on a can, il y a deux ans.

Après avoir fait ce camp de musique contemporaine et de collaboration, je me suis senti légitimé dans l’idée de porter ce chapeau de compositeur. À la fois, je ne me prends pas au sérieux, parce que je considère que je suis en train de découvrir mon langage et comment je veux le communiquer sur une partition ou à des gens, mais je suis très content d’où j’arrive en bout de ligne dans les pièces que je compose.

Je compose pour mes ensembles, les projets dans lesquels je suis. Jusqu’à présent, j’étais obsédé par la multiplicité d’un même instrument, que ce soit quatre saxophones altos ou cinq mélodicas, c’est donc la première fois que je compose pour cinq instruments différents. C’est un défi assez intéressant. Je connais bien le saxophone, mais le hautbois, c’est une créature en soi. Le basson, c’est une créature en soi. Ça réagit différemment. C’est toujours un processus d’apprentissage, toujours un processus de jeu.

Richy Jay n’est pas nouveau sur la scène artistique. Il a un parcours plutôt atypique puisqu’il a commencé à chanter à l’église durant son enfance, avant de se tourner vers le rap à l’adolescence puis vers le reggaeton durant ses années passées en République dominicaine. Mais c’est arrivé à Montréal qu’il a poursuivi une carrière solo, d’abord touchant au zouk, mais encore très réticent envers le kompa. Et au fur et à mesure qu’il sortait des albums, le kompa prenait de plus en plus de place. Aujourd’hui, avec Caribbean Love, son 6ème album, le kompa est omniprésent, le zouk aussi ainsi que l’afro-pop. Et tout cela dans 4 langues à savoir le français, l’anglais, le créole haïtien et l’espagnol. Les thèmes qu’il aborde dans son album incluent le deuil amoureux, la nostalgie, l’amour à distance, mais toujours avec une note positive et remplie d’espoir. Notre journaliste Sandra Gasana a pu échanger avec Richy Jay dont l’album sortira le 20 mars alors que le lancement se fera le 18 avril au Moulinet de Terrebonne.







Le 9e Grande Salle du Centre Eaton accueille ce mardi 17h, l’ensemble Caprice dans un programme d’une heure construit autour du grand compositeur allemand Georg Philipp Telemann ainsi que des musiciens itinérants ayant possiblement croisé son chemin à l’époque baroque, d’où cette part anonyme du programme intitulée Musique nomade de l’Est de l’Europe. Pour cette occasion, Caprice sera constitué de flûtes à bec (Sophie Larivière), violons baroques (Lucie Ringuette et Tanya LaPerrière), violoncelle baroque (Jean-Christophe Lizotte), guitare baroque (David Jacques), percussions (Ziya Tabassian) et voix soprano (Janelle Lucyk).

Chef, flûtiste, directeur artistique et cofondateur de Caprice, Matthias Maute nous parle ici de Telemann et des musiciens itinérants de son époque.

BILLETS ET INFOS ICI




Programme

  • Concerto pour flûte à bec et flûte traversière – Georg Philipp Telemann
  • Airs d’opéras et de cantates – Georg Philipp Telemann
  • Musique nomade de l’Est de l’Europe – Anonyme (Collection Uhrovska 1730)
  • Suite Don Quichotte – Georg Philipp Telemann


Artistes

  • Matthias Maute, directeur artistique Ensemble Caprice, gagnant de deux Prix JUNO 
  • Sophie Lariviere, flûtes, gagnante de deux Prix JUNO 
  • Lucie Ringuette, violon baroque
  • Tanya LaPerrière, violon baroque
  • Jean-Christophe Lizotte, violoncelle baroque
  • David Jacques, guitare baroque, gagnant de trois Prix OPUS
  • Ziya Tabassian, percussion, directeur artistique Festival Accès Asie 
  • Janelle Lucyk, soprano, « une voix angélique »


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